C.\TËCIIISHE
donnée à une pareille objection?
R. Ils ne sont pas contentés de ce grasd nombre de passages des pères qui prouTenl que toute TEglise des premiers siècles croYaii la présence réelle de Jésus-Christ dans iL. charistie, ils en ont rapporté plusieurs autres, dont les expressions ne peuyentèlre prises dans un sens figuré ou métaphorique sans vouloir renoncer à toutes les lamièrei de la raison et à la bonne foi. Mais ayant de les rapporter, ils ont établi les principes certains par lesquels on doit décider si une ex- {pression doit être prise à la lettre et dans e sens naturel qui se présente d'aWrd à l'esprit, ou si elle doit passer pour un lao*gage figuré ou pour une métaphore. Voici quels sont ces principes.
Quand une chose se peut aussi facilement exprimer naturellement que métaphoriquement, les expressions naturelles et simules sont pour l'ordinaire infiniment plus fréquentes que celles qui sont métapnoriques. La raison en est sensible : c'est que les bon^ mes se portent ordinairement, quand rien ne les empêche, à ce qui est plus conforme à la vérité et à la nature. Or les expressions métaphoriques sont en quelque sorte contraires à la nature, parce qu'elles sont tàusses étant prises à la rigneor, et eUes ne peuTenl jamais être si ordinaires que les expressions naturelles ; tstr si elles l'étaient, elle deviendraient trompeuses .et inintelligibles. Personne ne disconviendra de ces princioes. Bien plus, on peut remarquer qae les métaphores ne conviennent point aux discours simples et historiques, ni à ceux qui sont destinés à l'instruction. Elles sont des élancements de l'ame qui naissent de la cha\ew de l'esprit, et -elles choqueraient notre raison si on parlait longtemps sur ce même
ton et dans ce çenre figuré, parce qu'on fatiguerait l'esprit à force de le tenir tenda et de parler un langage qui n'est pas nalurd. On doit encore faire attention qu'il serait ridicule de se servir de métaphores devant des personnes qui, selon tontes les apparences, ne pourraient les entendre, et on serait obligé, au moins en ce cas, de les expliquer. Tout le monde est en état de jiiger de la vérité de ces règles. Or les pères s^ servcnlloujours des expressions qui marquent la présence réelle de Jésus-Christ dans rEuchanstie, dans un sens littéral ; ils s'en serrent dans des écrits adressés à des païens, ou faits à de nouveaux baptisés qui n'avaieni aucune teinture de ce mystère. Ainsi les païens , aui ne savaient rien de noire religion, et les baptisés qui recevaient les pri^ mières instructions sur i*£ucbarisUci ue pouvaient entendre ces expressions autrement que dans le sens naturel. Cependant les pères ne les expliquaient point el ûs&e servaient toujours des mêmes ; d^où il s ensuit avec évidence qu'ils ne voulaicnl v^ qu'on les prit pour des métaphores. En uo mot, le sens naturel des e'&pressions <i^ pères touchant rEucharistie est la prcsesc^ réelle : il n'y a pour s'en convaincre qa<: jeter les yeux sur tout ce c^u^ils ont Ci.nl ^
HASI
DE L'AGE M13R
ce sujet ; et H faut conyenir qu'à vouloir enseigner cette créance, il n'est pas possible qu'ils aient parlé autrement qu'ils ont fait; mais s'ils ont voulu enseigner le contraire c'est-à--dire, que le corps de Jésu»<Ihrist n'est qu'en figure dans l'Eucharistie, on. peut dire hardiment qu'ils auraient tenu un lan^ gage le plus dépourvu de raison et de bon sens, le plus propre à induire les hommes en erreur , et qu'ils Font tenu en effet tous d'un commun accord dans tous les temps et dans tous les lieux. Ce qui est absolument impossible.
Nous nous contenterons de rapporter ici une petite partie des passages des pères qui prouvent la présence réelle. Saint Ignace, évéaue d'Antioche, en parlant de certains hérétiques, dit qu'ils ne recevaient pas l'eucharistie, parce qu'ils ne confessent pas que leucharistie soit la chair de Notre-Seigneur qui a souffert pour nos péchés.
