‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 206 sur 235 · IC · texte numérisé non relu

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que la voix de notre cerveau. Qae me dites- Y0118, baron?

Le bar. 11 me semble, je vons Tavone, qne vous avez grandement raison, parce que nos passions nous font entendre les choses comme nous voulons.

Théod. Vous devez observer , mes amis ,

3ue dans toute affaire litigieuse on s*obstine epart et d'autre, et que chacun narle avec tant d'assurance, de certitude et d'adhésion à ce qui lui convient , que tout ce qui est contraire il le regarde comme la plus grande injustice. Les deux parties conviennent du lait, elles ont les mêmes lois, la même doctrine et les mêmes principes , comme choses constantes; toutes les deux vivent dans le même climat, et suivent les mêmes coutumes; et cependant, où l'un dit oui, prêt à donner sa vie pour son opinion, l'autre dit non avec la même persuasion et sans le moindre doute. Or cela ne vient pas seulement de la variété des personnes et des jugements , parce qu'alors il ne serait point infaillible que chacun pensât en sa faveur , comme il n'arrive jamais qu'on penche en faveur de sou adversaire; mais cela vient de ce que toujours chacun voit le plus de certitude où il a le plus d'intérêt; si donc la passion de l'intérêt propre produit cet effet, quant aux lois qui sont écrites en termes que personne ne peut ignorer, et sur le sens desquelles les deux parties sont d'accord, quelle contrariété ne se trouve-t-il pas dans rinterprétation de la loi naturelle , dont les caractères sont invisibles, dont chacun peut dire qu'il ignore les termes et la force, et même qu'il peut altérer sans que personne lui en fasse un crime? U est certain que la loi de la raison est commune à tous , et tous confessent qu'ils la portent empreinte dans leur entendement; mais en quels termes , avec quelle force et de quelle manière s'explique-t-elle dans chacun , chacun e9t le seul qui le sache. Qui me pourra prouver , quand je ferai une sottise , que je n*entendais pas que je faisais bien dans ma conscience, et suivant la lumière de ma raison ; si je soutenais que je l'entendais ainsi, qui pourrait me convaincre du contraire; même quand je mentirais , qui me le prouverail?

Le bar. Cela est vrai : tout le monde avoue les principes les plus généraux de la lumière de la raison et de la loino(iire//e;mais quelle diiBculté n'y a-t-il pas à les appliquer a chaque fait en particulier?

Théod. Actuellement |e demande : ou nous devons faire cette application par la seule lumière de la raison telle qu'elle luit dans le cerveau de chacun ; ou il doit y avoir une loi écrite pour servir de règle extérieure , à laquelle tous doivent' se conformer dans l'application à tel ou tel fait en particulier. Si on admet celte lot écrite qui règle cette application , alors nous avons la loi positive, qui est celle que l'on ne voulait point admettre pour nécessaire. Si au contraire la seule loi de la raison écrite dans le cerveau de chacun devait décider dans l'application

des principes «généraux , qne ferions-nous dans le cas où chacun des deux opposants jugerait que la loi de la raison est de son côté , et appliquerait en sa faveur ces principes certains? faudrait-il leur ouvrir la tête, pour voir dans quels termes est gravée laioi de la raison qui parle à leur esprit , oa décider en faveur de celui qui crierait le plus? Quand il y a une loi positive, on peut citer les deux contendants, pour qu'ils voient et lisent les termes de la loi qui favorise l'un et condamne l'autre ; mais , dans une loi non écrite, qui les obligera à voir tous les deux de la même manière, et à entendre la loi dans les mêmes termes, si chacun a dans son cerveau le code dans lequel il se règle , et qu'il regarde comme infaillible?

La bar. A cela , mon cher Théodore , j'ai à opposer que vous nous avez bit accorder an commencement que la voix de la nature est la voix de Dieu , et que nous ne pouvons ni la changer ni la détorquer.

