CHAPITRE XV. De Vautorité <(u JHoutm
Testament.
D. Comment établissez-^ous Vautoriti d^ Nouveau Testament ?
R. Sur la tradition.
D. En quoi consiste cette tradition f
R. Cette tradition consisto en ce qae lo corps des premiers pasteurs a transmis i ceux qui venaient après eux , et de siècle ei\ siècle, comme de main en main , les vérilèa dont ils faisaient profession eux-mêmes et qu'ils enseignaient aux fidèles , vérités dont on voit les articles fondamentaux dans le s^^mbole des Apétres. Ainsi, dès que l'Evangile a été écrit, ils l'ont transmis delà même manière • et ils se sont communiqué des nns aux autres le même respect et la même foi pour ce saint livre, dont Jésus-Christ les a établis dépositaires et interprètes. Or ce corps des premiers chrétiens formait l'Eglise, corn-
I>osce de Juifs et de Gentils , qui recevaienl e baptême et embrassaient la foidelésns- Christ, à la prédication des apAtres, institué^
{premiers pasteurs par Jésu8*Ghrist même, orsque il leur ordonna d'annoncer TEvangilo à tous les honimes , et de baptiser ceux qui croiraient. En un mot, par le moyen de la tradition , le corps de l'Eglise a attesté publiquement, dans tous les pays et dans tous les temps, les mêmes vérités dont les chrétiens d'aujourd'hui font profession : les premiers chrétiens ont regardé les saints Evangiles qu'ils avaient entre leurs mains , comme un livjpe composant le recueil de leur croyance, de même que les chrétiens d*anjoard hni le regardent : ils ont entendu de la même manière que nous tout ce qui a été dit ci-dessns sur la liaison essentielle qui est entre le christianisme et la révélation faite à la nation juive, constatée' dans les saintes Ecritures de TAncien Testament, c'est-à-dire que TEglisc a toujours rendu à ces livres le même témoignage; qu'elle s'en est servie pour établir l'autorité des Ecritures du nouveau; ei u'elle a regardé celles-ci comme une preuve e la vérité des anciennes; car ces deux livres se prêtent une lumière mntacUe.
C'est cette croyance des mêmes yérités qn^ remonte depuis nous jusque aux apôtrrs, qnî
DE 1;AGE «lit
forme ce que nous appelons la tradition , comme ane chaîne non interrompue de disciples de Jésus-Ciirist qui ont toujours été unis dans la même foi. Or ce qui est fonilé sur une telle preuve est la plus forte démonstration que les hommes aient pu et Ï courront jamais donner pour établir des aits : tel est Feffet de la tradition. Dl Mais commeni prouvez-voui cette uni-
{brmité d'enseianement et de croyance dans 'Eglise, dans laqwUe vous faites consister cette tradition?
R. Je rétablis sur la preuve la plus évidente qui fut jamais; savoir, sur l'uniformité et la perpétuité du culte , c'est-à-dire les mômes pratiques de religion toujours remplies, comme l'administration des sacre^ ments, et une succession d'hommes préposé3
Ï>our en instruire les peuples » et pour les eur administrer : ce que nous appelons l'ordre des pasteurs légitimes. Par exemple » le baptême et l'eucharistie sont deux cérémonies observées depuis la naissance du christianisme^ parmi toutes les nations chrétiennes ; et cette observance suppose nécessairement l'ordre des évêques et des prêtres, et ce qu'on appelle le clergé chrétien. A ne s'arrêter qu'à ce seul fait d'un clergé chrétien qui a existé depuis l'établissement de l'Ëglise; ce seul fait est aussi notoire et aussi certain qu'il l'est que latribudeLévi était consacrée au sacerdoce chez les Juifs. Cet ordre d'hommes est destiné à prêcher l'Evangile et à ad-^ ministrer les sacrements , et suppose nécessairement la pratique de ces devoirs : il a été établi en conséquence de l'institution de Jésus-Christ , comme l'Evangile en fait foi ; mais lorsque l'Evangile en fait foi , il est sensible qu'il suppose cet ordre déjà établi, puisque c'est un fait qu'il raconte; car si l'Evangile et tout ce qui y est rapporté était faux, il s'ensuivrait que lors(|ue cette prétendue fausseté a été fabriquée, il n'y aurait pas eu alors dans le monde un tel ministère établi : ainsi personne n'aurait voulu recevoir un évangile qui agirait débité un fait que tous les hommes de ce temps-là auraient su être (aux ; mais comme le fait était constant, par le témoignage des apôtres, de celui de leurs disciples et des premiers chrétiens, et que cet établissement dont nous parlons était une chose évidente, indépendamment de toute preuve écrite , la vérité des faits rapportés par les auteurs de ce livre sacré, s'accordait avec ce que les premiers chrétiens voyaieifl de leurs yeux : or, de tout cela, il résulte que c'est cet établissement antérieur à l'Evangile qui sert de monument à la vérité des faits Sue ce même. Evangile rapporte sans préjuice des autres preuves que l'on peut encore donner de l'autorité de ce livre.
