‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 198 sur 235 · CHAPITRE XXJ. Àutre$ preuves de la vérùé de la religion chrétienne · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXJ. Àutre$ preuves de la vérùé de la religion chrétienne

D. Quelles sont les autres preuves de la vérité de la religion chrétienne?

R. 1' C*est le témoignage de la conscience de la plupart des hommes qui, lorsqu'ils rsamincnt l'esprit de celte religion, reconnaissent qu'elle a des ressources pour nous rassurer dans nos craintes « nous consoler

dans nos afflictions , nous tenir humbles au milieu de Tabondance, nous soutenir dans la pauvreté , nous sanctifier en nous délivrant de nos péchés , et qu'ainsi elle seule peut remplir nos véritables besoins.

2* Son excellence au-dessus des autres religions , en ce qu'elle n*a aucun des défauts qui accompagnent les autres religions. Celles* d conduisent les hommes de l'esprit aux sens , au lieu que la religioa chrétienne les ramène des sens à l'esprit : elles nous font chercher le monde dans le service de laDivinilé, au lieu que la religioa chrétienne nous fait glorifier Dieu en renonçant au monde : elles tendent à détruire les principes de droiture que Dieu a mis danS i'ame de tous les hommes, et à flatter* leur corruption; la religion chrétienne tend à détruire cette corruption , et à rétablir les principes de droiture dans nos âmes.

3* Son esprit et sa doctrine : elle désabuse les homm3S , en détruisant les fausses idées qu'ils avaient de la Divinité ; elle seule fait connaître la nature du vrai Dieu , elle nous le fait voir, en nous montrant qu*il est invisible ; et elle le dérobe i nos sens pour le faire paratlre à l'esprit. La religion chrétienne nous apprend que l'homme doit servir Di;*u, que c'est li sa fin. L'homme est un mortel, il est vrai , mais qui place ses espérances au-delà de la mort; il a des alliances avec Dieu , que la ruine du corps ne peut rompre : par ce corps, il fait partie du monde matériel, c'est là le principe de sa bassesse; mais par son esprit, il porte l'image de Dieu, et c*est le fondement de sa grandeur ; il a une raison qui l'élève au-dessus des autres animaux ; mais cette raison même devient l'esclave de ses sens : or la véritable religion lui apprend qu*il est venu de Dieu, et au 'il doit se rapporter lui-même à la gloire de Dieu , à la quelle toutes les autres choses sont adressées sans le savoir ; qu'il doit sacrifier à Dieu des passions auxquelles on a de tout temps sacrifié toutes choses, et regarder comme un songe tout ce que le monde admire et qui n'a uu'un temps ; que le siècle a beau élever un homme par les honneurs les plus distingués, cet homme ne doit pass*en croire plus grand. En effet l'amour-propre rapporte tout à soi et nous met en la place de Dieu, auquel toutes choses doivent tendre; mais la religion chrétienne , en prescrivant aux hommes d'aimer Dieu par-dessus toutes choses , corrige ce désordre. Car comme la

S référence que nous faisons de nous-mêmes Dieu fait l'esprit de tous les vices , la préférence que nous faisons de Dieu à noasinêmes est l'ame de toutes les vertus. £n un mot , la religion chrétienne Ole le masque à tous les vices , elle nous soutient dans le SL'ntiment de nos misères par rcspérance d'une autre vie qui nous en doit délivrer entièrement : elle enferme les liens admirables qui unissent Thomme avec Dieu , et Dieu avec rhommc. Les païens avaient cm honorer leurs dieux par des sacrifices de b6les; mais la religion seule apprend aux honrimes à glorifier Dieu par le sacrifice d euxHmémes,

DE L*AGE MUR

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Elle réconcilie rhomme avec lui-même en le réconciliant avec Dieu , el elle lui rend la rue de lui*méme snpportobla C*est cette religion qui nous apprend que

Sresque tout ce qui nous afflige est salutaire notre ame , parce qu'il sert d*exptation à nos péchés , et que tout ce qui nous cause du plaisir a toujours quelque danger , parce

3n*il nous attache souvent aux créatures auelA des bornes j et nous détourne de Dieu. Elle nous fait comprendre que nous sommes exilés et pécheurs, et que sans les afflictions qui nous arrivent , nous oublierions facilement notre patrie et la pénitence qui en est le chemin. En un *lnoty elle nous fait sentir qull n*7 a que ce qui est éternel qui mérite nos inquiétudes, que la mort fait évanouir la dfstinclion du riche et du pauvre, d'un homme de naissance et d'un homme obscur, et que c'est à la mort que la distinction du juste et de Tinjoste devient manifeste.

