‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 208 sur 235 · SEPTIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME SOIRÉE

De la epiritwdili et immortaiité de Vame.

l V\ De la epiritualité.

La baronne. Je ne puis vous dire , Théodore , la consolation que je reçus dimanche dernier, quand vous disputâtes avec mon parent le chevalier sur l'immortalité de Tame; je ne pensais pas qu'il fût assez corrompu en matière de religion pour oser affirmer que son ame mourrait avee le coros.

Théodore, l'étais mortiflé dans la crainte de vous offenser par mes réponses , où j'ai nécessoiirement manqué aux égards dus à un chevalier de votre sang et de son âge.

La bar. Il n'est plus d'âffe à penser en jeune homme, et rien ne peut l'excuser si ce n'est, peut-être d'avoir passé toute sa vie au service ; mais je ne sache pas que dans vos réf»onses vous ayez manqué a la politesse qui ni est due.

Théod. Vous ne (IteS pas attention , madame , à la dernière raison qu'il me donna i^our soutenir que notre ame mourrait avec e corps?

La bar. Je ne m'en souviens pas.

Théod. Il disaR en dernier Iteu : Je vois que les chevaux mangent, dorment , ont des petits et meurent : je vois la même chose dans les hommes : aineif affirme me nous sttmmes comme eux. Je lui répondis dans un premier mouvement : Tout serez ce ^ vous jugerez à propos, et moi t:on; il ne prit pas garde à la malice de ma réponse , dont je fus fiché après.

La bar. n vous avait efnnuyé par beaucoup d'absurdités; et la vivacité est excusable , quand elleest provoquée par de ridtCDles ar guments. Je m'abstins de rire, quoique j'eusse aperçu votre malice. Mais traitons sérieusement la question.

Théod. Ce ne serait point un mal léTappe- 1er votre frère : il m'a dit quMl roulait oarler avec moi sur cette matière. Il est réflëcni ; cl il a besoin de bien s'instruire 9ur tous ces points, parce que la vie miiitaiie expose sa religion à mille combats.

La bar. C'est très-juste, rt fe m^instruirai moi doublement à vous entendre disputer. Il y a peu de jours qu'il tomba entre mes mains un petit Imprimé où Ton disait quHm certain auteur ( dont i*ai oublié le nom ) swpposail entre les végétaux et les animaux une si

Jrande parenté, qu'A n'y mettait pas d^autrc iiférence que plus ou moins de perfection ; et qu'un autre établissait absolument le même T^^^fi entre la brute et l'homme , en sorte

Iiiot

DE LA RAISON ET DR LA RELIGION

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u^entre le chou et le jardinier qui le planle, il n*y a de différence que du plus au moins ( L'homme^lante , pages 9k etZY).

Lb 6oron. Je suis ici cité en jugement : et pourquoi ?

La bar. Pour vous demander si tous voulei être do la classe des choux ou de celle des brutes , dont nous sommes très-proches parents suivant les philosophes du jour.

Le bar. le sais pourquoi tous me 1er demande!; il n'est pas bien loin le livre où j'ai lu ce système de réduire toutes les créatures i une seule classe : pour assimiler les véffé* taux avec les brutes on s'autorise des polypes qui sont des insectes qui passèrent pendant beaucoup d*ann6es pour de petites plantes, parce qu'elles en ont la flgure, et qui se sont trouvés enQn être des animaux , et des animaux voraces , parce qu*ils se mangent les uns les autres.

Théod. Il y a peu de temps que j'ai vu , moi , un ver qui avait, comme les polypes, la figure d'une petite branche d'arbre : sa tète était dans le tronc, et très-vive ; il avait dé long quatre pouces , et le tronc était de la grosseur d'une petite plume à écrire ; là couleur était très-claire. Je sus ensuite que la même personne en avait rendu un autre de la même forme ; c'est pourquoi en mettant ce deffré pour moyen terme on Eacilite l'union des oeux classes.

La bar. Et quel degré mettront ces philosophes pour unir l'homme aux brutes f

Le bar. Les singes , parce qu'ils ont beaucoup de ressemblance avec les hommes. Voulez-vous savoir ce que j'ai lu , il j a peu de jours ; je le sais par cœur , tant j'en ai été Trappe : Tout U règne qnmal se compose de dimhrentes espèces de singes, les ans plus ha- Iriies que les autres ; et à la tête de tous Pope a placé Newton {Système d'Epicure). Vous voyez, ma sœur, que vous avez des parents sans nombre, que vous ne connaissiez pas; et dorénavant nous n'irons pas si vite, quand nous courrons la poste ; car, d'après ce système, les chevaux sont nos frères.

La bar. Nous nous copteoterons d*êlre des singes plus parfaits.

