FIN DD PHILOSOPHE CATÉCHISTE
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EXAUEN DU GATECmsnE
DE L'HONNÊTE HOMME
on DIALOGUE ENTRE UN CALOYER (1) ET UN HOMME DE BIKN
L*ouvrage que nous examinons invite le lecteur par son titre et par sa brièveté ; mais la lecture ne lui est pas favorable. On s'attendait i trouver dans un catéchisme une suite de principes et d*instructions familières sur la religion. Dans celui-ci , à Texception de quelques termes vagues , qu*on ne déGnit jamais , on ne trouve qu'une suite de dilBcultes contre la religion ; on n*y voit que les cffortsde Tincrédulitécontre nos livres saints. Le titre naturel de ce petit ouvrage devrait donc être : Critique de ta religion chrétienne* Rien de mieux assorti aux rôles des deux interlocuteurs. Le caloyer semble n'ouvrir la bouche que pour fournir matière aux attaques de 1 homme de bien ; et celui-ci, pour se frayer un chemin plus commode à une victoire apparente, a soin, et souvent d'un ton dévot, plus souvent d^unton railleur, toujours d'un ton de mattre , d'altérer presque tous les faits qu'il touche, de les déguiser, de supprimer ce qui peut servir à leur éclaircissement , de même que toute citation ; et au sujet des faits qu'il déGgure moins , il répète, comme nouvelles et comme insolubles , des
(4) Les caloyers, soni des moines ou religieux grecs, qui suiveni la régie de saint Basile. Us habitent particulièrement lemontAthos; mais ils desservent presque toutes les églises d*Orient, dont ils sont la gloire ei Tomement. Il n*a jamais été fait de réforme chez eux : car ils gardent exactement leur premier institut et vêtement. Us mènent une vie pauvre et retirée. Us ne mangent jamais de viande. Outre cela, Ils font quatre carêmes, et plusieurs autres jeûnes de TEglisc grecque. Voyage de Taccrnier,
objections surannées» cent fois rebattues ei cent fois résolues.
Le caloyer débute ainsi : Puis - je vous demander , monsieur , de quelle religion vous êtes dans Alep , au milieu de cette foule do sectes qui sont ici reçues, et qui servent toutes à faire fleurir cette grande ville ? Etes-vous mahometan du rit d'Omar ou de celui ÎTJÛi ? Suivez- vous les dogmes des anciens Parsis^ ou de ces Sabéens, si antérieurs aux Partis, ou des Brames, qui se vantent d'une antiquitt encore plus reculée? Seriez-vous juif? Ètes^ vous chrétien du rite grec , ou de celui des Arméniens , ou des Cophtes , ou des Latins f Que réplique r honnête Aomme ?
Lhonnete homme. J'adore Dieu ; je tâche d^étre juste , et je cherche à m'instruire.
La réponse parait modeste : l'est -clic eflcctivement? Suppose-t-cllc un examen raisonné et impartial de toutes les sectes qu'on vient de citer? Ce prétendu honnête homme adore Dieu et il tâche d'être juste. 11 fait trèsbien; mais a-t-il une idée (le Dieu tdlc qu'il doit l'avoir, pour l'adorer comme il veut être adoré ? A-t-ll une idée bien claire des biens
3u'il doit espérer de sa bonté, et des maux qu'il oitcraindre de sa justice ? A*t-il une idée bien exacte de tous les devoirs quMl a à rcmpHr , soit envers l'auteur de son être, soit envers soi-même , soit envers ses semblables, pour se flatter d'être juste? A-t-il une idée bien assurée de la nature du culte, soit intérieur, soit extérieur, qu' il doit à l'auteur de son être? car étant composé d'amc et de corps, il doit faire servir l'un et Tantre à sa gloire ;
DE L*00NNÊ7E-lt0MME. ETC.
pnisquil tient Tan et l'autre de sa puissance. Ënfln , s'il lui arrive de violer quelqu^un de ses "devoirs , a-t-il une idée bien précise de quelque ressource , pour en obtenir Tabolilion? Il cherche à s'instruire : voyons si c'est de bonne foi ?
Le caloyer. Mais ne donnez ^ vous pas la ' préférence aux livres iuifs sur le Zendavesla, sur te Vedam, surVÀlcoran?
