‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 200 sur 235 · CHAPITRE XXIV. Autres preuves delà vérité de la religion clmiienne · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV. Autres preuves delà vérité de la religion clmiienne

D. Quel est encore un autre moyen de persuader aux hommes la vérité de la religion chrétienne sans qu'iisoit nécessaire pour eux d*examiner à fond cette matière , et de s*ins-

je veux dire, de ce grand nombre d'hommes célèbres par leurs ouvrages, tels que sont les pères de l'église et d'autres génies reconnus pour admirables, qui ont embrassé la foi chrétienne et qui Tout défendue. Car on soutient que cet exemple est pour les hommes ordinaires une autorité qui doit faire une vive impression sur les esprits raisonnables.

En effet il n'y a point d'homme , surtout de ceux dont le génie n'a rien de fort privilégié, qui, faisant attention à la soumission que tant d'hommes célèbres par leur esprit ont eue pour toutes les vérités de la religion chrétienne , ne sente tout le ridicule de Tincrédulité; car pourrait-il sans extravagance dire en lui-même : J'ai plus de profondeur d'esprit, une plus grande étendue de conaabsances, un plus beau génie pour développer tous les principes de la saine philosophie et plus de justesse pour en tirer les conclusions que ces hommes immortels, qui ont reconnu la vérité de la religion et qui Tout défendue, tels qu'un S. Augustin, un S. Basile, un S. Jé^ rûme, un Bossuet, un Pascal? etc. Pourraitil se flatter qu'on vit dans ses ouvrages, quand il y donnerait toute l'application imaginable, plus de force de raisonnement, plus de tour et de délicatesse , plus de grâces naturelles, plus de traits brillants, plus de richesse d*expression que dans ceux des hommes qu^on vient de citer? Que si cependant avec tous les avantages que donne un beau génie, pour démêler le uiux qull y aurait dans une reli* gion , ces grands hommes ont soumis leur esprit aux vérités de la foi et ont regardé

(1) Abrégé de la Pcrp de la Fu«. t. pire

DE L'ÂGE IIIR.

lOiS

rincrédulilé comme le chemin à la damnatfoa éternelle ; comment des hommes qui ont infiniment moins de talents, moins d^élude, moins de connaissances, moins de génie qne n*en avaient ces illustres apologistes de la religion, osenUils demander acs preuves plus fortes que n*en ont exigé ces derniers? et ont-ils Donne grâce de regarder comme faibles des autorités que les esprits les plus éclairés, les plus élevés et néanmoins si fidèles ont trouvées très-fortes et dont ils se sont contentés?

On sait bien que les incrédules obstinés, je venic dire les incrédules de cœur plutôt que de l'esprit, ne seront point frappés de ce rai' sonnemcnt , puisque ils ne se rendent pas même aux démonstrations ; mais que les esprits qui doutent encore fassent la réflexion que fait un homme qui savait si bien peindre id caractère de ses semblables.

Quelplaisir. dit-il (1), d'aimer et d'embrasser une religion que Von voit crue, soutenue et expliquée par de si beaux génies et par de si solides esprits» surtout lorsque l'on vient à connaître que pour l'étendue des connaissances, pour la profondeur et la pénétration, pour Vapplica-tion des principes^ pour la dignité du discours^ pour la beauté de fa morale et des sentiments, il n'y a rien, par exemple, aue fon puisse comparer à S. Augustin que Platon et Cicéron.

Dioclès» philosophe païen, voyant un jour Epicure entrer dans un temple, s^cria : Quelle fête l quel spectacle pour moi de voir Epicure reconnaître les dieux et leur rendre hommage I Tons ceux qui doutent encore de la religion et même ceux qui en sont convaincus , ne pourraient-ils pas dire, quoique dans un sens diETérent, à Tégard de la comparaison , quel spectacle 1 aucl exemple 1 quelle autorité pour nous de voir tant de grands hommes et reconnus pour tels dans tous les siècles, professer si hautemeutla religion chrétienne, en défendre la vérité, consacrer leurs talents el leur plume pour la soutenir, et vivre conformément aux préceptes qu'elle enseigne I Et certes, on no comprend jamais mieux la grandeur du Dieu que les chrétiens adorent, on ne sent jamais mieux la nécessité de soumettre notre raison à la foi chrétienne, que lorsque on voit cette foule de beaux génies faire dans leurs écrits Fapologie de la reli-

Îion ; lorsque on apprend qu'ils ont été dociles la foi, humbles, ennemis du monde, obser- Tateurs de l'Evangile, en un mot, fidèles disciples de Jésus-Christ. A ce spectacle tous les doutes devraient s'évanouir , la religion reprendre ses droits, et les enfants des ténèbres que le libertinage enfante, se cacher et se taire. Nous avons fait sentir plus haut de quel poids est pour la vérité de la religion ce nombre innombrable de martyrs qui ont versé leur sang pour la soutenir; témoignage audessus de Ions les raisonnements.