Le bar. Ce n'est pas tout : beaucoup de ces qaessieurs disent aussi qu'il y en a de plus parbits que nous aptres. tes brutes, dit un grand philosophe du jour, ont une ame copoole de toutes les opérations de l'esprit humain, eest'^hdire de concevoir, d'unir les pensées , et de tirer une bonne conséquence ( iPhiloso^ phie du bon sens). Un autre dit que les Apmmes épqrs dans les déserts observèrent et imitèrent rindustrie des brutes, et qu'ainsi ils parvinrent presque à leur instinct ( Origine de Vinégalité des hommes). C'est pourquoi, na sœur, à bas la vanité» parce que les brutes ont ét^os maîtres; et nous autres, nous avons tout au plus autant de jurement qu'elles. Un autre dit que si on n a pas de leur part autant de preuves de génie que de la part des hommes, c'est parce qu'elles ont des pattes au lieu des doigts, et que leur vie est plus eourte que la nôtre (1) ; et, comme elles /1)JaftaQ*oA va le dësir «îe étgalcr à labruie,

ont de meilleures arnies et de pieilleurs vé~ temepts que nous ^ leufs néccsçitéi sont moindres, et par là mênie elles ont moinf inventé ; car on sait bieî} qi|e la nécessité à été presque notre maître universel ( IP^^ai de Vesprit ).

La bar. Assez, assez, tapt d'extravagances me font horreur. Parlons, Théodore, $érieu« sèment de notre apie ; car c\»t 1^» nion frère, le sujet de notre conférence d'an]Qurd*hni.

L0 bar. y y consens; Théo^oreii ie vous écoutera! avec plaisir sur cette, matière*

Théod. Ici , il y a deux questions, et l'une dépend de l'autre. La première : slTe^mecst spirituelle ; la deuxième : si, comme spirituelle, elle est immortelle. Qq<int à la prcfi^ièret nous en avons parlé dernièrement , traitant de l'idée différente qu'il faut se former de la matière et de l'esprit. Et en donnant 4 chacune de ces choses ses propriétés et ^cs effets nous avons vu clairement que notre ame, qui a la (acuité dépenser et de ^pu/otr.' ne peut être matière.

La bar. Puisque il est aussi impossible que la matière pense ou qu'elle choisisse, qu'elle veuille, aime, haïsse et doute, qu'il est impossible (fue le son soit jaune, ou que la pensée soii verte, etc., il est évident que notre ame est spirituelle.

Le bar. Et que me dites-vous de Tame des brutes ? car j'ai lu que beaucoup de catholiques sont d'avis (^u elle est spirituelle (1).

Théod' Je le sais bien : mais moi , je n'ai jamais été ni ne puis être de cette opinion ; et , malgré les {grandes raisons sur lesquelles ils se fondent , je n'ai jamais pu pencher vers ce svstème, à cause de la grande différence qu'il y a de notre ame à la feur (Récréation, tom. 5, soirée^).

Le bar. Toujours sera-t-elle plus impar-* faite.

Ihéod. Je ne sais : car si dans les brutes c'était l'ame qui gouvernât, dirigeât et or-, donnât leuirs actions, leur ame serait beaucoup plus parfaite que la nôtre.

La bar. C'est ce que je ne crois pas, avec^ votre permission.

Théod. Remarquez, madame, que les brutes agissant sans études, sans éducation, sans livres, ni expériences ni instruments , font souvent des choses plus parfaites que les hommes. Dites-moi quand les hirondelles et autres oiseaux de passage font leurs nids la première année, eues les font aussi parfaits

poar Ucher It bride aux passiens ! Tonieit I(*s csp^ ces de singes oiit des dotgis. Parmi les siilmajz, il y en a qui ont la vie plus longue que rtinmme :inais quand il vient i sentir les entraves de la religion , il supporte, dans la vue de les secouer, (iu*ou le dé« grade au point de ie confondre avec les uètes. ' > (1) Les caiboliques qui pensent que Tame des l)ê(es est un esprit suppos^ent que Dieu peut faire des esprits d*une nature plus noble que les autres, comme on le voit dans les anges ei dans nos âmes , ainsi quand même Tame de la brute serait un ospric, il serait d'un ordre inférieur au nétre* Telle est la so« lution qu'on donne coininuni^ment ; mais eeUe qu'ap* porte notre auteur, en disant que celui qui est en to is lieux ^uverne les actions des Mtes^ me pa* ralt la meilleure.

JIOS

HARUOME

ffo;

que la dernière; et nul homme ae les ferait ainsi » si an lieu de mains et dlnslnimenis il n*a?alt qu'un bec et des pattes. Il est rrai que l'hirondelle qui naquit à Lisbonne, par exemple, naquit dans son nid ; mais elle ne le vit point Taire : elle partit pour TAfrique à rentrée de Thiver, et ne rit point ses auteurs faire de nids, parce que là elles ne s'accouplent point et elles n'ont point de petits ; revenue l'été suivant en Europe, elle réussit sur-le-champ à faire son nid.

