ICI
Le bail. Cela ne paraîtrait bien ni à moi ni à personne.
Théod. Cela ne parait bien , ni aux juifs, ni aux mahométans, ni aux gentils.
Le bail. Certainement non ; dèn que ce sont des hommes gouvernés par la raison ; mais s'ils étaient des brutes, je ne dis rien.
Théod. Donc vous devez accorder que la reconnaissance et le respect qu'ils vous doivent ne sont point un préjugé de quelques personnes» dune famille ou d'une fausse religion , mais une loi gravée dans la nature raisonnable de tout homme.
Le bail. Et qui en doute ?
Théod.YouSf qui doutiez qu'il fût écrit dans la raison de tous les hommes d'être recon* naissants envers Dieu , de le respecter et de l'honorer ; parce gue , si Dieu n'a point or-* donné par sa loi naturelle , que tous les hommes lui soient reconnaissants et le vénèrent, il n'a point ordonné non plus que vos neveux, qui* vous doivent d'être des hommes, vous respectent et vous honorent* Il me semble qne cette voix intérieure que les juifs, les mahométans , les gentils et les hérétiques entendent dans leur cœur, et qui leur persuade que vos neveux vous doivent hommage , amour et vénération , vu ce que vous avez fait pour eux , leur persuadera beaucoup plus la vénération pour Dieu, parce que ce que nous devons à Dieu est beau* «coup plus, y Le bail. Cela étant, je ne doute plus.
TMad. Donc Dieu veut et ordonne que nous le vénérions , ci que nous lui donnions un Gtflte ; par conséquent , on doit un culte à Dieu.
DE LA RAISON £T !)£ LA RELIGION
Lu bar. S'il est i)enni9 qne « dans un déÇ entre hommes, il puisse sintroduire une épée féminine (ou plutôt une aiguille, qui est la seule arme des feinmes \ je dirai une chose qui fermente dans ma tête. Me donnez-vous votre permission?
Le oail. Madame , dans Içs querelles d'entendement, aucune épée né pnnalt la différence des sexes. Pour vous , vous entendez fort bien le raisonnement , et maniez bien la langue : il m'appartient de le 4ire , à moi que vous ne ménagez dans aucpne occasion : le suis tout oreilles : parlez, n^a^dame.
La bar. Quand Dieu fit les yeux avec cette merveilleuse organisation que Th^Qdora m'a montrée , quelle fin eutr-il , en noùs*dpnr nant un oraane si bien conditionné?
Le bail. La fin qu'il eut fut que l'homme vit par les yeux.
La bar. Je demande encore : quelle fin eut-il dans la formation encore plus étudiée des oreilles? ce fut sans doute pour que l'homme entendit par les oreilles ; et il lui a donné la langue pour qu'il parlât, etc. M'est-cepas?
Le bail. Je conviens de tout : que s'en-* suit-il?
La bar. Que quand il forma le cerveau , et donna à l'ame l'entendement ; quand il forma le cœur, et donna à l'ame la faculté d'aimer et de détester, etc. , il la lui donna dans quelque intention. Quelle fut-elle, bailli?
Le bail. Le but de former notre entendement a été sans doute pour que nous con-> nussions li^ vérité, et le but dfe notre cœur, pour que nous aimassions le bien : c'est pour cela que nous aimons tous la vérité et tout ce qui est bon.
La bar. Et où trouvez-vous plus de vérité
Îuedans la vérité souveraine et éternelle Jf lù trouvez-vous plus de bonté que. dans la bonté infinie de Dieu f Je suppose aue vous ne donnerez à aucune chose créée la préférence sur l'infini : donc Dieu, mon cher bailli , vous a donné l'entendement et le cœur pour que vous le connaissiez et l'esli-' miez , et que vous l'aimiez à proportion de sa bonté. Que dites-vous à cela? Répondez.
Le bail. O madame I ce n'est pas là une aiguille , c'est une lance : ce n'est pas un fil qui entortille, c'est un raisonnement qui captive.
La bar. Ce sera comme vous voudrez; mais répondez. .
Le bail. Je dis que Dieu a créé mon enten-f : dément et mon cœur pour le connaître et | Taimer.
La bar. Donc il veut, il ordonne qne vous lui rendiez un culte , et c'est la fin qu'il a eue en vous créant ; car je ne sache pas que le culte soit autre chose que vénération, estime, amour, etc.
Le bail. Cela se passe la dans l'intérieur du cœur : Dieu estesprii«et il veut être adoré en esprit et en vérité. ^
La bar. Vous ne4isiez pas cela au com^ mcncémcnt; donc nous avons déjà obtenu
HARMONIE
quo le fanatisme se sait aussi emparé de voas en partie. Mais allons en avant.
Le bail. Ce que je nie , c'est le culte extérieur, et certaines cérémonies qai sont senlement pour ceux qui ne voient que le corps, et non pour Dieu, qui voit l'ame, et oui doit être adoré dans Tame.
Inéod. Ceci actuellement me regarde. Je conviens avec vous (jue c'est pour le Sei-
Sneur une chose indifférente que, en signe e soumission , d'amour et des autres sentiments que nous lui consacrons dans notre cœur y nous usions de telle ou telle cérémonie extérieure; mais ce que je dis , c'est que nous devons rendre un culte à Dieu , non seulement dans l'intérieur de l'esprit « mais extérieurement avec le corps.
Le bail. Et pourquoi? je voudrais en savoir la raison.
Théod. Ne me regardez pas, madame; je vous entends : laissez-moi raisonner sans distraction.
