CHAPITRE III. Dei attributs divins
D. Pourriez-vous nous donner une idée générale des principaux attributs ou per-fections de Dieu?
R. Les perfections de Dieu étant inGnies , il est impossible à l'homme de les connaître dans toute leur étendue : ainsi on n'en peut parler que relativement aux idées que la rai-* son nous donne d'un être souvcraiment parfait, et n'en admettre même aucune uni ne soit conforme à ce qui nous est révélé de l'Etre-Suprême dans les divines Ecritures. *
V Dieu est un. Et cette unité est comprise nécessairement dans l'idée que nous avons d'un être infiniment parfait , laquelle exclut la multitude des dieux ; car l'un ne pourrait pas détruire ce que l'autre aurait fait. Ainsi chacun en particulier ne serait ni l'être parfait, ni le tout-puissant. Et si avant l'établissement de la religion chrétienne la pluralité des dieux s'est emparée de la plus grande paHie de la terre , il faut en attribuer la cause à l'aveuglement dans lequel les passions des hommes entraînèrent leur esprit, comme on le dira ci-après.
S* Dieu est un esprit, et il est impossible qu'il soit corps ; car tout corps a des parties qui sont moindres que le tout : or il ne peut y avoir rien en Dieu oui ne soit pas Dieu ; c'est un être tout simple, sans aucune diversité ni multiplicité des parties.
3* U remplit tout par son immensité, et cette immensité n'est pas une étendue infinie à la façon des corps, ou comme une lumière immense; ce qui nous donnerait une idée de Dieu tonte matérielle; mais Dieu étant un pur esprit, on doit dire qu'il est partout, 1* par sa présence, parce que tout est présent à ses yeux ; 2* par sa puissance, parce qu'il opère en tout.
b* Il est immuable , et on peut concevoir cette immutabilité de Dieu par opposition à la mutabilité des créatures , dans lesquelles on ne voit que changement et variation, soit dans les corps, soit dans les esprits.
5* Il est étemel, et quoique l'esprit humain se perde dans cette idée d éternité » on peut considérer que Dieu n'a ni commencement ni fin en aucune chose. Aucune de ses connaissances ni de ses volontés ne passent comme passent cdie des honunes : il n'y a point de
passé ni de futur k son égard. Car Dieu, dans son éternité, volt tous les différents états par lesquels toutes les créatures passent, et
Suoique ces états soient successifs à notre gara , ils ne le sont point à l'égard de Dieu, qui les voit tous d'une même vue.
6* Dieu est un être nécessaire ; il est impossible qu'il ne soit pas, qu'il n'ait pas toujours été et qu'il cesse d'être.
T II est indépendant , c'est-^-dlre qu'il ne tient l'être de personne ; il n'a besoin d'aucune créature, et s'il veut qu'elles lui rendent quelque honneur, c'est pour leur bien seul, et non pour le sien.
8* Il connaît tout , il sait tout , il prévoit tout, et cette science de Dieu s'étend à tout. Il connaît les créatures qui sont ses ouvrages. Il sait tout ce qu'elles font et feront, il connaît les pensées des hommes , leufs désirs , leurs erreurs , les plus secrets replis de leur cœur, leurs bonnes et mauvaises actions; il connaît le passé, le présent, et il voit le futur dans son éternité ; et quoique cette divine perfection soit impénétrable à notre entendement, nous sentons qu'elle doit être telle , non seulement par l'idée que nous avons de Dieu, mais encore par toutes les prédictions qu'il a mises dans la bouche de ses prophètes et des hommes qull inspira de son esprit : prédictions dont l'événement justifia la vérité; mais c*est ce qu'on fera voir en son lieu.
9** n est la vérité, li sagesse, la justice et la lumière même.
10* Il est saint. Par cette sainteté oa doit entendre que son être est séparé de toute corruption, de tout ce qui est impur et profane ; car Dieu n'aime rien qui soit indigne de lui , parce i|u'il se rapporte tout , et qu'il est la souveraine perfection.
11* Il est bon , miséricordieux et patient. Tout ce que nous voyons dans le monde peut nous donner l'idée de ces perfections dont nous parlons, puisque Dieu n'a rien créé que pour le bien de l'homme, et qu'il veut le rendre heureux à jamais par la possession du bien souverain, qui n'est autre chose que luimême. Il souffre cette multitude infinie d'hommes qui ne cessent de l'outrager par leurs crimes et leur ingratitude; il attend avec une tranquillité parfaite que le terme qu'il leur a donné soit achevé, et que la mesture de leurs crimes soit comblée, quoiqu'il puisse les anéantir et les perdre à tout moment (Sap. 12, 2). U souCDre les méchants pour le bien des bons , et il ne laisse pas en même temps de les souffrir pour leur donner les moyens de revenir à lui et de se repentir.
