PREMIERE
aSIZIÈME SOIRiB.
JDes obligatianê de rhonmeçar rapport à Dieu, déduites de ce me le Seigneur a fait dans runiverspour te bien de f homme.
I |T, Introduction.
La baronne. Soyez le bienvenu , çhevaUer, aass vous nos conversations littéraires n'ont
K4nt ce sel qui autrefois les rendait agréaes; mais actuellement votre assistance les rendra plus instructives : parce que vos études et la fréquentation de beaucoup db gens instruits , que vous aurez vus à l'armée, vous auront donné beaucoup dé lu- Inîères.
Le chev. Ha sœur, si vous voulez que nous pariions d'artillerie, de bouleU, d'atUques, de défenses, etc., je suis votre homme ; car, soit au camp de saint Roch, soit dans le
(I) On a laissé subsister dans celle partie plusieurs questions d*sstronomie, de physique, d*anaiomie, hors de la portée de la plupart des lecteurs ; mais la difficulté même de les concevoir conduira nécessairement k conclure la grandeur du souverain Créateur de toutes choses, et rimportance des Uns qu^il s'est proposées. D*ailleurs réducaiion est telte aujourd'hui que les plus jeunes têtes ne s'épou- ^nieot pasde ce qui est scieniilique. On veut qu'elles apprennent de tout, au moins tm peu. Ainsi personne ne pourra se plaindre.
Ce qui déplaira davantage , ce sont difiereotes routions que rautenr a'esl permises dans ses questions et dans ses preuves. On a élagué beaucoup ; mais on n'a pu les retrancher toutes, parce qu'elles font partie nécessaire de i*argamentatlon , al que renvoyer sonvent le lecteur ai premier vola- 'nie,«'eit 4m le fatiguer, eu eiposer eiM qui ne vendrait pas se donner b peine de revenir sur sea pas à se contenter d'un souvenir ramier et par oonjé(]ueot de oea d'uti)ité. {Not. dufraé^} ■
Rouasillon, c'était notre entretien oontinud: chacun doit parler de sa profession ; le reste est chose impropre.
La bar. Et moi, de quoi dois-je parler ?
Le chev. Le voici : de parures, de modes, de musique, de jeux, de vêtements, dediamants, et de tout ce qui contribue à relever la beauté, à attiser la galanterie, à mériter des louanges, à s'attirer des hommages, à fomenter les intrigues, etc., etc.
La bar. Ces et cœtera multiples me disent beaucoup ; mais, par rapport a moi, ils ne me paraissent pas bien dans votre bouche, car vous savez que mon entendement ne se sa* tisfait point des bagatelles qui flattent les yeux, et que je n*ai jamais estimé des éloges londéis sur des rubans, des habits, des perruques et autres colifichets. Voua, chevaUer, vous n'ambitionnez pas qu'on voua prenne pour un Adonis et un petit-maltre, car alors Je rougirais de vous avoir pour firère ; i'Iionneur ^ue j*v attache vient de ce que vous remplissez dans votre état toutes les obli-
Sations de chevalier, de militaire et d'homme 'honneur. Les habits ni les autres pai'ures ne sont rien pour vous ; or je sais de même.
Le chev. Cela est vrai quant i moi ; mais pour vous, qui êtes une dame, dont la jeunesse , la beauté et les grâces charment et enchantent généralement; pour vous, dia-je, les parures vous conviennent très-bien, et elles doivent être l'objet principal de vos soins ; parce que dans votre guerre de femme ce sont la les batteries, les balles et les armes
!|ui blessent, subjuguent, vainquent et par» ois terrassent lea héroa el les conquérants, qui, couronnés de lauriers, se laiaaent captiver des dames qui ont la gloire et le bonheur
iM6
DE LA RAiSOli ET DE LA RELIGION.
mi
la bar. Fr&re et sœur par nature» ponrqaoi voulez-vous faire entre nous des partages si désavantageuiC pour moi ? de ce qui est perfection de Pamey l'ouvrage du jugement, le propre de rfaéroïsme, vous en faites le lot du chevalier; et à la baronne, vous lui laissez les rubans, les modes» les brillants, les mensonges, les faux éloges, et tons les attirails du corps. Beaux partages entre frères 1
Le ckev. Ce sont les partages que Ton bit ordinairement; mais j'avoue que par rapport à vous ils sont injurieux.
