CHAPITRE IX. De la eeriitude des mracles
de Moïse»
D. De quelle manière établmez'-vous la vé^ rite et V authenticité des miracles de Moïse ?
R. C'est par un raisonnement fort simple et à la portée de tout le monde. Il est certain qu'il n'v a point d'incrédule ou déiste qui ne se rendit à la vérité de la révélation , s'il voyait aujourd'hui de ses propres yeux les miracles que fit autrefois Moïse , comme le passage de la mer Rouge, etc.
On peut dire la même chose des miracles de Jésus-Christ, comme celui de la résurrection de Lazare , celui de l'aveugle de naissance, etc.
On sent la vérité de ce principe , et on ne serait pas étonné que les gens les plus incrédules se rendissent en voyant les uns et les autres. Or, cela posé, si on peut prouver que les faits miraculeux sont effectivement arrivés de la n^anière qu'ils sont racontés dans les saintes Ecritures , l'incrédule ne pourra plus résister et il sera forcé de se rendre. Il faut donc lui prouver maintenant
Sue les faits en question se sont passés comme s sont racontés dans les saintes Ecritures.
D. Comment établir la preuve de faits si an-' citns?
R. Je l'établis sur le fondement de toute la certitude humaine ; savoir, que tous les hom-' mes ne sont pas fous : ainsi quand toute une nation est convaincue de la vérité d'un fait, vouloir nier ce fait, ce serait supposer que toute une nation n'était composée que de fous qui croyaient voir ce au'lls ne voyaient
I»as, et qui prenaient pour des vérilés réelles es fantômes d'une imagination troublée.
Voilà où conduit une incrédulité ridicule : d'où il s'ensuivrait que rien n'empêche de croire qu'aujourd'hui tous les hommes ne soient pareillement dans le même délire. Cette vérité ainsi reconnue de tout le monde, je pose deux principes : V lorsque des faits sont de telle nature qu'ils peuvent aisément tomber sous les sens , qu'ils sont publics et qu'une grande multitude d'hommes en est témoin , il est impossible que les hommes aient été trompés dans le temps que l'on sup« pose que les faits se sont passes. En effet , comment un homme, par exemple, qui di^ rait aux habitants d'une ville qu'il a divisé depuis fort peu de temps les eaux d'un fleuve qui coule au milieu de cette même ville, poui^ rait-il n'être pas traité d'insensé s'il n^vait pas fait ce prodige; et s'il l'avait fait effectivement aux yeux de tout le monde, comment pouvoir refuser de le croire? Voilà le pre^ mier principe.
GATËCHISIIE
Le second n'est pas moins certain , c*e$t qnp, lorsqu'il s*est conservé des monuments publics en mémoire de ces faits » et qu'en conséquence il s*est pratiqué chei ce peuple des devoirs publics depuis que les faits sont arrivés » et uniquement pour en célébrer la mémoire, il est alors pareillement impossible
aue les faits aient été imaginés et débités ans la suite.
Il n'y a qu'à faire l'application de ces deux règles. Les miracles de Moïse ont été faits devant plus de six cent mille hommes. Or si Moïse, qui les rapporte comme ayant été faits en leur présence etijui en a écA 1 1 histoire peu de temps après qu'ils furent at rivés, n'avait pas dit la vérité dans toutes ces circonstances, comment tout ce peuple aurait-il reçu ses livres? Comment s'imaginer qu'il eût conservé pour eux le plus grand respect? et n'aurail-il pas au contraire traité Moïse d'imposteur d'oser leur raconter des fables?
Passons à l'application de la seconde règle. Les livres de Moïse, dont nous venons de parler, racontent rétablissement de la cérémonie de la PAque en mémoire du passage de la mer Rouge, après que tous les premiers nés des Egyptiens eurent été frappés de mort. Il y est dit qu'à commencer à cet événement le premier né en Israël devait être consacré à Dieu ; ce qui fut observé, puisoue les Lévites prenaient dans toutes les familles les premiers nte. On y lit encore qu'un vase rempli de manne fut pareillement gardé pour conserver la mémoire du miracle de la manne qui tomba dans le désert pendant quarante ans pour nourrir les Israélites. On y voit l'établissement d'un culte religieux; c'est-àdire des devoirs que tout un peuple était obligé de remplir , comme l'institution de la PAque en mémoire de la sortie de l'Egypte , les sacriGces journaliers , les expiations annuelles, la circoncision pratiquée, la tribu de Lévi particulièrement consacrée à Dieu, etc. Ainsi, à vouloir supposer que ces livres ont été fabriqués après Moïse, il faudrait supposer aue ceux qui les avaient fabriqués auraient tait croire à une nation entière toutes ces choses dont nous venons de parler; qu'ils auraient assuré qu'elle les connaissait et les
{pratiquait, quoique cette nation ne les eût amais connues ni pratiquées, ce qui est contre toute yraisemblance. Bien plus, on ne peut pas objecter que quoique cette nation pratiquât toutes ces cérémonies, les faits auxquels on leur faisait croire qu'elles devaient leur origine peuvent être fabuleux; car il s'ensuivrait de cette supposition absurde que les Juifs observaient toutes leurs fêtes sans en connaître l'origine , et en mémoire de rien , quoique ces cérémonies exprimassent la chose qui y avait donné lieu et qu'elles eussent été observées par une tradition constante de génération en génération , ce qui est une preuve au-dessus de tous les raisonnements. C'est comme si on Toulait persuader aux chrétiens qu'ils observent le dimanche , qu'on baptise les enfants en mémoire de faits fabuleux et auxquels cependant des nations entières ont ajouté foi
d*un commun consentement et pendant aii« longue suite de siècles.
