A MES PAROISSIENS
Un pire e$i redevable à ses enfants de loui ce qu'il possède : c'est pour eux qu'il travaUlet c'est pour eux qu'il vit! Il en est de même d^un pasteur à V égard du troupeau qui lui est confié. Il est Fobjet essentiel de sa tendre et continuelle sollicitude; celle-ci s'étend à tous les membres qui le composent» sans aucune exception, même sur ceux qu'il ne peut voir, qu'il ne peut at* teindre , et qui parfois ne veulent pas l'entendre.
Plein du désir de payer cette dette sacrée, j'ai pensé qu'enfin, pour l'utilité de tous, je de--vais me dessaisir du setU manuscrit qui me restât entre les mains. Il est le seul, parce que des malheurs inévitables m'ont dépouille à plusieurs reprises de beaucoup d* autres, qu'un travail de plus de quarante ans m'avait procurés; et il me reste, parce que, fruit de mon dernier exil en i8H,je n'ai point eu depuis occasion de le perdre.
Toi eu le temps de le communiquer à différentes personnes plus ou moins instruites , plus ou moins raisonnables, et je l'ai fait par forme d'épreuve ^ comme pour avoir leur suffrage ,
Cependant mon manuscrit restait enseveli dans la poussière de l'oubli ; qui
trophe pouvait me l'enlever comme les autres. On me répétait souvent que cUtait un trésor eA«
foui; que j'étais coupable d'en priver mes concitoyens, et qu'il valait tout autant que je F eusse
perdu,
JT ai pris enfin le parti de ne plus compter sur personne : et , calculant avec moi seul, j'en vu que mes petites épargnes déjà faites et celles que je pouvais faire encore suffiraient aux frais ce l'impression. Convaincu d'ailleurs qu'en les consacrant au bien de mes Paroissiens , tous en approuveraient l'usage , je n'ai pas hésité un seul instant , et c'est un vrai bonheur pour moi die leur prouver par là combien leurs intérêts spirituels me sont chers.
I Je ne doute pas qu'ils ne retirent un très^rand avantage du livre qne je leur dédie : c*e$t à teux qui ne me connaissent pas encore , aussi bien qu'à ceux qui me connaissent , que je V offre; c*est aux établissements destinés à l'éducation des deux sexes; c'est aux Paroissiens que lahar-^ rière si forte des préjugés sépare le plus de l'Eglise ; c'est enfin à tous ceux ^t ont besoin d'être affermis dans les vrais principes. Ehl qui n'en a pas besoin!
Je suis loin d'en faire une spéculation d'intérêt ; cependant f espère que je ne perdrai ptrint mes avances; et f aime à croire que mes Paroissiens, par leur bon accueil, donneront à cet our-
qui rejettent la Rdigion comme contraire à la raison que de leur prouver que la raison eUe^ même l'appuie et la commande.
De mes Paroissiens 9 le très'humble et très-dévoué serviteur ^
Curé de St.-Jacques^u-Haut'Pas.
PROLOOinE; DE L'AUTEUR.
Quand on met un ourrage an jour» H est bien juste que le public sache dans quelle ûilention Vauteur lui fait hommage de son travail.
J*ai appris, par expérience, que les philosophes du siècle emploient dans leurs disputes des armes bien différentes que ceux d autrefois. Leur entendement ne s'astreint à aucune règle; un esprit de vertige et de licence les entraîne; ils se moquent de tout, et i ce qui justfue là avait été regardé avec raison comme des démonstrations , ils ne répondent que jf«t 4iw invectives plaisantes et piquantes. C'est ainsi qu'ils plaisent et en imposent i ceux qui' tnaniiuent de jugement et de solidité.
4 J'ai remarqué que , dans les matières les plus sacrées de la vraie religioq^ I^ impies m' (ont aun>Q cas des pères ni de l'Ecriture sainte «"auxquels ils n'accordent aucuifelmjlorilé ,
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cl qu'ils porlenl tout au iribitnal de leur raison, où ils condamnent définitirement tout ce qnt ne cadre point avec leurs idées.
J'ai donc pris leurs liyres ; j*ai suivi leurs discussions; je me suis mesuré avec eux , sans autres armes que celles de la raison ; et je me suis convaincu qu'ils ont une manière toute nouvelle d'attaquer et de se défendre; car ils ne se servent ni des démonstrations de la théologie natnrelle, ni des arguments de la théologie sacrée, fondés sur l'autorité divine ; mais de certaines ironies et de sarcasmes facétieux « dont la nouveauté, le sel et l'enchante* ment font illusion à l'esprit, en flattant les passions , et préparent ainsi le triomphe de l'erreur et de l'impiété.
Cependant persuadé que la vérité a une beauté qui lui est propre et qui est capable , d'entraîner quiconque la voit avec clarté et évidence , je m'en suis convaincu encore plus ; dans les thèses que j'ai été obligé de soutenir pendant huit ans contre toute sorte d'impies^ '' qui sans système et sans suite m'attaquaient tantôt sur un point, tantôt sur un autre; je . m*en suis convaincu, dis~je, en les voyant surpris, étonnes et souvent vaincus, aussitôt qu'à force de preuves on leur montrait la vérité toute nue et sans ornements.
