‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 26 sur 235 · CHAPITRE PREMIER. VEvangile consi^ déré en lui-même · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. VEvangile consi^ déré en lui-même

§ I.-— 236. D. n n*y a donc qu'une religion sur la terre qui puisse fixer les regards du sage?

R. Une seule, et c'est le Christianisme.

237. D. Cette religion a-t-elle des mar(|ues certaines de divinité , et porte-t-elle clairement l'empreinte de la révélation ?

R. Il n'est pas possible de n'en pas demeurer convaincu parla simple lecture de TE van* ffile , si on la fait avec un esprit tranquille , équitable , désintéressé. L'homme vrai j trouve la fin de ses incertitudes , l'homme vertueux y découvre les plus douces et les plus solides espérances. Il faut qu'une religion soit bien appuyée, quand ses adversaires mêmes lui rendent des hommages aussi

glorieux que nos Philosophes en ont rendu au Christianisme. Nous en rapporterons un qui, pour avoir été répété dans bien des liyres, n*a nen perdu de sa vérité ni de sa force. « Je vous avoue que la majesté des Ecritures m'é- I tonne; la sainteté de rËvangile parle à mon cœur. Voyez les livres des Philosophes avec toute leur pompe ; qu1ls sont petits près de celui-là 1 Se peut-il qu'un livre à la fois si sublime et si simple soit Touvrage des hommes? Se peut-il que celai dont il fait Thistoire ne soit qu'un homme lui-même? Est-ce li le ton d'un enthousiaste ou d'un ambitieux sectaire? Quelle douceur, quelle pureté dans ses mœnrs^ quelle grâce touchante dans ses instructions , quelle élévation dans ses maximes 9 quelle profonde sagesse dans ses discours f quelle présence d'esprit , quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses , quel empire sur les passions ! Où est l'homme, où esl le sage qui sait agir, souffrir et mourir sans faiblesse et sans ostentation? Quand Platon peiat son juste imaginaire, couvert de Coût l'opprobre du crime, et digne de tous les prix de la vertu, il peint trait pour trait Jésus-Christ : la ressemblance est si frappante que tons les Pères l'ont sentie, et il n'est pas possible de s'y tromper. Quels préjugés, quel aveuglement ne faut-il point avoir pour oser comparer le fils de Sophronisque au Fils de Mane I Quelle distance de ruli à l'autre ! Socrate mourant sans douleur, sans ignominie, soutient aisément jusqu'au bout son personnage; et si cette facile mort n'eût honoré sa Tie, on douterait si Socrate, avec tout son esprit, fût tout autre qu'un sophiste. Il inventa , dit-on , la morale : d'autres avant lui Taraient mise en pratique ; il ne fit que dire ce qu*ih avaient mit , il ne fit que mettre en leçon leurs exemples. Aristide avait été juste avant que Socrate eût dit ce que c'était que justice; Léonidas était mort pour son pays avant que Socrate eût fait un devoir d'aimer la patrie. Sparte étoit sobre avant que Socrate eût loué U sobriété. Avant qu'il eût défini la TerCn, la Grèce abondait en hommes vertoenx. Mais où Jésus avait -il pris chez les siens cette morale élevée et pure, dont lui senl a donné les leçons et l'exemple (1)? Du sein du plus furieux fanatisme la plus haute sagesse se fit entendre, et la simplicité des plus héroïques vertus honora le plus vil de Ions les peuples. La mort de Socrate , philosophant tranquillement avec ses amis, est la plus douce qu*on puisse désirer. Celle de Jé-

^ (1) LonM|uc Jésiis-Cbrist répandait sa doctrine, il s*élevaîi parmi ses auditeurs un cri général, que jamais homme n*avait enseigné de pareilles choses. fiunquam aie lociUui est homo, Joan. 7. — L*eitréme différence de la doctrine évangélique d^avec toutes les antres doctrines morales ou religieuses fait eflectifement on des caractères de la mission de Jénts-€lirigt, qui noas assure lui-même que sa législation est nouvelle, qne ses préceptes sont d*une tout amre nature que ceux des anciens, et qu'enfin h peblicalton de sa lui rérormera le monde entier : Kûnéaimm nmntm do vobû. Joan. 15. — Àu^sth quia àaum ettMHtwMtê , etc. : Ego aùtem dko vobis , etc. Mattb. S. -^ Ecee nova facio omtàa, Apec. 21.

sus expirant dans les tourments , injurié . raillé, maudit de tout un peuple, est la plus horrible qu'on puisse craindre. Socrate prenant la coupe empoisonnée, bénit celui qui la lui présente etqui pleure. Jésus, au milieu d un supplice affreux, prie pour ses bourreaux acharnés. Oui, si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont

personne ne doute , sont bien moins atteaics que ceux de Jésus-Christ. Au fond , c'est reculer la difficulté sans la détruire. 11 serait plus inconcevable que plusieurs hommes d'accord eussent fabriqué ce livre qu'il ne Test qu'un seul en ait formé le sujet. Jamais les auteurs Juifs n'eussent trouvé ni ce ton , ni cette morale ; et l'Evangile a des caractères do venté si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, que l'inveiiteur en seroit plus étonnant que le héros (2). » (/. /. Rousseau . £mt7e, t. a, p. 179; Réponse à rarchev.^p.

238; D. Ces sortes de témoignages rendus tantôt à la vérité de l'Evangile, tantôt à la sainteté de sa morale, par des hommes non suspects , sont-ils en grand nombre?

R. Il n'est guère possible de les recueillir toiis. Il faudrait d'abord rassembler tout ce qu'ont écrit les Philosophes des trois premiers siècles, qui ont quitté l'idolâtrie, et renoncé à toutes les sciences pour professer la science de Jésus-Christ. Il faudrait ensuite rechercher tout ce que les incrédules de tous les temps ont pensé et dit de l'Evangile dans des momentsde calme et de sagesse ; on entendra les Desbarreaux, les Bayle, les Voltaire, etc., parler comme les Pères de l'Eglise. 11 faudra ajouter les jugements que des Politiques et des Littérateurs de toutes les nations du monde ont porté de la loi chrétienne; nous en rapporterons deux qui sont moins connus. L'empereur de la Chine , au septième siècle {En 636) , dans l'édit accordé pour la publication de l'Evangile, parle de la sorte : « La véritable loi n'a pas de nom particulier, et les Saints ne renferment pas leur zèle dans

(1) Il est évident, parla simplicité du récit évangélique, que les evangélisies n'ont pas voulu inspirer do l'admiration pour leur maître. Voltaire crie que cela esl faui, puisqtrils en rapportent des cîioscs admirables. Ce trait suffit pour faire connaître la logique; du poète philosophe.... Ils parlent froidement de sa doctrine , de ses miracles ; ils ne font point de réflexion pour en relever Téclat; ils racontent son supplice et son ignominie , comme les honneurs et les acclamations des peuples. Ibi crucifixeruni eum , ei latroneêf unum adextrii,et allenmi a sinistris {Luc. 23). Voilà la catastrophe et Tévénement principal de cette histoire.

