‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 177 sur 235 · CHAPITRE VI. De la nécessité d^admettn · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. De la nécessité d^admettn

une religion,

D. Après avoir établi r existence de Dieu H Vimmortaiité de Vame^ que doit-il s'ensuivre de ces principes?

R. ôp doit en inférer la nécessité d'une religion.

D. Qu^est^e que la religion, et camsnent f n faites-vous voir la nécessité ?

R. La religion est un commerce entre Dieu et l'homme, dans lequel Dieu se manifeste aux hommes et les hommes glorifient Dieu. Car dès qu'il y a un Dieu , c'est un devoir naturel et indispensable à l'égard de Thomme de glorifier son créateur. Il nous a faits ce que nous sommes, il nous a donné ce que nous avons , il peut nous faire du bien et suppléer à nos besoins ; ainsi nous lai devons notre admiration, notre confiance , nos prières, nos actions de grâces. Je dis que c'est un devoir, parce que l'homme étant doué de cette lumière naturelle que nous appelons la raison, est destiné à en faire un bon usage et doit lui obéir. C'est par cette lumière qull est instruit de la loi naturelle ; c'està-dire qu'il reconnaît des devoirs dont il est bon de s'acquitter, et il sent qu'il y a du mal à ne s'en acquitter point. Nier ces principes, ce serait dire qu'il n'est pas nécessaire qne les hommes se conduisent par la raison; d*oà il s'ensuit qu'ils pourraient se conduire conime les bêtes. Or dès que nous devons suivre les lumières de notre raison, nous devons reconnaître l'empire que Dieu a sur nous m

DE L*AGË MUR

nous appliquer à lai témoigner notre reconnaissance en Tirant de la manière que nous croyons lui être la plus agréable, en réglant nos passions, en nous conformant a ces principes d'équité et de justice qu'il sont nés avec nous, comme de ne point faire à autrui ce que nous ne Tondrions pas qu'il nous fût fait; principes que nous ne pouvons violer sans sentir naître les remords dans notre cœur. Ce sont ces notions certaines et dont tous les hommes conviennent, qui sont les fondements de la religion naturelle : ainsi on peut dire que nous la portons en nous et ou'il faut l'admettre dès qu'on reconnaît un Dieu.

D. Ia Créateur s'étant manifesté dam ses ouvrages et dans tout ce qu'û a fait pour f homme , et Vhomme ayant reconnu par les lumières de sa raison la nécessité d'une reli^ gion envers Dieu, comment cette religion n'a- Selle pas suffi, et sur quels motifs établissezvous la nécessité d'une religion qui suppléât â la première ?

R. 1** Je rétablis sur les égarements de la raison , sur la vanité de la philosophie humaine, sur les erreurs des anciens philosophes et sur les égarements où le paganisme entraîna la plus grande partie des hommes (1). « L'esprit de l'homme, dit M. de Fleury, est tellement obscurci depuis le péché , que s'il demeure dans Tétat de la nature corrompue , il ne s'applique à aucune idée spirituelle ; il ne pense qu'au corps et à la matière , rien ne lui parait solide que ce qui frappe les sens les plus grossiers, le goût et le toucher, etc. » Aussi toute la sagesse des philosophes païens s'appliquait à ce qui regarde le corps. Ils se faisaient une religion à leur fantaisie , car ils ne prétendaient pas l'avoir reçue de Dieu : le nruit qu'on retirait de leur doctrine ne guérissait point les plaies du cœur. Ds n'avaient ni assez d'autorité, ni de régies assez sûres pour réprimer les désordres au milieu desquels ils vivaient. Aucun d'eux n'a eu un favorable succès dans la réformation des mœurs ; ils travaillaient peu à cet excellent dessein. Os ignoraient des points de doctrine absolument nécessaires pour cela, tels que sont la création du monde, celle de l'homme, sa dignité, sa chute, les promesses que Dieu lui fit, le culte qu'il exigea de lui, la doctrine d'une autre vie. En un mot, ils ignoraient la véritable religion. De là vint un déluge d'erreurs. C'est ce qui a fait dire à un écrivain moderne (2j qu'une histoire des philosophes serait l'nisLoire des sottises et des extravagances de l'esprit humain, une histoire de l'incertitude des hommes touchant les choses naturelles , une histoire de la variété de leurs opinions et de leurs contestations, n est certain que la vocation philosophique a fait des gens à grande spéculation ei à chimères. La philosophie a été le jouet d'une infinité de fantaisies : tout j est fertile en idées bizarres.