D. iVe pourrait-on pas dire aue les écritures du Nouveau Testament ont été supposées?
R. La chose est absolument impossible ; 1** si on fait attention au raisonnement que nous venons de faire ; 2* parce qu'il y a des faits essentiels rapportés par les évangélistes qui sont véritables, indépendamment de tout tpiQoignagc par écrit : car les apôtrea , par
exemple , n'ont pu inventer que Jésus-Christ était ae Nazareth en Galilée, puisque il r avait vécu dès son enfance , qu'il fut crucifie à Jérusalem et qu'il avait plusieurs disciples , puisque les Juifs auraient dit que tout cela
provinces romaines , faisaient foi qu ils disaient vrai , et Jamais les Juifs n'ont osé dire que ce fait fût taux ; ainsi on ne peut douter que Jésus-Christ n'ait existé, qu'il n'ait été cruciflé à Jérusalem , qu'il n'ait eu des disciples qui annoncèrent l*Evangile après sa mort en divers endroits du monde.
3*" Les apdtres n'ont pu imposer dans leurs écrits, parte que les faits qu'ils y rapportent s'étaient passés dans les lieux où ils fondèrent d'abord rEglise : ainsi s'ils avaient débité des impostures, les Juifs se seraient élevés contre eux, de ce au'on les accusait d'avoir mis à mort Jésus-Christ , et les apôtres se seraient exposés à être contredits par une infinité de personnes, surtout sur les miracles de Jésus- Christ qu'ils rapportent, puisque les plus grands ennemis du Sauveur , n'osant démentir l'évidence de ses miracles, disaient qu'il chassait les démons par la puissance de BéeU zebuth. Bien plus , il serait absurde de penser que les premiers chrétiens soient devenus chrétiens sans s'informer autrement des miracles que Jésus-Christ a faits. Rien n'était si facile que de s'assurer de la vérité. puis-> que il y avait quantité de gens qui en avaient clé les témoins , et d'autres qui avaient vécu avec ceux qui les avaient vus.
V 11 n'est pas possible qu'ils aient voulu tromper les hommes, en ce qu'il n'y a ni adresse, ni affectation dans leurs écrits : tout y est simple, nu, ouvert. Ils rapportent leurs propres défauts et leurs faiblesses. Ce n'est pas là le caractère des hommes qui cherchent ,à en imposer aux autres.
D'ailleurs comment des gens d'une condition obscure tels que les apôtres, qui étaient consternés de la mort de Jèsus-Chrisl et qui crovaient s'être trompés en le prenant pour le Messie, auraient-ils osé, quelques se-, maines après la mort de leur maître, paraître dans Jérusalem et soutenir qu'il était rcssusr cité, qu'il^ l'avaient vu, qu'ils lui avaient parlé, qu'ils l'avaient touché, qu'ils avaienj^ man^é avec lui ? Soutenir cette fable avec hardiesse, la prêcher avec confiance , s'ex-!*. poser aux tourments et à la mort pour assu-? rer la fiction incroyable d'un homme ressus^ cité ? Comment conçoit - on au'ils eussent inventé ^n fait qui devait attacher un oppro* bre éternel à leur nation; je veux dire d'avoir mis à mort le Messie promis? Comment imaginer que leurs disciples aient conspiré à soutenir cette imposture ; que la rigueur des supplices, la force de la vérité, les mour^ vements de la conscience n'aient pas été capables de rompre ce concert de mensonge ; et que néanmoins ces prétendus imposteunr ne prêchent que la tempérance , la charité , Famour de Dieu, l'humilité, la patience: qu'ils nous ordonnent d'aimer nos ennemis*;
CATÉGinSME
et qa*il8 aicnl élé capables de détruire l'idolâtrie païenne et de faire adorer partout le vrai Dieu par le secours des impostures qu'ils auraient débitas l Comment conçoiton enGn que les apôtres aient tous scelle de leur sang les yérités et les faits quils ont écrits ? Rien n'est plus fort aue cette preuve, surtout pour les premiers fondateurs d*une religion : car on doit remarquer qu*on n*a jamais vu, qu'aucun homme ait voulu mou* rîr pour attester un mensonge dont la fausseté lui ait élé connue.
D. Ne pourrait-on pas encore faire cette objection que les livres du NouveauTestament ont pu être composés par quelque imposteur qui tes ait attribués aux apôtres?
R. Cette supposition est absolument impossible ; 1* parce qu'en remontant de siècle en siècle , on voit que les premiers chrétiens avaient toujours eu ces livres devant les veux, et qu1ls les avaient regardés comme les fondements de leur croyance , qu'ils ont été cités et regardés comme divins par des auteurs contemporains des ap6tres ou de leurs disciples , comme saint Clément, saint Polycarpe, saint Irénée, saint Ignace.