L'honnête homme. Je crains de n'avoir pas assez de lumières pour bien juger les livres , et je sens que j'en ai assez pour voir dans le grand livre de la nature , qu'il faut adorer et aimer son maître,
La réponse est-elle de bonne foi? Faut-il tant de lumières pour juger que les livres
Su'on oppose ici aux livres des Juifs , sont estituésde toute preuve de divinité? Ne faut-il çoint de lumière, pourvoir dans le grand livre delà nature , toutes les vérités nécessaires pour adorer et aimer comme il faut , son souverain Hatlre ?
Le côtoyer. Y a-tÀl quelque chose qui vous embarrasse dans les livres juifs ?
L'honnête homme. Oui ;f avoue que f ai de la peine à concevoir ce qu'ils rapportent. J'y VOIS quelques incompatibilités , dont ma fat'blesse s^étonne.
V II me semble difficile que Motse ait écrit dans un désert le Pentateuaue, qu'on lui attri-bue. Si son peuple venait d'Egypte où il avait demeuré, dit l auteur y quatre cents ans {sur quoi a se trompe de deux cents) , ce livre eût été probablement écrit en egyptten, et on nous dit qu'il l'était en hébreu. Il devait être gravé surla pierre ou sur le bois. On n'avait pas , du temps de Moïse , d'autre manière d'écrire ; c'était un art fort difficile , qui demandait de longs préparatifs; ii fallait polir le bois ou la pierre ; il n*y a pas d'apparence que cet art pût être exercé dans un désert , où selon ce livre même 9 la horde juive n'avait pas de quoi se faire des habits et aes souliers, et Dieu fut ob'igé de faire un miracle continuel pendant quarante années^ pour leur conserver leurs vêtements et leurs chaussures sans dépérissèment.
Que votre raison est faible si elle voit ici des incompatibilités 1 Comptez , d'après le texte samaritain, depuis la seconde promesse faite à Abraham , les années de la demeure des descendants de ce patriarche dans une terre étrangère; et votre difficulté au sujet des quatre cent trente ans en Egypte, s'évâ* nouira. Qui vous a dit que dans le siècle de Moïse , on n'écrivait en Egypte que sur des tables de bois ou do pierre? Quand cela serait, qui vous a dit que Moïse, éclairé d'avance sur tout ce qu'il aurait à faire dans le désert, ne fit point provision, avant de sortir de l'Egypte , ue la quantité de tables de bois ou de pierre , dont il prévoyait qu'il aurait besoin? Qui vous a dit que Dieu fiït obligé d'avoir recours à un miracle , pour le vêtement et la chaussure des Israélites dans le désert ? Ne pouvait-il pas leur laisser faire usage des peaux de leurs troupeaux? Ya-t-iî du sens à supposer qup la postérité de Jacob vivant , réunie dans la terre de Gessen , eut
oublié la langue de ses pères, e*est-à-Hllre la lan|;:ue hébraïque, pour ne parler que l'égyptienne , si cette dernière différait beaucoup de la première , et n en était pas un dialecte?
2* Dit thonnête homme. Les hommes les plus versés dans l'antiquité pensont que ces /tvres ont été écrits plus de sept cents ans après Moïse. Ils se fondent sur ce qu'U y est parlé des rois , et qu'il n'y eut des rois que long^ temps après Moïse; sur la position aes villes^ qui est fausse, si le livre fut écrit dans le d^« sert , et vraie s'il fut écrit à Jérusalem: sur les noms des villes ou des bourgades dont il est parlé, et qui ne furent fondées ou appelées du nom qu'on leur donne qu'après plusieurs siècles , etc.
Il faut s'aveugler soi-même pour douter que Moïse soit l'auteur du Penlateuque.
'Toute l'antiquité le reconnaît pour législateur des Juifs : il y aurait de la folie à contester ce fait, qui n'est pas moins certain que l'existence de ce peuple Juif avant l'établissement du christianisme. Or est-il possible de refuser le Penlateuque au législateur des Juifs ? Ce législateur, dit-on, parle des rois avant qu'il y en eût chez le peuple Juif. Belle raison I Est-ce que Moïse, si éclairé sur la destinée future de son peuple , comme il le manifeste par le XXXIl chap. du Deutéronome, pouvait n'en point prévoir toutes les positions , et prescrire des lois pour les rois que ce peuple demanderait un jour? Est-il bien étonnant , qu'après des révolutions de siècles , des villes , des villages aient changé de nom depuis Moïse? que ces nouveaux noms aient été d'abord placés a la marge par manière de remarques, par ceux qui étaient chargés de revoir le Penlateuque, et que dans la suite ils aient passé dans le texte ? Est-ce là un fondement légitime de regarder le Pentateuque comme un ouvrage supposé? L'imposture se serait trahie elle-même, tant elle aurait été visible. Quelques additions, quelques retranchements du même genre, en très-petit nombre , et qui ne sont pas même d'une entière certitude : de tels changements touchent-ils au fond et à la suite de Thistoirc donnée par l'auteur du Pentateuque , au corps des lois, au récit des miracles.
