‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 211 sur 235 · ME LA RELIGION · texte numérisé non relu

ME LA RELIGION

Impcrfettiotts cependant ne montrc4-il nas dans son espèce? suivez-moi posémerit dans cevexamen, narcéqu'il est important; voydns î^"' quelques traits de sa grandeur. Le €rfeiteur lui a donné la lumière de la raison et le souveram domaine de sa liberté, qui seule prouve que l'homme est semblable à 'Dieu ; remarquez le don dHnvention qu'U a

ffii'I?^"*''^ à chaque pas des choses nonvelles, et triompher des difficultés qui parais- «aient insurmontables. QueHe adressé u'a^t^l jMis pour chasser les oiseaux qui volent dans les airs, et pour prendre les poissons qui se retfrent et se cachent au fond des mers, soit

jusque a faire servir à son usagé les monstrueuses et fugitives baleines ? Qui dirait 4}«e, vivant dans deux régions, défendues à 1 homme sous peine de mort, les oiseaux et les poissons ne sont pohrt à l'abri àe «es coups? Cependant l'homme vient à bout de tout, et 11 tire parti de tout! Quelle patience extrême, qu'eflle subtilité de génie pour mesurer la grandeur et la distance des astres ! quelle constance pour deviner leurs cours et marquer les époques fixes de leurs révolutions et de leurs éclipses! qui ne s'étonnera xïixT}^ manière dont on pèse jusque au soleil, la lune, Jupiter et Saturne, quoiqu'on ne puise peser Mars, Mercure et Vénus, malgrequ Ils soient plus près (i)? Il n'y a rien de tout cela dans les animaux; nous ne

(i) Ponr enieiidre ce que dit râleur, en preuve de la grandeur dé Tame , que les hommes sorit iteiv

esiimer le poids de Mars, Mercure et Vénus . H faiii supposer une doctrine appuyée sur le système de Copernic et les principes de iSewion. CeluÎHîi a trouvé dans I aiiraciion mutuelle des corps la sointion de grandes difficultés de physique. Dansce système de raiiractlon mutuelle, la rèjîle générale est qu une attraction partielle correspond à chaque particule de la matière : par conséquent un corps qui avec le même volume qu'on aulre, aura plus de matière que lui, aura aussi une attraciion supérieure h celle de 1 autre. Une autre régie de physique est que. dans la supposition que Dieu conserve cette attraction dans les corps, et qu'il ait lancé en ligne droite les planètes et leurs satellites dans Tespacé, de ce tnouvement rectiligneet du mouvement de gravitation ou d*atlraciion résulte la ligne cottrbe dans laquelle se meuvent les satellites autour de leurs planètes et celles-ci avec leurs satellii^ autourdn soleil. Gela supposé, dés qu'on pourra vdrifier Teflël sensible que fait ratiractioii de la planète par rapport à set satellites, parmi lesquels, dans ce système, la terre regarde la lune comme son j^aiellite ou sa planète secfkndalre, on connaîtra plus ou moins la matière qu'il doit y avoir dans chaque portion du corpi dé la terre, respectivement k é^àXt portion du corps de la liuie. Or, comme on n*a point découvert de &tellite ou de planète du second ordre autour de Mars de Vénus et de Mercure, on ne peut Tériûer par la inémè méthode, et on ne peut savoir quel est le poids qui correiipond à la matière des susdites planétes, par rap|)brt à la ihatîère dtmt est composé le corps de la leiTto.

A la Vue et &A idées so'bihnfès.atitéiietrés s'élève I homme par la raison , qui pourrait s^empècher de mépriser nos philosophes, lorsque, au liçu d'exalter Dotra espècto, ils s^bMtent iiis)|ue à penser que la noblesse de notre aiMC n'a qu'une gradation iniagi-

HARMONIE

ftZ6

voyons eu eux qtt*ane suite constante et uniformo de mou?emcnts invariables sans nouveauté, sans invention et sans le moindre progrès.

£a bar. Il est certain que quelque habiles f^ue les bétes nous parraîssent dans leurs actions, jamais on n*a lu en elles la moindre invention, et que le dernier rayon de miel

3 ne feront les abeilles à la On du monde ne oit pas être plus parfait que ceux qu'elles ont faits il y a trois mille ans, et que ceux d'une province ne seront pas mieux que ceux d'une autre.