(2) Voyez sur ce sujet un traité de Milord Jenyns, intitulé : Examen de iétidence intrinsèque du cnrii* tianisme. Ouvrage rempli de vues neuves, et propre à faire sur un esprit droit la pins grande impression. L'auteur n*est pas toujours eiact, ni équitable envers les catholiques ; G*est pourquoi II faut s^en tenir à rédition de Liège, i779, où ces défaou sont corrigés par des notes qui maintiennent la vérité daiis t»H% ses droits.

ffS

tes bornes d*un seul lien. Le désir d*étre utile les conduit dans tons les pays du monde. Un homme de Jndée esl venu annoncer à notre cour une nouyelle doctrine. Après un mûr examen , nous avons admiré la grandeur et en même temps la simplicité de cette religion, et nous avons jugé qu elle indiquait le véritable chemin du salut. Elle est d'ailleurs conforme à Topinion de la création du monde. Ainsi nous pensons que nos sujets en retireront un grand avantage , et qu'il est de notre devoir de leur en procurer la connaissance. » L'éditde 1692 est encore bien plus favorable au Christianisme. Les plus fervents d'entre les chrétiens n'ont jamais parl^ de Jésus* Christ avec plus d'admiration etd'une manière plus sublime que ne Ta fait un poète persan,

3ui lui adresse ces vers » traduits par M. 'Herbelot.

l.e cœur de l^bouune affligé lire toute sa oonaolation de

vos paroles. , . a .

L*&uie reprend sa vie et sa Tigueur en entendant

seulenneot prononcer votre nom.

Si jamais le cœur de Tbomme peut s élever a la

contemplation des mystères de la Divinité, Cest de vous qa*il tire ses lumières pour les connaître, et

c*e6t vous qui lui donnez Pâtirait dont il est pénétré. {BmwUi. orient.^ art. Issa cbn. miriam.)

239. D. L'excellence de la doctrine évangélique ne se trouve-t-elle pas également chez les Philosophes? Si on amassait en un corps d'ouvrage tout ce que les Platon, les Socrate» les Confucius ont dit de beau sur la Divinité et sur la morale, n'en feraitK>n pas un recueil

considérable 7 .^ . ^ ^ .

R. Les préceptes de l'Evançile étant trèsconformes à la raison et à la justice, il n'est pas possible que les sages de tous les siècles, en dissertant sur les devoirs de l'homme, n'en aient enseigné quelques-uns. Mais c'est une chose insensée de vouloir comparer la totalité de l'Evangile avec quelques maximes païennes. C'étaient des flambeaux épaw , letant çà et là quelques éclats d'une lumière éphémère , qui ne faisait que sillonner les ténèbres, sans pouvoir produire une clarté universelle et permanente. M. Fréret, dans V Examen critique des apologistes , raisonne à peu près de cette sorte (1). Telle mxiroe de la loi chrétienne se trouve dans les Philosophes , telle autre dans les législateurs ; Tune est préchée à la Chine, l'autre en Egypte, ou au Japon ; celle--ci a été connue du temps de Pvthagore , celle-là cinq ou six cents ans après ; donc les hommes n'ont pas été mieux instruits par Jésus-Christ aue par les païens. A ce défaut de système et d'ensemble (2) , les

(1) Cet ouvrage n'est pas de Fréret. On peut rappeler une calomnie à la mémoire de cet illustre savant qui fut un chrétien sincère, et qui n'a ricii écrit dont la religion ail à se plaindre. Deux mauvais ouvrages lui ont été attribués, aprèisa mvrt^ par la coterie philosophique; mais il imporie de protester e^mire celte usurpation d'un grand nom, cl une erreur fàchoose, malheureusemeot trop accréditée.

(4) € Ils n'ont jamais su , dit Laciance ( De tfita keaua, l. 71 ) , ce que c'est qu'un corps de doctrine , qnoiqu'ils en aient entrevu chaque partie. Chacun de sou c6të a trouvé quelqu'une des pièces qui doivent y

évéqucs de France , dans Tavertissement don* né aux fidèles du royaume en 1T79, opposent renchalnement des dogmes évangeliques.

a Ce ne sont pas des idées vagues et confuses, des connaissances superficielles ou successives, des lueurs ou des apparences qui viennent par intervalle éclairer ou fasciner les esprits. Toutes les parties de la religion se prêtent une force mutuelle, et se tiennent par des rapports nécessaires. Nulle vérité n'y est stérile ni isolée.»— LeP.Mourgues a démon* tré la grande supériorité de la morale évan gélique sur celle des Philosophes (1). Ceux-là même qui ont le mieux connu les vérités métaphysiques ou pratiques , y ont mêlé d'é-* tranges erreurs , leur ont associé des doctrines contradictoires , et n'en ont tiré aucun secours pour le règlement de leur conduite , les tenant , comme s'exprime S. Paul, eapti-* dans Vinjustice, c'est-àniire, les rendant

ves

inutiles par l'abomination de leur vie. Mau-

Ï>ertuis observe que quelques maximes de 'Evangile et de la philosophie , annoncées presque dans les mêmes termes , ont néanmoins un sens, une étendue, un motif bien différents. « Les premiers Nazaréens , dit V auteur des Lettres juives , qu'on peut citer ici avec assurance , ont prêché une doctrine si conforme à l'équité , et si utile à la société , que leurs plus grands adversaires conviennent aujourd'hui que leurs préceptes mo-^ raux sont infiniment au-dessus de ceux des

plus sages Philosophes de l'antiauité La

foi des Nazaréens, telle que la prêchent leurs docteurs de la première classe, a encore plus de brillant que la nôtre : ils ont tous nos pre* miers principes; mais il semble qu'ils en aient épuré les suites. La nôtre a quelque chose de farouche ; la leur semble dictée par la bouche divine. La bonne foi, la candeur, le pardon des ennemis, toutes les vertus que l'esprit et le cœur peuvent embrasser, leur sont étroitement commandées. Un véritable Nazaréen est on Philosophe parfait. Dans les scvXtes religions, l'homme, vil esclave, semble ne servir Dieu que par intérêt : les Nazaréens sont les seuls qui aient le cœur d'un vrai fils pour un

si bon père. » Un enfant de sept à huit

ans , médiocrement instruit de sa religion , en sait plus sur les perfections de fiiou, sur sa propre destinée, sur ses devoirs, que le plus vanté des Philosophes de l'anti-

entrer, nwis ils ne sont pas venus à bout de les assembler, ni de déduire les conséfuenccs des principes. I — 1 11 faut, ajoute un auteur moderne, que la morale do Jésus-Christ soit bien excellente, bien assortie an besoin ei à la félicité de Thomme , puisque les sages proHmes, appliqués k recueillir les lumières qu'une raison saine leur présenuit, e» ont aperçu , non pas la suite et Tenseutble, mais diverses leçons éparses, toujours précieuses et salutaires* »

( 1 ) Parallèle de la morale chrédenne avec celle des anciens phitoêophes.^ousen parlerons plus amplement, ch. 3, art. 6, § 9. — On peut voir encore un ouvrage italien, Sulla vanttà ed insuffUienta, etc.; ou de la ftamU et de Vinsuffisance de Cancienne phHosaphie, comparéa atec Us préceptes et les maonmet de la morale ekré^ tienne. Par Tabbé Gaétan Sertor. â Rome, t'7'ï7 , traduit en Trançais, Paris, 1783.

PllILOSOMIIQUE,

Suite. C'est par cette raison que la race es Philosophes païens 8*ételgnit avec le Pa* ganisme au sixième et au septième siècle de l'Ëfflise. Il n*était plus question â*aller philosopher sur les traees de Platon et d'Ëpicure : le Christianisme , répandu partout , mettait plus Âe lumières dans Tesprit des hommes (1) que tous les exercices du Ljcée et du Portique n'avaient pu en mettre dans les (êtes philosophiques oes ^ages de la Grèce (2). CUAPITUE II. — Les dépositaires de la révélation.

AsTicLB h — L'Ecriture sainte en général,

2M. D. Comment faut-il raisonner au sujet des livres fondamcùtaux de la religion?