•^ Les uns doutaient de tout^ les autres

(1) Mœurs des Israélites, c. 2Î, (^3} Essai sur les philosophes.

croyaient tout savoir ; les uns ne voulaient point de Dieu ; les autres nous en donnaient un i leur manière ; c'est-à-dire spectateur indolent des choses humaines et laissant au hazard la conduite de son propre ouvrage^ ' D'autres le faisaient esclave des destinées, soumis à des lofs qu'il ne s'était pas imposées. Ceux-ci en faisaient l'ame du vaste corps di l'univers. Enfin autant d'écoles, autant da sentiments. On vit les mêmes extravagances sur la nature de l'ame et son immortalité Les uns disaient qu'elle était un assemblage d'atomes ; d'autres un feu subtil, un air de* lié , une portion de la Divinité. Les uns la faisaient mourir avec* le corps; d'autres la faisaient vivre avant ce corps : quelquesuns la faisaient passer d'un corps a un autre , même du corps de l'homme i celui de la béte. A l'égard de la véritable félicité de l'homme , il y en avait qui la faisaient consister dans les plaisirs des ' sens. Un plus grand nombre la mettaient dans la raison, 'autres ne la trouvaient que dans la réputation et dans la gloire , plusieurs dans la f»aresse et dans l'indolence. Enfin les points es plus essentiek à la destinée de l'homme et décisifs pour son bonheur ou son malheur éternels, tels que l'existence de Dieu, la nature et l'immortalité de l'ame , la fin et la félicité de l'homme, étaient devenus des problèmes destinés à amuser le loisir des écoles et la vanité des sophistes. C'est ainsi que Dieu confondait la sagesse humaine, en la livrant à elle-même.

Que l'on compare les effets prodigieux de la prédication de Jésus-Christ et de ses apôtres dans toutes les parties de l'univers avec tout ce qu'ont fait à l'éffard de la religion les plus habiles philosophes, les Platon, les Aristote , les Zenon , les Sénèque avec toutes leurs spéculations. Ont-Us fait connaître Dieu en quelque lieu? ont-ils engagé un petit nombre de disciples i suivre la vertu? Saint Justin dit que , quelques disciples qu'ait eus Socrate , aucun d'eux n'a voulu mourir pour la doctrine de son maître; mais que pour Jésus-Christ , les artisans, les gens de la lie du peuple, les philosophes et les hommes de lettres ont soutenu ses maximes jusqu'à la mort, sans pouvoir être arrêtés ni par les préventions où ils avaient été nourris , ni parles menaces des hommes. C'est, ajoute ce saint, parce qu'ils suivaient non la faiblesse de la raison humaine, mais celui qui est la force du père ineffable. En effet y a-t-il aucun de ces philosophes dont on vient de parler qui ait garanti <|uelque peuple de ridolâtrie , auoiqu'elle sou si opposée à la loi naturelle? Le vrai Dieu avaitil un temple dans tout l'univers, excepté l'unique de Jérusalem ? un seul d'eux s'estil élevé contre l'impiété? A quoi donc leur a servi toute leur raison et toute leur application? A quoi réduira-t-on le fruit de leur science ? Qu'étaient tous ces prétendus sages? Un académicien était un sage endormi, indifférent sur tous les devoirs de la vie : un stoïcien était un sage impassible et chimé-* riquc ; un épicurien un. sage infime et Aé*

CATBCHISMB

natnré ; tons, des hommes Yains dont l*or'> gaeîl était la grande maladie.

