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ttARiiomk
aa'il!! y éprouveraient, Totià poarqiioi le Créateur de notre habitation pour celte vie a formé ce globe de la terre tel qu'il est. Ici l'altemalive des jours et des nuits fait que nous tie sommes ni brûlés par la chaleur, ni
fêlés par le froid. Et que me dircz-vous de atmosphère de Tair? Continuellement il élève par son poids les vapeurs de Teau, qui forment les nuées; celles-ci nous défendent des ardeurs du soleil ; tantôt elles distillent sur les champs la pluie opportune qui les fertilise, ou tantôt, nltrantà travers les montaraes, elles se réunissent dans leur sein, et y forment ces. précieux trésors d'eau qui alimentent les fontaines , qui fournissent aux besoins des hommes et des troupeaux, et oui, à travers les différentes collines venant a se
Sartager en ruisseaux et en rivières, servent transporter commodément sur de petites barques les productions de la terre, et à nous épargner des voyages pénibles. Le souverain Ouvrier a tout disposé si bien, chevalier^ que toutes les réformes que les hommes feraient, s*ils pouvaient, leur occasionneraient une infinité d'incommodités, et peut-être une ruine entière.
La bar. Croyez-moi, chevalier. Dieu a montré une souveraine Intelligence dans la formation de notre globe.
TMod. Et il a manifesté aussi très-clairement qu'il le faisait pour l'homme, et <|ue son bat était notre commodité et notre utilité.
Le chev. Je n'y avais pas réfléchi : je pensais que Dieu nous avait placés ici-bas sans prendre tant de soins de nous.
TMod. Si vous ne vous lassez pas d'entendre des réflexions mûreM et agréable», vous avez beaucoup à écouter ; parce que comme philosophe je médite sur tout profondément.
Le chev. Je vous supplie de ne pas nous en priver. Rien ne peut nous être plus utile que de nous expliquer le grand livre de la nature.
La bar. Je suis bien aise , mon frère , que vos désirs soient si conformes aux miens.
Théod. Baronne, dites à votre frère les coo- Irersations que nous tenions!, quand, dans la solitude des Pyrénées , nous nous divertissions à BOUS entretenir des beautés de la campagne et de celle des jardins , f^utôt que de nous ennuyer des tristes nouvelles de la
f;uerpe, ni des révolutions des cours. Contezui ce que vous me disiez : tos expressions ont une notable énergie pour le convaincre , et par là j'ai toujours connu une certaine sympathie entre son entendement ei le vôtre. Le chev. Le Eut est que jamais rien n'a eu autant de force sur mon esprit que les raisonnements que vous avez mspirés à la ba^ ronne.
La bar. Ma mère disait, quand nous étions petits , que le talent du chevalier et le mien avaienteté comme fondus dans unuiènkemou-^ le. Hais ne perdons pas de temps. Mon frère« tandis que vous étiez à la guerre, j'aimais à divertir ma solitude , et à me distraire des inquiétudes q«e j'avais i votre égard, en me prèoienant dans la campagne, et réfléchiscaul sur tout ce qui s'offrait à ma vue. Dans
chacune des petites fleurs des champs je trouvais les plus dâicieuses beautés ; je m'asseyais, et passais des heures à les examiner avec le microscope de poche ; je décoavrais tant de délicatesse dans leur construction , tant de perfection dans leurs unanimes, que je ne me lassais pas de les admirer; et certes, à parler sans préjugé et sans passion, la moindre des fleurs que nous foulons aux pieds, quelle qu'elle soit , vaut mieux que les diamants qu'on estime tant à la cour.
Le chev. Si vous en faites tant de cas , ma sœur, pourquoi, au lieu des diamants et des émeraudes que vous avez dans les tiroirs de votre toilette, ne faites-vous pas une collection de ces belles merveilles qui vous en-^ chantent?
La bar. Chevalier, si les fleurs étaient aussi rares que les diamants et aussi durables, qui doute qu'elles ne fussent plus estimées eC gardées avec plus de soin? Il y en a tant , et elles durent si peu que c'est une raison de les apprécier moins ; mais ce n'en est point une pour gue les yeux et l'entendement n'en soient véritablement ravis. Pour un philosophe et pour quiconque saura réfléchir, que peut-il y avoir de plus enchanteur, an printemps, qu'un champ semé d'une étonnante abondance de petites fleurs, toutes de formes et de couleurs entièrement différentes, mais d'un luxe et d'une parure eitrémes , sans qu'il y ait de la confusion dans la var^é, si rien qui ne soit digne d'admiration ? Que diraiie de la délicatesse des feuilles, du ^ût ie leur coupe, de la grâce des nuances, de h B^ nesse de la forme, de la vivacité des conhurs^ de la singularité du mélange, de Tinexpivmable diversité des' espèces, et de la prafasion avec laquelle toutes se multiplieol, rouvrant les champs, ornant les fossés , et embellissant les plus méprisables coins de la terre : que dirai-je ?... Mais la langue a'a point autant de richesses dans l'expression , qu'elles en ont dans leur beauté. Soovent je sortais le soir pour la promenade avec mes gouvernantes ; a peine avionr-noas bit quelques pas que nous nous arrêtions i les contempler en détail avec le microscope; chacune m'apportait sa fleur , chacune soutenait que la sienne était la plus Jolie et la pins admirable , et ensuite , nous nous reHrioas an logis en foulant aux pieds ee S4iperi»e et agréable tapis que le Tout-^Ptiissaat nons avait préparé et étendu sous noa pas.
Theod. Cette expression, baronne, me fait plairfr, parée qu'en effet c'est Dieu qui a formé ce superbe tapis ; c'e^t le Tout-Pnissant qui l'étend sous les pieds de l'honmie. Chevalier, que dites-vous de eetle expression de la baronne ?
Le chev. Voulez-vous que je croie qne le Tout-Puissant a fabriqué pour nons ee trè^ joli tapis que ma sceur vient de peindre? Je ne doute pas que Dieu ne l'ait formé ; mais c'est une pensée n^uve pour moi qn'ii Tait fait pour neus antres.
Théod. Je no etains pas de le rép^er, chevalier ; si ee n'est pas pour nous qu'il Ta fabriqué , pour qui donc? Sera-^e pour di-
DE LA RAISON ET DE LA RELIGION
rerlir les anges? Mais qui leur a donné des jeux poar voir des flears ? Sera-ce pour les animaux ? il est vrai qu*ils ont des yeux, mais qu^le diiTérence fait un bœuf entre la plus agréable fleur et un simple caillou, lui qui de son pas lent écrase également l'une et l'autre ? Sera-ce enCn pour que le Créateur lui-même se récrée dans cet ouvrage de ses mains? Folie I absurdité I puisque toutes les productions réunies de sa puissance ne peuvent être pour lui que des bagatelles à raison de son inflnilé.
j La bar. Rendez-Tous, chevalier, si vous
ne voulez passer pour un téméraire.
* Le chev. Et même pire qu'un téméraire , pour un grossier, un stupide. Ainsi je reconnais que c'est pour l'homme seul que Dieu a placé tant de beautés sur la terre.
Théoa. Du sens de la vue, passons à celui de l'ouïe. Faites attention aux oiseaux ^ qui nous charment également l'oreille par leur mélodie et la vue par les couleurs nuancées de leurs plumes. Dans le temps des amours des rossignols , qui n'est transporté de les entendre se défier les uns les autres au milieu de la nuit, et s'efforcer de se vaincre mutuellement par la grâce et la variété de leur chaut?
La bar. Avant-hier au soir , je ne saurais vous dire combien je fus divertie par l'agréable erreur d'un rossignol qui chantait sur ce laurier où il a son nid ; l'écho de ces bois est si clair et si distinct , que le petit oiseau était en concurrence avec lui-même, croyant qu'il avait un vrai compétiteur. II était confus d'être imité si parfaitement, que ni pour la qualité de la voix, ni pour la variété des modulations, ni pour la douceur du chant , il n'avait aucune supériorité : il se taisait découragé, et il trouvait que son adversaire se taisait aussi ; il renforçait la voix , celle du compélitenrdevcnaitégalemenlfortc. Enfin je me retirai le laissant dans cette plaisante illusion. Je dis ce que j'observe ; mais vous, Théodore, qui réfléchissez sur le motif des ouvrages de Dieu, vous direz quel but il avait en donnant aux petits oiseaux cette voix, cette grâce dans leur chant et ce plumage si joli.
' ù chev. Quant au plumage , faites mention du paon, et non quant à la voix. Mais quel précieux effet ces réflexions font sur mon cœur, ou plutôt sur mon entendement ! Biles m'ouvrent les yeux sur ée qui les frappait sans cesse sans qM }*y prisse gante,
JA/orf.Puisiqiie elle! ont ce charme sur vous, ne nous lassons pas de parcourir différents sujets qui donnent une plus grande base à mon arginm^ent. Passez de TouYe au sens du goût et aux autres ; faites attention à la faveur exquise des fruits, et demandez-vous ensuite : Pourquoi le Tout-Puissant a-t-il rendu le ^oût ae chacun d'eux st agréable, si varié, si simple et si inimitable?
La bar. Théodore , ne passez pas légère-* ment smr cet article, qui me platt infiniment. J'avoue que , dans notre campagne , îo ne sais à quel fruit donner la primauté
Câtéch. PuiLos. I.
et la préférence ; mais les pêches « qu'un duvet de velours rend si douces au toucher; dont le parfum suave flatte l'odorat ; dont la couleur, tantôt jaune, tantôt d'un rouse mêlé de blanc , satisfait la vue , et dont le
Soût surtout récrée le palais d'une manière élicieuse; quelle merveille I Un seul fruit qui réjouit quatre sens I Quelle odeuf 1 que! goût i quelle couleur 1 quelle forme 1 Tout en lui m'enchante.
Théod. Dites plus , baronne , et demandez à ce fruit : Quelle est la main qui t'a formé
Ïiour nous? Avec quelle sagesse, quelle atention, quel amour, toujours bienfaisante et prodigue, elle nous oresse dans les jardins et les vergers une table abondamment garnie de toutes sortes de fruits, qui ne peuvent tenir que du Tout-Puissant leurs excellentes qualités. Qu'en dites-vous, chevalier?
Le chev. Je n'ai rien à dire , si ce n'est ({ue je suis ravi d'entendre des réflexions «fue je n avais jamais'faites.
Théod. Joignons à cela que, pendant que la sagesse de Dieu prenait à tâcne de varier à l'inuni les moyens de flatter les sens do Thomme , sa toute-puissance s'occupait aussi de les perpétuer tous ; en sorte que , tant qu'il y aura des hommes , rien ne manquât de ce que sa providence paternelle a inventé pour leur commodité et Feur plaisir.
J'ajoute une réflexion digne de remarque Nous sommes enchantés oe Tinexprimablo variété des plantes et des fleurs que nous avons sous les yeux ; de cette multiplicité de fruits que les arbres nous offrent sponta* nément , et même qu'ils laissent tomber libéralement à nos pieds , quand ingrats , nous ne tendons pas la main pour les cueillir , quoique ils inclinent leurs branches comme
f)our les rapprocher de nous ; nous admirons es petits oiseaux, peints de mille couleurs « etc. ; en un mot, ici où nous sommes, tout nous charme et nous transporte ; mais en changeant de climat , la scène ne fait que varier : ce sont d'autres plantes , d'autres fleurs, d'autres fruits, d autres animaux, d'autres oiseaux... Tout est nouveau, mais tout se dirtee à la même fin , de contenter les goûts deîhomme. Dans les quatre parties du monde nous ne ferons point un pas que nous n'entrions, pour ainsi dire, dans des salles nouvelles, remplies de arandes et magnifiques tables , tout ornées u un nouvel et délicieux aliment pour la vue ^ Touïcle goût et l'odorat ; et partout c'est la main suprême, remarquez-le bien, qui a tout fait , tout disposé ; et c'est, je le répèle , pour le seul plaisir deFhomme.
Le chev. Voilà matière à beaucoup d'u-^ tiles réflexions pour un esprit pbiloso«phe.
La bar. Que ces choses soient faites mUquement pourFhomme , nous ne lé pouvons nier , cher frère ; mais qu'elles soient faites en outre par la main suprême, voilà ce que quelques-uns auront de la peine à admeltro
{Trente-^euf.)
IIAIUfONIB
'Sortdat ceux à qui pèse la reconnaissance.
Théod. Il faudra donc qu*iU nient aussi qu'elles aient été faites par une cause intelligente.
Isthw. Jamais ils ne le pourront; car une cause inintelligente et aveugle ne peut faire des ouvrages si admirables et si variés, quoique cependant tous uniformes dans chaque espèce. Laissez-moi, baronne, raisonner à mon tour sur cette étonnante uni* formité d'une part, et sur cette diversité inCnie de Tautrc : car moi aussi j'^ ai réfléchi, fatigué de ce que j'entendais dire à beaucoup de prétendus philosophes, qui attribuaient tout au hasard.
, Théod. Il n'en manque pas ; mais continuez , chevalier ; j'aime à vous entendre discourir comme un vrai philosophe.
Le chev. Il me reste encore quelque chose des premières études que j*ai faites avec vous et de cet esprit de raisonnement que TOUS avez tâché de m'inspirer Les compagnies m'ont un peu gâté le jugement et le cœur ; mais pas entièrement. Beaucoup de gens^ pour expliquer ce qu'ils appellent natufe, ont recours au Ao^ard; mais la nature étant constante , et le hasard essentiellement inconstant , l'un ne peut naître de Tautre. Jevois que la nature observe une même loi : par exemple , dans la formation des arbres , dans les racines , les troncs , les branches et les feuilles, tous, malgré leur variété, ont la couleur verte , les feuilles plates , et pour l'ordinaire de Ggure ovale ; celles-ci ont une côte qui les traverse par leur plus grand diamètre , avec de nombreuses raniîGcations. Telle est la loi ffénérale : mais quelle différence d'une espèce à l'autre, puisque il n'y a pas même deux feuilles semblables I... De même dans tous les oiseaux je vois deux pattes, quelques doigts » un bec : je vois une
3ueue et des ailes faites de plumes. Je vois ans les quadrupèdes un vêtement oui les garantit également du chaud et du froid, une queue, un cou , et toujours des armes pour se défendre de leurs ennemis : dans les uns les armes sont certaines pointes à la tête , dans d'autres les pieds de derrière , et dans d'autres les ongles et les dents ; et tous marchent à quatre pattes et horizontalement. Je vois que chaque espèce se perpétue, sans diffévence notable , des milliers d'années : mais quand a-t-on observé dans le hasard une marche si constante ? Cher Théodore, j'ai toujours regardé cela comme une folie , et du nombre de celles qui ne méritent pas qu'on les combatte , mais qu'on s'en iaoque. .
i Sm bar. O mon cher chevalier , comme je suis aise de vous entendre discourir de cette mapîAre I Si vous eussiez toujours continué de vivre avec nous, vous auriez en tout une manière de penser plus judicieuse et plus solide.
Ls ekev. Je me convertis peu à peu. Ditesmoi, vous, Théodore, qu'est-ce que je dois entendre sur ce mot nature f Toute ma vie j'ai entendu prononcer cette parole , qui se
répète à chaque pas dans les livres modernes., et jusque à cette heure personne ne m*a dit ce que c'est que la nature.
Théod. La nature est la main de Dieu , qui opère suivant sa coutume et les règles que sa providence a disposées en toutes choses ; si ce n'est pas là ce que disent les philoso-
Shes , ils ne disent rien : ils parlent comme es perroquets , sans attacher d'idée aux mots qu'ils prononcent. Feuilletez leurs livres , et je parie tout ce que vous voudrez qu'ils ne vous disent rien que vous entendiez clairement.
Le chef). Puisque la conversation nous a conduits là, j'irai chercher mon Manuel philosophique , et nous verrons ce que mes philosophes disent de la nature : Attendez un moment Voici le Dictionnaire des philosophes, et à la page 3 il parle ainsi : Nature, parole familière atuc philosophes, qu'ils doivent employer fréquemment, parce au' elle rend uniforme la phrase et te langage. (Mcun lui donnera la signification quHl voudra, suitant le système qu'il aura embrassé. Quelquesuns entendront par ce mot une intelligence incréée et toute-^issante ; d'autres une dufst aveugle , dont nous ne connaissons que les effets , dont nous ne pouvons deviner le caractère et les queUités. Mais qu'on lui donne le sens qu'on voudra, je vois que ce mot nature fait un bel effet dans les écrits de nos phUoso^ phes. 11 ne dit rien de plus.
La bar. La première interprétation est celle de Théodore ; la seconde est celle du hasard, que vous , mon frère, vous taxez do ridicule. Qu'en dites-vous , Théodore?
Théod. Croyez que j'ai médité beaucoup sur ce que j'ai lu a cet égard. Si ces philosophes n'entendent pas par nature la main de Dieu qui opère suivant sa cotUume , etc. , ils ne disent rien d'intelligible ; ainsi quand Dieu a^it suivant sa coutume constante , il agit suivant les lois de la nature ; et quand il agit contre cette coutume, il faitunmiradc. Tout le reste n'est que verbiage inrenté pour tromper les sots et les enfants, qui, faute d*approfondir, se contentent des mots sonores d'instinct , de qualité occulte , vertu sympathique , propension native , vertu attractive^ vertu répulsive, vertu active, etc.: car si par ces paroles ils entendent une cause aveugle et sans intelligence, elle ne peut suivre des lois constantes qui ne yarient pas , mémr! les circonstances venant à varier , comme la gravité, etc. : mais si par le mot nature ils entendent une cause intelligente qui gouverne les effets naturels suivant la Yariété ou l'uniformité des circonstances , il est nécessaire qu'elle ait une intelligence et une puissance souveraines , et cela ne se trouve qu'en Dieu.
Le chev. Je n'ai rien à répondre ; mais 0 me parait indécent que le souverain Etre opère de sa propre main tous les effets naturels. Je me vois partagé entre deuxdifBcall^ que je ne puis résoudre; et jamais mon entendement n'admettra ce qui me répugne* Plus je considère l'Etre suprême, auteur da ces merveilles incompréhensibles^ plus il me
DE LA RAISON ET DE L\ RELIGION
parait indigne de sa grandeur qu'il 9'abaisse a des ministères humbles et méprisables; ainsi tenons-notts-en, Théodore, à un honorable scepticisme, et disons que nous ne le savons pas.