Théod. Je vous vois, bri{[adicr, impatient de savoir à quoi bon ce qui vous semble en ce moment une digression ; ayez un peu de patience et vous verrez que ce n'est point Ici une oiseuse ampliQcation de ce que tout le monde sait.

Le brig. Discourez comme il vous plaira ; je vous écoute avec plaisir.

Théod. Quand à la liberté que nous avons, qui peut évaluer dignement le prix de cet admirable et divin présent? Les hommes pourront me prendre, me garotter, m*6ter la vie , cela est vrai ; mais m'obliger à ce que je veuille malgré moi, cela est impossible. L'eau , le feu , les cieux , la terre , les vents , les mers, les prières, les menaces, les récom-

1>enses ou les châtiments , rien ne peut plier a volonté de l'homme, s'il ne veut pas. Je suis libre, peut dire Thomme le plus rustique, ic suis seigneur absolu de ma volonté, et il n est personne qui ait autorité ni pouvoir pour m'obliger a ce que je veuille. Je ne ustux pas, tout est dit. C'est là une souveraineté que Dieu seul possède et qu'il a donnée à l'homme. Je ne parle point des angos; parce que ces messieurs contre qui nous disputons ne croient pas qu'il en existe.

La bar. Le brigadier a souri.

Théod. Venons maintenant à ce qui dépare tant de belles qualités. Cet ouvrage supérieur que Dieu a fait avec tant de soin se trouve aujourd'hui avec plus de défauts qu'aucune autre créature; et c'est celle qui s'éloigne le

Élus de la fin pour laquelle elle a été créée. in effet l'entendement est destiné à nous conduire à la connaissance de la mérité , et nous sommes remplis d'erreurs et d'absurdités. Notre inclination nous porte également à aimer la vérité, et presque tous nous courons après le mensonge ; au point que celui 3ui sait le mieux mentir est celui qui se pique e plus d'habileté et qui se croit supérieur aux autres. Nous ne pouvons rendre raison des choses les plus palpables et les p(bs communes ; personne ne sait comment son ame est unie à son propre corps ; nous ne savons pas plus comment une plante en produit une autre; comment un arbre produit un fruit; comment ce fruit produit d'autres arbres ; et la nature est pleine de mystères impénétrables aux philosophes les plus habiles.

La bar. Le pis est que ce soit la pure vérité.

naire de plas ou de moms au-dassos des animaoi

Cl des plaueics?

Théod. Quant à la volonté. Dieu Ta faite pour que nous aimions le bien ; cependant quel est Thomme qui ne cherche le mal dans une occasion ou dans une autre? Or pculpil y avoir une plus grande extravagance? tous nous désirons la joie, et ce désira sa source dans notre nature. Mais quel est l'homme sensé qui ne soit environné de motifs de tristesse? Y a-t-il dans tout l'univers une créature plus méchante que l'homme? C'est une loi innée à chaque créature d'aimer son semblable ; très-rarement un animal en détruit un autre de son espèce, et les hommes se tuent continuellement les uns les autres ; ils sont envers leurs semblables pires aue les bétes les plus féroces : nous nous taisons gloire d'inventer des moyens de tuer plus de monde avec moins de peine ou de faire des blessures incurables ; en un mot l'homme est sans cesse en contradiction avec lui-même dans l'usngc qu'il fait de sa liberté et dans la résistance qu'il oppose à la raison que Dieu lui donne pour guide. Car qu'y a-t-il de plus ordinaire que la raison dise une chose, et que la liberté, tout en écoutant ses conseils, fasse le contraire?Nesont-ce point li de grandes, de monstrueuses extravagances ? D'ailleurs aucun animal n'a autant de maladies que l'homme, aucun n'a autant d'ennemis intérieurs et extérieurs, et n'est exposé à autant de dangers et de frayeurs;

3uand ce ne serait que la lutte contmuelle e nos passions ? quel tourment 1 quelles angoisses ! rien de tout cela ne se voit dans les autres créatures, qui toutes, d'un pas constant,ferme et uniforme, vontchacune à leurs fins. Convenez-vous de cela, mon ami?