Qui a appris aux jeunes abeilles ft fabriquer leurs rayons avec cette admirable géométrie que tout le monde voit, et que per* sonne avant elles n'eût pu imaginer si propre à leurs Ans? Nul savant, quel qu'il soit, no pourra donner une idée différente qui n'iia beaucoup de défauts. L'abeille n'a pu voir la fabrication do la petite case de cire où elle est née. Elle en sort avec la mère abeille et le reste de la famille, et dans la première ruche on concavité obscure qu'elles trouvent, elles fabriquent leurs rayons con for-» mément à la localité, et suivant la même idée inimitable. Quel est Thomme qui sans expérience, sans livre, sans enseignement ni instruction fera des œuvres aussi parfaites ?

Le bar. Ceci est en ma faveur, Théodore , parce que je crois qu*elles ont une ame spirituelle.

Théod, Un peu de patience, cher baron. Je dis donc que les actions des bétes demandent non seulement beaucoup de jugement , mais un jugement beaucoup plus grand que celui lies hommes, en les supposant, comme les bétes, sans enseignement ni instruments.

Jusque ici il n'y a point de doute ; il n*y en a que dans la question de savoir si le jugement qui dirige les œuvres des bétes est propre à leur ame ; ou si c'est une autre chose supérieure qui soit hors de cette ame.

La bar. Je ne l'entends pas : cela est une énigme pour moi. Pourquoi n'accorderiezvous pas ce jugement aux bétes, .si ce sont elles qui font ces œuvres, et qui se gouvernent pour les faire?

Thiod. Parce jjue je vois en elles deux choses qui m'obligent à ne point leur faire cet honneur. L'une est Tuniformité de leurs actions, dans tous les temps et dans tous les lieux. En Russie, au Japon, en Amérique, rn Afrique et en Europe les abeilles fabriquent leurs rayons sur le même plan et sur le même modèle , sans diflerence aucune ; et elles les font aussi parfaits aujourd'hui qu'el* les les ont toujours faits.

La bar. Cela je le crois facilement.

Théod. Donc ce n'est pas leur ame qui dirige leurs œuvres. D'abord , parce qu*il est impossible que le hasard produise une si en* tière ressemblance, malgré la distance des lemps et des lieux. Dites-moi : est-il possible qu'un homme fasse par hasard ici un ouvrage en tout semblable à un autre qu'on ferait en même temps en Russie, et à un autre fait en Amérique , sans que les ouvriers aient eu de communication entre eux? Quels senties ou^ -«Tagcs *es homntf s que tous trouviez entiè-

rement conformes ? Vous ne tro'iverez point de ressemblance dans la manière de manser, de se vêtir, de bâtir, etc., quoique tous aient appris du même maître, qui est la nécessité : tons éprouvent le même besoin; mais chacun mange â sa manière, se vêtit à son idée, hâtit suivant sa fantaisie, etc. Quoique les livres , les maîtres et l'expérience passent des uns aux autres, toujours les ouvrages des hommes sont différents. Comment se peut-il donc que les ouvrages des bêtes soient les mêmes dans tous les lieux, toute communication entre elles étant impossible? comment se peut-il qu'ils soient les mêmes dans tous les temps? 11 faut donc qu'il y ait une intelligence générale qui les dirige , et qui soit présente à tous les lieux et à tous les temps. Cher baron , exercez votre sagacité mathématic^ue, et expliquez-moi ce point. Comment peut-il se faire que des ouvrages produits dans des temps et des lieux très-distincts, et sans aucune communication de livres , de modèles, de n^aitres et d'expérience , soient parfaitement semblables , seulement par un pur hasard ?

Le bar. Je vois que c'est de la plus grande impossibilité.

Théod. Donc cela ne peut venir que d'une intelligence qui soit dans tous les lieux et dans tous les temps, pour combiner et ajuster les ouvrages entre eux, afin qu'ils sortent tous très-parfaitement semblables. Répondez-moi.

Lt bar. Cela me parait absolument nécessaire ; si cette cause directrice n'assiste dans tous les lieux et dans tous les temps , elle ne peut ajuster très-parfaitement its choses aussi distantes.

Théod. Ajoutez à cela que, si dans les hommes vous trouvez quelques mouvements entièrement semblables en tous lieux et en tous temps , ce sont de ces mouvements qui ne dépendent pas de leur liberté, comme la palpilaiion du cœur, la respiration , et tout ce qui est dans la nature et non dans la volonté libre. Dans ces choses il y a uniformité; mais dans les choses où l'homme est libre , et qui procèdent de la volonté de son ame « vous trouverez toujours beaucoup dedilEè* rence. La disposition des moyens pour parvenir aux fins «qu'on se propose est rou viMgc de la volonté qui choisit, parce qu'elle esl libre.

Le bar. Qu'en dites-vous , baronne ? quelle soltilion trou vez- vous? Venez à mon secours, si vous pouvez. Quelle réponse donnez-yous à cela, Théodore?