La bar. Mon cher bailli , qu'au commencément d'une question vous jetiez fou et flamme comme si vous étiez invincible, il y a de quoi rire ; cependant vous êtes peut-être excusable. Mais ce qui n*est pas paitlonnablo c'est que, lorsque vous avez déjà été forcé de reculer, vous reveniez au combat avec la même présomption , le même ton de mépris que si vous n'aviez pas été mis à la raison. Voilà ce qui donne envie de rire avec bien plus de motif que vous n'en avez pour vous moquer de nous autres. Pardonnez , bailli, les femmes sont très-hardies dans les disputes.
Le bail. Je ne laisse pas que de recevoir des leçons ; mais c'est une gloire de les rc* cevoir d'une dame si belle et si discrète.
La bar. Pardonnez-nous, Théodore, de vous avoir interrompu.
Théod. Mon ami , allons au fait. Si nous étions de purs esprits, je vous dirais aue Dieu se contente d'une adoration et d un culte purement spirituels ; nous ferions comme les anges , qui lui forment une cour spirituelle, parce qu'ils sont de purs esprits ; mais nous autres, oui sommes aussi corporels , nous devons a Dieu un culte de l'ame et du corps , parce que nous ne formons pas entre nous autres hommes une société spirituelle, mais une société visible et corporelle. Si Dieu,étantraiitcurelleconservateur de toutes les créatures visibles et invisibles, * nous nous contentions de le vénérer dans notre cœur et comme en cachette, de peur qu'on ne nous vil, quelle preuve donnerions-nous quenons satifaisonsà la première et universelle obligation, qui est de rendre à notre Créateur respect et culte? Supposons un souverain en trantet passant dans sa capitale, auquel chacun deses vassaux,de ses favoris qu'il aurait tirés du néant quant au civil, se contentât de rendre hommage dans l'intérieur de sa maison, sans se mettre en peine de l'accompagner, de lai faire la cour, ni de donner aucune démonstration publique de respect et d'amour, que penseriez-vous de ce défaut d'attention et do politesse?
Le bail. Je dirais qu'il choque les convenances et la saine raison.
Théod. Et pourquoi ? si ce n'est parce que le souverain étant le chef de son peuple, tous lui doivent un hommage , non seulement secret, mais encore public. Et la rai« son radicale de cela , c'est parce que tout le monde sachant qu'il est mon souverain , que de sa vigilance et de sa puissance dépend ma Conservation et mon bonheur, tout le monde doit être témoin que je corresponds de mon câté à la vénération qu'il mérite pour la place qu'il occupe. Je dis la même chose dans notre cas. Tous savent que nous sommes les créatures de Dieu , à qui nous devons tout ce que nous sommes : donc il est juste qu'ils sacnent une nous l'adorons comme tel ; car, les bienfaits et notre dépendance de Dieu étant publics , la soumission et les hommages doivent l'être aussi. Celte société visible d'hommes nous impose l'indispensable obligation de nous prouver les uns aux autres que nous observons cette loi de reconnaissance etd'amour. Autrement, nous scandaliserons , et nous ferons une grande plaie au corps civil , manquant à cette obligation connue , ou n'y satisfaisant qu'en cachette.
Le bail. Ce qui importe est le culte intérieur, qui est celui qui peut plaire à Dieu : le culte extérieur ^est seulement pour les hommes*
Théod. Il est aussi pour Dieu : mais puisque vous vous entêtez en cela , je veux voir ce que vous répondez. Persistez -vous à soutenir que Dieu est indifférent à ce que nous lui donnions un culte visible et extérieur?
Le bail. Oui.
^ Théod. Dites-moi donc : toutes les actions visibles que la loi de la raison commande, on Dieu par elle, ne sont-elles point un réritable culte de Dieu, qui le vent, le demande et le détermine?
Le bail. Sans doute que le meilleur culte est celui du dévouement et de l'obéissance : donc, si personne ne doute que la loi de la raison, ou Dieu par elle, commande des actions visibles , personne ne peut douter qu'on doive à Dieu le culte extérieur.
La bar. Ah I bailli , je vous vols tomber à vue d'œil dans le fanatisme 1 comment cela se fait-il? auparavant si fort, si intrépide , et actuellement vous faiblissez à cbciquepasi
Le bml. Pour vous , madame , vous ne perdez pas au jeu ; je parlais des actions extérieures , qui n'ont pour objet que la vénération de l'Etre suprême , parce que je ne doutais pas des autres que nous commande la loi naturelle.
Théod. Or celles-là même , un philosophe ne peut douter qu'elles ne soient d'obligation , si on doit à Dieu le culte intérieur , Sarce qu'elles font harmonie arec celui-ci. Ion ami , les deux substances du corps et de l'ame sont tellement enchaînées ensemble, que ce n'est plus qu'un composé , on tout nécessaire y quoique inexplicable. Quel est
îm
DE LA RAISON ET DE LA HELIGION
rhomme qui , pour exciter dans son cœur l€'9 aCfectîons spiritueiies , ne se serre des mouvements corporels, tant la communication est étroite entre le corps etTame? Ditesmoi ,' bailli , quand vous êtes dans votre cabinet à écrire à votre favorite, sentez-vous votre cœur palpiter et s'attendrir; pourquoi vos yeux se mouillent-ils de larmes? quoi! la pointe de la plume avec laquelle vous écrivez a-t-elle quelque enchantement pour exciter ces affections d'amour et de tendresse?
Le bail. Non certes : mais , en lui écrivant, je me représente au vif sa figure , sa voix SI douce, ses manières si aimables. Ce souvenir excite en moi les regrets de l'absence, les sentiments de l'amour, etc., etc.