On peut faire le même raisonnement sut les pierres placées dans le pays de Galçala ^ aprcs que le peuple eut passé le Joml^im sous la conduite de losué ; car si les inca^édules disent que des imposteurs ont fabrMf né le livre de Josué et ont proposé les pierres de Gàlgala comme un témoignage de la mérité de ce fait, dès que ce livre parut, chacaa n'aurait -il pas dit : nous connaissons les pierres de Galsala, mais nous n'arons jamab ouï parier de rorigine que vous donnez » et monument, ni du livre que vous attribuez à Josué. Ou était-il ce livre depoia si longtemps ? Où Tavez^vous trouvé ? Noos n'aroos Jamais ouï parler dans notre enfance de cet événement.
On peut remarquer que tout ce que nom Tenons de dire ne forme pas des preuves <fe simple vraisemblance, mais de v^i tables dé^ monstralions en matière de faits , puisqii'M n'a pas d'autre sorte de raisonnement pûv assurer la vérité de toutes les histoires.
Quel serait donc l'aveuglement de se t^ fuser à de telles preuves et de prétendre être mieux instruit de ce au'on n'a point vu qœ tous ceux qui en ont été les spectateurs?
D. Vous avez dit encore ^ vous prouttriez la divinité de la révélation sur la naturt de la loi donnée aux Juifs et la sainteté de la morale répandue dans les divines Ecritures?
R. C'est ce qu'il est aisé de faire sentir, car une révélation qui porte les caractères de la divinité est elle-même la religion véritable, n n'y a qu'à jeter les yeux sur les préceptes que le Dieu d'Israël donne â son peuple dans ce qu'on appelle le Décai<^e.
On y voit la loi naturelle commandée de nouveau avec une clarté et une précision admirable. Il renferme tout : on voit qu'il est l'ouvrage d'un législateur divin par le commandement de n'aimer que lui et de l'aimer de tout notre cœur, et par la défense de consentir à aucun désir injuste ; car, par ces deux Sréceptes si courts , il a établi le fondement e toutes les vertus et coupé la racine de tous les vices. Ainsi on apprend du premier, 1* que l'adoration est réservée à Dieu seul, Dieu invisible , éloigné de toute idée de matière, ce qui renverse d'abord toute Tidolitrie ; 2* que l'on n'adore point Dieu si on ne l'aime de toute l'étendue de notre ame, c'est' à-dire d'un amour de préférence , et aue p^r conséquent tout ce que nous aimons plos qie Dieu nous l'adorons ; que tout ce que d<m» préférons à Dieu devient notre Dieu loimême, et que ce oui fait tout l'objet de dos pensées, de nos désirs, de nos affections, de nos craintes, de nos espérances fait aassi tout notre culte ; 3* qu^il est le bien et la félicité de l'homme, et qu'il veut être la fin de nos actions.
On apprend du second , que tous les désirs , par rapport aux biens qui ne nous appartiennent pas, doivent être interdib. Or Juelle autre religion avait fait un crime es désirs? Quelle autre avait dit qu'il n'est pas permis de désirer ce qu'il n'est
DE L'AGE MUR
f>as permii de faire? Qui aurait appris à l*homme ces vérités, si Dieu ne lui avait Tévélé ses volontés et nos devoirs à son ^gard.
2* Noos avons dit <(ue la divinité de la révélation se fait sentir par la sainteté de la ■noraJe et des instructions répandues dans les saintes Ecritures.