Mats le plos grand écneil où ait donné la raison humaine , c'est Tidolâtrie avec tous ses excès : il est vrai de dire aussi que la corruption du cœur de Thomme ayant troublé cette même raison , elle a été la principale cause de ses égarements. Car on doit remsffquer que Tempire des passions a tellement déranffé les lumières de la raison , Ju'après quel homme s*est livré aux infâmes ésirs de son cœur, il vit dans une espèce de pyrrhonisme à Fégard de son Dieu etde l'immortalitéde son être. Ainsi les excès honteux dans lesquels les ptus grands philosophes mêmes sont tombés , malgré tous les beaux préceptes de vertu qu*ils ont débités, ne doivent point nous étonner; mais ils doivent nous faire connaître la profondeur de la corruption du cœur humain et rétendue de la plaie originelle. C*est par une suite de cette plaie que Thomme court de faux biens en faux biens ; que quoi quHl dise et quoi qu1l fasse^ il demeure toujours afi%mé ; rien ne peut assouvir cette faim qui le dévore ; et cette prodigieuse diversité de mouvements qu'il se donne n'est employée qu'à chercher son repos (De finib. l. 5.) Toute la philosophie n'est occupée, dit Gicéron , qu'à chercher le )ionheur.

L'origine de l'idol&trie n'a point d'autre cause. Les hommes au lieu de s'élever à la connaissance de Dieu , et au culte d*un seul et uniaue créateur de toutes choses , par la considération de ses ouvrages , ont terminé le culte à ces ouvrages mêmes , et ont méconnu la Divinité. G est la révélation , dont nous allons parler qui nous apprendra la cause de cet aveuglement et celle de la corruption, où les hommes furent entraînés. Nous verrons que le péché originel est le

{ principe de l'obscurcissement où l'esprit de 'homme est tombé, et on n'en peut avoir de Îireuve plus certaine que la corruption de 'homme lui-même avant et après le déluge. Gar quoique l'homme pût absolument comprendre que Dieu ne l'avait pas fait pour les créatures, mais pour le créateur, puisque ^es créatures ne pouvaient satisfaire ses désirs, sa raison naturelle obscurcie par le péché, lui Gt perdre les idées des choses spirituelles ; il se livra entièrement au penchant que le péché avait mis en lui pour les créatures ; ses sens décidèrent de tout, il ne chercha son plaisir que dans les objets oui

f mouvaient les flatter et les satisfaire ; desors tous ses devoirs par rapport à Dieu , s'effacèrent de son esprit, il ne fit que tomber d^avenglement en aveuglement et se précipiter dans toutes sortes de crimes. Mais l'homoie se sentant pressé d'une multitude de besoins , et se voyant accablé de maux , conçut la Divinité comme un corps. Ainsi tout ce qui avait quelque force ou puissance sur Thomme fut pris pour une divinité: c'est ainsi que les hommes oubliant l'auteur de leur être , adorèrent d'abord l'air qui les faisait vîrre , la terre, qui les nourrissait , )o soleil qui les èdairait, lalnne qui pré-

sidait à la nuit : ce fut là leur Cjrbèle , leur Apollon , leur Diane. Les rois puissants, les conqnérants qni les avaient délivrés de leurs ennemis ; les princes bienfaisants furent regardés comme des dieux. C'est ainsi qu'ils placèrent dans ce rang Jupiter et Hercule , celui-ci à cause du nombre de ses victoires, et l'autre à cause du bonheur et la tranquillité de son règne. A d'autres, comme à Gérés, ils crurent être redevables de la fertilité des saisons ; à leur Mars , du succès des batailles | à leur Janus , de la paix et de la fidélité des peuples ; de la santé à leur Esculape. On peut remarquer en effet que toutes les religions, excepte la véritable n'avaient qu'un calte

Kossier : tout' était extérieur et sentait lomme tout était indisne de Dieu, tout autorisait le vice : elles laissaient l'homme dans Tignorance de la nature de Dieu et de la sienne, et ne faisait que lui apprendre de plus en plus jusqu'où peut aller l'extraTagance de l'esprit humain.