Théod. Celle que je donne , la voici : c'esi rinlelligence divine qui voit en tous temp^ et en tous lieux , qui a disposé de rorganisa* tion des abeilles , de manière qu'elles Gsseo ces ouvrages si réguliers , non par leur propre jugement, mais par une impulsion étrangère; de même qu'un horloger fabrique â Genève des montrés pour toute l'Europe tellement que toutes celles de sa (abriqae , dans quelque partie du monde qa*on les porte , fassent les mêmes mouvements. L'or> drc et la proportion dans lesquels la montre

nos

DE LA RAISON ET DE I.A RELIGION

fait ses mouTemenls ne viennent point de la montre, mai« de Thorloger. Les actions des hétes et celles de leur ame sont de même , leur ame opère les actions » comme le ressort 4e la montre les mouvements ; mais ce aui proportionne les actions de la béte à ses ns, ce n'est pas son ame, qui ne combine ni ne choisit point. Le ressort, qui est comme rame de la montre, ne combine, ne proportionne, ni ne dirige par son choix les mouvements de la montre, suivant les fins aux^ quelles ils £ont destinés. Toute la combinai* non, tout le gouvernement est hors de la montre; et, pour la même raison aussi, il est hors de la béte. *

Le bar. Je n'ai rien à réoondre : allons m avant. Quelle est la deuxième chose dans les actions des bétcs qui vous porte à leur refuser la gloire de les diriger elles-mêmes? Thiod. C'est do voir que depuis le commencement du monde jusque a ce jour , il n'y a eu ni perfectionnement ni nouvelle invention dans les ouvrages des bêtes. Jetez les yeux sur les ouvrages des hdmmes , et vous vous étonnerez de voir combien chacun fait de progrès sur ses prédécesseurs. Au commencement de Timprimerie , on gravait les caractères sur du bois ; ensuite on a passé au métal ; et enfin c*est une chose admirable que la perfection où Ton a porté cet art. D'un autre côté, qu'a-t-on avancé dans les rayons de miel, dans les toiles d'araignées, dans les nids des oiseaux, etc. Tout est aujourd'hui comme cela a toujours été. Donc celte fabrication n'est pas dirigée par l'ame des bêtes avec une intelligence et une liberté qui leur soit propre, comme il nous semble. La bar. Je perçois la force de cet argument. Quand on voit la sagacité des singes , des araignées, des abeilles, etc. , qui, sans avoir de maîtres , ni l'expérience d'avoir vu relire de semblables ouvrages , et sans instruments pour cetefret,sans éducation, ni livres, ni modèles , font ce que les hommes n*ont point fait , tandis que les plus habiles maîtres doivent leur habileté et leur avancement aux livres, à l'expérience et à l'étude, etc.; quand on voit, dites-vous , cette supériorité de la part des bêtes , on est porté à croire que leur ame est plus parfaite que la nôtre. Mais quand on réfléchit que , depuis le commencement du monde jusque à ce jour , les bétes n'ont avancé en rien , tandis que les hommes vont toujours en se perfectionnant, on est forcé de refuser aux bêtes la direction et le gouvernement de leurs actions , et de

nier que volontairement et librement elles fassent telle action pour telle fin , et telle autre pour une autre fin ? N*est~ce pas là ce que vous dites?

Thiod. Il n'y a point de doute que la force de mon argument pour prouver la grande

différence au1l y a entre Tame de Thomme et celle des bêles consiste en ce <iue la nôtre,

aui agit avec propre intelligence , réexion, élection et liberté, ne peut être au'un esprit; et que, quoi qu'il en soit de l'ame des bêtes, il n> a en elle ni parfaite intelligence , ni élection , ni liberté.

Le bar. Je ne pourrais jamais me persua-

der, et je ne pense pas que personne se pc suade jamais sérieusement qu'il n'y a point une ame spirituelle dans cb<icun de nous, pour peu qu'on considère que nous sommes doués de connaissance et de liberté dans nos actions, et du pouvoir d*aimer, de haïr, de douter, etc.; ce oui très-certainement est incompatible avec la matière. Venons à î'immortalité de notre ame, qui est le point lo plus controversé entre les incrédules.

Nous devons auparavant traiter de sa sim« plicité.

§ II. — De la simplicité de notre ame.

La bar. Que veut dire simplicité de l'ame ; je n'entends pas bien ce terme-là?

Théod. Nous appelons simple une chose, qui n'est pas composée de parties. Dans notro ame il y a différentes fonctions, parce qu^cllo

[)ercoit, juge, raisonne, doute, nie, etc.; et a faculté par laquelle elle les exerce se nomme entendement; elle se rappelle le passé, et cela elle le fait avec la mémoire ; elle aimit et hait, veut et ne veut pas , choisit ou rejette par le moyen de la volonté. Quelc^uesuns disputent pour savoir si ce sont différentes ctioscs réunies dans l'ame, de la même manière que sont réunis dans le corps le cer* veau, le cœur et restomac,qui ont chacun leurs opérations déterminées , qui ne se peuvent changer , et sont entre eux des choses très^ distinctes.