En effet, on n*a qu*à les examiner pour se convaincre que cette morale détruit la volupté, l'injustice, Tintérét; qu'elle détruit notre orgueil, en nous faisant voir notre corruption et notre misère. Jusques dans le simple récit des faits , on voit une aimable simplicité de mœurs qui fait aimer la vertu : non pour la gloire de Thomme , mais pour l'amour de Dieu, où tous les événements se rapportent. Toutes les instructions ne roulent que sur ce sujet : partout on y apprend que tout vient de lui et que nous lui devons consacrer notre vie et nos actions. C'est là que nous apprenons que l'ame et le le corps ont une durée fort différente; que l'un a été pris de la terre , et que l'autre est venue de Dieu et qu'elle y retourne : c'est là au'on trouve un remède à tous les désordres du cœur de l'homme. Cette morale apprend encore à nous aimer comme il faut, à régler nos désirs et à fuir tout ce qui est crime. Le centre où aboutissent les passions humaines , c'est le plaisir diversifié en une infinité de manières : le centre où aboutissent tous les préceptes, les exemples , les histoires particulières et toutes les exhortations de ces livres divins, c'est la véritable piété et la gloire de Dieu. £n un mot , les saintes Ecritures sont le seul livre, où la nature de l'homme soit parfaitement peinte, et dans ses grandeurs, et dans ses misères ; où il soit dignement parlé de l'Etre suprême, où l'on voie l'obligation imposée de l'aimer et de n'aimer que lui : il est le seul qui nous fasse comprendre pourquoi ceux qui semblent justes ici-bas sont souvent misérables et accablés; il nous découvre la cause de ce mélange monstrueux de pauvres et de riches , de sains et de malades, de tyrans et d'opprimés; parce qu'il nous apprend que ce n'est pas ici le lieu où Dieu veut que se fasse le discernement des bons et des méchants , qu'il veut au contraire que les choses demeurent dans l'obscurité , et qu'il a laissé marcher les hommes dans leurs voies : il nous apprend que c'est à lui que nous devons avoir recours pour guérir nos misères ; que Dieu enverra un libérateur aux hommes, qui, satisfaisant pour eux à la colère divine, réparera notre nature iaipuissante et les rendra capables de tout ce qu'il demande d'eux. De telles vérités ne peuvent avoir été qu'inspirées ; elles* ne sont point marquées au coin de r homme, et pour s*en convaincre, il ne faut que voir ce qu'ont dit les plus habiles de ceux qui ont voulu discourir sur ce sujet.
Si on ajoute à ces réfle^cions celles que l'on doit taire sur la manière d'écrire des auteurs divins» on achèvera de se convain-
cre <;[u'une lumière supérieure les inspirait et guidait leur plume. Leur style ne ressemble en rien à celui des hommes du siècle : on n'y voit ni affectation ni faiblesse. Ils ne sont point soigneux de l'arrangement des pensées, ni du tour; mais ils s'expriment avec une simplicité proportionnée à la portée de tous les hommes : tes idées qu'ils donnent de Dieu sont sublimes et magnifiques , comme on l'a remarqué ci-dessus en parlant des prophètes; mais comme ils parlent à des hommes, leur langage est simple et naïf, et ils ne cherchent jamais à faire paraître leur esprit ou leur érudition.
D. Pourquoi avez-^otis tant insisté sur les preuves de la vérité des saintes Ecritures?
R. Parce (jue leur certitude étant établie sur des témoignages* aussi forts que le sont ceux des miracles et des prophéties, qui sont pour les hommes les marques les plus sensibles de la puissance de Dieu, il s'ensuit
Sue la révélation faite à la nation juive est ivine , et on demeure convaincu que c'est dans les saintes Ecritures que Dieu a fait connaître ses volontés et ses desseins sur les hommes.
D. De quelle conséquence est une telle vé-^ rite?
R. C'est que la certitude des saintes Ecritures étant une fois bien établie , il est aisé de faire voir qu'elle renferme tous les principes de notre foi; c'est-à-dire que Jésus- Christ est le Messie : on y découvre l'union intime que la révélation judaYque a toujours eue avec la Religion chrétienne, dont elle est le fondement, et dont elle renferme toutes les preuves.
D. Comment ferez-vous sentir cette liaison?
R. C'est que Dieu , dans la conduite qu'il a tenue à l'égard du peuple juif, a fait voir qu'il l'avait choisi pour lui foire part de ses conseils et de ses desseins , pour le rendre dépositaire de la grande promesse qu'il avait faite à Adam , d'un libérateur qui devait être médiateur entre la majesté divine et les hommes : or ce Messie promis était Jésus- Christ , qui devait être la pierre angulaire de l'édifice de l'Eglise chrétienne.