La bar. Mon frère, l'ame ne connaît point de sexes différents, et ainsi je ne me contente point des ornements du corps : je veux mon ame parée, je la veux riche et précieusement Têtue ; tenons-nous en là ; je n'ai jamais eu d'autre ambition. Depuis le temps où nous recevions, vous, le baron et moi, les instructions de notre mattre Théodore, i'ai toujours étudié ; et il me dit avant-hier que nous devrions entreprendre actuellement la morale.
Le chev. La morale ou la science des mœurs est très-importante : mais, pour vous renseigner , chère sœur , Théodore n'est pas le maître qui convienne le mieux. Je le trouve trop philosophe et, permettez moi de le dire, trop mélancolique pour l'instruction d'une dame qui doit jouir des plus belles années de l'ége et de la beauté. Aujourd'hui il y a des livres charmants sur les mœurs , et bien différents de ceux que voyaient nos ancêtres.
La bar. J'en suis bien aise, parce qu'en comparant sa doctrine avec celle que vous vantez, j'en connaîtrai mieux la manière de me conduire, et vous contribuerez à mon instruction : car vous devez ce service à l'amitié que j'ai pour vous. Voilà Théodore qui arrive, et qui, nous voyant ensemble, brûle déjà d'envie de savoir ce que nous disons. Venez, venez, Théodore, vous êtes bien en retard !
Théod. Entre frères qui ont été séparés si longtemps , un juste sujet de conversation, dans les premiers jours, est de s'entretenir de leur absence.
La bar. C'est l'ordinaire : mais déjà j'ai mis le chevalier au fait de celle que nous avons projetée.
Le cbev. Théodore, ma sœur dit que vous voulez lui enseigner la science des mœurs, et je trouve que vous avez raison; parce que rayant instruite, et fort bien, de tout ce qui éclaire Tentendemcnt , il convient que vous lui appreniez aussi l'art de régler la volonté: la morale s'allie supérieurement avec la logique. Mais je trouve, Théodore, que la morale aujourd'hui en vogue est bien différente de celle de nos pères ; et il sera nécessaire ou que vous lui donniez une doctrine surannée, que personne ne suit plus, ou que vous fassiez dans l'esprit de la baronne un change*nent qui scandalisera peut-être quiconque aura Fancienne éducation.
I%éûd. Par cela même je désire aue vous soyez présent à cette instruction : des qu'en
cette matière l'autorité civile est sans force, et que nous laissons de cAté l'autorité sacrée, non par mépris, mais en la réservant , par respect, pour les cas où elle sera nécessaire, nous nous servirons seulement des armes de la raison, les seules que connaissent vos au teurs. Ainsi j'instruirai votre sœur en simple philosophe. Pas un point de doctrine que nous n'examinions pour juger s'il est fondé en raison
Le chev. Voilà comme je l'entends. Je craignais que vous ne prétendissiez nous instruire par l'autorité de l'Eglise, que je vénère souverainement; mais pour répondre aux livres modernes, je n'admets rien qui ne soit dicté par la raison.
TTiéod. Vous serez satisfait : d'après la connaissance que j'ai de ces livres, je doute que vous m'en citiez aucun qui me soit entière ment neuf. Je vous dirai quelque chose de leurs systèmes, je vous citerai les auteurs et les pages, parce que je n'aime point à combattre des lanternes, et que je n'ai jamais inventé de doctrines pour les réfuter, je me suis toujours assuré auparavant qu'elles avaient des partisans.