3*" Ce qui peut un peu effaroucher, dans les écrits attrmAés à Motse , c'est aue l'immortu" lité de l'ame , les récompenses et les peines après la mort , sont entièrement inconnues dans l'é^ nonce de ses lois. Il est étrange qu'il ordonne la manière dont en doit faire ses déjections, et qu'il ne parle en nul endroit de l'immortalité de l'ame. Z oroastre , antérieur au législateur juifj dit : Honorez, aimez vos parents, si vous voulez avoir la vie éternelle. El le Décorlogue dit : Honore père et mère si tu veux vivre longtemps sur la terre. Il semble que Zoroastre parle en homme divin, et Moïse en homme terrestre.
L'immortalité de l'ame est une vérité connue dans tous les temps, par tous les peuples policés. Il est un grand nombre d*expressions dans le Pentateuaue , qui rappelaient cette grande vérité aux Israélites. Moïse en était ,
iek>n S. Paul, font pénétré lui-ménie. Moïse, comme ministre du roi des Israélites, c'està-dire de Dieu même, devait sans doute leur donner au nom de ce roi des lois qui renfermassent les principes et les motifs des réconipenses et aes punitions réservées à une antre yie ; mais dcTait-il y attacher ces sortes de récompenses et de punitions? Non; des
(iromesscs et des menaces temporelles pour a vie présente, étaient bien plus propres à remuer et à contenir un peuple charnel et fçrossicr que des promesses et des menaces de biens et de maux invisibles dans une vie future. M. Pridaux ne conviendrait pas de l'antiquité de Zoroastre (1). Il le fait disciple de Daniel; et dans ce cas , il n'est pas surprenant que ce philosophe parle de la vie éternelle d'après son maître et les autres prophètes juifs , les David , les Salomon, les Isaïe, etc. Continuons d'entendre notre honnête homme.
4* Les événêmenti racontés dans le Penta^ teuque étonnent ceux qui ont le malheur de juger par leur raison, et dans qui celte raison aveugle n'est pas éclairée par une grâce particulière. Le premier chapitre de la Genesf est si au-dessus de nos conceptions , qu'il fut défendu chez les Juifs de le lire avant vingtcinq ans.
On voit avec un peu de surprise, que Dieu vienne se promener tous les jours à midi dans le jardin d'Eden ; que les sources de quatre fleuves, éloignées prodigieusement les unes des autres, forment une fontaine dans ce même iardin ; que le serpent parle à Eve , attendu qu'il est ie plus subtil des animaux ; et qu'une dnesse , qui ne passe pas pour subtile , parle aussi plusieurs siècles après; que Dieu délivre de la servitude en Egypte, six cent mille combattants de son peuple, sans compter les vieillards, les enfants et les femmes: que ces six cent mille combattants , après les plus éclatants miracles, égalés pourtant par les magiciens d'E^ gypte, s*enfment, au lieu de combattre leurs ennemis ; qu'en fuyant ils ne prennent pas le chemin du pays, où Dieu les conduit; quils se trouvent entre Memphis et la mer Rouge; que Dieu leur ouvre cette mer et la leur fasse passer à pied sec , pour les faire périr dans des déserts affreux, au lieu de les mener dans la terre qu'il leur a promise : que ce peuple, sous la main et sous les yeux de Dieu même , demande au frère de Moise un veau d'or pour l'adorer ; que ce veau d'or soit jeté en fonte en un seul jour , que Moise réduise cet or en poudre impalpable et la fasse avaler au peuple ; que vingt-trois mille hommes de ce peuple se laissent égorger par des Lévites, en punition d'avoir érigé ce veau d'or, et qu'Aaron, qui l'a jeté en fonte, soit déclaré grand prêtre pour récompense ; qu'on ait brûlé deux cent cinquante hommes d'une part, et quatorze mille sept cents hommes de l'autre, qui avaient dis-puté l'encensoir à Aaron ; et que, dans une autre occasion , Motse ait encore fait tuer vingt-quatre mille hommes de son peuple»
{^) Vrn\. \\h\, des Juifs: I. 1, p. 5^; édition
EXAMEN DO CATÉCHISME
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Ne diraitr-on pas avec plus de fondement que les événements racontés dans le Pentateuque n*élonnent qu'une raison encore fai* ble, et pour ainsi dire dans l'enfance , sans réflexion et sans culture. Qu'y a-t-il en effet, par exemple, dans les premiers chapitre» de la Genèse, çui soit au-dessus des concept tiens d*une raison attentive et cultivée? On y voit d*abord le souverain Etre existant par soi , tirer du néant la matière qui doit Are le fond du ciel et de la terre ; c'est-à-dire , de cet édiQce superbe que nous admirons : ensuite arranger et ordonner cette maBère successivement dans l'espace de cinq joars, et former cet édiflce maffuifique.
