CHAPITRE PREMIEl
D. Queli sont U$ principes qui doivent servir de préliminqire et de base aux preuves de la Religion chrétienne t
R. C*e8i 1* qne le monde n'est point éterneU qu'il a eu un commencement et qu'il doit avoir un auteur; 9r qu'il y a un Dieu, c'est- A-dire une intelligence supérieure à la matière et d'une autre nature, et qu'il doit être infini dans ses perfections ; 3* que cette partie de nous-mêmes qui pense, et que nous appelons notre ame, est une substance spirituelle et' immortelle ; 4* q^ue l'existence de Dieu nne fois admise on doit reconnaître la nécessité d'une religion naturelle; 5* que les hommes ayant défiguré cette religion naturelle par les erreurs où leur corruption les a fait tomber. Dieu a révélé ses volontés à un peuple, le plus ancien du monde, à (^ui il a fait part de ses conseils et de ses dessems sur les hommes, et qu'il a instruit de quelle manière il voulait être servi, et cela par des signes évidents de sa puissance.
D. Comment prouvez^vous que le monde doit avoir un auteur, et quHl a eu un commence^ ment?
R. Je le prouve par les considérations suivantes :
1* Afin que l'univers subsiste tel qu'il est, Il faut une matière , et que cette matière ait un mouvement déterminé d'une certaine ma* nière, autrement le monde entier ne serait qu'un horrible chaos. Mais si celte matière n'a point été créée, elle existe donc par ellemême, et il lui est essentid d'exister; supposition qui serait absurde ; car il est certain qu'on ne voit point dans la nature de la matière qu'elle doive exister nécessairement, et qu'elle ne puisse pas ne pas exister. Bien plus il faut un mouvementé cette matière , mais un mouvement limité dans un degré nécessaire pour faire ces assemblages merveilleux de tant de corps répandus dans cet univers , où tout nous surprend et tout nous ravit. 11 faudrait donc que cette matière se mût nécessairement ; mais il est aussi peu essentiel A la nature de la matière de se mouvoir que d'exister. Cependant supposons un moment qu'il lut soit essentiel de se mouvoir ; que l'incrédule nous dise qui a réduit son mouvement à la juste mesure nécessaire pour former le monde ; qui est-ce qui la détermine à se mouvoir plutAt d'un c6té que d'un autre? 11 laut répondre; car c'est un premier principe qui doit être une intelligence infiniment s<ige et putssaute et supérieure à la ma-
tière; ou un concours fortuit de tous les atomes do cette matière qui a fait l'arrangement du monde ; mais ce concours fortuit d'atomes ou le hasard sont la même chose, et ne for> ment que la même idée. Le hasard est un nom vide de sens, et autant vaut-il dire qne rien n'a formé le monde, et que c'est une nécessité naturelle et essentielle qu'il subsiste tel qu*il est : seconde absurdité qui résulte du système de ceux qui forcent leur esprit A nier tout, ou A douter de tout.
3* Je dis que le monde que nous habitoni a eu un commencement, que par conséquent il a été créé, et je le prouve par les caractères de nouveauté qu'il est aisé de recoin naître dans les différentes parties qui le composent.
1* 11 est certain que la terre reçoit des changements par le cours des années. Les pluies qui tombent sur le haut des montagnes et des collines en font rouler la terre et les abaissent sensiblement. Or si le monde avait toujours subsisté , ou qu'on ne voulût point reconnaître qu'il a eu un commencement, une étendue infinie de temps rendrait ces changements fort sensibles ; et les plus hautes éminences seraient au niveau oes autres parties de la terre.
2* La naissance du genre humain n'est pas si ancienne que les incrédules veulent se l'imaginer, et il est sensible qu'il a eu un chef qui a été lui-même sans père; car dans la suite des générations les branches doivent être nécessairement en plus grand nombre que le tronc : plus on met le chef d'un peu pie dans un siècle éloigné, plus ce peuple se trouve nombreux ; et plus son cheiest prochain, moins le nombre de ce peuple est considérable. D'où il s'ensuit que la multitude des hommes doit être infinie, si l'on met son chef dans un éloignement infini, et que toute la terre non seulement serait habitée , mais qu'elle n'aurait pas même assez d'étendue pour contenir la multitude des hommes qui seraient provenus par la suite des générations, dès qu'on les suppose monter A Tinfini.
»• On n'a qu'A jeter les yeux sur les arts, les sciences, les lois, le commerce, les bis-) toires, pour voir, dans leur nouveauté, celle de la société des hommes. Prenons pour exeuw pies les lois. Nous montons du code Justinlen au code de Théodose ; du code de Théodose aux XII Tables ; et ces lois des XII Tables les Romains les tenaient des tirées, comme de Solon et L^^curgue, qui les avaient apprises des Epjptiens , au rapport de Plutargae dans la Vie oe ces deux hommes illustres Ces
DE L*AGC MUR.
lois Alaient encore si grossières, si on les compare avec celles qne nous avons auioard*hui, qu*il paratl bien que la jurisprudence était alors dans son commencement. On peut faire la même remarque sur les arts, le commerce, la politique, etc.
11 résulte de toutes ces observations que le monde a eu un commencement; que ce commencement n*est pas si éloigné qu'on nepuisse le reconnaître ; qu'il faut donc supposer un premier homme, destiné à être l'onginc commune des autres ; d'où il s'ensuit ^u'il a été créé par cette même sagesse qui a créé l'univers. Or cette sagesse , ce premier principe n'est autre chose que Dieu même.