Le chev. Cela étant, je désire vous enteurdre, et je vous prie, Théodore, de ne pas vous scandaliser s'il m'échappe «quelque expression étrangère à votre doctrine : accoutumé à vivre avec des ofDciers de tant de nations et de religions différentes, je vous demande excuse d'avance de tout mot impropre qui serait peu digne de vous et de la baronne.
La bar. Vous serez excusé si vous êtes coupable.
§ II. — De Vobligaiion qu'a totU homme de
connaître Dieu.
Ihéod. Mon chevalier, la première partie de la philosophie morale traite des devoirs de l'homme envers Dieu ; la seconde de ses devoirs envers lui-même; et la troisième de ses devoirs envers les autres hommes. Je crois qu'en cela vous êtes d'accord avec moi.
Le chev. Je suis d'accord , et sans difficulté.
La bar. Dieu veuille qu'il en soit ainsi jusque à la fin 1
Théod. La première obligation de l'homme envers Dieu est de travailler à le coiraattre. Car quoique ce soit la chose la plus naturelle à toute créature intelligente, il est cependant des hommes d'un esprit si lourd, si bas et si terrestre que , semblables aux animaux, ils ne lèvent jamais les yeux de dessus la terre qu'ils foulent aux pieds, et ne regardent jamais le ciel, afin de connaître le principe d'où leur est venu l'être qu'ils ont. Mais Dieu , en formant l'univers, prévoyait leur indigne condition : il a semé cette terre , qu'ils ne perdent pas de vue, de petits miroirs où se réfléchissent ses divins attributs; en sorte qu'ils pussent parvenir à leur ooiinaissance comme malgré eux. Comme aussi trop souvent ils sont si irréfléchis qu'ils no daignent faire aucune attention aux créa^ turcs qui les entourent, le Créateur a dis-
HARMONIE
f»086 qae l'homme pût troaver en lai-même e portrait de la Diyintté. Le mécanisme de son corpsy Tadmirable organisation de la Tue eC de TouYe, l'esprit qui l'anime, et Fentenjement par lequel il raisonne, sont autant d» reflets de la sasesse infinie et de la puis« santé providence du Créateur; ainsi soit que Thomme se considère lui-même , soit qu'il envisage ce qui est autour de lui» partout il trouve les traces merveilleuses d'une puissance incontestable qui passe les bornes de son ima^nation ; pour peu qu'il y pense, il se perd, il s'abîme malgré lui dans ce qu'il aperçoit de l'incompréhensibilité divine : il ne comprend pas Dieu ; mais il voit clairement qu'il existe, et c'est déjà le connaître que de savoir qu'il est incompréhensible.
La bar. Le malheur est que la plupart des hommes, comme vous dites, ne refléchissent pas , et qu'ils ont le raisonnement aussi oisif que les yeux quand ils dorment.
Théod. C'est ce qui fait leur péché, de recevoir de Dieu un corps si parfaitement organisé, des sens , une ame , un entendement, et de ne pas se demander à eux-mêmes d'où leur est venu tout cela dont ils font tant de cas.
J> chev. Souvent , i force de raisonner, rhomme se confond ; de sorte que, ne com-
8 refiant point comment sont les choses en >ieu, il ne croit rien de cela même qu'il lui semble voir.
La bar. Il n*y a point d'extravagance plus grande. C'est bien différent de croire qu'une chose est, et de connaître comment elle est.
• Le cluv. Ha sœur, ne prononcez pas si rigoureusement, parce que c'est là le système d'un grand homme.
Théod. Je le sais très-bien : c'est J. J. Rousseau dan^ son Emile.
La bar. Je lui en fais mon compliment; hiais je reviens A dire la même chose : c'est une fameuse absurdité. Dites-moi, chevalier, aimez-vous les figues ?
Le ehev. Beaucoup; et celles que vous m'avez servies aujourd'hui étaient excellentes.
