CHAPITRE IV. La Tolérance
§ I.-— 211. D. En convenant que l'idée d'une révélation doit soutenir et expliquer les dogmes de la religion naturelle, ne peut-on pas croire que la nature de cette révélation est indifférente, et qu'il suffit qu'elle persuade 7
(1) ijrudtlu fturii îtrulhio ïn daerto, Jér, Tlireo. 4, 9*
R. Il y a un çrand nombre de cultes fondés sur des révélations si évidemment absurdes, qu'il est impossible à un homme sensé de s'en persuader la vérité; et des cultes de cette nature peuvent-ils plaire au souverain Maître du monde, au principe de toute sagesse et de toute raison 7 11 y a des cultes insensés dans leurs dogmes, corrupteurs dans leurs rits, barbares dans leurs sacrifices ; qui peut dire sérieusement que Dieu accepte ceux-là? et que voulant être honoré , il voit du même œil, et les hommages rendus à des êtres inanimés , physiques ou faits de main d'homme, à des animaux, à des génies malfaisants, à de prétendues divinités souillées des vices les plus infâmes , et les hommages qu'on lui adresse comme au créateur de l'univers, au Matlre unique et tout-puissant de la nature entière, à la justice , à la bonté, à la sagesse, à la sainteté par essence 7
212. D. La tolérance ne serait-elle pas raisonnable , si elle se bornait aux cultes qui reconnaissent un Dieu unique , et dont les doemes n'ont rien de contradictoire à ses attributs 7
R. Si , à la foi d'un Dieu unique on ajoute la foi d'un grand nombre d'erreurs , ce mé< lange ne peut que déplaire à la Divinité, qui exige essentiellement un culte pur, saint, et consé<iuent dans toutes ses parties. Quoi I lo chrétien, qui rejette Mahomet comme un im-
Ï testeur ; le mahométan oui l'honore comme e plus erand des prophètes ; le Juif, qui a crucifié Jésus-Christ comme un blasphéma-^ leur ; le chrétien , qui le reconnaît pour le Messie prédit par les Prophètes et désiré par les nations ; le Déiste , qui nie la révélation ; le Juif, le chrétien, le mahométan, qui l'ad^ mettent ; le chrétien , qui adore Jésus-Christ comme le fils de Dieu , consubstantiel à son père; le Socinien , qui le met dans la classe des créatures ; tous enfin offriraient-ils à la Divinité un hommage qui lui fût également affréable7 Eloignons die nous cet horrible blasphème. L'Etre suprême ne peut approuver des cultes qui se détruisent. C'est ici le cas de dire, avec l'Apûtre , que la justice et l'iniquité, la lumière et les ténèbres, la foi et l'infidélité ne peuvent s'allier en aucune façon (1). Une religion tolérante n'est pas un culte , c'est la destruction de tous les cultes. Un des plus grands hommes qu'ait eu le calvinisme en France, et qui avait été élevé dans le tolérantisme , trouva dans Texamen de ce système les premiers motifs de son retour à l'Eglise et de sa conversion. Il comprit et démontra ensuite, dans un excellent ouvrage , que la première conséquence de cet affreux système était le renversement entier et l'anéantissement de la religion (2).
§ II. — 213. D. Pourquoi la tolérance détruirait-elle tous les cultes 7 R. 1* Parce que Tindifférence pour tous
(1) Quœ enim partieipalio jusiiilœ cum iniquilale v aul <iuœ êocietas luci ad lenebrai? quœ autem convenu tio Chriêti ud Beliai f aul quœ pan fideli cum infidili f 2. Cor. 6.
(2) (DuYjres de M. Papio. Examen de la lolérance^