TMod. Chevalier, vous conservez encore des préjugés de Tenfance, et moi-mémjs ie les ai eus longtemps. Ecoutez-moi : le vulgaire a coutume d'attribuer à Dieu les défauts que nous trouvons dans les hommes : nous pensons qu'il se fatiguerait en agissant en même temps dans plusieurs endroits, ou qu'il se casserait la tête s'il pensait toujours à tout ce qui arrive dans le monde. Mais enfin ne croyez-vous pas que Dieu est immense , et qu'il n'y a point d'endroit de l'univers où il ne soit présent physiquement , puisque vous savez que rinnni ne peut avoir de bornes dans sa présence? Ne croyez-vous pas que tout l'univers est renfermé dans sa main, dans cette main qui l'a formé et qui le couserve? Ne croyez- vous pas que son jugement est infini , et que, quand il a ordonné ce que la nature opère dans chaque créature , c'est lui-même qui l'exécute, parce que les créatures insensibles n'ont ni oreilles pour entendre ses ordres , ni jugement pour les com > prendre? Ne croyez- vous pas enfin que quand il a formé les créatures, il était dans chacune d'elles combinant les moyens avec les fins , et cela avec autant de facilité et de liberté que nous le donne à penser la perfection qu'il a mise dans chacune? Comment donc voulez- vous que l'infini se fatigue , ou que le Tout-Puissant épuise ses forces en agissant par lui-même ?
Permettez-moi une comparaison sensible qui , ce me semble, doit vous convaincre. Le soleil se faliguera-t-il d'éclairer en même temps toutes les planètes à des distances si Illégales, y compris les satellites ou lunes f^ Ghacme, et die nous éclairer aussi , nous qui sommes ict-lNis, sans qu'il y ait un seul coin privé de sa lumière, pas phisque si ce monarque des lumières n'avait autre chose à faire ? Là haut il gouverne les planètes , sans leur laisser suivre les lignes tangentes , comme le voudrait leur mouvement; plus loin il retient les fugitives comètes dans leurs aphélies, où elles sont extrêmement distantes de lui , et les fait revenir sur leurs pas aussitôt qu'est fini le congé ou'il leur a donné de son trône, sans la moindre peine ; il a soin que les planètes exécutent exactement leur révolution , dans le temps prescrit à chacune, suivant leur distance ; et en même temps, il réchauffe sur la terre le limaçon, qui sort en partie de sa coquille pour se ranimer à sa bienfaisante chaleur. Ici encore il fomente, non seulement la nutrition des arbres élevés dornt le feuillage épais s'avance pour recevoir ses rayons dorés, mais encore celle de Torlic que tout le monde méprise; et dans les iardinsil ouvre les fleurs qui, le soir, repliant leurs feuilles, fermaient leur sein à la nuit. Le soleil étend également son influence partout : dans tous les climats de l'univers aucun ne lui échappe, ni le centre de la Cafrcrie, Dj les espaces do l'Amérique, ni les
terres australes inconnues ; il n'y a pas un coin ou il ne pénètre pour communiquer libéralement sa lumière. Voyez s'il oublie de consolar le pauvre mendiant, qui a besoin de ses rayons , sous prétexte de la famille nombreuse qu'il gouverne dans le ciel. Donc, si vous ne jugez pas indigne du soleil , au milieu de ses nombreuses et importantes occupations, d'avoir soin de choses aussi petites et de si peu d'importance; et si vous concevez facilement que sans fatigues ni embarras il est à tout , comment est-il possible que vous trouviez cela inconvenant dans celui qui atout fait, qui tient tout dans sa main, qui, en un mot, est l'Etre suprême et infini? Le chev. Vous avez raison : sans doute il est Indigne d'un roi de veiller à ce qu'on donne du bon blé aux volailles de son poulailler , parce qu'en s'occupant de pareilles vétilles il ne pourrait s'appliquer avec liberté aux affaires importantes du gouvernement de ses Etats : plus un cerveau borné se remplit de certains soins , moins il lui reste de place pour d'autres. Mais l'idée de Dieu exclut celle d'une intelligence limitée , de bras impuissants , de mains débiles ; j'avoue donc que mon doute était fondé sur le préjugé du vulgaire , qui pense du Tout-Puissant d'a-
Erès la faiblesse qu'on remarque dans les ommes.
La bar. Que cet aveu vous honore , mon frère I
Le chev. A mon régiment et dans les em«* plois de la guerre , je n'ai pas le temps que vous avez de réfléchir. Je n ai point non plus cet esprit d'un vrai philosophe qui raisonne toujours d'après des principes solides, et non d'après des maximes communes, et l'autorité des autres hommes. Actuellement je suis convaincu : que voulez-vous de plus, baronne?
Théod. Donc il est certain que c'est Dieu qui de sa main pare les petits oiseaux, peint les fleurs , assaisonne les fruits , parfumant les uns et embellissant les autres pour flatter les sens de l'homme, et je dis de l'homme , parce que les anges ne mangent point do rmits, et qu'aucune créature n'en profite , si ce n'est l'homme. Chevalier, dites oui ou non.
Le chev. Que voulez-vous que je dise ? je dis que oui.
Théod. Je ne vous presse tant que parce que vos camarades me diraient non, et en^ core non.
Le chev. Je n'^n doute pas ; mais, discou^ rant comme vous discourez, ils devraient dire la même chose que vous et moi.
La kar» Pour moi, Théodore, je vous fais mon compliment de cette victoire remportée sur l'esprit du chevalier; mais je ne vois pas bien à quelle fin vous avez dirigé cette longue digression et cette agréable discussion : 3 unique à la vérité il soit flatteur pour nous e voir que le Tout-Puissant ait employé sa puissance et sa sagesse à plaire aux sens de ce petit ver de terre qu'on appelle homme. Expliquez-vous, Théodore.
Théod. Mon but , dans tonte cette discussion , n'a pas été de flatter l'homme, mais cfa lui mettre devant les yeux l'obligation qu*il a
IIARHONIK
d*aiiDer ton Dieu » même en faisanl abstraction de la religion ; car c*est là un point qui doit se traiter a part ; et pour le moment, je ne parle que de Tobligation que chacun a simplement comme homme.
Lt cluv. C'est de cela qu*il est question dans la philosophie : ainsi occupons-nous-en, Théodore ; j*aime à tous entendre. Ah I ma ooenr, que tous êtes heureuse d^avoir un jguide qui dirige votre entendement d*un pas sur, à la lueur d'un flambeau oui ravit par sa lumière, et fortifie par les idées consolantes qu*il découvre I Continuez, Théodore. ( VI. — />e f amour que nous devons au Créa-^
tiur pour ce qu'il o fait sur ce globe de la
terre seiUement pour l'homme.
La baronne. Mon frère, je ne vous ai jamais vu plus attentif qu*à cette heure aux discussions de Théodore.
Le chev. C'est parce que mon esprit trouve dans ses raisonnements une clarté qui réjouit et une force qui me porte agréablement à la vérité. Rien ne plaît tant que de la connaître , rien ne charme tant que de Tem- ^rasser....
: Théod. C'est donc une yérité reconnue que Dieu avait le dessein de flatter les sens de rhomme, quand il a formé pour lui dans le principe ce globe terrestre.
La har. Pardonnez - moi , Théodore , j'ai encore un scrupule que je veux déclarer en faveur de mon frère , et qui servira pour mettre cette vérité dans un plus grand jour. Le Créateur n'aurait-il pas (ait tout, unique* ment pour satisfaire aux devoirs de sa pro* vidence, et non pour flatter les sens de l'homme? U devait, des qu'il nous créait, remi)lir les obligations de père, en soutenant l'existencequ'il nous avait donnée volontairement. Ne pourrions -nous pas dire cela?
ù chev. Permettez, ma sœur, que je vous embrasse; parce qjie c'est la première fob
Îu'en ma faveur je vous vois répliquer à héodore.
La bar. Le cœur me dit, chevalier, que bieotêt je vous paierai cet embrassement, en vous relevant de terre où je vous verrai prosterné aux pieds de notre maître. Dites, Théodore.
Théod. Ne remarquez-vons pas Fun et l'autre la différence entre la mamère dont Dieu alimente les bêtes, et celle dont il nourritles hommes? Il conserve aux bêles la vie qu'il leur a donnée comme Créateur, en les pour • voyant d'aliments par les herbes que la (erre produit d'elle-même. Mais Dieu a-t-il donc le soin de leur servir une table de mets aussi variés que délicats , telle qu'il l'a disposée pour les hommes? quelle infinité de fruits, etc. Hélas I avez-vous oublié ce que nous avons dit, il n'7 a qu'un instant? Dieu ne fait rien au hasard : u a toujours son but dans tout ce
2u'il (ait. Si Dieu n avait pas eu une autre n, quand il nous a placés sur ce globe, que de nous sustenter la vie, alors nous serions dans la classe des animaux qui vivent et se soutiennent avec les herbes et les fruits qui viennent d'eux-mêmes. Mais pour nous...
La chev. N'en dites pas davantage , Théo-
dore, parce que la diversité des fruiu dans un jardm bien cultivé, leur diflérence (Uns a couleur de chaque espèce, dans leur forT leur parfum , leur saveur, sont des grâces inappréciables; les espèces varient suivan les difl^érentes saisons ; les oranges dureoldii mois, les citrons toute l'année; les ponuMs qui ne se cueillent qu'à la fin de l'automne se gardent tout l'hiver, aiosi que plusieurs espèces de poires ; tout cela maniieste bien
3 ne le Créateur s'est occupé, non seulement e nous alimenter, mais encore de flatter nos sens. Je ne vous remercie pas, ma s<Bur, de la réponse que vous m'avez faite , et je vois que vous n'avez point mérité l'embrasscmenl que je vous ai donné.
La bar. Or, mon frère, je ne veux rien d iniuste, et je vous le restitue avec usure, vojanl la candeur de votre cœur. Continuez, Théodore, et pardonnez rinterruption.
Ihéod. Actuellement, cher chevalier, vons devez m'éclairer sur une difficulté où je me vois : vous avez le jugement clair; et tous ne vous laissez point emporter par la première apparence des choses. Tout ce qoe nous avons examiné, c'est le Tout-Pui^nt qui l'a fait; il l'a fait dans tout Funirers , a^ant toujours en vue la commodité, le plaisir et l'utilité de l'homme. Hais serait-ce là le but principal d'ouvrages faits avec tant de proportion, tantde soin et tant d*arl? Lcfantome qu'on aojpelle homme serait-il donclaCo dernière c^ue Dieu se serait proposée, eu exer* çant ainsi son infinie sagesse et sa toutepuissance ? Considérez-le bien, et répondei.
Le chev. Jamais on ne m'a fait une telle demande : je veux y penser un peu avant d.*
répondre Je ne trouve pas que le plaisir
de l'homme soit une fin dernière, digne des efforts de Dieu.
Théod. Ma difficulté, à parler franchement, n*en était point une. Les œuvres de Dica, chevalier, doivent toujours être dignes de Dieu, ainsi que la fin qu'il se propose. Or que rhomme ait le plaisir de manger certain^ fruits, d'entendre le chant des oiseaui, de se divertira la vue des fleurs, ce n'est poiai une fin digne de Dieu. Le simple plaisir odc petite créature qui , en la présence de Dieu est comme si elle n'était pas, ne peut être ia fin dernière des soins de la sagesse et de ia puissance du Créateur. Nous ne. pouvons nier que ce ne soit la fin prochaine; caraoQS voyons que ses œuvres s'y dirigent dans toutes leurs circonstances; mais que Dieu s'en tienne là sans vouloir que cette commodité et ce coût de l'homme tendent à une Go plus relevée, cela ne peut être ; ce serait la même chose que si des armées formidables se mettaient en marche pour foire adopter à on homme la mode d'un chapeau rond oad'iioe autre forme: donc, quand Dieu a eu poo' l'homme les égards et les attentions que non^ avons observés, il avait quelque dessein plu^ sublime.
Le chev. J'entends bien, baronne, vos œillades : ne croyez pas que le dessein de Tbcodore m'échappe.
Théod. Chevalier, parlons clair, et ne mci
im
DE LA RAISON ET DE LA RELIGION
ions point d'entraves à nos pensées. Ecoutez-moi donc. Dieu ayant accordé à rhomme le libre arbitre le plus iadépendant, qui ne cannait point de lien, qui n*aime point les préceptes, ne veut ni le lai ôter ni y toucher même légèrement. Sa divine raison lui dit qu'une créature raisonnable et libre doit aimer ce qui est souverainement aimable, par suite de sa rectitude naturelle, et aimer aussi par reconnaissance celui qui est son bienfaiteur. Voilà donc ce que fait le Seigneur pour parvenir à ce que 1 homme s'attache à lui , sans blesser même légèrement les droits de sa liberté. Comme nous Tavons déjà vu, il a cherché son goât de toutes manières, en flattant tous ses sens, et en lui procurant toutes les commodités, afln que son amour-
f propre lui-même, sensible à la bonté oui les ui offre, se portât à aimer celui qui lui avait procuré tant de jouissances. Dites-moi actuellement si ce raisonnement vous parait bien?
Le ehev. Il n'y a point de moyen plus noble, plus décent et plus efficace d'entraîner un cœur libre à aimer librement son Créateur. Quand nous discourons, baronne, sans altercation et de bonne amitié, quelle idée nous nous faisons des choses, bien différente de celle (|ue se forment les nouveaux philosophes, qui ne font qu'écouter en passant deux paroles, souvent interrompues par des ris I
La bar. Théodore se plaint souvent de cela ; et, avant que vous vinssiez de votre garnison , nous gémissions de la manière dont on traite aujourd'hui tout ce qui a rapport à Dieu.
Théod* Donc l'homme doit à Dieu , non seulement un grand respect, comme nous l'avons déjà prouvé, mais un respect plein d'amour, çarce qu'il ne fait point un pas, qu'il ne reçoive, pour ainsi dire , quelque caressé et quelque douceur de la part de son Créa-> teur, qui, sachant que telle ou telle chose doit lui plaire, la lui met à sa disposition.
La bar, A la vérité un philosophe (qui le sera dans la réalité, et pas seulement de nom) ne peut s'empêcher d'avoir une estime amoureuse pour le Créateur, qui en tout a deviné son fi|oût, pour lui mettre dans la main ce qui luijplatt.
Le chev. Votre conversation, Théodore, m'a fait beaucoup de plaisir aujourd'hui ; mais c'est assez pour le moment : je vais prendre les ordres ae mon général; peut-être voudrat-il que demain mon régiment fasse l'exercice ; si je ne Guis pas trop tard, nous continuerons. Adieu, baronne.
DIX-SEPTlÈMÉ SOIRÉE.
De noi obligaiions onvers Dieu, déduites de ce qu'il a fait en nous pour notre cornmodilé.
§ I. — Des obligaiions que rhomme doit à Dieu pour ce qu'il a fait dans son corps organique , et V pour la sensation qu'il y a mise.
La baronne. AuJourd*hui, Théodoi'è, le chevalier n'est point à la maison pour n(ms at^-
compagner à la conférent^e. Cependant, pour qu'elle ne soit point insipide , vu que je suis en tout d'accord avec vous, il the semble qu'il serait bon d'invitet mon cousin le commandeur, qui est arrivé depuis la perte de Malte.
Théod. Comme je ne le connais pas, je ho puis dire s'il peut remplir notre intention.
Labar. Je suis assez libre avec lui, même pour me moquer si je le vois trébucher dans la dispute : nous avons été élevés ensemble, quoique il soit plus vieux que moi. Quant aux opinions, il me parait qu'il ne sera pas d'accord avec nous ; mais cela même rendra la conversation vive et agréable ; ainsi je vais l'inviter,
Le comm. Que me voulez-vous , baronne ? Moi, je n'entends rien aux mathématiques,
3ui font vos délices : ayant avec vous Théôore, vous volez jusque aux astres , et même vous avez entraîné dans votre vol le chevalier, qui, hier au soir, était faok^s de lui chez le général, et extrêmement sstlisfait de votre entretien.
La bar. Vous n'aurez pas moins de plaisir aujourd'hui, parce que la vérité enchante tout le monde quand elle est bien traitée.
Le comm. Sur quelle matière déterminezvous discourir ; car tout le monde n'est pas capable de raisonner avec vous sur tout ce que vous savez ?
La bar. La matière Intéresse tout le monde. Dites • Théodore, quel point vous avez déterminé de traiter.
Théod. Madame la baronne m'a supplié de lui parler un peu de la philosophie morale , c'est-à-dire de celle qui traite des mœurs; il est clair que cela interesse tout le monde.
Le comm. Et avec plus de raison que toutes les mathématiques de la bat-onne.
Théod. Voici la marche que nous avons suivie : hier nous traitAihes dé nos obligations envers Dieu , par suite de ce que Dieu a fait pour l'homme hors de l'homme, soit dans le ciel, soit surla tért-e. Aujourd'hui, j'ai résolu de traiter de nos obligations, en conséquence de ce que Dieu a fait dans l'homme même pour son avantage, je veux dire de ce qu'il a fait dahs le corps humain et ensuite daùs notre ame.
Le comm. Je sais quelque chose relativement au corps humain, parce que je me suis
«..^ww. >£«•«...» « «.«luv; Tuu» eu 5<ivez sûrement assez , ainsi nous voilà prêts pour la conversation.
La bar. Commencez , Théodore ; et vous, commandemr, ne laissez point passer ce qui vous déplaira ; car je vous ai appelé pour ceia.
Le comm. Quand tous ne me le commanderiez pas . je le ferais ; mon jugement n'est
^^^ÎT^J*^/®^^^""®- Allons, Théodore.
Théod. Si nous considérons bien ce que la fabrique du corps htimain a de merveilleux , âous ne troiiverons dans l'unitérs nen 4U1 mérite davantage notre admiration, sao.' excepter même ce que nous savons des cieUx^
HARMONIE
iV^
La bar. Cela est bien fort : toute ma science anatomique ne va pas jusque là ; et quelque parfaite que soit la yAtre , je ne vois pas comment elle vous conduira à la preuve de votre assertion
Théod. Je ne vous ai jamais donné qu*une légère teinture d*anatomie : je me suis contenté de vous en exposer la partie extérieure, qui se présente aux yeux ; mon intention u*était pas que vous en eussiez une entière connaissance ; et je pouvais d^autant moins vous la procurer que je ne Ta vais pas moi-même. Mais actuellement nous devons procéder d'une autre manière, parce que je désire vous donner des notions plus relevées. Trois choses entre mille, qui étonnent et confondent l'imanation , demandent votre attention. La première est le mode de nos sen$ationt, la seconde nos mouvements , et la troisième notre nutrition.
Le comm. Je vous écouterai avec plaisir ; vous allez m*en apprendre plus que n ont fait toutes mes études.
SBUSATIOirS.
Théodore. Notre ame est une substance en- ' fièrement spirituelle : elle a volonté et intellijgence, et n'est composée de rien qui soit matière ; néanmoins le corps humain qui lui correspond est à sa charge ; on ne sait comment ils sont unis, mais on sait qu*ils le sont*
Le eomm. 9i on ne sait pas comment, dès lors je proteste que ie ne crois pas cette union ; parce que ie m en tiens à la règle des philosophes éclaires, qui est de ne rien croire qu*on ne puisse le comprendre,
Théod. Objection usée I vous ne la combattez sans doute que parce que la contradiction est le sel de la dispute.
