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même, enscignanl toujours la même morale, professant toujours la même foi à un même Rédempteur.
Le comte. N'allez-Tous pas me condamner, monsieur, à lire toutes vos histoires, à examiner tous vos livres, à discuter tous vos miracles , toutes vos prophéties ? Nous avons mieux à faire, et je n'en ai pas le temps.
Le chev. Encore moins la volonté.
Le comte. Discussions interminables I
Lfchev. Point du tout : il ne faut qu'ouvrir les yeux pour s*assurer de Tauthenticité des oracles divins, reconnus par les ennemis mêmes de Jésus-Christ, pour être frappé des miracles de Jésus-Christ attestés par une foule de témoins irréprochables, pour se convaincre de tous les événements que je viens de rappeler , et dont un seul suffirait pour vous éclairer. Nierez-vous, par exemple, qu'un Messie ait été promis aux Juifs? que Jésus-Cbrist soit venu précisément au terme où il était attendu? Pourrez-vous me citer une seule prédiction sur le Messie à venir, dont je ne puisse vous montrer l'accomplissement dans la personne du Messie arrivé ?
Le comte. J'examinerai cela.
£« chev. Nierez-vous encore que Jésus- Christ soit adoré dans toutes les parties du monde connu? Que le règne de Tidolâtrie ait été détruit? Que ce soit principalement par ces grands caractères que le règne du Messie devait se manifester? Caractères augustes qui sont effectivement les plus glorieux et les plus dignes attributs de cet envoyé du ciel, dont l'empire devait avoir pour base la vérité et la justice.
Le comle. 11 y aurait ici bien des choses A dire, mais nous verrons encore cela.
Le chev. Contesterez-vous l'établissement de la religion chrétienne et les rapides pro-
§rès de sa propagation malgré tous les efforts es hommes réunis contre elle?
Le comte. Soit.
Le chev. Désavouerez-vous l'héroYsme et la constance de ses martyrs, les éminentes vertus de ses disciples, ces vertus sublimes jusque alors inconnues, et que vous jugez vous-mêmes impraticables malgré tant d'exemples qui vous convainquent de leur
{possibilité? Or cela peut-il être l'ouvrage de 'homme? Et s'il ne peut être l'ouvrage de l'homme, peut-il n'être pas l'œuvre d'un Dieu?
Le comte. Eh 1 quelle est après tout la religion qui ne vante ses fables, ses oracles, ses sages, ses prodiges? Faudra-t-il donc croire atout?
Le chev. Non ; mais ne faudra-t-il aussi croire à rien? Cependant, puisque vous y revenez, arrêtons-nous un moment sur cette comparaison. Je vous cite une suite de orof)héties dont vous ne pouvez contester 1 authenticité, et dont l'accomplissement dépendait d'une infinité de causes libres ; je vous moalre encore raecomplissement de ces prophéties dans la personne de Jésus-Christ el dans rétablissement de son Eglise. Citez-moi, dans les autres religions, un seul oracle bien
' autnentique sur un événement qui ne pouvait être prévu par une intelligence créée, et 3ui se soit réellement accompli. Je vous pro« uis une multitude de miracles attestés par des témoins oculaires qui ont donné la plus grande preuve possible de leur sincérité en scellant leur témoignage de leur propre sang. Citez-moi un seul miracle portant l'empreinte de la divinité, qui soit attesté par un seul témoin digne de foi, et qui dise,/at t^ti. Je vous propose une loi qui renferme la mor raie la plus pure : imaginez une loi plus parfaite. Son législateur réunit toutes les vertus dans le plus haut degré de perfection; citez-moi du moins un seul de vos sages qui ait eu la force de faire du bien à ceux qui le persécutaient, qui ait ordonné à ses disciples de les aimer, et qui ait prié pour eux au moment qu'ils lui arrachaient b vie. La Religion chrétienne compte une infinité de martyrs de tout âge, de toute condition ; des martyrs éprouvés par tous les supplices et par tous les opprobres, dont plusieurs sont morts en attestant les miracles qu'ils avaient vus : elle en compte dans tous les temps et dans tous les lieux où elle s'est établie, sans que jamais la persécution ait altéré dans eux ces deux grandes vertus dont Jésus-Christ leur avait donné l'exemple, la charité envers leurs ennemis , et la soumission aux Puissances. Les martyrs des autresVeligions ontils jamais réuni tous ces caractères ? Vous osez traiter d'imposteurs ceux qui ont scellé de leur sang le témoignage qu'ils rendaient à Jésus-Christ, je ne vous demande, dans les autres religions , qu'un seul martyr qui soit mort pour attester ce qu'il n'avait point vu. Enfin la religion de Jésus-Christ trouve tous les obstacles réunis contre elle, et les surmonte tous. Cherchez une autre religion dans le monde, qui n'ait point flatté les passions et qui n'ait pas encore employé les moyens humains pour s'établir. La vérité de ma religion est donc marquée à des caractères propres à elle seule ; caractères dont chacun en particulier porte l'empreinte de la divinité, et qu'aucune autre religion n'imitera jamais; elle est donc surnaturelle, elle est donc divine.