La matière de la lumière commence à entendre la parole du Tout-Puissant ; le mouvement de vibration lui est donné, et s'il j avait des yeux , ils verraient le premier et le plus beau jour succédant à la nuit la plus obscure. Au second jour l'atmosphère va paraître : une partie des eaux ou de cette matière liquide qui enveloppe la terre atténuée et subtilisée prend son essor vers Fat* mosphère; l'autre partie plus grossière, qui lui sert encore de langes, reçoit l'orure de se rendre dans les bassins , qui lui sont préparés pour former les mers. La terre, ainsi dégagée au troisième jour, est ornée et embellie de toutes sortes de plantes , portant en elles-mêmes un principe de vie, Îour se renouveler et se perpétuer A l'inQni. e quatrième jour, la matière destinée à la formation des globes de feu qui roulent sur nos têtes va occuper sa place : le soleil brille durant le jour ; les étoiles étinceltent durant la nuit ; soit que ces corps ne soient que des amas de feu, propres par leur mouvement à agiter la matière de la lumière , répandue de toute part; soit qu'ils ne soient eux-mêmes qu'un amas de lumière qui s'élance incessamment de ces fonds inépuisables vers notre planète ; mais à quelles profondes ténèbres ne seraient pas exposées les diverses contrées de cette planète , par son mouvement joujmalier autour du soleil , si elles ne jouissaient, pendant l'absence de cet astre, que de la sombre lumière qui leur vient des étoiles dans un éloignement si immense? L'inconvénient est prévu : la lune est placée entre le soleil et la terre dans une telle distance, qu'elle est propre, comme un miroir, à réfléchir durant la nuit une quantité prodigieuse de rayons solaires , et A les renvoyer A notre habitation. Le cinquième jour ia mer est remplie de poissons , et Tair d'oiseaux. Le sixième, la terre est peuplée d'animaux.
Mais l'univers ce superbe édiflce, est encore comme désert et inhabité : il est sans admirateur de tant de merveilles. L'art ineffable de son auteur y est inconnu ; personne ne l'en loue et ne l'en bénit. Enfin sont créés deux êtres, capables de remplir ces grands devoirs : Dieu produit l'homme et la femme A son image et A sa ressemblance, c'est-àdire capables de le connaître et de l'aimer. 11 leur donne l'empire sur tout son ouvrage, et les établit pour en être la voix et le pon-
DE L*HONNËT£.HOUHE, ETC.
tife. il les place dans on jardin délicieux , en leur permettant de se nourrir de tons ses fruits , A Texception d'un seol , dont il leur défend sons de grandes menaces de mansen La femme se laisse sédntre par rarliflce cran serpent, et par la beauté du Trait ; Thomme a la complaisance d'en manger après la femme. Tout change alors dans ces degx re^ belles aux ordres ae leur Dieu. Leur intelligence s'obscurcit, leur imagination s'égare, leur volonté se dérègle, leur corps se révolte. Condamnés à des supplices qui ne finiront
3ue par leur mort, chassés honteusement u jardin de délices, ils ne sont consolés 3|ue par la sentence prononcée contre le se-» ucteur : il sortira d'eux une femme , ennemie de ce séducteur ; et elle donnera naissance à un fils, qui en sera aussi l'ennemi, lequel, après en avoir été mordu au talon , lut écrasera la tête.
Qu'y a-t-il donc dans ce récit qui soit si fort au-dessus des conceptions d'un homme tel que vous, qui vous értcez en critique de nos livres sacrés? Est-ce la création de la matière? Eh , l'éternité de la matière ne renferme-t-elle pas des difficultés mille fois plus inconcevables que la création I Est-ce l'arrangement et Vordination de la matière?