Le comm. Je parle sérieusement , si personne n'entend comment cette ame , qui est spirituelle, s'unit avec le corps, qui est pure iQatière, pourquoi voulez-vous m*obliger de croire ce que je ne sais ? Cela non, baronne ; les entendements ne sont point cousins : ainsi ^ue chacun suive ce qu'il voudra.
La bar. Vous me surprenez, commandeur, de dire que vous ne croyez pas que votre ame soit unie avec voire corps. , je ne m'y serais jamais attendue. Dites-moi donc qui vous remue la langue pour parler?
Le comm. Mon ame.
La bar. Et qui est-ce qui a dit à votre ame que je .parle actuellement? puisque vous me répondez à propos, c'est signe que votre ame sait ce q,ue je dis. Qui est-ce qui le lui a dit?
Le comni. Mes oreilles : car je ne suis pas sourd.
^ La bar .Voilà une chose bien étrange.Yons dites que c'est votre i^me qui remue votre langue pour me parler, et en môme temps qu'elle n'est pas unie à votre corps. Vous dites que vos oreilles ont informié votre ame que je vous parlais ; mais que ie corps n'est pas uni A l'ame. Voilà certes une nouvelle philosophie. Mon cousin, quand nous disons que votre ame est unie au corps, nous voulons dire qu'elle meut le corps quand elle
veut; et, puisc|ue Tame perçoit par les tens du corps les objets qui les frappent, il est dair aussi que le corps est uni à 1 ame. Ma voix a frappé vos oreilles, et votre ame l'a perçue ; votre langue , quand vous avez répondo, a prononce les paroles que votre ame a dictées : donc les deux substances du corps et de Tame sont unies.
te comm. Oui, dans ce sens-là.
La bar. Le commerce qui existe entre elles est notoire, quoique personne ne sache comment il a lieu : mais cela vous regarde, Théodore.
Théod. Cela nous regarde tous trois ; bornons-nons à ce qui excite notre admiration. La sensation peut se faire seulement par le moyen des nerfs qu'on appelle sensUifs , et sans eux il n'y a point die sensation : si les nerfs sont liés , empêchés ou engourdis , de manière que le mouvement ne paisse se communiquer par eux depuis le pied oa la main, etc., jusque au cerveau, l'ame oe peut rien sentir, ni savoir si on touche le membre extérieur.
La bar. Je me rappelle bien que vous me l'avez appris : voilà pourquoi quand le pied s'engourait, nous ne le sentons pas, et, quand il y a paralysie , il n'y a point non plus de sensation ; car celle-ci consiste dans le mouvement conduit par les nerfs jusque an cerveau.
Théod. Doucement : ce n'est pas en cela u*est la sensation ; c'est dans la perception e l'ame, procédant de ce mouvement qui va par les nerfs.
Le comm. 11 est difficile de déclarer comment ce mouvement se communique. Beaucoup veulent l'expliquer par le tremblement de la corde d'une guitare ; mais cette explication ne me plaît pas ; parce que le nerf n'est ni tendu comme la corde, ni détacM, comme elle, des parties adjacentes.
Théod. Je suis de votre avis : d'ailleurs la fibre qui correspond à un doigt du pied, par exemple, ne communique avec aucun autre; et il va autant de fibres nerveuses jusque au cerveau qu'il y a de parties dans le corps humain qui peuvent être l'occasion de la sensation. Ajoutez que les fibres qui partent d'un doiçt du pied, aans tout le chenun qu'il y a depuis là jusque au cerveau, ne s'échan-
§ent ni ne se confondent avec celles qui vont 'un autre doigt immédiat; car nous distinguons si nous nous blessons a un doigt ou à un autre , et tout se joint dans le cerveau sans qu'il y ait confusion dans les diBérenCes sensations.
La bar. Là se réunissent aussi les nerfs qui vont aux yeux , aux oreilles et aux autres sens : les yeux communiquent par le nerf optique au cerveau , la couleur des objets, leur figure et toutes les autres qualités visibles. Or, commandeur, quel mystère
3ue , placé sur une hauteur, et découvrant e toutes parts bois, maisons, tours, palais, jardins, rivières, nous puissions rendre compte de tout ce qui frappe notre vue , et que tout passe de la rétine de l'œil par le? nerfs optiques jusque au cerveau , sans te moindre confusion!....
tiSS
DE LA RAISON ET DE LA RELIGION
le eonm. Toutefois s'il n'y a point Aà goatte sereine, car alors, quelque peinture qui se fasse dans la rétine , nous ne voyons
rien.
Théod. C*est vrai ; mais il faut encore quelque chose déplus pour que nous voyions el que Tame se donne pour avertie , c*est qu'a n'y ait point d'hvdropisie de tête, et que rame ne soit point fortement distraite par quelque occupation extraordinaire, parce qu'alors elle ne voit rien.
La bar. N'oublions pas le sens par lequel nous entendons , sens une je n'ai point encore bien compris , malgré tout ce aue vous m'avez enseigné de la structure an labyrinthe , de la membrane spirale , du lima- Son, etc. Je perçois non seulement le ton e toute espèce jde sons , mais je distin^e si c'est un son de piano, de harpe, de voix ou de haut bois , auoique tons ces sons battent sur la même fibre.
Théod. Baronne , nous ne traitons pas actuellement de physique , ne coupons point le fil du discours. Pour notre objet il nous suffit que la sensation que l'ame a par le moyen des sens soit une chose étonnante et inexplicable.
Le comm. En cela nous sommes tous d'accord : tirez-en la conséquence que vous avez en vue.
Théod. Auparavant je vous fais encore une demande : Qui a organisé en nous cette fa- Brique , qui est nous-mêmes , et dont nous ne pouvons définir les admirables effets? Qui a fait tout cela ?
Le comm. C'est la sage et puissante main du Créateur, on le sait bien.
Théod. Et pourquoi ce rapport si prompt et si délicat entre le sentiment de notre ame, et les sensations qui lui viennent des sens ? A
Spelle fin cette harmonie nécessaire et inaillible? répondez-moi.
Le comm. Pourquoi devait-ce être, sinon
rmr le motif que vous avez dit de donner l'homme en cette vie, l'agrément innocent et le plaisir naturel de la vue , de l'ouYe, du goût, etc . ; la fin est claire. La même expérience qui nous fait voir à quoi servent ces œuvres merveilleuses nous apprend aussi à quoi elles étaient destinées. Baronne ; estce là votre avis ?
La bar. Je ne puis m'empêcher de convenir d'une chose aussi palpable.
Théod. Donc l'homme doit beaucoup à Dieu , oui lui a donné lés sens du corps pour servir a sa satisfaction.
Le comm. Qui peut en douter?
Théod. Qui peut en douter? tous vos docteurs et philosophes de nouvelle invention , qui veulent révoquer en doute qu'il y ait un Dieu; et qui disent que, s'il y en a, il n'a pas soin de nous.
Le comm. Laissons cela; calr on ne peut nier que ce ne soit une grande folie : cependant tous ces auteurs ne sont pas à mépriser,
La bar. Théodore , allons à notre but.
i IL— Dti mouvement dans le corps organique. Thffod, Continuons de réfléchir sur ce que
nous savons tous , quoique nous n'y fassions pas attention. Notre vie consiste dans nos mouvements ; et les hommes , en grande partie, disent que, pour oue les membres du corps se meuvent , il surfit qu'il y ait en eux une ame qui les vivifie et les gouverne ; comme la main qui met un gant remue ses doigts comme elle veut et quand elle veut; mais c'est une erreur ^ssiére.
Le comm. Pour moi , j'étais très-persuadé de ce Gue vous nommez erreur ; et , l'appeler grossière, je ne sais, mon ami, si ce n'est point un peu téméraire.
La bar. Pardonnez, Théodore; en cela jo ne suis pas non plus d'accord avec vous. Si notre ame est intimement unie à notre corps pour le vivifier , elle lui donnera aussi le mouvement ; et si mon ame anime mon bras, que faut-il pour le mouvoir , si ce n'est quo mon ame veuille qu'il se remue ?
Théod. Dites - moi- donc pourquoi l'ame , étant dans les oreilles , nous ne les remuims pas ? Que l'ame y soit , vous devez le confesser, parce qu'elle sent si on les blesse : donc l'ame y est; et pourquoi ne les remue-t-ello pas comme elle veut et auand elle veut f Les mules de votre voiture les remuent avec facilité ; quand elles les lèvent, nous connaissons qu elles s'étonnent quand elles ne les lèvent pas , nous savons qu'elles vont pactfiquement et sans crainte : aucun homme ne voudrait avoir ce privilège.
Tout mouvement natt du muscle propro qu'il y a dans chaque membre : en sorte que chaque doigt a dans chaque jointure deux muscles antagonistes l'un de l'autre ; parce que l'un sert pour le plier, et l'autre pour l'étendre : il en est de. même dans tous les membres ; et quand les muscles manquent , ou naturellement, comme dans les oreilles , ou par empêchement, comme dans la paralysie, ou par un autre motif, le mouvement manque aussi. Je ne dis pas cela seulement des mouvements libres, comme ceux des bras , des mains , des pieds , de la tête , etc. ; mais aussi des mouvements spontanés , comme ceux du cœur, de la respiratipn, etc. Combinez actuellement la multitude des membres , des jointures et des parties organiques de notre corps , avec la diversité des mouvements qu'elles ont, et voyez le nombre infini de muscles qui sont nécessaires pour ces mouvements. Mais ne vous étonnez pas encore : voici bien autre chose.
Tous ces muscles dépendent chacun de leur nerf qui va au cerveau ; et tous ces nerfs que nous appelons moteurs, comme aussi les sensilifs, qui sont ceux qui servent pour la sensation , se joignent dans le cerveau; et quand le suc nerveux, ou celui qu'on nomme les esprits animaux entre dans le nerf, son muscle travaille : or comment l'ame peut-elle savoir où est l'entrée de ce muscle qui sert à mouvoir la langue , par exemple , de manière qu'elle prononce telle ou telle vocale , et où est l'entrée des muscles pour remuer les lèvres , de sorte qu'elles prononcent telle consonne de la syllabe? Comment peut-elle savcir où est la porte des muscles de la gor^
liARMONIE
flSM
ge» qaaiid cello-H^ se remue poar respirer; où sont les lèvres de la gloUe pour donner le Ion à la voix ; enOn, où sont d*aulres articulations pour cadencer et chanter selon les tons que demande la musique et selon la lettre que vous voulei y adapter, etc.? Gomment rame d*une paysanne qui chante en faisant son ouvrage peut-elle savoir cela T comment le peut-elle faire? Le comprenezvous, commandeur T
Le eomm. A parler sincèrement , c'est un niyslère , parce que , sachant tous que nous le faisons ainsi , notre corps ni notre ame ne savent comment cela se fait.
Théod. Donc il est nécessaire que le Créatenr le tusse de sa main puissante , lui qui seul sait ce que lame veut faire et comment elle doit Texécuter, Le comm.Cela est très-nouveau pour moi.
Théod. Le point est de savoir si cela est réellement vrai. Les choses, mon ami, ne sont ni ne cessent d*étre parce qu'on les croit nouvelles ou qu'on les a entendu dire : elles sont ou cessent d'être, parce qu'elles sont ou ne sont pas en elles-mêmes , et non dans notre entendement. A cette heure , examinez bien , à part vous , chacune des propositions que je dirai , pesei-les bien ; et si vous ne les trouvez pas évidentes , répliquez.
la bar. Le déB est galent ; mais je suis ici, cousin , pour vous aider dans les doutes , parce que si je ne me vois convaincue , je crie àTinstant : Je doute.
Théod. Premièrement personne ne fait une chose bien conditionnée à souhait et plusieurs (bis, uniquement par hasard.
Le eomm. C'est certain.
Théod. Les mouvements dont je viens de parler ^ et autres de ce genre , qui toujours et constamment se font conune Tame le veut, quelqu'un les opère.
Xe conm. C'est très-certain.
Théod. Celui qui veut les faire et qui les fait constamment bien comme Tame le désire, quel qu'il soit, a de l'intelligence , et sait comment il doit les faire suivant la fin qu'il a en vue.
Le comm. On n'en peut douter.
Théod. Or notre ame ne sait rien de la manière dont elle doit les faire , parce que la paysanne, par exemple, n'entend rien des muscles, des glottes et autres parties anatomiqnes qui sont nécessaires pour chanter. 8i même le plus fin anatomiste ne sait la place de chaque fibre , de chaque petit muscle , etc. , comment Tamo de la paysanne )>eut-elle savoir le moyen d'exécuter ces mouvements de la gorge , de la langue, des lèvres, etc.? donc l'ame ne sait rien de cela. Le eomm. J'en conviens.
Théod. Donc elle ne peut Texécuter ; car déjà vous m'avez accordé que celui qui ne sait point une chose ne peut la faire toujours et constamment bien comme il désire : donc ce n'est point l'ame qui dirige ces mour vements.
Leeomm. Je ne pois le nier.
Théod. Mais , si ce n'est point l'ame , qui scra-cr? Sera-ce son voisin le plus proche ,
qui est le corps ? Non, cela est impossible , parce que le jugement n'cstpasdans le corps. Vous êtes donc forcé de dire qne c'est le Créateur, parce que lui seul sait ce qu'il faut faire pour s'accomtnoder A la volonté de l'ame, et où sont les touches ( permettez-*moî cette métaphore ) de cet orgue anatomiqoe qui répondent à refTet qu'on veut. Le Créateur donc, agissant de sa propre nuUn, suivant la coutume, est ce qu'on appelle naiure. A présent , répondez.
^ Le comm. Je dis ce que j*ai déjà dit, que c'est une chose nouvelle pour moi ; mais j'ajoute qu'elle est vraie, et je me donne pour convaincu.
La bar. Dès ce moment, mon cousin, je vous estime davantage, parce que je vous vois raisonnable. Mais vous , Théodore , tous avez touché trop en passant'une chose à laquelle je désirais que vous vous fussiez ar— rété ; c est la musique. Depuis que vous m'avez donné des leçons de physique et un peu de l'anatomie qui y a rapport, je combine les leçons de la musique avec celles de la physique, et je suis remplie du plus grand étonnement. Revenez, Théodore, un peu sur cette matière.
Théod. Il m'est nécessaire d'aller vite,
f>our que mes réflexions ne fatiguent pointa orco d'être longues. Mais, à dire vrai, vous avei dans la musiaue des preuves bien évi^ dentés de ce que je disais. Il est très-constant
3ue dans les instruments à corde , comme ans le clavecin et la harpe , plus la corde est tendue , plus elle monte die Ion. Il est connu aussi que la voix humaine arrive a deux octaves, et rarement à trois. On sait encore que chaque octave a cinq Ions et deux demi-tons ; que d'un ton à l'autre, par exemple, d'ul à re on der« à mt, on monte par neuf points ou degrés; de manière que, dans le cours de deux octaves, la voix humaine peut monter cent huit degrés ou points : et si nous voulions faire sonner ces points sur une corde d*une certaine grosseur , il serait nécessaire d'avoir le moyen de la tendre de plus en plus , jusque à cent hnit degrés.
La bar. Il n'y a point de corde qui soutienne cette tension sans casser, et qui, restant toujours de la même longueur, ne finisse par se rompre.
Théod. Madame, n'affirmez pas tant; vous oubliez donc ce que ie vous ai enseigné, que quand vous montez de ton en chantant, vous tendez davantage les lèvres delao/efle, qui sont des cordons élastiques qu'a découvert »
{'c crois, M. Ferrein. Us font, par leur tremilcnient élastique ce que fait sur la guitare le tremblement de la corde. Réfléchissez à cette heure : quand vous chantez avec le papier à la main, vous ne pouvez changer de ton, sans que les lèvres de la glotte ne changent de degré de tension, et vous lui donnez tontà-coup celui qui correspond à la musique que vous exécutez, et immédialemmenitous ceux qui sont commandes. Qu'en dites-vous, baronne?
La bar. J'ai toujours regardé la musique vocale comme un grand divertissement et une
DE LA RAISON ET DE LA RELIGKKI
belle qualité dans ane dame ; mais A présent , je la respecte comme an mystère étonnant et inexplicable,
Thiod. Je placerais fort bien ici une conséquence que je dois tirer; mais elle n*est point encore de saison , parce que je veux fui disposer une plus erande base » vu que la colonne doit élre très-haute. Auparavant rappelons-nous nos mouvements vitaux, qui sont ceux du coeur, de la respiration , etc.
Le eomm. J*avais la présomption de savoir quelque chose en fait d*anatomie; mais vous me donnez de nouvelles lumières, même dans ce que je savais depuis plusieurs années. Continuez.
Théod. Je veux, parler du bienfait que Dieu nous accorde dans la continuation de notre vie, qui» comme vous savez, dépend de beaucoup de choses : c*est au point qu*on 8*clonne de vivre une heure , sans que, dans le mouvement continuel de tous les organes vitaux, il ne se délracte quelqu'une des choses essentielles à la vie; il sufGt de considérer combien travaille notre cœur * s'il prenait deux minutes de repos , l'homme mourrait infailliblement.
Le comm. Régulièrement parlant , chague minute il se vide de sang soixante*dix fois dans les contractions que les professeurs appellent systoles ; et il se remplit autant de fois dans ce qu'ils appellent diastoles ou dilatations ^ d*où il suit qu'il a cent quarante mouvements en chaque minute; tel est aussi le nombre des mouvements des oreillettes , ou dépôts d'attente, ou s'arrête le sang avant d'entrer dans le cœur ; car, quand il se vide du sang qu'il avait, il ne i>eut recevoir celui qui vient alors des veines, parce que, de cette manière les systoles des oreillettes et les diastoles sont à rencontre de celles du coeur. Voilà jusque où je sais : actuellement vous ajouterez vos réOexions philosophiques.