Théod. Je l'ai dit, et je le dis encore : mais cela s'entend par rapport aux principes généraux, qui sont d'une telle évidence, que Fiersonne n'en doute; la difficulté est dans 'application de ces principes aux cas particuliers ; parce que chacun tire de son cêté , interprétant la loi à sa guise ; et quoique elle le condamne au fond de son cœur, il se tait, il dissimule , ou il crie en affirmant que la lumière de la raison lui dit le contraire.

la bar. J'entends actuellement ; pour moi , mon frère , je suis convaincue. Théodore a raison de dire que, laissant à chacun la U-berlé de suivre la lumière de sa raison comme il voudra l'entendre , on le laisse maître de la sentence, et par conséquent juge de sa propre cause. Mais alors qui s'entendra dans ce monde, si chacun est juge de lui-même , et que personne ne puisse le convaincre de juger mal , parce que personne ne sait ce que sa raison lui dicte intérieurement? Beau système pour la société, dont la loi fondamentale est et doit être le secours mutuel et la concorde entre ses membres? Que répondez-vous, baron?

Le bar. Je ne sais que vous dire ; mais mon entendement est très-com battu-, sans pouvoir trouver le repos et le calme que je désirerais.

Théod. Attendez , mon cher baron , que je vous aide à sortir du combat.

§111. — De la nécessité des lois positivée et de

la force coactive.

Théod. Réduisant donc ce que nous avons dit à des propositions séparées qui forment une suite dans notre discussion , je dis :

1* Que la loi naturelle résidant dans le cœur , chacun , quoique il l'entende , peut la nier , et dire qu'il ne sait ce qu'elle lui

dicte.

2* Que les passions peuvent offusquef le cœur d'un homme au point qu'il erre en*tièrement dans l'application même des prin« cipes généraux qnil ne peut ignrrer» •(

IMt

nARMONIE

qo*aiii«i il ne roit pas ce que lui montre la lamière de la raison.

3* Donc il est nécessaire qa il y ait une loi visible qai nous dise la même cliose que la loi de la raison , afin qu*aucun ne Tignore, ni ne puisse feindre qu'il l'ignore; et que tous , sans préoccupation ni passion , s'accordent sur ces termes et sur leur

▼aleur*

Mais comme notre liberté ne dé|)end pas de la raison, un homme peut fort bien connaître ce <|ui est de la raison et faire le contraire ; i'aioute donc •

qu monde

que la loi de la raison dicte que celui qui vit en société et qui a l'ayantage d'en être se-

qui couru dans ses besoins et dans ses peines doit contribuer de son cêté au bien de la société. Ce bien essentiel est que tous observent la loi de la raison ; et comme la liberté pourrait faire que les hommes y manquassent, la même loi de la raison demande qu'il y ait quelqu'un qui les contienne dans les limites de la raison ; et c'est là ce que j*appelle la loi coactive.

Le bar. Gela est très-certain ; mais cette loi coactive exige une supériorité sur tous , et qui est-ce qui l'a donnée à aucun homme , puisque ils sont tous égaux ? C'est li l'argument que fait Voltaire.

Théod. Doucement; vous touchez un point très-délicat et très-mal entendu par les philosophes du jour. Vous demandez qui a donné la supériorité à un homme pour poser une loi positive et expresse, conforme a la loi de la raison qui est cachée ? je réponds que celui qui Ta est celui qui la donne. Mon cher baron , allez avec moi peu à peu, parce que le Ims est glissant. Quiconque a la lumière de a raison reçoit de Dieu par la loi dé la raison rintimalion suivante : Quoique la nature faêse totu les hommes égaux, qu'ils ne vivent point tous comme égaux. Car alors (supposant A chacun la liberté de faire ce qu'il jjugera à propos) il n'y a aucune société et personne ne pourra être en sûreté contre f invasion des ennemis ; personne ne pourra se promettre d'être protégé et secouru par un autre ; parce que lui étant égal en tout il ne lui doit pas ce service. Donc c'est un précepte de la loi naturelle, qu'entre les hom^ mes qui vivent en société il doit y avoir sujétion d'un homme à un autre homme. Donc par la voix de la loi de la raison, Dieu commande qu'il j ait entre les hommes supériorité et sujétion.

Le bar» J'en conviens : suivez.

Théod. Cette supériorité, quelquefois la nature la donne, comme celle du père sur ses enfants ; d'autres fois on la reçoit par convention, comme celle du sénat sîir le peuple ; mais dans tous les cas cette supériorité est conforme à la loi de la raison, et par conséquent Dieu l'ordonne ; car nous sommes convenus que la voix de la loi de la naison est la voix de Dieu.