La bar. Pour moi je pense dès à présent que c'est une seule et même chose, et que les trois puissances sont trois opérations de la même ame.

Théod. On le dit ainsi communément; mais je pousse plus loin la pensée, et je demande : L'ame qui entend , veut et se souvient , est« cUe une chose simple , ou est-ce , comme le corps dans lequel elle vit, un composé de différentes pièces? Choisissez ce que vous voudrez, et entrons en discussion.

La bar. Je veux supposer actuellement, comme par une espièglerie d'entendement.

Sue notre ame est composée de beaucoup e parties simples. Voyons comment vous me convaincrez de fausseté. Soyez, mon frère, le juge de notre dispute pour voir qui a raison.

Le bar. Avec beaucoup de plaisir, parce que, jusque à celte heure, je n'ai point entendu discuter ce point. Voyez comment vous vous en acquitterez, Théodore; prenez garde que je suis établi juge.

Théod. A la bonne heure. Si notre ame est composée de beaucoup de parties spirituelles, je veux savoir si chacune de ces parties est par elle seule intelligente, etisi elle est libre ou douée du libre arbitre.

La bar. Cela non : l'ame qui résulte de ces parties est celle qui a intelligence et volonté; mais elles ne sont point dans chacune des parties dont l'ame se compose : c'est comme une montre qui a le mouvement, et les pcirties séparées dont elle se compose ne l'ont point. Théod. Ne me direz-vous pas comment if est possible que de plusieurs parties don> aucune n*a rintelligence, tl résulte une ame intelligente ? Qui dit intelligence , qui dit volonté , dit une chose qui ne peut naître de ia

HARMUME

combinaison et réanion des parties. La com^ paraisoD de la montre ne vous défend pas» parce que la montre par elle-même n*a aucun mouvement 9 pas plus que les parties dont elle se compose , prises chacune en particulier. Tontes , par la combinaison de leur ensemble arec le ressort, en reçoivent le mouvement ; non qu'il soit par lui-même un principe actif, mais parce qu'en vertu de son élasticité il a une tendance à sortir de rétat de compression o& il est. et à se rapprocher de son état naturel. Tant que cet effort dure , il agit sur les roues , et leur communique un mouvement qui ne lui est pas propre : si bien iyxef quand il se casse , tout mouvement finit, parce qu'il sort de rétat violent d'où venait toute sa force , et qu'aucune partie de la montre n'a de mouvement en soi » ni par conséquent ne peut le donner.

Le bar. Je suis juge , ma sœur : ne vous obstinei point. Je ne puis entendre comment de plusieurs pièces inintelligentes , il peut résulter une ame qui entende , qui veuille » qui raisonne , etc.

La bar. Eh bien I faisons intelligente une

{lartie de Tamc, douons-en une antre de voonté , et qu'il résulte des deux réunies une ame intelligente et libre.

Théod. Cela ne peut pas être non plus ; parce que cette partie de l'ame qui veut et choisit libirement doit savoir ce qu'elle veut, et pou^noi elle choisit. Si cette partie de Tame , par défaut d'intelligence , n'entend pas et est aveugle, comment pourra-t-elle aimer, comment pourra4-elle haïr, et comment ponrra-t-elle préférer ceci à cela? Si vous aviez deux servantes, baronne, dontl'une vit trèsbien mais fût muette et incapable de rien ordonner ; et dont l'autre eût bonne langue, mais fût sourde et aveugh, que pourraient-elles faire dans votre maison, dans le cas où vous n'y seriez pas, etc.

La bar. Sans doute elles no pourraient lien faire, parce que celle qui verrait ne pourrait rien dire à l'autre ; et que celle qui pourrait ordonner ne verrait pas , et <|ue d'ailleurs , étant sourde , on ne pourrait rien lui dire. Si j'étais, moi, à la maison, celle qui verrait m'avertirait par sienes , et en cas de pouvoir me faire entendfre de l'autre , je m'en servirais pour parler et donner les ordres.

Le bar. Alors, baronne , mettez trois parties dans l'ame , Tune qui soit intelligente , Fautre qui ait la liberté , et une troisième qui se serve des deux , pour que l'intelli-

f[ence de Tune gouverne la liberté de 'autre.

La bar. Eh bien , que ce soit ainsi : que notre ame ail trois parties ; tenons-nousen là.

Théod. Hais cette troisième partie qui dcvail faire votre rêle doit avoir de Tintelligence pour entendre les signes de la servante qui voit , et elle doit avoir de la liberté pour déterminer , en ce Qu'elle jugera A propos , la servante qui parle.

La bar. Nécessairement cela doit être

ainsi. Qu'il en soHdonc coimae vo«s rcfadreif

Kurvii que vous mettfetf trois parties dans me.

liberté ûe la seeonde, déjà vous avez une partie de l'ame qui peut faire par elle seule ce aue fait toute Tame , parce qu'elle est intetliaenie et libre.

La oar. Je ne puis le nier.