Est-ce qu'il peut y avoir de l'arrangement et de l'ordination dans la matière sans un ordinateur! Est-ce l'arrangement et l'ordination de la matière en six jours ? Quoi 1 vous youdriex que Dieu n'eût point manifesté sa souveraine liberté dans la fabrique de ses ouvrages? Vous paraîtrai t-il plus beau, que tout tut sorti de sa main , comme par one aveugle impétuosité ? Est-ce la pro-^ duction de l'homme à l'image et à la ressemblance de son Créateur qui vous étonne, ou la formation du corps avant la création de l'ame? Concevez-vous donc que l'ame ait pu sortir des mains de l'auteur de son être sans en recevoir la connaissance et l'amour? Concevez-vous donc que l'ame étant faite pour régir le corps, celui-ci n'ait pas dû être préparé auparavant, et en attendre les premiers mouvements , et par conséquent , en recevoir les vestiges propres à réveiller les notions et les sentiments avec lesquels elle est sortie des mains de son autour? Ce qui vous étonne, est^^e le précepte imposé a ce premier homme ? Quoi, devait-il être indépendant, ou Dieu ne devait-il point lui faire sentir sa dépendance? Ce qui vous étonne, est-ce sa désobéissance à un précep-* te si facile ; ou ce changement effroyable qui lui arrive, et qui en est le châtiment? N'était-il pas né libre ? Le Créateur devait-il le créer sans liberté? N'eût-ce pas été tout à la fois, et se priver lui-même de la manifestalion de son indépendance à l'égard des hommages de l'homme , et priver l'homme du mérite de ses hommages ! Le Créateur, en le formant avec la liberté, devait-il en empêcher l'abus? Etait-ce pour le bien du Créateur « et non pour son bien propre, que Thomme devait être obéissant? Le Créateur r-t-il besoin du culte de sa créature ? Si le Créateor prévoyait l'a^t^us que Thomme fenait
de sa liberté , devait-il, pour prévenir cet abus, rendre fausse sa prescience?
Ce qui vous étonne, est-ce le changement qui survient dans tout Têtre du premier nomme après son crime? Est-ce que ce crime n'emporte pas avec soi dans le premier hom* me, la préférence de sa volonté propre à celle de son Créateur ; par conséquent l'extinction en lui de l'amour du Créateur 1^ EstH^e que les vestiges de son cerveau ne durent pas s'affaiblir et s'altérer étrangement, cesser par conséquent d'être propres à réveiller la connaissance du Créateur? Est-ce qu'il ne dût pas perdre en perdant l'innocence, Tem*
fnre sur un corps que son innocence seule ni avait acquise ? Pourrions-nous méconnaître en nous-mêmes les enfants de ces deux premiers coupables ?
Entei^dez, d'après tous nos livres sacrés i par le serpent séducteur, un esprit méchant, ennemi de Dieu et de Thomme ; et par la sentence prononcée contre lui , la promesse d'un libérateur, oui en recevra la mort, mais qui en détruira rempirc injuste , par l'établissement de l'empire de la justice ; et vous aurez le plan de la conduite de Dieu sur le genre humain. Passons à vos autres reproches contre le Pentatcuque.
Vous voyez, dites-vous, avec surprise, que Dieu vienne se promener tous les jours à midi dans le jardin d'Edcn. Qu'y a-t-il en cela de si surprenant! Le Maître de la nature, n'est-îl pas le maître de manifester sa présence quand il lui plait, et comme il lui plaît, en faisant servir les corps à sa volonté souverainement puissante? Vous voyez avec surprise que les sources de quatre fleuves, éloignées prodigieusement les unes des autres, forment une fontaine dans le même jardin d'Edcn. De savants hommes ont travaillé i rapprocher ces sources qui vous paraissent si prodigieusement éloignées. Vous ne vous sentez pas sans doute assez versé dans la géographie ancienne et moderne, pour oser attaquer leur conjecture; mais en supposant qu'ils n'eussent pas été assez heureux pour réussir, qu'en pourriez-vous conclure contre le récit de Hoïse? Etes-vous bien assuré que depuis la naissance du monde, il ne soit survenu aucun changement à la terre qui ait pu séparer ces sources? On découvre tous les jours des preuves des plus grands boule^ versements arrivés sur notre continent. Vous voyez avec surprise que le serpent parle à Eve. Où est donc l'impossibilité, si Dien le permet ^ qu'un esprit forme des sons par l'orpne d'un serpent? Ce qiie vous ajoutez de 1 ânesse ne mérite aucune réponse; contesteriez-vous à Dieu une puissance qui n'est pas au-dessus de celle d'un esprit créé?
