‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 162 sur 235 · C:i LETTRE. 6Ti · texte numérisé non relu

C:i LETTRE. 6Ti

ietèrent presque lout ,\ coup dans 1c tourbillon du ^rand monde. Livré alors aux plaisirs et A Tambilion, je me laissai séduire par la perspective apparente d'une fausse grandeur : j'étais recherché dans les sociétés, parce que je réussissais quelquefois à les amuser. J«! roeltais mon bonheur à plaire dans le monde, quoique je n'en fusse jamais assez satisfait pour i*aimer. Cependant toutes les passions commençaient à exercer leur empire sur moi;

S que

pour

mode des sociétés où je vivais. Le philosophisme avait déjà commencé de s'y introduire : on y parlait sans cesse de religion ; et comme je voulais aussi parler de tout, mais avec an peu plus de capacité, je me mis à lire les ouvrages de controverse sur cette matière. Je vous avouerai même qu'en les lisant, je sentais au dedans de moi un secret désir de trou-* Tcr une religion plus complaisante. Toutes mes passions parlaient en faveur de la nouvelle philosophie; mais je frémissais de penser qu'en éteignant le flambeau de la foi, j'allais me trouver dans un affreux labyrinthe, abandonné à moi-même, errant parm; les ténèbres* in-

leurs petitesses, de leur mauvaise foi, et bien souvent encore de leur profondeignorance. Les troubles et les dissentions qui régnaient dans les familles deyenues philosophes, les travers, les- ridicules, les infamies qui les déshonoraient, rappelaient à mon esprit ces vertus nobles et modestes, consacrées par la religion dont j'avais yu de si beaux modèles dans la maison paternelle; et je finissais par me dire à moi-même : la religion de Jésus-Christ est donc la véritable.

Ces réflexions qui me confirmaient dans ma foi, faisaient naître des remords; mais elles ne rompaient pas mes chaînes. Il fallait quelque chose de plus fort pour changer le cœur. Dieu m'attendait à ce moment, où, frappé comme d'un coup de foudre, j'ai vu sur le bord de ma tombe, Tunivers entier s'évanouir devant moi. Aux approches ae la mort, j'ai redouté une autre mort plus terrible encore : éveillé comme d'un profond sommeil, l'ai senti tout le néant d'un bonheur apparent dont je n'avais jamais pu me dissimuler la frivolité : j'ai compris l'illusion d'une fausse conscience, qui cherchait A s'aveugler pour échapper aux remords. Déplorant alors mes égarements dans l'amertume de mon cœur, j'ai commencé à regretter l'innocence de mes premières années. 11 me semblait entendre sans cesse la voix d'un père mourant, lorsque me serrant entre ses bras, il me disait : Mon fils, je vous laisse un état, un nom, de la fortune : votre mère et moi nous avons veillé avec soin sur votre éducation, et nous vous avons tendrement aimé : recevez à présent ma bénédiction comme le dernier gage de ma tendresse : la seule reconnaissance que j*exige de vous, c'est que vous honoriez notre mémoire par vos yertus. Ce souvenir pénétrait mon ame de confusion et de regret. Je pris enfin ma résolution, et je me proposai un plan de conduite bien différent de celui que j'avais suivi. Dieu qui ne semblait attendre oue ce moment, m'a rappelé du tombeau lorsque j'étais prêt d'y entrer : ma convalescence n a pas été longue ; mais à mesure que ma santé revenait, je sentais aussi mes résolutions s'aiiaiblir. J'avais formé le projet do me retirer dans mes terres , ou de me renfermer au moins dans une société de personnes vertueuses, pour me dérober aux dangers du monde ; et déjà le monde ne me paraissait plus si dangereux; ses plaisirs n'étaient plus si criminels A mes yeux. Déjà je voulais justifier les écarts d'une yie dissipée, par les sentiments d'honneur dont je m'étais toujours piqué ; et malgré ma propre expérience, je présumais assez de mes forces pour me rassurer sur ma propre faiblesse. J'étais encore flottant sur le parti que je devais prendre, lorsque j'ai reçu la visite de M. le comte de N*. Etait-ce simplement pour me faire un compliment de politesse, ou pour essayer de m'insinuer ses principes? C'est ce que je n'ai jamais pu démêler. Je l'avais rencontré quelquefois dans certaines sociétés , il avait même paru rechercher mon amitié ; mais il s'était trop laissé entrevoir, pour que je prisse confiance dans la sienne.