11. S'il y a une religion, un culte approuvé du Créateur, il est évident que les dogmes de cette religion , de ce culte , doivent être consignés dans quelques livres, ou transmis par une Ir^i^dîtion orale, telle qu'était celle des anciens Patriarches , qui ont pu conserver le dépÂt de la révélation durant un petit nombre de générations sans le secours des livres (3). Aujourd'hui aue les générations sont sans nombre , et nue les erreurs ont couvert la terre , il n'est plus possible de remonter à la totalité de la révélation par la simple narration de nos pères. 11 y a donc des livres qui contiennent les instructions des peuples et les dogmes de la religion qu*ils doivent suivre.

SKI. D. Queb sont les livres dépositaires de la rérélation.

R. Ce sont les livres de l'ancien et du nouveau Testament. Il n'est pas possible d'en douter raisonnablement. Je parcours toute la terre , je recherché partout ce livre qui doit r^er ma religion^ la certitude qu'il existe soutient ipon examen et nourrit mon espérance; enfin j'en trouve un, et je n'en trouve qu'un seul qui me conduit jusqu'à l'origine du monde (I-), qui m'apprend comment l'hom-

(t) Cesx ici ie cas de dire avec David : Super omnés éocenus me hUellexi , çiiia Uitimoma tua nMiItlatîo «Mfl ett* Super senes imeltean , quia mandata tua quœmL Pft. i 18.

(2) Sons la pédagogie de ces hommes si vantés, le monde, siiirnm la remarque de S. Paul , était dans une espèce d'eiifauce, et réduit :iux premiers éléments ^e la science la plus nécessaire à son bonheur;'mais le Iemp4 est venu enHn où Dieu nous a doHné des eomiatssances plus sûres et plus étendues par le ministère de son fils. Cnm essemus parvuU, sub elffmmûs fituudi eramus tervienies; al kM uenlt pleiti' mdo tempôris^ oûsit Deui filium suum. Gai. i.

(3) Le dépôt de la révélation a pu certainement se conserver par tradition orale et sans le secplirs des livres. Mais en fait, Tusagc de récriture est antérieur \ Abraham , comme on en a acquis Id certitude aujoanThui par des papyraS éffvptietis qui sont de TépoqlM de ce palrtarche; or il est naturel de faire reniODler plosbtui encore remploi des signes d'écriture. Il j a plus : c^est que cet art a toujours eiisté très-prohahlenieiit depuis le déluge ; car bien ceriaiMè»ieni«Noé et sa famille, liéritiers de la civilisation antédiluvienne, ne pouvaient y être étrangers ; or il n*est pas possible que par eux rart de récriture ne se soit pas transmis et conservé au moins dans quelques familles. Il est donc vraisemblable que des fivres eitstaient inéme très-antérieurement à Abraham ; el qu^il y avait un déiiôt écrit de traditions relifieuses. (L. D.)

(4) Cest cette prérogative exclusivement aîiaché^

CaTAÉC. PlULOS. I.

me est sorti de la main dé Dieu , pourquoi il est pécheur et malheureux , etc. Tout co qui s'est jamais dit et écrit de raisonnable sur ces grandes matières est visiblement tiré de ce livre. Tout y est conséquent ; tout y est enchaîné de la manière la plus indivisible. L«s parties les plus essentielles dépendent de celles qui paraissent presqu'indifférentes. Les dogmes , les prophéties , les faits y font un ensemble qui ne laisse ni vide , ni superfluité. Des hommes séparés par des siècles , trèsdiiTérents par le goût , le génie , le caractère, concourent à écrire un seul et même livre ;

{)ar(out les mêmes principes , le même but , es mêmes conséquences. Je commence à la naissance du monde ; et suiicant toujours ce fil je me trouve, sans m'en apercevoir, au milieu du Christianisme. Qu'on me montre un livre où la Divinité m'ait mieux instruit , et je quitterai rattachement que j'ai à celui-ci (2).

• 242. D. Ces livres , si propres à Oxcr l'esprit humain par la marche et Tintérél des matières, ont-ils de*quoi le satisfaire aussi par leur authenticité ?

R.Ces livres ont été écrits par des auteurs contemporains. L'histoire qui précède Moïse, auteur du Pentateuque , comprend des faits qu'une tradition rapprochée de son origine par la longue vie des hommes et le petit nombre de générations , a conservés aisément pcirmi des Patriarches sages et zélés pour les choses de Dieu. Ces livres ont été confiés à la garde de l'autorité publique : ils ont toujours été regardés par les Hébreux comme le plus précieux trésor de la nation ; c'eût été un crime capital d*y altérer un seul mot , d'y insérer une seule lettre. Les Juifs et les Samaritains* quoiqu'ennemis acharnés, ont toujours res*

à rillstdirc s;iittie que faisait reutnriiier le prophète Roi : Loquar propo^liones ab inUh ( P$aL 77) ; et que TËvangeliste i-e^anlait comme une preuve de la doctrine de Jésus-Christ : Eructabo abstondita a couttiiur tionemundi{Matlh. 15). — Un p:iicn qui a déparé les saintes Lettres par toutes les extravagances de la mvthologie, y admirait rnvaniagc uniaue de conduire le lecteur jusqu*à la création du monde :•

primaque ab origine inundi Ad mea perpetuum dedudte leinpora earmcn.

{lÀà, Metanwrp/t. )

(%) Voyez le Di$c0ur$ sur la question : Quels sont , outre rinspiralion, les caractères qui assurent aux livres saints la supériorité sur lès livres prof;»nes? Par M. Ancillon. A Berlin^ 1782. f L'orateur, dit un critique éclairé, a trouvé presque sans le vouloir, et comme entraîné par la force de son sujet, le moyen de prouver cette inspiration qu*il 6*efforcêd*oublier ; et peut-être serait-il diflicile de la mieux démontrer qireile ne Test dans ce Diseoun, où Ton cherche k démontrer tout autre chose. Cette unité de perfection dans des ouvrages composés en des lemps si éloignés, à des époques si différentes, pariant de dif lérents écrivains ; cette unité de plan, de système et de sentiments; enfin cette unité de principes qut lient tous les membres de ce vaste corps, n*esi-ce pas là un miracle dans rhisioiro de Testirit humain ? . et pourquoi n*est-ce que parmi le peuple juif etpavmi les auteurs sacrés que nous le voyons subaiv* ter ?i L'analyse de cet ouvrage , devenu fort rare , se trouve dans ïcJowrn, kist, et lUtér.^ t5 juillet et i août 1785.

iSppt.)

GATË€lliSMË

SftD

'pcclé les livres do MoYsc. Les JQîfs sont déposilaires des prenves qui établissent la foi des chrétiens, et ne disconviennent pas de Texistencc de ces preuves. Les chrétiens ont eu le même soin de leur Evangile. De là je conclus que ni le défaut de connaissance dans les auteurs , ni la négligence , ni Fintérét dans les dépositaires de ces livres , ne peuvent autoriser le moindre doute contre leur authenticité. — Nous avons démontré i^u'il y avait nécessairement un. livre qui instruit les hommes sur le culte de Dieu : avant que ^ d'argumenter contre Fauthenticité de celui-ci, 'A faut en montrer un qui soit plus authentique. Ce sera sans doute les Vâdas et les au* très qui composent la Bible de Voltaire (1).

2/fr3. D. N'a-t-on pas formé des difficultés sans nombre pour infirmer le témoignage des livres saints ?

