HARU05IE
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de Théodore. Mais dîtes-moi t comment, étant SI vils par rapport à Dieu , pent-il mettre en nous sa divine ressemblance?
Théod. Ne vous étonnez pas, madame, que IMeUySOUverainementparfait,()uisse se peindre dans les créatures quoique viles. Ne voyezvous pas souvent oriller dans la boue un morceau de cristal, ou de Teau bourbeuse lorsque les rayons du soleil y portent , de façon que souvent cet éclat vous éblouit ? Or Dieu fait la même chose , dardant , quand il veut, les rayons de sa beauté sur nous, bien viles créatures ; et quand ces rayons retournent par le reflet vers les yeux de Dieu , il y retrouve sa propre perfection, qui fait que la créature lui parait belle, quoique d'une beauté empruntée.
Mad. N*en dites pas davantage, Théodore, je Tai entendu parfaitement.
La bar. Et moi , ma mère , avec votre
Sermission , j*ai encore une chose à demaner.
Mad. Demande, jeune fille, ce que tu voudras ; parce que , tant <)u'il ne rient pas de visites, j'assiste avec plaisir à votre confé* rence.
La bar. Que Dieu les retarde ce soir ou les empêche entièrement; car, ma mère, aucune conversation ne nous sera plus agréable:
Mad. Qu'ils ne Tentendent pas ces messieurs que tu paies si mal des hommages qu'ils te rendent I Allons demande ce que ta voudras.
{ 111. — Digreêêioniur la conception de Notre^
Dame.
La bar. Ha demande est sur un point qui a connexion avec ce que nous traitons. Je voudrais que vous m'expKquassiez avec une entière clarté le privilège de la mère de Dieu, qui fut conçue en grâce contre la loi de tous les enfants d'Adam, conçus dans la malédiction et le péché. Pardonnez , Théodore , ces questions; parce que je ne veux les faire à personne qu'à vous.
Mad. Et peut-être personne ne te répondrait à ta satisfaction aussi bien que ton maître. Pour moi , Théodore, je vous écouterai avec plaisir.
Théod. Pourquoi m'obligez-vous, madame, à parler de ces matières qui conviennent à votre curé plus qu'à moi ?
La bar. Comme vous m'avez expliqué philosophiquement plusieurs poihts de ma religion, il ne sera pas extraordinaire que vous m'expliquiez aussi celui-ci. Dites donc comment on entend ce privilège?
Théod. C'est une loi générale fondée non seulement dans la nature, mais dans la dis-
Eosition du Très-Haut, que les enfants d'un omme maudit soient aussi maudits. Ils sont non seulement privés des honneurs et de leurs biens, mais ils sont, par la faute de kurs pères, appelés à partager leur disgrâce. La oar. Tout cela je Tentends bien ; mais je ne vois pas comment est le pririlége ac^ ^cordé à Notre-Dame parce qu*elle est la mère *de Dieu : car enfin elle est fille d'Adam
comme les autres femmes, et il semble qu'ello devait hériter de la même disgrâce qu elles. Je crois et je sais qu'elle n*en a point hérité : c'est un mystère qui intéresse beaucoup ma religion , et ie vous demande rexplication dont il peut être susceptible.
Théod. Je vous dirai comme je l'entends ; et si vous n'êtes pas contente, Votre curé ou votre évêque vous l'expliqucfra mieux.
La bar. Mon curé m'enseifrAe à ci^irtf et non à comprendre , et ainsi dites-moi com ment vods entendez ce mystère.
Théod. La tache de la faute originelle nous vient seulement de ce que nous sommes fils d'Adam^ et nous sommes fils d'Adam quamf notre corps est animé par Vame ; tant que ne se vérifie pas cette union de l'ame et du corps, il d'y a point d'hommes ni de fils d'Adam. Mais Dieu a coutume de créer l'ame dans Je corps qu'elle doit habiter, en sorte qae le premier moment où l'ame existe est celui où elle commence à animer le corps dan» le ventre maternel. Par cette raison nous sommes conçus dans le péché , parce que l'ame, aussitôt qu'elle commence d'exister , est l'ame d'un fils d'Adam; et ainsi elle reste souillée, parce qu'elle est fille d'un perte qui par son délit a encouru la malédicUou. Jqsque ici il n'jr a rien d'obscur (1).
