‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 199 sur 235 · CHAPITRE XXm. Des objections des incré · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXm. Des objections des incré

d\Ues.

B. Quels sont les principes dont on doit être prémuni pour répondre aux objections qtte les ineréantes ont imaginées dans la vue d'ébranler la vérité de la religion et de scondaliser les faibles; comme lorsqu'ils eAuseni de certains passages des saintes Écritures dotu lesquels ils rencontrent qiêelques eontradie^ tions , ou lorsqu'ils attaquent les prophéties touchisnt le Messie, ou'il taxent d'obscurité et d'être susceptibles de plusieurs interprétsH tions, ou lorsqu'ils prétendent que les preuves de la religion chrétienne ne sont pas d'une évidence telle que nous voulons le faire entendre, parce qu'il y a des mystères qui révoltent la raison?

R. On doit se rappeler, 1* tout ce qui a été dit ci-dessus de la faiblesse de l'esprit humain, et considérer que le Créateur ne lui a pas donné des lumières infinies. Cela posé, c'est à nous à nous souvenir de notre condition. Rien ne serait plus déraisonnablo que de vouloir nier des ventés dont nous sommes convaincus d'ailleurs, parce que nous n'en comprenons pas la liaison. Nous les comprenons, ces vérités, parce que nous avons une certaine mesure oe raison , mais nous n'eu comprenons pas la liaison, parce que nous ne sommes pas Dieu et que notre raison est bornée.

â" S'il n'y avait rien d'incompréhensible que dans la religion, peut-être que les objections des incrédules auraient quoique apparence de fondement ; mais ce quil y a de plus connu dans la nature nous estincoaaii, passé certaines bornes, quoique nons rayoas comme sous nos ^eox et entre nos mains : an lieu que la religion a cet avantage, qoe ce oue nous n'en comprenons pas se trouve foncé sur la nature de Dieu et sur sa justice, dont il est certain que nous n'en saurions

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connattre qne ce quMl lui plaira de nous découvrir,

3** Il n'y a point de vérité mieux appuyéto dans le monde que celle de la religion chrétienne, et ceux qui sont assez malheureux Sour en douter, sont yisiblement coupables 'un ayeuglemcnt volontaire et ne sauraient se plaindre que d*cux-mémes. En effet, lorsqu'on rassemble et que l'on réunit sous les yeux cet amas de faits et de circonstances qui prouvent la vérité de la religion , il en résulte une certitude plus intime et plus forte pour le sentiment que celle qu on a des démonstrations spéculatives et abstraites , parce que les voies en sont plus proportionnées à l'esprit humain , et qu'il n'y a personne qui ne puisse en sentir la vérité ; mais Ï^our éprouver ce sentiment dont nous parons ici , il faut que les hommes fassent taire, pour ainsi dire , leurs passions : il faut que dans ce calme ils réfléchissent à loisir sur les grandes vérités qui servent de fondement à la religion chrétienne, comme Texislence de Dieu; c'est-à-dire d'un élre souverainement puissant et équitable; Vimmortaiilé de notre ame ; la nécessité qu'il y a d'admettre une religion qui proscrive i l'homme ses devoirs, et de reconnaître un temps à venir, ou la vertu sera récompensée et le crime puni ; autrement ils ne trouveront jamais de lumière sur le sujet de la religion, la dureté de leur cœur résistera toujours aux preuves de sentiment, et les nuages de l'esprit humain empêcheront celles du raisonnement de se faire comprendre avec une entière conviction. Il y a des gens qui osent attaquer la Religion et dont on peut dire qu'ils n'ont jamnts fait le moindre retour sur eux-mêmes pour penser à ces grandes vérités, dont nous venons de parler.