T La supposition de ces livres, si elle était possible, n*a pu être faite que dans les premiers temps de l'Eglise , puisque tous les chrétiens les ont constamment et unanimement attribués aux apôtres. Or la chose est impossible; comment supposer quedes lettres, telles , par exemple, que les E^itres de saint Paul , aient été écrites à plusieurs sociétés entières de chrétiens, comme les Romains , les Corinthiens, les Ephésiens, etc. si ce fait n'était pas véritable? Comment faire accroire à ces sociétés qu'elles avaient reçu ces lettres, si le fait était faux? Car il faut ici ou nier toutes les parties qui composent le Nouveau Testament , ou les accorder toutes , parce qu'il n'y a pas un seul Evangile, ou Epitre de saint Paul, de saint Pierre ou de saint Jean, qui ne reconnaisse les faits essentiels sans lesquels il n'v a point de christianisme ; or il n'y a aucun hérétique, ni incrédule qui ait osé annoncer que tous ces livres étaient supposés, parce que dans les premiers temps du christianism;' , Us étaieni entre les mains de tous les chrétiens. D'ailleurs, si quelqu'un avait entrepris de changer quelque chose à ces livres , surtout dans les choses essentielles, tous les chrétiens s'y seraient opposés, et les ennemis de la religion chrétienne , comme Julien l'Apostat, Porpy hire, Celse, etc. et tous les chefs des hérésies ^ui s'élevèrent dès les premiers temps de l'Eglise, n'auraient pas manqué d'en tirer avanUige; cependant mal&^ré tous ces ennemis de la foi , l'autorité du Nouveau Testament s'est conservée pure et entière.
3' Le nombre inflni d'exemplaires et de versions qu'on eut d'abord du Nouveau Testament aurait rendu l'exécution de ce dessein Impossible, surtout dans les faits essentiels , comme les miracles de Jésus-Christ , sa résurrection, son ascension dans le riel, la descente du Saint-Esprit sur les apôtres ti le don qu'ils refurent alors de parler diverses
langues et de faire des miracles. Or on da peut avoir supposé ces faits sans avoir sud! posé toute l'écriture du Nouveau TcsUmeni parce que la matière de. ce livre n'est composée que de ces faits , ou de choses qui se rapportent A ces faits , et qui seraient lausses si ces faits étaient faux. Enfln, il est de U dernière évidence que cette écriture n'a jamais été altérée, si on fait attention qae tous les passages du Nouveau Testament, dont le nombre est presque inflni dans les oarraffes do tous les pères de l'Eglise, ont une parfaite conformité. A toutes ces preuves de la vérité de l'écriture du Nouveau Testament, on peut ajouter encore celle-ci ; savoir , que les apôtres ont toujours parlé comme des hommes Inspirés, et qu'ils l'étaient effectivement. Jésus-Christ, en les chargeant d'inslruireles nations , leur communiqua , non sealemcnt son autorité , mais sa sagesse, sans quoi son autorité aurait été inutile. Il soutOa visiblement sur eux, dît l'Evangile, pour leur communiquer son esprit : Insufflavit et dixiteU: accipite Spiritum Sanctum (S. Jean^ 20, ^). U leur ouvrit l'esprit, afln qu'ils enlendisseni les Ecritures : Aperuit illis sensum ut inteîligerent Scripturas (5. Luc^ 24, 45). C'est Dieu même qui vous exhorte par notre bouche, disait saint Paul aux Corinthiens : Tanquom Deo exhortante per nos (2 Cor., 5, 20].
Enfin on peut le dire hardiment : si les apôtres n'ont pas été inspirés divinement, il faut qu'ils soient des imposteurs et les plus méchants de tous les hommes, par celte raison qu'ils ont formé le dessein de déshonorer leur nation, en l'accjsanl par toute la terre d'avoir mis à mort Jésus-Christ , le Messie promis, et d'avoir immolé, à la passion de répandre une imposture , la via et le sang de tous les chrétiens qu'ils ont invités au martyre par leur propre exemple.
Mais comment pourra-t-on faire entrer dans l'esprit une pareille supposition, si on fait attention que les livres les plus propres à inspirer la niété , l'amour de Diea et do prochain, remplis d'exhortations sur la craiola de Dieu, si fortes, si touchantes, si répétées; exhortations qui rapportent tout à lui comme au centre de tout bien, qui parlent partout contre le vice avec tant de force, où l'on foii éclater une charité ardente de sancliGcrlcs autres; en un mot, qui contiennent la source des meilleures choses qu'on ail écrites, aient été imaginés et composés par des homina qui ne cnerchaient qu'à faire tomber les antres dans l'erreur en leur débitant des imposr tures, et en se disant hautement inspires de Dieu.
OUPITRE XVI. Que Jésus-Christ a accompli les prophéties touchant It Messie.
D. Après avoir établi Vautorité du Nouxm Testament , comment prouverex-vous que Jtsus-Christ a accompli les nrédictions aespn' phites touchant le Messie i
R. Cette preuve se tire da témoignage même du Nouveau Testament.Or il n'y a qui jeter les yeux sur ce livre sacré pour se convaincre que Jésus-Christ porte tous les caractères du Messie, et qu'il a accomnH tou'
DE L*ÂGE MUR
Cfî que les prophètes ont dît du Messie. On n'a pour cela qu'a se rappeler en substance les principales prophéties que nous arons rapportées ci-dessus.