La bar. Rien; poursuivez.
Théod. Dites-moi donc : si Dieu efl( créé l'ame de Notre-Dame, non tout de suite dans Te corps qu'elle devait animer, mats séparément, et qu'il l'eût unie ensuite de son existence à son petit corps déjà préparé, il ne se vérifiait pas encore aans Vame seule qu*elle fût fille d'Adam, car elle n'avait pas touché au corps, et Dieu aurait bien pu, dans ce premier moment qu'elle sortit de ses maîos sans avoir touché le corps , la créer avec les dons de sa grâce comme il créa l'ame d'Adam. Cela étant ainsi, c'est-à-dhre cette ame prévenue des dons surnaturels de la grâce divine aurait porté déjà avec elle, lors ou second instant où Dieu l'aurait unie au corps, le préservatif du péché .: car celle qui était pleine de lumière ne pouvait craindre les ténèbres; et, pleine de grâce, elle ne pouvait déplaire au Seigneur. Il est vrai que dans cet instant elle devenait fille d'Adam , mais auparavant elle aurait été fille de Dleo par la grâce; et de même que le Verbe, eu vertu de l'infinie sainteté qu'il avait ab etterno', ne pouvait contracter la tache de fik d'Adam quand il s'unit au corps humain ; de même l'ame de Notre-Dao^e étant déjà fortifiée par le don de. la grâce sanctifiante qu'elle reçut des mains de Dieu dans son premier instant, avant de s'unir dans le second au corps
(1) On voit encore ici la msjestueose obscnriié des mysières : csr ce que dit Taoleur prouve bien q«e tout enfant d*Adain doit être dégradé, comne éUAt Als d*un père coupable. Mai$ eàa ne dcnoe poini sufttaammenl à entendre commeiU il est pécaear ; il n'y a que les iliëoloeiens mil le compreoneni bieo, quand ils disent que le pécoé originel est péché de la nature, et ain«i ce sera un privilège d^obtenir la nature (itiinaine exempte de péché. Ce privik^ a accordé à la sainte Vierge.
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DE LA RAISON ET DR LA RELIGION
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hamaifi qui lai était préparé, ne pouvait con* Iraçter la faute de Glie aAdam.
La bar. ActueUemcot j'entends cela claire* ment. Qu'ei) dites-rous, ma mère?
Jf ad. Que tu as eu le talent de me faire étudier la théologie. J'ai toujours entendu parler dans ces ternies du premier instant,etc. , mais ie n'y ai jamais fait réflexion comme à cette heure : je dis que je l'entends aussi.
Thiod* Il me semble que rien ne s'op^ pose à cette complication : car Dieu pouvait également créer l'ame de la Vierge , ou dans le corps orsanique qui lui était préparé, ou séparée de ce corps, et après l'avoir bien fortifiée de l'abondance des grâces célestes, l'unir à ce corps; et cela étant ainsi, quand elle se serait trouvée fille d'Adam , elle aurait eu en elle^^méme la sainteté qui aurait empêché en elle l'effet du p6ché du premier homme , de même qu'un flambeau allumé qui entre dans un endroit obscur n'a point à craindre de rester dans les ténèbres comme toutes les choses qui se trouvaient dans l'endroit; mais si le flambeau n'entrait point allumé il serait dans les ténèbres comme tout le reste. Néanmoins , si votre curé vous disait que cela ne peut pas être , conformez - vous à son avis parce qu'il est votre pasteur.
Mqd. Vous ne sauriez croire , Théodore , combien j'ai apprécié cette occasion , quoi-
3ue prise a la dérobée, de m'éclairer sur ces eux points que je n'avais jamais eoteodus clairement. Actuellement, si vous voulez, allons promener tous les trois.
Tkéod. Allons, l'air frais nous y invite. *
DBUXI&MB SUPPLÉMENT.
QUINZIÈME SOIRÉE. Sur la Confession auriculaire.