J'ai donc conçu l'espoir qu'en traitant ces matières d'après une logique serrée, mais claire et simple, je pourrais obtenir, sans art et sans enjolivements, que la vérité, par ses charmes naturels, l'emportât sur toutes les grâces empruntées et l'auélerie artîGcieuse de l'erreur, et comme il est généralement répandu parmi tous les incrédules que la re)îgio^ révélée est opposée à la raison , je me suis appliqué à démontrer, dans un style clair et familier, l'harmonie qui règne entre notre religion et la saine raison.
Dans les disputes de controverse que j'établis , je donne à mes ennemis toute la force qu'il m'est possible , et je ne cherche point à dépouiller l'erreur de ce beau coloris dont elle se pare faussement : parce que , outre que la lecture en devient plus intéressante , il en résulte aussi ^ue toutes les bravades du vaincu tournent à la gloire du vainqueur.
Ici mon intention n'est point d'attaquer, mais de me défendre , ou plutôt de défendre la religion que je professe, en repoussant les coups qu'on lui porte, et en les rétorquant contre ses ennemis. Je ne prétends point former de dissertations théologiques : ceux qui en ont besoin peuvent les trouver dans beaucoup d'excellents livres que nous avons en notre faveur. Je ne me propose que de répondre aux invectives contre la Religion , dont on as«saisonne toutes les conversations familières. Ce ir^^vail n'a point été fait jusque à cette heure.
Aujourd'hui l'impiété a perdu ce reste de pudeur qui la retenait cachée dans les replis de certains cœurs corrompus, quoique le public fût infecté de sa mauvaise odeur : elle so manifeste avec audace , et elle se glorifie de paraître au grand jour. 11 est donc temps que le remède devienne aussi public et, pour ainsi dire, vulgaire, puisque il n'y a pas d'autre moyen d'arrêter la contagion.
Cet ouvrage n'est qu'un relevé des preuves de notre Religion que j'ai données dans un autre temps aux impies et aux incrédules , quand je me suis trouvé à portée de les combattre avec des armes égales, c'est-à-dire avec celles de la raison seule. (Jomme ils ne recou'^ raient point aux passages de l'Ecriture, des conciles et des pères, ils ne me permettaient point non plus de les leur opposer. Us méprisent généralement tout ce qui est théologie : c'est DBrmi eux un principe indispensable et invariable. Je me serais donc vu absolument sans aéfense, si la Providence ne m'avait mis dans l'occasion de m'exercer à manier les armes de la raison, dont ils prétendent tirer les traits qu'ils lancent contre notre sainte relifpon. Dans ce genre de combats contre des philosophes , je devais entrer en lice comme phiosophe.
C'est ce que j'ai fait pendant plusieurs années d'une lutte continuelle ; mais les réflexions qui me sont survenues dans le repos , après les disputes , m'ont suggéré de nouveaux arffuments et de nouvelles réponses; d'autant plus que dans la chaleur d'un combat inatten -^ du, mon esprit ne pouvait considérer les objets sous toutes les faces; tous leurs arguments tendaient à persuader ou que notre religion est un composé d'extravagances qu'aucun philosophe ne doit croire, ou qu'au moins nous devons douter de ses dogmes. C'est à cela que se réduisent aujourd'hui les plus fameuses questions de la philosophie des incrédules. Ayant donc bien réfléchi sur ce que j'avais entendu et répondu dans ces rencontres fortuites et ces discussions imprévues , j'ai jugé important de mettre en ordre les arguments et les réponses.
Je n'aCTaiblis en rien les objections ; et quoique je sache qu'il y a des oreilles délicates , je laisse cependant échapper quelques expressions scandaleuses usitées par les impies ; et oiéme je les répète afin que l'horreur qu elles causent prépare les lecteurs en faveur de la^ ▼érité. Je ne leur attribue rien qu'ils ne disent, rien que je n'aie entendu, ou que je n'aic^ lu dans leurs livres. —
En donnant dans ces conversations^ des explications philosophiques de notre religion , ie
ouvrage. le ne prétends nullement prouver les sublimes vérités de notre religioa lée p^r les «hnples arguments de la raison humaine. 11 y aurait autant de fqUe que de pré- Rendre donner des colonnes de boue pour appui aux globes célestes. G*est sur la parole du
HARHOMIE
lOit
Fils de Dieu seulciDeiit que les yèrilés du ciel ont leur solide , tnibranlablc et éternel fou*
dément.
tes péris on dresse contre les remparts sacrés de notre foi uve batterie d'arguments Coudas dans l'araenalde la fausse piiilosophie; il convient qu*une philosophie plus satoë démonte par des arguments contraires c^te artillerie ennemie ; de sorte fue la reliaion do dei reste solidement établie sur ses bases vraiment divines. Je crois qu'en cela je sers cette religion pour laquelle je donnerais ma vie, et que je sers également la patrie, à qui je la dois.