Ajoutons encore ce raisonnement du même auteur.

Si ma reHgion était fausse. Je Vavoue„ voilà k piège le mieux dressé qu'il soit possible ci*t-

(I) Moftursdu siéclci ch:ip. des Esprils foils.

maginer ; il était inévitable de n'y pas être pris. Quelle majesté! quel éclat des mystères ! quelle suite etquelene?iaînemeni de toute la doctrine/ Quelle raison éminente! quelle candeur! quelle innocence de mœurs ! quelle force invincible et accablante de témoignages rendus successive^ ment et pendant trois siècles entiers par des millions de personnes, les plus sages, les plus -modérées qui fussent alors sur la terre, et que le sentiment d'une même vérité soutient dans l'exil, dans les fers, contre la vue de la mort et du dernier supplice ! Prenez l'histoire , ouvrez , remontez jusque au commencement du monde, y Or-t-il eu rien de semblable dans tous les temps! Dieu même pouvait-il jamais mieux rencontrer pour me séduire? par où écliapperf où aller, je ne dis pas pour trouver rien de meilleur, mais quelque chose qui en approche? S'il faut périr, c'est par là que je veux périr : il m est plus doux de nier Dieu que de Vaccor^ der avec une tromperie si spécieuse et si en^ tière , mais je l'ai approfondi, je ne puis être athée, je suis donc ramené et entratnedans ma religion.

Finissons par une réflexion du même auteur, la plus sensée qui fût jamais. La reli^ gion est vraie ou elle est fausse. Si elle n'est qu'une vaine fiction ; voila, si l'on veut, «otxante années perdues pour l'homme de bien, pour le cliarireux ou le solitaire , ils ne cou^ rent pas un autre risque : mais si elle est fon* dée sur la vérité même, c'est alors un épouvan» table malheur pour l'homme vicieux; l'idée seule des maux qu'il se prépare me trouble l'imagination, la pensée est trop faible pour les concevoir et les paroles trop vaines pour les exprimer. Certes, en supposant même dans le monde moins de certitude qu'il ne s'en trouve en effet sur ta vérité de la religion, il n'y a point pour l'homme un meilleur parti que la vertu.

Reconnaissons donc que tout le bonheur de l'homme consiste dans l'aveu sincère qu'il fait de tenir son être et tous ses biens naturels et surnaturels de la pure bonté de Dieu, que son esprit est plein d'erreurs , que ses inclinations sont toutes dépravées, qu il n'est par sa nature qu'un néant, et aull est devenu par sa désobéissance un néant opposé A Dieu et souvent révolté contre son souverain. Pour arriver là, il faut connaître Jésus- Christ, Homme-Dieu, source et principe de toute vérité, lumière qui doit éclairer nos

Sas ; il faut s'adresser à lui et lui dire avec alomon : Seigneur, nous ne comprenons que difficilement ce qui se passe sur la terre, et nous ne discernons qwavec peine ce fvî est devant nos yeux ; mais qui pawrra découvrir ce qui se passe dans le del? Donnez^moi cette eagesse qui est assise auprès de vous sur votre trône, parce que ie suis un homme faible et qui suis peu capable de bien juger (1). CHAPITRE XXV. De la véntable Eglise D. A quelles maraues peut--on discerner la véritable Egliee; eest-a^ire celle quia été établie par Jésus^kriit et ses apôtree ; car il

(1) Sap. 9. VoHisunt omnes homines quihus non subc$t ickniia Dei, Sap. 13 1.

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CATteHlSME

y a plusieurs sociétés qui prétendent élre VF-

Î^lise chrétienne, comme les calvinistes, les uthériens, les protestants d'Angleterre, les Grecs sckismatiques f

R. Selon les saintes Ecritures et la tradition il y a quatre caractères qui distinguent TEfflise des sociétés hérétiques ; savoir» l'unité, la sainteté, la catholicité et Taposlolîcité. Le concile de Constantinople , suivi par les autres conciles généraux, dit que rEgfise est une, sainte, catholique et apostolique. Or TEglise catholique, qu'on nomme TEglise romaine, est la seule à laquelle ces quatre caractères conviennent, et ainsi elle est la véritahie Eglise.