D. Ne pourrait'On pas dire que la morale de la religion ehré tienne est une idée de perfection admirable à la vérité , mais trop élevée au-dessya des forces de Vhomme , et par conséquent impraticable?

R. 11 est vrai que tel est le langage des incrédules et des libertins à qui les passions dont ils sont dominés suggèrent ce prétexte ; mais Texemple des gens de bien qui vivent dans Tobservance de cette même morale, celui de tant de saints qui nous ont précé- - dés , sont un témoignage qui détruit absolument ce raisonnement. Et pour en être convaincu , il suffira de retracer ici en peu de mots le taMeau que les auteurs ecclésiastiques nous ont laissé de la primitive Eglise , et on v apprendra que l'excellence de la vertu des premiers chrétiens surpassait tout ce que l'imagination des philosophes s*était pu figurer de plus parfait» et (|ue la morale de la religion était mise en pratique avec tout le zèle possible. Tout se faisait chez eux , disent ces écrivains sacrés , dans l'union d*un même esprit. On y persévérait en prières , les riches vendaient ce qu'ils possédaient et en distribuaient Tardent à tous Selon leurs besoins ; ils méprisaient les richesses , c'é^ tait une société d'amis et de frères. L'opulent était sans faste » le pauvre ne rougissait point de son état, ils étaient tous pleins d'amour et de charité les uns pour les autres. Les vierges gardaient la pureté dans un rang éminent , les femmes la chasteté conjugale ; les maîtres commandaient avec douceur, les serviteurs s'acquittaient de leur devoir par amour. On obéissait aux puissances» on honorait ses parents, on aimait ses amis sans intérêt, on pardonnait à ses ennemis, on avait de l'affection pour les citoyens , de rhospitalité pour les étrangers, de la miséricorde pour les pauvres, de Thumilité pour tout le monde. On admirait cette constance arec laquelle ils enduraient les tourments les plus cruels , on les voyait courir à la mort . aTcc une joie digne de ceux qui , par la mort» entrent en possession d'un royaume éternel. On voulait savoir d'où venait une si grande générosité» et on apprenait ce que c*était

que le christianisme; on l'aimait, on l'admirait , on Tembrassait. Leur seule présence bannissait le crime ; leur piété les rendait incapables de former le dessein d'aucune sédition , ils savaient souffrir et non se révolter; il ne s'en trouva aucun mêlé dans Ici guerres civiles du temps de l'empereur Sévère. Les chrétiens n*élaient ni surpris ni fâchés de souffrir, puisqu'ils n*cntraicnl dans le christianisme qu*à condition de donner leur vie pour acquérir Téternilé; mais ils présentaient des apologies de leur conduilc,

Earce qu'ils craignaient la vengeance de |ieu sur leurs ennemis, et parce qu'ils les aimaient comme leurs amis. Ts avaient en horreur tous les spectacles , tant ceux du théâtre pour les tragédies et les comédies

3ue ceux de l'amphithéâtre pour les combats es gladiateurs. Us regardaient le théâtre comme un lieu qui appartenait au démon; ils avaient horreur de tous les crimes , el ils auraient plutôt renoncé à la vie que de la racheter par un mensonge. Saint Augustin fait réloge de Tévêque Firmin» qui avait caché un homme que l'empereur cherchait : quand on l'interrogea , il dit qu*il ne pouvait ni mentir ni le trahir ; on lui fit souffrir divers tourments sans pouvoir tirer de lui autre réponse.

En un mot, on peut dire que depuis Jésus- Christ et l'établissement de son église» on vit «rendre à la terre une forme toute nouvelle, éserte jusqu'alors et dépeuplée de saints, elle devint' un sanctuaire rempli d'une foule de martvrs , de vierges et de justes parfaits ; il s'en forma dans tous les coins du monde,

f>armi les nations les plus reculées , parmi es peuples les plus barbares. Ces contrées abandonnées autrefois et si stériles, sitôt

Ïu'elles furent arrosées du sang de Jésushrist» on les vit refleurir et pousser un germe de vérité et de justice. L*£g1ise prcsqu'cn un instant se ailata sans mesure, et une aflluence de peuple accourut de toutes parts pour se soumettre au règne de Jésus- Christ,

Les païens eux -mêmes ont rendu témoignage & la vertu des premiers chrétiens. Ce que les chrétiens font eu commun, dit Lucien, se fait avec un zèle incroyable, parce qu'ils n'épargnent rien, méprisant les richesses et la mort même dans l'espérance de devenir immortels. Us suivent lès lois de leur premier législateur, et une de ces lois est de se croire tous frères, de sorte qu'ils regardent leurs biens comme leur étant communs à tous (Luc. de vit, Pereg.).