Le comte. Mais de bonne foi croyez-vous donc que la persécution fût un obstacle à la propagation de votre Evangile ?
Le chev. Oui, certçs.
Le comte. Ah 1 c'est une vieille erreur ; mais il fallait naître dans un siècle de lumière et bien connaître les secrets delà nature, pour apercevoir cette vérité : aussi n'y a-t-il encore
Se les philosophes qui puissent bien la voir, persécution un obstacle à la propagation d'une religion 1 6 ciel I quelle absurdité 1 voyez comment on prend tout à rebours. Eh I la persécution est au contraire le moyen le plus naturel pour établir une religion. Oui, monsieur, le cœur humain est ainsi fait : il se raidit contre la violence : les tourments inspirent du courage ; on est toujours tenté d'imiter ceux qui se font rouer... Vous en riez; oui, monsieur, et c'est moi qui vous le dis. Le chev. lime semble pourtant , monsiei^«
LE PniLOSOPBC
que YontÊ tous éliez appliqué au contraire jusque ici à diminuer le nombre des martyrs pour affaiblir la preure qu'on tirait d^ leur témoignage (1).
Le comte. Oui, monsieur, c'était une maladresse de nos prédécesseurs d'aller chicaner sur les faits : ces diables de théologiens ne demandent pas mieux ; ils ont toujours moyen de contredire, de citer, d'embrouiller (2). Mais à force de se retourner , le génie fait toujours quelque décourerte : en examinant bien, on s^esl enfin aperçu que l'homme, jaloux de sa liberté, était naturellement porté, {lar un esprit de contradiction, à tout ce qu'on ui défendait; et que les tortures mômes deyaient être un encouragement merveilleux pour l'y déterminer (3). Ahl monsieur, çuel service rendu a l'humanité, si nous pouvions bien faire comprendre une fois au genre humain que tant de malheureux qu on traîne aujourd'hui impitoyablement au supplice, n'auraient bientôt plus d'imitateurs , si on les laissait vivre en paixl On diminuerait ainsi, sans coup férir, la masse des crimes, en diminuant la somme des malheureux.
' Le ehev. Mais votre propre cœur, monsieur, est-il bien d'accord avec ce que vous dites? Vos messieurs seraient-ils bien encouragés à propager la philosophie moderne, si astreints à une loi qui génAtles passions, ils voyaient encore devant eux toutes les horreurs des supplices ? Et si jamais il prenait envie à quelqu'un de vous d'aller se faire crucifier a la Chine pour le bien de l'humanité , est-il bien sûr que vos prosélytes seraient tentés de vous suivre? Prenez seulement la peine de les consulter. Vous savez, vous autres , messieurs , mieux que personne, qu'il faut du moins un appui humain pour élever l'homme aux grandes choses ; et
Îrue si on lui enlève l'espoir de tout ce qui ait son bien-être. Il devient nul. Comment lui serait-il possible de se dévouer à l'infamie et aux supplices ? 11 a donc besoin alors d'une force plus puissante que la nature
Sour triompner d'elle : et cette puissance 'où peut-elle venir, sinon de celui qui est le maître de la nature même? Voilà donc le sceau qui distinguera toujours les enfants de Dieu des enfants des hommes. Voilà cette vertu divine qui porte le chrétien à ce haut degré de perfection auquel la nature humaine n'atteindra jamais, parce qu'elle man-
(i) Voyez eotre autres Bayte el Fréret, dans son examen criiique des preuves de la Religion.
