SIXIÈME SOIRÉE
Sur h matière et Veeprit.
La bar. Venez, Tenez, Théodore; mon frère est ici à me rompre la tète d'idées mér* tapbysiques que je n'^uLcnds pas. Jjo ne sais où il a appris les extravagances qu'il débite aujourd'hui.
Le bar. Voais, ma sisur» tous Usez peu ei TOUS raisonnez heaiiGoup; vous êtes très-réfléchie et tous vos raisonnements ont beaucoup de clarté ; tos idées sent conséquentes, et TOS conséquences précises. Mais depuis que j'ai commencé au régiment à converser avec des personnes de duTérentes opinions el à m'ittitier dans la lecture de certains livres, j'avoue que j'ai [>erdu cette darté dans le raisonn^nent que j'eus autrefois et en quoi nous étions vraiment frères ; la multitude d'idées est ce qui me confond et m'en^ barrasse. Théodore , ce que je disais à jna sœur, c'est, ceq^je T^eus n'ignorez pas, qu'il y a quelqu'un qjoii esedire que ]peut-4tre une chose matérielle pourra devenir capaUe de penser et de Touloir | ^lie s'en est scandali* sée beaucoup.
Théod. Et aviec raison. JAais dites-moi : cet auteur donne-i*fl quelque preuve de cela?
Le bar. Non ; seulement il dit que nous voyons tous les jours des choses si nouvelles et si admirables qu'on est tenté d'espérer qu'un jour il paraîtra une machine qui, étant leule matière, pense, aime, choisisse, veuille, etc.
Théod. C'est donc simidement l'idée (|u'nn jour il pourra exister une^^hose qui aiqottrd*hiii nous seaAle impossible?
Le bar. Ce n'est que cela- La bar. Théodore, laisfteznnoi me divertir un momeoft aivec mon frère. 2e veux édaircir un doute; ensuite nous continuerons sérieusement ia couTersation. Dites^moi , baron, si on vous disait qu'il est possible de découvrir un moyen de tous rendre invisible à tous , excepté à ceux que vous voudriez réjouir de votre aimable présence , en «or te que personfie Autre ne tous Terrait , (andis que <Teafi, tous Terriez tout, jusque à rintérieur des antres , quel cas ferf ez-vous de cette nouvelle?
Le (or. ▲ucHL, |)nroe que c'est une folie.
La bar s Pevrqiioi /doue avez-vous bit tant de cas d'une a«lre piétendoe possibiitté qsi est une plus gpsande extruTegance encore,
CATicH. Philos. I.
telle que de Timloîr que ta matière puisse penser, aimer, etc.
Le bar. Non, cette idée est d*un grand intérêt.
La bar. En quoi ? parlez clair.
Le bar. le dois vous dire à tous« ma sœur, tout ce que j'avais de réservé dans mon cœur. Si la matière pensait et raisonnait, ipon ame pourrait être pure matière; ai elle rétaii, elle meunttU a¥ec le corps, et dans te cas je pourrais yiyre A mon aise sans asserTir mes passions,
La bar. Je tcux» mon frère» tous embras* ser, parce que tous êtes franct et que tous m'avez découvert ce que j'apercevais il y a longtemps dans Totre cmur et dans celui de beaucoup d'autres ({ui font l'impossible pour se déliTrer de la loi qui gêne leurs opinions. Vous riez?
Le bar. Parlant aTec franchise» j'aTOue (fue c'est li le but 4e tous les systèmes qu'on invente etde tous les raisonnements que l'on fait au temps où nous sommes. Voulez-v4>us savoir, ma sœur, les principales règles de l'Alcoran du joMr /luxquelles les autres se rapportent? Ce sont ces deux-d :
1* Que nos passions sont bonnes, el qu'ainsi c'est un enfantillage de les répri* mer.
S* Que toute la Tertu consiste à saTOir aimer ; et que ieute ame qui aime est Ter* tueuse.
La bar. Bians cette suwoeilioii tous aTez raison de dire oue l'ame est matérielle» qu'il n'y a point de Dieu , qu'il ne prend pas soin de nous ; ou que c'est un Jupiter adultère et impudique, qui, parce qu'îl'a les mêmes vices que nous, ne nous châtiera pas dans l'autre Tie. Dans quel labyrinthe de ceMtradictions et d'extraragaures il est nécessaire aue se perde, cher toren, renleodemeot de celui qui Toudra raisonner d'après ces deux nwiximes.