Le mafor. Quant à cela, madame, pardonnez-moi : je loue votre dévotion , mais je ne la suis pas. Vous allez fréquemment à votre curé pour purifier votre conscience ; moi , je ne suis pas obligé à une dévotion si incommode. Nous autres militaires nous avons icibas d'autres lois : les dames , comme plus oisives, peuvent être plus dévotes.
Im bar. C'est ce que je ne savais pas, mon cher major; donc dans notre religion il y a deux lois, l'une pour les dames, et l'autre pour les militaires f Y aura-t-il aussi deux cieux , ou sera-ce le même ciel? Vous supposez au moins qu'il y aura deux chemins différents pour y aller : celui de l'Evangile qui est le mien, et celui de la liberté et de l'indifférence qui est le vôtre?
Le fiwr;. Vous avez beaucoup de logique, madame , et on ne peut parler avec vous , parce qu'en tout vous discourez avec une rigueur métaphysique. Ce que je dis , c'est que lés miHlaifcfS, quoique catholiques romains, ne se confessent que pour le carême, «Ils ne donnent point dans les dévotions mélancoliques. Dans mon régiment j'en vois beaucoup qui se regardent conune très-dévols narce qu'Us remplissent ponctuellement le précepte; mais j'en connais d'autres qui ne 1 observent point : et moi-même ,' pour
vous parler francbenent, je suis nn 4c ceuxlà.
La bat. 0 hommes heureux qui n'ont point de fautes dont ils doivent demander pardon à Dieul Mais sans doute ils ont ordre de leurs chefs pour placer des sentinelles à la
Eorte de l'enfer, afin que personne qui scM on militaire n'y entre ; dans ce cas ils n*ont plus besoin de confession.
Le maj. Ce n'est pas cela : c'est qu'ik sont persuadés qu'il suffit que chacun dans son* cœur demande pardon de ses péchés à Dieu , qui est celui qui doit les pardonner.
La bar. Cela serait bon s'il en était ains». Mais qui nous est garant d'une si agréaUe doctrine pour pouvoir nous y fier et nous tranquilliser dans une matière de si grande importance.
Le maj. Tous les protestants suivent ee principe, et moi. Quoique catholique nn main, comme j'ai été élevé parmi eux, je an suis pas très-eloigné de m'en rapporter à eux , vu que j'y trouve mon compte.
La bar. Cela est commode, je n'en doute
λas ; et moi aussi j'y trouverais mqp compte : a difficulté est s'il y a de Terreur dans ce compte. Car à quoi me sert-il de vivre et de mourir en faisant ce calcul, si en mourant je dois trouver que le calcul était faux, et que dans le vrai les péchés ne pouvaient se pardonner que par la confession auriculaire ? Alors, cher major, que feriez-vous? Demanderiez-vous au colonel la permission de re« venir dans ce monde vous confesser?
Le maj. Allons, baronne, ne soyez pas si mélancolique.
Ihéod. Bon conseil, bon conseil, que vous donnez là, M. le major ; mais je ne sais à c[uoi il revient, parce que jusque a cette heure je ne vous ai point connu mélancolique.
La bar. Vous arrivez à propos, Théodore : le major appelle mélancolique l'idée que la confession est nécessaire pour que nos péchés soient pardonnes.
Le mai. Je parle d'après beaucoup de personnes de bon sens, qui regardent la eonfes"^ sion auriculaire comme une invention de moines, une superstition oppressive, et la torture des consciences. Je dis que Dieu seul peut pardonner nos offenses; que c'est la plus grande folie de prétendre, avec les confesseurs curieux de savoir notre vie^ qu'on peut commettre tous les péchés qu'on voudra contre Dieu» en se moqnaut oe sa loi, et qu'ensuite, par la seule bénédiction d'un moine, on obtient le pardon de toutes les injures faites à Dieu, injures que lui seul peut pardonner. Fi, désabusez-vous de cela.
Théod. Que dites*vous, baronne, de l'orage? Voyez combien de tonnerres étaient reafer* mes dans la nuée électrioue.
La bar. Désarmez» Théodore, cette nnée foudroyante, comme le prescrit Fraocklin. en lui présentant la pointe aiguâde voire rai* sonnement.