Nous avons parlé ci-dessus de la pureté des vierges chrétiennes, et nous croyons devoir ajouter à cela la réflexion suivante.

Le démon avait chez les païens une espèce d*ordre de vierges connues sous le nom de vestales ; mais à quoi se réduisait cet ordre V Les vestales n'ont iamais passé le nombre do six ou sept : elles s obligeaient à une virginité de trente ans ; ce terme expiré il leur était libre de se marier. Pour adoucir l'austérité de leur condition elles vivaient dans le luxe et dans la mollesse; on entrait librement

rTicz elles ; les hommes le jour, les femmes le Jour et la nuit ; elles avaient aux spectacle^ une place distinguée. Quelles vlorçesl ri ne faut donc pas s*étonner si les historiens nous apprennent qu*ii arrivait assez souvent (|ue maigre ce petit nombre il y en avait qui tombaient dans le crime. On voit dans ces auteurs qne la preuve de leurs désordres n*était que trop certaine et trop publique» puisqu'on les punissait de mort pour satisfaire à la loi , d'où Ton doit inférer que les vierges païennes étaient plus occupées à paraître chastes qu'à l'être en effet. Quel contraste entre les païens et les chrétiens au sujet de celte vertu I Le christianisme a formé des peuples de vierges plebem pudoris, La seule ville d*Oxirinque renfermait vin^t mille vierges : on voyait dans leur conduite une glorieuse expression de la rie future, une candeur aimable. On y entendait jour et nuit, dit M. de Fleury, chanter les louanges de Dieu {Liv. 20, 9).

Le relâchement des chrétiens de nos jours n'affaiblit point la vérité de la reliaion et de sa morale, puisqu*on vient de faire voir qu'elle a été pratiquée par les premiers chrétiens et par les saints de tous les siècles; il Ïrouve au contraire la vérité des paroles de ésus-Christ, que la porte du ciel est étroite» qu'il faut se faire violence pour y entrer ; que le royaume des cieux n'est que pour ceux qui font des efforts sur eux-mêmes ; que le nombre de ceux qui y sont appelés est grand» et q[ue celui des élus est petit. Mais cette religion nous enseigne en même temps que Dieu nou^ accorde la grâce de pratiquer la vertu autant qu'il nous est possible, lorsque nous y faisons tous nos efforts et que nous lui demandons sincèrement son secours. Or la pratique de la religion chrétienne produit mille effets avantageux : en vain les libertins combattent la possibilité de ses préceptes ; les pères en souhaitent Tobservation à leurs enfants, les maris à leurs femmes, les femmes à leurs maris, les maîtres A leurs serviteurs , les princes à leurs sujets. Nous trouvons dans cette morale une idée de perfection lorsqu'il s'agit de renoncer A nos mauvais penchants; mais nous la trouvons juste et sensée lorsqu'il s'agit de réprimer les défauts des autres. Elle contraint le cœur» il est vrai , et elle mortifie les sens ; mais qu'on pense aussi qu'elle promet une récompense

Sloricuse et éternelle (1). Bien plus, la graneur de la promesse est soutenue par des menaces effroyables , et ces deux objets ne

}>euvent que nous engager à la pratiquer, ^a raison elle-même nous dit que Dieu ne peut moins faire que d'éloigner de lui ceux qui ont persévéré dans le dessein de l'oOenser par leurs crimes, et que cet éloignement doit être accompagné d'une souveraine misère qui est la mort éternelle. La conscience nous fait entendre la même chose par^ ses remords ; les promesses de Dieu nous renseignent, ridée que nous avons de sa justice

(1) Ouf weeril, dabo ei iedcre meeum îu throno meo.

nous y conduit ; sa loi nous l'apprend ri l'Evangile de Jésus-Christ nous le confirme encore plus expressémrat. CHAPITRE XXII. De la différence de la

refiqion de Jésus^hrist datée ceUt di

Mahomet.