Le brig. Je ne puis m'empécher de coftfesser une chose de la dernière évidence : rhomme est un composé de perfections et du défauts, supérieur aux autres créatures quant aux unes et quant aux autres. C'est un point démontré.

Théod. Actuellement voici comme je raisonne : quand quelque ouvrier de grande Intelligence a fait un ouvrage sans y épargner le temps, le soin et la dépense, je suis moralement sûf que ce doit être un ouvrage achevé. De sorte que si j'y rencontre des défauts essentiels, j'en conclus que , n'ayant pa sortir ainsi des mains de l'artiste, il a nécessairement été gâté. Que ce soit, par exemple, une montre d'or garnie de diamants, fabriquée par Julien Leroy ou quelque antre fameux horloger de Paris, et commandée par la reine dans le dessein d'en faire présent à l'impératrice de Russie ; en voyant que cette montre s'arrête à cbaijue instant et n'a point ses mouvements réguliers, qui pourrait s'enn pêcher de croire qu'elle aurait fait quelque chute? tout le monde dirait qu'elle n'est point sortie ainsi des mains de l'horloger; car son nom garantissait sa science, et les autres circonstances ne permettent pas de douter qti1l n'y ait mis un soin particulier. VoilA le cas où nous sommes. Dans tout l'univers il d> a point une œuvre plus excellente d*une

Fart, et de l'autre plun défectueuse qa«^ hemme : donc celte œuvre n'est point sortia

DE L\ U\1S0N ET I>E LA RELIGION

ainsi de la main de son ouvrier, qui est Dieu. Tout dans l'homme est désordre, tout en Dieu est Tordre parfait: nous n'avons donc pu sortir de cette manière de ses mains ; donc cette œuvre est tombée et a souffert du dommage ; la chute a été le péché originel , source de tous nos maux. Remarquez que ce désordre de l'homme a commencé à se manifester dans les enfants d'Adam ; car dès lors GaYn tua son frère par envie. Donc le désordre vint de son propre père.

L(i bar. Qu'en dites-vous , brigadier ?

r/^^od. Attendez, madame, encore un mot. Nous avons au dedans de nous-mêmes un principe qui nous invite à la vérité et au bien , et nous avons lës passions en désordre, qui nous portent au mal. Dans celte lutte continuelle consiste la guerre que tous sentent au dedans d'eux-mêmes; or je demande d*où sont venus à l'homme la raison el le penchant au bien ?

Leorig. DeDieu^

Théod. Et d'où lui est venu le principe qui répugne au bien , ce principe qui nous entraîne presque au mal? Nous ne pouvons pas dire qu'il est de Dieu; car Dieu ne peut m'allirer au bien et me pousser au mal ; il ne peut me persuader la vertu, et m'exciter au vice. Il est impossible que des inclinations si contraires viennent de Dieu.

« Lebrig. C'est vrai; mais qu'inférez* vous (le là?

Théod. Donc tout penchant au bon ordre nous vint de Dieu quand il nous forma; et toute inclination au désordre est provenue de la chute que l'homme a faite ; elle est venue de la révolte de nos passions ; de même que le malade qui marche et tombe, doit à sa nature primitive de pouvoir marcher; et s'il tombe : c'est l'effet de sa maladie.

Le brig. Cela snfCl, Théodore ; embrassezmoi , et croyez que vous m'avez entièrement satisfait.

La bar. Quant à moi , cher brigadier , je désire beaucoup que cela vous rende plus réservé avec moi en matière de religion , au moins assez pour respecter ce que vous appelez ma crédulité. Vous avez trop d'esprit pour ne pas sentir que je dois mépriser la critique, quand j'ai des raisons aussi solides pour être convaincue des vérités dont vous vous faites un jeu.

Le brig. On ne peut nier, madame , que la . leçon ne soit très-aimable : formez une école de théoloffie, je serai volontiers votre disciple. En attendant je vais saluer madame votre mère que je n'ai pas encore eu l'honneur de voir aujourd'hui.