D. Qu'est-ce qu'on doit entendre par les quatre caractères qui conviennent proprement a la véritable Eglise?

R. Elle est une , parce que tous les fidèles qui la composent ne (bnt qu*un seul corps , n'ont qu*un même chef visible, qui est le pape en qualité de successeur de S. Pierre, établi par Jésus-Christ même, et un même cher invisible qui est Jésus-Christ lui-même. S. Paul nous le témoigne par ces paroles où il parle de Jésus-Christ : // est le chef du corps de V Eglise, il est le principe et le premier né d'entre les morts , afin que ce sott lui qtti ait la principauté en tout ( Coloss. 1, 18). Et ailleurs, il dit en parlant de Dieu, àTégard de Jésus-Christ : // lui a mis toutes choses sous les pieds, et il Va établi chef sur toute VEalise { Ephes. 1, 22). Et le pape, par sa qualité de vicaire de Jésus-Christ , est le chef visible de l'Eglise , en ce qu*il a succédé au siège et àraulorité de 8. Pierre. Or S. Pierre a établi son siège à Rome, et il était le chef des ap4tres par Tinsti tution même de Jésus-Christ, en ces termes : Vous êtes Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise [Math. 16, 18. Math. 10, 2). Les évangélistes mettent toujours S. Pierre à la tête des apôtres, et ils lai donnent en certains endroits le titre de crémier. Cette institution de S. Pierre en qualité de chef des apôtres n*est pas contestée des hérétiques. Enfin, TEglise est une, parce que tous les fidèles n*ont qu'une même foi sur tous les articles de leur créance compris dans le symbole des apôtres , dans celui de Constantinople, qui se chante à la messe , et dans celui attribué à S. Athanase, que rÈglise récite le dimanche à rofflcé de prime. Enfin ils n'ont qu'une même espérance et les mêmes biens ; c'est-à-dire les grâces et les sacrements.

8*L'Edise est sainte parce que Jésns^hrist, son chei, est saint par excellence; sa doctrine est sainte , parce qu'elle enscirae la pure doctrine qu*elle a apprise de Jésus- Christ parles apôtres. Et pour se convaincre que la doctrine de l'Eglise est conforme à ce que les apôtres ont enseigné, il n'y a qu'à laire attention aux promesses faites par Jésus-Christ à son Eglise et de la Téritè desquelles toutes les sectes séparés conviennent: savoir , que l'Eglise serait toujours animée

I^arle Saint-Esprit, qu'ill'assisterait jusqu'à a consommation des siècles pour l'empêcher de -tomber dans l'erreur; car selon ces pro-

messes de Jésus-Christ, Tesprit de vérité doit toujours animer l'Eglise et lui enseigner toute vérité ; les portes de l'enfer ne doivent iamais prévaloir contre elle {Jean, H. 16. et 16. 13; Math. 16. 18) ; Jésus-Christ doit lassister jusqu'à la consommation des siècles par la prédication de la vérité et dans Fadministralion des sacrements. Ces promesses sont claires et précises. Enfin l'ËgUse est sainte . en ce qu'il n'y a de saints que dans sa société, parce que hors de l'Eglise il n*y a point de salut.

3" L'Eglise est catholique, et par ce caractère, on doit entendre , 1* qu'elle s'étend à tous les temps, parce que dans tous les temps il y a eu et il y aura une société de fidèles réunis dans la même foi et sous la conduite d'un même chef; 2* qu'elle s*étend à tous les lieux , parce que la doctrine de l'Eglise a été ou sera annoncée dans tous les lieux de l'univers.

k" Elle est apostolique , c'est-à-dire qu^elle a été fondée par les apôtres , et qu'^elle est gouvernée par leurs successeurs ; 1* en ce que les apôtres ont annoncé par toute la terre la foi en Jésus-Christ et son Evangile, qulls ont converti une partie des Juifs et un grânJ nombre de païens , et qu'ils en ont formé une société qu'on nomme l'Eglise catholique; 2* en ce qu'elle croit et enseigne tout ce que les apôtres ont cru et enseiené ; ce qui se prouve par le symbole des apôtres dont elle fait profession , et que les apôtres avaient eux-mêmes composé avant de se sé-

{>arer pour aller annoncer TE vangile, selon a tradition constante de tous les auteurs ecclésiastiques. 3* En remontant de siècle en siècle, on voit quo ce que l'Eglise croit et enseigne a été toujours cru et enseigné d'une manière uniforme depuis les apôtres jusqu'à