Vous noyez at^ec surprise que Dieu délitre de la servitude en Egypte six cent mille combattants de son peuple, sans compter les vieiltards, les enfants et les femmes; que ces six cent mille combattants , après les plus éclon tants miracles, éoalés pourtant par les magiciens d'Egypte, s enfuient au lieu de combattre leurs ennemis.
Est-il donc plus difGcilc à Dieu de délivrer
EXAMEN DU CATÉCHISME
SCI
six cent mille combaltanU de la serTitade, que mille et un moindre nombre encore?
Est-ce de bonne foi , que vous avancez que les miracles de Moïse furent égalés par les magiciens? Ceux-ci , après avoir tenté d'imiler les trois premiers miracles do Moïse
t peut-être en joueurs de gobelets ) la magie îs abandonne ; et ils sont contraints de reironnattre le doigt de Dieu dans Moïse, lequel annonce d'avance les plaies dont il frappe les cruels maîtres de son peuple, les produit ârinvocation du vrai Dieu, les fait cesser i la même invocation ; et lequel a un trop grand nombre d*yeux ouverts sur lui pour pouvoir faire illusion. Vous voudriez que ces six cent mille combattants, au lieu de fuir, eussent combattu les Egyptiens ; mais à quel titre Teussent-ils pu faire? Est-ce que la dureté d*un roi est un titre légitime de se révolter contre lui et de repousser la force par la force? Moïse n'était pas chargé de se battre, tnais d'obéir au mal re oui l'avait envoyé et d'engager Pharaon d*obeir au même maître. C'est à ce maître qtf est réservée la vengeance de l'injustice des rois ; et nous allons voir Pharaon réprouvant d'une manière terrible.
Vous voyez avec surprise, que les Israélites en fuyant ne prennent pas le chemin dupays où Dieu les conduit ; qtiils se trouvent entre Memphis et la mer Rouge ; que Dieu leur ouvre cette mer , et la leur fasse passer à pied sec . pour les faire périr dans des déserts af--freux, au lieu de les mener dans la terre qu U leur a promise.
Dieu va faire éclater sa vengeance contre les barbares oppresseurs des Israélites. Cest précisément pour en venir là, qu'il ordonne alMoïse de conduire son peuple vers la mer Rouge, au lieu de lui faire prendre un chemin plus court par l'isthme de Suez. Pharaon, sentant la perte des services qu'il lirait de ce peuple asservi , se met à la tête de son armée, le poursuit , l'atteint sur le rivage; la mer se divise ; les Israélites profllent du chemin qu^elle leur ouvre au milieu de ses eaux suspendues à leurs côtés , la traversent, et échappent ainsi à leurs ennemis, que la mer engloutit à leurs yeux. Si les Israélites périssent à leur tour dans le désert ; c'est leur ingratitude, ce sont leurs crimes qui les font périr : la souveraine justice ne punit que des coupables.
Vous êtes surpris que ce peuple , sous la main, et sous les yeux de Dieu même, demande au frère de Moïse un veau d'or pour Vado^ rer ; que ce veau d'or soit Jeté en fonte en un seul iour ; que Moïse réduise cet or en voudre impalpable . et la fasse avaler au peuple: que vingt-trois mille hommes de ce peuple se laissent égorger par des Lévites, en punition d*avoir exigé ce veau d'or ; et qu'Aaron, qui Va jeté en fonte, soit déclaré grand prêtre pour récompense ; qu'on ait brûlé deux cent cinquante hommes d une part, quatorze mille sept cents hommes de Vautre, qui avaient dispute V encensoir à Aaron; et que dans une autre occasion , Moïse ait encore fait tuer vingt-^quatre mille hommes de son peuple.
Que montre votre surprise ? Que vous con-
naissez peu rhomme plongé dans les sens. Les miracles, tandis qu ils durent, font impression sur lui. Cessent-ils ? U revient à son penchant. Il veut voir et toucher ce <|u il adore. Les Israélites ont vu les Egyptiens rendre leurs hommages au dieu Apis : ils veulent adorer leur Dieu sous cette figure. Aaron se prête à leurs cris redoublés, malgré s^s répugances et les efforts qu'il fait pour les détourner de leurs emportements aveugles. Vous paraissez ignorer la science des Hébreux dans la Métallurgie :^e là votre surprise à la vue d*t veau d'or jeté en fonte par Aaron, puis réduit en une poudre impalpable par Moïse, non en un jour, comme vous l'avancez sans preuve { un coup d'œil sur les ouvrages du tabernacle^ vous eût fait revenir de voire préjugé.