La bar. Puisque nous voici seuls , Théodore , tenez-moi ce que vous m'avez promis durant la dispute , de m'apprendre en parti culicr pour quelles raisons vous donnez la préférence à l'opinion du Docteur angélique qui place les enfants sans baptême dans un lieu où il n'y aura ni peine , ni gloire, malgré l'avis contraire de saint Augustin et des autres pères; car, quoique cette opinion de saint Thomas convienne mieux à mon caractère doux et compatissant, ce n'est point ici

affaire de caprice ; el j'aime à connaître les raisons du sentiment que j' embrasse. Vous savez que je n'ai point étudié la théologie; mettez-vous donc a ma portée, et parlez-iQOi un langage que i'entende.

Théod. Je tâcherai de vous satisfaire. Devant le brigadier je me suis contenté de faire , voir que le sentiment qui condamne les enfants aux peines de l'enfer n'est point un doçme de foi, parce que je n'étais obligé qu à défendre la religion chrétienne des atta-

Î[ues des impies , lesquelles n'ont aucune orce dans l'opinion de sainl Thomas; le brigadier apprit avec étonncment que ce n'est point un dogme , mais une opinion controversée par beaucoup de théologiens dont personne ne suspecte la foi et la religon. Qui pourra douter de la foi et de la religion de saint Thomas , qui non seulement était disciple très-dévoué de saint Augustin, mais qui étudiait beaucoup dans les saintes Ecritures et les pères? Malgré cela, il dit expressément en plusieurs endroits que les enfants qui meurent sans avoir le bonheur de recevoir le baptême sont pour toujours privés de la vue de Dieu , mais sans aucun tourment (1). Qui doutera de la foi et de la religion de S. Bonaventure ( S. Bon. ffi-2 , dist. 33, art. 2, 9, 1 )? Qui doulera de celle deScot, chef de son école, et qui, joint à S. Thomas, qui l'est de l'école des thomistes, fait supposer un nombre inGni de théologiens du même avis , et jamais l'Eglise ne les a repris. Qui doutera de la foi et de la religion de S. Grégoire de Nazianze (2), qui, dans un discours sur le baptême, dit expressément que le Juge suprême ne prononcera sur ces enfants aucune sentence ni de gloire ni de tourment? Qui doutera de la foi et de la religion- de Bellarmin,de Suarez el deVasquez , théologiens que tout le monde respecte, sinon poursuivre leurs opinions, au moins pour ne point suspecter leur foi. EnGn qui doutera de la foi et de la religion de ceux qui penchent pour une opinion devenue la plus commune et la plus générale , qui s'enseigne depuis cinq cents ans dans l'Eglise, sans que son chef la condamne formellement, comme on peut le voir dans le cardinal Gollî (3) , qui traite au long cette matière , et cite S. Thomas dans toutes les réponses que donne le saint docteur aux fondements du sentiment contraire?

(1) St. Th. 3, part. 9, 1, art. 4 , Ad tetundum dicendum quod peccalo originali in futura rehibutiane non debelur pœna seiMtis.

Le même, 2, dist. 33, 9, 2, art. Ideo ear§niia hu jtt$ vwoniê Bit propria^ et $ola pœnaofighmUêpuemi post mortem.

Le môine. qiKTst. 5, (/elfa/o, art. 2. Le même. In 5, dist. Sa, art. 1, où il marque le Uen des limbes des enfants : In quo sum ienebrœ, propter carentUsm divinœ vishniê, et propîer earentiam gratiœ ; ud non eti ibi uUa pœna tentibiliê. Et ailleurs.

(2) Gr. Naz. or. 40, de Bapt. Poêtremi dentqn» nec cœletti gloria, née suppliciuajmto judiee afjleimUwr : ul pote qui (icet êignaii non fuerint, improbitaU lamen careaiU.

(^) hotti, T. 6. quœst. 10, dubio 3 per toium Id T. Xlllf^de sacrum el bapt. p, mthi i63.

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UARIiOiVE

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La bar. Il pnmU , Théodore » que vous aviez bien élildié la quesUon.