Théod. 11 faut encore considérer les nbres musculaires qui causent ces mouvements alternatifs du cœur , parce qu'il a pour se vider des flbres roulées en spirale ou en limaçon autour de lui ; et, quand elles travaillent, elles se rétrécissent de manière qu'il fait passer par les artères tout le sang qu'il contenait; et, de cette manière, il reste trèsétroit et long , et bat sur les côtés « ce qui s'appelle palpitation. C'est le contraire quand le cœur reçoit le sang : il devient rond, plus large et pins court, parce que c'est alors que travaillent les flbres musculaires qui l'environnent depuis la base jusque à la pointe. Ces flbres musculaires naissent du cervelet, et elles sont en travail les unes et les autres alternativement en chaque minute. Cela pro' duit dans Tespace d'un an douze millions cent soixante mille mouvements. Si, dans toute cette quantité de mouvements, les esesprits animaux se troquent ou s'arrêtent , eux qui doivent aller chercher dans le cervelet les fibres d'un ordre ou d*un autre; si, dis-je , ils s'arrêtent , c'en est fait de la vie de l'homme , elle est finie. Je demande , à présent, mon ami , qui dirige avec tant de soin ces esprits animaux , qui n*ont de juge-
ment ni pour entendre les ordres , ni ponr exécuter d'eux-mêmes avec certitude ces niouvements indispensables à notre vie? J'en dis autant de tous les autres mouvements spontanés qui ont lien, soit que nous le voulions, soit que nous ne le voulions pas. Ré* pondez-moi , mon ami.
Le comm. Que voulez-vous que ' je vous réponde T
Théod. Le Créateur fait tout, ouïe fait faire , pour que nous vivions.
La bar. Ou le fait faire, dites-vous 1 Et par qui? quels domestiques aie Créateur dans la classe corporelle , qui puissent entendre ses ordres et les exécuter , s'ils n'ont point de perception pour les recevoir et les entendre?
Théod. Je suis de cet avis; mais j'ai dit cela pour que votre propre intelligence vous obligeât de confesser que Dieu a fait de sa main tout ce qu'on attribue vulgairenient à la nature. Et pourquoi Dieu exécnte-4-il ces actions merveilleuses ?
La bar. Pour que l'homme vive.
Théod. Et de quelle matière sont ces- machines fabriquées avec tant d'art, qu'elles Sauvent , sans se déranger , travailler 70 à 0 ans? Sont-elles d'acier ou de bronze? Toutes sont faites de petites peaux : les veines , les artères, les soupapes, etc.; et remarquez bien <^ue le bronze et l'acier ne pourraient sonlTnr tant de mouvements sans s'user.
La bar. Cousin, qu'en dites-vous?
Théod. Je ne veux point, mon ami, que vous vous contentiez d'admirer, mais que« vous demandant pourquoi le Créateur a fait ces merveilles, vous vous répondiez que c'est pour nous conserver la vie, à vous et à moi, pendant plus de cinquante ans, et à la baronne pendant vingt-quatre? Quelles obligations n'avons-nous donc point au Créateur de nous avoir donné la vie et de nous la conserver.
Le comm. Vous me confondez , Théodore , avec vos réflexions.
La bar. Mais nous nous confondons avec
Elaisir, en voyant ce que Dieu fait pour notre ien.
Le comm. Il est certain qu'il y en a très-peu
2 ni raisonnent ainsi , et qui aient le temps 'analyser ce que nous savons tous , pour déterrer des vérités auxquelles nous n'avions jamais réfléchi.
Théod. Nous avons vu , mes amis, le soin, la sagesse , et, s'il m'est permis de m'expliquer ainsi , l'étude que le Créateur a mise a nous donner et à nous conserver la vie dont nous jouissons ; car en discourant suivant la seule raison naturelle , elle pouvait ne pas même durer un jour , vu qu'il paraissait impossible que, dans les mouvements si compliqués de tous nos organes , il ne se rompit quelqu'une des pièces nombreuses d'une machine si prodigieuse, ouau'au moins elle ne se dérangeât en quelque façon.
Le comm. On ne peut nier qu'une vie de 70 ou 80 ans est un prodige de la toute-puissance» qui en renferme beaucoup d'autres que nous ne pourrions comprendre.
Ii3§
HARMONIE
ÎU^
Ihiod. Quand la machine da corps orpniqae serait d'acîer ou de bronze , travaillant continuellement pendant 70 ans , sans repos, ; ni jour ni nuit , ce serait un prodige qn elle I pût durer sans quelque accident. Comment ' donc dure notre corps , et se conserve-t-ilen bonne santé, n'étant composé que de ressorts, d'entrailles , de peaux et de membranes, plus faibles et plus déliées les unes que les autres? Pour en* mieux juger, considérez ceux qui languissent et meurent par quelque vice d'organisation, et TOUS serez convaincus qu'il n*7 a que le Tout-Puissant qui puisse maintenir rhomme bien portant, dans sa vigueur et empêcher que les pièces de son organisation ne s'afTaiblissent ni ne se rompent.
Le comm. C'est un prodige qrn arrive à chaque instant et qu'on ne remarque pas.
Théod. Mais que prétend de nous le Créateur avec CCS prodiges T Nous avons déjà vu 2u*il doit nécessairement se proposer une fin ans tout ce qu'il fait, et que notre plaisir ou cotre avantage seul n'en est point une digne de lui. Quelle sera donc cette un?
Le comm. Répondez, baronne, puisque vous pénétrez mieux que moi les pensées de Théodore.
Théod. Je répondrai que Dieu n'a pu avoir d'autre intention , sinon que l'homme fit ce que demande la raison étemelle , c'est-à-dire qu'il employât sa vie et tous len membres de son corps au culte et à la gloire de son Dieu. Si vous trouvez une autre fin plus digne de Dieu et plus conforme à la sagesse, qui est la règle de toutes ses œuvres , dites-le moi.
Le eofnm. Qu'avons-nous à dire T
La bar. Il faut avouer ce que dit Théodore ; parce qu'il n'y a qu'un jugement aveugle (et alors ce n'est plus un jugement) qui puisse se refuser à la conviction.
Ihéod. Dans mes arguments je ne me sers point de principes douteux, je ne me fonde sur aucune autorité. • Vous voyez que d'un cAté c'est l'expérience que nous donne l'anatomic, dont personne ne doute, de l'autre la simple raison. Elle nous dit que Dieu a eu nécessairement quelque fin quand il a formé tout cela avec tant d'ordre, de sagesse et de précaution , prévenu tous les inconvénients et pris des mesures pour tous les besoins possibles , etc. Elle nous dit en dernier lieu qu'il a dû avoir une fin digne de lui et conforme à sa raison éternelle. Or maintenant cette fin n'a pu être seulement pour (|ue nous vivions 80 ans plus ou moins ; ainsi elle ne peut être sinon que l'homme se reconnaisse obligé à son Dieu, le respectant , le servant et l'aimant comme son continuel bienfaiteur. Voilà comme la simple réflexion et la lumière de la raison suffisent pour nous montrer uue , nous n'avons pas de fin plus noble et plus convenable que Dieu lui-même.
Le comm. Il n'y a pas le plus petit mot i diits; la géométrie n'offre pas de démonslra'tion plus évidente.
; I III. — De la nutrition du corps organique
Théod. Il est encore une circonstance ex- Iréincmcnl remarquable qui, avec celles que
{'ai considérées, rend notre organisation beaucoup plus admirable : c'est la nutrition et la croissance de tous les vaisseaux organiques que nous avons dans noire corps. Au lien de se détruire par leur action continuelle, tous prennent de la force et de Tangmentation : avec le temps ils croissent, non seulement dans la forme sensible de chaque membre, mais dans le volume , si petil qu'il soit , de chacune des plus faibles parties de notre corps. II y a de quoi s'étonner comment un enfant de six ans, parfait dans tous ses membres, vacroissant jusque à vin^ans par la nourriture que reçoit chaque membre et, à proportion , chaque organe sensible de chacun. Comparons, commandeur, les mêmes organes à l'âge de six ans et à celui de trente : quelle différence ne voyons-nous pas 1 Les os eux-mêmes, qui autrefois étaient de simples tendons qu'on nomme cartUages, sont aujourd'hui des os parfaits avec leur moelle, etc. Mais comment s'est fait cet accroissement? Sans doute il y avait des cananx qui portaient à chaque fibre le suc convenable i sa croissance. J'en dis autant des veines, des artères et soupapes répandues par tout le corps. J'en dis autant du cœur, des mnsdes, du cerveau, de ses ventricules , de la mœUe allongée et de toutes les ramifications des nerfs. Chacune de ces parties n'a point crû i force d'y accumuler de la matière; car de cette manière les canaux se seraient engor-
(;és, comme il arrive dans les aquedncs dont es eaux charrient du sable : chacun des vaisseaux croit au contraire en hauteur, en grosseur, en largeur, en profondeur et en toute dimension. Qui a pu faire cela, commandeur? Le comm. Le comte de Buffon l'explique très-bien par son joli système de la matnelie attraction entre les parties homogènes ou de même nature.
Théod. Je veux bien que cette fiction soit vraie; mais tout son effet n'est que d'amasser dans la langue , par exemple , beaucoup de
Earties propres pour la langue; dans les yeux eaucoup de parties propres pour les yeux; et qui est-ce qui forme de plus grosses fibres dans la langue, un plus ffrand diamètre dans la prunelle des yeux, de plus fortes fibres nerveuses dans la rétine , etc. Tout aa plus Buffon prouve qu'il se réunira plus de matière homogène, mais non que la fabrique deviendra plus spacieuse qu'elle ne l'était lors de sa première formation. Que ditesvous, baronne?
La bar. Que j'ai lu ce système, et qn'il m'a paru plutôt l'ouvrage d'un poète que celai d'un physicien.
Théod. D'ailleurs l'aliment d'un enfant , quel qu'il soit, se convertit en chyle; et ce chyle sert de nourriture en même temps à tout le corps humain et à tous ses ornncs. Le chyle nourrit le cœur, le cerveau, les os. les veines, la peau, etc. Quelle diversité nous trouvons dans la substance de chacun de ces organes 1 et tout sort de la masse da cdiyic. Considérons donc cette nutrition en philo^ sophe. Qu'est-ce qui divise cette roalierp ea raison de toutes les parties organiques qui
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DE LA RAISON ET DE LA RELIGION
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notre corps ? Qui donne à ce chyle différentes formes suivant i'or^ane qu'il ra nourrir? tout cela peut-ii s'expliquer par le concours confas des parties d'aliment quelconque qu*a prises l'enfant? Gela entre-t-il dans votre esprit ?
La bar. Ni dans le mien, ni dans celui de mon cousin.
Le comm. Vous avez deviné, baronne ; car c*est une chose qui ne peut ni se dire ni s'entendre.
Théod, Donc c'est la main souverainement industrieuse du Créateur qui, d'une manière que lui seul entend, opère cela en chacun de nous; et avec cette étonnante circonstance que, en arrivant à certain âge, quoique 1 homme mange, boive , dorme, etc., comme jusque alors , les membres qui croissaient auparavant ne croissent plus.
Le comm. Nul entendement ne parviendra à se rendre raison de la manière dont s'exécute en nous ce que nous expérimentons tous les jours.
Théod. Donc la vie d'un homme est un prodige qui en contient un million d'autres : car, que chaque organe du corps se nourrisse sans s'engorger par la concurrence de la matière, qu'aucun ne s'épuise par le déchet nécessaire d'une continuelle transpiration ; qu'aucun ne perde de sa substance antérieure par le travail non interrompu des mouvements vitaux, ce sont autant de choses étonnantes.
La bar. Quelle différence, mon cousin, d'envisager tout cela mûrement, comme Théodore nous y porte, ou en passant, comme le vulgaire a coutume?
Théod. Actuellement il me reste à tirer une conséquence de ce que j'ai dit sur ce point; mais je voudrais que vous la tirassiez, vous autres. Moi je vais disposer les propositions sur lesquelles elle se fonde.
La bar. A la bonne heure; remarquez bien , commandeur , si les propositions sont de justes prémisses de la conséquence que nous devons tirer.
Le comm. Théodore aura bien soin de cela.
Théod. Je suppose que vous ne doutez pas que notre vie dépend de tous les organes nécessaires aux fonctions du corps humain, et par conséquent que la vie n'est point comme une chose précieuse qui , une rois donnée , est donnée, sans que, de la part du donateur, il soit besoin d'aucune action pour la conserver; je crois que vous avouez que le Tout- Puissant, quand il a formé le corps organique do chacun de nous avec tant de sasesse et tant de soin , non seulement nous a donné la vie, mais qu'il continue de nous la donner tous les jours qu'elle dure ; puisque dans notre corps il y a chaque jour certaines nouveautés que sa divine main dirige ou répare.
La bar. Nous n*en doutons nullement.
Théod. Vous regardez aussi comme certain que l'Etre suprême n'a point agi comme un ignorant ou un imbécille , sans savoir pourquoi ; que sa perfection et son in6nie caresse exigent un but digne de l'ouvrage et
de Touvrier, et qn*en dernière analyse la fin d'un ouvrage aussi accompli et de 1 attention qu'il met a l'entretenir ne peut être seulement le plaisir et la commodité de l'homme? La bar. C'est incontestable.
Théod. Donc la fin a été... ce que vous avez déjà dit, baronne.
La bar. Et ce que je répèle avec plaisir que l'homme emplovat tous les jours de sa vie à le servir en adorant son pouvoir, aimantsa bonté, et obéissant à sa loi. Mon cou* sin , doutez-vous de cette conséquence que nous devions tirer tous les deux ?
Le comm. D'aucune façon : Théodore a un art irrésistible qui entraîne.
Théod. En moi ce n'est point art; mais cela vient de la docilité de votre esprit, qui , connaissant clairement la vérité, ne peut s'empêcher de l'embrasser.
Le comm. Jusque ici, ma cousine, j'ai été chevalier de Malte et militaire un peu libre ou libertin ; mais à présent les leçons philosophiques m'inclinent à être dévoL
La bar. C'est beaucoup d'avoir un bon jugement et de consentir i raisonner sans préjugés, sans présomption, avec calme et dans le désir de s'instruire : et c'est ce que ne font pas vos docteurs.
Théod. Baronne, puisque nous avons conclu ce point, ne vous gênez pas. Vous entendez que dans la chambre de votre mère il y a une visite de cérémonie et d^une personne à qui cette maison doit beaucoup : ce ne sera pas une visite longue , parce qu'elle est de compliment : allez, ensuite nous continuerons, et M. le commandeur me fera l'honneur et le plaisir de se promener avec moi» en attendant, dans le jaitlin.
La bar. J'y vais ; et je vous serai obligée de ne pas vous éloigner, parce que mon cœur reste ici.
§ IV. — Des obligations de Vhomme eni^ers Dieu pour ce quHl a fait dans son ame : il est question de son immortalité et de sa nature.
La bar. Me voici de retour : la visite n'a pas duré longtemps. Profitons du temps qui nous reste jusque à la nuit, avant le concours de ceux qui viendront jouer, parce que c'est jour d'assemblée.
Le comm. Me voici tout rendu et tout prêt : que Théodore dise donc la matière de la conversation.
Théod. Continuons de traiter des obligations de l'homme envers Dieu, et parlons des Î|[ualités dont il a doué son ame. Elle a deux acuités principales, l'entendement et la volonté : avant d'entamer la question, examinons la nature de notre ame.
Le comm. Je vous écouterai avec plaisir, parce que c'est une matière sur laquelle je n'ai point entendu discourir à ma satisfaction ; je suppose que vous serez d*une opinion bien dîfTérente de tout ce que j'ai lu.
Théod. Moi aussi j*ai lu quelque chose dans les nouveaux philosophes ; ainsi je ne m'étonnerai de rien. Dites donc ce que vous avez lu et ce que vous suivez ; comme nuus sommes raisonnables, tout se traitera en
Itu
HARMOKIE
paix et la vérité te présentera A celui qui voudra la connaître.
Le eomm. D'abord quelques-uns suivent l'opinion que notre aine est pure matière ; je la reaarde comme une absurditét mais enfin ils le disent.
La bar. Et prouvent-ils ce qu'ils avancent?
Le eomm. Non : ils ne prouvent rien. Parler, rire, hasarder des propositions neuves et inouïes, voilà leur fort ; mais de preuves pas un mot.
La bar. Fort bien 1 fort bien I Voilà ce qui s'appelle être philosophe de nouyelle invention : dire et ne point prouver. Que vous semble de ce système, Théodore?
Théod. Puisque M. le commandeur le regarde comme une absurdité, facilement et en peu de mois je démontrerai que c'en est une. Nous ne pouvons changer les idées essentielles des choses, c'est une folie. Chacune a ses propriétés conséquentes à son essence, et si nous les troquons, nous changeons les essences et nous faisons des chimères inintelligibles. Nous savons que ce qui frappe la vue dans les corps c'est leur couleur et plus on moins de lumière : les uns sont rouges et les autres bleus ; les uns sont clairs et lumineux, les antres obscurs, etc. De même ce qui regarde l'ouïe a ses propriétés : une voix est sonore ou harmonieuse; une autre est fausse, celle-là est grave, celle-ci est aiguë, etc. Les corps qui ont rapport au goût sont doux, aigres, savoureux ou insipides ; quant au tact, ils sont durs, mous, raboteux, etc. Changez actuellement, baronne , ces propriétés , et tous verrez ce qui en résulte. Alors vous trouverez un son rouge ^ une voix bleue » une couleur at^re et d'autres absurdité semblables.
La bar. Quelles extriivagances naissent d'assortiments aussi bizarres?
Théod. Tout cela vient de ce que nous donnons à des choses les propriétés des autres ; dans les exemples cites toutes sont sensibles, bien qu'appartenant à différents sens de l'homme ; mais toutes sont matérielles. Que sera-ee donc, mes amis, si nous tro-
3 nous les propriétés de la matière avec celles e l'esprit ? La matière a essentiellement de l étendue, savoir: longeur et largeur, mesure, figure, etc. ; l'esprit a l'intelligence, la connaissance, la volonté, l'amour, l'affirmation, la négation, le doute, etc. : si vous voulez donner a 1 esprit les propriétés de la matière , nous aurons une pensée carrée , une affirmation triangulaire, un amour plat, etc.
Le eomm. Baronne, avec ces échanges on peut former un jeu qui fera bien rire.
Théod. Maintenant si nous donnons à la matière les propriétés de l'esprit, nous aurons'un pain qui pense, une pierre qui aime, nn métal qui doute, et choses semblables. Or voilà ce que font ceux qui disent que noire ame peut être pure matière, tandis qu'elle pense, connaît, veut, doute, affirme, nie , etc. Vous voyex quelles absurdités en résultent. C'est le rêve, qui le croirait ? de Locke, ce grand homme si înstement célèbre par ses connaissances; il dit, comme sortant
d'une profonde méditation : Nous ne serons peut-être jamais capables de connaître si un être purement matériel pourra penser ou non. Il n'ose pas en dire davantage ; maisd'autres ont tranché le mot, bien que, sans aucune preuve, ils aient déclaré notre ame matérielle (l).Un autre a dit que notre ame et celle des bêtes sont d'une même pâte. Un autre la suppose de la même qualité qu'une plante, en ces termes : Entre toutes tes choses Vhomme est celui qui a le plus d'ame, et la plante celle
Îttt en a te moins {^). En sorte que de Thomme l'ortie il n'y de différence que du plus au moins.