Il se présenta donc à ma porte, lorsque j'y pensais le moins ; et après les premiers corn*

fdlments, s'apercevant que j'étais plus raisonnable, il me reprocha d'être trop méfaincoique, et fut curieux d'en savoir la raison. Comme je ne voulais pas commencer par rougir de ma foi , je lui dis tout franchement mon irrésolution. Il répondit à cette confidence par un sourire de compassion. Je m'y attendais bien ; mais il fit plus : il commença par me prêcher répicurisme. J'aurais dû peut-être lui fermer la bouche , en lui récitant mon symbole; j'aimai mieux prendre le parti de dissimuler, pour savoir jusqu'où il voudrait me mener, et m'égayer un peu aux dépens de ses confrères. Cette manière me réussissait assez dans le monde , car les nouveaux sages redoutent encore plus le ricule qu'une bonne raison. Je pris même le ton de disciple , pour lui laisser la liberté de tout dire; et comme ces messieurs n'aiment pointa être contredits quand ils régentent, je jose proposai bien de n*, jamais le combattre de front, pour ne pas le rebuter.

Voilà donc mon comte parfaitement à son aise, qui commence à m'endoctrincr d'abord sur la non-existence de Dieu , et sur la formation du monde ; cela fit la matière de la premièrc conférence : et c'en était bien assez, car j'avais grand besoin de reposer ma tête. Bon Dieu I que d'absurdités I II me parla successivement dans les autres conférences , de la na-

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de la morale de Jésus-Christ.

Il était difficile de se contenir, mais il fallait prendre patience.

Je risquais cependant par intervalle quelques petites malices, pour faire sentir le ridi-* f ule et Todieux de la nouvelle Philosophie. Mon comte se fâchait quelquefois ; d'autres fois il entendait la plaisanterie ; le plus souvent il était si occupé du plaisir de parler, qu'il ne

par

satisfait de moi et si content de lui, que me croyant déjà au nombre de ses catéchumènes, il me révéla une partie des manœuvres philosophiques, et m'alia préconiser en qualité de prosélyte, dans le consistoire de ses confrères. Je sentis alors qu'il était temps de mettre fin à la plaisanterie, pour employer de nouvelles

A peine étais-je de retour, que le comte fut à ma porte. Il me serait bien difficile, monsieur, devons dire mon embarras pour le préliminaire de cette conférence, afin de préparer mon catéchiste à recevoir ma profession de foi; mais il me serait impossible de vous peindre sa surprise et son dépit, lorsque, prenant moi-même un air plus sérieux, pour le prêcher à mon tour, il vit évanouir tout à coup les espérances qu'il avait conçues. Se promenant alors dans n^on salon à droite et à gauche, il levait les mains, il faisait des exclamations , il s'exhalait en reproches, puis il se répandait en compliments, sans perdre cependant Tespoir de me convertir. Il croyait son honneur compromis auprès de ses confrères ; d'ailleurs il m'avait dit une partie de leur secret ; il fallait donc vaincre on périr, et il prit le parti de m*entendre. Je parlai alors d'un ton plus haut: lui, comme il arrive ordinairement à ces. messieurs, parla d'un ton plus bas, nous nous trouvâmes ainsi à l'unisson, et je commençai à reprendre haleine. Entrant ensuite en matière, je liii fis voir la nécessité d'un premier Etre, auteur et modérateur de l'univers : je réfutai les objections que les athées ne cessent de répéter contre ses divins attributs; et comme il m'avait conduit du déisme au matérialisme, je le conduisis à mon tour de l'existence d'un premier être à la religion de Jésus- Christ. Je lui en exposai les principales preiiives , en la justifiant des fausses imputations qui la défiguraient. Mais j'avais affaire à un homme qui avait pris son parti, et qui, toujours occupé à former des difficultés, jamais à examiner les réponses, échappait sans cesse par de noQvellës questions à la force des preuves, et ne voulait convenir de rien.