TMod. Ne yojez-vouspas, madame» qu'il importe beaucoup d*une pari de yeoger 1^ réputation de tant de grande hommes, et de Tautre de fermer la bouche, autant que possible» à ceux qui insultent notre religion, en assurant que nous suivons des dogmes crueU et contraires aux lois de la chanté de Qotre divin législateur. Que chacun suive ce qu'9 Toudra, mais qu'il ne prétende point faire u^ dogme de ce que l'Eglise n'a point déclare tel. D'ailleurs ceux qui suivent S. Thoma« /ont sur S. Augustin la iuste réflexion qu'Û écrivit avec grande véhémence contre les pélagicns, qui à la vérité excluaient du royaume des cieux les enfants non baptisés , mais qui prétendaient que, sans entrer dans le royaume de Jésus-Christ , ils pouvaient d'une aulre manière obtenir une vie bienheureuse. Les arguments de S. Augustin sont forts ; mais les réponses de ceux qui suivent S. Thomas ne sont point i mépriser.

Labar.Jnsi^ueicije vous entends fort bien; et sans doute j'entendrai également le reste.

Théod, S. Augustin et les pères qui le suivent prennent le fondement principal d^ leur sentiment (c^ui affirme que les enfants sans baptême subiront une peine éternelle ) de la sentence que le souverain Juge doit

f prononcer an dernier |our. Nous savons que e Seigneur , divisant le genre humain en deux portions , mettra les élus à la droite et les réprouvés àla gauche, et {I dira à ceux qui seront à la gauche d'aller au feu éternel (1). S. Augustin donc argumente et dit : Ces enfants ne seront point i la droite parce que Jésus-Christ en exclut positivement tous ceux qui ne seront point nés une seconde fois par Teau et rR^nrtt s^int ( ATûi quis renatus , etc. ) : donc ifs seront à la cauche ; et ainsi ils seront compris dans la a^oination «lu feu éternel, que le Seigneur prononcera contre ceux qui seront de ce côte. Car n'y ayant pas plus que deux mains , et seulement deux places et deux sentences, dèsquie velle dos enfants de Dieu ne les regarde pas , il s'ensnjt qu*ils sont compris dans celles des réprouvés, qui est, non seulement la privation de la vue de Dieu , mais encore la peii^ du feu.

La bar. O Théodore , cet argument est bien fort.

Théod. Tout le monde le reconnaît ainsi , moi le premier ; mais il ne faut pas mépriser la réponse (^«e donnent S. Thomas et ses partisans; car ils M tirent da même endroit.

La bar. Actudlement je tous le dis avec grand plaisir ; je n'ai jamais pensé que les matières de tbéSoIogie m'intéressassent autant. Que répondent-ils T dites-inoi ?

Théod. Que la sentence du souverain juge A ceu% qui sont à la gauche ne dit pas seulement qu'ils aillent au feu éternel, mais elle •joote qu'ils y aillent, parce que le Seigaewc a en fabn , et qa'ib ne lui ont point

(I) Diceî hh qm a iinhtriserunl : Diêcediie û me m

donné à manger {t) , c'est-^àHIire parce ga'il^ iOnt mancfué aux nonnes <jenyres qu'ils de-» valent faire. Or cela ne regarde rp^s îe^ en^ /ants qui sont morts sans bjy^éqte ; «^ ^msi, disent actuellement les partisans de S. Tbojnas : Puisque personne ne dira que les enfants sont compris dans le péché que la sentence allègue 9 comment 4oivent-iU être compris daRf le ch^tiiment qf^e la senlenoe prononce.

La bar. Je me tais, parce que celle réponse satisfait.

Théod. Ajoutex à cela que la sentence des réprouvés ne parle pas seulement d^ péché et d^ châtiment , mais elle lie le ch4timenl avec le péché f i^ioe $i elle disait que l'un emporte l'autre : telle est la force de la particule enim , qui signifie car. Ainsi le Seigneur dit : Alîez au fhjk , car vous n'avez pas fait ce que vous deviez. Donc si le Seigneur ne doit point accuser les enfants d'avoir manqué aux œuvres de miséricorde : Esurivi » comment les comprendra-t-il dans la condamnation au feu, m iqnemœtemumf puisque il déclare qu'il les condamne au feu pour n'avoir point faitxie bonnes oeuvres, non dedistist S. Augustin ne laisse pas devoir cette difficulté : aussi , écrivant sur ce point à son ffrand ami S. Jérôme, il dit en toute aîncérité; Quand je vieiis à traiter du châtiment des en* fants , croyez ^ue je me vois dans de grands embarras , et je ne sais absolument que ré-

Îondre (3}. Ecrivant contre Julien , il ajoute : e ne dis pas que ceux qui meurent sans baptême seront punis d'un tourment tel qu il leur fût plus avantageux de n'élre p^s nés (3). Il répète la même chose plus bas. Il est clair que le Saint se voyait très- embarrassé touchant le tourment des enfants ; c'est pourquoi il dit dans un autre endroit : Ceux qui, outre le péché originel ou'ils ont contracté , n'ont commis aucun péché, subiront un tourment ou une peine la plus douce de toutes (&}.