Le bar. Je confesse la Térilé^ ma sœur; depuis que je me suis mis à lire ces liTreSj je ne sais où donner de la tête ; tous les jours ce sont de nouveaux eombats utoc moi-même.
Théod. TrouTcz-TOus (Quelqu'un de ces livres qui preuve ce qu'îldiit,4eiinant une raison positiTo de son assertion eu de son sys^ tème?
Le bar. Non. Les uns disent : Qui eaii f D'autres : Je ne croie pae» et quelques-uns donnent pour preuve de leur assertion cela même q«'4l0 deTaient prouver. Mais le phis commun esl de dire : // pourra ee faire que quelqu^fê/n prouve ou peut^tre ^rouioeroA^n un jour; donc alore il sera ainsi; et liant ces choses les unes avec les autres, toutes reviennent A dire : On pourna dé^uvrir; Qui eaii ; Je ne V entends pas ; et autres manières de parler aiusi însi^iflantes que celles-ci.
thiod. Je l'ai déjà dU à la l^arenne, parce que j'ai fait jufte certaine étude de ces grande hommes de In philosophie du Jour. Mais ie me réfouis que TOtre sœur l'ait entendu de votre pooprr bouche* AemontoAs à ta question pnMMti ve, cher baron ; bien entendu que MUS anotts nisonner comme d'autres fois^
{Trenie^nq.)
HARMONIE
e"e9t-à^irc d'une roanière sérieitse et solide.
le bar. C*e$l ce que je veux, parce que je désire conoattre la Térité.
Théod* Prenons , mon ami , les choses de loin, parce que la soirée est à nous ; éclaircissons ces idées d^esprit et de matière.
Le bar. Voilà ce €|ae je veux connaître, comme je connaissais autrefois les yérités que TOUS m'enseigniez.
Théod. D'abord nous nommons idée une peinture interne de l'objet absent ; et si cet objet appartient aux sens, nous nous en fai*^ sons la peintore dans l'imagination, de sorte que nous Toyons les belles couleurs d'un oiseau, nous entendons son chant, nous nous représentons jusque à son yol.Tout cela étant des choses sensibles se peint par une idée représentative. Mais il y a d'autres choses qui ne sont pas du ressort des sens, comme la vérité, la vertu, l'amour, la pensée, la haine, etc. Celles-ci forment dans Vâme une autre peinture» d'une manière facile à entendre, mais non à expliquer. Ponr vous, mes amis, qyand vous raisonnez de ces choses, vous ne les confondez pas en les prenant l'une pour l'autre : ce qni prouve que vous avez de chacune d'elles une espèce d'image qui se présente à l'entendement quand vous y pensez ; et quand vous passez à une autre , cette peinture intellectuelle se replie comme une coulisse de théâtre, et il en vient que autre se présenter anx veux de l'entendement , afin
Îu'en la voyant et en réfléchissant 11 dise ; : {/« o ou wa pas telle ou telle propriété.
La bar. Vous m'enseignâtes cela autrefois dans la logique, et je l'ai lu plusieurs fols dans celle que vous m'avez cfonnée imprimée : le baron en convient aussi.
Le bar. )*en conviens ; mais ie crois, Suivant ce que j'ai lu dans votre logique, que l'entendement fait aussi sa peinture spirituelle ou intellectuelle des objets matériels ou sensibles, de la couleur, du son, de la dureté, etc.
Théod. Sans contredit : parce que l'entendement ne peut juger de rien sans combiner deux idées ; pour dire , quand il afflrme : Cetlc idée vient bien avec cette autre; ou. Cette idée répugne avec l'antre, quand il nie, Chaque fois qne l'entendement raisonne , il d>it nécessairement développer une Idée, pour voir s'il y trouve quelque chose qui résiste et répugne à l'attribut qu'on veut lui donner.
La bar. J'entends bien. I^ différence entre
rimngînation et Tentendement est en ce que
*l*iinagînation peut seulement peindre les
.choses sensibles qui nous entrent par les
cinq sens, et l'entendement peint ce qui est
sensible et ce qui ne l'est pas, parce qu'il
{leint totlt ce sûr quoi il raisonne : il peint usque aux négations, quand il s*en occupe, * comme vous me le disiez dans la logique contre Wolfius, si je ne me trompe.