Le eomm. Ah I C'est aussi par trop oublier ce que dicte la saine raison.
La bar. Pour moi, oui suis encore jeune, je veux m'amuser à établir une gradation : ainsi, dans la série des plantes en remontant jusque aux bêtes, je mets, pour point de réunion entre les deux classes, les polypes, qui pendant longues années ont passé pour plantes aquatiques, nées dans la fange des eaux marécageuses ; et entre les bêtes et les hommes je place les magots , parce qu'il semble qu'ils ont du jugement et presque la figure humaine.
Théod. Parmi les philosophes du jour il y en a qui disent que les singes sont de U même classe que les hommes, en sorte qu'on doit placer Newton en tête dans la classe des singes, parce qu'il a été celui de tous qui a eu plus de jugement.
Le eomm. Je ne l'ignore pas; mais, comme je n'adopte pas de telles sottises, pe perdons point le temps à les réfuter.
Théod. Le point que vous voulez savoir est sans doute si notre ame est immortelle et dure après la mort.
Le eomm. C'est un point très-important ; et il y a quelque temps que j'ai vu un livre qui assurait que nous pouvions dire de l'ame tout ce que nous voudrions, excepté qu'elle est immortelle (3).
La bar. fit donnait-il quelque raison pour le prouver ?
Le eomm. Il ne donnait pas d'autres raisons, si ce n'est que Timmortalité de l'ame est un dogme trop gênant pour la liberté. U faudrait vivre avec trop de contrainte : car, si elle survit à notre corps, elle ira recevoir la récompense ou le châtiment nue ses actions auront mérité ici-bas ; au lieu que si elle meurt avec lui nous pouvons nous donner du bon temps, parce que tout finit à la mort.
La bar. Et avez-vous trouvé, mon cousin, dans vos livres quelque raison qui prouve que l'ame est mortelle; je ne dis pas une démonstration, mais une raison qui mérite d'être écoutée?
Le eomm. J'avoue que je n'en ai pas trouvé; mais, comme je n'ai pas tout lu, il peut y en avoir quelqu'une.
Théod. Mon ami, ce point est si intëres-
(1) Hist. nst. de Tame, f. % 3, 66, 95. (i) L*homme plante, p. 5f, 54.
(3) Dict. des philosopn., p. 5.
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sani et si favorable au goût de vos philoso* phes, que s*ils avaient trouvé quoique raison, ce serait la première chose qu'ils mettraient en avant; mais remarquez que nous autres nous ne donnons pas une raison en Tair, mais des démonstrations, et de trèsfortes, de Timmortalité de Tame.
La bar. Vous Tavez déjà prouvé dans les conférences précédentes, Théodore, déduisant son immortalité de ce qu'clant spirituelle, douée de liberté et d*inlelligence, elle n^est point, comme le corps, un composé de parties, mais un être simple, et par conséquent immortel ; puisque en elle toutest inséparable et indivisible.
. 7A^od. Cela est vrai : à présent je vous dois une aulre démonstration ; elle ne sera point métaphysique, mais elle sera convaincante.
jLe comm, Yojons : cela pique ma curiosité.
La bar. Qu'importe, mon cousin; tout espèce de preuves devrait vous sufQre, puisque il n*y en a aucune de contraire, ni bonne, ni mauvaise : mais voyons....
Le comm. Un philosophe, qui ne me parait as méprisable (1), proteste que Vimmortaiiéde Vame est une question purement phito^ sophique et de peu aHmportance : ce qui importe seulement, c'est que l'orne soit vertueuse. Et je trouve qu'il a raison.
La bar. Ah 1 mon cher commandeur, vous av^z dit, il y a un moment, que si Famé était immortelle, cela nous obligeait à une vie plus circonspecte et vertueuse , et que, si elle mourait avec le corps , vous pouviez vous donner du bon temps : comment ditesvous donc actuellement que, pour qu'elle soit vertueuse, il n'importe pas qu'elle soit immortelle?
Le comm. Je ne voudrais pas, ma cousine, que vous fussiez si bonne logicienne. Allons, Théodore, à ce que vous disiez ; parce que réellement je veux m'assurer si mon ame doit durer plus que cette vie.
Théod. Nous ne pouvons nier qu'en nous créant , Dieu ne nous ait doués de la lumière de la raison; mais, malgré nous, cette lumière nous montre comme condamnables beaucoup d'actions que nous voulons faire ; en vain nous cherchons des motifs du contraire, en vain nous nous étourdissons pour nous persuader que nous faisons bien, la voix de la raison crie toujours que nony et jamais nous ne lui imposons silence : nous pouvons nous distraire, et penser à autre chose pour voir si elle se tait; mais aussitft^ que cesse la distraction, la même voix re^ vient à la charge et crie encore , Non, ne fais pas cela. Je crois que tous les deux vous en avez l'expérience.
Le comm. C'est vrai, et nous ne pouvons nous soustraire au reproche de cette voix intérieure.
Théod. Cette lumière de la raison, cette voix que nous ne pouvons faire taire, de qui peut-elle être, sinon de Dieu? KUe est gêné*
(!) Lettres physiques, c. 13.
DE LA R.\1S0N ET DE LA RELIGION
raie pour tous les hommes, dans tous les climats et toutes nations. Tous trouvent que c'est un vice do tromper Vinnôcence, de ren^ dre mal pour bien, dUtre ingrat au bienfait teur, traître à Vomi, etc. Mais si cette voix est générale, elle procède donc d'une cause générale, qui Test aussi de la création do l'homme.
La bar. Il ne peut y avoir de doute à cela ; cousin, l'accordez-vous?
Le comm. De tout mon cœur.
Ihéod. Je demande A présent : quand Dieu a placé dans l'ame de l'homme cotte voix qui lui dit : Fais ceci, ne fais pas cela ; de trois choses l'une : ou il l'a placée sans aucun dessein, ou pour que l'homme la méprisAt ou pour qu'il lui obéit : choisissez, commandeur.
la bar. Mon cousin, l'embarras n'est pas grand; car il est injurieux à Dieu de aire
2u'il a placé cette lumière sans aucune n.
Le comm. Il serait plus injurieux encore de dire qu'il nous l'a donnée pour que nous n'en fissions pas de cas.
Théod. Donc forcément nous dirons que Dieu l'a placée dans l'ame de tons les hommes pour qu'ils la suivissent ponctuellement.
Le comm. On ne peut dire le contraire; mais comment cela vient-il A l'Immortalité de l'ame.
Théod. Ayez un peu de patience. Donc si un mauvais sujet, malgré cette voix de Dieu qui lui parle intérieurement, commet quel-
Ïue mai, il est nécessaire qu'il déplaise au réateur.
Le comm. Sans contredit^
Théod. Donc si dans cette vie il ne reçoit pas le chAtiment de Dieu , comme il arrive souvent, il devra le recevoir dans Tautre : autrement Dieu aurait manqué son but : et une vile créature , faite de boue et de rien , se moquerait de lui-même.
La bar. Ah , mon cousin I quel coup cela vous donne ! mais continuez , Théodore.
Théod. Donc il s'ensuit que l'ame doit nécessairement exister après la mort, pour recevoir la récompense du bien on la punition du mal. Autrement les méchants , ^t mettent leur féticité dans ce monde, pourraient se jouer du Tout-Puissant, en disant : Qu'il commande ce qu'il lui plaira, qu'il défende ce qu'il voudra, quant A nous, nous avons fait ce que nous avons voulu , et il a été bien trompé. Mon ami , cela vous parall-il raisonnable t
Le comm. Je ne m'attendais pas A cette tournure.
La bar. Mais y trouvez-vous de la rai» son?
Le comm. La vérité est , baronne , que les méchants en grande partie sont heureux dtas cette vie, et que beaucoup de personnes estimables meurent malheureuses et pauvres.
Théod. Donc, ou Dieu est injuste, ou il est impuissant et le jouet des hommes, ou Tame
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HARMONIE
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dure après la mort et est Immortelle : que choisissei-vous î
Le conm. C'est cela, ma cousine, qui est embarrassant : je n^ayais jamais pensé ainsi.
La bar. Mêliez à présent ces raisons , qui
Krouvent que notre ame est immortelle , en alance avec le simple doute de vos philosophes , quand ils disent qu*il est possible qu'elle meure avec le corps , comme dans les chiens et les chevaux: pesée tout cela, et jugez si ce n'est pas une folie achevée de suivre ce peut-être , en vivant au gré de ses passions , comme si Timmortalité de l'ame était impossible. Quand même il y aurait du doute , ne serait-ce pas une témérité dans un homme de bon sens de s'exposer à être puni sans retour après la mort : mais combien plus grande est celte folie , lorsque des raisons si fortes prouvent que l'ame est immortelle , et qu'il n'y en a aucune , ni bonne ni mauvaise., pour prouver qu'elle ne Test
pasT
Le eomm. Je ne vous croyais pas , madame , si pressante en argumentation.
La bar. Dites-moi encore : si sans avoir compté sur l'autre vie , vous trouviez après la mort que l'ame existe pour être jugée par le Créateur , que feriez-vons ? Pourriez-vous fuir ici dans ce monde ? Mais déjà votre corps, dans le sépulcre, serait rongé des vers. Alleraeriez-vous au Créateur (fue vous suiviez l'opinion de vos amis, qui disaient que l'ame mourait avec le corps? Mais, en vertu de cette excuse , le Créateur changerait-il la nature de l'ame a6n qu' elle mourût? Quelle extravagance ! Quand il vous a créé , vous a-t-il demandé , par hasard , si vous vouliez une ame immortelle, ou mortelle comme celle des chiens? Vous a-t-il demandé si vous vouliez un corps gras ou maigre , petit ou grand , avec un nez long ou court ? Vous riez 1 mais si Dieu ne vous a pas demandé comment vous vouliez le corps, et s'il l'a formé comme il Ta voulu , il a fait de même pour l'ame. Chose étrange 1 vos philosophes s'accommodent du corps que Dieu leur a donné , et pour le temps qu'il le leur a donné , et ils voudraient à leur gré décider de celui que durera leur ame ; mais Dieu l'a faite immortelle comme il a voulu ; et elle durera malgré eux après la mort.
Le eomm. J'emporterai votre sermon dans mon cœur, ma cousine; poursuivez Théodore. S y. — De notre entefidement.
Théod. Notre ame, qui par sa nature est une précieuse image de Dieu ^ lui ressemble surtout par deux qualités qui la rendent très-estimable. Ces deux qualités ou propriétés sont rentendemeni et la volonté libre. Il est nécessaire d'en faire la matière de nos réflexions ; car puisque nous les avons reçues de la main du Seigneur, il en résulte de nouvelles obligations de reconnaissance.
La bar. Je compare l'entendement dans l'ame avec la vue dans le corps : en sorte qu'un homme sans l'usage de l entendement est comme un aveugle : l'un ne voit pas, et Tantre ne comprend pas.
Thioà La comparaison est juste : nuds
quoique l'intelligenee soit le propre de Tame, comme par son union avec le corps , elle ne peut rien sans la coopération du cenrean : il s'ensuit que si l'usage du cerveau est empêché par quelque obstacle , l'usage dé Tentendement l'est aussi. Voilà pourquoi dans les insensés nous voyons des actions telles qu'on croirait leur ame dénuée de la puissance de l'entendement.
Le eomm. Mon ami , permettez une difficulté ; dès que dous parlons en philosophes , il convient que nos raisonnements aient de ta solidité et de la suite. Nous voyons dans le» animaux des actions d'une industrie, d'une sagacité et d'un entendement qui nous étonnent , et avec raison : cependant nous ne leur donnons pas une ame spirituelle comme la nôtre ; ainsi qu'y a-^t-il donc de si merveilleux dans cette qualité de l'entendement, que vous vantez comme un trait de notre ressemblance avec Dieu.
2'héod. Vous ne sauriez croire , mon ami , combien j'apprécie cette remarque , parce que ma réponse répandra beaucoup de lumière sur ce point. L'industrie et la sagacité que nous voyons dans les opérations des bêtes , par exemple des abeilles , des arai^ gnées , des fourmis , des chiens , des cas^ tors , etc. , l'emportent de beaucoup sur Tin* telligence et l'industrie des hommes, qui, sans livres, sans instruments, ni aucun enseignement , ne peuvent jamais Cadre ce qu'exécutent ces animaux. Avez-vous jamais vu jusque à cette heure qu*nn homme se mit à fabriquer un rayon de miel comme celui des abeilles, ou comme celui des guêpes, qui est plus délicat encore, on bien un nid de chardonneret, sans autres instmments ou mains que son bec et ses petites pattes. A peine les hommes en viendraient à bout même d'après les règles de la géométrie ou de la phvsique ; mais retirez-leur toat instrument, les dessins, les livres, et jus-
Sue à l'expérience; qu'en résuHera-t-il ?TaiH is (|u'il est certain que le premier ravon que fabrique un essaim nouveau est aussi parfait que le dernier. Et remarquez que les petites abeilles de ce nouvel essaim n'ont jamais vu construire les petites cases qui leur servent de berceau. Cependant , aussitôt que leur temps arrive, elles sortent pour chercher une nouvelle habitation , en lieu compétent, et se mettent à fabriquer un nouveau palais. Trouvez-vous, mon ami, un homme asspi ' habile pour en faire autant , quoique il ait une ame spirituelle , si on lui retire (ont instrument, si on l'élève sans maître ni leçons, et s'il ne voit comment les autres font?
Le eomm. Aucun ne peut le faire.
Théod. Donc il sera nécessaire de dire que ces animaux ont une ame plus parfaite qoe la nôtre ; ou l'on ne doit point attribuer ces actioQS et ces ouvrages à leur industrie ni à leur entendement.
Le eomm. Parce que ces actions sont plos industrieuses que celles de l'homme doutez* TOUS qu'elles ne soient une preure qu'il j a en eux une grande industrie ?
Théod. Oui , j'en doute } et vous devez en
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DE LA RAISON ET DE LA RELIGION
doQter, en réfléchissant comme moi. Dltosmoi» moD ami, les abeilles savent -elles comment étaient les rayons de miel an temps de Noéy et même avant?
Le eamm. Comment le peu vent -elles Savoir, si elles ne savent pas lire, nt n*ont point de maîtres , ni ne sont de ce temps-là pour savoir ce que flrent leurs ancêtres.
Théod. Je demande de plus : Ont-elles connaissance des ruches qui se font dans Tlnde, au nord, ou en Afrique, etc.; car je vois une parfaite imitation et ressemblance entre les rayons que firent les abeilles des temps anciens et ceux que fabriquent les abeilles de nos jours, et que partout les ruches sont la même chose. £n doutez-vous ?
Le comm. Je ne puis en douter.
Thiod. Ecoutez-moi actuellement avec atlenlion , et voyez la réponse qu*on peut donner à ce raisonnement. Est-ce car un effet du hasard qu*il y a une si parfaite ressemblance entre les rayons de tous les temps et de tous les climats , sans qu'il y ait entre eux aucune différence? Peut-on penser que tous sortent semblables par hasard ?
Le eomm. Il ne peut y avoir de plus grande folie ni de plus grande absurdité que de dire que c'est par hasard qu'a lieu une ressemblance si entière et si parfaite, constamment, en tous lieux et en tous temps.
Théod, Bien : donc cette ressemblance a une cause intelligente qui dirige ces ouvrages, pour que tous soient suivant une seule et même idée. Si cette ressemblance ne peut être l'effet du hasard, comme vous dites, elle natt d'une cause intelligente. Notez actuellement que cette cause intelligente doit présider en tous temps et en tons lieux ; parce que c'est le seul moyen d'observer une telle uniformité dans les rayons de tous les temps et lieux différents. Pesez bien cette conséquence.
Le comm. Je ne la puis nier, quoi que je fasse.
Théod. Or (|uelle peut être cette cause in* telligente qui préside en tous temps et en tous lieux, sinon le Créateur lui-même:
ajoutez ce que vous avez avoué, que les abeilles ne savent ni ce qu'ont fait leurs ancêtres , ni ce que font leurs sœurs à dix lieues de distance. Donc cette ressemblance qui brille dans leurs ouvrages n'est point industrie de leur part, mais l'œuvre du Créateur, qui leur a donné la nature qu'elles ont , et i toutes la même; d'où il résulte que toutes font les mêmes ouvrages en tous temps et en tous lieux.
Le comm. Je ne reviens pas de votre manière de discourir; toujours vous m'atteignez, quoi que je fasse pour échapper.
Théod. Parlons actuellement des ouvrages des hommes qui ne sont pas l'effet de la nature aveugle, mais de leur entendement et de leur industrie. En tout vous verrez une extrême variété , même dans ceux qui se dirigent à la même fin. Quelle variété ne remarque-t-on pas dans la manière de chercher et de préparer les aliments, dans celle de se vêtir pour éviter rindémence du temps, dans celle
de construire les maisons , pour se défendre des pluies, des vents , dans celle de naviguer, etc.? La raison en est que chaque hom« me détermine librement et à son goût sa nourriture , son vêtement , son habitation , et la manière de satisfaire à tous ses besoins. De là nait la différence des idées , et jamais vous ne trouverez dans les actions des hommes cette parfaite uniformité qui règne d«')n8 toutes les bêtes de la même espèce, parce que toutes obéissent à un seul et même agent. Réfléchissez bien à celle raison ; elle a plus de poids qu'il oe parait au premier abord.
Le comm. Ne croyez point que je lui ôte rien de sa valeur.
Théod. Voyez actuellement la différence qu'il y a d'ame à ame : celle de l'homme raisonne par elle seule, elle pense et choisit soit une chose , soit une autre ; et par cette raison elle invente des choses nouvelles. Mais l'ame des bêtes fait toujours de la même manière ce que lui prescrit sa nature , avec une extrême habileté et industrie, mais sans variation ni perfectionnement ; d'où l'on in* fère que le jugement , le raisonnement, Tindustrie que 1 on voit dans leurs actions ne sont pas d'elles , mais du Créateur : de même que l'industrie, Thabile et étonnante connexité des mouvements d*une pendule ^ ne viennent pas de ce qu'elle a du jugement , mais de celui qu'a eu Thorlogerqui l'a faite; aussi tout se borne à ce qu'elle marque les heures et joue certains airs , et elle ne donne ni une note de musique , ni un mouvement de plus que ce qui est disposé dans les roulages.