Théod. Or nous disons la même chose, mon ami , du culte extérieur de Dieu. Ces actions extérieures d'adoration, de demande, de louange, etc., etc., font un ensemble avec les actes de l'ame , elles les produisent , les animent et les augmentent ; et si nous devons à Dieu la vénération intérieure du cœur, nous lui devons aussi l'extérieure , qui cadre et correspond avec l'intérieure : tant que nous sommes un composé de corps et d'ame, substances unies entre elles , nous ne pouvons pas agir facilement, sans que toutes les deux ne s'accordent : de là vient que la vénération extérieure ayant une grande connexion avec celle de 1 esprit , si Tune est due à Dieu, l'autre lui est due aussi.
La bar. Je trouve qu'il serait très-ditQcile que nous eussions fréquemment dans l'ame une affection spirituelle, sans que le corps ne nous accompagnât par des mouvements propres à la même fin. Quel est l'homme triste qui ne le manifeste sur son visage ? La joie, le doute, ledésir, la colère, la satisfaction, etc., sont autantde mouvements et d'affections de l'ame qui se peignent sur la figure. Elle est comme le vitrage d'une lanterne , à travers duquel on voit la lumière qui est dedans : donc la vénération , le culte et le respect que nous rendons à Dieu dans notre ame doivent reluire dans le corps ; donc , bailli, si vousr m'accordez que nous devons à Dieu un culte dans l'ame, nous le devons aussi dans le corps; donc on lui doit culte intérieur et extmeur.
Le bait. Comme Dieu est pur esprit , je pensais qu'il se contentait de notre adoration spirituelle ; mais j'accorderai facilement qu'on la lui doit de la manière que vous dites.
La bar. Laissez ce mot fadlemeni, parce que si vous convenez avec nous, c'est parée que vous ne pouvez faire autrement et contre votre volonté.
Le bail. Madame, vous ne me panlonnez rien.
La bar. Je ne vous pardonne pas , parce qu'au commencement vous avez parlé avec un trop grand amour-propre , et je suis enchantée que vous connaissiez qu'il y a beaucoup de oersonnes de bon sens qui ne sont pas de votre a vis ni de celui de votre frère. Concluez, Théodore^
Tkéod. Je dis donc pour conclusion , mon ami , que Dieu n'a besoin ni d'un culte ni de l'autre. Nous ne lui devons pas le culte parce qu'il en a besoin , mais parce qu'il nous a créés ; ainsi la création, la dépendance et la participation de l'être que nous avons reçu de sa main, voilà ce qui nous impose cette loi. Si nous étions, comme les ançes, de purs esprits , alors nous ne lui devnons que le culte intérieur purement spirituel; mais, comme nous sommes un composé de corps et d'esprit , et aue tout est de Dieu , tout est dans la même dépendance du Seigneur, et lui doit la même reconnaissance, parce que ( tout a reçu l'être de lui : donc tout doit à \ Dieu homma^, soumission, adoration et respect; ainsi non seulement l'ame 9 mais aussi le corps lui doit le culte , parce qu'il est, aussi bien que l'ame, sous la même loi d'obligation. D'ailleurs le culte extérieur n'est point inutile , parce qu'il est propre à exciter, à augmenter et à conserver le culte intérieur.
La bar. Cette raison, cher Théodore, vous ne me l'aviez point encore apportée , je ne vous avais entendu dire que les autres ; mais le motif que le corps est aussi créature de Dieu , obligé à la reconnaissance , à To*béissance et à la dépendance , mérite beaucoup d'attention. *
Le bail. Les choses étant expliquées de cette manière , je ne m'y oppose pas : actuellement ce point ne me parait pas contraire à la saine raison, comme auparavant.
La bar. Croyez-moi , bailli , il y en a peu qui réfléchissent comme ils doivent avant de parler : ne soyez point ainsi. Allons faire la partie.
Le bail. Allons.
TREIZIÈME SOUUËE.
Sur rimmutabilité divine, et sur le feu venr*
geur de Paulre t^îe.
§ I. De VimmutabUiti de Dieu.
Tkéod. Que faites-vous ici tous les deux , mes amis? La baronne n'est pas de votre avis , chevalier , quel que soit l'objet de la conversation. Vous étiez tellement enfoncés dans la dispute que, quiOique je sois venu tout le long de cette allée du jardin , vous ne > m'avez vu que quand je tous ai abordés et salués.
Le chev. Ma sœur est si spéculative, qu'elle veut que je lui explique les choses de manière qu'elle soit aussi satisfaite que si elle les voyait de ses yeux ; et cela ne peut pas être.
La bar. Vous aussi, chevalier, vous répliquiez souvent à Théodore, en lui demandanl explication sur explication de ce que vous n*entendiez pas. Quoi 1 avez-vous oublié les doutes qui nous survenaient quand nous étudiions la géométrie?
Théod. Les défauts que vous vous reprochez mutuellement sont louables : j'aime que vous soyez l'un et l'autre difficiles à contenter. Mais venons à la question, et
nAUllONlE
mclloaa à profil lo temps où ti ae vient personne.
Lu bar. Je n'entends pas bien • Théodore , M qui regarde rimmutabîlité de Dieu. Car nous savons que Diea est tantôt propice » {tantôt courroucé: quelquefois il pardonne, 4'autres fois il chAtie ; il souffre les uns , il impose aux autres la juste peine de leur audace : ces changements en Dieu sont ce oui offusque Tidée une j'avais de son immutabilité ; parce qu il me semble que celle-i-ci consiste dans la constance la plus ferme d*un être inaltérable « qui ne puisse se repentir de ce qu*il a voulu une fois » et à qui il ne puisse arriver rien de nouveau qui le fasse revenir en arrière sur ce qu*il a commencé.