(2) Voyez M. Bergier. Ceriiiode des preuves du ebrisUanisme, o« Réruladon de r£zamen critique. A Paris, chez Huinbloi.
(5) c Le christianisme gagna de proche en procue, et parvint à Toretlle des empereurs ; les uns le tolérèrent par mépris ou par liumanité. les autres le persécutèrent : la persécution liàta les progrès que la tolérance lui avait ouverts ; le silence et la proscription, la clémence et la rigueur, tout lut devint utile.» Hiêi. de$ éiié. des Ewapéens dau (et Indei , terne 7, c.l,p.tetsuiv. , ^^ ^, ^
' Voyez aussi rHisloire critique de Jésvs-Clirist , c. 17, p. 545, 360 ; Tableau des saints, seuHide partie, c. S , p. 121 ; de la félicité publique , tonte \ , seci. 2, c. 3. p. 185 ; Vie de Séiièquc, p. 138.
que de moyens suffisants pour y arriver; et yoilh aussi pour ainsi dire la pierre de touche à laquelle on reconnaîtra toujours l'œuvre de Dieu.
Le comte. A la bonne heure, monsieur: on aurait pu le soupçonner, si les premiers slè^ clés du christianisme avaient été des siècles de lumière. Mais quand je considàre que la philosophie était encore dans son berceau ; que le genre humain... Ahl si nos grands hommes avaient vécu dans ce temps , qu'ils auraient fait de belles découvertes (1) t Mats malheureusement nous ne pouvons plus aujourd'hui que conjecturer.
Le chev. Croiriez-vous donc, messieurs, que le monde n'a eu des êtres raisonnables,
2ue depuis que vous existez dans le monde? roiriez-vous qu*il faut avoir étudié à votre école pour voir de ses propres yeux? L'assertion des hommes qui ont vu ne vaut-elle pas bien les conjectures des philosophes qui ne voient pas? cependant, puisque vous récusez les témoins que je viens oe citer , en voici d'autres par surabondance , et plus dignes certainement de votre confiance.
Le comte. Et qui donc?
Le chev. Vous-mêmes, messieurs.
Le comte. Oh ! il n*y a rien à dire.
Le chev. Je vous montre à TOus-mémcs deux peuples sur la terre , les plus anciens de tous, clispersés dans toutes les parties du monde, et qui, ne tenant à aucun pays ni i aucun empire, semblaient devoir plutôt se confondre avec les autres nations : les Juifs et les chrétiens ; nierez-vous encore cela ?
Le comte. Toujours des Juib ?
Le chev. Oui • monsieur ; et ces deux peuples sont précisément les seuls dont Texistence est essentiellement liée avec la religion de Jésus -Christ. Le peuple juif qui date depuis quatre mille, répandu parmi les nations depuis dix-sept siècles, s y pernétue et se distingue toujours d'elles, malgré l'intérêt qu'il aurait à se confondre avec les autres peuples, pour se soustraire à leur haine ; et cela tandis que Irs nations les plus puissantes se mêlent avec les autres nations , tandis que les familles les plus illustres se confondent avec les autres familles, et qu*après un certain espace de temps , ni les unes ni les autres ne laissent plus de yestiges sur la terre. Pourquoi, monsieur, cette exception particulière si contraire à l'ordre naturel ?
Le comte. Que nous importe ?
Le chev. A vous, rien. Il faut même convo nir que ce peuple vous embarrasse un peu ; et quoique il ne vous ait jamais fait de mal, vous entrez pourtant quelquefois en fort mauvaise humeur contre lui. Votre patrfarche même , on ne sait trop pourquoi , les avait assez maltraités ; aussi s en sont-ils cruelle^ meut vengés (2). Ces messieurs, surtout ceux
(1) f On sonhaitenil pour qu^un roirade fÊtk bîea constaté, qu'il flftt ùdi en présence de rAcaddnie des sciences <te Paris, o« de la Société royale de Loodies oi de la. Faculté de médecine, assistét d'un détadia* ment du régiment des gardes, i Dkikm. pkiloêo^.