Saint Justin, dans sa seconde apcdogie, dit : Nous ne recevons pas ces choses comme si ce n'était qu'un pain ordinaire et un breur vage commun ; nous savons que cette viande et ce breuvage ayant été consacrés et faits eucharistie par les prises que le Verbe de Dieu nous a enseisnées, sont la chair et le sang de ce même Jésus-Christ qui a été fait homme pour l'amour de nous.
Saint Cyrille de Jérusalem dit ces paroles : Jésus^hrist ayant dit du pain , Ceci est mon corps, qui osera en douter désormais? Et luimême ayant dit. Ceci est mon sang, qui oserait entrer en doute en disant que ce n'est pas son sang?
Saint Ambroise, dans le traité pour l'instruction des nouveau-baptisés dit : Vous me direz peut-être , Je vois autre chose. Comment est-ce que vous m'assurez que ie
reçois le corps de Jésus-Christ La parole
de Jésus-Christ, qui a pu faire de rien tout ce qui est, ne pourra-Uelle pas changer ce qui est en ce qui n'était pas auparavant?
Saint Gaudence , évéqoe de Bresse , s'exprime ainsi : Le créateur est le maître de la nature , qui produit du pain de la terre, fait ensuite son propre corps de ce pain, parce qu'il le peut et l'a promis, et celui qui de 1 eau a fait du vin fait aussi du vin son sang.
Saint Augustin dit qu'il a plu au Saint- Esprit, en l'honneur de ce grand sacrement, que le corps de Jésus-Christ entrât dans la bouche des chjrétiens avant toutes les autres viandes.
Saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, parle de cette sorte : Nous célébrons le saint, vivifiant et non sanglant sacrifice dans les églises, croyant que le corps qui est devant nous n'est pas le corps d'un homme commun et semblable à nous, et le sang de même ; mais nous le recevons comme ayant été fait le propre corps et le propre sang du Verbe qui vivifie toutes choses.
Théodorus, évêque d^Ancyre, dans une homélie qu'il fit au concile qui porte ce nom, s'exprime ainsi : Il n'est plus couché d^ns une crèche , mais il est exposé à nos yeux
Càtéch. PaiLOs. îf
sur cette table salutaire t eetle crèohe est la mère de cette table ; il a été mis dans cette crèche afin qu'il fât mangé sur cette table, i
Ce que dit S. Jean de Damas est encore plus précis : Le pain et le vin ne sont point figures du corps et du saag de Jésus-Christ, à Dieu ne plaise ; mais c'est le corps même déifié de Jésus-Christ Notre-Seigneur ne nous ayant pas dit : Ceci est la figure de mon corps, mais Ceci est mon corps, et n'ayant pas dit de même : Ceci est la ngure de mon sang, mais Ceci est mon sang.
S. Chrysostôme est plein d^xpressions qui marquent naturellement une présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, et il n'y aurait rien de plus éniumatique et de plus insensé que le discours ae ce saint, en prenant ses expressions pour des métaphores ou des figures. Voici quelques passages tirés de ses œuvres.
Combien y en a-t-il qui disent maintenant : Je voudrais bien avoir vu sa forme et sa figure, ses vêtements? Eh bleui voq& le voyez, vous le touchez, vouslemangcz^. Vous étiez content de voir seulement ses vêlements, et il se donne lui-même à voir, à toucher, à manger et à prendre au dedans de vous.
Ce qu'il dit dans son homélie 2b sur la première Epltre aux Corinthiens est encore' plus fort. Ces paroles de ]'Ap4tre, dit-U, Le calice^ de bénédiction (^ue nous bénissons n'est-il pas la communion du corps de Jé« sus-Christ? ne doivent pas imprimer moins de terreur que de foi dans les esprits; car elles nous enseignent que ce qui est dans le calice est le même sang qui a coulé du côté du Sauveur percé sur la croix. Jésus-Christ« dit-il peu après, ne s'est pas contenté de livrer son corps pour nous à la mort ; mais parce que la première chair qui avait été formée de la terre avait élé privée de la vio et assujettie à la mort parle péché, il aformé, pour le dire ainsi, une autre substance et comme un levain ; savoir, sa chair qui, quoi" que d'une même nature que la notre^ était néanmoins exempte de péché et pleine de vie. 11 l'a donnée à tous afin que tous en fus* sent nourris, et que se dépouillant de celte ancienne chair, ils pussent être renouvelés par cette chair nouvelle. Il faut remarquer que l'Apôtre parlant des Juifs ne dit pas qu'ils sont participants de Dieu, mais seulement qu'ils sont participants de l'autel, parce que ce qui s'offrait autrefois sur l'ancien autel devait être consumé par le feu. Il n'en est pas de même du corps de Jésus- Christ. En quoi consiste cette différence? En ce qu'il se fait une communication de ce même corps à tous les fidèles , et qu'ainsi nous ne sommes pas participants de l'autel, mais du corps mêmedeJésus-Christ... S'il est vrai qu'il n'y a personne assez téméraire pour recevoir avec incivilité et indifférence un roi qui le viendrait visiter; mais que disie, receveur mnroi? qui veuille toucher ses nabits avec trop de familiarité et avec trop peu de respect^ quand même il serait dans
-z '* (Trente-trois.)