La bar. Moi, je ne veux pas croire qu'elles vous plaisent, parce que vous ne devez pas croire qu'il y en ait. Car ni vous ni aucun philosophe ne pouvez me dire comment elles se forment du figuier, chaque figue ayant en elle dix mille petits grains, et chacun d'eux ayant la semence d'un autre nouveau figuier, comme celui où elles sont nées. Donc vous n'avez point la permission de votre Rousseau de croire qu'il y ait des figues ; donc vous ne pouvez les aimer, parce qu'un homme de votre jugement ne peut aimer ce qu'il ne croit pas exister dans le monde.
Le chev. Je crois qu'il en existe, et je les aime.
La bar. Hais si sans comprend! e ni bien ni mal comment le figuier peut produire des figues, ni les figues donner des figuiers, vous croyez cela même que vous ne comprenez pas ; pourquoi excusez-vous vos amis de ne pas croire les attributs de Dieu, parce qu'ils
pe les entendent pas bien? Autrement vous êtes obligé de m'expliquer ce qui regarde ce mystère ue la semence des arbres. En quoi consiste-t-il? dites-le moi?
Le ehev. C'est la providence de la nature.
La bar. O mon frère 1 enseignez-moi, je vous en conjure, où demeure cette dame ; je veux aller lui parler, car son habileté est supérieure A celle de tous les hommes ensemole ; puisque, sans d'autres mojrens que la terre» l'eau et la chaleur, elle fait que, dans l'endroit même où tombe une figue, il naisse des figuiers ; sur chacun d'eux mille figues ; dans chaque figue dix mille petits grains ; dans chaque petit grain une petite plante de la même espèce, et si bien pourvue qu'elle devient elle-même un arbre. Qu'il tombe à côté un noyau de pêche, la nature fait qu'il en sorte un pêcher très-beau, d'une construction entièrement différente de celle du figuier, quoique il se nourrisse de la même terre et de la même eau échauffée par le uiéme soleil ; et cet arbre ne doit point donner des figues, mais d'excellentes pêches , de la pins belle couleur, d'un parfum et d'un goût exquis , chacune avec son noyau, dont la
Setite amande renferme un nouvel embryon e ce même arbre. Celle qui fait cela, mon frère, a une intelligence étonnante en .tout ; je veux lui parler : dites-moi où je la trouverai?
Le chev. La nature ne parle pas, elle n'a pas de science.
La bar. Comment pou vez-vons comprendre ou vous former Tidée que tant de choses merveilleuses et si délicates se font sans une cause intelligente ? Dites-moi : le comprenezvous?
Le chev. Ne me pressez pas tant, baronne, je ne l'entends pas.
La bar. Or dans ce cas vous ne mangerez as de figue, ni ne croirez qu'il y en ait, par à même que vous ne comprenez point comment elles peuvent se former snr l'arbre qai les produit; car voire maître dit que personne ne doit croire ce qu'il ne comprend pas.
Le chev. Laissez-moi aimer les figues et les pêches ; j'enverrai plutôt promener la maxime de Rousseau, si, pour la suivre, vous voulez me condamner à une si pénible abstinence.
La bar. Ce n'a donc point été grossièreté de ma part d'appeler absurdité la maxime de ne pas croire ce que je ne puis comprendre. Et déjà vous voyez combien ce motif est puéril et ridicule , pour oser se défendre des obligations que tout homme a envers le Dieu qui l'a créé. Pardonnez , Théodore , la digression; mon frère m'a piquée, j'ai voulu me venger : en matière de physique, je ne le crains pas.
Le chev. Je le vois bien : mais allons, Théodore , A ce que vous vouliez dire.
Théod. Je suppose , chevalier , que tous
accordez omme évident que nous avons un
Créateur qui nous a donné rêtre.- Car dès
nous avons rexistcnce, et que nous ne
DE LA RAISON KT DE LA RELIGION
fsia
ptmTons rafofar àe nons-mémes , il est né^ ccssaire qne quelqu'un nous Fait donnée. Il est nécessaire qu en remontant d*aïeux en aïeux , nous renions aboutir à un premier principe qui ait formé un premier homme, à un Créateur, que nous nommons Dieu.