Je m'expliquerai davantage : peu importn

A Dieu que Henri Dandol , par exemple , soit ou ne soit pas doge de Venise ; mais dans la supposition qu'on l'ait élu légitimement, il ordonne que suivant les formes de cet Etat, il soit le supérieur A qui on obéisse. De même

Ïieu importe A Dieu aue François soit père de ean ; mais suppose qu'il soit son père, il veut et il ordonne que Jean lui obéisse. Dieu n'a nul intérêt A ce que Pieite serve Looiv ou Louis Pierre; mais dans la supposition que Pierre ait vendu ses services A Louis pour respace d'un an et pour une certaine somme d argent, Dieu veut et ordonne que Pierre tienne sa parole. Dieu ne s'intéresse en rien A ce que je vous donne une boite d'or, etc. ; mais supposé que je vous l'aie donnée. Dieu veut que je ne vous la reprenne ni par fraude ni par force. VoilA, mon cher baron^ comme Dieu donne la supériorité aux hom^ mes pour imposer des lois justes A d'autres hommes : ils ne portent point ces lois par leur propre autorité, mais par celle que Dieu leur a donnée dans la supposition de la con^ vention des peuples, dfe la conquête ou d'autre titre légitime. Vous voyez que les choses sont bien diCEérentes de ce que Voltaire les faisait (1).

Le bar. Je suis convaincu , et je vois que c'est uniquement de Dieu, qui est par essence supérieur A tous, que vient l'autorité des lois positives, puisque elles sont fondées sur la loi de la raison, qui est la voix de Dieu.

Théod. Je conclus tout ce que noua avons dit par ces trois propositions que vous pouvez écrire :

1* Toute autorité ot supériorité légitime vient de Dieu.

â* Toutes les lois positives, parce que elles

£ recèdent de cette autorité i viennent de ^ieu.

3* Donc celui qui désobéit A ces lois positives désobéit A Dieu.

Vous voyez, mon cher baron, que par lA même qu'on admet la loi naturelle et la lumière de la raison, on doit admettre les lois positives^ Actuellement je me repose» car je

(t) La plus grande injiislice qoeles soi-4isants pfai>' losoplies ibnl aux chrétiens , csl de ne point reconnaître notre religion comme mile aux Ëtatii, comme si élre chrétien et vivre en sociéië Etaient deux cfaases iiicompatiklos. Mais qui sera le |4us dangereux ^ FEtat, de ceax qui metienl en question &'d y a un pouvoir politique, ou du dunéiieo qui respecte dans son prince un lieutenant fie Dieu, et qui roeonnatt

2ue les lois des supérieurs sont conformes à û loi lenielle, et qu*elles en emprunicni la plus respectable des fonctions 1 Dans tous leurs écrits, les apôtres commandent Tobéissance et l'observation des lois da FEiat. Pour achever d*eniratner ceux qu*ils ont d^à surpris, messieurs les philosophes fout ce vidicnle argument : comment lea chrétiens peavent^ils former un corps politioue, eux que leur religion ebliga de renoncer à tout. Hais c'est un faux témoignage ; car, quoique Jésus-Christ demandai celte perfeciioa h ceux quM destinait à élre \ei maîtres du monde , cependant il n*exigea que Tobservaiion de ses commandements de ce jeune homme qui s'informait de ce qu'il avait à faire pour se sauver. Qai doute qu'il y ait personne plus utile à la société qne ceux qui accompUftscnt ttdéleoMat la loi 4p Dieu.

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DE LA RAISON ET U bA RELIGION.

ne «ire suis pa» sial iiré du cembal eeotre deox.

la bar. Grâces à Diea , nous n'avons eu personne qui nous ait irpnblés ; mais, Théo* dore» v-ous uy^z rendu on grand service à mon frère, qui était persuade que la loi naturelle suflisaîL

Lb bar. Et tous» mu sœur, vous n*en étiex pas non plus très-éloignée ; car tous preniez goût au raisonnement que je faisais.

Xa bar. L*esliine que je fais de la bonté 4e Toire jugement leur donnait quelque poids. Allons promener, Théodore.

Théod. Allons.

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