W.V Ces difficultés sont bien moindres que celles qu'on pourrait former contre tout autre ouvrage écrit par un seul et môme auteur , dans des temps bien postérieurs , sur des choses purement humaines. Si on examinait les historiens anciens et modernes avec autant de sévérité que l'Ecriture, on ne saurait plus qu*en penser. « Quand il est question des écritures sacrées et des matières de la religion, dit judicieusement D. Calmet(Commeni., /. ii^ pré f. parait., p.(^), on est inexora* hle et inflexible; pour tout le reste on est d*une facilité inexplicable. Los moindres objections en faveur de la liberté , les plus minces preuves contre la religion , frappent et convainquent certains esprits; les raisonnements les plus solides pour le contraire ne l'ont sur eui aucune impression. On reçoit sans peine les autres livres et les autres histoires ;. pour celle-ci on craint toujours d'être trompé. »

V Ces ditHcultès sont une preuve excellente im faveur de ces livres. Depuis qu^il y a des incrédules dans Le monde on a employé contre ce dép6l de la révélation toutes les subtilités de 1 esprit humain; et on ne dit rien au* jourd'hui de plus concluant qu'on ne disaft il y a deux et trois mille ans (2). Les fidèles de tous les siècles ont défendu les titres de leur foi par des réponses qui sont restées sans réplique ; ce n'est que par les écrits des Apologistes chrétiens , que le souvenir de la plupaK de ces objections a subsisté. C*est là

(1) Il y avait ici dans le lexic t le Yédani, leHans-

crii el les autres livres ce qui tainlt mie eonfu-

sion singulière de mots et de choses. Le iioMcrit ou SamcTÎt^ n'est pas un livre ; c'est la langue sacrée et savante des livres indiens. Ces livres portent en général le nom de Vidas; il n*y a pas de livre particulier portant le iiom de Védam tout seul. Mais parmi les Vëdas, on distingue VEémr'Védmn, ouvrage qui a fait un bruit immense dans le siéde dernier, et que les Philosophes de ccue époque tenaient pouf contcniporain du déluge ou à peu prés. Or il est reconnu aujourd'hui que ce livre a éié composé |iar un misstoDiiaire, le jéiuite Robert de Nobiltbus , neveu du cardinal Bellarmin !1! (ii. D.)

<2) EUxima Domim doquia eaUa^ arsetiktm \qtie exmmwatim , ffroèatitm anœ^ purgatum unîmlmm, ?s. IL

que nos prétendus savants vont prendre les armes brisées des Julien et des Celse. L'on doit regarder toutes ces querelles comme une affaire décidée par la voie de prescription qui a lieu dans tous lès tribunaux , et qui , selon la pensée de Tertullien (dePrcMcript., C.33}, doit ravoir en matière de religion plus (^u'en toute autre. Ces Messieurs agissent à 1 égard du Christianisme comme s'il ne faisait que de paraître , et comme si cette reliffion n'avait jamais été examinée. Quand on leur fait voir l'antiquité de leurs objections contre les livres saints , l'éclat avec lec^uel les Apologistes de la religion en ont triomphé , et le suffrage de l'univers qui s'est déclaré pour la cause qu'ils défendaient , on est dispensé de s^occuper ultérieurement d'une affaire tant de fois discutée et jugée, et ces querelleurs éternels doivent être renvoyés comme râlractaires à des sentences*réiterativement publiées contre eux. 5tc facilius iradueentur, dum aut jam tune fuiêse deprèhendimtur , auî ex illi$ quœhmfueruni, semina sumpsiêse.

3" Il en faut toujours revenir à ce principe établi : lly a une révélation, il y a des livres qui la contiennent: que les iniatigables argumenta teurs contre l'Écriture sainte nous montrent quelque chose de mieux , de plus sûr et de moins sujet aux difficultés.

2b4. D. N'y a-t-il pas eu des hommes célèbres

3ue la'seule lecture des livres saints a persuaés de leur divinité, sans l'examen des preuves de leur authenticité?

R. Il y en a eu; et il y en a encmreun trèsgrand nombre oui , ainsi que nous Tavons déjà observé, ont jugé que l'erreur ne pouvait emprunter un langage si simple, et en même temps si plein de sentiments et de choses. « Le divin livre de l'Evangile (dit un Philosophe moderne toujours en guerre avec luimême ) , le seul nécessaire a un chrétien , el le plus utile de tous, même à quiconque ne le serait pas, n'a besoin que d'être médité, pour porter dans l'âme l'amour de son auteur et la volonté d'accomplir ses préceptes. Jamais la vertu n'a parlé un si doux lan^ge, jamais la

Profonde sagesse ne s'est expnmée avec tant 'énergie et de simplicité. On n'en quitte point la lecture sans se sentir meilleur qu*auparavant » (Penséee de J. J. Rouêseau • p. 3), « Si quelqu'un , dit milord Jenyns , doute ue la supériorité et de Texeellence de cette religion sur toutes ceUes qui avaient été enseignées précédemment, quMI lise avec attention ces écrits incomparables, par le moyen desquels elle est parvenue jusqu'à nous, et qu'il les compare avec les productions les plus célèbres du monde païen; s'il ne sent pas que, plus qu'aucun autre écrit ils sont beaux, simples et originaux , je ne fais pas difflculté de prononcer qu'il est aussi destitué de goût que de foi, et aussi pauvre critique que mauvais chrétien » (Examen de Fevid. intrins. du Christ., seconde prop.).

2^5. D. M'a-t-on pas remarqué le même genre de simplicité dans des livres apocryphes?

R. l' Si unelques livres apocryphes ont eu le ton touchant et persuasif des livres saints

ÎOi

c'«sl une tmitation dont tout Thonneur est dû au modèle.

S" 11 y a des livres apocryphes , c'est-â*dirc, non insérés dans le canon de l'Ecritore; qai mérilcnt de la considération , quoique TEglisc ne les ait pas reconnus pour des ouvrages Inspirés. TcHe est Toraison du roi Hanassès » le troisième et le quatrième livre d*Esdras, etc.

3* Quand les livres apocryphes comme l'Evangilc des Nazaréens , celui de S. Thomas , elcysontdes recueils d*une histoire telle que celle de Jésus-Christ, il n*est pas possible que la vérité incontestable des faits n*y ail imprimé qucIques-iins de ses caractères. Nous aurons dans la suite [Infra, art. 3, § 3) d'autres réflexions à faire sur les livres apocryphes.

21^6. D. Le langage des livres saints, qui fait de si puissantes impressions sur certains esprits, n*a-t-il.pas paru pl;it et dégoûtant à un homme célèbre , singulièrement versé dans la belle littérature ?

K. Ce jugement ne prouve que le mauvais goût ou la mauvaise humeur, peut-être aussi le mauvais cœur de cet homme célèbre a l'égard des choses qui concernent la rcilgîon. I/éloquence des IKtcs saints est d*un genre unique^ qu'on chercherait en vain dans quelqu*ouvrage que ce soit; s1l s*y trouve des passages réellement profonds et sublimes f si les cantiques, ceux de Moïse en. particulier , passent toutes les beautés d'Homère et d^Hésiode , on y trouve aussi le modèle de la plus grande simplicité, souvent d'une noble négligence; et cette espèce d1né-

Slité. qui nait du fond même des choses nne à la totalité des écritures une impression qui ne peut résulter de quelque autre lecture aue ce soit. Tout ce qui porte Tempreinte ue la Divinité sort toujours des règles de l'art. Jetons les yeux sur les grandes prodncUons de l'auteur de la nature. En paraissant se jouer dans Tunlvers , il a répandu je ne sais quoi de sublime dans ses ouvrages, que l'art ne saurait contrefaire. Les lacs et les fleuves sont-ils bornés par des lignes droites^ Les collines et les montagnes ontelles exactement une figure conique ou pyramidale? La mer est-elie renfermée dans un bassin d'un contour parfaitement rond ? Le globe y à sa première inspection , nous montre-4-iI de l ordre et de la régularité dans sa surface ? Si , dans les œuvres de la création y Dieu a dédaigné tout ce qui sent l'art, comme petit cl scrvile, pourquoi dans les livres destinés à contenir ses oracles en aurait-il usé autrement? Ce serait une élégance déplacée qne d'y rechercher les gr&ces de la diction » qu'on ne pardonne pas même aux monarques. Il y a plus de force « de majesté dans le style simple , inégal , négligé , hardi , métaphorique de TEcriture que dans les pé-. riodes cadencées des écrivains les plus polis {Vopex le di9cowri cité ci-dessus, n. 241).