La bar. A cette manière de parler, on voit que le Saint ne les condamne pas à l'enfer par inclination, mais par Tembarras d*expli^ quer la sentence du juge.

Théod. Mais dans l'enfer, et dans le feu de l'enfer, comment leur peine peut-elle être si légère, qu'ils ne pensent pas qu'il leur se* rait plus avantageux de n être point nés ^ comme le Saint 1 affirme par deux foistL'étonnement augmente, en faisant attention

Ïue dans la sentence des réprouvés il est dit : a'ils aillent au (eu qui a été préparé pour

(1) Diseedke... ewrim emm, d mm dedisli nnhi^ eic

(i) S. Au§. ep. 28; alm iW^d Hier. Sed. cacm od

petni» «oirsm eaS parvutorum , magnis , mW awàe^

eoarcunr mgustHs , née quid respondewn promu ino-

(3) S. Air^. eont. InHan. cap. Il : E90 emimm dieo parwios smê baptisntalê utonentêê imum pome esse pUeUndoê , m ds non naui potins espeàirH... Quœ (pœna) quatis et quania erit^ quamms defimrs non poMtm, npn (amen audeo dkere qm>d eis al nut& eiunl quant ut ibi es$en( potius expedhret.

(i) À*. Aug. in Eni.hirut. c. ^. MUissimn uine oui* mum fHKua erit eomm qui prdtter peceatum qnod ortgtnale 'iraxeruni, nultum imuper eédiderunl.

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DE LA RAISON ET OE I^A RELIGION

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le jiémon. Mais îe fea préparé pour le démon ir'e$t point très-^léger, ni tel que les enfants qui y jeraient jetés ne trouvassent pas plus Convenable de n'être point nés, comme le dit ie Saitit expressément. Concluons que la sentence au ^u éternel contre les enfants n*est point une chose certaine ni de foi, puisque S. Thomas et une foule innombrable de théologiens la nient , et que S. Augustin luimême tremble, hésite et s'afDige quand il les Îr comprend ; en sorte qu'il y met tous les énitifs possibles en disant que c'est une peine tres-douce, et telle qu'ils ne seront pas utchés d'être nés, etc.

La tar. Je vois que ce feu est très-douteux par rapport aux enfants qui meurent sans baptême, et que d'aucune manière ce n'est un dogme ni un point de foi. En voilà assez pour aujourd'hui. Allons nous réunir à ma mère et aux autres personnes que j'entends parler dans le bois.

I%éod. Allons.

mXIÈMS SOIRÉE.

Sur fo maœimc qui dit : Hors l'Eglise point

de salut.

La bar. Je ne puis tous expliquer, Théodore, la différence que je trouve en moi de* piyis que nous avons conversé sur le péché originel. La clarté que mon ame a reçue est si grande, qu'il wfi semble actuellement que je suis en plein jour; et auparavant je marchais Qomme de nuit , ne Tpy^^nt la vérité 2 d'avec une lumière ^uffisanle pour la dis-r Qguer, Dngais ^on de panière à pouvoir me pénétrer dé &Qn admirable beauté (1).

Théôd. Ce que je désirerais savoir, c'esjt YeSei que jpotre jcouversation 9 produit sur le brigadier.

^a oar. Il a parlé avec plus de modération ; mais il né peut supporter patiemment que 0003 disions» Hors VÈglise ^oini de salut. )1 du quç c'est une présomption diabolique , défaut de charité, et presque un blaspbôinp C4>ntre la bonté divine. Il m'a fait une peinture si horrible de cette prétendue injustice, Sue je n'ai point eu le courage dé lui repaire : seulement je lui ai promis qu'A la première occasion que nous nous rencontre-:rioqs , je vous consulterais sur ce point en sa présence ; et il y a été extrêmement sen^ fàbfe.