Lu chev. Voulez-vous , baronne, que Dieu soit aussi léger que mesdames les femmes. Vous autres , vous n'avez de la constance en jrien ; la yolubilité de votre libre arbitre est nn caprice continuel : vous voulez * seulement parce que vous voulez ; et bientôt, sans que rien ne change , vous ne voulez plus , seulement parce que vous ne voulez pas. X2uand j'étais au camp de Saint -Roch, pendant qu'on s'amusait au siège de Gibraltar, je connus une dame espagnole qui avait été , en compagnie de plusieurs messieurs , voir les postes avancés. Elle était douée de beaucoup de vivacité d'esprit, et elle avait des répliques très-capricieuses. Lui taisant nn jour des remontrances sur certains défauts naturels 1 votre sexe, elle me répondit avec un air systématique bien nouveau , et en souriant : « Moi , je suis entièrement maltresse de mon cœur : si j'aime, c'est parce que je veux aimer ; si je m'indispose contre les personnes que j'ai aimées, c'est parce
3|u'ensuite je veux me mettre mal avec elles, e n'ai besoin de motib ni pour l'un ni pour l'autre , parce qu'alors mon cœur serait esclave de mon entendement ; celui-ci le serait des objets qui changent comme on vent ; et , de cette manière , mon cœur deviendrait esclave des objets jusque à n'avoir plusd'affecétions que celles dont ils seraient dienes à nés yeox. Rien de tout cela , disait-elle : je veux aimer quand il me plaira d'aimer; je ▼eux avoir de la défiance quand je le trouverai bon ; je veux laisser tel ou tel attachefnrat quand cela me viendra dans la tête , aans dépendance de rien , et seulement par rôlonté : je veux aimer un jour ce qu'un autre j'ai eu en horreur, et haïr demain ce qui me plaît aujourd'hui. Si je n'étais pas entièrement maîtresse de mon cœur, sur quoi pourrais-je avoir un empire total? Non, messieurs , l'amour et la haine sont aux ordres de mon cœur , sans que personne le gouverne. »
La bar. Extravagante femme 1 Dieu me préaerve d'un semblable caractère I mon cœur ^'est point ainsi : il se gouverne toujours par Uraison*
Tkéod. Et V008 gouvernant par la raison , étes-vous inconstante 1
la bar. Je ne me tiens pas pour telle. , IVod Dieu ne l'est pas. non plus., parce
2;n'il se gouverne entièremeal par sa raison * temelle : de sorte qu'en Dieu se concilient parfaitement deux choses qui vous paraissent opposées : l'une est sou immutabilU/, la pins
fraude qu'il puisse y avoir ; et l'autre, cette iyersité d'affections par rapport èi un même sujet, mais non dans les mêmes circonstances.
Le chev. Expliquez-vous davantage, Théodore : je veux aussi entendre bien cela.
Théod. Quand les objets varient et changent. Dieu doit, par son immutabilité même, avoir des affections très-différentes. Si na homme est bon et se comporte avec rectitude, s'il n'est pas vicieux , et remplit toutes les obligations de son état, alors l'infinie rectitude de Dieu se voit obligée de l'aimer, de l'estimer , de le récompenser , etc. Mais si ensuite ce même homme préyarique , et se laisse entraîner par les vices, alors la recti-r tude de Dieu se voit oblige 1 se dégoûter de lui et à le détester. Déjà vous voyez qu'id il n'y a point de changement de la part de Dieu, il est tout dans la oréature. Dieu aime toujours tout homme vertueux , il a en horreur tout homme vicieux : donc il y a en Dieu une parfaite constance ; ce qu'il approuve une fois , il l'approuve toujours ; ce qu'il déteste une fois, 41 le déteste toujours. Si vous me le permettez , baronne , ie ferai des comparaisons très-sensibles, dont vous n'avez pas besoin ; mais elles vous serviront pour d'autres.
La bar. Biles sont toujours utiles pour tout le monde, et même pour moi : expliquez-vous comme il vous plaira.
JA^od. Un marbre lisse et poli s'ajuste avec une planche qui soit aussi lisse et bien unie; mais il arrive que la planche est de travers, ou qu'elle se bombe par l'effet de la pluie ou du soleil ; alors le marbre ne s'ajuste plus avec la planche ; et , si quelqu'un disait en s'étonnant : Comment cela se faii-il t ce m^arbrt s'ajustait bien avec cette plandu , et actuelle^ ment il ne peut plus s'ajuster :ilua eu ici du clèangement dans la pierre. Tout le monde rirait d'une remarque si ridicule; parce que la pierre était restée la même ; le changemeiii n'avait eu lieu que dans la planche, eC celleci changeant , elle ne pouvait s'ajuster avec la pierre, qui n'avait changé en rien.
La bar. Vous ne pouviez vous servir d'*une comparaison qui m'éclairât davantage. Dieu est immuable; il aime toujours le bien, eihait le mal. Si moi je me mets tantôt dans la classe du bien et tantôt dans celle du mal. je sois la cause que Dieu, tout en demeurani inamuable, tantôt m'aime et tantôt me haïsse.
Le chev. Fort bien, Théodore; mais ma sœur ne sera pas seule spéculative; moi aussi je veux réphquer , non que je doute de ce que vous dites, mais pour m'instruire davantage. Il arrivera souvent que l'hoaune restani dans le même état , Dieu tantôt s'irrite , et tantôt se montre propice. Si vous mettes en Dieu l* immutabilité que vous dites qui parait perfection, vous lui retirez en quelque façon la liberté, qui est une perfection plus grande. quoique en Dieu tous les attributs sont uine
DE LA RAlSOiN ET DE LÀ RELIGION.