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un déf ert et qu'il n'aurait pmonnc à sa •ulte 1 si, dîs-je, personne n'est assez hardi pour toucher seulement Thabil d'un homme, comment serons-nous assez téméraires pour rcccroir en nous avec déshonneur et avccinlare le corps de Dieu même, qui est infiniment élevé au-dessus de tous les rois ; ce corps qui est si pur et en qui tl ne peut y avoir la moindre tache, qui a été uni et qm habite avec la Divinité, par lequel nous recevons rétreetlavie,etpar lequel les portes dcl cnicr ont été brisées, et les voûtes des cieux ouvertes? Ne soyons donc pas, je vous prie, homicides de nous-mêmes ; mais approchonsnous de ce divin corps avec beaucoup do crainte et une extrême pureté ; et en le considérant lorsque on vous le présente, dites en vous-même : C'est ce corps qui fait que je ne suis plus de la terre, que je ne suis plus captif, que je suis libre. C'est ce corps qui me fait espérer que j'entrerai un jour dans le ciel, et que je jouirai de tous les biens qui y sont, et que j'obtiendrai la vie éternelle ; que je serai élevé à l'état des anges; et que je serai reçu en la compagnie de Jésus-Chnst. La mort n'a pu détruire ce corps par les clous dont il a été percé, ni par les coups dont il a été meurtri. Le soleil voyant ce corps attaché à une croix en a détourné ses rayons ; ce corps en souffrant la mort a fait déchirer le voile du temple, fendre les pierres et trembler la terre. Voilà ce même corps qui a été ensanglanté et qui, ayant été frappé d'une lance, a versé deux fontaines salutaires a toute la terre, Tune de sang, et l'autre d'eau... Et c'est ce corps que Jésus-Christ nous a donné et à tenir et à manger par un excès
prodigieux de son amour Autrefois les
mages ont témoigné de la révérence pour ce divin corps, lors même qu'il était couché sur une crèche et dans une etable; et sans y voir rien de pareil à ce que vous voyez maintenant, ils s'en approchèrent avec beaucoup de respect et d'humilité. Quant à vous, ce n'est plus sur une crèche que tous le voyez, c'est sur un autel; ce n'est plus entre les bras d'une femme, c'est entre les mains du prêtre et sous les ailes du Saint-Esprit, qui couvre les oblations sacrées avec une infinité d'esprits bienheureux qui l'environnent..... SI nous sortons de ce monde après la participation de ce sacrement, nous entrerons avec une grande confiance dans le sanctuaire du ciel, comme étant revêtus d'armes d'or qui nous rendent invulnérables à nos ennemis. Mais pourquoi parler des choses à venir, puisque même des celte vie, ce mystère fait que la terre nous devient un ciel? Ouvrez donc les portes du ciel, ou plutôt du ciel des cieux, et vous verrez véritablement ce que je dis, je vous montrerai ici-bas ce qu'il y a là-haut de plus précieux et de plus
vénérablo Ce qu'il y a de plus précieux
dans le ciel est le corps même du Roi du ciel, et c'est ce corps qu il vous est permis de voir sur la terre... Considérez que vous voyez sur la terre ce qu'il y a de plus excellent cl de plus adorable dans le ciel, et que non seulement vous le voyez» mais que vous
le touchez, vous le mangez, vods remportes en votre maison.