{)résent. k* Elle a reçu de Jésus-Christ par es apôtres son autorité et sa mission : Comme mon Pire m*a envoyé , leur dit Jésus-Christ , je vous envoie de même: recevez le Saint- Esprit : les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront reteniu à ceux à qui vous les retiendrez ( /fan, 20. 2 ). Les apôtres à leur tour ont instruit et ordonné des évoques auxquels ils ont communiqué le caractère , l'autorité et la mission i^u'ib avaient reçues de Jésus-Christ. Ceux-ci ont communiqué le même pouvoir à leurs successeurs , et ainsi d'âge en âge et de siècle en siècle l'Eglise a subsisté et subsistera toujours. Or il s'ensuit de là que toute société qui ne saurait justifier qu'elle a reçu de Jésus-Christ cette autorité et cette mission par une succession continuelle d'évéques jus-

Su'aux apôtres , ne saurait être la rraic «lise.

D. Comment établissez-vous que c'est le pope ^t' est le chef de l'Eglise romaine T

R. En ce qu'il a succédé au siéM et à Taotorité de saint Pierre , qui était le chef des apôtres, par l'institution même de Jésus- Clirist, comme on Ta fait voir ci-dessus. Or saint Pierre a établi à Rome le siège de s^ épiscopat, et toute TEglise a regardé dans tous les siècles le siège de Rome comme le premier

DE L AGE MUR

sîégtf ; d*où il suit que les papes ont la primauté d*honneur et de juridiclion dans toute réglise, comme ayant succédé à saint Pierre, parce que leiB évoques d'un siège succèdent « non seulement au caraclère, mais aussi à rautôrité , à la préémineùce et à la juridîc^ lion de leurs prédécesseurs. Ainsi ceux qui contestent cette primauté, comme les protestants et les Grecs , ont rompu le lien de runité de FEglise, ont abandonné la croyance de leurs pères , et sont dcyenus scbismatiques.

j). Comment prouvez-vous que les sociétés des protestants et des autres sectes n^ ont point les caractères dont vous venez de parler , et qui constituent la véritable Eglise f

R. Je le prouve d'abord en ce qu'il n'y a qu'une Eglise à laquelle ces quatre caractères puissent convenir» et les sociétés qui se sont séparés de l'Eglise romaine n'ont aucun de ces caractères. L'unité ne peut leur convenir : 1*" les protestants en sont un exemple sensible; car ils sont divisés entre eux en plusieurs brancbes sur des pcffnts qu'ils conviennent être essentiels , et leur division est de telle nature, qu'ils ne sont soumis à aucune autorité visible qui puisse les réunir.

2* La sainteté ne peut être le caractère de leur société.puisqu'ils prétendent que l'Eglise peut tomber et qu'elle est effectivement tombée dans l'erreur ; bien plus , l'alliance qu'ils font de la justification avec les crimes les plus énormes renverse toute la pureté de la morale de Jésus-Christ.

3* La catholicité ne peut leur être attribuée, puisqu'ils ne sont réoandus ni dans tous les temps , ni dans tous les lieux. On sait l'époque du commencement de leur secte, elle n'est rien moins qu'ancienne, et elle n'est répandue que dans quelques pays.

V L'apostolidté est celui de tous les caractères qu'ils oseraient témoins usurper; car leurs pasteurs n'ont point été ordonnés

Ïtar d'autres pasteurs dont la mission et 'ordination viennent des apôtres. Les calvivinistcs le reconnaissent eux-mêmes.

Enfin , il est constant qu'ils se sont séparés de cette société , qui est seule la véritable Eglise : la preuve de cette séparation est pâpable , puisque avant l'existence de leur flecte , il V avait dans le monde une société

aui était la véritable-Eglise de Jésus-Christ, ette société devait être visible et extérieure, composée de pasteurs et de peuples ; elle devait avoir les quatre caractères qui la distinguent des autres sociétés, comme on vient de le faire voir ; tous les chrétiens disaient alors le symbole de Constantinople comme on le dit aujourd'hui ; ils croyaient l'Eglise , une, sainte, catholique et apostolique : les

{protestants , avant leur séparation, récitaient e même symbole et faisaient profession de crofre une église à laquelle ces quatre ca*« xactèrcs convenaient; ils se sont donc sépa- >rés de cette éfflise et ils ne se sont unis A .aucune société ^ui fût sur la terre. Calvin le dit formellement : J)iscesêionem a ioto mundo facerc coacti sumus.