La bar. Permettez-moi de vous conter une histoire oui vient à propos. On parle beaucoup de la grande habileté des singes qu*on nous apporte d'Amérique , mais elle ne brille pas dans la manière dont ils se laissent attraper, malgré leur extrême légèreté. On fait une entaille à un coco, qu'on remplit de millet ou de quelque autre graine qu'ils aiment; on le leur abandonne à dessein : ils passent la patte dans l'ouverture pour prendre le millet; mais quand ils veulent fa retirer, comme elle entra vide et étendue , elle ne
f>eut sortir pleine et fermée ; or ils sont telement dénués de raisonnement, qu'ils ne devinent pas la nécessité de lâcher prise; ils l'emportent en tralncint le coco ; et c'est ainsi qu'on les prend. C'est dire que celte ruse n'est pas dans les dangers que la nature a voulu prévenir; ainsi leur jugement ne va pas jusque là.
Théod. L'homme qui a un jugement à lui , le varie selon les circonstances ; il se moque de la force, de l'industrie et de la vitesse des bêtes, et il parvient à les maîtriser toutes, parce qu'elles ne découvrent rien de nouveau ; elles ne sortent point de ce qui est déjà disposé dans leurs organes par l'auteur de la nature ; et ainsi les nommes les pren^ nent et en font ce qu'ils veulent.
La bar. La circonstance que l'homme in-» vente ce que personne n'avait pensé, prouve que son ame a la merveilleuse propriété
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lURMONIfi
qu'on appelle entendenunt , que nous n'ayons lamais vue dans les bâtes.
Le comm. Par Gonséaacnt, mon ami, vous nfez que ce soit Tame des bétes qui raisonne, qui proportionne les moyens aux Gns, et qui les dirige avec tant de sagacité. Alors à quoi leur sert Tame ? Quelle différence y al-il d*un cheval mort à un;cheval vivant? Les organes qn il avait étant vivant , il les conserve quand il meurt ; pourquoi donc ne failli pas alors les mêmes opérations que quand
«vivait? ,. , , .
Théod, J'apprécie la réflexion : elle éclaircira la question. Dans toute machine, soit de la nature , soit de Tart , il y a deux principes de ses mouvements ; l'un est le principe mouvant , Tautre le principe dirigeant. Je m'expliquerai mieux sur celles qui sont artificielles. Dans les horloges, le principe mouvant est le poids ou le grand ressort ; mais le principe dirigeant est l'horloger, qui proportionne tellement la force du ressort quand il se développe , ou le poids quand il tombe , avec les bobines, les roues, etc., qu'il on résulte les mouvements qu'il veut : c'est la même chose dans les moulins, soit à eau, soit à vent : le principe mouvant est Teau pu le vent, principe aveugle, qui n'a aucun jugement; mais, dirigé et pronortionné avec les ailes ou les roues du moulin, etc., il produit des mouvements combinés; l'ouvrier 3ui dirige le moulin est celui qui a besoin e jugement , et beaucoup, pour faire servir le mouvement aveugle du vent aux fins qu'il se propose.
te comm. Jusque ici j'entends bien.
Théod. Venons à présent aux machines de la nature , qui sont les animaux. Le principe mouvant est le sang, ou plutôt ce sont les esprits animaux tirés de la partie la plus spiritueuse du sang ; ces esprits font tous les mouvements dans les animaux comme dans les hommes , avec la différence que , dans les bétes , Dieu seul est le principe dirigeant , et c'est lui qui a proportionné la force des muscles et des esprits animaux aux organes qu'il a formés , les tempérant et modifiant suivant le but qu'il avait. Le cheval étant mort , les esprits animaux s'évaporent, et les organes sont en désordre , parce que la mort est la fin de la vie ; de même que dans l'horloge tout s'arrête si on retire le poids ou si le grand ressort se rompt, c'est la fin du mouvement.
Cependant dans les hommes même il y a certains mouvements involontaires , comme sont ceux du cœur et beaucoup d'autres qui ne dépendent point de notre volonté, dans lesquels la cause mouvante, qui sont les es* prits animaux, agi! toujours, que nous soyons éveillés ou endormis, que nous voulions ou que nous ne voulions pas ; mais dans les actions volontaires notre ame même conduit la cause mouvante aux fins que nous nous proposer s. Ce que Dieu a fait dans les bâtes comme créateur , nous le faisons comme maîtres dans nos actions; et ainsi nous pensons, nous discourons i nous choisissons les moyens, et nous raisons, soit une chose, soit
le contraire, conformément aux fins que nous avons en vue. Dans nous le principe directeur est notre ame, ou notre entendement et notre volonté.
Nos mouvements rapides, qu*on appelle premiers, et qui sont indélibéiés, procèdent des esprits animaux et des organes , comme dans les bétes ; ici entre seulement le principe directeur, qui est le Créateur. Ces mouvements, qui ne dépendent point de notre volonté et délibération , Dieu les a réglés de la même manière dans l'honune et dans les animaux; mais, dans ce qui est sujet à notre volonté, le principe directeur est notre ame«
Le comm. J'adopte cette solution , et je ne manquerai pas d*^ réfléchir , parce qu'elle rectifie toutes mes idées.
La bar. Moi aussi, mon cousin, j*ai eu assez de peine à m'accommoder à la doctrine de Théodore; mais je fus entièrement con-^ vaincue, et je m'jr confirmai par une réflexion de ma mère, qui, comme vous savez, est une dame de jugement. Nous avions entendu un prédicateur qui nous enchanta, parce qu il avait une élocution pure , un style élégant , des peintures très-vives , beaucoup de nerf dans le raisonnement, d'énergie pour persuader; et je regardai le prédicateur comme un homme rare. Ma mère sourit de mes louanges, et me dit : J'ai déjà entendu ce prédicateur trois fois, et je l'ai trouvé bien différent; son langage était impropre , ses paroles pompeuses, mais ne disaient rien ; son discours était frivole , et il y avait beaucoup de phrases ridicules : enfin tout était mauvais. Yoilà ce qu'il m'a paru les trois fois que je l'ai entendu. Donc ce sermon n'est sûrement point de lui ; parce que, s'il était de lui, il n'aurait pas dit dans les antres tant de platitudes.A l'instant, Théodore, je me rappelai votre doctrine sur Tame des bêtes, et je fis cette réflexion : Mon maître dit bien que si les ouvrages des bêtes venaient de leur propre iugemenl, elles le montreraient dans toutes les autres actions qu'on leur demanderait ; mais elles ne le font pas. Au contraire les homnies qui, dans tout ce qu'ils font, savent inventer des choses opuvelles , manifestent que le jugement avec lequel ils agissent leur est propre, et que c'est par lui qu'ils les dirigent. Pardonnez, cousin , cette digression.
Le comm. Ce n'est point digression , c'est confirmation.
Théod. Jetant donc un coup d'œil sur les ouvrages d'entendement des anciens et des modernes, on voit quelle est la force d*invention qu'a notre entendement. Les oiseaux vivent dans une région inaccessible aux hommes ; il leur prit fantaisie de les apporter morts à leur table pour s'en recaler, et ils ont inventé de tels artifices , qu'ils en sont venus à bout. L'homme imagina de mesurer les planètes, d'examiner leurs distances , de
Jeser les masses de chacuna, de deviner leurs clipses, etc.; il l'imagina et il y est parvenu. Tout cela a eu lieu petit à petit , et toujours
Ear un travail nouveau de l'entendement umain.
Le comm. La vérité est qu'avec le temps
DE LA RAISON ET DE LA IlELlGION
fm
Bont ^eaaes et se sont pncrfectionnées mille inventions : noas en avons encore la preuve dans la pèche des poissons , <tae rélément pcrCde qui les abrite dans son sein ne peut soustraire à Tempire de Thomme.
La bar. Ce ^ni étonne le plas, c'est la pèche des baleines, de ces masses énormes que leur poids, que leur force suflirait pour rendre imprenables au fond des abtmcs qui leur servent de retraite. Mais Thomme découvrit enGn le secret de les y surprendre, et de s*en faire un objet d'utilité et de commerce.
Théod. Tout est invention et industrie de la part de Thomme. Dans les animaux nous admirons par quels moyens ils vont à la 6n que leur, a prescrite le Créateur; mais nous ne voyons point d'invention en eux : ils ne sont pas plus avancés aujourd'hui dans leurs antioBS que du temps de Noé, parce que rien n'est d'eux ; tout est dû au Créateur. Le contraire arrive dans Thomme : ses actions volontaires sontdues à son entendement et à sa libre volonté. Mais, baronne, c'est trop nous arrêter à une question que nous avons déjà examinée ensemble.
Le comm. J'en profite ; ce n*est point un mal de s'appesantir sur des points qu'on a coutume de traiter trop légèrement. Allons à ce que vous voulez.
§ VL — De notre libre volonté.
Théod. Actuellement suit l'examen des oDligations de l'homme envers Dieu , qui lui a donné une vplonté libre , avec le plein pouvoir de vouloir ou de^ ne pas vouloir. Peu de personnes prennent la pemc de réfléchir philosophiquement sur l'importance de ce don. Celui de l'entendement esta la vérité très-i estimable , d'autant plus qu'on n'en a point trouvé jusque à cette heure les limites, que chaque jour il fait des progrès en beaucoup de points; ce qui nous donne une double ressemblance avec la divinité, qui est infinie. Cependant je préfère le trésor très-précieux de la liberté , et le pouvoir absolu que la volonté a de vouloir ou de ne point vouloir.
La bar. Les hommes se glorifient de leur entendement; mais nous autres femmes, nous tenons avec passion à la liberté de notre volonté.
Le comm. Soit à tort» soit à travers.
La'bar. Oui , oui, nolis nous en glorifions. Vous autres, quoique votre entendement soit plus grand, vous éles esclaves delà raison; vous ne jugez bon que ce qui est bon , et vous ne condamnez comme mauvais , que ce qui e st absolument mauvais. ^Ainsi votre enten-^ dément n'est point maître, et le jugement le plus fin est un pur esclave de la vérité; mais la volonté libre est toujours maîtresse, et maltresse absolue. Si nous disons non, personne, quel qu'il soit, ne peut obliffer à dire OUI. Opposez-lui les subtilités de lart et la force de l'éloquence ; si la volonté ne veut pas, oUe dira : A la bonne heure, qu'il en soit de tout cela comme on voudra, moi je dis que non : employez des prières et des suppliques importunes, je réponds : Non. Faites valoir
CATfccHé PniLOS. Il
les récompenses, Tintérét, la faveur, toujours non. Menacez de châtiments, de peines, c'est pis encore ; plus que jamais non. Que les souverains s'interposent, ^ue ce soit les ennemis et les barbares, je dis non, non^ non. Que les nuées étourdissent par leurs tonnerres , que les deux s'ouvrent en éclairs, qu'il semble que les voûtes du firmament tombent sur la volonté libre; si elle a dit que non , elle expirera dans les ruines en disant que non, et ce non «era son dernier soupir; on pourra la brûler, la réduire en cendres , mais non la vaincre ni la dominer. Ensuite, quand personne ne lui parle sur l'article, elle dit tout à coup que oui, sans qu'on le lui demande. Et pourquoi? parce que je vetMc; et tout est dit : j'ai voulu parce que j'ai voulu ; et je ne veux plus parce que je ne veiix plus : qu'on ne m'en demande pas davantage.
Le comm. On ne peut peindre plus au na* turcl une dame obstinée.
La bar. Obstinée , soit ; mais maîtresse. Ce défaut moral, que je n'approuve pas ^ vient au physique , d une perfection réelle , parce' qu'il prouve le despotisme absolu de la volonté humaine ; et j'avoue que nous autres femmes nous sommes plus entêtées de ce despotisme absolu.
Théod. Par cette dernière réflexion , vous prévenez , baronne , ce que j'avais à dire : que , quoique l'entêtement soit une imper-^ iection au moral, elle vient cependant (Miné perfection phjsique. Avoir la faculté depoij^ voir maintenir sa résolution sans qu'il y ait Une force étrangère qui puiss'', nous dispute^ le droit de vouloir ou de ne pis vouloir, c'est une chose très-sublime; et tellement, que vous ne trouverez cette liberté qu'en Dieu pour le bien , et qu^en l'homme pour le bien et le mal.
Le comm. J'avoue que la liberté est un avantage dont je n'avais pas encore évalué le prix.
Théod. Et qui notis a fait , mon ami , un si grand présent , sinon le Créateur 7 Quelle reconnaissance ne lui devons-nous pas pour un bienfait aussi spécial I Sans doute c'en est un grand de nous avoir donné les yeux « les oreilles et les autres sens du corps, puisque il y a tant d'aveugles, de sourds, de boiteux, etc. C'en est un bien plus grand encore de nous avoir donné l'entendement, plutêt qu'i tant d'autres qui sont imbéciles et insensés. Cependant une volonté entièrement libre et si maîtresse d'elle-même que per^sonne ne peut lui disputer le haut domaine en fait de votUoir ou de ne pas vouloir est un bienfait incomparablement plus signalé t et qui par conséquent demande plus de reconnaissance.
La bar. Il la demande; mais, à ce que je vois , Dieu est loin de l'obtenir de la plupart des hommes. Cette réflexion , cousin, est digne d'un prédicateur; je n'en ai cependant pas le caractère.
Le comm. N'importe, elle est très-juste.
Théod. A cette réflexion j'en ajoute une autre ; écoutez-moi : quand Dieu donna à
{Quarante-i
HARMONIE
rhomme la liberté dont nous parloas » il lui donna aussi la lumière de la raison , dont il éclaire son enlendemeut pour le diriger dans toutes se3 actions. Personne n'en doute.
Le eomm. Non , certes.
Thiod. Or faites attention à Taction de Dieu , et voyez si on peut en imaginer une
fdus généreuse. Je te donne, dit Dieu, cette ùitiière de la raison , qui est un petit rayon de ma raison éternelle , pourque tu votes à conduire tes pas. Je t'accqrde aussi {e domaine absolu sur tes actions : fais ce que tu voudras , parce que je ne te tiens pas prisonnier: tu as le secours des membres de ton corps et de tes sens , afin d'exécuter ce qui te plaira ; au point que je consentirai , puisque je te donne le libre arbitre , à ce que tu méprises cette lumière de la raison et les préceptes qu'elle t'impose. Ainsi je te laisse libre de les respecter comme venant de moi, ou de les mépriser : fais ce que tu voudras, car pour le moment je veux voir comment tu useras de la liberté que je Je don^ ne ; mais ensuite je ferai , moi , ce qui sera juste. Ne vous semble-t-il pas que c'est là ce qui se passe entre Dieu et 1 homme , quand il le met au monde ? Ne vous semble-t-il pas
2ue c'est une chose digne de la grandeur de len?
Le eommm. Je voudrais résistera ce raisonnement qui est entièrement neuf pour moi ; mais je ne puis.
Théod. Que Dieu donne i l'homme le libre arbitre, même pour ne pas faire cas de ce qu*il lui commande « c'est une chose étonnante.
La bar. Quelle générosité si grande , mon cousml mais quelle reconnaissance ne vous demande-t-elle pas t
Lecomm. Ce qu'elle demande, c'est une obéissance très-ponctuelle à la loi suprême da Créateur.
Théod. C'est là, mes amis , la conséquence que je voulais tirer de ce que nous avons dit. Par là même que Dieu est si noble et si généreux , qu'il n^a pas voulu marchander dans le présent qu'il nous a fait du libre arbitre , et qu'il n'a pas même excepté les actions qu'il défendait, l'homme raisonnable est obligé d'être extrêmement exact et délicat dans l'observation entière de la loi de la raison, qui est une loi suprême.
Le comm. Je suis convaincu , et je tiens
Kur une absurdité ce que beaucoup de mes res>eulent me persuader^ que Dieu ne s'intéresse point à nos actions , et qu'il n'en fait point cas.
La bar. Mon cousin, voilà l'avantage de discourir en paix et avec de bonnes vues. Un cœur qui n'est point gâté , et qui est guidé par un entendement libre de préjugés, ne peut que mépriser cet esprit de légèreté et de libertinage qui se remarque dans tous. les philosophes du jour. Au reste c'est un hommage Sue vous devez à la bonne logique de Théodore : il ne fait que montrer des principes certains et qu'en déduire des conséquences naturelles.
Le comm. Hais il le fait avec tant d'art , qu'il captive , et que bon gré, malgré, oi| reste convaincu. Poursuivons, Théodore , et,
si vous le trouvez bon , baronne , comme il pourra venir des visites à votre mère» nous irons nous promener dans le bois , jusque i ce que Théodore ait conclu : ensuite nous reviendrons.
La bar. J'y consens, et. je vois déjà que vous aimez mieux converser avec nous , que prendre part aux insipides entretiens des visites. Allons, Théodore.
§ VU. — Que tout homme doit aicoir de la
religion.
• Théod. Asseyons-nous ici : l'endroit est solitaire, et en même temps agréable à la vue; car l'entendement paisible raisonne beaucoup mieux.
' La^ar. La merveilleuse harmonie entre le corps et rame fait que Tune de ces substances étant tranquille, l'autre travaille mieux. Par* lez, Théodore ?
Théod. De ce que nous avons dit je tire une conséquence importante, c'est que tout hom^ me doit avoir de la religion. Cette conséquence parait superflue, mais il convient de l'examiner plus radicalement, parce que, comme M. le commandeur le sait, beaucoup de philosophes nient ce qu'ici nous donnons pour constant.
Le comm. Je voudrais avoir des armes pour les défendre ; mais au moins je citerai franchement ce qu'ils disent; en parlant ici comme ils parlent, je verrai ce que vous répondez, et je m'instruirai. Baronne , ne vous épouvantez pas; car je ne suis pas si mauvais qae je vous le paraîtrai peut-être. Je ne dirai que ce que disent mes livres.
La bar. On ne peut guérir une plaie > » on ne la découvre. Dites donc ce que vous voudrez , à présent que Théodore voua entend.
Le comm. Mes livres disent que tout homme doit avoir de la religion , mais qu'elle se réduit à reconnaître un Etre suprême, créateur de tout ce que nous voyons; lequel a imprimé, comme dit Théodore , dans notre ame la loi naturelle que nous devons tous suivre; et ainsi il faut le respecter et l'adorer; mais rien déplus.
La bar. Ils vous rendent bien facile le chemin du ciel.
Le comm. Du ciel! cela, ma cousine , est pour eux un sujet de risée ; parce qulls ne croient pas que l'ame vive , le corps étant mort. Bien qu'en cela je sois déjà détrompe , à présent |e parle en leur nom.
La bar. Mais dans cruelle espèce de culte , dans quelles cérémonies consiste cette adoration de l'Etre suprême, créateur de toat ce que nous voyons?
Le comm. Il n'est question de rien de tout cela : nous devons adorer l'Etre suprême dans le cœur, l'adorer eu esprit et en vérité. Aux jeux des philosophes , les cérémonies extérieures ne signifient rien; parce que c'est la même chose qu'on adore Dieu , comtoc le juif dans la synagogue, comme le musulman dans la mosquée , comme le gentil dans la pagode , ou comme le chrétien duns l'église. De même qu'un jour de cérémonie à la cour, on rend un égal nommage au souvernia avec
DE L\ RAISOiN ET DE Là RELIGION.