Wl. D. Pour que l'Ecriture soit un livre divin , est-il nécessaire que toutes les expressions et tous les mots aient été inspirés de Dieu?

R. Rien n*oblige A adopter cette opinion

de quelques théologiens; les livres saints sont inspirés, si le Saint-Esprit a excité leurs auteurs à les écrire, s'il a présidé A leur travail , ' en écartant tout ce qui aurait offensé la vérité , la religion on les mœurs ; s'il les a soutenus par des lumières et des sentiments extraordmaires , etc., etc., c'est ce que les théologiens appellent inspiration de direction. 11 est évident néanmoins que, dans les prophéties et les vérités auparavant inconnues , il faut admettre Yinspiration de suggestion quand au fond des choses; et il parait que, dans les endroits les plus importants , on peut l'étendre, à certains égards, jusqu'aux expressions, quoique toujours analogues au caractère et au génie des auteurs. Si nous lisons attentivement l*£crilure sainte, nous pouvons en quelque sorte suivre le souille de l'Esprit saint, et marquer, pour ainsi dire , les endroits où tantôt il fortifie la mémoire des auteurs , tantôt il éclaire leur entendement, tantôt il donne de Télévation à leurs idées , de la dignité et de l'énergie à leur langage. — C'est surtout le concours de ces deux espèces d'inspirations , de . direction et de suggestion, qui différencie l'autorité des écrivains sacrés d'avec l'infiiillibilité des conciles généraux (1).

248. D. N*y a-t-il pas parmi les chrétiens des disputes sans fin sur la canonicité de plusieurs livres que les uns reietlenl, et que les autres regardent comme divins?

K. Les savants des différentes communions ont pu étaler à ce sujet beaucoup d*érudilion , et conclure pour ou contre l'autorité de ces livres. Mais, dès qu'on reconnaît une fois la véritable Eglise aux marques qui la distinguent, cette controverse tombe nécessairement avec toutes les autres.

249. D. Si le nombre des livres canoniques est bien déterminé , d*ou vient qu'il y a eu autrefois iies écrits canoniques, tels que la lettre de saint Paul aux Laodiciens , qui n existent plus? Est-il apparent que Dieu ait laissé périr des ouvrages inspirés ?

R. 1* Il n'est pas certain qu'aucun ouvrage perdu ait été inspiré réellement, et reconnu comme tel par l'Eglise , parce que rien n'empêche que les auteurs sacrés n'aient tait quelques écrits sans l'aide de rinspirar» tion divine , et qui par là même n'auront pas été insérés dans le canon des livres saints. — Quant à la lettre dont il est parlé dans l'Bpttre aux Colossiens, cbap. 4, f. 16, il parait bien constant qu'elle n'était pas do saint Paul , mais des fidèles de Laodicée , comme le texte, surtout le grec, l'exprime sans équivoque. D'ailleurs, l'apôtre n'eût pas fait saluer les Laodiciens ( f 15), s*ll leur eût écrit en même temps.

2^ Des ouvrages particulièrement assortis aux circonstances du temps, ciui n'étaient pas d'une utilité générale et qui n'influaient

(t) On Dcut njouier que les dëcreu des conciles soiil fondé sur TEcriture, et ne sont qtte41nierpré* latîon du texte sacré, on les garanu de la Iradinoii. L'idée que nous donnons ici de yinspira^en de dlret* tion reul'erme encore deux autres dillérenccs.

Sti&

CATECIIiSME

pad sur les siècles à ycnlr, ont pu être cane-niques dans le temps où ils étaient nécessaires et utiles, et se perdre ensuite , lorsque la lecture en était devenue indifférente (i). 3" De quelque nature qu'aient été les livres perdfus, c'est assez que là Providence nous en ait conservé un nombre suffisant, pour que le dépôt de la révélation fut en sûreté, et riusloire sainte dûment éclaircîo et attestée. Ceux qui n'étaient pas nécessai* rcs à cet effet ont pu ne pas parvenir jusqu'à nous, sans que nous ayons rien à regreller.

Articlb II. V Ancien Testament.

§ I. — 250. D. Quel est le livre le plus important de l'Ancien Testament? ,

K. C'est incontestablement la Genèse; il est le fondement de tous les autres. Le passage du néant à l'être, la naissance et le développement de toute la nature, la cause de sa fécondité et de ses progrès y sont exprimés avec une simplicité et une force que l'éloquence humaine ne peut atteindre. On y voit, comme dans un tableau , la véritable dignité et grandeur de l'homme , puisqu'il est l'image vivante de Dieu par son ame spirituelle, libre, intelligente et immortelle {Gen. 1. 26). Son domaine universel sur toutes les créatures, dont le litre est la concession que Dieu lui en ûi au jour de la création {Ibid.). Son excellence et sa supériorité sur toutes les créatures visibles ; parce que si pour le rorps il est, comme elles, tiré de la matière» il les surpasse inflniment par ce souffle divin qu*il reçoit, c'est-à-dire, par la divine origine de son flme {G en. 2, 7). L'homme y apprend les égards qu'il doit avoir pour sa femme, puisqu'elle a été formée d'une de ses côtes, et tirée d'auprès de son cœur pour être sa compagne et non pas son esclave, et que rien n'est plus contraire aux intentions du créateur, ni plus déshonorant pour l'humanité, que la brutalité mahométaiîe, qui sacrifie une moitié du genre humain à la force et à la volupté de l'autre {Ibid., v. 23). On y est instruit de la respectable indissolubilité du mariage, puisque 1 époux doit quitter tout, ce qu'il a de plus cher, pour s'attacher invanableroent à son épouse, et qu'ils ne doi-^ vent avoir qu'nn'méme cœur, comme Ils ne forment qu'une môme )^hair entre eux deux (Ibid,, V. 2tk). On y lit la chute de l'homme, la cause de ses malheurs et la promesse d'un médiateur qui réparerait tout. On y découvre les raisons de l'union, de l'amour et de la paix qui doivent régner entre tous les bonunes, puisqu'ils tirent tous leur origine d'un même père, et qu'ils ne font réellement tous sur la terre qu'une même famille. Enfin l'on y apprend les sacrés devoirs de la reli-

(1) Il pnrati que le P. Fabrîcy s'élève trop foricnienl conlre celle siippoRÎtion, qui n*çiUmltie aucune cpnséquciice ficbcuse, dans ses Titret jmmhifs dfi la révilatiott ; ouvrage d'une érudilion indigeste el parasiie, et dont loulcs les vues ne sont pas également sMUiesel saines. Voyez le Jo^m. hist, fi lia,, 1 mai 1785, p. îl.

gion, le culte, ladoration, la reconnaissance. Pamour envers le Créateur, puisque Thomnif lui doit tout, et qu'il a été distingué par tanl de bienfaits, de privilèges, de grâces et d'honneur (Gen. 3, 1 lei seq.),

251. D. Est-il bien certain que Moïse esf l'auteur de la Genèse et dcs-quatre livres suivants qui forment le Penlaleiique?