D. Ne pourrait^on pas objeeter à ce mi« vous venez de dire , ûu*on peut atiribm à Mahomet la plupart de$ choses qui eoneien. nent à Jétus-Christ. et qu'ainei fhoblistmm du christianisme n'est pas une preute de la vérité de la religion chrétienne, puisqui Mahomet a établi une religion aussi étendue que la sienne et oà l'on fait profession de n'adorer qu'un Dieu?

R. 11 est aisé de faire sentir toute Tabsordite de cette objection et par conséquent toute l'impiété de ce parallèle ; car parmi les

trouves que nous avons données pour èûlir que Jésus-Christ est le Messie promis, il n'y en a aucune qui ne mette une dilKrcnce sensible entre Jésa»£hrist et Mahomet, et qui ne fasse Toir que Jésus-Christ est le Messie et que Mahomet ne l'est pas.

1' La religion de Mahomet n est pas appuyée sur des signes éclatants et divins, comme on a fait voir que l'étaii celle de 3isus-Christ. Il est vrai quo comme Mahomet voulait être l'inventeur d'une religion nonvcUe il voulut contrefaire le prophète, et comme il tombait souvent du haut mal, il persuada premièrement à aa femme el par elle A beaucoup d'autres que ces accès d*épilepsie étaient des extases qai lui sunrenaWnt des communications extraordinaires qu'il avait avec Tange Gabriel. Peton. reA. Umf. part. 1 . /. 7.

S* Aucune prophétie n'a annoncé le destructeur du christianisme, dont au conir^iire le fondateur et le chef a été clairement prédit.

3' Mahomet s'est fait craindre par la terreur des armes; Jésus-Christ 8*est fait suivre par la pureté de sa morale el n*a fondé sa religion que sur l'humilité et la souflraoce.

4 Les soldats de Mahomet oui èvè sn apAtreSv et les apétres de Jësns-Ghrîst oot été des martyrs.

5* Un empire temporel t nn joag tyranoique, un pouvoir despotique et cmâ , sont les fruits de la doctrine du faux prophète; la disciples du Sauveur n'ont prêché quelemé-

f^ris du monde, la fuite de ses çrandeun, 'amour des abaissements» la chanté* la paix» la soumission aux puissances légitimes.

G* Il n'y a rien de plus important dans aoe religion , que la fin et la récompense à liquelle doivent tendre ceux qui la suÀ^e&l* or on peut dire que la béatitude qoe VLA^ met a promise i ses sectateurs est une b^ titude infâme, dont la seule pensée blessa Timagination de toutes les personnes cbastest et quelle n'est propre qu'à f^agner des boi&mes brutaux. En un mot la nature corros^ pue a tout fait dans le succès 4c l'alcorWi tout y est flatteur, tout y est charnel et I»' main : l'Evangile au contraire « combat H préjugés de la chair et du san^ ; il nous arr» che à nous-mêmes ; c'est en attaquant Thoi»

Dfi L'AGE mm.

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me dans ce qaUl a de plus cher qa'il Taltire A lui. Le règne du chrélien« comme celui de Jésos^Chrisi, n'est point de ce monde; ce n'est

Iioint ici-bas qu'il couronne ses défenseurs ; 1 ne leur promet en cette yie que des croix et des tribulations ; sa morale est austère et d'une observation difGcile, et néanmoins on Tembrasse.

?* Une ignorance grossière^ un silence politique, prescrit par le législateur même , ensevelissent dans des ténèbres épaisses l'absurdité des dogmes de Mahomet, et plongent dans une nuit obscure ses disciples aveugles ; sa doctrine insensée n'a que ses sectateurs, qui, de peur de' voir la vérité, ne veulent rien voir et ne rien entendre. Jésus*Chrisl, au contraire, expose sa mission, ses dogmes, sa morale , à l'examen de toute la terre, et toute la terre a confessé qu'il était l'envoyé do Très-Haut , et que sa religion était la seule véritable.

8^ L'établissement prompt et rapide de la religion des Musulmans nous montre avec édat le triomphe de la cupidité , de la violence, de la politique, du déguisement , de rignorance et de tous les vices; faut-il s'étonner que le cœur humain lui ait été favorable, et que la nature corrompue n'ait fait aucun effort pour lui résister ? Mais le chris* lianisme ne doit sa naissance qu'à la vertu , à la droiture, à la simplicité, à rhumilité , à la patience, au désintéressement, au courage, à la charité. Quelle différence de ces deux religions I Les succès de Mahomet peuveutils infirmer la preuve tirée des succès de Jésus-Christ? Que ce parallèle, au contraire» est glorieux pour lui I

Enfin, pour rassembler en peu de mots les caractères de celui qui est le prophète envoyé de Dieu, et ceux du prophète visiblement imposteur, c'est que Jesus*Christ a établi sa mission par uue infinité de miracles si certains que ses ennemis mêmes en sont demeures d'accord. Mahomet, au contraire, n'a point fait de miracles , et ses disciples n'ont osé lui en attribuer aucun.