12" 11 est tout-puissant, et Tidée de cette divine perfection se conçoit aisément par les ouvrages mêmes qui nous la font admirer ; mais elle ne frappe pas moins l'esprit, si on considère qu'il conserve à tout moment tous ces corps immenses qui composent l'univers, qu'il imprime à chaque instant dans cette vaste matière un mouvement qui les fait subsister dans leurs arrangements , et qui produit les divers changements nécessaires dans leur cours; de sorte qu'il est vrai
DE L'AGE MtIR.
de dire qu'aocun corps ne se remue qae par rimpiression qa*il reçoit de Dieu.
EnGn il dispose de tout et arrange toutes choses selon ses desseins éternels; c*e$t cette perfection que nous appelons , avec liaison , la divine providence ; c*est elle c^ui fait une si vive impression sur nos esprits, parce qu'elle influe dans tous les événements publics et particuliers. Tout homme doit l'avoir présente dans les diflérentes situations par Où il passé. La foi dans cette divine perfection établit Vame dans une ferme conQance en un Dieu qui peut tout, et qui dispose de tout. C'est cette foi qui fait la plus ferme base de la religion, parce qu'elle fait sentir à la créature sa dépendance universelle du Créateur, et qu'elle fournit à la })iété l'exercice de toutes les vertus. C'est la 6i dans cette providence qui réglait seule la destinée du peuple de Dieu , et qui décidait de la félicité publique et du sort de Téta t. Si les enfants d'Israël avec leurs princes venaient à la perdre entièrement et avaient recours aul idoles des nations, Dieu, pour punir leur impiété, appelait selon sa volonté la famine, la contagion, la ffuerre, comme les ministres de sa colère et de son châtiment. Il leur marquait les tètes qu'il voulait frapper et celles qu'il voulait épargner ; et les * arrêtait quand il le jugeait à propos ; mais lorsque son peuple revenait de soki égarement et ne mettait sa conflance que dans le Seiffneur, alors avec la même autotorité il substituait à ces fléaux l'abondance, la prospérité, les saisons favorables, la paix et la délivrance de leurs ennemis.
Telle est l'idée générale qu'on doit se former des perfections divines ; mais qu'est-ce que tout ce que nous pourrons dire en parlant de Dieu, si on pouvait le comparer à ce qu'il est? C'est ainsi que s'exprime un célèbre père de 1 Eglise sur ce sujet. « Cependant malheur à ceux qui ne parlent pas de vous, 6 mon Dieu, puisque ce^ux qui en parlent le plus, sont encore muets : » Quid dicimus, Deus mms , aut quid dicit aïiquis, cum de le dicU ? Ëi vœ tacentxbus de ie quoniam loqua-tes muti eunt (S* Aug. 1. 1. Confess,, c. f). CHAPITRE IV. De VimmortalUé de l'ame.
D. Comment établissez'-vous le second principe que vous avez posé pour servir de base au^ preuves de la religion chrétienne , savoir
Sue cette partie de nous-^mes qui pense, qui ésire^ à qui le corps obéit, et que nous appelions notre orne , est une substance spirituelle et immortelle f
R. Je l'établis sur le raisonnement, en prouvant qu'elle n'est point une substance matérielle. Je fonde cette preuve sur ce que la matière ne pense point , car cette vérité étant une fois démontrée, il s'ensuit que notre ame oui pense , n'est point une substance maténelle, et qu'elle est par conséquent spirituelle.
1* Si on considère la nature de la matière, on n'y découvre rien qui approche de la pensée; car on ne voit dans la matière qu une diversité de parties et une certaine figure qui peut changer par le mouvement et par la
transposition des parties de cette matière. Prenons pour exemple un morceau de cire molle : il est certain qu'on peut lui donner toutes sortes de formes : on peut le diviser en autant de parties que Ton veut , on peut les faire mouvoir plus ou moins vite; mais il n'entrera jamais dans l'esprit de personne
3ue cette transposition de parties en autatit e combinaisons qu'on puisse imaginer, ni ce mouvement, quel qu'il soit, puisse donner à la matière la capacité de penser.