R. Quand ce ne serait pas Moïse, mais quelqu'autre auteur choisi de Dieu pour écrire l'importante histoire de la création, 1^ vie des premiers hommes, rétablissement du culte divin, etc., cette histoire serait tout aussi respectable qu'elle l'est pour être l'ouvrage de Moïse. Au reste l'on ne peut douter qu'elle ne soit eiTectivcment de lui, sans contredire tous les historiens païens , juifs , chrétiens, et sans se mettre dans le cas de ne pouvoir attribuer aucun livre à ouelqu'auteur que ce soit , puisque jamais homme ne fut plus constamment et plus universellement regardé comme auteur d*un livre que Mojfse l'a été du Pentateuque. Les preuves en sont entre les mains de tout le monde; Huet, Bonfrère, Calmet» tous les Interprètes de l'Ecriture, tous les apologistes delà religion en ont montré Tévidence, et ont Répondu a toutes les obieclions des raisonneurs (1).

352. D. A quoi sont réduits ceux qui rejettent les livres de Moïse?

R. Â errer dans l'espace de l'imagination , à nous vanter le chaos indéchiffrable des bîs^ toires de la Chine et de l'Egypte, i nous par-^ 1er de Sanchoniaton, de Zoroastre et de livres indiens , dont on ignore l'époque et tout ce qui peut fonder le récit d'un auteur. Il semble qu'on veuille suppléer à tout cela par des citations pleines de suffisance, répétées d'un air qui annonce une érudition profonde dans les histoires les plus reculées. Il n'y a que les disciples du maître oui enseigne ae la sorte qui y soient trompes. ...• Si notre religion était fondée sur Sanchoniaton ou sur Zoroastre (2} , nps Philosophes auraient beau jeu ;

(l) Démonsi. ëvang., prop. 4, cap. 1.— Bonrrorîi Pricloquia in scri(it. sac., cap. 7 , de Anetoribm ilbrornm $acrœ scripturœ, in edit. Menochii a P. T<mrimmine. — Calmcl, préf. sur le PeiitateiN|<ie , t. ff, p. 9. — Bergier, apol. de la rel. clirét., t. 1, e. 1 , S 2. -^ Dictionn. paiL de la rel., art. Moûe^ etc. — Bossiiet {Diturt* $ur le$ ptaumei , dict. préUm. ) observe que dans li*s Psaumes on trouve plusirurs endroits copiés du Peiiiateuqne, et que par conséquent ce livre exisiail avant David et les anires auteurs des psaunnes, qi^il ne peut être atiribiié à Esdras, eic.

(i) 11 ne nous reste de Sanchoniaton q«e quelques fragnienu que MM. Dodirel et du Pin regardenl comme des pièces supposées. C'est un aoieur plié-~ nicien, qu'on d'il :iToir vécu à peu près deux mille ans avant Jësius-Clinsl. — M. Huet (Dém. étasigét.^ p. 75) prouve assez bien que Zoroasire est un personnage fabuleux ; assertion qui a é(ë mise dans un nouveau jour par M. Moiners^ dans un discours pro* nnneé h r:icaJémie de Gceiiingen, le 18 septembre 1779. Le philosophe deFerney, grand udmiraieur de Zoroastre, ayant vu k traduction que M. Anquetil du Perron eu a donnée, est convenu de bonne foi que c*éiait un fatraê abomituibU dont on ne peut lire deux pagei ians avoir pHié de la nature liumaine, Noitraân^ mus , ajouie-l-il, et le médecin des urines sont des geus raisonnables en comparaison de cet énarguinème*

t05 rilILOSOPIltQtJE.

ces messicars sont bien moins délicats qiio les théologiens dont ils méprisent la crédulité.

{II. — SS3. D. NV a-t-it pas dans la Genèse des choses tr^ndifflcilcs à concevoir? Poor qneUes raisons, par encmpie, Dieu, qui réunît dans un moment les rejsources de tous les siècles, a-t*il mis six jours à produire le monde?

H. Si pour être convaincu de la vérité d*un fait opéré par la puissance de Dieu , il faut connaître tontes tes raisons que Dieu a consultées dans lef secret de son conseil , on no conviendra plus de rien , on contestera tout , on doutera ae tout. Pourquoi Dieu a-t-ll fait le monde? Pourquoi le laisse-t-il subsister depuis plus de six mille ans? Pourquoi a-t-il créé des corps , et ne s'est-il pas contenté de créer des esprits , qui seuls peuvent le connaUre et Vaîmer?— Pourquoi n'a-t-il pas créé tous les êtres à la fois? Pourauoi faul-il qu'une iôngae suite de siècles amène succèssîrement la totalité des hommes , comme six fours ont achevé par degrés rarchilecture du monde f

25%. D. Comment comprendre la tentation d'Eve, et le langage du serpent? Faudra-t-il réduire tout cela en métaphore , et recourir au sens figuré?

K. Dès que Ton veut rejeter tout ce qui ne se conçoit pas aisément , il faut elfacer les deux tiers de l'histoire , et nier les faits les. plus incontestables'. — Il n*est pas raisonnable de iuger d'un livre par un fait ; c'est du Eût qu il faut juger par Tautorité du livre. La

chute du premier homme et ses circonstances sont Fiées avec tontes les preuves de la rêvé- I ition divine. Il faut, avant que d'en porter un jugement, consulter Tcnsemble de la doctrine chrétienne ; entrer, pour ainsi dire, dans les préliminaires de la foi; médfter les grands inolifs de crédibilité qui font évanouir tout genre d'objection particulière, et donnent de 14 certitude a des événements, oui dans un état isolé ne mériteraient sans doute pas la même croyance (1). — Y a-t-il effectivement

(l)>Cesl en ce seAs que S. Cyrille diâ.iU que pour nTÀre point arrêté par les difficultés pariiculièresde quelqees passages de rEcrilure sainte. Il fallait une mpôiiUau sincère à professer Tensemble des grandes férilës d^ la (oi, (Jipui est ut qui voiunt ScriplU' ras imtttttgare parati ad (idem sint : Nisi enitn crediderilfs non inteUigitis {IsaL 7, 9) , quidam ail propètu. CvrilL Alex. J/ieiauri, 1. 15, c. i. — Il y a des TérBies qui ne sont pas faites pour être préseniëes (lirefilenent à Pesprit ;. elles le révoltent, quand elles voui à lut en droiture ; elles blessent sa petite logique ; il D*y comprend rien, ce ne sont que des ab- «udilés pour lai. Il faut d'abord Toccuper d*aulres 9S$ertious qu'il adopte sans peine, et lui faire voir ensuite leur étroite umon avec celles dontrli croyance paraii devoir trouver plus de résistance. J*al onnu ■a iMnoie profondémeiit instruit, qui ne répondait iaïaais direelement aux- dilOculiés ftpécieuses qu*oiv lui Mpenit sur le texte sacré ou sur quelque dogme de la reKgÎQii. Il amenait soccessivemeat des vérilés reoMMMB al inoontestables, par la considération ûaa^uslles U» diflknliés s^évanouissaient , ou dimifluatcot de manière à ne laisser dans Tesprit aucune lépQguanceà-adopier la cré^tncedorarticle contesté. — La théologie rentre à cet égard dans la côodiiioii

une si fraude difficulté à concevoir qu*un esprit agite l'organe d*un animal , et forme des sons articulés (1)? qu'une femme se laisse

Î persuader par des chimères flatteuses? que *orgueil,la curiosité , la gourmandise se réunissant dans une seule tentation, opèrent là chute d*nne créatut*e faible, placée dans uu état d*épreuvc ? — Pourquoi réduire en métaphore ce que le sens littéral explique beau* coup plus raisonnablement que le figuré? On a voulu également chercher la métaphore dans le fruit défendu, pour en faire un commentaire absurde , désavoué par le texte sacré, par Texplication unanime des Pères, par le sentiment uue TEglise exprime dans toutes ses prières (^). Toutes ces interprétations arbitraires sont peu heureuses; et leurs auteurs, en.s*écartant de l'autorité de la lettre, de la tradition , de l'unai^imité des docteurs catholiques , doivent attendre le succès destiné à toutes les produclions d'une imagination égarée (3).

des autres sciences ; vouloir en juser par quelques notions élémentaires, c*e:>t anéanur Tintérét et la dignité de Tcnsemble. Que penserait-on de la géométrie, de la physique, de Tastronomie, si on s'arrêtait aux premières leçons qu'elles pré.>eutHiii , et dont on ne connaît rimporiaiice et l:i vérification qu'après des combinaisons et des conséquences sans nombre ?