1* Le Messie devait paraître dans le temps que la tribu de Juda perdit Tautorité qu'elle avait eue jusqu'alors. Jésus-Christ, selon le témoiffnage des évangélistes, vint au monde sous Te règne d'Hérode. Or on sait que ce prince était Idnméen de nation, qu'il s'empara de la couronne de Judée, et que depuis son gouvernement les Juifs furent soumis à une domination étrangère qui fut celle de Romains. Les évangéiistes nous disent encore que Jésus-Christ naquit à Bethléem et qu'il y fut adoré des Mages, circonstances prédites par les prophètes.
2* Son ministère devait être sans éclat : en effet, l'extérieur de Jésus-Christ n'avait rien qui le distinguât en apparence des autres hommes; puisque les Juiis, étonnés delà sagesse de ses instructions , disaient de lui : N'est-ce pas là ce fils de charpentier et char-
§ entier lui-même {Matth., 13, 55; Marc, 6, ) ? mais il devait être en même temps salutaire aux hommes par ses miracles et sa doctrine. On n'a qu'à jeter les yeux sur tout ce que les évangéiistes nous disent de sa prédication et de toutes les guérisons qu'il ni en parcourant la Judée, pour reconnaître Taccomplissement de cette prédiction : on voit que sa vie n'est qu'un tissu de circonstances miraculeuses ; et la première impression que l'Evangile fait dans l'esprit, est que Jésus- Christ, dans l'espace de trois ans et demi que dura son ministère, fit plus de miracles qu on n'en avait vu depuis la naissance du monde. 3^ Le Messie devait venir dans le second temple , selon la prophétie d'Âggée. Jésus- Christ 7 vint en effet, et fréquemment : il y fut porté étant enfant, lorsque les jours de la purification de Marie, sa mère, furent accomplis { Lufi, 2, 22). A l'âge de douze ans, ses parents qui le cherchaient, le trouvèrent dans le temple interrogeant les docteurs. Pendant le cours de son ministère, on voit qu'il y fit de fréquentes instructions, il en chassa les gens qui y vendaient et qui v achetaient ( Marc, 11, 15; Luc» l9,hi;MaUh., 2i,12;/ean. 2, 15).
&* Il devait être mi&conau et livré par le peuple même qui Tatlendait : il devait être lié comme coupable, mis dans la compagnie des criminels : être rassasié d'opprobres, demeurer aussi muet qu'un agneau qu'on égorge , enfin être conforme à cette vive image , 3ue David et Isaïc nous ont peinte avec tant e circonstances des ignominies auxquelles le juste par excellence serait exposé en donnant sa vie pour les hommes. Or on n'a qu'à lire rhistoire de la Passion de Jésus'-Christ dans les évangéiistes (Matth., 27; Luc, 15) , et on verra qu'on ne peut trouver une plus
f>arfaite conformité entre la prédiction et 'accomplissement, et qu'il est impossible de ne pas reconnaître le Messie dans la personne de Jésus-Christ.
5* Le Messie devait être mis à mort vers la fin des semaines marquées par le prophète
Daniel. On a fait voir ci-dessus que ces semaines étant des semaines d'années, soixantedix semaines de cette sorte font le nombre de quatre cents quatre-vingt-dix ans , en commençant à les compter à la vingtième année du règne d'Artaxerxès Longuemain,
{rendant laquelle ce prince permit de rebâtir es murs de Jérusalem. Or cette supputation c;onduit au temps auquel Jésus-Christ fut mis à mort. Ce qui arriva dans le milieu de la dernière semaine, selon les termes de la prophétie ; son ministère ayant duré trois ans et demi.
Avant d'aller plus loin, il est bon de remarquer ici l'enchaînement des preuves de la religion chrétienne. Ainsi, si vous admettez Jésus-Christ, il faut admettre MoYse et les prophètes, en un mot, les écritures de l'Ancien Testament : car Jésus-Christ a rendu témoignage à la loi de Moïse et à la vérité des prophéties : il s'est soumis à cette loi : il a dit' en termes exprès : Si vous croyez Moïse, vous me croirez aussi, parce que c*est de mot qu'il a écrit, et il fallait que tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse et dans les prophètes fût accompli [Jean, 5, 46).
6** Le Messie devait être fils de Dieu et Dieu lui-même, il devait ressusciter. Les peuples et les rois de la terre devaient quitter leurs fausses divinités et accourir à lui ; le corps des Gentils devait le reconnaître, tandis que le corps de la nation juive, à l'exception d un petit nombre , le rejetterait. Mais ces deux prédictions sont si grandes et si importantes , puisque l'une démontre la divinité de Jésus- Christ, et l'antre l'établissement de la religion chrétienne , que nous croyons devoir les traiter séparément et les accompagner do toutes les preuves nécessaires, capables de convaincre les esprits de leur parfait accom-
Slissement.
HAPITRE XVIL De la divinité de Jésus- Christ.
' D. Sur quelles preuves établissez-vous la dtvinité de Jésus-Christ f
R. 1* Sur les saintes Ecritures ; 2* sur la manière dont il a été prédit; 3* sur les circonstances de sa vie qui ont fait éclater sa divinité; V sur la sainteté de sa vie ; 5" sur les vérités qu'il nous a révélées de lui-même; 6* par les miracles dans lesquels il a fait connaître en termes précis sa divinité ; T par la vérité de sa résurrection; 8** par l'accomplissement de ses promesses.