Xf fnaj. Je looe, madame, la métephare ; mais ne vous étonnez point du fen, parce qu'en matière de religion» je m'éleetrise fiici* IcQiént.
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La bar. Cela étant, éritons, 8*11 est possible , les /coups de foodre, et traitons ce point sérieasement y mais comme de bons ximis.
Théod. Qai vous a dit, cher major, qne les hommes pardonnent les pèches par leur autorité ? liais les ministres du roi ne pardonnent-ils pas les outrages qae les coupables ont faits au sonrerain?
Le maj. Ils les pardonnent au nom du souyerain qui leur en a donné le pouvoir.
Théod. Hais si un homme, qui peut-être était bien peu de chose par sa naissance, parvient, par Tautorité que lui donne le prince, à un tel pouvoir, qu'il pardonne les délits et les inrractions faites aux lois du
«rince, comment vous étonnez- vous que lieu donne autorité aux hommes pour qu ils pardonnent en son nom les fautes commises contre son autorité?
Le maj, La comparaison est bonne ; mais il reste à prouver que Dieu leur ait donné cette autorité. Le pouvoir que le souveraiin accorde à ses magistrats nous est certiflé par les décrets et les ordonnances <^uenous lisons et entendons tous. Si nous avions un semniablc décret où Dieu donnât le même pouvoir et la même autorité aux religieux et aux prêtres, je proteste qu'alors je me confesserais aussitôt , quoique il y ait plus de quinze ans que je ne Taie fait.
La bar. Grand Dieu I quinze ans I quel chaos de conscience, cher major ! Mais entendez-vous avec Théodore.
Théod. Avant de vous prouver ce que vous voulez, je vous demande, mon ami, avec franchise : Croyez -vous aux Evangiles comme chrétien, ou êtes-vous aussi incrédule?
Le maj. Cela non, je ne suis pas incrédule : je suis bon chrétien, quoique ie ne vive pas comme catholique romain letntime. Il est vrai qu'on m'a baptisé comme fils de catholique, mais Tai été élevé avec des protestants ; et je ne m'éloigne pas beaucoup de leur doctrine. Je crois fermement à TÈvangile et à tout ce que Jésus-Christ nous j enseigne.
Uiéod. Cela me suffit pour partir d'un principe, et raisonner avec fondement. Ditesmoi donc : Vous rappelez-vous ce que Jésus- Christ dit à ses apôtres après sa résurrection?
Le mai. Il leur dit plusieurs choses : je ne sais de laquelle vous parlez.
Théod. Le Seigneur entrant dans le cénacle, les portes fermées, parla à ses disciples, et leur dit : Recevez le Saint-Esprit ; et en disant cela il leur souffla au visage. Après cette cérémonie préparatoire, il leur dit : Les péchés que vous pardonnerez seront pardonnes, et ceuj! que vous ne pardonnerez pas, ne le seront pas {Joan. 20, zS).
Le meg. Je me le rappelle bien, quoique je n'eusse pas pris garde à cette préparation du Seigneur, quand il leur dit qu'ils reçussent le &int-Esprit, ni qu'il leur eût soufflé au visage : actuellement vous m'y faites faire attention.
Théod. Vous voyez qu'on ne peut suppo-
ser que le Seiraeur ait voolu leur dire une chose de peu drimportance, quand il les pré* para par le souffle de sa bouche divine, et
Ear l'infusion du Saint-Esprit; car, s'il est ors de doute que toutes les paroles et les actions de Jésus-Christ procèdent avec poids et mesure, nécessairement celles qui ne sont pas ordinaires nous annoncent quelque dessein qui ne le soit pas non plus.
Le mai. Et que voulez-vous inférer de là?
Théod. Je le dirai en son temps : mais ie demande s'il vous semble que ce préambule prouve que ce que le Seigneur allait dire ou faire était une cnose exlraonKnaire ?
La bar. Quel scrupule est-ce là» major? qui est-ce qui vous arrête? La demande est simple et claire : dites oui ou non ; toute réponse satisfera Théodore.