(1) Il faut que Thistoiro d'Eve, séduite par le démon revêtu de la figure dû serpent, soit d'une connaissance cl d'une croyance bien anciennes parmi les nations païennes, puisque la fable d'OpUionée est indubitablement greffée sur cet événement et sur la chu le des anges qu'il suppose. — Ceux qui, pour criciquer ce langage du serpent, Pont rapproche de celui de diflërenis animaux ou de substances inanimées, d<mt il est fait niention chez les niicieiis historiens et les mythologisles(V(w. ^. CyrjL d*Alex. lib, 5, eanira /u/toii), n ont pas fait sttenii »n qu'ils.

f trouvaient, sans le vouliâr, qu*on a cru dans tous es temps que les puissances invisibles pouvaient produire des sons articulés dans la bouche d'un animal ou même d'un être sans vie.

(2) Corneille Agripp et Ucverland ont avancé que la cbuic de nos premiers parents ne provient pas du leur désobéissance à regard du fruit d'un arbre, mais d*un commerce cliarnci ; opinion absurde, réfutée par le texte même de la Genèse, qui ordonne aux deux époux de couvrir la terra de leur postérité. On peut voir sur ce sujet le traité de Léonard Uyssen : Justa delestatio libelli Beverlandi, de Peccaio originnli, in-8., 1680. C'est une bonne réfuUtion de ce paradoxe révoltant , contraire non seulement , comme je viens de le dire, à Tordre établi pour la reproduction et la perpétuité de l'espèce humaine , mais à la croyance constante de l'Eglise catholique , qui a toujours pris dans le sens littéral ce que la Uenèse nous apprend de la prévarication du premier homme ; comme elle s'en explique dans toute sa \v* turgie, et particulièrement dans la messe de la pas* slon : Salutem humant generis in ligno crucii consiituini: ut uttde mon oriebatur, inde vila reiurgeret ; et qui in ligno vincebal, in ligno quoque vinceretur.

(3) Ne nous efforçons p:is de ramener h nos idées, à nos usages, rhistoire et la tradition de nos pères , de juger de tout par les opinions et les goûts d'un siècle affété et suflisant. Respectons le secret de !'£• temel ; laissons à l'Ecriture les ténèbres dont bi plus haute et la plus vénérable antiquité, Télat gradué et respectif des notions humaines, les vues se crêtes de Dieu; lc& moyens variés et lecomU de sa providence I ses merveilles toujours multipliées à

CATËCUISIIE

Si55. D. Comment un homme aussi éclair^ «lu^Adam a-4«il pu se pénuadcr qu*en mangeant du fruit défendu il deviendrait sembla-:

ble à Dieu ?

D. 1* 8. Paul nous apprend au* Adam ne fut ni trompé ni persuadé, et qu'il ne pécha que par complaisance pour son épouse (1).

8* Quand Dieu éprouve Ies,hommes, il affaiblit pour quelque temps factivilé de ses S races et de ses lumières. Ce sopt des temps e ténèbres où Ton voit encore assez pour se conduire , mais où il est plus aisé d» s'égarer; où Ton peut encore faire le bien» mais où il faut de plus grands efforts pour le fai-

S* La chute d'Adam est-elle beaucoup plus inconcevable que celle de Salomon , ce prodige do science et de sagesse » qui fut aveuglé par des femmes jusqu'à substituer au rrui filou qui s'était manifesté à lui d'une manière si sensible, des masses de bois et de pierres... Ne voyons-nous pas au milieu du Christia-*nisme des hommes qui passent pour éclairés, sacrifier leur loi et leur conscience à la gourmandise d'un moment?.... Qui peut y hélas I calculer les ressorts et les effets de la séduction f dÀerminer l'espace , souvent fort étroit, qui sépare l'homme le plus juste et le

I dus sage de l'iniquité la plus grossière ?I>eicta quii inielligit {Pial. 18) ?

256. D. Si le démon a abuse de l'organe du serpent pour séduire nos premiers pères , Moïse ne devait-il pas commencer son récit, par la chute des anges ?

R. Un homme qui écrit rhistoirc du monde visible n'est point obligé à faire l'histoire des anges. Qiiuind un fait étranger a quelque rapport aux choses qu'on écrit, s'il est connu d'ailleurs, et qu'il faille de grands détails pour en Caire l'histoire , on le suppose. Les Juib connaissaient tr^-bicn la chute dos anges rebelles , puisqu'il leur est défendu de les consulter, et d'employer leur service. (Uvii. t9,31;15, 6;Deut. 18). Et c'est peut-être pour ne pas réveiller l'inclination de ce peuple pour la superstition et la ma^ie, que Moïse ne s'est point appesanti sur l'histoire des démons. — 11 est absurde de dire , avec un auteur forcené ( Dtcl. phiL, art. Aaçe ) , que la chute dés anges est le fondement du Christianisme ; quand il n'y aurait jamais en d'anges» quand le démon n eût point tenté

raison de la simplicité des temps, le génie ou le langage des auteurs saints , etc., ont enveloppé ces grandes annales de la religion : laissons ce voile auguste et respectable à tant d*égards reposer sur les objets qtril cache, plutôt que de rendre ce dépôt prérienx (déjà confié , hëlas ! à des mains trop Taibles) sujet à i^itiqulétude de rimaglnation , à la fantaisie des savants factices, k IVHalage d^une érudition illusoire, à des discussions grammaiicales, toujours euniiyanics et pédantesques, souvent dirigées par des Tues dangereuses, et dont les sectaires de tous Uis siiccles ont su tirer un parti si funeste à Féglise de Jésu»^lirist.

(I) Adam non eu iedutius , muUer auteiu teducla m firœrarkaiUmt fuh. i Tjro. 2.

(î) Voyei le pèrç Bourdal.; Sermon sur TEpiplian. prem. part. Le célèbre orateur explique celte vérité d uue manière admirable.

Eve , que cette femme n^cût succombé qu'à sa curiosité et i sa convoitise , et que le lan^ gage du serpent ne fût qu'une allégorie « quel changement y aurait-Il eu dans la reli^ gion ?

257. D. L'existence de ces esprits mal veil lants et envieux, réprouvés deDieu et bannis du ciel est-elle bien certaine ?

R. L'on ne peut en douter sans résister A tous les motifs qui peuvent' fonder une croyance. 11 n'y a qu'à ouvrir les œuvres de Platon, de Plutarque, de Porphyre et d'une infinité d'autres auteurs paYens , pour être convaincu que toute l'antiquité païenne a reconnu l'existence des démons. Les plus gavants philosophes modernes, Locke,Clarck, LeibnitZy Newton en conviennent comme les anciens. Les Pères de l'Eglise, qui ont ou défendu le Christianisme , ou combattu l'idolâtrie pendant les premiers siècles, démontrent la même chose. Enfln les livres divins en font un point de foi. CHi ne peut donc nier leur existence sans élever ses idées sur les ruines de toutes les autorités , et sans se charger de l'explication d'une infinité d'événements incontestables qui n'ont pu se faire sans l'intervention des esprits (1).