Est-il rien de plus singulier et en même

temps de plus extravagaul ((ue de voir un moine apostat , tel que Calvin , dire qu'il a fallu quelquefois et même de notre temps , auquel l'état de l'Eslise ^tait interrompu , que Dieu ait suscité des gens d'une façon extraordinaire pour dresser de nouveau l'église qui était en ruine et désolation ? Ce sont les propres paroles de Calvin dans sa lettre à Mélanchton , de l'année 1557. C'est quelque chose de bien extraordinaire et de bien singulier €|ue de voir un simple particulier assez téméraire pour oser dire que l'Eelise a besoin d'être dressée de nouveau ; après que cette même Eglisearégné glorieusement pendant quatorze siècles.Mais oh a si bienréfutédans des ouvrages immortels les pitoyables raisonnements de cet apostat et de ses sectateurs, on les a tellement réduits en poussière qu'il est inutile de faire voir ici le ridicule S]|fstème de ces prétendus réformateurs de l'Eglise. Car quoique leur malheureuse secte soit répandue en bien des pays, quoiqu'elle ait occasionné quelquefois le bouleversement des états, l'Eglise ne subsiste pas moins dans toute sa force, et les nuages que ces enfants de ténèbres ont voulu répandre, bien loin de ternir son éclat, n'ont servi qu'à la faire triompher de ses ennemis et constater la vérité des promesses de Jésus-Christ.

D. Que doit-on penser des Grecs qui se sont séparés de V Eglise romaine ?

R. On doit dire la même chose que des protestants , et quelles que soient leurs raisons , il est toujours vrai de dire qu'en se séparant de l'Église romaine ils se sont séparés de la véritable Eglise et qu'ils ont rompu le lien de l'unité. La preuve en est sensible. Les Grecs, avant leur schisme, reconnaissaient le pape pour le chef de l'Eglise. Ce fait est constaté par les sept premiers conciles généraux qui se sont tenus en Orient, et où la primauté du Pape a été authentiquement reconnue. Photius lui-même, patriar^ che do Constantinople , qui jeta les pre^ mières semences de la division , n'en disconvenait pas , et tout le monde sait que l'église de Constantinople n'eut jamais que le second •rang après celle de Rome. Il était donc vrai '•de dire alors, comme il l'est aujourd'hui, que le pape était le chef visible de l'Eglise, et Rome le centre de Tunité , comme le dit Inirmême saint Irénée, ôvêque de Lyon, Grec de naissance, et qui vivait au second siècle. Ad hane Ecclesiam propter potentioremprinh cipalitatem necesse est omnem convenire ecclé^ siam (1). Or si pendant les huit premiero siècles et au-delà, c'est-à-dire jusqu'au schisme des Grecs, l'Eglise qui reconnaît te pape pour chef visible, a été la vraie Eglise sans contestation, il s'ensuit qu'elle la sera toujours , et qu'ainsi se séparer de l'Eglise qui reconnaît le pape pour chef visible, c'est se séparer de la véritable E^jiise, c'est sortir de son sein et être schismalique. Mais parmi les Grecs orientaux , il y a toujours eu plu»sieurs communions qui sont demeurées attachées à celle de l'Eglise Romaine, comme loi

(t) Irén. lir. 4. contre les lléres. cbsp. 5.

CATÉCniSMB

Idl

Grecs Arméniens , Harontles et antres. En un mot, pour couper court à tons les raisonnements sur cette matière , il suffit de s'en tenir i ce principe , que la véritable Eglise

d^oà il s'ensuit qu'elle Test encore aujourd'hui 9 et qu'elle sera telle toujours , parce que son état ne peut être interrompu et qu'elle ne peut jamais tomber en ruine , conformément aux promesses de Jésus-Christ. Donc tous ceux qui se séparent d'elle, se séparent de la Téritaole Eglise et deviennent schismatiques.

CHAPITRE XXVI. De la créance de VEaliêe romaine eur la présence rédle de Jesue^ Christ dans F Eucharistie contre les proteS' tanis, et réfutation de leurs erreurs.

D. Comfnent ferex-votu sentir que la créance de r Eglise romaine touchant la présence réelle de Jésus-^Christ dans r Eucharistie est la même que celle de toute V Eglise ancienne t

R. C'est un Cait constant que dès que Béranger, archidiacre d'Anaers» eut osé enseigner que le corps de Jésus-Christ n'était contenu qu'en figure dans l'Eucharistie» toute TEglise se souleva contre lui comme un norateur et un hérétique opposé à la doctrine de l'Eglise enseignée partout depuis les apôtres , que plusieurs hommes illustres écrivirent contre lui» et qu'il fut condamné par un concile tenu à Rome sous le pape Léon IX» l'an 1050, par ceux de Verceil et de Paris de la même année , et par plusieurs Autres : ainsi il est visible que dans ce temps-là la foi de l'Eglise , tant dans l'Orient que dans l'Occident, était la même que celle qu'elle tient aujourd'hui sur ce mystère. Un doit même remarquer ici que Bérenger rétracta son erreur, qu'il en fit pénitence et qu'il mourut dans le sein de l'Eglise catholique.