h' On peut répondre aux incrédules que Dieu n'a pas voulu cju'on arrivât à le connaître comme on arrive aux vérités de géométrie, où le cœur n'a point de part. C'est ce qu'il est aisé de faire sentir : il a voulu au contraire que les bons eussent quelque avantage sur les méchants dans cette recherche. La conduite qu'il a tenue dans la manière dont il a fait parler les prophètes , prouve que ce n'est pas une simple conjecture, mais unlb vérité. Et en effet la religion ne marque ni une exclusion totale, ni une présence manifeste de la Divinité, mais la présence d'un Dieu <}ui se cache ; tout porte ce caractère. Que disent , par exemple , les prophètes de Jésus-Christ (/«at. tô. 15)? Qu'il sera évidemment Dieu? Non * mais qu'il est un Dieu véritablement caché, qu*il sera méconnu ; qu'on ne pensera point à lui, qu'il sera une pierre d'achoppement à laquelle plusieoi's heurteront {haï. 8, ik ; Luc. 2, 34). Dieu ne se découvre donc pas en tout, et il ne se eàche pas non plus en tout , mais il est vrai tout ensemble qu'il se cache iceux^ui le tentent, et qu'il se découvre à ceux qui le cherchent de tout leur cœur.' Voilà pourquoi il a voulu mêler tellement les obscurités et les clartés dans les maintes Ecritures qu'il dépendit de la disposition du cœur des hjmir.cs do voir fat

' lumère, on de demeurer dans les ténèbres : ainsi tout tourne en bien pour les bons jus- ^u aux obscurités de l'Ecriture , car ils les ionorent à cause des clartés divines qu'ils y voient, et tout tourne en mal aux méchants jusqu'aux clartés, car ils les blasphèment à cause des obscurités qu'ils n'entendent pas. ^ C^s principes posés, on convient que la Religion chrétienne ne propose point aux hommes une foi exempte de toute sorte de difficultés, et que les preuves sur lesquelles elle éiablit plusieurs vérités qu'elle enseigne ne sont pas toujours d'une évidence à forcer l'incrédulité de toute sorte d^esprits ; car si on fait réflexion sur la manière dont Dieu a voulu parler aux hommes par les prophètes qui ont annoncé son Fils, on reconnaît qu'il n'a point voulu que les vérités de la foi leur fussent proposées fvec tant d'évidence qu'il n'y restât encore quelques nuages propres à aveugler les esprits superbes et à humilier sous des ténèbres salutaires ceux mêmes qui le cher* chent sincèrement. Etait-il difflcîle à Dieu, par exemple, de faire marquer si clairement par les prophètes ce rédempteur attendu par tout un peuple qu'il fût impossible - de le méconnaître? Ne pouvait-il pas faire écrire le jour, l'heure de sa naissance et toute la suite de ses actions en des termes si précis et si intelligibles qu'on ne pût pas s'y tromper? Cependant il n'a pas juge ce genre d'évidence conforme aux desseins dé sa sagesse. Ainsi il a voulu que le règne de son Fils , tout intérieur et tout invisible, fût caché sous le voile de la promesse d'un -r^ne extérieur et visible; que les ennemis spirituels qu'il devait s'assujettir, fussent représentés par des ennemis temporels , et que les promesses des biens du ciel qu'il devait donner fussent couvertes sous celte des biens de la nature. 11 a voulu qu'une grande partie de ces prophéties pussent recevoir un double sens et s'appliquer littéralement en plusieurs points à David, ou à Salomon, ou a quelque autre personne différente du Messie; quoique la prophétie dans son entier ne puisse éire accom- ÎAie qu'en lui seul. De même il a permis que e mystère de la Trinité, le dogme de l'immortalité de l'ame, la béatitude du ciel, fussent comme ensevelies dans les livres de r A ncien-Tes tament.

2** n n'est pas moins certain encore que Jésus-Christ avait présentes tontes les hérésies qui devaient s'élever dans son Eglise; qu'il aurait pu les étouffer par av<ince par des décisions formelles , qu^ainsi il aurait pu faire connaître sa divinité en des termes si clairs et si précis qu*il fût impossible de les éluder, et se faire voir après sa résurrection, non seulement à un certain nombre de témoins comme il fll , Non omni populo , $ed testibuM prœordinatis a Deo , mats à tout le peuple juif {Act, 10. ki).