Le chev. Il y a des hommes si profonds , qu*il8 v^nt jusque à dire que nous n'avons point résidence que nous existions, ni qu'il y ait un monde corporel ; parce qu'il est possible aue nous rêvions tous.
La bar. Mais celui* qui rêve existe.
Le chev. Ma sœur vous êtes bien avancée. Au reste aujourd'hui , Théodore , personne de bon sens ne doute qu'il n'y ait un Créa-^ teur ou un Etre suprême qui nous a donné l'être.
Théod. Donc l'homme doit respect, amour et obéissance à œ Dieu dont il a reçu l'être, et qui a formé tout ce bel univers. Je dis qu'a lui doit respect , amour et obéissance , parce que sa puissance demande du respect et de la vénération , sa supériorité demande de Tobéissance, sa bonté et sa bienfaisance envers nous demandent de l'amour. Tout natt d^on principe, tout consiste à réOéchir sur ce qu'est Dieu , sur ce qu'il est par rapport à nous , et à peser les différents détails dans lesquels nous allons entrer peu à peu. Quoique vous , la baronne et moi nous soyons catholiques, et qne nous ayons la lumière de la foi et d'une religion établie sur les fondements divins , cependant comme des philosophes ne les admettent point, et que vous , chevalier , vous aurez à converser avec beaucoup de camarades qui n'ont pas votre religion , ne raisonnons que d'après les principes dont ils conviennent ; ils vous suffiront pour les convaincre , si vous aviez des discussions avec eux, comme votre sœur en a chaque jour.
Le chev. J'approuve cette ro'éthode : elle est bonne même pour fortifier les catholiques, quoique elle se dirige principalement contre ceux qui prétendent que la religion ne peut résister aux armes de la raison. J'apprendrai avec plaisir le moyen de m'en servir contre eux-mêmes; heureux de les vaincre en faisant triompher la vérité.
La bar. Je vous en félicite , mon frère : dans la nécessité ou vous êtes de vous trouver souvent avec des incrédules , il est sage de bien vous instruire. Ne perdons alors point de temps, puisque la matière est une des plus importantes que nous puissions traiter.
Théod. De quatre sources principales découle l'obligation où est l'homme de respecter et d'aimer son Créateur; les voici :
1" De ce que le Seigneur a fait dans le cid, seulement pour l'homme.
â* De ce qu'il a fait sur la terre, seulement pour rhomme.
3r De ce qu'il a fait dans le corps humain, seulement pour Thomme.
<^* De ce que Dieu a fait dans notre ame , seulement pour l'homme.
Je n'invoquerai que les lumières de la raison et de la physique que tout le monde
connaît, même les impies et les incrédules De ces quatre articles se déduisent différentes conséquences, que nous examinerons chacune en son temps, sans rien précipiter.
La Bar. C'est ce que je vei^x, Théodore : parce çue des points aussi essentiels que ceux-ci ne peuvent se traiter à la hâte et en passant I m. Des obligaiione de rhomme p/ar rapport
à Dieu» pour ce qw le Seigneur a fait aans
le cte/, seiJement pour l'homme.
Thiod. Ici vous brillerez, baronne; parce
plus oublié.
£e ehev. Quoique j'aie oublié les nombres et les calculs , je me rappelle bien les choses les plus notables.
Théod. Cela ne suffit pas. Permettez-moi d'abord de faire une petite peinture de cette grande maison de l'univers , fabriquée par la main du souverain Ouvrier, où éclatent de toutes parts sa magnificence , sa puissance et sa sagesse. Ici la philosophie elle-n\ême prête des armes A la raison, elle ne s'en éloigne que dans les conséquences.
Le chev. Je tâcherai de les saisir pour en faire usage dans l'occasion.