Théod. Si vous admettez déjà une partie de l'ame qui étant simple ait en elle teut ce

3 ne l'ame entière fait , à quoi servent les eux autres inutiles? Venons à la comparaison : si vous êtes ébez vouS , et que vmis Eissiez voir et parler , à quoi vous servent deux servantes , l'une at^eugle et l'autre muette t

Le bar. Renvoyez, ma sœur, ces deux servantes inutiles , et avouez à Théodore que l'ame est nécessairement un être simple, o'est-à-dire que l'intelligence et la volonté libre sont une même substanee. Vous m'avez constitué juge : souffrez que je porte ma sentence , sans faire attention a la diair ni au sang.

La bar. Je snis du même avis , et maintenant je suis très-fermement persuadée de ce que Théodore a prouvé. Passons à autre chose.

Théod. La question qui suit est celle da l'immortalité de l'ame, chose que les philosophes du jour ne veulent aucunement accorder.

IIU.— De r immortalité de Famé, or. J'ai observé que c'est ici le point contre lequel ils s'élèvent avec le plus de force.

La bar. Et avec raison , parce que si l'ame meurtavec le corps, ils n'ont point àcraindre le châtiment de leurs désordres; et l'homme vertueux n'a plus à espérer le prix de sa vertu. Pour moi , je ne sais rien ae vos preuves métaphysiques ; mais ce qui s'accorde le mieux avec la raison , abstraction faite de la foi, c'est que notre aine est immort^e. Sinon, il faut, baron, quand le créateur nous donna la liberté et avec elle la lumière de la raison et la loi naturelle^ qu'alors il nous l'ait accordée pour que nous la suivissions dans les actions libres. Celui qui pendant la nuit donne une torche à son valel, quand il l'envoie en commission, la lui donne sans doute pour qu'il évite les précipices, et suive le bon chemin , jusque a ce qu*il s'acquitte de sa commission. N'est-ce pioint vrai, baron?

Le bar. Sans contredit : parce que si le maître ne voulait pas qu'il exécutât ceqnll lui ordonne, il ne lui donnerait pas la com> mission , ni la torche allumée pour qu'il évitât les dangers qni pourraient se rencontrer dans l'exécution de ses ordres.

La bar. Donc si Dieu nous a donné la loi naturelle et la lumière de la raison conjointement avec la liberté , c'est oarœ qu'il a voulu qu'en suivant cette lumière BOUS ac' complissions cette loi.

MOÛ

DE LA RAISON ET DE LA liELIGION.

L$ bor. Je a'en doute pas. Mais i|iiln<lérez-vous de lA pour rimmortalilé de.

rame ?

La 4Mr. Ce que j'en infSre , c'est que si nous ne faisons pas ce que Dieu a en vue, si noas agissons contre la loi naturelle qu'il nous adonnée, nécessairement il s'offensera* et par conséquent il nous châtiera parce qu'il est juste; car s'il n'en était pas ainsi, la créature» sûre de l'impunité, pourrait effrontément se moquer de son créateur : cela ne conyient nullement à l'Etre suprême.

Le bar. Je vous accorde encore cela : mais allons au point de la question , qui est l'immortalité.

La bar. Ayez patience, baron. Si tous accordez <^u il est nécessaire que celui ^ui agit mal soit puni , et que celui qui asit bien soit récompensé , celui-ci parce qu'if obéit an Créateur, et l'autre parce qu'il se moque de lui, il est indispensable qu'il y ait une autre vie après celiez:! , et que la mort ne détruise pas l'ame. Car il n'est que trop ordinaire que les bons et les hommes vertueux soient opprimés toute leur vie, et que les méchants triomphent , et continuent impunément leurs désordres jusque à la mort. Et ainsi vous voyez déjà, mon frère, qu'il doit y avoir récompense et chAtiment après la mort, ou que Dieu se manquerait à lui même, en permettant que dans cette vie les bons fussent opprimés , et les méchants comblés de prospérités.

Le bar. Je connais la force de cet argument, la raison en est très-puissante. Cfar, outre la lumière de la raison qui condamne nos mauvaises actions, nous avons un aiguillon qui nous pique, nous reprend et nous accuse; et cet aif;uiIIon est sans doute la ▼oix de Dieu qui nous réprimande : quiconque se moquera de cette voix, pour suivre sa volonté au mépris de celle de Dieu , doit nécessairement être châtié ; et au contraire celui qui. sera fidèle à celte loi de la nature, à cette lumière de la raison, et à cette voix intérieure , sera récompensé. Or si cela n'a point lieu dans cette vie il doit nécessairement y en avoir une autre où l'on rende à chacun ce qui lui est dû. Que ditesvous à cela, Théodore? vous êtes bien silencieux I

Théod. Je dis que vous raisonnez très-bien, et que ceux qui raisonnent autrement font une grande violence à leur raison. Mais voyons, baron, une autre preuve métaphysique, qui vous fera plaisir, parce que vous avez le génie spéculatif.