Jésus-Christ est mort et il est ressuscité, et sa résurrection a été attestée par des témoins irréprochables qui ont signé leur témoignage de leur sang. Mahomet est mort sans ressusciter, et l'on n'a pas même eu la hardiesse d'inventer qu'il soit ressuscité.

Jésus-<!hrist a annoncé aux hommes de grandes merveilles , mais ils les a prouvées par ses miracles, par ses prophéties, et par sa résurreclion. Mahomet a conté des fables impertinentes , et il ne les a établies ni sur des prophéties, ni sur des miracles, ni sur sa résurrection. 11 n'v a pomt d'imposteur habile qui ne puisse faire ce qu'a fait Mahomet ; mais il n'y a aucun homme, ni aucune intelligence créée qui puisse faire ce que Jésus- Cnrist a fait. D'où il faut conclure, qu'il n'y a rien de si raisonnable que do croire que Jésus-Christ est le prophète envové du ciel, et que sa religion est la sculo véritable ; et qu^au contraire, il n'y a rien de pins déraisonnable que de supposer un seul moment , que Mahomet soit le vrai prophète, et que si

religion puisse être la véritable religion. D. Quel sens doit-on donner à ce principe qu^allêguent certaines gens parmi les chré^ tiens, savoir, que la foi est un don de Dieu , par où on veut faire entendre que les inerédules ne sont pas dans leur tort s'ils ne croient pas?

R. Ce principe est vrai en général , mais il ne faut pas lui donner une telle étendue, qu'on puisse en conclure qu'il est permis de ne rien croire , et d'attendre le don de la foi dans une pleine tranquillité, sans vouloir se donner aucun soin pour éclaircir ses doutes et s'assurer de la vériLé : car enfin, quoiqu'il soit vrai que la foi soit un don de Dieu, il n'est pas moins vrai qu'elle nous est donner à certains signes et à certaines marques qui nous la désignent. En effet, si Dieu n'avait pas attaché des signes évidents de vérité à li religion véritable, et dans laquelle il veut être honoré, chacun pourrait rester dans lit reliffion où il est, parce qu'il croit qu'elle est la véritable, et il ne serait pas coupable d'y rester quelque mauvaise qu'elle fût. On suppose d'ailleurs parler ici à des personnes qui ont quelque connaissance, et qui sont capables de quelque discernement. Cela posé , il est sensible que personne ne refuserait de se soumettre à la parole de Dieu, s'il était certain que celle qu'on lui annonce fût effectivement la parole de Dieu (1). Or dès qu'on a établi, comme on vient de le voir par toutes les preuves qu'on a données dans cet ouvrage, que la révélation est la parole de Dieu même , il s'ensuit qu'on ne peut refuser do s'y soumettre. Ainsi c'est abuser de ce principe, savoir, çue la foi est un don de Dieu , que de vouloir l'appliquer dans cette occasion, c'est-à-dire de s'en faire une espèce de rempart pour refuser de connaître et de se convaincre de la vérité.

l** Il est certain que Dieu n'a pas donne à l'homme la raison pour lui rendre un si grand présent non seulement vain, mais encore nuisible, en ne lui proposant que des objets de foi, contre lesquels sa raison fût dans une révolte continuelle; inais il a lié les vérités inconcevables aux hommes î d'autres vérités qu'ils connaissent, dont ils peuvent s'instruire par les voies les plus connues : vérités aisées à connaitre par les faits, sur quoi il n'y a pas à disputer. Or la religion chrétienne est attachée à des faits dont la vérité ne peut être contestée de bonne fui.

2* Les miracles de Moïse, de Jésus-Christ, des apétres, des martyrs, et de toute l'Cglise, durant plusieurs siècles, sont clairs, convainquants , indubitables , et il faut vouloir combattre le sens commun pour y résister ; c'est ce qui a porté les païens, pendant trois cents ans, à les attribuer à la magie, ne pouvant en nier Tévidence; mais lorsque ces mi« racles sont autorises par des prophéties très-certaines et très-claircment véritiécs, il faut que l'opiniâtreté la plus inseusée de* meure muette.