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même perfection infiaie. L'exemple de Vex^ Iravagante liberté de la dame espagnole, qui pouvait aimer ou haïr, sans que Tobjet donnât aucun motif, et seulement pour exercer son libre arbitre , était une folie de la manière dont elle s'en gloriGait; mais ne la portant pas à un point excessif, il semble qu'elle est l'essence de notre libre arbitre : parce
!|iie, s'il n'yaqnel'objet qui change qui nous asse changef d'affection, et si nous n'avions point la liberté de la varier , sans que luimême ne cbang[eât, nous n'aurions plus aucune liberté ; il nous arriverait la même chose qu'à un orgue qui chance de sons sans liberté : parce que fout le changement dépend de ce que l'on frappe telle ou telle touche» et il ne peut changer de tons que sui- Tant le changement des doigts , qui lui sont étransers.
La iar. Je vois, chevalier, oue les bombos et les balles ne vous ont point étourdi, jusque à vous faire perdre cet ancien esprit réfléchi cl spéculatif qae vous avez toujours eu : que lui dites-vous, Théodore ?
Théod, Je dis qu'ila grandement raison, et que je ne l'ai pas moins; en m'expliquant davantaffe , nous serons d'accord. En Dieu , la liberté autant que Fimmutabilité sont des perfections essentielles; mais elles ne se nuisent point Tune à l'autre , et Dieu n'est pas contraire à lui-même. Dieu aime tout ce uni est bon, et il l'approuve ; cela est essentiel à la divine rectitude qui se trouve également dans son entendement et dans sa volonté. De même Dieu a en horreur tout ce qui est mauvais, et il le déteste ; cela aussi lui est essentiel, et il n'a, ne veut, ni ne peut avoir de liberté
Êour le contraire : il est aussi impossible que lieu n'aime pas le bien qu'il l'est qu'il approuve le mal* Passons actuellement des actions à celui qui les fait; passons de la vertu à celui qui est vertueux, et du délit à celui qui est coupable. Dieu, par sa rectitude même , est dans la nécessité d'aimer, non seulement la vertu, mais encore l'homme vertueux, et de détester le vicieux autant que le vice ; en cela n'entre point sa liberté.
Le chev. Alors vous ne le laissez libre en rien.
Théod, Tout doucement, mon ami, vous êtes bien vif : je m'expliquerai peu à peu. Quant à Thomme vertueux, Dieo*n'est pas libre de ne pas aimer la vertu; mais quant au vicieux, il a la liberté d'avoir pitié de lui, et de modérer le mécontentement c^u'il lui cause par suite de la rectitude de la justice , en lui pardonnant par la libéralité de sa miséricorde. Remarques bien, chevalier, qu'en Dieu c'est libéralité et vertu de donner ce au'il ne doit pas ; mais ce serait injustice et défaut de ne pas donner ce qu'il doit. Ne point aimer celui qui est bon et le punir, etc*, c'est cruauté, c'est injustice, c'est un défaut dont Dieu n*est pas capable , parce que ce serait ne point donner au vertaevx ce qui loi est dA; mais pardonner ao coupable par ta miséricorde , c'est bonté, clémence et vertu.
Le ehev. J'entends , et c'est ce que nous Toyons même dans les lois humaines. Le Sou-
verain a la liberté de pardoûHet âù coupable» mais il ne l'aura jamais de laisser sans récompense l'homme de bien.
7%^od. C'est cela même, par la raison iftre je vous ai dite que c'est un délit de ne point donner ce qui est dû. C'est pour cela qtie le souverain ne peut refuser la récompense que mérite le bon citoyen : mais donner ce qui n'est pas dû , par exemple , pardonner au coupable, ou lui accorder la vie , à laquelle il n avait pas droit , cela s'appelle clémence, libéralité, commisération, etc.
La bar. Avec votre permission, Théodore . bi un souverain n'inflige point le chÂliment
Sue méritent les délits , c'est atusi ne point onner ce gtU est dû : et c'est toujours un dé^ faut.
Théod. Madame , prenez les paroles dans leur véritable sens , et vous serez satisfaite Le souverain doit récompenser le mérite du citoyen : toutes les lois l'y obligent ; et s'il y manque, il pèche et est en défaut : maiV;
Juant au châtiment des coupables, le mot f( oit ne se prend pas dans la même rigueur : ce qu'il signiGe, c'est qu'il est juste, convenable, raisonnable , etc. ; mais il ne signifie pas que le souverain est obligé de châtier dans tous les cas et sans aucune exception ; ainsi s'il ne châtiait jamais il manquerait à ce qu'il doit : mais en pardonnant dan» Juelques cas particuliers, il ne manque point ce qu'il doit ; parce que les lois ne lui en retirent pas absolument la liberté. Dans tcBe ou telle circonstence il a la liberté de pouvoir pardonner, quoique i) ne l'ait pas de pardonner toujours. Quand Dieu châtie, on sup*pose certainement que le châtiment est dfl: mais quand Dieu pardonne, il agit sans qu'il y ait du mérite dans celui à qui il pardonne, il ne fait qu'exercer sa liberté. Dès que vous êtes tous les deux spéculatifs , voici la der-^ nière raison : Dieu est le centre et la source de tout ce qui est bien ; et il n'est point le centre et la source de ce qui est mal. Y êtesvous?
Le chev. Qui peut en douter 7 La bar. J'entends :n'en dites pas davantage Vous voulez dire que le bien peut naître et venir sou vent de Dieu seul, sans que la créature le mérite : mais le mal ne peut jamais venir de Dieu : il est nécessaire que la créature le mérite , et qu'en quelque sorte elle l'occasionne. N'est-ce pas cela, Théodore?
