CHAPITRE XllI. Des caractères du règne du
Messie.
D. Quels doivent être les caractères du règne du Messie selon les prophètes ?
R. 1* n devajt.se montrer dans un état d'obscurité et de pauvreté. «Vous êtes véritablement un Dieu c^ché, Dieu sauveur d'Israël (fs., 43, 15). Fille de Sion,sovez comblée de joie : Fille de Sion , poussez des cris d'allégresse : Voici votre roi qui vient à vous, voire roi juste et sauveur, il est pauvre, et il est monté sur une ànesse et sur le poulain d'une ânesse [Zach., 9, 9).
Il ne parlera point d'un ton élevé , il ne haussera point la voix, et l'on ne l'entendra point dans les places publiques, il ne brisera
f»oint le roseau déjà plié, il n'éteindra point a mèche qui fume encore (/s., 42, 2). »
Son règne devait être un règne de sainteté et salutaire aux hommes par ses miracles, a L'esprit du Seigneur s'est reposé sur moi , parce que le Seigneur m'a rempli de son onction : il m*a envoyé annoncer ses miséricordes à ceux qui sont doux et humbles, pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour prêcher la liberté aux captiGs et la délivrance à ceux qui sont en prison, pour publier l'année de la réconciliation du Seigneur, pour consoler ceux qui pleurent, pour avoir soin de ceux qui gémissent dans Sion , pour leur donner une couronne au lieu delà cendre, une huile de joie au lieu de larmes, un vêtement de
gloire au lien d'un esprit. affligé, et il y aura ans elle des hommes puissants en justice qui seront des plantes du Seigneur , dont il. se gloriûera (/«., 61, 1). j>
Jésus-Christ lui-même après avoir lu celle prophétie dans la synagogue de Nazareth, déelaraqu'elle était accomplie dans sa personne. Jlodie impleta est liœc scriptura in auribus vestris [Luc* 4, 21).
a II sortira un rejeton du tronc coupé de Jcssé , dit encore Isaïe {Is. 11) , et une fleur naîtra de sa racine, et Tesprit du Seigneur se reposera sur lui : l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété; et il sera rempli
de l'esprit de la rratnte du Seigneur. H ne jugera point sur le rapport de ses yeux , ni sur ce ^u'il aura onlendu de ses oreilles , mais il jugera les pauvres dans la justice , et il vengera les humbles de la terre. 11 frappera la terre par la verge de sa bouche, et il. tuera l'impie par le souffle de ses lèvres ; la justice sera la ceinture de ses reins , et la fldélilé le baudrier dont il sera ceint. Dieu viendra lui-même et il vous sauvera ; alors les veux des aveugles seront ouverts et les oreilles des sourds entendront distinctement (/«. 35. 5). »
D. Quelles circonstances de la passion et de la mort du Messie lés prophètes ont^ils pré'» dites ?
R. Le prophète Isaïe a prédit de la manièro la plus expresse les ignominies de la passion et de la mort du Messie, en ces termes : « Qui a cru à noire parole, et à qui le bras du Sei-
fneur a-t-il été révélé ? Il s'élèvera devant le eigneur comme un arbrisseau et comme nu rejeton qui sort d'une terre sèche. Il est sans beauté et sans éclat. Nous l'avons vu , et il n'avait rien qui attirAt les regards , et nous l'avons méconnu : il nous a paru méprisable et le dernier des hommes; un homme de douleurs qui sait ce que c'est que souffrir. Son visage était comme caché : il paraissait méprisable et nous ne l'avons pas reconnu. Il a pris véritablement nos langueurs sur lui , et il s'est chargé lui-même de nos douleurs. Nous l'avons considéré comme un lépreux » comme un bomme frappé de Dieu et humilié, et cependant il a été percé de plaies pout nos iniquités; il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui devait nous procurer la paix est tombé sur lui , et nous avons été guéris par ses meurtrissures. Nous nous étions tous égarés comme des brebis errantes , chacun 8*était détourné pour suivre sa propre voie, et Dieu l'a chargé de l'iniquité de nous tous (Is., 53).