Le maj. Je m'entends à part moi, madame; mais, puisque vous me pressez, je dis que oui. Ce préambule dans la bouche du Fils de Dieu de donner le Saint-Esprit aux disciples par son haleine, et de les préparer par là » annonce bien que ce qu'il va dire est un grand mystère ou une très-grande doctrine. Baronne, en voulez-vous davantage ? Conti« nuez....f
Théod, Bien : donc les paroles qui suivent et par lesquelles il leur donne le pouvoir de pardonner ou de laisser sans pardon les péchés commis contre Dieu, ont une force et on effet très-grand. Autrement elles ne signifieraient pas plus qu'une cérémonie arbitraire ; et le Fils de Dieu aurait fait ce qae font les hommes dans leurs vains compliments.
Le maj. C'est une chose indigne de Dieu : je ne puis le dire.
Théod. Donc le Fils de Dieu accorde aox apôtres un véritable pouvoir de pardonner ou de ne pas pardonner les péchés ; et un pouvoir Si efucace que ce qu'ils feraient ici-bas sur la terre se confirmerait dans le ciel : car les paroles sont très-daires : Les péchés que vous pardonnerez seront pardon^ nés: et ceux que vous ne pardonnerez pas «# le seront pas. A cela que me dites-vous ?
Le mm. C'est certain: j'accorde que les disciples de Jésus-Christ et leurs successeurs ont ce pouvoir; mais jusque ici nous n avons pas encore de coniession, et beaucoup moins auriculaire : ce que nous avons, c'est qu'ils peuvent pardonner ou ne pis pardonner, et cela peut bien avoir lieu sans la confession.
La bar. Nous tenons donc déjà, cher major, que ce n'est point une absurdité, (onime vous le disiez auparavant avec tant de galanterie, qu'un religieux avec une absolution pardonne à un grand pécheur toutes ses iniquités et les mépris qu'il aura faits de la loi de Dieu. Déjà vous avouez que vous vous êtes trompé en partie ; et voilà tout d'an coup l'annonce du calme qui nous rassure contre les menaces de la tempête.
néod. Madame, laissez-nous suivre notre discussion sérieusement; à la fin vous ferez vos plaisanteries
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DE LA RAISON ET DE LA RELIGION
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£e maj. Contlnaex» Théodore ; je veux éclaircir ce point.
Uiéod. Puis donc qu'il existe dans les hommes ce pouvoir de pardonner ou de ne pas pardonner les pèches , je demande si le oei* gneur Ta laisse ahsolument à la volonté de ses ministres , en sorte qu*ils puissent pardonner tout ce qu'ils voudront ou ne voudront pas , sans examen et à leur fantaisie ? Croyex-voQs que IHeu ait laissé un pouvoir «î considérable et d'une si ^ande conséfuence à la disposition arbitraire de son -ninistre , sans lui prescrire aucune rèele?
Le maj. 11 ne me parait pas croyable que !a souveraine sagesse en ait agi ainsi , vu |ue ce point est si important et essentiel pour le salut.
Théod. Fort bien : donc ce pouvoir a ses rèffles d'après lesquelles le ministre de Dieu doit tantôt pardonner et tantôt refuser le pardon; autrement Jésus-Christ autoriserait, en matière si grave , le caprice déraisonnable de qui que ce fût de ses ministres. Si aous voyons que les souverains n'ont jamais '.onfié le pouvoir de pardonner, sinon d'après les lois oont on ne pei^ s'écarter, comment >iett aurait-il été en cela moins sage que les hommes?
Le maj. J'en conviens : cette faculté serait absurde si Dieu ne donnait à se^ minis* Ires certaines règles d'après lesquelles ils dussent agir.
Théod, Or, comment le ministre de Dieu peut-il agir prudemment dans cette matière , si ce n'est en examinant les fautes du cou-
Sale et les circonstances de ces fautes? lais ces butes pour la plupart sont cachées, et personne ne peut les faire connaître exactement , si ce n'est le pécheur lui-même , spécialement celles qui ne passent pas audelà du cœur. Vous ne pouvez me nier non plus que ce oui nous disposera par-dessus tout à recevoir le pardon , ou nous rendra incapables de le recevoir, ce seront les sentiments de notre ame. Enfin il n'est pas possible que le Dieil de vérité autorise à prononcer sur ce grand procès, autrement que d'après les lois de la vérité ; et celle-ci ,- nous savons tous qu'elle ne se voit pas à l'extérieur, mais qu'elle réside dans l'intérieur. Donc il convient que le ministre de Dieu , pour pardonner les délits du pécheur, quels qu'ils soient, connaisse, par ce pécheur même, soit ses fautes passées, soit l'état actuel de son cœur. Si vous m'accordez cela , alors nous avons la confession du coupable.