Le chev. Ma sœur est plus spéculative que moi ; te vois qu'elle est plus avancée. • Théod. Ce qu'elle a dit est ce que je voulais dire. Dieu peut pardonner, user de miséricorde , et faire mille biens au pécheur , non en récompense du mal, mais pour le perter au bien par la douceur de l'amour 3 dans ce cas , le bien que Dieu lui Liit naît seulement de sa bonté divine ; il ne vient en aucune façon de la créature, comme quand celle-ci est vertueuse; parce qu'alors le bieit vient aussi d'une certaine manière de la créature, parce qu'ellel'a mérité. Mais quand Dieu châtie , la créature est la cause de son mal ; et Dieu hl châtie seulement comme iiige, obligé de punir les fautes. Si Dieu chatiail
llAnMONlfi
sans qQ*n y eût délit» alors le mal naîtrait de Diea et seulement de Dieu; car la créature ne concourrait pas ; et , comme cela no peut pas être* il s*ensnit que jamais Dieu ne châtie sans que le péché ne Vj force; mais il peut Taire mille biens, sans quUls soient mé--
rites.
La bar. Je Tenteuds parGaûtement.
Tliéod, Voici actuellement en quoi consiste rexcrcice de la liberté divine : il pardonne à ce pécheur-ci, et ne pardonne pas à celui-là,
{larce qu'il veut panlonner à l'un , et non à 'autre; il attend celui-M;i quatre-vingts anr , celui-là. il ne l'attend pas même un an, parce qu'ici il veut , cl là il ne veut pas. Le 8ei-
Sneur nous le déclare dans beaucoup d'enroils de l'Ecriture (1) : Tourai pitié de oui je voudrai, et je serai propice à qui il me plaira. En cela consiste le droit suprême de la liberté divine, à faire du bien à celui au*il veut, outre le bien qu'il fait à celui qui le mérite. Mais le bienfait même de la récompense qu1l nous accorde pour les bonnes œuvres est libéralité; parce qu'il nous a donné gratuitement, dans sa grâce , le secours pour praticiuer ce bien de la vertu, par lequel nous méritons le bien de la récompense.
Le chev. Je vous remercie, ma sœur, de cette occasion si agréable pour minstruîre.
Im bar. Je suis très-contente; mais pour que je le sois entièrement , exposez à Théodore la difficulté que vous me fîtes ces jours derniers à la promenade des mines de cuivre de Baygorre.
Le chev. Je ne me rappelle pas le doute que
j*eus alors.
La bar. Vous ne vous rappelez pas ce ^ue vous me dites en voyant la fournaise où le cuivre se fondait et se puriOait.
Le chev. Oui , oui , je m'en souviens ; mais je ne sais si Théodore aura assez de patience.
Théod. Je suis toujours le même à votre égard , chevalier ; tant qu'il s'agira de vous instruire, je serai toujours prêt.
jl IX. — Sur le feu vengeur de Vautre vie.
Le chevj. Il s'agit , mon ami Théodore , permettez-moi de le dire, d'un mystère aue nous devons croire en aveugles^ parce qu on nous Tordonne; mais vous, avec toute votre philosophie, vous ne pourrez m'expliquercomment un feu personnel peut embraser des âmes qui sont esprits. Ne vous scandalisez points baronne :je le crois; mais j'avoue que je ne l'entends pas.
La bar. Si , comme vous dites , c'est un mystère , je ne m'étonne pas que vous ne le compreniez point ; parce que , si vous l'entendiez clairement, ce ne serait plus un mystère.
Le chsv. Vous êtes plus avancée que moi , comme ayant reçu plus de leçonsde Théodore; mais, qu on rappelle mystère ou non, je voudrais qu'on me donnât à cet égard quelque idée pour me débarrasser de mes camarades, qui ne me paraissent pas aussi dociles que moi auk lois de l'Eglise.
,i\) Mturtkor cui veUero . ei demeiu ero in ^em ni^i placueriL Eiod. 35, 10.^.
Théod, &i ces camarades sont du nombre des philosophes qui raisonnent, je voua donnet^af un moyen de les convaincre ; mais s'ils sont de ceux qui ne raisonnent pas, ne faites pas cas d'eux.
Le chev. Ils raisonnent, et ils objectent mille raisons qui me paraissent claires. Dites^moi donc comment une chose qui est matérielle peut avoir action sur les esprits? Pourrez- V0U9 donc saisir avec la main, quelle chose que vous fassiez, un ange ou un démon ? Do même donc que les bras , comme étant d'os et de chair ne peuvent saisir un esprit ; de même le feu matériel ne pourra avoir action sur l'esprit (1).
Théoa. Mais, mon cher chevalier, comment le feu matériel peut-il actuellement avoir ac^ tion sur votre ame? Une simple étincelle qui vous tombe sur la main vous fait crier, que serait-ce si on vous jetait dans une fournaise ardente? doutez- vous que votre ame ne ressentit une douleur insupportable?
Le chev. Je n'en doute pas , et à Dieu ne plaise que j'en fasse l'expérience 1 Je n'en ai pas besoin pour savoir que mon amesouffri-» rait la plus grande de toutes les douleurs.
Théod. Bien ; mais comment m'expliquezvous cela philosophiquement ? Le feu estmatériel, votre ame est esprit; comment une chose matérielle peut-elle aujourd'hui tour-^ menter votre esprit?
Lechev. Cela s'explique aisément; parce que le feu tourmente le corps, et celui-ci, par Tunion qu'il a avec Tame, fait passer la douleur à Tame.