Je dis r sur les saintes Ecritures. Les prophètes l'appellent fils de Dieu, ou simplement Dieu, à cause de sa nature divine, et fils de David, à cause de sa nature humaine. On pourrait citer un grand nombre de passages pour le prouver; mais il suRlra d*en rapporter quelques-uns du prophète David, qui no peuvent s'entendre que du Messie, et qui en même temps lui donnent la qualité et les attributs seuls convenables au fils de Dieu.
a Le Seigneur m'a dit ; Vous êtes mon fils ; je vous ai engendré aujourd'hui. Demandezmoi et je vous donnerai les nations pour votre héritage (Ps,,%v, 8).
11 m^invoquerai cl il me dira : Vous éîes
CATËCIIISME
mon père, tous ôles mon Dieu, et Tasile où
pour toujours j*6galerai la durée de son lr6ne à celle des cieux(P*..58,27, 28,30).»
2* Sur la manière dont il a été annoncé , je yeux dire, par ce grand nombre de prophéties et de flgures qui l'ont prédit, et qui font désigné avec une différence sensible entre lui et les autres prophètes. Il a été prédit dès la naissance du monde, attendu pendant quatre mille ans , regardé comme Tobiet de rattente de tous les justes, ainsi qu'on la fait voir ci-dessus; or si Jésus-Cbrist n'était qu'un homme semblable à un autre , on peut dire que tout cet appareil d'oracles qui préparaient les esprits à la yenue d'un libérateur qu'ils ont dépeint avec des caractères qui marquaient une nature supérieure à une simple créature, aurait été un pièce pour les hommes de tous les siècles , que l'on aurait pu regarder comme coupables d'erreur en reconnaissant Jésus-Christ pour le (ils de Dieu.
3' Par les circonstances de sa yie qui ont fait éclater sa divinité : rassemblons-les en peu de mots. Jésus-Christ naît de la plus pure des vierges de Juda : A peine cst-îl né que des légions célestes font retentir dans les airs des cantiques d'allégresse , et nous apprennent que cette naissance rendra à Dieu sa gloire, et la paix ai^x hommes : peu après, un astre nouveau conduit à son berceau des sages du fond de l'Orient, comme les prémi* ces de la gentilité convertie ; un juste et une sainte femme annoncent sa grandeur future, le regardent comme la lumière des nations infidèles [Luc, 2), étSiméonne demande plus qu'à mourir en paix, après que ses yeux ont vu son Sauveur. Les docteurs assemblés yoient avec élonnement son enfance , plus sage et plus éclairée que la Sagesse des vieillards. A mlssure qu'il avance, sa gloire se développe : Jean-Baptiste s'abaisse devant lui, le ciel s'ouvre sur sa tète, et, par une yoix intelligible, déclare que c'est là le fils bienaimé : les démons ne peuyent soutenir sa présence. Sur le Thabor, où il laisse échapper un rayon de sa gloire, le Père céleste le fiomme son fils et robjet de ses complaisances, et le propose comme la loi vivante et éternelle.
k' Par ses œuvres et par ses miracles. On Toit en effet, par le simple récit des évangélistes, que Jesus-Christ opère les prodiges avec une facilité toute-puissante et qui porte les traits de la divinité. Jésus-Christ prophétise comme il parle : la science de l'avenir n*a rien qui le frappe, qui le surprenne, ou qui le jette dans un enthousiasme semblable a celui où les prophètes entraient, comme il
f)arait par la sublimité de leurs idées et de eurs images. Les mystères futurs qu'il annonce ne sont point dans son ame des lumières soudaines qui Téblouissent , comme les sibylles et les prêtresses du paganisme : ce sont des objets familiers qu'il ne perd jamais de vue, et qu'il trouve au dedans de luij
parce que tous les siècles sont présents à ses regards. Il ressuscite les morts, comme il Eait les actions les pluts communes; il parle en maître à ceux qui dorment dtun sommeil éternel,. et Ton sent bien qu'il est le Dieu des morts, comme des vivants : jamais plus tranquille que lorsque 11 opère les plus grandes choses ; il se joue pour ainsi dire en opérant des prodiges ; ses miracles ne portent aucnn caractère de dépendance, ppur nous montrer par là, au'il est égal à Dieu, et que les œuvres de son père sont les siennes.
6* Par la sainteté de sa vie : car plus on observe toute sa conduite, plus on le trouve exempt de toutes les faiblesses les plus inséparables de l'humanité. S'il parle, ce n'est que le langage du ciel ; s'il répond , ses réponses sont toujours utiles au salut de ceux qui l'interrogent; on ne voit point en lui de ces intervalles où l'homme se trouve : ses actions les plus communes sont en lai sin-
gulières , par la sublimité des dispositions ont il les accompagne. Quel homme montra jamais tant d'amour pour la vertu , tant de mépris sincère pour le monde, tant de charité pour les hommes, tant d'indifférence pour la
gloire humaine , tant de zèle pour la gloire e Dieu et pour le salut de ses frères? C'est là que rapportent tous ses discours , tous ses soins et tous ses désirs.