£t) Voyez les Lettres de quelques Juifs portugjjs . de Voltaire. A Paris chez Moutard.
su
CATÉCHISTE
da Portugal* ne pardonnent guère : et ce qu'il y a de pixks fâcheux encore, c*est que les rieurs ont été cette fois pour les Juifs.
Leeomie. C'esl un imposteur qui a pris leur derise pour avoir le plaisir de faire rire.
Le cAev. Quoi quMI en soit, monsieur, si I exiaienee de ce pauvre peuple vous parait inutile, elle ne Test point aux desseins de la Providence. Ce peuple devait exister avant Jésus-Christ comme Tonique adorateur du vrai Dieu, comme le dépositaire de ses promesses et destiné à donner naissance au Messie promis. Il devait exister après Jésus- Christ pour attester l'authenticité des oracles sacrés qui l'ont annoncé, pour rendre témoignage à sa mission par ses propres malheurs, et pour accomplir lui-même un jour les prophéties par sa conversion. .
le eovUt. Vaine spéculation I vaine subtilité 1 conjecture ridicule I
Le ehev. Quoi I monsieur , rien de plus ? Quoi I vous qui obSM'vex si bien la nature , vous ne voyez rien ici de surnaturel? Je m'en rapporte à votre conscience, et je tourne mes regards vers l'autre peuple.
Le comPe. Autre histoire I
Le chev. Mais histoire véritable , et que vous ne contesterez sûrement pas. Les chrétiens qui ont déjà dix*sept siècles d'ancienneté se perpétuent aussi parmi les différeAtes nations, non plus par la chair et le sang, comme les premiers , mais par la foi. Ce nouveau peuple change de climat; il s'incorpore successivement avec toutes les nations, leur communique à toutes le même esprit , sans jamais rien contracter de leurs yices. La célébrité des plus grands philosophes n'a jamais pu réussir à donner de la consistance à leurs systèmes; les disciples réforment leurs maîtres, ils se divisent entre eux, et la secte enfln disparaît : les lois les plus sages n'ont jamais qu'une existence précaire; d£ nouvelles lois succèdent aux premières, les unes et les autres tombent ensuite en désuétude ; et tout périt après un certain espace de temps parce que tout est l'ouvrage de l'homme. Hais le peuple formé par Ane reli-
f^ion divine, la seule oui put sanctifler *homme et rendre gloire a Dieu ; ce peuple, à qui le Fils de Dieu avait promis son assistance jusqu'à la consommation des siècles, et pour qui seul le monde avait été créé ; ce peuple devait subsister jusqu'à la (in des ieta^ : et comme son existence était inséparable de la foi, saioi devait aussi demeurer immuable au milieu des siècles. Les teitipétes détachent à la vérité quehfues rameaux de l'arbre, mais elles n'entament jamais le tronc ; les rameaux détachés sèchent, Tarbre répare ses pertes et demeure toujours le * inéme. Ainsi le corps des pasteurs uni au corps des fldèles qu'il gouverne aujourd'hui, remonte, par une succession non interrompue , A cette Eglise primitive qui a reçu sa mission Jésus-Christ et oui fait encore profession de croire ce qu'elle a toujours cru.
Or tout cela posé, je vous le demande, monsieur, qu'est-ce donc qui a fixé le sort de ces deux peuples dans une sorte d*im-
mutabilité , tandis <|ue tout change autour d'eux? Qu'est ce qui les conserve dans une situation si anaiorae à leur destinée; Ton dans un état d'avfltssement et de mépris ; l'autre d'abord persécuté pour montrer la toute-puissance du bras qui le protégeait, et sortant ensuite du sein de l'orage, pour répandre partout la lumière et faire régner Jésus-Christ sur les nations les plus sages et les plus puissantes? Expliquez-nous cette éniffme, vous, messieurs, qui ne croyez pas à Jêsus-Christ.
^ Le comte. Ce sont de ces phénomènes dont il n'y a que la nature qui sache bien le secret. Ces deux peuples se trouvent là à peu près comme vous , comme moi , comme votre Messie, comme vos apôtres, comme tous les événements dont vous venez de parler ; c'est par hasard , c'est par un concours fortuit de circonstances. Il y a tant de bizarreries dans la nature I
Le chev. Que dites-vous là, monsieur?