Théod. Vous ne faites que reculer la difficulté sans l'expliquer, dar comment se fait ce passage de la douleur , du corps à l'ame ? le corps est matière, et l'ame est esprit. Gomment donc le cerveau mu par l'impression du feu, peut-il coam[iuniquer à Tame la cause de cette sensation douloureuse? ExpUquezmoi comment se fait ce passage du corps matériel à l'ame, qui est spirituelle, et je vous embrasserai bien tendrement. Ne pensez
Joint me contenter par des mots insianiants : je veux une explication qui s entende.
Le chev. Je ne puis vous la douner.
Théod. Et vous ne la demanderez point à vos camarades, qui sont de si grands philosophes ?
Le chev. Quand fe leur offrirais cent mille embrassades , ils ne me la donneraient sûrement pas. Expliquez-le moi.
Théod. Je ne le puis pas non plus ; et jus-, que à cette heure je n'ai vu personne qui en soit en état. Mon chevalier, dans cette matière tous savent que la chose est, et personne ne sait comment elle est : il est constant que
(f ) II est bien prouvé en physique que ce n^esi pas le corps qui sent, mais qu^il est un organe par le moyen dunuel Famé sent. Par suite de la correspondance qu il y a tnm le nerf et le cerveau, Taine attribue le sentiment au pied k la main, eie. Tout le monde sait que œm qui om la jambe coupée sentent de la dottleor au pied qui n y. est pins, paroe qu'il reste les nerfe qui lui eorrespondenu C'est done rame qui sent la brûlure : de même que les yeux ne votent point ; c'est Tame qui voii par les jcui.
DE L\ RAISON ET DE LA BEIJGION
Tamc sent de la douleur ou du plaisir d'après certaines impressions que les objels font sur les sens extérieurs, et ensuite sur le cerveau ; mais comment cela se fait -il? personne ne le sait. Là-dessus il. y a trois systèmes : l'un est des anciens, et c'est celui de Tinfluence physique ; l'autre est de Descartes; le troisièmedeLeibnitz (i), et aucun des trois ne plait aux philosophes qui ne sont point su-
ÎierGciels. Quoi qu'il en soit, je sais que le eu brûle, qu'en touchant mon corps il tourmente mon ame, et je serais un grand fou de me laisser jeter dans un brasier en disant avec un grand calme : Le feu est matière, mon ame est esprit : la ma,tière ne peut avoir d'action sur l esprit : donc mon ame ne souffrira point, quoique on me jette dans le feu. J'en dis autant dans notre cas.
Le chev. Actuellement que mon ame est danslecorps, le feu, ayant action sur lui, Ta roédiatement sur Tame;. mais dans Tenfer suivant notre cas, le feu devra avoir une action immédiate sur Famé. Pourquoi riezvous, ma sœur? qu'est-ce que cela a de ri- 9ible?
La bar. Je ris, mais je me tais : nous par* lerons ensuite; Théodore^ poursuivez.
Théodn Le rire de la baronne est fondé : parce qu'il est aussi difficile d'expliquer l'action du cerveau sur Tame pendant notre vie que l'action que le feu aura sur elle après la mort.
. Le chev. Vous vous trompez, Théodore; parce que dans l'homme vivant le Créatcui: a tellement uni le cerveau à l'ame que Timpression qui se fait daus^ le. cerveau se coni*- «dunique à l'instant à l'ame, par la raison de l'union que Dieu a disposée entre ces deux substances : cela n'a plus lieu quand Thomme est mort.
Théod. Mais si vous croyez que le Créateur a tellement uni le cerveau à notre ame que rîmpression qui se fait dans l'un se communique à l'autre ; ce même Créateur, pour châtier cette ame, après la mort de l'homme, peut lui unir le feu , en sorte qu'il lui cause Immédiatement la même douleur qu*il lui causait par le moyen du mouvement du cerveau ; parce que le fcu est corps aussi bien
fi) Le système de Leibnîtz est celui de riinrmonic préétablie entre le corps et Tame. Supposons deux pendules, dont Tune ait les rouages et Taulre le timbre ; supposons en outre que Par liste les ait fait correspondre de manière que celle qui aurait les roues compléterait le mouvement d*une heure , Taulre la
(sonnât. De même ce philosophe prétend que Dieu a formé les corps et les âmes en telle conformité, que les mouvements du corps correspondissent aux idées de rame, et qu*en conséquence il Ta réunie à ce corps et non à un autre. Ce système est ingénieux, mais inadmissible, parce qu'il ne laisse pas lieu au 4ibre arbitre ; il est contraire à Texpérience de tous les jours , car nous éprouvons que le mouvement du cerveau est cause de la sensation, et que Tamc, en vertu de sa liberté, suit par fois le mouvement de Sa «ensntîon, et d'autres fois ne le suit pas , parce qu'elle fnii attention que la loi on la raison natureHe lui défend de le suivre. Ceni pour eeia que Rappelle ioadoilsslble nn système ineompailble avec la liberté • de l'ame raisonnable.
que le cerveau; et, si Dieu peut faire CeWe union avec tant d'harmonie entre le cerveau et l'esprit , pourquoi n'en pôurrait-il pas faire autant entre le feu et l'amé?
La bar. Percevez- vous actuellement , chevalier, le motif de mon sourire? c'est que jo voyais alors ce que Théodore allait vous ré* pondre.
Le chev. Vous êtes mai tressé en métaphysique !
La bar. Ce sont mes exercices , mes attaques de places, meà batteries, etc. Les uns savent une chose, les autres une autre. Los femmes aussi ont un peu de tête, et nous ne
f pensons pas seulement aux parures et au uxe. Pardonnez, Théodore, ces interruptions de jeunes gens un peu. vifs.