2** Les hommes trompés sur l'article ëa bonheur se livrèrent à leurs passions et cherchèrent à s'autoriser dans leurs désordres. Quand la conscience déchire, on cherche tout ce qui pourrait nous protéger contre Dieu. Chacun courait après le patron de sa volupté; et comme les inclinations des hommes sont différentes , les dieux se multiplièrent suivant leurs fantaisies. Leurs poètes qui étaient leurs théologiens déifièrent les vices les plus grossiers et les plus horribles. L'i vro-

(^ncrie avait des temples et des sacrifices sous e nom de Bacchus ; l'impureté sous le nom de Vénus ; la cruauté et la fureur sous le nom de Mars ; le grand Jupiter fut incestueux , adultère ; on lui attribua même les vices les plus détestables. Mercure fut un voleur; car comme aucun mortel ne pouvait mettre les hommes à l'abri de la colère des dieux , ils croyaient trouver ainsi de l'appui parmi les divinités ; et ils ne publiaient les crimes de leurs dieux que pour autoriser leur propre conduite : ils ramassaient avec soin les traditions de leurs désordres et ils se mettaient à l'abri par leur autorité. Le ciel était un théâtre dinfamies ; et afin que leurs actions fassent connues, les spectacles en retentissaient. Sénèque a raisonné sur cet article en chrétien. Cette multitude de dieux infâmes n^esl introduite , dit-il , que pour êter la honte du crime : Quibus aliud actum est , nil qwiam ut pwior hominibus demerelur {Senec. de VU, Beat). Et ailleurs, c'est allumer le foyer des crimes que de leur donner des dieux pour patrons , et fournir à la maladie une excuse licencieuse en l'autorisant de la Divinité. Quelle différence mettez-vous de nier les dieux ou de les croire infâmes? Quid inter^ est, utrum deos neges, an infâmes f Kien n'était donc plus pitoyable qu'une religion qui autorisait les plus grands crimes par l'exemple des dieux au'elie adorait, qui exigeait des sacrifices ae chair humaine, qui ordonnait des jeux et des fêtes remplis des plus grandes infamies, dont les plus sacrés mystères ne contenaient que des abominalions et des obscénités détestables. U suliil

DE L*A€E mm.

sQv cela d'iodiquer les Jeux floraax et les mystères de la bonne déesse sur lesquels on ne saurait jeter un voile trop épais. Des dieux 8î criminels ne furent plus honorés que par des crimes. A Rome, à Athènes, & Corîntne , c'est-à-dire dans les villes les plus célèbres et qui se piquaient le plus de sagesse » on dressa des temples et des autels aux vices les plus grossiers : le culte devint une débauche et une prostitution publique. Les plus honteuses aissoitttions furent les maximes de la philosophie de la plupart des païens. On ne voit pas que leurs sages s*élevassent contre des abus si énormes ; car quoiqu'il f&t manifestement contre la pudeur que des jeunes hommes parussent tout nus en public pour s'exercer aux yeux de tout le monde, on comptait cdia pour rien. Le sculpteur et le peintre travaillaient sur le naturel; n'importe, il fallait contenter les yeux. La musique et la poésie fomentaient leurs vices. Les festins et les danses accompagnaient leurs fêtes, et bien loin que la débauche fût défendue, c'était un acte de religion que de 6'énivrer dans les bacchanales, c'était honorer Vénus que de se prostituer, i^'était une dévotion à la mode que d'assister aux cemédies les plus infâmes.