D. Les calvinistes . se sentant pressés de ce témoignage autluntiaue de la condamnation de son auteur et de la créance où était alors V Eglise de la jprésence réelle de Jésus^hrist dansTEucharutie, qu'est» ce qu'ils ont ima^ giné pour soutenir leur hérésie t

R. Ils ont dit qu'un siècle avant Béranger toute l'Eglise était dans leur sentiment, et que sa créance était que Jésus-Christ n'est véritablement présent que dans le ciel et ne pouvait être dans l'Eucharistie qu'en figure.

D. Comment les catholiques ont^ls réfuté cette supposition t

R. Ils ont établi i fond et dans des ouvrages pleins de force par la solidité des raisonnements que cette supposition était absurde; et en eifet, si r£fflise ancienne n'avait pas cm la présence réelle de Jésus-Christ dans rEucharistie , elle n'aurait pu venir i ce chanffement universel de créance pendant «n siècle avant Béranger , comme les cal vi* nlstes le supposent , que de trois raanièrei qui sont toutes trois impossibles.

Ea première serait de supposer que ce changement se fit tout d*un coup , en sorte

que tous les chrétiens , après avoir cru Jus-^ que alors que Jésus-Christ n'était pas réidle* ment présent dans l'Eucharistie , mais seu* lement en figure » commencèrent de croire qu'il y était, et que, s'étant pour ainsi dire, endormis calvinistes , ils se réveillèrent catholiques sans savoir comment , et avec un entier oubli de ce qu'ils avaient été. Hais celle supposition est si ridicule qu'elle n'a

t^as besoin d'être réfutée pour en faire voir 'impossibilité.

La seconde manière dont ce changement aurait pu arriver serait de supposer qu'il se nt insensiblement; c'est-à-dire que quelques-uns introduisirent l'opinion de la présence réelle, qu'ils n'eurent d'abord que peu de sectateurs , et que ensuite cette opinion se glissa insensiblement partout; mais il est aisé de faire sentir l'absurdité d'une supposition de laquelle il résulte un mélange uni Térscl des deux doctrines sur un article aussi essentiel au culte; savoir, la présence ou l'absence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Car comment serait-il possible que le premier, par exemple, qui avança Topinion de la présence réelle , n'eût trouvé ni évêque , ni prêtre , ni docteur qui s'y fût opposé ; personne enfin qui se fût recrié contre une pareille nouveauté? Comment s'imaginer une tous les chrétiens étant persuadés que Jésus -Christ n'était qu'en figure dans Vfiucharistie, ils eussent ajouté foi sans aucune contradiction à ceux qui publiaient que Jésus-Christ, que l'on croyait absent des symboles , y était véritablement et substantiellement présent? Conmaent s'imaginer que tandis que tous les autres mystères de la foi, comme la Trinité, l'Incarnation, ont eu i Taincre l'opposition des sens et de la raison et n'ont pu s'établir que par une infinité do prédications , de miracles , et l'effusion du sang de tant de martyrs , cette nouvelle opinion de Jésus-<^hrist présent dans l'Eucha^ ristie en tous lieux ail été reçue par toute la terre sans étonnement , sans réclamation , sans contestation , et que les prétendus au^ leurs de celte innovation de doctrine aient été entièrement inconnus?

Celte supposition est encore plus absurde si on fait attention au temps que celte noa<^ velle opinion à dû prendre son accroissement. Car il faudrait pour cela supposer qu'il y ait eu un temps ou la foi de la présence réelle, oui était selon eux l'opinion nouvelle, était tellement mêlée avec celle de l'absence réelle , qu'il y avait la moitié des évoques , des prêtres et du peuple çui tenait Tune, cl une autre moitié qui tenait Tautre, ea sorte que dans les mêmes provinces , les mêmes villes, les mêmes églises^ les mêmes famIUes, tous les fidèles étaient divisés sur l'Eucharistie ; que les uns croyaient que Jésos^ Christ T était réellement présent , et les ao* très qu il en était réellement absent ; il fandrait supposer encore que celle division n'était pas seulement dans l'EgUse romaine» mais aussi dans l'Eglisa grecque et arménienne; que cette contrariété oe scntimeola sur un point si capital du culte fût demeurée