Après s'être retourné de tous côtés, il me demanda par quel moyen on pourrait distinguer

{^armi les différentes sociétés qui font profession de la religion chrétienne, celle qui conservait e véritable dépôt de la foi. Cette question qui lui paraissait fort embarrassante, et qu'il m'avait faite avec une sorte de complaisance, fut résolue en peu de mots. Je lui montrai la grande Eglise bâtie comme sur le haut de la montagne, exposée aux yeux de l'univers, et qui, seule héritière , par une succession non interrompue , de la puissance des apôtres , avait seule aussi le droit d'enseigner. Forcé enfin dans tous, ses retranchements, je l'ai vu se réfugier, pour ainsi dire, sousTe canon de la place, et opposer à mes raisons l'autorité de ses maîtres. Vous savez, monsieur, que ces nouveaux sages ont la modestie de s'annoncer comme les génies destinés à répandre la lumière dans le monde. J'aurais pu tirer avantage de cette rioîcuie prétention, et répliquer que, plus ces intelligences sublimes réunissaient de lumières, mieux il était démontré que la religion de Jésus-Christ devait être la reh>ion de Dieu même , puisque non seulement ces grandes lumières n'avaieiit jamais pu l'obscurcir, mais qu elles s'éclipsaient elles-mêmes, et n'enfantaient plus que des monstres au moment qu'elles s'éloignaient du sentier qu'elle leur avait tracé.

Mais je pensai que la religion de Jésus-Christ ayant la vérité pour base, ne devait point avoir l'erreur pour appui. Ainsi dédaignant le frivole avantage f[ui résulterait pour elle des ridicules prétentions de nos réformateurs, j'ai entrepris de otssiper une illusion qui a déjà fait bien des dupes , mais dont on commence aujourd'hui i rire. Sans refuser à quelques écrivains de la troupe un certain genre d'esprit, j'ai fait voir que ces messieurs, réduits à leur juste vSdeur, étaient, quant au vrai mérite de l'esprit, beaucoup inférieurs à ceux qu'ils mettaient à peine au rang des êtres raisonnables.

Le comte a voulu se rassurer au moins sur sa prétendue bonne foi ; et je lui ai encore enlevé cette dernière ressource, en prouvant que la bonne foi ne pouvait compatir ni avec les principes, ni avec les contradictions, ni avec la conduite de nos prétendus. sages. Cette vérité fortement présentée a réveillé tous ses remords : il s'est fâché, il s'est agité pour déi tourner ses regards d'une lumière qui l'importunait, et qu'il aurait bien voulu ne pas apercevoir.

11 est enfin sorti brusquement de chez moi , dans la désolation d'un homme qui , blessé è mort, fUit devant l'ennemi avec le désespoir do ne pouvoir arracher de sou cœur le trait

LE PUILOSOPIIE

qui Ta percé. Il n*a plus paru depuis; et j*ignore TelTel qu*auronl produit ses crueben perplexités.

Vous trouverez ci-joint Fabrégé de nos conrérences, que j*avais soin do jeter sur le papier aussitôt que nous nous étions séparés^ Comparant alors en particulier ce que mon comte avait dit, avec les livres qu*il m*avait prêtés» ]*y retrouvais la même doctrine, et à peu près les mêmes termes. Je soumets le tout a vos lumières ; vous aurez la liberté d'en disposer, et de le rendre public, si vous le jugez à propos. Je continuerai à vous faire part de nos confé* renccs, supposé que mon philosophe reparaisse sur la scène.

Les apologistes de la religion se sont tenus assez de temps sur la défensive. Les preuves en ont été amplement développées; tous les points ont été attaqués, et suffisamment discucutés. Les objections ont donné occasion d approfondir les matières , de leur donner un nouveau jour; et plus on a approfondi cette religion auguste, plus elle a paru digne de son auteur. 11 serait bien temps qu*on se réunit enfin pour Tattaque. Le camp des ennemis est ouvert de tous côtés : partout, à l'exception de ce qu'ils ont appris de nous, ils sont, ou absurdes, ou odieux, ou ridicules; souvent ils sont tout cela à la fois. Il ne faut, pour le montrer, au'une simple exposition de^leur doctrine; j*en donne ici la preuve par le tableau que je présente.

Mais en vérité, mon cher ami, votre comte est bien bête, me disait dernièrement un homme d*esprit à qui je lisais mes conférences. D'accord, lui répliquai-je ; mais est-ce ma faute? 11 n*a dit que ce qu'il devait dire suivant ses principes, et ce que ses maîtres avaient écrit avant lui. Il est vrai qu'il était aussi un peu bon homme , je parle de cette bonhoinmie qui naît de la franchise. Mais si cette nuance semble blesser le costume, on doit se souvenir qu'il n'est point de règle sans exception. J'ai ici heureusement rencontré, et j'en ai profilé, pour apprendre de mon comte ce que je voulais savoir, et ce qu'un autre n aurait pas peut-être voulu me dire. Du reste vous en jugerez vous-même.

J'ai l'honneur d'être avec considération, monsieur, votre très-humble et très-obéissani serviteur ,

Le chevalier de***.

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