Iâ5i
an habit vert, qu'dvcc un habit bien on rouge, pourvu gu*ii soit de prix et de représentation.
La bàr. Ah I qu*est-ce qu'il dit là T
Thëod, Mon ami, examinons ces choses peu à peu : et afin de ne point oublier celte comparaison du vêtement , je réponds que pour rendre hommage au souverain , la couleur n'importe rien; car il ne demande qu'une démonstration de joie le jour de sa iéte. Mais si à pareil iour on prétendait faire hommage au souverain , en faisant la cour à un gentilhomme d'honneur, ou à un laquais, ou à un voleur qui se trouverait là,<;ela plairail-U au souverain; en un mot, regarderàit-il cogime rendu à lui-même l'Hommage qu*on rendrait à un autre T *
Le comm. Certainement non : au contraire, il en serait très-offensé.
La bar. Cousin, laissez-moi rire : vous voilà pris misérablement. Concluez, Théodore.
Théoi. Or, le juif a en horreur Jésus-Christ, que le chrétien adore, le gentil vénère un morceau de boiâ, et le chrétien adore le Dieu c|ui a créé les cieux et la terre : le musulman adore son phophète, ennemi de la divinité de J6sus-Christ, etc. Comment l'Être suprême
f>eut-il voir avec indifférence qu'on I adore ui, ou. un tronc, ou le soleil, ou les ouvragtis de ses mains , oU ses ennemis même , quand c'est à lui seul qu'est due toute adoration? Ne nous arrêtons pas davantage à cbla, j'ai répondu pleinement à votre comparaison.
La bar. Avec votre permission, Théodore, que penséz-vous, mon cousin, de l'action de vos amis qui ont placé sur l'autel, dans la cathédrale de Paris , Une femme de mauvaise vie, lui disant publiquement : Tu es une déesse, et qui peu après lui ont coupé la tête ? Cela étail-il aussi indifférent à l'Etre suprême? Les ' adorations sacriléses accordées à cette femme infâme valaient-elles autant que celles que riecevait au même endroit le vrai Dieu? Consultez vos philosophes et voyez ce qu'ils répondent.
Le comm. Ne nous soutenons plus de cela, ce fut une folie barbare, une frénésie. Poursuivons.
La bar. Avant tout, Théodore, je désire que vous m'expliquiez clairement ce que vous entendez par religion.
Théod. J'entends le culte et l'adoration de l'Etre suprême. Ce culte nait d'une connaissance de son infinie supériorité, et d'une reconnaissance des obligations que nous Jui avons. Allons par parties. 1** Pour que nous rendions un culte à quelque personne, il est nécessaire de croire qu'elle nous est supérieure: ainsi nous devons confesser la supériorité infinie de Dieu sur nous. S' Il est nécessaire que lious nous reconnaissions obligés à cet Etre suprême, pour lui rendre un culte; car si , pat* impossible; il y avait deux dieux, et que nous appartinssions à l'un d'eux lious devrions respecter celui à qui nous* ifappartiendrions pas , à cause de sa divine perfection , comme nous estimons un roi étranger; mais ne dépendant pas de lui, nous
ne lui devons ni culte ni adoration. La reli-^
f[ion donc, mes amis, demande deux choses : a première, croire en Dieu une supériorité et perfection souveraine: la seconde, reconnaître que nous lui avons des obligations. Quant à cette supériorité dans leDieu qui nous a créés, je suis dispensé de vous la prouver ; notre existence seule nous la démontre, puisque l'homme n'a pu se faire lui-même ; l'obligation de savoir gré de cette même existence à celui qui nous l'a donnée , est également notoire à la raison, quelque faible qu elle soit.
Le comm. Ce serait faire injure à Thomme et à sa raison que de vouloir prouver cela ; parce çue c'est supposer, ou qu'il le nie , où qu'il l'iffnore.
Théod. Venons à présent au culte que nous devons rendre au vrai Dieu , en témoignage de notre respect, de notre reconnaissance, et de l'infériorité que la lumière de la raisoii nous découvre.
Le comm. C'est là le cas ; mes philosophes disent que rien de cela n'importe à Dieu, parce qu'il est infiniment -heureux, et que nod adorations sont ridicules , par rapport à sa grandeur infinie.
Théod. Je vais leur répondre. DieU ne veut point nos hommages, comme en ayant besoin; il est heureux par lui-même d*un bonheur infini ; ainsi nos adorations ne servent point à augmenter sa gloire : car ce serait un Seigneur bien pauvre, si notre culte^lui procurait un surcroît de gloire; mais comme il est raisonnable que nous lui rendioiis un culte , et que Dieu veut tout ce qui est raisonnablei il ne peut s'empêcher de vouloir notre culte.
Le comm. Et pourquoi Dieu ne peut-il s'empêcher de vouloir tout ce que veut la raison ?^ je suis spéculatif aussi; et jé demande compté de tout.
Théod. Parce que la lumière que Dieti a placée dans notre entendement ^t un rayoïl de sa raison éterhelle , cette lumière ne peut être contraire à ce qu'il veut et approuve. Ce serait une grande imperfection en Dieu , que sa raison éternelle voulût une chose, et qu'il plaçât en nous une autre raison qui dit le contraire ; en doutez-vous ?
Le comm. Je n'en doute pas ;raais procédons dans toute la rigueur de 1 argumentatioii.
Théod. C'est très-bien : elle iiOus a démontré déjà que Dieu, dans lés œuvres mer^ veilleuses qu'il a faites , n'a point agi en aveugle, niais pour quelque fin; et par là même qu'il a proportionnèen tout les moyens aux fins qu'il avait en vue. Ainsi il à fait lés yeux pour la lumière, les couleurs et les objets visibles; il a fait l'ouïe potir la voix, l'harmonie et la musique, etc. Pourqtioi donc aurait-il fait l'homme avee un aussi srand appareil que celui que nous avons vu? Appareil dans les ciéux , appareil dans le globe de la terre, appareil merveilleux dans les organes du corps humain; et surtout pourquoi lui a-t-il donné un entendement c<ipable de connaître les choses et de les méditer , et une volonté capable d'agir librement? POur quelle fin a-t-il fait tout cela? Remarquer bien que cette fin devait éère raisonnable et digne d(r
DAilMOMR
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la sagesse de Dieu. Je dirai plus : pour quelle On a-t-îl donné à l'eniendemeni un penchant à la yériléel à la rolonlé rinclination au bien, soil au bien absolu, soit au bien d'utilité? Son but serait-il que rhomme mangeât , bût, se promenât et flt de lui-même ce qu'il voudrait t sans ordre ni loi? Alors à quoi bon renlendemcnt qui lui fait connaître Dieu « et tout ce qu'il a reçu de sa main? A quoi bon ce jugement capable d'apprécier la grandeur et la perfection du Créateur, son amabilité , sa générosité, etc. Pourquoi ce penchant au bien? Pourquoi cette conscienccqui iclui montre sans cesse? si ce n*est pour qu'il adorât la grandeur de Dieu , respectât ses perfections , aimât sa bonté , méritât sa générosité, etc. ?
Le comm. Je ne le puis nier. Car , ou nons devons dire que Dieu ne se proposa point de fin dans un ouvrage aussi grand, ce oui est une absurdité inadmissible, ou qu'il l'a fait dans cette intention.
Théod. Donc l'homme a été créé pour adorer Dieu, pour lui obéir, pour l'aimer et le servir. Voilà c^ qui s'appelle religion,
La bar. Ne voyez-vous pas , mon cousin , comme les choses dont se moquent vos philosophes sont les mieui. fondées sur la saine raison f S*iis étaient vraiment philosophes , ils ne seraient point incrédules ni impies comme ils le sont. Us se laissent éblouir, par de fausses lueurs qui n'ont que la première apparence ; et ils se décident sans réflexion , parce qu'ils trouvent leur compte dans le parti qu'ils embrassent. Mais s'ils réfléchissaient avec sincérité , ils verraient yue totU ce qui reluit n'est pas or, et qu'au heu d'un diamant précieux qu'ils croient tenir, ce n'est au'un morceau de verre cassé, qui brille â un faux jour, mais qui n'a en lui-même aucune valeur.
Le comm. Vous avez une grâce spéciale pour être prédicateur, ma cousine; si vous preniez cet emploi , vous persuaderiez beaucoup de monde. Je serais le premier â ne point me séparer de vous, et à 1 instant je serais converti.
S VIII. — La religion de Vhomme doit être un culte Sestime, de dévouement et d'obéis-^ sance,
Théod. Puisque Dieu a fait en nous , mes amis, et pour nous tout ce que nous avons dit, avec l'intention que nous lui rendions un culte, il convient d'individualiser ce culte, et de savoir en quoi il consiste. Les perfections que Dieu nous a montrées , inséparables de sa divine nature, obligent notre entendement â une souveraine estime. Cet entendement, capable de connaître la vérité, ne peut résister au penchant qui Tentratne vers elle, et il l'approuve lors même que la volonté ne le suit pas. La volonté aussi se sent attirée vers le bien et portée â aimer ce qui est bon et parfait. Or quand Dieu étale devant nous le spectacle ravissant de ses grandeurs et de ses perfections , que se propose-t-ii , sinon de pénétrer notre entendement d'admiration, et notre volonté d'amour ? Et voilà le culte d'estime que nous devons à sa suprême perfection.
La bar. Il n'y a rien de plus évident. Dieu a créé la lumiâre, il a peint les couleurs, il a formé nos yeux; et si nous demandons pour* quoi il a fait cela; qui doutera qu'il l'a fait pour que les yeux vissent la lumière et les couleurs? Le raisonnement est le même dans le cas présent.
Le comm. Ne vous fatiguez donc point, car c*est une chose patente.
IJiéod. Donc le culte que nous devons ji Dieu doit être celui d*une souveraine estime.
Le comm. Je l'accorde.
Théod. Je continue. Notre ame voyant aTec évidence la grandeur de Dieu , son pouvoir et sa magnificence sans bornes, doit être pé> nétr^ de soumission et de respect. Nous ne pouvons voir avec indifférence cette grandeur et ceUe puissance de Dieu, comme si nous lui étions étrangers et comme hors de son domaine; parce que la puissance, la magnificence et la grandeur de Dieu sont celles d*un Seigneur dont dépend la conservation de notre vie et de tous nos biens. Il est impossible que l'ame connaisse cela , et que la raison éternelle de Dieu ne lui dise pas qu'elle doit respect, confiance et obéissance à celui qui lui a fait tant de bien, et dont elle dépend en tout.
Le comm. Vous conduisez votre raisonnement avec tant d'ordre et de mesure , qu*il ne doit rien contenir qui ne soit incontestable : or ce que vous dites d'obéissance â Dieu suppose qu'il impose des préceptes â rhomme ; mais cela comment le prouvezvous ?
Théod. Cette voix intérieure que tout homme sent en lui-même, qui tantôt le loue et l'approuve, tantôt le reprend et le condamne, de qui est-elle? elle n'est point des autres hommes, ni de notre volonté, parce qu'elle parle, elle crie, elle réprouve les actions mauvaises, malgré mille raisonnements que nous faisons pour la convaincre. Donc c*cst une voix de Dieu, ou de celte raison éternelle dont le rayon a formé en nous, comme je l'ai dit, la lumière de la raison. Donc si cette lumière de la raison est la voix de Dieu, qui nous commande de faire on de ne pas faire telle on telle action, et qui nons reprend quand nous ne faisons pas ce qu*elie ordonne; qui peut douter que notre Créateur nous a intimé des préceptes, et que, par conséquent, nous lui devons un culte de respect, de soumission et d'obéissance.
£a bar. Croyez, Théodore, oue mon cousin est convaincu, et qu'il ne réplique que pour vous faire parler.
Le comm. Ce que je voudrais, c'est que vous me prouvassiez si ce culte dû i. Dieu doit aussi être extérieur; parce que Dieu étant pur esprif, il semble qu'il ne veut qu'une adoration intérieure, le culte et l'obéissance de notre ame, c|ui est esprit, comme les anges, auxquels il ne demande qu'une adoration en esprit et en vérité.
S IK. — La religion de rhomme demande vn ctute extérieur par rapport à Dieu.
Tfieod. Sans difficulté je dirais la même
DE LA RAISON ET DE LA RELIGION
cliose que youSi si l'homme était, comme les angeSy on pur esprit; mais y ayant dans l*homme une ame in?isible, qui est esprit, et un corps sensible , ffouvemé par Tame , rhomme doit rendre hommage a Diea avec tout ce qn*il a, pnisqne il a tout reça de sa divine main. Allons par parties. Ce texte qco TOUS citez, dans lequel Dieu dit (/ean, 4. 2k,) qu'il convient que ceux qui radoirent, l'adorent en esprit et en vérité, signifie que le Créateur ne veut point Tadoration on le cœur n*a point de part, ni une adoration hypocrite, comme - H arriverait si nous l'adorions comme nous saluons les hommes,, par pur compliment, inclinant le corps devant eux, en même temps que nous les méprisons intérieurement r baisant peut-être la main que nous Voudrions voir coupée , ou inclinant la tête de-* vaut celui que nous voudrions voir à nos pieds. C'est là une adoration fausse et sans esprit, et le Seigneur ne la veut point. Il dit qu'il veut être adoré en esprit, mais il ne dit pas qu'il ne veut être adoré que par l'esprit; cela étant ainsi expliqué, allons au point de la difficulté.
* Le comm. C'est lui que je désire voir traité solidement.
Théod, L'homme a une ame et un corps ; le Seigneur lui a donné l'un et l'autre pour s'en servir tant qu'il vit. Or l'homme ayant reçu de Dieu ces deux choses, chacune extrêmement estimable, comme je l'ai montré, ne voyez-vous pas déjà qu'il est très*conforme à la raison qu*il lui rende un culte, qu'il l'adore et le vénère avec toutes les deux.
Le soleil, la lune, les arbres, etc., doivent obéir au Créateur, en servant aux usages
λour lesquels il les a créés et placés dans 'univers; mais Tobéissaiice de ces créature»^ inanimées n'est point adoration ni culte, parce qu'elles-n'ont ni entendement ni volonté. It en serait de même de notre corps pour son service, s'il était seul, et s'il n'était gouverné par une ame qui est intelligente et qui a une volonté. L'ame ayant reçu de Dieu le corps pour son service, ne doit pas seulement à Dieu le culte , Thommage et la reconnaissance de ses puissances, de l'entendement, de la volonté, etc., mais aussi du corps qu'elle gouverne et dont elle se sert : de même que quelqu'un qui a re^u un cheval de ta libérahté d'un autre, doit en être reconnaissant en se servant du cheval pour le service du donateur.
La bar. Vous mettez, mon cousin,' votre esprit à la torture pour obscurcir l'évidence. Ne faites-vous donc pas de différence entre le corps de l'homme, régi par une ame intelligente, et les pierres, les arbres et autres corps inanimés, qui n*ont point de jugement, ni personne uni en ait pour eux? Avouez que le corps de l'homme doit obéir à l'ame, celleci à la raison éternelle; et que l'un et l'antre doivent payer à Dieu le tribut d'hommage qui lui estdû.
Le comm. Je n'ai point vu de dame plus tranchante.
Théod. En outre, comme l'homme vit en société, il doit rendre à Dieu un culte qui
soit visible aux autres hommes. Vous ne pouvez nier que dans toute société il doit y avoir , pour le bien commun , certaine uniformité dans les lois et dans les coutumes. Donc cette obligation d'honorer. Dieu étant générale à tous les hommes, il est juste que le culte qu'on lui donne soit visible à tons ; et il ne peut l'être, s'il n'est extérieur.
La bar. Permettez-moi, Théodore, un ar-« gument ad hominem, pour vous aider à con* vaincre mon cousin. Dites-moi, commandeur, si votre frère qui est gouverneur de. .... • voyait, quand il passe sur la place d'armes, qu on restât immobile, le peuple, les soldats et les officiers ; que tous, le chapeau sur la tête,' continuassent leur conversation et leur nromenade, et lui tournassent le dos sang faire attention à lui , et sans lui donner aucune marque de respect; votre frère, dis-je, se contenterait-il qu'on lui dit à Toreille, que tous ces gens-là 1 estiment dans leur cœur? serait-il satisfait de cet hommage purement intérieur î De quoi riez-vous?
Le comm. Je ris de vos idées et de votre vivacité ; mais je conviens qu'il ne serait pas content.
La bar. Je dis la même chose relativement à Dieu. Nous vivons en société, il est juste au'il reçoive de tous et de chacun de nous, 1 hommage , l'obéissance et le respect que nous savons tous lui être dus. Continuez, Théodore, et pardonnez.
Théod. Mon ami, les lois communes d'une société doivent s'observer publiquement ; car Tobligatton étant connue de tout le monde, son accomplissement doit Têtre aussi , afin
3 ne la loi de la raison ne crie point au scanale. Que deviendrait toute société, si chacun gardait les lois en secret, sans que personne ne le vtt? Les hommes étant des créatures visibles, et les lois générales étant pour tous, il est d'une nécessité indispensable que tous les observent visiblement , autrement chacun irait de son celé , sans concert ni harmonie dans le tont, s'il n'v avait rien de commua dans l'observance de là loi générale. De tous temps les actes extérieurs de la religion ont fait partie des lois constitutives des gouvernements ; tant il est vrai qu'ils tiennent à la constitution même de l'homme.
La bar. Permettez-moi encore, mon maître, de me divertir avec mon cousin. Vous, commandeur , quand vous prenez en main te portrait de votre sœur, celle que vous aimez tant , avec quelle affection vous le re^ gardez, vous le pressez sur votre cœur, et vous vous plaisez à contempler les charme» de sa figure, la vivacité de ses jeux et la beauté de ses traits I Quelle impression ressent votre ame à la vue de ce portrait 1 Souvent vous vous trouvez tout autre seulement en touchant un ruban qui a servi pour ses cheveux, ou une lettre même mal écrite, si elle est de sa main. Je dis plus, vous ne pouvei lui parler, prononcer son nom, la nommer votre chère sœur, etc., etc., sans que votre cœur ne s'enflamme : et pourquoi ? a cause de la correspondance qu'il y a entre les affee-* lions intérieures et les actions extérieuras/
HARMONIE
Voilà ce que dou0 éprouvoas tons les jours par rapport aux créatures ; et pourquoi n'en serait-il pas de même dans los rapports que le culte religieux établit entre IKeu et les hommes ? Se prosterner dans le temple, lever les mains et les yeux au ciel , se frapper la poitrine en demandant pardon, et pronon* ^ cer des paroles de respect , d*amour et d*obcissance : quelles tendres affections tout cela n*excite*t-il pas dans le fond du cœur I Donc ce culte extérieur est nécessaire et trèsTOtile pour le culte intérieur que nous devons à Dieu , comme tout le monde l'avone.