DB L*ÂGE MUK.

ff(»«

iuconnue à tons ceux qui étaient ainsi divisés » et qu'elle n'eût produit aucune contestation ni trouble; car les calvinistes ne peuvent contester que jusque à Bérenger il n';^ a eu aucune rupture de communion sur le point de la présence réelle. Or c'est ce qui est contraire à toutes les lumières de la raison d*i* maffiner possible ce mélange d'opinions sans qu'il eût excité les plus grands troubles. U faudrait que les hommes de ce temps-là fussent demeurés dans une telle léihargie et un tel assoupissement 9 <}u'iis n'eussent eu ni charité pour le prochain , ni zèle pour Dieu» ni attache à leurs propres opinions, en un mot qu'ils n'eussent été sujets ni aux mêmes mouvements , ni aux mêmes passions que ceux de notre siècle » et qu'ils eussent été d'une autre espèce.

La troisième manière dont ce changement aurait pu arriver renferme des conséquences qui ne choquent pas moins la raison que les premières. Car selon ce dernier degré de ce prétendu changement» c'est-à-dire que l'opinion de la présence réelle est venue à ce point d'être répandue universellement dans toute l'Eglise sur la fin du dixième siècle, il faut supposer non seulement que les laïcs » après avoir été instruits dans la créance dis* tincte de Tabsence réelle de Jésus-Christ dans rEucharistie» ont abandonné sans résistance et sans combat la foi de leurs pères pour suivre une opinion nouvellement introauite (selon les ministres protestants) par Paschase llatbert» religieux de France; mais il faut encore supposer qu*il ne soit resté aucune trace do ce changement, et que la mémoire s'en soit tdiement abolie aue , dans le onzième siècle qui a suivi immédiatement celui où , selon eux , l'opinion de la présence réelle s'est trouvée universellement répandue, personne n'en ait jamais ouï parler. C'est ce qu'il est impossible d'imaginer : la démonstration de cette impossibilité est sensible. On n'a qu'à faire altenlion que la vie d'une infinité d'hommes est tellement partagée qu'ils en passent une partie dans un siècle et l'autre dans le siècle suivant, et que ainsi ils sont parfaitement instruits des événements qui se sont passés à la fin de l'un et au commencement de l'autre. Or comment se pourrait-Il faire que ceux qui vivaient dans le onzième siècle n eussent pas vu quantité de personnes qui avaient vécu dans le dixième ? Comment serait-il possible que plusieurs milliers d'hommes ayant été ou témoins ou vivant avec les Icmoins oculaires d'un changement universel de créance dans toute TËglise , ils n'en eussent rien appris à ceux qui les auraient suivis et qu'ils auraient instruits dans la foi? Comment imaginer que ce nombre infini d'hommes , dont la manière de penser ne pouvait (lu'être différente, fussent convenus de celer a la postérité un événement si important, savoir qu'autrefois on ne croyait pas la présence réelle, mais que dans le temps présent on la croyait? Serait-il possible que aucun père ne l'eût dit à ses enfants , aucun mattre'à ses disciples, <|ne aucun monastère u'en eût [|;^rdé la mém'Hrc, et que tout le on-

zième siècle se lût tellement confirmé dans la créance de la présence réelle, qu'on y eût traité d'abord d'hérétiques ceux qui voulu*rent l'attaquer , et que tous ceux qui la défendirent eussent osé soutenir que c'était la foi de l'Eglise, quoique il y ett alors des mil-* lions d'hommes qui , a^ant vécu dans le dixième siècle , ne pouvaient ignorer qu'on y avait tenu une créance différente de celle

2 ne l'on tenait alors par tout le monde ; s'il tait vrai , comme les ministres protestants le supposent , que tout le corps de l'Eglise jusque à la fin du neuvième siècle était de leur opinion, c'est-à-dire ne croyait pas la présence réelle? Mais c'est as&ez réfuter un système qui n'a besoin que d*élre montré dans son jour pour en faire sentir toute l'absurdité.

O. Les ministres protestants , se sentant pressés par la force de ce raisonnement, n'ontils pas abandonné la supposition chimérique de ce changement de créance dans le dixième siècle ?

R. Il est vrai qu'ils ont compris qu'il n'était pas possible de persuader a des gens raisonnables un fait aussi incroyable : mais comme les hommes sont esdaves de leurs propres opinions et qu'ils ne veulent jamais convenir de leurs erreurs, les protestants ont donné la torture à leur esprit pour imaginer un système qui pût accréditer leur hérésie et l'insinuer dans les esprits.