^Le mai. Nous n'avons pas encore la confession des péchés dits à l'oreille , qui à cause de cela se nomme auriculaire»
Théod. Pourvu que le pécheur instruise le ministre de Dieu de tous ses péchés et des sentiments de son cœur, cela suffit; et, s'il veut les dire publiquement au milieu d'une place , le ministre de Dieu l'absoudra. Mais, s'il veut s'épargner la honte de dire ses péchés en public, qu'il s^approche du conœs* SQur, et lui dise ses fautes à rpreille.
La bar. Eh bien, cher major, vous la
voyez démontrée k confession auriculaire, dont vous vous moquiez tant : que dites^vous à cela? Etes^vous devenu muet?
Théod. Donnez au major le temps de la réflexion , madame; elle seule peut faire passer la connaissance de la vérité , de l'entendement Jusque au fond de l'ame. Quand nous venons a découvrir quelque vérité contraire à ce que nous avions longtemps pensé et admis dans notre cœur, cest peu drapercevoir l'erreur par le raisonnement : il faut arracher de sa volonté l'affection qu*elle y avait ; sans quoi la vérité resterait à la superficie de l'entendement, et ne prendrait jamais racine.
Le maJ. Vous dites bien, Théodore; je n'avais jamais réfléchi sur cet article comme à cette heure : j'adoptais fort légèrement ce qu'on me disait plus légèrement encore. Actuellement je vois qu'il est indispensable aux chrétiens qui admettent les Evangiles : d'admettre aussi la confession auriculaire*
La bar. Convenez aussi , cher major, que rien n'est plus condamnable que la féffèrelc avec laquelle on parle contre notre religion et ses dogmes. Au commencement, vous avez pris un ton qui m'a un peu étourdie moimême , parce que Teniiphase , le feu et l'énergie avec lesquels vous vous expliquiez annonçaient un système très-raisonne, et une ^ande assurance de ce que vous disiez; et cependant vous voyez que ce n'était que de la présomption.
Le tnaj. Il me paraissait qu'en demandant chacun pardon a Dieu« et en se repentant dans son cœur , cela suffisait.
Théod. Demander pardon 1 Dieu et se repentir dans son cœur sont sans doute des ' moyens nécessaires pour que Dieu par^ donne ; et même souvent il arrive qu'ils suffisent, quand nous avons un Vepentir plein d'amour de Dieu par-dessus toutes choses, telle qu'est la contrition parfaite; mais il doit toujours y avoir dans le pécheur le désir de se confesser, et la résolution de le faire quand il le pourra. La raison de cela est que Jésus-Chnst étant le roi de la gloire ,' personne ne peut y entrer , si ce n'est par ses mérites et par la vertu de son sang. Ce sang de Jésus-Christ est déposé dans les sacrements , qu'il a institués lui-même. Pourquoi dites-vous qu'il n'y a point de salut sans baptême ; si ce n'est parce que dans les eaux sanctifiées de ce sacrement est déposé le sang du Sauveur, en vertu duquel nous re* ce vous la première grâce d'adoption et de régénération? Le sang de Jésus-Christ est donc aussi déposé dans les paroles du prêtre qui absout, pour nous donner la seconde
5 race de la réconciliation i Si les protestants isent que, malgré les paroles de Jésus- Christ , nous pouvons avoir un moyen d'ob^ tenir pardon , et qu'il suffit de le demander à Dieu pour se croire réconciliés , pourquoi ne disent-ils pas qu'il sera suffisant qu'un gentil demande à Dieu qu'il le fasse son fiis, f pour devenir enfant de l'Eglise, quoiqu'il ne < reçoive pas le baptême ?
Umaj. Us diront que*^ésus-<Ilhrist a lufr»