lia reh^ion au fond était une affaire, ou en certains jours de cérémonie ou bien en certaines occurrences de la vie, dans lesauels la raison et l'industrie humaine étaient a bout, tout se réduisait à lever les mains et les yeux au ciel ou à retourner à l'oracle, comme l'enseigne Epictète ; ainsi les dieux étaient le pisaller de leurs sages adorateurs. Que la reli- 5 ion du chrétien est diftérente 1 Elle entre ans toutes les affaires et dans toutes les actions de l'homme. Dieu«est son tout et toute sa ressource autant dans les choses ordinaires que dans les choses extraordinaires. Le fidèle est toujours appliqué à honorer Dieu, à le servir, à l'aimer. En un mot le philosophe vit pour lui-même et le chrétien pour Dieu.

On doit encore remarquer que les philosophes païens qui ont aperçu quelques lueurs de la vérité n'ont pas cru avoir besoin d'autre secours que celui de la raison et de leurs I>ropres forces pour se conduire et régler eurs passions.

Ils étaient d'accord avec les chrétiens de Vimmortalilé de l'ame et ils reconnaissaient* la vanité des idoles : ils cherchaient avec eux V la sagesse. et la justice, ils convenaient que l'acquisition d'une félicité éternelle était le grand but <|ui devait occuper l'homme, et ils en concluaient avec eux que pour parvenir à cette féUcité il fallait plaire i l'Etre suprême, et que pour lui plaire il fallait faire sa volonté; mais voici le grand point où ils se divisaient : puisqu'il est, disaienUls, si nécessaire à l'homme d'avoir la saeesse et la justice, d'où vient ce trésor, où s en trouve la «source : Unde justitia? D'où vient que

fiarmi les hommes les uns accomplissent la oi et ont la sagesse, et que les autres sont dépourvus de cette sagesse et sont violateurs de la loi? Voilà le point où ils n'étaient plus d'accord. Le philosophe païen disait a S.

Paul qa'û acquérait la justice par sa raison, et c'est contre cette erreur que S. Paul s'élevait avec zèle. Voilà pourquoi cet apôtre commence sa doctrine par établir la force de l'Evangile, qui seule forme de vrais justes

Jiàr la voie de la foi, pendant qu'il découvre 'impiété du reste des nommes et la colère de Dieu sur eux sans épargner tous les faux sages du paganisme.

D. Quelle conséquence tirer de tout ce qu9 vous venez de dire sur la vanité de la philoso^ phiepaienne et sur les éaarements où les hommes tombèrent par Vidoldlrie?

R. On doit inférer : 1* que tant que les hommes ne se sont servis ((ue de leurs lumières pour connaître Dieu, ce n'a été qu'égarements, erreurs, incertitude. Dieu seul peut apprendre aux hommes la manière dont il doit être adoré ; les hommes ne se connaissent pas assez et ils ignorent trop la nature de Dieu pour se faire eux-mêmes une religion qui les rende heureux et qui les mène au but. Pour s'en convaincre il n'y a qu'à réfléchir sur les religions qui sont de l'invention des hommes. L^idolàtrie qui s'est asservie presque toute la terre n'est pas moins insensée que l'irréligion. Ainsi les hommes avaient besoin de quelque autre secours que celui de la raison pour se conduire. Avouons-le en effet, cette raison est plus rare qu'on ne pense; on est contraint en mille occasions de l'appuyer par l'autorité. Pourquoi? parce que la corruption du cœur tend sans cesse au renversement de la raison, remplit l'esprit d'illusions, d'erreurs, de pas^ sions qui aveuglent et fascinent l'esprit de la plupart des nommes. Cependant il n'y a que deux moyens pour connaître la vérité ; savoir , la raison et l'autorité. Connaître et

i'uger par raison c'est décider par ses propres umières. Ccmnaltre et juger par autorité c'est se confier aux lumières d'autrui. Quand on suit la raison on est son guide ; auand on suit la foi on s'abandonne à la conauite des autres. Un chrétien se glorifie de sa docilité, et il faut convenir qu'il a de sûrs garants de sa croyance.