.Théod. Les interruptions ne laissent pas d'être utiles, quand ^elles n'éloignent pas de Tobiet.
Le chev. Malgré tout, mon maître, j'ai encore à répliauer. Pour avouer ce passage inexplicable du mouvement du cerveau à la sensation de l'ame, nous avons la preuve irrécusable de l'expérience générale; et quand il ^ a tant de certitude sur ce point, quoique il soit absolument inexplicable, nous l'admettons^ en confessant notre ignorance ; c'est ainsi que nous sommes assurés que les impressions du cerveau excitent dans l'esprit la sensation et la douleur. Mais d'où savons-nous la communication immédiate entre le feu et l'ame? Et iqui nous prouve que cela est ainsi?
Théod. Nous ne d:«ons pas que cela soit ainsi parce que nous !e voyons, mais parce que quelc|u'un qui ne mrnt pas l'a dit. Si nous n'avions pas dans l'Evangile des textes qui le disent tres-cxprcssément, si nous n'avions pas une tradition constante fondée sur ces textes si exprès, on serait excusaMe de nier ce feu vengour.Mais nous le disons sur la parole de Jésus-Christ, qui l'a dit clairement; et ma tâche ici, comme philosophe, n'est que de répondre à l'impossibilité physique qu'opposent vos camarades : or je dis qu'ils ont d'autant plus tort de prétexter une impossibilité de communication entre le feii et rame que cette communication est dérmontrée possible par celle qu'ils ne peuvent nier entre l'ame et le corps : par cela seul je prouve tout ce que le philosophe est tenu de
Srouver, que ce point n'a rien de contraire la saine raison. Mais, si vous voulez savoir sur quel fondement nous croyons que cela est ainsi , allez aux sources de la théologie , et voyez si cet Homme-Dieu , qui est venu nous enseigner le chemin du salut , dit ou ne dit pas que les pécheurs doivent être châtiés après la mort par le feu; vous verrez que lu sentence qui sera prononcée contre les réprouvés au dernier jour le déclare expressément : Allez, maudits, au feu éternel , qui est préparé pour le démon et ses partisans. Car vous devez remarquer que le feu préparé pour le démon, est un feu préparé pour un esprit; et le feu qui peut brûler les démons, peut aussi brûler les âmes. Le chev. Théodore , ne vous fatiguez pas
HARMONIft
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daraDUige, je suis convaiDCii : mais je iie reviens pas de rentétemenl avec lequel , sans le moindre examen, on nie à droite et à gauche tout ce qui peut réprimer le vice.
Théod> 11 n*y a point ne quoi vous étonner : c'est la conséquence naturelle du pian qu'ont formé ces philosophes de retrancner de leur crovance tout ce qui peut mettre obstacle à la licence des mœurs. Les uns nient Timmortalité de Tamé, pour n'avoir point à craindre dans l'autre vie le châtiment des délits qu*ils ont commis dans celle-ci. D'autres ne
Souvant nier Vimmortalité et la spiritualité e l'ame, parce que les raisons les plus claires la persuadent, se jettent d'un autre c6té« et nient qu'il y ait un feu pour châtier les méchants (1).
La bar. Je voudrois savoir si en doutant ici de ce Tea Us l'éteignent là-bas, de manière è s'y soustraire quand la mort les jettera dans
toEMlKR SUmillEi^T.
qu'il a rorare de se saisir oe sa personne pour le conduire à un château fort, ou dans un pays éloisné et malsain, se contenterait-il de faire mille arguments pour révoquer en donte qu*il y ait tel château fort , ou que le climat de ce pays soit aussi mauvais qu'on le dit ? S'endormirait-il dans cette sécurité jusque à se laisser prendre et embarquer sans retour? Or il me semble que c'est là ce que font vos camarades : qu'ils croient ou refusent de croire , ils trouveront en mourant le châtiment qu'ils ont nié, et seront tourmentés sans savoir comment Autrement leFilsde Dieu, qui l'a dit, mentirait, et Dieu man-* querait d'infliger aun coupables une peine proportionnée à leurs délits ; parce que la privation du ciel est la même pour tous les damnés. Mais comme parmi eux il y a une grande différence dans les fautes, la rectitude essentielle de la divine justice veut que dans l'autre vie il y ait des peines qui tourmentent plus ou moins les coupables. Cela suffit, mesamis, il vient du monde.
(I) Ceux qoi aujoardlitu se nonroent pbiiotnpiies n*oiit d'aaires inatires que des hommes qui donneDi des leçf»n8 de vices. Pour saiisiliire leurs passions , ils iiiSttheDi à la vérité néme ; pour familiariser leur conscience atec le crime, ils lâchent de bannir de leurs cœurs les frayeurs des peines éiernelles; pour avoir la malheureuse oonsolaiion d^éire en grand nombre, ils ont recours au siyle enchanteur d*une fausse élotinence ; ei, afin de faire des prosélytes de leur stupioe illusion, ils disent à leurs disciples que ceux qui craignenl les jugemeiits de IMea sont de pauvres ignoranis, ou des esprits servîtes. Mais moi » j'aime à craindre le jugement de Dieu avec les grands
êtes des PauU des Chrysostéme , des Augustin , t la raison a été plus écbirée sur la révélation que celle des furieux qui s^écrient : Rompom en cAofiws, iicauam e$ joua f si antrjifiif nos pctirons défé^Um, Puisque on est forcé d*adnieitre que le feu, quoique matériel, bit souiirlr en celle vie ramei qui est spirituelle, toutes les fois qa*U agit sur qoelqne partia du corps, qu^ diUcalié peni empédier les pbihwopbcs tranwMf que Dits a le pouvoir défaire que le feu lourmeuie Famé séparée du corps?