Il a été offert parce que lui-même Ta voulu, et il n'a point ouvert la bouche. 11 sera mené à la mort comme une brebis qu'on va égor-
Îl^er; il demeurera dans le silence sans ouvrir a bouche , comme un agneau est muet devant celui qui le tond : il est mort au milieu des douleurs, ayant été condamné par les. juges. Qui racontera sa génération lorsqu'il aura été retranché de la terre des vivants? Je l'ai frappé à cause des crimes de mon
Seuple , et il donnera les impies pour le prix e sa sépulture, et les riches pour la récompense de sa mort, (on selon rhébreu) on avait résolu qu'il n'aurait point d'autre sépulture que les impies, et néanmoins il a été enseveli après sa mort comme les riches ; parce qu*il n a poinlcommisd*iniquitéct que le mensonge n'a point été dans sa bouche ; mais le Sei*
gneur l'a voulu briser dans son infirmité
Je lui donnerai pour partage une multitude de personnes , parce qu*il a livré son ame à la mort, cl qu'il a été mis au nombre dos scélérats , qu*il a porté les péchés de plusieurs , cl qu'il a prié pour les violaleursde la loi ils., c. 53). »
t Le Seigneur, dit cnrorcdc même pro*
CATCcmSMB
ram, père de Moïse, il d> en a qu'une leale I qui est Léri. Or on comprend nue la durée de la vie de ces patriarches, au lien de faire que les histoires passées se perdissent, servait au contraire à les conserver. Bien plus, si MoYse avait eu quelqueautrc vue que celle de citer dans une histoire écrite ce qui était connu de presque tous les peuples, et qui faisait la partie la plus essentielle des monuments de la famille d*Abraham, il n'aurait pas fait vivre si longtemps des témoins qui auraient déposé contre lui, et qui auraient rendu sensibles toutes les erreurs de ses dates, et fait douter par conséquent de tous les événements qu'il y avait attachés; il se serait mis en sûreté en éloignant Torigine du monde, et en mulUpIiant les générations, sll n*a?ait dit ce qu'on savait déjà en remontant d*Age en âge; car ce n'est pas le nombre des années, mais la multiplication des générations, qui rend les choses obscures : d'où il s'ensuit que les annales de MoYse étaient les annales publiques, avant qu'il les écriylt, puisqu'il ne prend aucune précaution pour être cru, etqu'il multiplie toutce quipeutservir de preuves contre lui s'il n'était pas Qdèle. Voilà pourquoi MoYse dans la Genèse parle des choses arrivées dans les premiers siècles, comme de choses constantes, dont on voyait alors des monuments remarquables : tels étaient les lieux où Isaac et Jacob avaient habité, le puits qu'ils avaient creusé, les montagnes où ils avaient sacrifié à Dieu , les pierres qu'ils avaient dressées ou entassées pour servir de monuments de ce qui leur était arrivé , les tombeaux où reposaient leurs cendres, etc.
5* L'autorité de MoYse nous paraîtra infiniment respectable, si on fait attention aux temps reculés dans lesquels il a écrit. Il existait près de 500 ans avant Homère, plus de 1200 ans avant Socrate, Platon, Aristote, qui ont été comme les cheb et les maîtres de toute la sagesse des Grecs : ainsi il ne pouvait tirer aucune lumière de l'antiquité profane ; cependant on peut remarquer par ses écrits qu'il a été historien, philosophe, lé-
f^islateur et prophète tout ensemble. Si on ait attention à sa manière d'écrire , on y verra une noble simplicité qui porte un caractère de vérité au-dessus de toutes les preuves du raisonnement : en effet il commence son histoire comme si Dieu même parlait, sans fj'éface, sans exorde, sans inviter les hommes à le croire, sans douter qu'il ne soit cru. Il s'ensuit de ce qu'on vient de dire
Sue l'histoire de MoYse est la plus ancienne e toutes, et qu'elle n'a pu rien emprunter des autres. Plus on examine les autres histoires des peuples qui se disent très-anciens, comme celle de 4a Chine, plus on voit que ce sont des tables ridicules, plus on en sent la fausseté : ce sont des hommes tombés du soleil, ou sortis d'une montagne. Mais le peu- {Ae juif se dit créé par un Dieu tout-puissant; I se ffouveme par un livre unique, qui comprend son histoire, ses lois, sa religion : on trouve dans cette histoire ce que nous ignorions ; savoir, que le ciel et la terre s ^nt l'ou-
vrage d'un Dieu. On y apprend, comoie Boas avons dit ci-dessus, la chute du premier homme et la promesse d'un libérateur. On y voit que ce peuple a toujours eu un soin extraordinaire de ne se point aUier a^ec les autres nations, et de conserver ses généalo* gies pour donner au monde une histoire di-
Sue de créance. On y voit un peuple sorti 'une même famille, mais si nombreuse que s'il s'v était mêlé de l'imposture, il serait impossinle, comme les hommes sont laits* que, quelqu'un d'eux ne l'eût découverte. Tel est le peuple a qui Dieu a voulu se manifester.
Enfin ce qui achève de donner toal le pokls nécessaire à l'authenticitédes livres de Itoise. c'est que des hommes inspirés et dont les prédictions au-dessus de toute puissance humaine ont eu leur accomplissement, osl attesté la sincérité des faits rapportés par MoYse et de sa mission ; d'où il s'ensuit^ les livres postérieurs des saintes Ecritora, servent de preuves aux premiers, parce que les bits miraculeux des premiers y sont rapportés comme indubitables. Ainsi comme les miracles des prophètes rapportés dass les livres postérieurs font voir qu'ils étaient inspirés de Dieu et une Dieu manifestait sa puissance par les prédictions et les miracles qu'ils faisaient , ces mêmes prophètes eo irisant mention des miracles plus anciens nons font comprendre qu'ils en étaient persuadés, et autorisent par là invinciblement la certitude des livres précédents.