La bar. Et moi aussi je l'ai : voyons cette preuve.

Théod. Une chose composée de diverses parties peut se détruire, sans qu'aucune do ces parties s'anéantisse, mais seulement par leur désunion et décomposition. Un palais, par exemple, peut être détruit et rasé , sans qu'aucune de ses parties ne se détruise , et seulement par la séparation des parties dont il est composé ; on verra des pierres éparsos sur la terre, des amas de sable et de chaux, des bois mis en pièces , des tuiles brisées , et

le tout ne faisant plus qu'un monceau de ruines ; ce|>endant aucune partie n'est anéantie. Ainsi périssent toutes les choses composées de plusieurs parties ; mais celles qui existent sans composition de parlies ne peuvent périr de même. Car » si elles n'ont point de parMes différentes , elle» ne pourront se décomposer, puisque il ne peut y avoir de sé« paration.

Le bar. Comment se vérifie-t-il donc que Dieu peut les détruire f

Théod. Eu les réduisant à rien , ce que nous appelons anéantir. La différence entre le pouvoir infini et le pouvoir limité consiste en ce que Dieu qui , par sa toute-puissance»

F eut faire qu'une créature passe du néant A être en la créant, peut aussi foire qu'elle Easse de l'être au néant en l'anéantissant. Les ommes ne peuvent rien faire de cela : ils no peuvent que séparer les choses qui étaient jointes, et réunir celles qui étaient séparées. Quand les hommes construisent un édifice , ils ne font que réunir dans une certaine dis-

Î position les matériaux qu'ils apportent de oin ; mais tout ce qui se trouve aans l'édifice, quand il est achevé, était longtemps auparavant en différents lieux ; et , quand cet édifice est miné , tout ce qui le composait revient A l'état primitif de matériaux séparés; j'en dis autant des ouvrages de la nature. Quand un arbre croit, c'est par la réunion de tout ce qui était dispersé avant de concourir A l'augmenter , comme l'eau , la terre, les sels, etc. Le feu altère, chaoee, analyse, résout, etc.; mais jamais il ne fait qu'aucune substance corporelle périsse entièrement. Le passage, de l'existence au néant est d'une distance infinie ; et il n*y a qu'un bras d'une force infinie qui puisse la franchir : dans la composition des créatures, il n'y a pas d'autre différence que l'arran-

Îçement des particules de la matière, soit d'une açon , soit d'une autre. Je crois qu'en cela vous êtes tous les deux d'accord avec moi. Le bar. Vous l'avez expliqué de manière qu'il ne me reste pas de doute.

Thiod. Je conclus donc sur ce point. Les . choses qui sont simples etn'ont pointdepar* ties ne peuvent se désunir ni se défaire ; et par conséquent il n'y a point de créature

2 ni ait iiction sur elfes pour détruire leur tre ; c'est pourquoi elles sont hors àts at« teintes de toute destruction naturelle. En ce sens, notre ameest immortelle, c*est-A-dire qu'il n'y a pas dans la nature de force pour la détruire. Car, comme son être est simple et sans parties qui la composent , on ne peut la désunir, et il n'y a point de force dans tout ce qui est créé pour l'anéantir, et la r6< duirc A rien. Il n*y a que le Créateur qui l'a tirée du néant qui puisse l'y replonger. Or Dieu ne le peut faire sans un acte (brmel de sa volonté. Le fera4-il? La conscience de tous les peuples leur a répondu que non. Mais tenons-nons^n A l'argument q«e vous venez de faire* On n'en peut désirer un plus positif ni plus décisif , puisque U démontre ^ue Dieu ne peut pas vouloir anéantir Pâme. La bar. Actuellement ^ je me fcrrme une

int

HARMONIE

fin

Idée de notre immorlalUé ; car si rhommc meurt, ccst parce qu'il est composé de deux choses , de corps et d'ame ; une chose se sépare de l'autre , et l'homme se défait. On peut de même défaire notre corps, le brûler, etc., parce qu'il est composéde plusieurs membres. Mais, notre ame étant un être simple , comme vous dites , il est impossible que la nature la détruise ; et ainsi elle reste immortelle.

Le bar. Et que me dites-vous de l'ame des

bétes?

Théod. L'ame des bétes, c'est-à-dîre la partie qui opère en elles les mourements , consiste dans le sang, ou dans la partie la plus spiritueusedu sang, appelée espritê anirmaux ou sue nerveux , qui travaille sur les muscles, et produit les mouvements. Cette ame n'est point simple, c'est pourquoi le sang étant épuisé , elle se dissipe et se détruit. Ifais l'intelligence qui dirige les mouvements , c'est celle de Dieu même qui disposa leur organisation, et qufcst hors des bétes, de la même manière que le ressort oui est dans la montre, parce qu'il en est l'ame; mais l'intelligence de ces mouvements est dans la tête de l'horloger, et elle ûe finit pas, quoique on rompe la montre (1).