Certainement un homme qui, potir faire entendre simplement que le pain est le signe sacré du corps de Jésus-Clirîst, ferait une métaphore de cette étendue, ne serait pas l'homme le pluséloanent de son siècle, comme l'était S. Chrysostôme; mais ce serait un discoureur le plus extravagant qui fût jamais.
D. Que doit-on répondre à une autre rfyeetion que font leê protestants lorsque ils dtsent que les choses signifiées se peuvent affirmer des signes, tomme auand on ait d'un tableau que c'est Louis XI V, pour direquHl est le signe et la représentation de Louis XlVt on bien d*une carte géographique, que c'est la France ou T/* /alt>; et qu'ainsi ces paroles de Jésus^ltrist ^ Ceci est mon corps, ne doivent s'tntendre que de la figure de son corps ?
R. Les choses signifiées se peuvent affirmer des signes, cela est vrai oans certaines occasions, mais cela est faux en bien des ren*contres ; car il y en a où un pareil langage serait ridicule et extravagant. En etfet serait-ce une chose supportable que quelqu'un ayant fait un songe la nuit, dans lequel une grande quantité oe fantômes et d'images lui auraient passé dans l'esprit, et s'étant imaginé à son réveil que ces images qui lui auraient passé dans l'esprit signifiaient quelque chose, s'avisât, en parlant aux autres sans les avoir avertis qu'il parle d'un songe, de donner à ces images le nom des choses qu'il croirait qu'elles signifient? Si dans ce songe, par exemple, il avait vu des bœufs et des chameaux, et qu'il se fût imaginé que les bœufs figuraient les Allemands et les chameaux les Hollandais, aurait-il droit pour cela, eu parlant à des gens qui n'auraient jamais rien appris de son songe, d'appeler un bœuf un Allemand, ou un chameau un Hollandais?
Ainsi puisque il y a des rencontres où ces sortes d'expressions sont raisonnables et d*autrès où elles sont insensées, il ne suffit pas pour conclure que cette proposition, Ceci est mon corps, se peut entendre en un sens de figure, de prouver par des exemples que ces propositions sont quelquefois raisonnablc^s ; mais il faut montrer de plus que cette proposition, Ceci est mon corps, est du nombre ae celles qui sont raisonnables et permises, et non de celles qui sont extravagantes et insensées.
Il y asur ce point des règles par lesquelles on peut discerner quand ces mêmes propositions sont raisonnables et quand elles sont extravagantes, et par là on sait en quel rang il Tant mettre le sens que les protestants donnent à cette proposition, Ceci est mon corps.
il est certain 1* que si on fait refiexion sur là nature du langage hnmain, on reconnaîtra qu'il est fondé en partie sur la conuitissance imparfaite de l'esprit des autres. C'est ce qu. fait qu*en parlant il y a des choses que nous n'exprimons point, parce que nous siippo* sons qu'elles sont déjà connues à ceux qm nous entendent, que nous n'eu manfucas d'autres qu'i demi sur rassurante que nova
l)fe VkGE MUR.
avoBâ qu^ils suppléeront à ce que nous n*exprioMMMptti; que nous répondons à ce que nous lisons Au» Tesprit des autres ; et aac prévoyant le sens aiû|i^ ils doivent prendre nos paroles, nous choisissons celles qui doivent former Tidée que nous y roulons imprimer.
2" n n*est pas moins certain qu'il y a des choses que nous regardons comme des choses \ c*esl-à-dire que nous considérons en ce qu^elles sont en elles-mêmes, et d'autres au contraire que nous considérons comme signes; c'est-à-dire dans lesquelles nous n'avons pas tant d*égard à ce qu'elles sont qu'à ce qu elles signifient ou naturellement ou par institution.
3* Non seulement nous considérons noastnémes ces choses en ces deux manières qu'on vient de dire, mais nous savons aussi par le commerce que nous avons les uns avec les autres de quelle sorte les autres les regardent. Ainsi nous savons communément que ceux à qui on parle regardent un cheval, un arbre, du pain, du vin comme des choses, et qu'ils regardent un tableau, une carte géographique comme des signes.