Mais quoique la raison doive être soumise à la foi , la foi n'en est pas moins fondée sur la raison. Elles se servent réciproquement. La raison décide d'abord sur les motifs de crédibilité et ensuite elle se soumet aux mystères de la religion dont cette même raison a démontré l'autorité. En un mot la raison sert de guide dans le choix du culte, mais son usage est borné à ce choix , et dès qu'il est fait elle doit se soumettre à ce que ce culte propose ; elle nous est donnée pour le choix du culte, mais non pour en pénétrer les mystères. Or les saintes Ecritures oui renferment les volontés de Dieu manifestées aux hommes contiennent cette raison dans de justes bornes. Elles nous découvrent des vérités que la raison insinue touchant l'unité de Dieu, sa providence, la création du monde, les vices , les vertus, et elles sont la règle de la science et de la vérité.

2* On doit inférer de tout ce qui a été dit A ce sujet que la vraie philosophie doit avoir

pour bat d^élever rhomme au souverain bien non seulement par la contemplation de la nature, mais par la connaissance des vérités que Dieu a révélées aux hommes et qui sont la base de la vraie religion. La saine philosophie enseigne à douter quand il faut, à conduire nos pensées par ordre. Elle nous découvre la source de nos erreurs : elle déracine nos préjuges, introduits ou par l'éducation ou par les passions : elle nous avertit de nous tenir en garde contre les séductions de Famour-propre , à éviter la précipitation de nos jugements. Elle fait taire la raison à propos, parce qu'elle connaît ^qu'il j a une infinité de choses qui la suipassent ; elle discerne les occasions où elle doit se soumettre, parce que, comme dit M. Pascal, rien fCtst si conforme à la raison que le désaveu de la raison dans les choses qui sont de foi. En nn mot un vrai philosophe , c'est-à-dire un homme qui a un bon esprit et qui le cultive par la lecture, ne se laisse pas entraîner au libertinage d'opinion, quelque empire qu'il prenne dans le sièele où il vit, et il ne se laisse point surprendre par les nuages dont les impies voudraient obscurcir les vérités de la religion. Il rend justice comme les autres hommes aux talents de l'esprit, mais il sait qu'ils n'ont aucun rapport avec la croyance et les mœurs, et qu'on peut exceller dans une science purement humaine et semer en même temps l'athéisme dans ses écrits, souvent par le seul motif de ne pas paraître penser de même que le commun des hommes. Il sait que ce serait trop priser les vertus purement humaines que de croire, contre l'expérience de tons les siècles, que Dieu ne les accorde jamais à ses plus grands ennemis.

Rien ne décou^^re tant une étrange faiblesse d'esprit, dit M. Pascal, que de ne pas connaître quel est le malheur d'un homme sans Dieu. Rien ne marque davantage une extrême bassesse de cœur que de ne pas souhaiter la vérité des promesses éternelles, Rien n'est plus lâche que de faire le brave contre Dieu. Il faut savoir douter où il faut, assurer où il faut, se soumettre où il faut. Commençons donc à étudier ce qu'il faut croire avant que de penser à raisonner.

Après avoir fait sentir que la raison de l'homme, obscurcie par le péché et par la corruption de son cœur, avait défiguré la religion naturelle en multipliant la Divinité et en lui attribuant ses propres défauts, il s'agit d'établir maintenant que pour tirer l'homme de ce profond aveuglement, Dieu a voulu se manifester à lui par des marques extérieures et sensibles, afin que l'homme sût ce qu'il devait à Dieu, qu'il eût une créance ferme et distincte de la Divinité et une règle du culte qu'il devait lui rendre : ce sont ces marques u'on appelle la révélation dont nous avons ïit voir toute l'authenticité.

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