Mais le pensez-vous bien 7 Quoi I une chaîne d'événements qui datent du commencement du monde , et dont les chaînons , distribués sur la face de la terre, y tiennent à une infinité de causes morales et physiques ; des événements qui marchent avec les siècles , des événements qui ramènent tout, les faits les plus obscurs comme les révolutions les plus éclatantes, les lois d'un ancien peuple, les oracles des prophètes , la chute oes empires , l'extinction de l'idolâtrie , la renaissance du monde , la dispersion et la perpétuité d'une nation maudite, la formation d un nouveau peuple , l'héroïsme des plus sublimes vertus, enfin le del et la terre; et qui les ramenant à un point unique, Jésus- Christ et son empire ; tout cela n est-il donc, selon vous , que l'effet d'un concours fortuit de circonstances?
Le comte. Cela vous paraîtra peut-être, monsieur, un peu difficile à croire; et ie n'en serai pas surpris. C'est qu'il faut avoir une certaine trempe d'esprit pour se bien
mettre au-dessus des préventions Mais
attendez , monsieur... ahl je n'y pensais donc pas.... tous ces raisonnements ne me regardent plus : ils embarrasseront peut-être ceux qui croient encore en Dieu ; car s'ils voient les desseins d'une providence dans les merveilles de la nature dans leur ordre, dans leur harmonie, il faudra bien aussi Qu'ils reconnaissent cette même Providence oans cet enchaînement de prétendues merveilles, qui concourent toutes, depuis le commencement du monde , à un même but , à l'établissement et à la conservation de l'Eglise de Jésus-Christ. C'est un piège qu'on leur a tendu en leur persuadant qu il fallait au moins adorer un premier Etre. Ils ne voyaient pas où on voulait les mener ; ils s'en tireront comme ils pourront. Les plus habiles d'entre nous s'en étaient douté ; aussi se sont-ils bien gardés de s'y laisser prendre. Ils ont nié tout net que les merveilles die l'u* nivers fussent l'effet d'une cause intelligente, et se sont sauvés , une fois pour toutes , des chicanes de vos théologiens , eu se réfugiant
LE raiLOSOPIIE
sortes atles de la nature : c*es(là, messieurs, que nous tous attendons.
L$ chev. Oh I si , pour contester les preuves de ma religion , vous êtes réduits, messieurs , à nier que les merveilles de la nature prouvent l'existence d'un premier Etre, ma cause est gagnée, puisqu'on ne peut combattre ma religion que par une absurdité. Je vais plus loin encore ; et quand même la nature toute seule aurait pu créer Tunivers, je dis qu'il faudrait toujours reconnaître une cause supérieure qui non seulement aurait fait servir la nature à rétablissement de la rclision, mais encore ^ui en aurait suspendu les lois, qui en aurait changé la marche,
Îoi l'aurait subjuguée , qui l'aurait asservie l'empire de Jésus-Christ.
Le comte* Ah I monsieur, il y a id du merveilleux. Voilà une servitude ciont on ne s'était pas encore avisé. Voudriez-vous bien nous l'expliquer?
Le chev» Très-volontiers, pourvu que vous aycs la patience de m'entendre : je n'aurai besoin pour cela que de faire une courte analyse de ce que je viens de vous dire.
Le conUe. Je le veux bien , mais du moins soyez court.