11 s'ensuit de ces notions certaines que, quand on voit que celui à qui on psœle considère quelque chose comme un signe c'est parler a'une manière raisonnable que d'en afBrmer la chose signifiée, et de dire, par exemple, qu'un tableau est Alexandre, qu'une carte est l'Italie, parce que nous lisons dans son esprit qu'il n est en peine que de savoir ce que représente ce tableau ou cette carte, et non de quelle matière elle est. Et comme nous supposons avec raison qu'il forme in«lérieurcment cette question. Qu'est-ce que ce tableau est en signification et en figure ? nous répondons aussi avec raison que c*est Alexandre : ces mots en signification et en figure qui manquent à la réponse que nous lui Taisons étant supplées par celte question intérieure que nous voirons dans son esprit; de sorte que la proposition entière consiste et dans ce que nous savons qu'il a dans l'esprit et dans ce que nous exprimons par nos paroles.
Mais lorsque nous connaissons au contraire que ceux à qui nous parlons ne regardent nullement certaines idées comme des signes, mais qu'ils les considèrent comme des choses , il est ridicule alors d'en affirmer ce qu'elles signifient dans notre esprit. Ainsi un homme qui, pour pratiquer l'art de la mémoire artiucielle se serait servi, par exemple, d'un chêne pour marquer Alexandre le Grand, etd'un cnien pour se souvenir de Cyras, ne serait point en droit, à cause de la destination secrète qu'il aurait Taite de ces choses à signifier ces princes, de dire à ceux qui n'en sauraient rien en montrant un chêne que c'est Alexandre, et un chien que c'est Cyras ; et celui qui parlerait de la sorte passerail avec raison pour insensé et extravasant, parce que ceux à qui on parle ne considèrent u n chien et un chêne que comme des choses et non comme des signes, et que Ton doit voir en eux cette disposition.
Voilà les principes naturels par lesquels on peut juger si une proposition où la chose signifiée est affirmée au signe est raisonnable ou extravagante; et par ces principes on voit tout d'un coup que le sens que donnent les calvinistes à ces paroles : Ceci est mon corps, ne peut nullement subsister, parce qu'il rendrait cette proposition contraire au bon sens et à tous les principes du langage humain. En effet il est visible que du pain n'est pas du nombre de ces choses que l'on considère ordinairement comme des signes, et on ne doit point croire que Jésus-Christ ait vu dans l'esprit de ses apôtres qu'ils fussent en peine de savoir ce que signifiait le Sain qu^il prenait, le pain étant du nombre es êtres que l'on regarde comme choses et non comme signes. Il ne répondait donc à aucune de leurs pensées en disant : Ceci e^t mon corps, et il ne leur avait point donné lieu de former cette Question intérieure. Que si^ gnifiecepainf Elle aurait donc été entièrement insensée, s'il avait affirmé du pain qu'il était son corps, pour marquer qu'il l'éfaii en signification et en figure, et elle aurait été tout aussi peu raisonnable que celle que nous venons de rapporter.
Bien plus, si ces paroles de Jésus-Christ, Ceci est mon corps, marquaient au'il l'était en fi^re, c'était un signe que Jésus-Christ établissait dès ce moment. Car on ne peut pas dire que ce signe fût déjà établi. Or ce n'est
Eoint du tout le langage auquel se porte un omme qui établit un signe et qui l'établit sans préparation ; cet homme s'explique, il n'abrège point son discours, il ne laisse rien à suppléer à ceux à qui il parle, parce du'il ne peut supposer en eux ces pensées qui font que l'on s'exempte d'exprimer si distinctement les choses : cela est si vrai, que dans les signes déjà établis et dans lesquels on est en droit de supposer qu'ils sont regardés comme des signes, le bon sens oblige de s'expliquer davantage si la proposition est peu probable ou peut être obscure à ceux à qui l'on parle : amsi en parlant à un Français, qui sait que les titres de tous les biens, le^ lettres de grâces , les provisions des charges et des gouvernements s'écrivent sur du parchemin, on pourra dire en lui montrant un acte de cette sorte, que c'est une rente, une maison, une terre, une grâce, un bénéfice, sans s'expliquer davantage; mais si on parrlait à un étranger, venu de quelque pays où cet usage serait absolument inconnu, ou qui ignorerait même l'art de l'écriture, il faudrait s expliquer davantage et lui découvrir que» par une convention commune, ces actes con« tiennent le droit nue ceux pour qui ils sont faits ont aux cnoses qui y sont exprimées.