Le gouvernement des Israélites était une vraie théocratie : Dieu s'était déclaré le roi de ce peuple, et ce peuple l'avait reconnu en cette qualité : en sorte que l'adoration de tout autre Dieu, était un crime de lèze-majesté dans la rigueur des termes. Si vous aviez une idée de ce gouvernement , seriez-vous surpris de voir Moïse à la tête des Lévites demeurer fidèles à leur roi , mettre à mort des milliers de rebelles jusqu'à ce que, rentrant en eux-mêmes, ils s'humilient, déplorent leur crime , demandent miséricorde. Si Moïse épargne Aaron, c'est qu'Aaron reconnaît lui-même sa faute ; et que de plus il ne lui est point inférieur, étant ministre comme lui et grand-prêtre du même roi. Pourquoi en voyant la terre s'ouvrir sous les pieds de deux cent cinquante ambitieux, et sortir de ce gouffre une flamme qui consume leurs partisans , pourquoi n'adorez-vous pas la souveraine justice, qui se venge de tant d'impies, qui osent s'élever contre ses volontés? Pourquoi n'admirez-vous pas l'humanité de Moïse et d'Aaron, recourant en cette occasion aux prières et aux larmes pour fléchir cette justice ? Qu'y a-t-il d'étonnant , selon les principes du gouvernementdes Israélites, dans la mort de tant de milliers d'hommes prosternés aux pieds de Béelphégor , et se livrant aux dernières infamies, avec les femmes des adorateurs de ce dieu monstrueux.
5** Si on s'en tient aux plus simples con^ naissances de la physique, et qu'on ne s^élève pas jusque au pouvoir divin, il sera difficile de penser qu'il y ait eu une eau qui ait fait crever les femmes adultères , et qui ait respecté les femmes fidèles. On voit encore avec plus cT^tonnement un vrai prophète parmi tes idold^ très , dans la personne de BaUsam.
Quelles étranges révolutions n'étaient pas propres à produire dans la machine d'une femme, les cérémonies des eaux amères, par l'imagination tourmentée des remords d*ane mauvaise conscience? Quoi qu'il en soit, près crirez-vous des bornes au pouvoir divin? L'u sage en était-il déplacé, eu égard au caractère ialoux et cruel des Juifs, pour sauver la vie a des femmes innocentes ? Quant à Balaam» il est certain que le vrai Dieu n'était pas généralement inconnu dans ces contres, malgré les erreurs qui y régnaient ; que par cou-*
DE LniONNËTE-HOMMB, ETC.
séquent cet homme arare pouvait recevoir la connaissance de ravenir, et Tannoncer à rinvocation da yrai Dieu. Ce qni n*est pas moins certain , c'est (f^e dans le livre des Nombres, il est des prédictions de cet homme, vérifiées par révén«^ment et qu'on ne saurait diresansabsurditéavôirété faites après coup. 6* On est encore pltu surpris, que dans un village du petit pays de Madian, le peuple jmf trouve 675,0(l0 'hrebis . 72,000 bœufs , 61,000 ânes» 32,000 pucelles ; et on frissonne d'horreur quand on Ht que les Juifs , par or^ dre du Seigneur, massacrèrent tous les mâles et toutes les veuves, les épouses et les mères, tt ne gardèrent que les petites filles.
Vous n*étes surpris de la grandeur du butin que trouvèrent les Israélites dans le pays de Madian , que parce qu*il vous plaît de réduire leur victoire à la prise d'un village. II est question dans le livre des Nombres, chapitre XXXI, du pays de Madian, Souverné par cinq rois. Est-il bien extraorinaire qu un pays fécond et riche renferme un peuple nombreux , et tant de bœufs, de brebis et d'ânes ? Frissônneriez-vous d'horteur, si Dieu avait fait périr tout ce peuple par la peste ; n'adoreriez- vous pas plutôt sa lusticeT N'est-elle pas également adorable, lorsque elle emploie les Israélites pour exé^ cuter ses arrêts contre un peuple dévoué à l'anathème? Est-ce que Dieu n'est pas le maître de la vie et de la mort? N'est-ce pas lui qui tue et qui vivifie ? Ce n'est pas la con*danmation à mort de ces coupables , pris les armes à la main ; ce sont les crimes horribles dMdolâtrie et d'impureté, dans lesquels, selon les conseils pernicieux de Balaam, ils avaient entraîné, par le mo^en de leurs femmes et de leurs filles, un st grand nombre d'israé* lites^ pour forcer Dieu en quelque sorte de se retirer d'eux et de les abandonner.