(i) Dem hcutus atpntribus in propbetls, UcL>. !•

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Jésus-Christ a demandé la foi aux hommes, dit S. Augustin ; mais arant que de la demander il Ta méritée; car ayant fait tant de miracles, et des miracles teb^ comme il dit lui-même, que jamais homme n*en avait fini de semblables (t), il faudrait être prévenu d'une opiniâtreté inexcusable pour ne le pas croire : Christns miraculis conciliavU auctO' ritatem auctoritate imperavit fidem (2). 11 a si 4'xactement rempli toutes les merreilles oue les prophètes ont prédites du Messie qu on ne saurait dire lequel des deux est le plus extravagant, ou de douter que le Messie ait été promis, selon l'opinion des athées, ou de croire qu*il soit encore à venir, selon l'opinion des Juifs (3).

3^ Rien n'est plus contraire à la raison que de prétendre délruire une autorité divine établie sur des preuves si convaincantes, en ne lui opposant que de vaines conjectures de l'esprit humain. Les hommes mêmes du monde ne raisonnent pas de cette sorte, et ils croient nue dans les choses de fait, ce serait élre déraisonnable que de ne se rendre as à lautorité quand elle est bien établie. 1 y <i » P^i* exemple , des distinctions trèsconsidérables entre les familles ; il y en a de grandes et d'illustres dont l'antiquité est prouvée par des titres non suspects et par le lémoignagcdes histoires que Ton croit fort assurées. Que Von dise à quelque personne de qualité que Ton ne croit pas que sa maison soit plus illustre que celle des autres, et qu'il ne saurait produire aucune preuve qui convainque ceux qui en voudraient douter; cette personne s'offensera avec raison de ces objections frivoles , et elle répondra qu'on n'oppose point des raisonnements en l'air à l'autorité des faits, à des titres et des histoires dont l'autorité n'est point combattue. Ce raisonnement est si certain que si un homme voulait s'opposer opiniAtrement à ce qui est ainsi établi par une autorité Indubitable, il s'ensuivrait la chose du monde la plus absurde ; savoir, que l'on pourra dire avec raison dans deux cents ans que tons ceux qui vivent aujourd'hui n'ont point vécu, et que tous ceux qui écrivent n ont point écrit, et que tout ce qui se passe aujourd'hui de plus grand et de plus remarquable dans le monde n'est qu'une fable, puisque dans deux cents ans on ne saura rien de ce oui se fait aujourd'hui que ce qui se pourra lire dans les histoires.

Les incrédules eux-mêmes, ou nos prétendus esprits forts mépriseraient les premiers un homme qui débiterait de sang-froid qu'il n'y a jamais eu de César ou d'Alexandre , d'Homère ou de Virgile, et qui rejetterait tout ce que l'histoire nous apprend des premiers, de même que tous les écrits qu'on attribue aux derniers ; cependant ils se croient des hommes judicieux de traiter de fables, ou du moins de regarder comme fort incertains les faits qui concernent Moïse et Jésus-Christ.

(I) Jean cil. 48. v.SI.

(I) Ang. Cilé Uc Dieu, th. 3.

(S) Ktplic. de la Geii. Préface, lom. L

Mais on délie ces esprits présomptueax qui croient avoir plus de lumières que le reste des hommes de nous faire voir dans l'ant»-

Îuité quelques faits mieux prouvés que ceux e MoYse et de Jésus-Christ: ainsi, puisque il n'y en a point de mieux prouvés, on a droit de leur demander pourquoi ib croient les uns et qu'ils ne croient pas les antres ; cependant la chose n'est pas de peu d^importance et l'alternative est ici terrible, ou de croire les faits de l'histoire profane, ou de rejeter ceux qui servent de fondement à U religion véritable. Car il n'importe nullement à qui que ce soiC de savohr 8*il y a eu un homme appelé César et un autre appelé Alexandre, et s'ils ont fait telles ou telles actions; mais notre bonheur on notre malheur étant attaché à la connaissance des vérités contenues dans les saintes Ecritures, rien n'est plus important que de savoir si on y doit ajouter foi , parce qu'enfin si l'Ëvangilc est véritable, il s'ensuit

Îjue Jésns-Ghrist est venu au monde , qu'il a ait des miracles, qu'il est ressuscité, qu'il est par conséquent Dieu , et gne ce qu'à a dit est certain et doit être regaroé comme la parole de Dieu même.

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