n est donc clair par tout ce que Ton vient de dire que si Jésus-Christ n'avait voulu faire du pain de l'eucharistie qu'une simple figure ou signe U ne se serait jamais servi de ces paroles , Ceci est mon corps : parce que c'aurait été le premier établisse-, ment de ce signe, et que Ion ne donne aux signes le nom des choses signifiées que lon^
qu'ils sont déjà resardés comme stipies , cl que Ton Toit dans f esj^rii des auircs qu'ils it en peine de savoir, non ce qu'ils sont, is ce qu'ils slgniflent. Il s'ensuit de là que
que sont
ïu^ii»
le sens que les calvinistes trouyent si naturel i force de s'y âtre accoutumés est effectivement ridicule, tromneur, faux et entièrement indigne d'être attribué à Jésus-Christ. Après cela, il est aisé de comprendre comment les catholiques ont pris ces paroles , Ceci est mon corps, dans un sens de réalité , et comment ils en ont tiré la foi de la présence réelle; car ils ont supposé que Jésus-Christ, qntestlasagesse infinie, avait parlé d'une manière sage et raisonnable ; tiu'étant la vérité même , il n'avait pas parlé d'une manière trompeuse et qui ne fût propre qu'à jeter les hommes dans l'erreur. Us ont ju^é de cette expression sur la manière dont ils parlent eux-mêmes et dont ils entendent le langage des autres hommes ; or comme ils ne s'aviseraient jamais , en instituant un signe, de ne pas avertir que la chose dont ils parlent doit être regardée comme un signe ; et qu'ils ne l'appelleraient pas tout d'un coup, sans aucun usage précédent, du nom de la chose signiflée, ils nWt pu croire que Jésus-Christ l'ait voulu faire ; et qu'étant sur le point de
Quitter * ses disciples et en leur donnant ses crnières et ses dIus importantes instructions, il leur ait parlé d'une manière dont il ne leur aurait iamai»parléauparavant, et dont il faudrait dire que jamais autre que lui n'aurait parlé.
Enfln on doit dire que si la créance où a été toute l'Eglise de la présence de Jésus- Christ dans l'eucharistie , comme on Ta prou?é ci-dessus, était fausse, il s'ensuivrait de là qu'il est possible que l'Eglise ait toujours été engaeée dans une erreur criminelle et dans on cuUc idolâtre, puisque si Jésus- Christ n*était pas vraiment présent dans l'eucharistie tous les catholiques seraient devrais idolâtres, tons les martjrs n'auraient rendu témoignage qu'à l'idolâtrie', les itères n'auraient été que aes docteurs d'idolâtrie, et toute l'Eglise n'aurait été qu'une assemblée dldolâtres qui n'auraient ruiné ridolâtrîe païenne que pour en substituer une autre , c'est-à-dire l'adoration du pain et du vin au lieu de l'adoration des statues d'or ou d'ar-
fent , de bois ou de pierre. Or cela est visi- Icment impossible , parce qu'il répugne à la sagesse de Dieu que, après avoir formé l'Eglise chrétienne, après avoir rendu témoignage à sa propre œuvre par tant de miracles et de faits célèbres qui font connaître la puissance de son auteur, il ait permis que tous ceux que sa grâce a appelés à la foi de cette religion / que toute son Eglise, en un mot fût engagée dans une erreur qui anéantirait les promesses faites par Jésus-Christ à son Eglise de lui enseigner toute vérité. CHAPITRE XXVU. Que les protestants ne:
sauraient ttre la véritable Eglise, B. Ne pevU'^n pas, sans entrer mni^la diséussion des points contestés^ faire senkir aux protestants par de solides raisons que leur secte ne saurait être la véritable église , et qu'ainsi
ils sont schismaliques et hors du sein de l'Eglise f
R. Voici pour cela quelques réflexions qu'il leur est bien important de dire. Si les protestants qui cherchent sincèrement la vérité, voulaient bien s*examincr sans aucune prévention, et se demandera eux-mêmes s'ils ont bien fait de quitter l'Eglise que Jésus- Christ lui-même a fondée , dont les apôtres ont été les premiers pasteurs, à laquelle les martyrs ont rendu témoignage pendant tant d'années, dont les saints pères ont été les maîtres, et dont une inOnite de saints ont é(é l'ornement, il est impossible qu'ils n'entrassent en quelque doute sur une séparation si étonnante. Or dans une pareille question, qui consiste à savoir s*ils ont bien fait de se séparer de l'Eglise catholique, il sufCt de douter si cette séparation est légitime , pour être obligé de retourner à l'unité de l'Eglise, parce que dans le doute le préjugé est pourTEglise catholique , et qu'ainsi il faut des raisons convaincantes et bien évidontcs pour la quitter.