7* Le soleil qui s^arrite en plein midi pour donner plus de temps aux Juifs de tuer les GtAaonttesy déjà écrasés par une pluie de pierres tombées du ciel : le Jourdain qui ouvre son lit comme la ivier Rouae pour laisser passer ces Juifs; les muraitles de Jéricho qui iombentauson des trompettes, tant de prodiges de toute espèce, exigent, pour être crus, le sacrifice de la raison^ et la foi la plus vive. Enfin, à quoi aboutissent tant de miracles opérés par Dieu même pendant des siècles en faveur ae son peuple, qu*à le rendre presque touiours Vesclave des nations.
vous admettez un Dieu. Votre raison n'a donc rien à opposer à la possibilité du miracle. Toute la nature est soumise aux lois du Créateur; mais qu'estce que ces lois, sinon sa volonté souverainement efficace, opérant d'une manière constante et uniforme, et c'est ce qu'on appelle le cours de la nature; ou opérant d une manière particulière, en sortant, pour ainsi dire, de cette uniformité« et c'est ce qu'on appelle miracle. L'un et Tautro lui sont donc éfralement faciles. Selon le cours de la nature. Dieu faisant rouler autour du soleil la terre sur elle-mémo, dans un certain période d'heures, forme le iour. Dieu ralentit le mouvement de rota-
tion durant quelques heures : voilà le miracle rapporté dans Josué , pour favoriser* non la défaite des Gabaonites, mais celle de leurs ennemis. Selon le cours de la nature ♦ les eaux d'un fleuve ne suivent U pente du lit où elles coulent, que par le mouvement et le poids que le Créateur leur imprime. Change-t-il la direction de ce mouvement? Les voilà qui demeurent suspendues vers leur source, se replient sur elles-mêmes, s'élèvent en montaêne. Sans ce miracle, le Jourdain débordé devenait inaccessible aux Israélites. Selon le cours de la nature, l'agitation que Dieu excite dans lair, par le son de quelques trompettes, et par les cris d-un peuple, n'est pas capable de renverser les murs d'une ville : mais quels murs pourraient se soutenir contre les efforts de cette agita-^ tion, s'il plaisait à Dieu de l'augmenter ? Ce miracle était propre à porter l'épouvante et Teffroi dans les cœurs des peuples Cananéens. Nous avons une question bien simple à vous faire sur ce que vous ajoutez. A quoi abou* tissent, demandez-vous, tant de miracles que Dieu opère en faveur de son peuple, sinon à le rendre esclave des nations; ce peuple est-il asservi aux nations, lorsque il est fidèle aux lois de son Dieu, ou seulement lorsque il lui est infidèle ? Ce n'est que dans ce dernier cas, êtes- vous forcés de répondre , pour no pas démentir l'histoire , selon les menaces précises qui lui en avaient été faites. Fallaitil donc, popr mériter vos applaudissements, que Dieu oubliât ses menaces, pour n'écouter que SCS promesses.
Supposé la vérité du Pentateuque , tout se suitdans l'histoire des Israélites. Dieu, comme nous l'avons déjà observé , s'est déclaré lo roi de ce peuple : il lui a donné des lois, il a attaché à l'observation de ces lois, les plus flatteuses promesses, et à leur violation, les menaces les plus terribles : il lai a prescrit le culte qu'il voulait qu'il lui rendit : il lui a confié le dépôt de sa religion, oubliée presque universellement sur la terre, en lut confiant celui de U grande promesse qu'il avait faite au premiitT homme après sa chute ; car quelle eût pu être la religion du premier homme , condamné à tant de misères après sa chute, sans l'espérance d'être délivré de ses misères après cette vie? mais sur quoi aurait pu porter cette espérance, sans la promesse d'un libérateur? U ne faut donc pas juger de ce peuple par les règles ordinaires de la conduite de Dieu sur le genre humain. Il est Tobjet d'une providence particulière. Abandonne-t-il les lois de son roi ? U en est abandonné , et devient la proie des nations voisines. Revient-il à son roi et réclame-t-il sa miséricorde? Son roi lui suscite des hommes extraordinaires , qui l'arrachent de la dure captivité sous laquelle il gémissait. U continue de le traiter sous les rois comme sous les juges, selon qu'il est fidèle ou infidèle. Il lui envoie des prophètes pleins de lumières et de zèle , dont il autorise la mission , souvent par des miracles éclatants, toujours par les prédictions les plus claires d'événements peu éloignés i dont il était témoini propres
EXAMEN DIT CAlf ClIISME