Les apôtres auraient pu de même recueil lirde ses paroles et de ses actions de quoi remplir une inCnité de livres, comme saint Jean nous en assure , et les évaiigélistet, éviter avec soin la moindre ombre de contrariété dans le récit de la vie du Sauveur. TOut

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cala éUtt très-belle ADien, malt il ne Tapas voala parce que la profondeur de ses dcs- •eins est inGniment éloignée de la faiblesse de nos pensées : il eûl peut-être agi de la sorte s*il n*eût voulu exercer que sa bonlé envers ses élus , mais il a voulu en même temps exercer la foi de tous les hommes , et par conséquent sa justice envers les esprits orgueilleux. Ainsi on peut dire que certaines obscurités qui se rencontrent dans les prophéties, et les ténèbres (]ui couvrent les mystères sont autant dans Tordre de Dieu que les lumières qui les découvrent. Ce sont des marques qui nous font connaître que Dieu a voulu se couvrir aux uns et se dévoiler aux antres, c'est-à-dire récompenser la foi des' humbles en les éclairant de sa lumière , et exercer sa justice envers les superbes en les laissant dans leurs ténèbres, et en permettant que la corruption de leur cœur les fit égarer dans leurs raisonnements (1).

Cette nuée qui sépara les enfants d'Israël des Egyptiens qui les poursuivaient n'aurait pas été propre pour la Gn à laquelle Dieu la destinait si elle eût été toute lumineuse; il fallait qu'elle fût aussi ténébreuse pour obscurcir le camp des Egyptiens au même temps qu'elle éclairait celui des Israélites. De même les vérités de la foi « dont elle était la flgure, ne seraient pas assez proportionnées aux conseils de Dieu sur les hommes et à l'état où il veut qu'ils soient dans cette vie, si l'on y voyait une lumière toute pure et sans mélange d'obscurité.

En envisageant dans cet esprit les difficultés qui se rencontrent dans les prophéties et dans les autres points de la reliffion, bien loin de s'étonner ae ces nuages et des difficultés incompréhensibles à l'esprit humain, on doit comprendre qu'ils sont nécessaires selon Tordre des desseins éternels de Dieu sur les hommes; car, par là, il est sensible que Dieu n'a pas voulu obliger les hommes à résoudre toutes les difficultés qu'on peut faire sur les vérités de la foi : cette voie étant impossible eu égard à la faiblesse de notre esprit ; mais il leur a accordé ce degré de connaissance nécessaire pour reconnaître ce qui doit passer pour difficulté, et ce qui doit passer pour lumière, et il leur a donné des preuves suffisantes de la vérité de cette même religlofi pour convaincre ceux qui cherchent sincèrement la vérité. On ne doit donc point s'inquiéter des objections des impies, ni s'arrêter à des difficultés qu'il n'est pas donné à tout le monde de résoudre ; il faut remonter plus haut et reconnaître ce double dessein que Dieu a eu d'exercer sa miséricorde envers les ons et sa justice envers les autres. Or de même qu'il était dans Tordre de sa providence que des hérésies s'élevassent , afin Î|ae son Eglise fût éprouvée et que la paille Ût emportée par ce vent de morC il ^ permis aussi que les prophéties du Messie et les autres vérités de la religion fussent couvertes îë quelque nuage dans TEcriture, et que les

(I) EvnmieruHl in cogUatioulbns snh et obscuratum €ii intipieni cor corum. Rom. 1 il.

hérétiques ou les Impies qui ne veulent pas se soumettre à Tautorilé de son Eglise y trouvassent des pièges, tandis que les vrais cbrA* tiens demeureraient convaincus de la certitude des vérités révélées (1).

Il est constant que la plupart des fidèles , après avoir mis en usage contre les libertins qui leur font des objections sur la religion , toutes les preuves que nous venons de don« ncr dans cet ouvrage de la vérité de cette même religion et de ses caractères divins , n'ont point de raisonnement plus propre à fermer la bouche aux hnpies que ce double dessein de Dieu sur les hommes, dont on vient de parler; car par là, on répond à tout, et c'est le seul moyen d'arrêter le débordement de la raison humaine qui veut tout savoir et tout connaître, qui se fait sans cesse des difficultés et qui se plait particulièrement à celles qui attaquent des vérités qui combattent nos passions.

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