Le comm. Ma cousine, il parait que vous avez observé mon ccaur par quelque fente, puisque vous avez peint si au naturel ce qui s*y passe par rapport i ma sœur, pour laquelle vous avez aussi beaucoup a'amitié.
Ihéod, Moi, mon ami, je ne sais rien de ce que dit la baronne ; je n ai parlé qu'en général ; ne m'accusez point de malice. J'ai voulu raisonner en philosophe sur l'harmonie qu'il j a entre notre ame et notre corps pour s'aider mutuellement dans les affections et les mouyements. La correspondance est si
Eande, que la physionomie même indique I affections du cœur; et nous voyons sur le visage de chacun celles qui régnent intérieument dans son ame : à la vueuun homme qui change de couleur, dont les yeux sont enflammés, la démarche inquiète, les lèvres tremblantes, les actions violentes et la bouche écumante, ne jugez-vous pas qu'il est dans une grande colère? Si vons en voyez un autre dont les yeux soient égarés, la C4>uleur pâle, le visage décomposé, la prononciation embarrassée , la démarche inconstante ; qui court, qui s'arrête, qui observe dans le« airs, ou, pensif, regarde la terre ; ne dites-vous point que si cet homme n'est pas fou, il est sur le point de le devenir? nous discourons également dans d'autres cas.
Labar. Il y a des personnes très-heureuses pour connaître par la physionomie le caractère d'ame de chacun : dans cdui-ci le jugement, dans celui-là la malice raffinée, dans on autre la candeur du cœur ; et, entre nous soit dit, nous autres damçs nous connaissons promptement les soucis de chacune; par exemple, si elle a la passion de l'amour, si elle est jalouse, si elle est sensible à l'absence, si eUe est d'un cœur froid : tout cela nous le devinons très-bien ; il n'y a pas moyen détacher aux y eux des femmes les affections de l'ame.
TVod. Concluons donc que le culte exté^ rieur est non seulement utile pour entretenir le culte intérieur, mais qu'il en est une conséquence nécessaire , par la raison que les affections de l'ame, quelles qu'elles soient, se manifestent malgré nous à ^'extérieur, et que vouloir les comprimer ce serait faire violence à la nature.
L$ eomm» Je trouve que tous avez raison ; mais ce qui me portait à douter avant de vous entendre, c'était ce que j'avais lu de la grandeur de Dieu relativement à notre trèsgrande misère. Par hasard, hier au soir, on
m'a prêté un petit volume (1) oà on combat ce culte extérieur d'une manière qui m'a fait une grande impression ; je vais tâcher de mq rappeler ses raisons ; il disait : Dieu têt infinùnerU êupérieur A Phomme» tt ainsi . il n'a pa$ besoin de notre culte; car que peut faire a sa gloire infinie Fadoration de cette ridicule créature f Qu^i sommes-nous » vils atomes 9 par rapporta son ineffable grandeur,
Îwur que du haut de son trône il daigne jeter es yeux sur nous, ni prendre intérêt' à nos hommages et adorations? Qu'ort^il besoin de nos cultes ; et que lui importent, nos pproles , nos csuvres et nos mœurs ? Pourront-eUes donc altérer sa paix, diminuer ou atAgmenter sa gloire, ni apporter le moindre changement à sa félicité essentiMe, etc. J'avoue que ce discour^ m!a fait une grande impression ; et je me suis senti comme porté à croire que le culte d'adoration que les hommes donnent à Dieu était l'effet des préjugés que nQus recevons de nos mères et de no4 maîtres dans l'enfance. Pardonnez , ma cousine , si je parle avec cette franchise.
Jft/od. Vous connaissez mal, mon ami »
l'utilité de cette franchise : car la plaie découverte peut se guérir facilement. Vous êtes homme de bon sens ; prenez donc la balance, et mettez-y la réponse : bien que celle-ci n'aura point ce ton emphatique de question et d'admirations, quij quoique le plus brillant, n'est pas le plus solide. Xa bar. Moi, Théodore, je veux une ré-
E>nse solide, ne nous amusons point à de usses beautés.
Théod. Ce discours , mon ami , a un fondement si frêle, qu'un mot peut le renverser i il suffit d'en prouver la fausseté.
Le comni. Et quelle est-elle? je ne la vois pas.
Théod. Moi , je la vois , et tout de suite je vQus la montrerai, sans avoir besoin de microscope. Ce discours se fonde sur la supposition très-fansse que notre culte peut contribuer à la gloire de Dieu; et nous sommes bien loin de Te dire. Ce serait une grande folie de verser des larmes dans la mer aûn d'ajouter à la quantité de ses eaux. Mais ce serait une plus grande folie encore d'imaginer que nos cultes sont nécessaires ou utiles à Dieu pour augmenter sa gloire infinie : et je dis que ce lirait une plus grande folie ; car enfin entre les larmes ei la mer on peut supposer quelque proportion , puisque c'est entre deux -choses limitées Mais notre culte et la gloire infinie de Dieu n'ont aucune proportion, puisaue il n'y en a point entre le fini et l'inàni. C est un axiome de géométrie.
Le comm. C'est TA B G de la raison.
Théod. Donc quand nous disons que Dieu veut et commande le culte interne et le culte externe , nous ne prétendons pas qifil en ait besoin. C'est le propre des hommes de men* dier des éloges ; ne fussent-ils que de purs compliments , ils s'en contentent, lis ont une grand soif de louanges , parce que de leur
(1) Hisl. abrégée des relîg. du monde.
iâC5
DE LA RAISON ET DE tA RELIGION.
Fonds ils D*ont poiut de gloire essenlielle ; et comme tout ee qu'il y a de bon en eux est limité, tout peut croître ou diminuer; mais Dieu a en lui-même une gloire infinie qui lui est essenlielle, et ne lui Tient point du dehors; car, bars de sa grandeur, tout est un atome invisible et comme rien.
Si donc Dieu veut nos cultes , c'est parce que sa raison éternelle veut tout ce qui est conforme au bon ordre et à la justice. Déjà je vous ai dit que notre saine raison est un reflet de la raison éternelle de Dieu, et que par conséquent tout ce que notre raison nous dit clairement, la raison étemelle de Dieu le dit égalemenL Or, mes amis, qu'y a-t-il de plus raisonnable, d'après ce que nous avons vu , aue de louer notre Créateur qui nous a donne l'être et toutes les perfections que nous avons? Qu'y a-t-il de plus raisonnable pour l'homme qui a reçu de Dieu Tentendement, çui connatt tout ce qu'il a fait pour' son bien dans les cieuz , sur la terre , dans son ame et dans les organes de son corps , sans qu'il le demandât , ne le méritât, ni l'espérât, oui enfin a reçu en outre que volonté icapable d'aimer; qu'y a-t-il, dis-je, de plus raisonnable à faire que de louer Dieu, de l'aimer, le servir , et lui obéir comme à un être infini en perfection , qui se montre souverainement bienfaisant a son égard? Peut-il y avoir rien de plus fondé en raison?
Le comm. Rien absolument.
Théod. Donc il est impossible que Dieu manque d'approuver , de vouloir et d'ordonner cet amour de l'hbmme pour lui, ses louanges et son obéissance.
Le comm. Je conviens de tout; je suis trè»satisfait.
La bar. Grâces à Dieu ,' je vous vois d'accord.
piéod. Mais je ne suis pas satisfait entièrement ; j'ai encore quelque chose à dire; il y a une autre raison convaincante , à laquelle je voudrais que vos philosophes répondissent.
La bar. pites-s-la donc, Théodore, parce que mon cousin mérite que vous rabattiez le ton avec lequel il a fait parler ses philosophes.
Théod. Dieu n'a fait les yeux que pour voir, et les oreilles que pour entendre : à cela se dirige l'étonnante construction de ces deux sens; et personne au monde ne dira qu'en disposant avec tant d'art ces organes , Dieu n'a point eu le dessein que l'homme vit et entendit : ainsi donc Dieu ayant mis dans Tentendement de l'homme la propension pour la vérité , et dans son ame le penchant à vouloir le bien et à aimer l'utile , il est impossible que sa souveraine perfection et sa suprême bonté ne commandent à l'homme, une correspondance d'amour, de louanges et d'obéisaance; les yeux ne sont pas plus faits pour jouir de la lumière, des couleurs , etc., les oreilles pour entendre Içs sons, se plaire à l'harmonie, etc., que i^otfoame n'est faite pour aimer la perfection,
Ï)Our rechercher ce qui nous est utile , et ouer ce qui est parfait. Doiy: elle ne peut pas S lus se dispenser d'aimer Dieu, de le louer et e lui obéir , qu'elle ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il est infini en perfection et en bonté. Pouvez-vous dire le contraire?
La bar. Quoil vous riez? Rire n'est point répondre : vous avez dit tout à l'heure que les raisons de vos philosophes vous couvain* quaient : que dites<^vous à présent?
Le comm. Théodore est sur de son (ait : la force de son raisonnement renverse tous les systèmes,
La bar. C'est la vérité qui en fait la force. Mon cousin , rien de plus facile que de donner à la fausseté une couleur jolie, vive et agréable; il est certains tours d'admirations, d'interroffations , d'invectives plaisantes, qui mettent l'imac^inationcn mou vemcnt , mais qui ne convainquent nullement. Celui qui veut connaître la vérité, s'appuie sur des principes certains et tire des conséquences sûres.
Le comm. Mais qui a la patience de procéder avec une logique rigoureuse, comme le fait Théodore?
La bar. Celui qui désire réussir et poser le pied sur la pierre ferme et solide, et non celui qui veut sauter comme un danseur de corde, au risque de se casser les jambes et de se rompre la tête.
Théod, Mon ami, quand on discute un point sérieux et d'importance , on ne s'attache point à ce que le discours soit brillant , vif, énergique et enchanteur. Seulement on doit prendre garde s'il est vrai , s'il est certain, ou s'il est faiix et sujet à des inconvénients : c'est ainsi que procède tout homme sensé dans le soin de ses affaires , dans l'établissement de sa famille, dans l'acquisition d'emplois honorables, et dans l'administration de ses rentes. Dans tous ces cas on ne veut point devers, d'emphase, d'admirations, de questions emphatiques, mais des comptes sérieux , justes et clairs comme trois et deux font cinq. Jamais vos philosophes ne discourent de cette manière :
moi , je raisonne comme vous voyez et savez très-bien. Jugez à présent qui réussira.
La bar. Quelle est imprudente , mon cousin, quelle est folle la manière dont vos partisans, à ce que je vois, traitent la question du culte que l'on doit à Dieu et autres semblables 1 Ils la traitent peut-être dans leurs festins le verre à la main. Mais si alors quelque rentier va leur donner ses comptes, ou si on les appelle pour des affaires d'importance, ils demandent qu'on revienne oans une autre occasion. Celui qui veut penser sérieusement cherche le lieu et temps opportuns, il attend que l'estomac soit débarrassé du travail de la digestion, il fait taire ses enfants, se retire dans son cabinet, fuît le bruit, et n'admet ni commissions ni demandes importunes, tant il a peur de se tromper si;ir les avantages et les dangers, sur les pertes et les profits; et ce n'est qu'ainsi qu'on agit avec prudence : alors la meilleure logique parafi
RARMONIfi
insniBsante, et aucune spécula^tion n^est de trop. Hais ?os docteurs en parlant de ce qui touche immédiatement au Tout-Paissant et à notre bonheur ou malheur éternel, viennent avec quatre vers, quatre petits roots
Salants, an rire moqueur, deux gentillesses une dame et quelque plaisanterie nouvelle; sont-celà les moyens de rencontrer la vérité? Avoues, mon cousin, que vos philosophes sont fous : cela ne peut être autrement, allons en avant, Théodore.
Le comm. Allons, ma cousine m'a sufBsamment battu.
La bar. Batla, non ; dites instruU.
Le comm. Il y a de toat : voas éclairez Tentendement, et vous châtiez la volonté : passons à un autre poUit, Théodore.
§ X. — Sur les démonstrations du culte ex-
térieur.
Théod. Ayant une fois établi le point essentiel que rhomme doit à son Dieu, non seulemept le culte et la vénération intérieure, mais aussi le culte et la vénération extérieure, il est à propos que nous parlions des démonstrations et cérémonies de ce culte.
Le comm, A mon avis cela est arbitraire et dépend des climats, des temps, des coutumes, etc.
Théod, Ten conviens parce que jusque dans la loi ancienne donnée par Dieu à son peuple, nous voyons (jue le culte extérieur dû Seigneur consistait en isacrificcs d'animaux, en fumées d'encens, et en d'autres cérémonies déterminées, et aujourd'hui dans la loi de grâce, nous faisons d'autres cérémonies qui sont la génuflexion, l'usage de l'encensoir, les prostrations, etc.
La bar. Je crois comme le commandeur,
3ue ces cérémonies doivent éti^ accommoces aux temps, aux climats et à d'autres circonstances : de même que parmi nous les cérémonies de politesse sont bien différentes selon les personnes. Une dame fait la révérence en se tenant bien droite, et le monsieur lui correspond par l'inclination du corps et en retirant le pied.
Le comm. Si on changeait l'usage, ce serait une chose bien ridicule de voir une dame inclinée profondément et retirant le pied, et le monsieur pliant les genoux pour faire la révérence sans incliner la tête.
La bar. Les soldats font la politesse à leurs officiers en leur présentant l'arme et sans Atcr le chapeau ; mais si une femme pour me faire honneur quand je passe restait bien droite et au lieu d'épée me présentait l'éventail, qui ne rirait? Les Chinois font leurs politesses à leur manière ; les Tonquinois croisent les bras et se jettent à terre ; d'autres s'ôtent les souliers ; chaque pavs a sa coutume et sa cérémonie particulière pour témoigner son respect à ceux qu'on veut honorer.
Théod, Il en est de même dans le culte que nous rendons à Dieu : ce qui se pratique dans un pays ne se pratique pas dans un autre. S'il est permis de philosopher sur ce point qui est si varié comme vous voyez, je
trouve un principe dV>ù doivent dériver les cérémonies ; il se réduit à montrer la grandeur do l'objet que nons vénérons; pour faire voir qu il est grand à nos yeux, nous nous faisons petits en sa présence. Les dames avec une révérence profonde se font plus tetites, et les hommes aussi se mettent plus as que le sujet qu'ils veulent honorer, en inclinant le corps et fo tête : plier les genoux nous rend inférieurs au souverain à qui nous faisons cet hommage ; de même ôter son chapeau rend moindre le sujet qui se découvre ainsi la tête ; se prosterner à terre, beaucoup plus ; et c'est la même chose que lie descendre de cheval ou sortir de voiture. Toutes ces cérémonies nous font petits comme ils font grands par rapport à nous les sujets que nous voulons honorer.
Le comm. C'est la première fois que j'entends philosopher sur les cérémonies de politesse, qui sont une chose arbitraire et de pure coutume.
Théod, Donc dans Vaderation extérieure que l'homme rend à Dieu, il doit employer les cérémonies qui, suivant la coutume de son pays, sigm'fient humilité de notre part et grandeur de la part de Dieu, comme de se mettre à genoux , de ae prosterner en terre, de s'incliner profondément, etc.
La bar: Permettez-moi, Théodore, de conter ce qui m'est arrivé étant à...chezM...:j'ayais laissé mon éventail sur une table (te jeu, et je demandai à une servante de la mattresse de me l'apporter; celle-ci en me le donnant se mit les deux genoux en terre : elle était portugaise et était entrée peu de jours auparavant à servir dans cette maison; tout le monde se mit à rire de la cérémonie ; ef je lui demandai : Si vous vous mettez à genoux devant moi* que réservez-^vous pour Dieu? Elle remarouama réflexion, et voyant que tout le monae riait, elle me répondit sans embarras : pour Dieu je réserve les coups sur la poitrine. Tout le monde applaudit à la réponse, excusant la domestique sur ce que c'était la coutume de son pays.
Théod, Les hommes veulent teUement raffiner dans les politesses mondaines, qu'il s'en faut peu qu'ils ne les confondent avec les hommages dus à Dieu ; dans ceux-ci et dans le culte des saints, le peuple ignorant a coutume d'introduire aussi des choses ridicules. Dans la loi ancienne, la manière d'honorer Dieu était de lui offrir en sacrifice différentes choses, et de s'en priver en Thonneur dn Seigneur : tels étaient les. sacrifices des animaux qu'on éjgorgeait, les holocaustes de ceux qu'on brûlait, la*fumée des parfums qui s'évaporaient; les gentils prirent quelques-unes de ces cérémonies pour lenr«( idoles et leurs faux dieux : car presque toutes celles des païens curent leur source, dans le culte du vrai Dieu.
Le comm. Donc chacun pourra rendre à Dieu le culte extérieur au'il voudra, et je pourrai me faire un rituel à moi.
Théod, Ce n'est pas là une bonne conséquence : sinon, dites-moi : vos paysans et vos amis pourront-ils vous faire honneur en
DE LA RAISON ET DE LA RELIGIOiN.
imblic suivant leur fontaisie, el se faire chacun un rtt de politesse à votre égard.
Le comm. Non : parce que si au lieu de me donner un embrassement ou un baiser d'amitié, ils s'avisaient de me donner publique-ment un soufflet, ce ne serait point une politesse très-aimable.
Théod. En cela même vous avez la réponse à ce que vous disiez relativement aux cérémonies du culte de Dieu. Il n*est pas permis à chacun d'inventer de nouvelles cérémonies de vénération et non approuvées par Tusage commun du pays où Ton vit. Toujoiirs celles qui sont déjà légitimement adoptées méritent la préférence-: autrafl^nton pourrait se moquer de nous fort A son aise en disant que selon le rituel qu'on s'est fait, telle ou telle action, fût-elle ridicule et injurieuse , est \s^ jBéme chose que d'embrasser ou de donner le baiser d'amitié.
Le comm. Je suis tràs-persuadc
Théod. Nous avons suffisamment parlé sur cette partie de la philosophie morale qui traite des obligations de fhomme envers Dieu : à présent il convient que nous entrions dans la s^onde partie qui traite des obligations de t*homme envers lui-même.
Le comm: Ce sera une matière plus longue ; et il est temps, madame, que vous assistiez aux visites que j'enfends dans la èhambre de votre mère. Demain j'assisterais avec plaisir à la conférence parce qu'elle me platt; mais je crois que je ne pourrai venir.
La bar. Je sais que c'est un jour pour vous de beaucoup d'occupations ; et nous ne voulons pasvotré visite au risque de vous incommoder : ce ne serait pas juste.
SECONDE PARTIE