jLf ehev. Répondez-moi donc, je vous prie : n*est*il pas contre l'ordre physique, qu*à la seule parole d'un homme les morts ressuscitent, qu'un avougle recouvre la vue, que les estropiés soient guéris, que les pains se multiplient entre ses mains , que les eaux se raffermissent sous ses pieds , et que cet homme communique encore sa puissance i d'autres hommes? N'est-il pas contre l'ordre moral, que des hommes qui vivent en divers temps et en différents pays, lisent dans l'avenir, et tracent tous par quelque trait particulier le tableau d'un grand prophète qui doit paraître longtemps après eux et à des époques précises qu'ils désignent? Que cet homme extraordinaire paraisse en effet au terme fixé, parfaitement ressemblant au tableau qu'on en avait déjà tracé? Qu'il marque à son tour les événements les plus surprenants et les plus incroyables qui doivent arriver après lui, la publication de son Evangile dans tous les pays du monde , la persécution et le triomphe de son Eglise, la formation et la perpétuité d'un nouveau peuple, les rois et les sages delà terre prosternés aux pieds de sa croix, et le peuple qui l'y avait attaché , frappé des fléaux les plus terribles ? N'est-il pas contre Tordre naturel , que tout l'univers, que les ennemis mêmes de la reii-
Sion concourent constamment et librement, epuis sa naissance, sans le savoir et sans le vouloir, à raccompUssement de ces prédictions? N'est-il pas contre le cours des causes morales , qu'une religion qui enchatne toutes les passions, qui lutte contre la puissance (les hommes dont elle combat les préjugés , contre la nature du cœur humain dont elle contrarie les penchants, contre l'orgueil de l'esprit qu'elle humilie sous le joug de la foi , s'établisse avec tant de rapidité au milieu des nations les plus corrompues ; qu'elle y ré- ^#ande son esprit, qu'elle y enfante un nou-
veau peuple. qu*elle y fasse briller dans tous les temps les plus hautes vertus, etque,malgré la pente du cœur humain , malgré la corruption des moeurs , on voie toujours an milieu de ce peuple, et de ce peuple seul, des sages, élevés au-dessus de tout ce qui flatte les sens, renoncer à Téclat delà naissance, aux avantages de la fortune , aller se cacher dans la retraite, s'y consacrer à la pratique des vertus les plus austères, et dérober encore leurs vertus aux applaudissements des hommes , en élevant un mur ét%mel de séparation entre eux et le monde? des hommes apostoliques qui , brisant tous les liens qui les attachent sur la terre, vont, dénués de tout, dans les pays les plus barbares , les arroser de leurs sueurs et de leur sang, pour faire connaître le Dieu qu'ils adorent, et sauver des hommes barbares qui les persécutent? N'estil pas contre l'ordre de la nature, que cette même religion se perpétue avec son peuple, dans toute son intégrité, et que malgré la tendance du cœur humain à se relâcher des observances qui le gênent, cette loi d^^sée entre les mains des hommes corrompus, faibles, inconstants par nature , deoMure toujours invariable et incorruptible? que ses ministres, lors même qu'ils la violent, soient pourtant si fidèles à conserver la pureté de sa morale, et à défendre contre eux-mêmes les droits de la religion qu'ils enseignent? N'est-il pas enfin contre la nature du cœur humain , qu'il puisse trouver dans la privation de tout ce qui flatte la nature, dans les austérités de la pénitence, dans les persécutions, dans les souffrances, cette joie intérieure une Jésus-Christ a promise à ses saints, et que le spectacle le plus affligeant pour la nature, l'image d'une homme cruciné, soit devenu pour eux le spectacle le plus doux et le plus consolant ?
£e comte. Allons, monsieur, laissez-là votre mysticité qui ne convertira personne, et parlons raison.
Le chev. Cette consolation n'est pas , j'en conviens, dans Tordre des choses humaines : mais les chrétiens qui l'ont éprouvée l'attestent, ils en sont eux-mêmes la preuve, leur témoignage est unaninie ; on doit les en croire, lorsque ils sacrifient tout à une reli—
Î^ion qui leur défend de mentir : et plus le ait est au-dessus des forces delà nature, plus le miracle de la grâce est manifeste.
Le comte. Eh bienl ce sera tout au plus l'effet d'un enthousiasme.
Le chev. Mais un enthousiasme qui dure depuis la naissance de l'Ef^lise i Que pensez-» vous, monsieur, d'un pareil enthousiasme ?
Le comte. J'accorde tout, si vous vouiez ; et j'en tire un argument contre vous-même.
le chev. Quel argument, monsieur, contre une force toute-puissante qui se manifeste par tant de prodiges ?
Le comte. Je disqu'une religion diamétralement opposée à la nature du cœur hamain, ne peut être l'ouvrage d'un être fnfiniment sage
Le cfiev. Fort bien , monsieur. Ainsi , de ce que vous voyez au-dessus de la nature une force qui la subjugue, et qui la fait pliez
CATÉCHISTE