Théod. Ce globe terrestre, sur lequel nous vivons, vous savez qu'à son équateur ou ligne é^uinoxiale il a plus de six mille lieues de circuiL Or le soleil est plus d'un million de fois plus grand que la terre [1), et déjà vous voyez quel vaste champ se découvre à notre entendement, pour nous former une idée du grand pouvoir de Dieu qui l'a créé , qui conserve cet immense foyer toujours ardent, qui le meut, le gouverne, et le fait obéir à toutes ses lois. Remarquez bien, chevalier, que cet astre étonnant n'a point d'intelligence pour savoir la volonté divine, et puisque, pendant six mille ans, il ne s'en est pomt écarté, il est évident que la main suprême du Créateur le conduit.
Le chev. Soyez tranquille : je ne perds pas la moindre de vos paroles , et je les apprécie comme elles le méritent.
Théod. Ajoutez à cela que Dieu fait tourner autour du soleil, comme satellites, Mercure à la distance de neuf millions de lieues, Vénus à celle de dix-huit millions, et notre terre , dans l'hypothèse qu'elle se meuve comme planète , fait un tour de vingt-cinq millions de lieues.
La bar. Il est bien vrai qu'il m'en coûta beaucoup de croire que la terre tourne, quand vous m*enseigniez l'astronomie. Mais la hauteur de la mer, plus grande à l'équateur qu'aux pôles, avec une différence de six lieues, quoique ce soit la même eau qui est en équilibre sur toute la rotondité de la terre, m'obligea de croire qu'à l'équateur et dans ses environs il j avait quelque cause qui diminuait sa gravité; et cette cause ne
(i) I» 435,02o, 0 après les dernières observalioM depuis le dernier passage de Vénus.
tfff
pooraH Mre 40e b fèvce cmMbige pimé^ daal 4e ta roUliott. Coatnmex.
néùd. La JOTfdidion ds soleil t'étami beaocoop plot lois que la terre ; parce qu'il attire i lai Man , qui est éloigiiè de treoteboH milliMS de lieues; Jopiter, éloigaé de cent trente, el Batorse , de deux ceat treatebait, eofia lanoarelle pianAte Herscbd o« Oramis, qai , à moa aris, doit dire distante de quatre cent soixante et dix-s»t aillions de UeMs, calcriées mr la période obsenrée de quatre- Tingt-deox ans (1).
Le ehev. le ne sarais rien de cet Uranas ; mais l'attraction du soleil est étonnante, et la ararité de tous ces astres sur lesquels il influe f en les attirant à une si fraude distance, btiçae limagination qui Teut s'en fonner une joste idée.
Théod. Bue se btigne encore plus quand nous considérons ces planètes fugitires, dont quelques-ones disparaissent pourSOO ans, et qui , dans des régions qu*on croirait bon de 1 unirers , ne s'écbappent pas de la juridiction du soleil. Pendant tout cet éloignement nécessaire elles sont retenues dans les bornes qu'il leur prescrit par les lois de leurs orbiles et i ses ordres , sans le moindre manquement. Du point de leur plus grande distance elles reriennent i celui ({ui les rapproche le plus de lui, quand arrive le temps prescrit
La bar. Oui , certes : Timagination se perd dans ce que la raison et Texpérience démontrent A cet égard.
Le ckev. Cependant rentendementcbemine aussi sûrement par ses calculs dans ces immenses distances que les géoaraphes dans les mesures qu'il prennent sar Ta surCace de la terre.
l%éod. Or cette immensité d'espace que Tentendement est obligé de reconnaître, c'est la maison que Dieu a faite seulement pour le soleil et sa famille. Vous voyez qu'elle est grande, magnifique et spacieuse. Mais ce n*est pas encore la salle principale do palais tisible du Tout-Paissant.
La bar. Que dites -tous, Théodore? La lumière de la philosophie tous découvret-elle encore quelque chose de plus ? car ici il n'est pas question de savoir par la théologie ce qu'a 7 a IMiaut dans le palais invisible.