2* Il n'est point essentiel à la matière de penser, puisque rien de ce qui est matériel ne peut penser. Il ne lui est pas non plus accidentel de penser, c'est-à-dire qu'elle n'acquiert pas la pensée et ne peut la recevoir. Si elle pouvait la recevoir, ce serait, ou par le repos de ses parties, ou par leur mouvement. Ce n'est point par le repos, puisque tandis que les parties die la matière sont dans le repos , elles ne reçoivent point de changement ; car la pensée est une action dans le sujet qui pense. Or il est impossible d'imaginer que la matière agisse autrement que par le mouvement : mais ce n'est point non plus parle mouvement; car pourquoi le premier atome de matière serait-il plus privilégié que les autres pour se donner le mouvement, ou pour le recevoir 7 Si c'est le mouvement de plusieurs atomes, chaque atome fait sa part de la pensée, ce qui est absurde
3** Le mouvement de la matière aune certaine mesure qui est bornée et qui l'empêche de s^étendre plus loin. Les atomes oui sont dans mon corps ne peuvent point, aemeurant dans mon corps , parcourir le ciel , la terre, la mer; la matière et le mouvement n'agissant que sur les objets présents. Or la pensée parcourt non seulement tous les espaces , elle s'étend encore au passé et i l'avenir, elle fait des combinaisons, sans fin, etc.
4* Cette chose qui dit en nous , ie pense, ne peut avoir diverses parties, ni exister dans une multitude de parties. Si cela était possible pour un moment, ce serait une infinité de parties de matière, qui diraient chacune, je pense, par la raison que la matière a nécessairement une infinité de parties, comme cela est démontré. Or cette supposition est absurde, puisque la pensée ne peut se diviser, et que la chose qui dit en nous, ie pense, est une. Le seul, sentiment d'une chose unique qui pense en nous, fait comprendre cette vérité, sans qu'il soit nécessaire de l'appuyer par des raisonnements.
Il s'ensuit de ce qu'on vient de dire, que la matière ne peut pas être la chose qui pense, et qu'ainsi l'ame, qui est cette chose, n'est point une substance matérielle; d'où il faut conclure qu'elle est spirituelle.
D. Comment prouvex-vous que Vœne est «mmortelle.
R. 1* Par cette raison que l'ame n'est pas matérielle ; car de là il s'ensuit qu'elle est im« mortelle, parce qu'il n'y aqne la matière qui soit sujette à la dissolution des parties. Or, dès qu'on a prouvé que l'ame ne pouvait être matérielle, elle ne peut être suietteà aucune
GATÉCIIISMB
. dissolution des parties : donc elle est immor-
: telle.
Hais je prouve encore cette vérité par le raisonnement suivant : La nature de toutes les substances , c'est-à-dire de tout ce qui est créé» est de ne périr jamais; elles ne font que changer de forme, mais elles subsistent toujours sous quelque forme qu'elles passent. C'est un principe certain, d'abord pour toutes les substances matérielles. El il est bien plus facile de comprendre que les substances ne périssent point qu'il ne l'est qu'eues soient anéanties ; car l'anéantisse* ment d'une substance est aussi inconcevable à l'esprit humain que la création de celte même substance. Mais ce principe est encore plus incontestable pour les' substances spirituelles; car dès qu'on a démontré que 1 ame est spirituelle, en ce qu'elle ne peut être composée de parties séparables Tune de l'autre, comme l'est la matière , il s'ensuit qu'elle n'est susceptible d'aucune forme, que par conséquent elle n'en peut changer, et qu'elle ne peut éprouverles variations de la matière, comme la corruption, par exemple à Tégard, des corps. Ainsi il faudrait faire violence à la raison, pour croire qu'une substance spirituelle que Dieu a rendue capable de le connaître et de Taimer; qu'une mtelligence qui parcourt la terre et les cieux sans se mouvoir ; qui fait la comparaison de la grandeur ou de la petitesse; qui mesure les espaces immenses de ces corps lumineux, créés pour être le sujet de son admiration et de sa reconnaissance, et destinés aux besoins de cette portion de matière à laquelle elle est liée ; qui, de cela seul qu'elle les connaît, est un être plus noble et plus parfait que tous ces corps dépourvus de sentiments ; et qui, pour le dire en un mot, par toutes ses facultés admirables , tant de l'entendement que de la volonté porte comme une empreinte de la Divinilé (i); il faudrait, dis-je, raire violence à la raison, pour croire Qu'une telle substance
^ fût d'une condition inférieure à la madère brute et muette, et qu'elle périt tandis que le matière ne périt pas, puisqu'elle ne fait qua changer de forme. Bien plus si l'ame n'étaie pas immortelle, que deviendrait-eile donc au moment qu'elle est désunie du corps par la mort ? ce corps ne périt point, il change seulement de forme, mais l'ame n'en est pas susceptible , dès qu'elle est un pur esprit , comme on Va prouvé. 11 faut donc que Tincrédule admette un anéantissement que Dieu fait de chaque ame à sa séparation du corps : or cette idée est absurde et téméraire.
La seconde preuve de l'immortalité de l'ame, est prise de la certitude d'un avenir : mais ce sujet mérite d*étra examiné avec soin dans le chapitre suivant.