6* Par l'excellence de sa doctrine , admirée même des païens. Tout y est sage, tout y est saint, tout y est sublime. C'est de cette seule doctrine que nous apprenons, que les actions les plus héroïques ne sont rien , dès qu'on les compte soi-même pour quelque chose , et qu'on les rapporte à soi : eue nous apprend à regarder la gloire comme une iU lusion; la prospérité, comme l'état le plus rempli de périls; l'élévation comme le oaut d'un précipice : les afflictions, comme la Toie à un bonheur éternel, et la terre , comme un exil.
T Sur les vérités qu'il nous a rérélées de lui-même , et qui doivent être essentiellement telles : car si Jésus-Christ a été un homme saint, comme toute sa conduite le prouTe, et comme les ennemis mêmes de sa divinité en conviennent, on en doit conclure c^u'il est Dieu , parce qu'un homme saint ne saurait être en même temps impie en s'égalant à la divinité, et ne peut tenir des discours propres à jeter les hommes dans l'errear et dans l'idolâtrie. Or, si Jésus-Christ n'était pas le fils de Dieu et Dieu lui-même, toute sa doctrine ne serait qu'un amas d'équivoques ou de blasphèmes , soit qu'on la regarde par rapport à Dieu, ou par rapport aux hommes, ce qu'il est impossible de supposer dans un homme saint.
Je dis 1* par rapport à Dieu dont il se dit être le fils, en ce qu'il ne cesse de se (aire é^al à son Père. U dit, qu'il est descendu du ciel et sorti du sein de Dieu ; qu'il était avant toutes choses , et bien avant Abraham , que le Père et lui ne font qu'un : partout il s'attribue Ids caractères propres de la Divinité, et se compare au Dieu souverain. En vain les Juifs se sçandaliseui ae ses expressions i il les
DE L*AGË MUR.
conOrme dans leur scandale , et répète les mômes expressions ; il souSre qu'on lui rende des honneurs divins; ainsi s'il n'était qu'un bomoie , il ne serait venu sur la terre que pour séduire les peuples, en se faisant adorer «nprès sa mort, et les martyrs n*auraient été que des hommes aveugles et idolâtres, qui auraient couvert la terre de sang pour soutenir une impiété.
2* Par 'rapport aux hommes. En effet tout homme qui vient se proposer aux hommes comme l'objet de leur amour et de leur culte est un impie qui veut par orgueil usurper le droit le plus essentiel de l'Etre suprême. Or tel est le but de la doctrine de Jésus-Christ ; il nous ordonne de Taimer comme il nous ordonne d*aimer son Père;, il veut que nous cherchions en lui notre bonheur, que nous rapportions toutes nos «iclions, toutes nos
Eenséejs, tous nos désirs à sa gloire, comme à t gloire de son Père; il veut que nous l'ai* mions plus que nos procbeSi que nos amis, que nos biens, que le monde entier, que soimême, qu'on soit prêt à sacriOer pour lui sa propre vie; qu'autrement on n'est pas digne de lui, et qu'on ne peut prétendre à ses promesses : enûn il nous assure quMl est notre Toie, notre vie, notre justice, notre rédemption, notre lumière ; mais s'il n'est pas Dieu, cette doctrine est impie et insensée, puisque n'étant qu'un pur homme, il veut usurper la place de Dieu dans nos cœurs ; et s'il n'est pas l'auteur de notre vie, ^ quel droit a-t-il d'exiffer que nous lui en fassions le sacriGce? Concluons donc que puisque on ne peut disconvenir! que Jésus-Christ a été un homme saint, il s'ensuit qu'il est i)ieu.
3" Par les miracles dans lesquels il a fait connaître en termes précis sa divinité.
Le premier est celui du paralytique qui lui fut présenté par l'ouverture du toit d'une maison, et à qni il dit ces paroles : Monjtis, vospéthii vous sont remis {Luc, 5, Jf are, 2). Car par le récit que font les évangélistes decemiracle, on voit que Jésus-Christ ne dit pas aux pharisiens qu'un autre oue Dieu puisse remettre les péchés, comme le dirait tout homme ordinaire; mais.il leur prouve par un miracle sensible au'il a le pouvoir de les remettre : et ce qu'il reprend dans eux, est de l'accuser de blasphème quand il dit qu'il les remet, au lieu de le croire aur sa parole.
Le second est celui de l'aveugle de naissance : il prouve la même yérité. « Jésus- Christ, dit le saint Evangile, avant ouï dire ao'ils avaient chassé hors de la Synagogue 1 aveugle qu'il avait guéri, et l'ayant rencontré il lui dit : Croyez-vous au fils de Dieu ? Il lui répondit : Qui est-il, Seigneur , afin que je croie en lui? Jésus lui dit : Vous le vovez, et c'est celui-là même qui vous parle. Il lui répondit : Je crois. Seigneur, et se prosteroant il l'adora {Jean, 9, 35, etc). »
L'évidence de ce miracle oui est si sensible, jointe aux parolesdeJésus<!hrist qu'on vient de rapporter, est une preuve convaincante que Jesus^hriH est Dieu, et que nous devons croire en lui, iraisque ce même honmie par qui Pieu fit édater sa puissance par des mi-
racles si frappants et en si grand nombre, se disait le fils de Dieu ; il parait même que ce miracle fut fait pour prouver celte vérité et démontrer en même temps celle de tous les autres miracles.