2* La plupartdes protestants , on peut dire même presque tous , ne peurent point faire cet examen par la voie de la discussion des points contestés. Il faudrait avoir lu tous les pères et les conciles , avoir examiné tout de ses propres yeux , ce qui est impossible au commun des hommes. A qui s'en rapporteront-ils donc? Ce sera sans doute à leurs ministres, comme ils font en effet; mais on peut leur demander pourquoi ils déféreront plutôt à un très-petit nombre de gens qui ne sont rien moins qu'anciens, plutôt qu'à tous les pères de l'Eglise et aux conciles, et pourquoi ils s'en rapporteront à ces hommes nouveaux , tandis que ceux-ci leur apfwen* nent qu'on ne?peut se fiera personne, et qu'ils ne reconnaissent eux-mêmes aucune autorité? Or, dans cette perplexité, le plus sôr alors n'est-il pas de s'en rapporter à une Ej^se qui a la plus grande antiquité et la phis incontestable autorité qui soit sons le ciel, plutôt qu'à quelques particuliers qui n'ortit aucun titre pour exiger d'être crus?
3* Les protestants de bonne foi devraient faire attention qu'il n*y a rien de pins absurde que de ne vouloir reconnaître aucune autorité : car c'est le système de ceux de leur secte. Ainsi on peut leur demander encore de qui ils tiennent l'autorité qu'ils s'arrogent de vouloir être les juges de ce qu'ensei^pno l'Eglise catholique? Quel droit ont-ils de juger des points de la doctrine des chrétiens de tous les siècles? Bien plus , Jésus-Christ ayant dit en termes fort clairs que celui qui n écoute pas l'Eglise est un infidèle, comment s'imaginer sans impiété qu'il eût tendu des pièges à ceux qui auraient une entière obéissance à rautorifé de l'Eglise, et qu'il n*eût Voulu sauver que ceux qui seraient asseï présomptueux pour mépriser tout ce quli y a de plus grand et de plus vénérable à TEglise depuis dix-sept siècles ?
«* S*il est question de savoir à qui il fan: s'en rapporter sur le sens des saintes Ecrî • turesy quelle apparence y a-t-il que Tîntelli-
DE L*ÂGE MUR
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gcnce en ait été réservée à quelques hommes obscurs, et qu'elle ail été dérobée à TEglise catholique» qui a porté daxis 3on sein tous ceux qui ont expliqué ^gpnement les saintes Ecritures depuis les apMres, et qui ont reçu sans interruption l'esprit et la lumière que Jésus-Christ leur avait donnée pour entèn* dre ces livres sacrés? Car enfin c'est de l'Eglise dont se sont séparés les protestants, que ceux-ci ont reçu le Symbole des apôtres, la connaissance des mystères de la trinité et de rincamation. C'est par elle qu'ils sont chrétiens, c'est d'elle qu ils ont appris la nécessité du baptême et la connaissance de Jésus-Christ, oe ses actions, de ses miracles, de sa doctrine. Comment donc les protestants osent- ils s'attribuer ce qui n'a été confié qu*à elle par Jésus-Christ même, puisque tous ceux qui l'ont quittée depuis le premier siècle jusqu au nôtre ont toujours été condamnés comme schismatiques?