Théod, C'est vrai : honneur à votre mé« Tioire. Dans cette supposition nous pouvons réunir les idée« qu'il nous semble bon , faitnnt des idées composées. Par exemple» j'ai IWée de ligne, j'y Joins l'idée de éroiiure et
je peins une ligne droite : et si j'ajoute IMdée du nombre trois, et que je dise trois ligna droites, joignant Fidée de /'unton entre leurs extrémités, il se présente Tidéedu triangle rtctiliqne; j'ajoute enCn l'idée d'égalité, et j'ai l'idée composée de triangle rectiligne équilatéral.
Le bar. Mais si nous réunissions ensemble des idées incompatibles, comme cercle et carré, n'en résultc-t>il pas une idée composée?
Théod. Non : il résulte une idée chimérique, parce que l'une détruit l'autre. Pour qu'une chose se compose de deux , il faut
Ju'après la réunion elles persévèrent toutes eux dans leur nature ; et cela ne se trouve point dans deux idées Incompatibles, comme sont celles de cercle triangulaire ou carré : et comme c'est impossible, il n'est ni cercle, ni triangle.
Le bar. Je saisis la différence : continuez votre raisonnement.
Théod. Remarquez, mes amis, ^ue nous pouvons seulement joindre la première idée avec celles qui sont du même ordre. Ainsi à l'idée de matière nous joignons l'idée d'extensiofi, et nous disons qu'efie est grande ou petite: et nous joignons celle de dure ou molle , suivant la résistance qu'elle oppose â une autre matière, etc. ; â l'idée de coulrur nous joignons celle d'être rouge ou verte, etc.; à l'idée du son nous joignons celle détre agréable , fort , sensible , doux , harmo^ nieux. etc. ; à l'idée du goût nous joignons celle d'être doux, aigre . amer, insipide, etc.
La bar. Par là vous voulez dire qu'en chaque chose nous devons joindre les idées des qualités ou affections qui lui peuvent convenir.
Théod. Actuellement,oiadame, si vous parliez avec un homme présumé savant, qui troquât les idées , appliquant les qualités des unes à des sujets étrangers, comme s'il vous disait qu'il avait vu une couleur aigre ou un son rouge ; combien ne vous mettriez- vous pas à rire?
Labar. Je le tiendrais ponr un fou, ou du moins pour un extravagant.
Théod. Bien , ne perdez pas de vue celte réflexion, et avançons : Tesprit a aussi ses attributs qui lui sont propres, comme penser, vouloir, aimer, haïr et choisir. Ce sont là les effets propres de ce qu'on appelle esprit, parce que nous nommons ainsi le principe qni pense, veut et raisonne, etc. Si on veut l'appeler autrement, on le peut bien ; mais, nous servant du langage ordinaire, de même que nous donnons a la matière les qualités aî^ tendue, figure, mouvement, choc, etc.; de même nous donnons à l'esprit ces autres-ci, de pemer, vouloir, aimer, hair, choisir, etc Il me semble que jusque ici tout est clair ci conforme à la bonne raison.
Le bar. Pour moi tout cela est certain , et pour la baronne aussi, suivant ce qae je re> marque en elle.
La bar. J'aperçois votre intention , Théo* dore ; je parierais que vous voulez Bie dire que, comme c'est un sujet de risée de treqner les qualité ou attributs da son el dss
coulcors, en disant un son jaune et une cour leur sonore, de même ce serait une chose ridicule de dire que la matière pense.
Thiod. Vous Tavez deviné, madame ; mais vous avez commencé le change et le dépla cément des attributs , et vous ne Tavcz pas achevé ; vous avez donné à la matière les at« tributs de Fesprit, et il en a résulté la matière pensante. Actuellement il nous manque de marier avec Tesprit les attributs de la matière , et il en sortira un esprit carré : nous aurons une demi-pensée, un quart d^amour, un raisonnement jaune, ou un amour vert ; car nous pouvons tout autant donner TofOce de Tesprit à la matière, en disant que la ma* tiêre pense, que donner à l'esprit cl à ses actes les propriétés de la matière , qui sont Vélendue, la moitié, le quart, la couleur jaune ou verte, etc.
Le bar. Nous rions tous , et c'est le cas , ou jamais.