Le troisième est celui de la résurrection du Lazare, miracle si grand, si surprenant, si public, et qui consterna tellement les ennemis de Jésus-Christ qu*ils conjurèrent de le faire mourir. Or dans le récit de ce niiraclc, on lit ces paroles : Marthe dit à Jésus-Christ : « Je sais bien que mon frère ;ressuscitcra dans la résurrection générale au dernier jour. Jésus lui répartit : Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi, quand il sera mort, vivra, et quiconque vît et croit en moi ne mourra jamais : croyez -vous cela? Elle lui répondit : Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le fils du Dieu vivant qui êtes venu dans ce monde ( Jean. 11, 24, etc). »
On ne peut cortainement trouver une manière de s'expliquer plus forte ni plus précise* Jésus-Christ est, dit-il, la résurrection et la vie ; il exige de Marthe qu'elle le croie sans hésiter, et qu'elle le confesse le fils du Dieu vivant; et il l'assure que son frère ressusci^ tera non seulement au dernier jour, mais dans quelques moments. Ainsi JesusrChrist ayant ressuscité Lazare après avoir parlé de la sorte, il est sensible que ses paroles sont la vérité même, et qu'il est le fils du Dieu vivant.
^ V Par l'accomplissement de ses' prédictions. Jésus-Christ a prédit que toutes les nations se convertiraient, et qu'il viendrai! de rOrient et de l'Occident un grand nombre de gçfis qui auraient un jour leur place dans le royaume du ciel avec Abraham Isaac et Jacob {Math., 8, v. 11). Il parlait ainsi lorsque l'idolâtrie régnait dans toute la terre, et néanmoins l'effet a vérifié sa parole.
Jésus-Christ a prédit à l'égard des Juifs qui étaient alors le peuple de Dieu , et qui méprisaient twis les autres peuples , comme étant les seuls à qui Dieu se fût fait connaître, que les premiers, c'est-à-dire les Juifs, deviendraient les derniers; et que les derniers, qui étaient les Gentils , deviendraient les premiers {Math., SO, v. 16). MoiVse avail aussi prédit ces deux grandes vérités en la personne de Dieu qui parlait aux Juifs comme S. Paul le témoigne dans son Épttre aux Ro«> mains {Mam., iO, 19, Deut:, 32, 21) ; et Févénement a fait voir que Jésus-Christ a prévu ^ comme Dieu, ce au'il avait révélé à MeVse commeàson propliète.
Jésus-Christ a prédit, en parlant de la mort ignominieuse qu'il devait souffrir, fue si on relevait sur la croix^ U attirerait tout à lui (/«on, 73, S^) : ce qui ne signifie pas seulement qu'il ferait adorer sa croix dans toute la terre, mais encore qu'il rendrait les hommes amis de sa croix et imitaleurs de sa patience et de son humilité; et il a vérifié^ cette parole non seulement par une infinité ' de martyrs, mais encore par un très-grand nombre d'anachorètes et de saints.
CAlfiCRISME
Jésus-Christ a prédît qnc racllon parlicullèrc de Marie, sœur de Lazare, qui avail répandu sur sa télé un parfum précieux, serait publiée un jour, et qu'elle la rendrait célèbre dans toute la terre (Math., 65, 13) : et louW l'Eglise a vu de ses yeux raccomplisseracnt de celtp parole. '
Jésus^hrist a préiMt à la Tille de Jérusalem qu'il yiendrait un temps où ses ennemis l'environaeraient de tranchées ; qu'ils l'enfermeraient et la serreraient 4e tous côtés ; et enfin qu'ils la raseraient et la détruiraient entièrement; et nous voyons qu'environ trente-sept ans après, cette malheureuse ville fut prise et détruite en la même manière que Jésus-Christ l'avait dit. G*est ce que l'on peut voir dans Josèphe qui était présent au siège, et qui étant juif et non chrétien, a été choisi de Dieu pour être un témoin irréprochable de la vérité de cette prophétie du Sauveur. Aussi nous voyons dans l'histoire que les Juifs de ce temps-là, qui avaient embrassé la foi et qui se trouvèrent dans Jérusalem lorsqu'elle allait être assiégée, en sortirent promptement et se retirèrent ailleurs, ne doutant nullement que cette ville n'allât périr malheureusement en la même manière que Jésus-Christ l'avait prédit.
D. Que doit-on penser de Vohjeciion f u« font les ennemis de (a divinité de Jesus-Chrut, quand ils disent que les ignominies de sa passion donnent des idées totalement opposées à celles que nous avons di'un Dieu ? Comment concevoir . disent-ils , qu'un homme^ieu se laisse saisir, qu'il soit attaché à une croix, sans que personne le délivre de la puissance de SCS ennemis; queja veille de sa mort il soit saisi d'une tristesse profonde et d'une telle horreur de la mort, qu'il sorte de son corps une sueur de sang telle que Jésus-Christ l'éprouva dans le jardin des Olives : que sur la croix il se plaigne à son pire de l'avoir abandonné? Ne sont'Ce pas là des marques qu'il était un pur homme comme nous?