Théûd. Traoqi)illiscz-yons, madame, trap-

(1) Saint Pnul (1i| qu'acUiellemenl nous voyons les vériiés de la foi comme ane ënignie, parce qull est de fessence des niysières de ne poini se voir avec évidenee, ei ë*é(re toujours enveloppés de niajesioeises ténèbres. Pour cela rameur dit que, quoique par la raison naturelle nous parvenions h lirer an fiiiveur du dogtne du pécké originel de si fortes conjectures des miserez de noire nature , nous ne vpvons cependant P^^ Tévidence de la vérilé pnr la raison naturelle : niai& nous connaissons seuleineiit lés moiifs de crédibilité qui causent sa certitude , sans former rëvidciice mëiapliyslqne. Cest pourquoi U est toujours vrai que nous sacrifions notre enlendmneat en embrassant tout oe qui est myi>tère, et

2n*oiiiai devient méritoire riiommagc que nous renoiis à la foi.

quillisez-vous ; j'espère dans le Dieu de vé* rilé que celle horrible peinture qu'il vous a faite s'effacera bientôt. Dans les ténèbres tout fait peur, surtout aux dames de votre âge et de votre vivacité : mais à Tapproobe de la lumière , ne fût-ce que celle d'une chandelle, tous les fantômes s'évanouissent. Je ne mettrai pas de subtilités en avant, mais des principes clairs, sans difficulté, gé néralement admis dans le monde, et conformes à la saine raison. J'ai vu combien il est délicat sur le point d'honneur, en lui disant qu'il doit parler en homme de bien, suivant qu1l pensera dans la réalité, je suis sûr qu'une fois qu'il aura donné sa parole, il ne se tirera point de mes arguments parles tergiversations.

La bar. Puisqu'il reste ici ces jours-ci, ne pourrions-nous pas l'aller chercher à sa chambre, et l'engager a la promenade avant que la compagnie ne se réunisse. Venez avec moi.

lliéod. Volontiers.

La bar. Je parie, M. le brigadier, que vous étiez à attendre le moment d'aller me chercher pour la promenade ordinaire. Théodore est ici , allons tous les trois seuls jusque au bois, qui est très- couvert, et donne un excellent abri pour ce temps de chaleur. Après notre| conversation, qui sera importante, nous sortirons par la fraîcheur pour aller aux jardins nous joindre au grana concours de cavaliers et daines qui s'y rassemblent.

Le brig. Tout mon soin et tout mon désir^ madame, est de deviner vos pensées. Je suis prêt à vous donner le bras si vous Voulez me laire cet honneur.

La bar. J'aimerais mieux que vous me donnassiez.... Je ne s|ûs m'expliooer.

Le brig. Quoi , le cœur? il y a longtemps, madame, que vous l'avez.

La èor. Je ne veux point offenser madame votre épouse, qui y a droit, et qui est mon intime amie. Ce que je Toudrafs, ce n'est pas votre cœur, mais votre entendement, afin que vous crussiez tout ce que je crois.

Le brig. Madame, ne me demandez point l'abandon de l'enleudement, parce qu'il n'est point libre comme le cœur : je n'en suis point le maître, et je ne crois pas ce que je veux croire, mais seulement ce que j'entends être vrai; et qurique effort que je fasse pour croire ce que vous croyez, cela ne m'est pas possible. Pardonnez, madame, à la résis-* tance de mon entendement, et contentez-voua de rhommage de ma volonté, bien persuadij^ 4|Be si je voulais Caire violence à qioo esprit^ je ae le soumettrais A persoime avec pies d^ pkiisîr qu'A celle qui est maîtresse de toute» mon ame.

La bar. Cela est très-beau, brigadier r mala autant en emporte le vent ; et toutes ces paroles se perdent dans les airs. Vous êtes tous aussi fiiciles, vous autres messieurs, à nous protester des sacrifices, des adorations et de mille autres choses de Yotre cérémonial, que nous sommes, nous autres, difficiles pour croire ce lan|{age de mode. Occupons-nous

OARMONIE

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