Théod. Chaque fois que les attributs ou offices d'une chose se donneront à une autre de diRérent caractère, il en résultera des absurdités. Je ne parle pa& en ce moment de prendre les paroles en un sens métaphorique, comme quand on dît qu'un rai^^onne^ ment est solide, ou qu^une pensée est fine, parce qu'ici il y a une autre raison ; mais de prendre les paroles en un sens naturel : voyez quelle absurdité il s'ensuit , même en troquant les attributs des choses sensibles, telles que celles qui appartiennent aux sens, comme de dire que les yeux entendent , que les oreilles voient: et cependant ce sont deux sens corporels, animés par les esçrits* nerveux du même corps. Quoique dissemblables, ils sont très-parents, parce que tous les deux appartiennent au corps; mais ils ne
i meuvent chanser d'ofGces. Donnez au goût 'épithète de oleu, au son l'attribut de rouge, à Vharmonie le nom de carré ou angulaire
3ui sont des épithètes du tact, et vous verrez e belles absurdités. Si donc en troquant les ofCces de choses matérielles et sensibles, et en alliant des choses qui , pour ainsi dire , sont parentes au second degré, il en résulte des monstruosités ridicules; que serait-ce si nous unissions des choses aussi contraires entre elles que la matière et Vesprit , qui ne peuvent avoir une plus grande opposition, et si nous combinions les idées à étendue, de moitié, de quart, de couleur, de ^gure . etc., qui sont des propriétés de la matière, avec la pensée, la volonté^ Yamour, la haine, le dou/e, \ élection, etc., qui sont des effets ou des actes de l'esprit; il enrésulteraitdes monstruosi* tés encore plus énormes, telles que de dire , amour vert, pensée triangulaire , une moitié de haine, un doute carré, etc.
La bar. Venez m'attaquer une autre fois , mon cher baron , avec les idées métaphysiques de vos nouveaux livres ; et avouez que I avais grandement raison de me scandaliser de vous entendre dire que quelques-uns affirmaient qu'un jour la matière pourrait penser.
Le bar. Je n'ai pas dit cela : ce que j'ai dit c'est qqe quelques-uns prétendent que peut-
DE LA RMSON £f DE LA HELIGION.
être avec le temps <in découvrira qael(iu« raison de dire que la matière peut penser (l)^ La bar. Quand l' absurdité s'ajourne ainsi indéGniment , c'est une preuve qu'elle n'ose se présenter et qu'elle se fait horreur à ellcmémo. C'est comme quelqu'un qui dirait:
Qui sait si dans les temps à venir, d'ici  SK)0 ans, par exemple, il ne viendra pas du pôle antarctique un homme qui dise que vous , baron ^restant le même que vous êtes actuellemenl), vous avez apparu en l'air monté sur un aigle, semblable à Jupiter, lançant des foudres par le monde, etc. Qu'en diriezvous ? Mais dans cette chimère il n'entre point encore des choses aussi distantes et aussi insociables qu'il en entre dans l'assertion
3ue peut-être, dans la suite des temps , on écouvrira un molif de dire que la fnatière peut penser.
Le bar. Ma sœur , vous êtes très-avancéo dans l'art de l'argumentation : vous n'aviez point cette pénétration, quand je vous laissai
tour aller rejoindre mon régiment de carainiers.
La bar. Eh quoi 1 pensez - vous que les femmes n'ont de tête que pour la toilette, et de temps que pour se parer 7 Rendons grâces à Théodore, qui nous a inspiré à tous deux l'esprit de raisonnement, et a moi la défiance de m'appuyer sur rien qui ne soit solide.
Théod. Puisque votre frère tous trouve si avancée dans l'art de raisonner, réponde^ lui à ce qu'il vous objecte des nouvelles in* ventions et des admirables machines qui tous les jours se découvrent : c'est le seul fondement sur lequel on s'appuie pour voir on jour une matière qui pense.
La bar. Tant que je vous ai ici en per<sonnc, j'aime mieux vous écouter que d'avoir la présomption de philosopher ; répondez-lui , vous , Théodore ; ainsi je profiterai toujours.
Théod. Cher baron, les nouveaux automates ou machines qui paraissent naissent tons de nouvelles combinaisons de la matière , et jsont tous dans les limites de sa figure, de son étendue et du mouvement. Tout se réduit à cela, et hors de là on n'a rien vu paraître dans la matière. Gomme donc la pensée , le doute, Vamour, la con^laisanee , etc., n'ont rien de commun avec la figure, le mouvement et l'étendue, pourquoi se donner la peine de fouiller dans les récoins de la pos^ sibilité pour trouver une matière qui pense?
Le bar. Puisque vous pae touchez le trésor infini de la possibilité. Dieu, qui est tontpuissant ne pourra*t-il pas unir à la matière étendue la qualité de penser?