La bar. Actuellement je respire , Théodore, parce que je sais comment et pourquoi mon ame est immortelle : jusque à celte heure je le crovais , mais confusément ; mais Il arrive des visites oui coupent court à nos discussions : Je vais les recevoir. Adieu. HUITIÈME SOIRÉE.

Sur la religion révélée en générai.

La bar. Gela non , Théodore , cela non ; il est bien possible que le comte ait une manière extraordinaire de penser sur la reliff ion ; mais incrédule il ne l'est pas : il a trop de jugement pour adopterun semblable système.

Théod. Madame, il est possible que je me trompe ; mais la manière dont il s explique donne àentendre que son cœur est gangrené. Sondez-le vous-même, sans faire semblant de rien , sur l'article , et vous verrez ce qui sort de la tumeur qu'il cache. Voici quelle est sa maxime : Que Dieu est également gloriGé de

3uelqne manière que les hommes lui renont un culte, quils soient maures, juifs, gentils ou chrétiens ; et qu'avoir telle on telle

(1) Tontes les fois que riiomme vendra accommoder aux misera Mes idées de son cntendemenl les dispositions de la puissance et de la sagesse infinie de Dieu, tonjoursil fera des efforts inutiles, et il se perdra dans ses propres pensées. Nous savons quant a rame di*8 brutes que le Créateur leur a donné la

Ksrfectinn nécessaire pour le service de Pliomme. DUS observons en eux de la réminiscence, en vertu de laquelle \h obéissent à la voix, se son venant de la douleur causée parle coup qui accompagnait celte Toix. Nous savons qu^il y a pins ou moins de perfection dans les ouvrages du Créateur : mais dans ce lilns ou ce moins se trouve tout ce dont les créatures ont besoin (tour les fins auxquelles Dieu les a deatinées. De là il 8*ensuit que Tliomme jouit de la fin pour laquelle Dieu a fiiit les âmes des bétos ; mais ffl quoi consistent ees arocs, cela excède notre eiHirie eapiclté.

religion, c'est la même chose que porter un habit de telle ou telle couleur pour aller faire sa cour : il suffira qu'il soit décent et riche ; mais il importe peu qu'il soit incarnât ou bleu , etc. Comme aujourd'hui mardi est le jour qu'il a coutume de venir dîner avec TOUS , vous pouvez vous assurer de ce que je vous dis.

La bar. Je suis épouvantée de roir à quel excès se porte cette furieuse démangeaison de raisonner librement sur tout.

Théod. Ne vous étonnez pas ; car le frern de la vraie religion une fois rompu, tout cela doit arriver. l.e catholique soumet sa croyance aux Ecritures , non aux Ecritures interprétées comme il vent, mais comme l'Eglise les entend : de là vient que nous croyons tous la même chose, en tout temps et en tous lieux. Mais, si chacun prend la liberté d'interpréter l'Ecriture , ou de forger dos maximes sur lesquelles il se fonde pour raisonner sur la religion , il viendra un temps où dix mille têtes auront dix mille religions, parce qu'il n'y a aucune raison pour que les autres conforment leur jugement au mien, ni pour qu'ils prétendent que moi je soumette le mien au leur.

La bar. Tous doivent se soumettre à la ral-^ son, qui est la loi générale de tous les enten* déments.

Théod. Madame , cela est yrai , et tous en conviennent. Mais chacun veut que sa raison soit l'idole que tous généralement adorent ; et, comme chacun a son idole particulière dans sa tête, tous prétendent obtenir l'hommage général des autres, di tous n'avaient i|u'unc seule raison, ce serait fort bien. Mais dix mille têtes ont dix mille raisons, et, chacun plaidant pour la sienne, ce n'est plus qu'une dissension générale. Si je ne me trompe, voici le comte.

Le comte. Il n'y a point d'écolière plus assidue aux leçons de son maître que vous à celles de ThéK)dore. Laissez, madame, laissez ces subtilités métaphysiques* qui tous dérobent à la belle société, pour laquelle vons êtes née. Quand je ne vous vois pas dans nos cercles, je vous considère tout occupée de vos mathématiques , et je vous plains. Puisque la nature , madame, en vous prodiguant les charmes à pleines mains, vous a destinée pour faire le plaisir d*une société, pourquoi nous ôtez-vous ce qui de droit est à nous? Votre bibliothèque doit être votre cabinet de toilette , et vos livres ne doivent être que les pierres précieuses. Les fleurs et autres parures remplacent très-bien les calculs abstraits. Laissez ceux-ci à vos frères , qui , comme militaires y doivent étudier la tactique.

La bar. Donc si je ne me pare de plument de Heurs, de diamants, je ne aois plus me pré senter dans la belle société 1

Le comte. Je ne dis pas cela , madame ; an contraire , j'avoue qu'aujourd'hui que vous êtes sans apprêt tous me paraisses plus belle et plus cnarmante que jamais. Je voudrais qu'il vous lût permis de vous pré-

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