D. Quel est cet autre système?

R. Ils ont osé avancer que les fidèles des premiers siècles n'avaient eu qu'une créance confuse du mystère de l'Eucharistie ; c'est-àdire, qu'ils croyaient Jésus-Christ présent, mais qu'ils ne distinguaient pas si c'était seulement en signe, en vertu, ou en substance, et qu'ils n'avaient aucune idée positive de la présence ni de l'absence réelle.

D. Comment les catholiques ont-ils répondu à cette objection?

R. Us ont dit d'abord que cette prétention de créance confuse sur la présence réelle est avancée sans preuves, (en effet, il était impossible aux protestants d'en trouver) et ils en ont fait voir toute l'absurdité par des raisonnements auxquels il n'y à point de réplique, lis ont donc établi qu il n'est pas possible que les fidèles ayant demeuré mille ans dans 1 Eglise en voyant tous les jours ce qu'on appelait le corps de Jésus-Christ, sans former une pensée distincte et déterminée, si ce qu'ils voyaient était, ou n'était pas réellement le vrai corps de Jésus-Christ.

En effet notre esprit est formé de telle sorte, qu'en pensant à un corps, il est impossible qu'il ne l'applique à quelque lieu, et il le conçoit toujours au lieu où il nous est exprimé, à moins qu'on ne sache qu'il n'y est pas. Personne ne peut se refuser à cette vérité. Ainsi lorsque les fidèles entendaient dire que ce qu*ils recevaient dans leur bouche était le corps de Jésus-Christ, leur es- J rit appliquait le corps a quelque lieu, c'est- -dire que s'ils croyaient Jésus-Christ présent sous le pain qu'ils voyaient et qu'ils mangeaient, il s'ensuit qu'ils avaient une

créance dîsUnclc de la présence réelle. Si an contraire ils ne le regardaient présent que dans le ciel, quoique les paroles rexprimassent comme présent sur la terre, ils ont eu une créance distincte de l'absence réelle, et ainsi il est impossible qu^Hs soient demeurés à regard de ce mystère, dans ce degré de confusion que les ministres protestants ont Toulu supposer.

D. i/ est question maintenant de prouver que Fesprit des fidèlei a dû nécessairement se déterminer à la créance de la présence réelle. Sur quelles raisons les eathoNques ont-ils établi cette preuve f

R. En voici la substance. Nous ayons de toutes choses des idées que nous appelons naturelles ; ainsi Tidée naturelle des mots se présente d'abord à l'esprit, et elle y est toujours reçue à moins qu'elle ne soit bannie par une créance contraire. Un exemple rendra palpable cette vérité. Quand on entend le mot de bras, on celui de main, on conçoit des bras et des mains ordinaires, c'est la première idée naturelle; mais si on les attribue à Dieu, comme si l'on s'exprimait ainsi : Le bras de Dieu s*est montré ; alors la connaissance que les chrétiens ont que Dieu est incorporel fait qu'ils éloignent cette idée pour en mettre une autre à la place, qui est celle de puissance et de force. Or cela posé, et A moins qu'on ne veuille renoncer absolument à la sincérité etàla bonne foi pour désavouer les choses les plus claires, il est impossible qu'on ne convienne auo les mots par les« ouels tous les pères et les docteurs de r£glise

soit en distribuant la communion aux peuples, soit en les instruisant de ce qu'ils en devaient croire, signifient précisément et na-. turellement une présence réelle, et appliquent tellement l'esprit à cette idée que cette idée d'une présence réelle ayant été mise une infinité de fois devant les veux des chrétiens, ils ont été obligés d'en former ce jugement; savoir, que Jésus-€hrlst était réellement présent sons les symboles de l'Eucharistie: en prenant les expressions des pères dans le sens littéral et naturel.

D. Comment les catholiques ont-ils prouvé que les expressions des pires sur r Eucharistie signifient une présence réelle de Jésus-Christ dans r Eucharistie f

R. C'est en rapportant un nombre infini de passages tirés des pères et des auteurs ecclésiastiques, dans lesquels tout homme de bonne foi peut se convaincre que les pères ont enseigné que l'Eucharistie était le corps de Jésus-Christ, et que Jésus-Christ y était réellement présent.

D. Qu'est^equeles protestants ont imaginé pour éluder la force et le poids de tous ces témoignages ?

R. Ils ont avancé que toutes ces expressions des pères ne pouvaient s'entendre que dans un sens figuré et métaphorique, et non dtins le sens littéral et naturel.

D. Quelle réponse les catholiques ont'-ils

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