Théod. Ce que Dieu peut , c'est d^unir à là
(1 ) Qnî saU si 9n ééeoMmra tm jour qstê la mmièrc peut penBer ? Ces deux idées maiicro el pensés sVzclticiil Tune cl Pauire essentiellement ; elles f^pu* gneiit enirc elles ; elles fomienl nne contradicti'»n ei par conséqiieiii un impossible. Voilà donc la qiiettioii : découvrira-tM>n un jour on moyen de rendre possible ce qui est impossible ; mais on ^t sait est la rcssoorce.de tons les impies quand ils sont p^ibses à bout et des libertlas quand Ito ne pcoveaf d^l ter le blâme.
IMft
HARMONIE
matière Mendne un principe qui pense, raitonne» aime» etc.
Lé bar. Or roUé ce qtt*ils disent.
Thé^â. Me permeltra-vons de rire?
le fror. Je n*en vois pas trop le motif. Que diled-roa^i baronne ; y a-t-il Ici sujel de rire?
I* b&fi Je ne le vois pas. Donc vons acconlet, Thé#dorei que Dieu peut unir à la matière étendue un principe qui pense, rai-» sonne, aime, etc.
mod. Barenm, ne sommes^noos pas, rous , Toti^ frère et iiM)i , une matière étendue avec sa Ogure, et à laquelle Df en a uni notre ame qui pense, ahne et raisonne?
JLn bar. vous avei raison de rire; bien plus, je ris de moi-même, considérant que je traitais d'împossiUe ce que je vois en moi et dans tous tes antres.
Théod. Dieu, mes amis, peut unir des choses différentes et faire un composé; mais il ne peut faire qa'une chose soit antre que ce qu'elle est : il peut unir la matière avec Tesprity mais non pofot faire que la maître soit esprit II peut réunir en nous corps et ame, et chacune de ces deux parties ioùit de ses propriétés, et les propriétés réunies des deux s'attribuent au tout. Voilà pourquoi nous disons : Cêit9 bMe ptMe fUh raiiûnnê joliment. Etre biUé appartient seulement à la matière; ptmer appartient à Tame. Mais jamais on ne dit que dans reniant la matière raisonne , ni q«e l'esprit est èeim. Mettons plus d'excmpAes : si nous disions que le cercle est jemne, le emré peeant, le triangle eon&re, nous dirions trois hérésies en aéométrie; mais si nous disions qu'un cerele de ferblanc est jaune, qu'un carré de plomb est pesant, ou qu'un tnangle d'acier est sonore , noas dirions bien : parce que nous ne donnons la couleur, le poids et le son qu'à la matière du eerde, du carré, elc^ Je dis la même chose dans notre cas : Dieu peut bien unir, comme il Sait dam l'homme , une matière palpable et dore et un esprit qui pense ; mais il ne peut doMwr ni la pennée à la matière, ni la dureté à Vesprit.
La bar. Je suis entièrement persuadée de celte impossibilité. Qu'en dites-vous, baron? Le bar. Je ne puis m'empécher de dire qoe cette doctrine est conforaie à la raison , et que rentendement s'y renose avec sûreté, ce f^uil ne peut bire dans les autres expNcft^ tions et doctrines.
Théoi. Si vous cherchez, mon ami, la so^ lîdtté dans les raisonnements et les principes 4fui jurent avec la raison , vous trouverez ^u de livres qui vous plaisent. Je vous aver* lis que , pour Tordinaire , ils ont une éloquence efféminée qui consiste dans l'harmonie des périodes, dans la gentillesse des pensées, dans ie sd et la grâce des expressions, qui est ee qui supplée à la solidité et à la foret que vous devez chercher dans lès dîsvours sur tifnc matière aussi importante ; ainsi
tardez-vous hien des livres dont le sljle plaît enucoup.
La bar. Savei-vous , Théodore; la maxime qui a ounrs» même entre nous antres dames ? c'est qu'où il y a beaucoup d'apprêts et d'or*
nements recherchés il y a peu de beautés -. une paysanne avec ses eheveux épars ou altaches naturellement et sans art, avec sa toile blanche placée à sa manière sur sa tête comme un turban, nous fait rou^r nous a» très couvertes de mille bijoux. Il arHve de^ voitures , mettons -^ nous en disposition de promenade avant qu'on nous retienne à la maison.
Le bar. Sortons.
Théod. Je suis prêt.