R. Après tout ce qu'on vient d'observer touchant Jésns-Christ pour établir sa divinité, une pareille objection ne saurait faire impression sur tout esprit raisonnable; car on doit dire 1* que la passion de Jésus-Christ ayant été prédite, tout cela devait arriver; et que ainsi Jésus-Christ , en tant que homme et ayant pris un corps pour souffrir, pouvait donner quelques plaintes aux douleurs de la nature. 3" Qu'étant chargé des péchés des hommes, il se présenta à Dieu comme à un juge irrité; et que le langage qu'il tint à son Père est plutôt un langage d'amour que de désespoir. Mais si on fait une sérieuse attention sur toutes les circonstances qui accompagnèrent la passion et la mort de Jésus- Christ, bien loin de nous scandaliser à la vue de sa croix et de l'état déplorable où il voulut bien être réduit, et d'être ébranlés sur la foi que nous avons de sa divinité, nous verrons que jamais le Sauveur ne parut plus grand que le jour de son supplice. Il meurt, mais il a pr6dit sa mort, il a résoln et souhaité de mourir. U témoigne une faiblesse humaine eu jardin des Oliviers, mais tandis
qu'elle nous apprend que Jésns-Chrisl est homme comme nous, le ciel s'ouvre ; un ange descend de la part du Très-Haut, et le fortifle contre les combats de la nature. U est livré par un de ses disciples, mais la trahison lui est glorieuse ; elle suppose dans ses ennemis une crainte politique, et cette crainte nous montre le crédit que sa doctrine et ses prodiges lui avaient donné parmi le peuple. Il est pris et lié, et aussitôt* le.traltre qui l'a livré, convaincu de son innocence, se repent et s'abandonne au désespoir. Il est pendant la nuit le jouet d'une troupe insolente ; mais en même temps, la femme de P?l4te est i son occasion troublée par de (biuestes soufres. Pilate le condamne ; mais le ffouvemeor, io» juste et équitable tout à la rois, se lave les mains et déclare qu'il est innocent dn sang de ce juste. Jésus-Christ est élevé en croix ; mais en même temps que son ame parait grande au milieu de ses souffrances I «quelle
{latience I quelle fermeté 1 quel héroYsme I 1 prie son Père pour ses ennemis; il le conjure de pardonner à ses bourreaux. S'il refuse d'accepter le d^fi des Juifs et de descendre delà croixoù il est attaché, c'est qn'alors il leur apprend que c'est un crime de tenter le Seigneur et de lui demander des prodiges; c'ftt qu'il exerce sur ces cœurs endurcis un jugement de colère et de réprobation ; qu'il les traite en criminels et indignes de toute miséricorde. Son innocence était trop manifeste ; ses prodiges avaient été trop éclatants ; et il avait signalé avec trop d'évidence en sa personne les sacrés caractères du Messie, pour que ce peuple insensé ne méritât pas d'être enfin abandonné à son endurcissement. Enfin il expire sur la croix ; mais le centenier qui préside à son supplice, et qui voit les prodiges qui accompagnent sa mort, s'écrie qu'il est véritablement le fils de Dieu. Et quels sont ces prodiges? La machine du monde est ébranlée, la terre tremble, le soleil s'obscurcit, une nuit soudaine éteint la lumière du jour, les sépulcres s'ouvrent, les spectres apparaissent, le voile du temple est déchiré. Ah 1 que tontes ces merveilles sont dignes du Messie qui vient de donner sa vie pour les hommes. Bien loin donc que notre roi doive être ébranlée à l'aspect de la croix de Jésus-Christ, les glorieuses circonstances qui ont accompagné son supplice, doivent nous convaincre, comme le centenier, qu'il était vraiment le fils de Dieu.
Bien plus, si Jésus-Christ mourait pour * demeurer sous l'empire de la mort, ce serait à la vérité une marque de faiblesse et de misère; mais dès qu'il meurt pour vaincre la mort en se relevant du tombeau, c'est là une marque de puissance surnaturelle et divine. Car, comme dit S. Augustin, si Jésus-Christ a eu le pouvoir de ressusciter après sa mort, combien lui aurait-il été plus aisé de ne point mourir : plus est mortem vincere resurgendo, quam vitare vivendo ( Aug. in Conf. 103). S'il a pu sortir vivant et immortel de son tom beau, combien lui aurait-il été plus aisé de descendiede sa croix, selon que les Juife l'en ont défié en lui insulUntT Enfin, cest
DE L*AGE MUR
dans ce scandale de la croix comme rappelle S. Paol, qu'on voit le chef-d^œuvre de la sa-
Pessc dîTine, puisqne on y voit les desseins de ennemi de notre salut trompés, et les desseins de Dieu réussir au préjudice des projets des hommes; la propilialion du péché se faire à l'occasion du pins eicécrable parricide qui fut jamais. On y voit Jésus-Christ mourant, vainqueur du monde par son opprobre, crucifiant la chair par la prédication de la croix, et suivi d'un nombre presque infini de martyrs qui veulent mourir [à son imitation et sceller de leur sang les vérités qu'il est tenu apprendre aux hommes.