D. Quelles sont U$ preuvei par UêqudUs Dieu a voulu eomtater la virile de sa révélation à la nation juive t
R. Ce sont des preuves qui sont à la pcH'tée des plus simples et qui font éclater la toutepuissance divine ; savoir, les miracles et les prophéties. Je dis 1* les miracles ; car Dieu fit comprendre sensiblement que MoYse était envoyé par son ordre pour conduire son peuple, par les miracles éclatants et multipliés qu*il fit pendant une longue suite d'années. MoYse qui rapporte les premiers, parie de ce qu'il a vu et de ce qu'il a fait. Or ces événements mémorables dont les peuples entien étaient lem spectateurs et les témoins, forent les plaies de l'Egypte ; tous les premiers-nés de ce royaume frappés de mort dans une seule nuit, la mer ouverte pour donner passage aux Hébreux, le peuple d'Israël nourri de la manne pendant quarante ans; abreaTé par des torrents tirés des rochers ; couvert par une nuée contre l'ardeur du jour, et éclairé par une colonne de feu pendant U nuit ; le cours du Jourdain suspendu pour faire passer le peuple de Dieu sous la conduite du successeur de MoYse ; le soleil arrêté, les nuées converties en une grêle de pierres, pour écraser ses ennemis : les nations liguées contre ce peuple, dissipées par une vaine terreur; une armée nombreuse exterminée par une main invisible sous les murs de Jérusalem, et tant d'antres, dont plusieurs étaient attestés par des fêtes solennelles établies à dessein d'en perpétuer U mémoire, et par des cantiques sacrés, que les pères apprenaient à leurs enfants, elqui,
DE L*ÂGE MUB.
9BS
passant de bouche en bouche, perpétuaient fa mémoire de la protection sensible de Dieu sur son peuple, en rappelant celles des é?éncments miraculeux. Ceux qui rapportent ces miracles ont été présents aux choses, et ils les ont écrites eux-mêmes. Leurs livres «nt été mis dans les archives publiques de ce peuple choisi, qui les révère comme faisant partie de sa religion.
Je dis en second lieu les prophéties. Car la prophétie n'appartient qu'à Dieu. Il est le seul roi de tous les temps, il n'y a point pour lui de passé, ni d'avenir. Tout est présent à son éternité. C'est pourquoi il a choisi lui-même la prédiction des choses futures comme le caractère de sa divinité. Or c'est dans la révélation faite à la nation juive que ces prophéties sont annoncées. On y voit que pendant la plus grande partie du temps que Dieu se 6t connaître à son peu* pie par des preuves sensibles de sa puissance, il suscita une foule d'hommes inspirés de son esprit, qui ne parlaient pas en doutant, en hésitant, en conjecturant, mais qui d'un ton afBrmatif déclaraient hautement et en public ({ue tels et tels événements arriveraient certamement dans le temps , dans le lieu , et avec toutes les circonstances qu'ils marquaient. Et quels événements I Les plus détaillés, les plus personnels, les plus intéressants pour cette nation, et en même temps les plus éloignés de toute vraisemblance. On Yoit ces hommes admirables au milieu de la paix et de l'abondance, prédire une affreuse disette , annoncer que Jérusalem , réduite à la dernière extrémité par Sennacherib , roi des Assyriens, ne serait point prise par ce roi impie, prédire la destruction totale des dix tribus , la ruine de Jérusalem par Nabuchodonosor, la captivité du peuple juif à Babylone et le retour après un laps de 70 ans , annoncer la venue du Messie, le libérateur promis aux hommes dès le commencement du monde , le temps et le lieu de sa naissance , les principales actions de sa vie, les circonstances de sa mort et de sa résurrection , l'établissement de l'Eglise , la vocation des Gentils , la réprobation des Juifs, etc. Que diront à cela les incrédules? Car enfin les hommes ne sont point prophètes par les Toies naturelles ; et comme la nature ne leur est point soumise pour faire des miracles , l'avonir ne leur est point ouvert pour en faire une histoire par avance.
Mais on doit encore faire attention au caractère des écrits des prophètes. Il est certain que l'élévation de leurs idée^et de leurs scn-^ timents fait comprendre qu ils étaient ani-* mes de l'esprit de Dieu. On voit que les expressions leur manquent lorsqu'ils veulent exprimer la candeur et la magnificence du Dieu qui les inspire. Pleins de l'immensité de la toute-puissance et de la majesté de l'être suprême , ils épuisent la faiblesse du langage humain pour répondre à la sublimité de ces images : < C'est lui, disent -ils , qui mesure les eaux de la mer dans le creux ae sa main, qui pèse les montagnes dans sa balance, qui tient entre ses mains les foudres et les tem-
pêtes , qui dit , et tout est fait , qui se joue en soutenant l'univers ; toutes les nations ne sont devant lui (^ue comme une goutte d'eau, et comme ce petit grain qui donne à peine la moindre inclination à la balance; toutes les lies sont devant ses yeux comme un petit crain de poussière; tous les peuples du mon* oe sont devant lui comme s'ils n'étaient point, et il les regarde comme un vide et comme un néant. »