Théoi. Déjà je TOUS ai dit que je parie en philosophe , et seulement de ce que tes jeux voient , même ceux de l'impie et de Tincrédole. Toute cette immense salle destinée pour le soleil et sa famille n'est presque rien relativement à ce que nous découvrons des yeux, parce que vous devez savoir que chacune des étoiles est un soleil , dont les calculs bumains n'atteignent pas la distance, el par conséquent ne mesurent pas la grandeur.
Les mathématiciens les divisent en six classes, suivant la clarté de la lumière que
* (1) Saivsnt la deuiiènie loi de Kléper, qoi démontre que les carrés des temps périodiques, dans 4«sifMto se fftir eue révvyluiioii entière, séat eatrs euz cimine les cobos dei distances de soleil.
Iit2
noua apereaTi
celles iiullt appdlenl de la sixième classe
ou grandeur sont peut-être plus crandes
£ie le soleil, quoique leur distauee les rennt si petites à nos yeux. Si toutes étaient incrustées oonanie des diamanis dans la vente du del, alors eu les considérant à la même distance , ou pourrait connaître leur grandeur par la dirersité de leur lumière; nais aujoM'bui ou sait que cette idée du vidgaire est busse , et que ees espaces célestes sont Tides. Dans celte supposition chaque étoile est un soleil, qui peut-être aura sa fuaille particulière de planètes cooune le nôtre :ce n'est li qu'un peut-*être, une simple conjecture. Allons au certain.
Le chev. Vous aTez raison : ne mêlons point le certain i l'incertain.
Thiod. L'étoile Syrins ou du grand cbien, qui est une constellation bien connue, est la plus brillante de toutes (peut-être parcequ^ètte est plus près) , et Wolfius dit qu^elle est au moins cent fois plus grande que le soleil.
La bar. Et comment calcule-t-il cela ?
Théod. Voici comment : il parie d'abord 4e sa distance, et la compare aTcc la plus gr»ide qu'on puisse connaître à Talde des inslru* ments ; laqudle est si énormément grande que le diamètre de l'orbite de la terre , qui est une ligne de plus de cinquante miDions de lieues , n'est pas encore la base sensibic du triangle TisiMe qui Ta à queb|ue étoile une ce soit; et il raisonne ainsi : l'étoile Syrius n'est pas A cette distance, parce qu'alors nous pourrions connaître aTCC les instruments ce que nousnepouTons certainement pas ; donc elle est beaucoup plus lois. D*aillèurs comme la lumière va en diminuaiii en raison inverse du carré des distances, dans la supposition une le soleil tùi à celle distance la plus grande possible, nous saiH rions de combien diminuerait sa -lumière , et nous trouverions qu'alors elle serait beaucoup moindre que celle qui nous vient de l'étoile Syrius ; donc celle-ci est beaucoup plus grande que le soleil, poisqnelle nous donne plus de lumière que n!en donnerait le soleil , s'il était aussi distant.
La bar* A cette heure je l'entends.
Théod. Dans celte supposition , que penser de cette infinité de soleils qui sont dans le firmitment ? Flamstedius compta les étoiles qui se peuvent voir avec les yeux sans télescope, et il en trouva jusque à trois mille quatre. Mais un astronome , je ne sais si c^esl le Reita , avec les télescopes , en trouva deui mille seulement dans le eintre d'Orion, que le vulgaire appelle les Trois Rois. Outre cela, dans la Voie lactée , nommée le Ckemin de SL'Jacques , et que les anciens disaient étrr le lait qui se répandit du sein de Vénus , et dans une petite nuée australe, on voit avec les télescopes d'innombrables étoiles. Or chacune d'elles étant un très-beau soleil , quoique sa lumière nous soit presque imperceptible à une si énorme distance, quelle idée devrons-nous avoir du ciel?
Le cAee. Tavoue , sans que vous eu dislei davantage , que mon entendement se forme