Mais ce n'est pas là tout. On peut faire remarquer aux protestants qu'il n'v a rien de pins téméraire, par rapport au salut, que de s'en rapporter, pour l'intelligence des saintes Ecritures sur les points contestés, aux prétendus réformateurs de l'Eglise. Pourquoi? c*est qu'ils ne s'accordent point eux-mêmes entre eux sur les points les plus essentiels. Luther a vu fort clairement dans les paroles du Sauveur, Ceci est mon corps, la réalité de sa chair et de son sang dans l'eucharistie ; et Calvin au contraire n'y a vu que la figure. Qui aura raison des deux ? auquel s'en rapporter pour être du côté de la vérité? Bien plus l'Ecriture parle aussi clairement des sacrements de confirmation, d'extrême-onction et de la confession que de celui du baptême: on peut dire4me £'il y avait quelque chose d'obscur dans rEcriture par rapport à ces sacrements, la pratique de l'Eglise dans tous les siècles a dû l'édàircir suffisamment. Cependant les prétendus réformateurs ont retranché ces Xr ois sacrements, et n'ont rétenu que le.baptême. Comment peut-on avohr pour guides, sur le sens des saintes Ecritures, des gens qui tombent en contradiction avec euxmêmes , qui ne veulent s'appuyer aue sf r l'Ecriture et qui cependant la méprisent avec une si prodigieuse témérité ?
5* Jésus-Christ, qui a prédit qu'il viendrait de faux prophètes et de taux apôtres, afin de Boiu prévenir par là eentre les Pratiques , nous a assuré que l'Eglise résisterait à tous les efforts de VeiS&r^ et qu1l serait a^c 'elle jusque à la consommation des siècles. Or cela étant, n'est-il pas déplorable que les protestants veuillent suivre des pasteurs qui ont osé se vanter d'avoir reçu de ]>ieu une mission extraordinaire, qui ont établi une société de nouveaux ministres , de nouvelles Eg[lises , déclarant tous les évéques et tous les prêtres
déchus de leur? dignités et déposés ? El cefai sans prouver cette prétendue mission par aucun jnlrad.e qjii pût assi^rer ceux qui les suivaient qu'ils la tenaient ^e Dieu, et sans montrer aucun passafge del'Ecriture ou qui la prédit , ou qui la désignât le moins du monde. Certainement si les protestants vou-«laient se rappeler l'origine de lepr schismie ^ s'ils supposaient pour un moment avOfir vécu lors de cette épocjue, îl est constant qu'ils auraient voulu voir les choses de plus près et qu'ils auraient demandé des jpreuyes à ces nouveaux apôtres. Sont-ils vien persuadés qu'ils auraient suivi sans autres informations
bonne foi qu'ils auraient hasardé leur salut éternel sur la parole de quelques audacieux, et qu'ils auraient rejeté aussitôt la doctrine de tous les évoques du monde et des saints de tous les siècles? Qu'ils pensent un moment à ce qu'ils auraient fait s ils s'étaient trouvés à la naissance de ce schisme fotal ; lorsque ils auraient vu un moine d'Allemagne , seul et désavoué de tout le monde , sans autorité , sans être même soutenu d'une vertu apparente , troubler toute l'Eriise par des nouveautés qu'il poussait tous les jours plus loin à mesure qu'il devenait plus haroi et
f^lus emporté? ÂUFaient-41s eu assez de résoution pour s'exposer à une perte éternelle en suivant un seul homme contre toutes les Egli*ses chrétiennes ?
Et âu*ns ne disent pas que le nombre des disciples qui accrut cette nouvelle secte doit faire quelque Impression : car les hommes en général, prévenus par leurs passions ou do-« minés par quelque Intérêt, sont peu affermis dans leur religion: ils écoutent avidement tout ce qui favorisé le pencfhant de leur cueur. Les prédications de ces prétendus réformateurs contrele célibat^es vœux des religieux, les jeûnes de l'Eglise, l'obéissance à ses lois, la confession, etc., produisirent cet effet dans une infinité de gens ou peu instruits ou dominés Lar quelque motif humain: ainsi il n'y a rien là d'extraordinaire, vu la disposition du cœur des hommes. Mais enfin Quelque grand qu'ait été le nombre des disciples du premier de ces réformateurs, les protestants ne peuvent pas faire qu'il n'ait tort s'il l'a en afEectiveofteat^uu'il ne soit plus schismatique si réellement u l'a été , comme la chose est •iBiisiUe;qiie si iq^rès ton testées réflexions ils croieM m'ih n'-avraient pas osé sortir de l'Eglise, il n'y a pas à balancer qu'ils doivent tshercher ^y rentrer au plus tôt. Le nombre des années qui se sont écoulées depuis le schisme ne saurait rendre légitimes leë eauies qui y tmt donné lieu , dès ^u'dles sont mi» votses éans leur principe.