258. D. Comment des intelligences célestes ont-elles pu s'aveugler au point de vouloir s'égalera Dieu?

11. 1* Comment des hommes qui prétendent posséder toutes les richesses du génie , peuvent-ils s'aveugler au point de nier l'existence de Dieu ? ce qui est tout aussi absurde quede vouloir lui être égal. C'est qu'il n'y a rien dé si absurde que la raison ne-puisse se persuader à un certain point , quand une fois elle s'écarte des lois de son auteur et des lumières qui doiv£nt éclairer sa marche.

2" L'Ecriture, qui nous apprend la chute des « anges , ne nous instruit pas de la nature do leur délit. Les saints Pères ne nous ontdon^ né <]ue comme des conjectures ce qu'ils ont écrit là-dessus. Quelques auteurs modernes, qui ont voulu en parler avec certitude , paraissent avoir trop écouté les leçons d'une théologie inquiète et d'une curiosité déplacée. Le passage d'isaïe que quelques orateurs ont appliqué à celte matière regarde à la lettre le roi de Tyr , et peut tout au plus convenir au chef des anges rebelles dans* le sens figuré. Dès lors l'on ne peut s'appuyer

(I) Celte réponse de TAutetir est Lien taible ; et c*est un singulier argument que l'autorité de toute rantiquiié laienne, c'est-à-dire de tant d'Jiommes qui niéconnalssaleot Tunité de Dieu, chose beaucoup plus évidente que Texistence des démons. Celle-ci n*élant même qu^un fait très-eontingent, ne peut être connue d'une manière sûre au même probable

a lie par la révélation ; et toute opinicm fondée sur ' 'autres motifs est absolument sans valeur. Si New* ton, Letbnîiz, et bien d'autres croyaient à l^xis* tence des esprits , c^étsit dans leurs doctrines religieuses qu'ils puisaient cette croyance. Quanta l'interveniion des esprits dans les choses du monde matériel , la religion nous apprend qu'elle a eu lieii quelquefois et à des éftoques fécondes en mirades. Mais quoique cette intervention ne soit pas impossible, il est sage de n'y croire dans chaque cas particulicr qu'avec la plus exirémc réserve. (L. D.)

«as

PillLOSOPlUQUfi.

sur lottte Ift fotee des esprcastoas , qui d'ailleurs sont éyidemmeni métaphorioucs , tant à regard du roi de Tjr qQ*i regard des anges(l).

. 299. D. Si le démon a parlé par la bouche du serpent, pourquoi la malédiction de Dieu est-«lle tombée sur le serpent même ?

R. L'Impression de la instice de Dieu ne

Sovait être sensible à Adam el à Eve, que BS le sort du serpent ; le châtiment du démon déjà rélégué aux supplices éternels

échappai! A leurs regards Il est inutile

d'examiner si la nalc/edu ser|>enl a souffert qoelqne révolution par l'iniquité de son ministère, on bien si sa situation naturelle Tut clmisie de Dieu pour exprimer et transmeltre aux entants des nommes l'idée de la malédiction divine. Bst-îl raisonnable de contester fa vérité d*nne histoire parce qu*on en ignore une eirconstance (â) ?

I m.— S60. [ D. L'histoire de HoYse n'cstelle pas démeitie par le témoignage des sciences nalurelies » telles que la géologie et la physjtfue j et par Tautorité des monuments de l'histoire proEsine ? par exemple, son tahiean de la création est-il conforme à ce que la sdenoe nous apprend des révolutions du globe et de l'organisation de l'univers ; et de plus le monde n'est-il pas plus vieux que la Genèse ne le suppose?

R. Il n'y. a rien dans l'histoire Mosaïque qui soit contredit par le témoignage des sciences, lorsqu'il ne s'agit que des faits bien avérés ; et qnant à l'antiquité du monde , au point de vue historique, il n'y a rien dans les monuments sérieux de l'histoire profane qui ne s'accorde avec les dates de la Genèse.

961. D. Il semble néanmoins qu'il en est autrement A ces divers points de vue. En ce

3ui concerne d'abord l'Age du monde, l'étude es diverses couches minérales qui composent récoTce de notre globe, semble attester qu'il a M soumis A de grandes et nombreuses révolutions dont Moïse ne dit pas un mot ; et de pins il est manifeste que la formation de ces couches nombreuses exige un intervalle de temps fort supérieur A celui qui se serait

(I) Im cœlmm eonicendam^ ^per aura Del exahabo sêbmm meum. Sedebo in monte teilameiUi, in lateribui aqnloms, k. 14, 15.

(3) Nous passons sotis silence des subtilités sans nombre que nnerédulîté oppose k l*autorilé de la Ge« nèse, et nous renvoyons aux Interprètes qui onliralié amplement ces matières : c'est chez eux que nos philosophes ont chercfaé ces objections, ii est juste d*y chercher les réponses. Ou doit consulier surtout TouTrage de M. Diigiiet , Explieat. de la Genèse^ 6 vol. in-8. Quoique les explications de Tauteur soient f|iiclqoefois plus allégoriques que littérales, elles réliandent en général oeaueoop de jour sur ce livre ftindamental. rajouterai cette réflexion d'un sage sur quelques faits extniordinalres contenus dans les ii- Yres saints, et partlcnliérenienl dans la Genèse, i Ce bit prtence à rimagination un objet qu'elle n'admet qn^avee peine; mais c'est oeue invraisemblance même d\ia fait rapporté dans une histoire sérieuse et respectable qui persuade à ceux qui réflécliisëent (pe le fait, n'est point cootronvé. Les imposteurs sonC imitateurs et plagiaires. S'ils se plaisent à étonner Hmaginalion, ds se gardent bien de la rebuter fratuitenieBl. »

écoulé jusqu'ici d*après le témoignage de MoYsc.

R. Il n*cst pas nécessaire d*entrer dans de grands détails, ni de Taire beaucoup de scienco géologique pour prouver que les faits qu'on signale ne contredisent pas le récit de la Genèse. Car, en mettant de c6té toutes les autres explications, il suOit défaire remarquer que Moïse fait Thistoire de l'organisation du globe, tel que Dieu Ta établi pour Vhamme dans un intervalle de 6 jours ; mais qu'avant celle dernière organisation beaucoup d'autres ont pu se succéder pendant tant de milliers do siècles qu'on voudra , et que bien des révo^ lutions ont pu accumuler les uns sur les autres les débris de ces divers systèmes. L*histoire de l'organisation adamiqtêe , commence à ces mots : Et terra erat inanis ; mais rien né prouve qu'il n'y ait pas un intervalle immense entre le moment auquel ces mots s'appliquent et la création primitive désignée par ces mots, In principio creavit. Or, s'il cn'cst ainsi. Moïse n'avait nulle raison de nous faire rhis toire de ces systèmes qui étaient lout-àfait étrangers à l'homme. En admettant cette idée bien simple, la Genèse n'a plus rien à démêler avec la géologie ; et les savants peuvent ' faire sur ces révolutions nombreuses qu'ils croient reconnaître au sein de la terre autant de systèmes qu'ils voudront , sans que la Genèse les contredise, ou soit tenue de leur répondre.

262. D. Cette solution de la difCculté est en effet très-commode et très-simple; mais est-elle bien d*accord avec le texte de l'Ecriture , eL de pareilles suppositions ne sontelles pas téméraires ?

R. Kien n'est plus inoffensif pour le texte sacré qu'une pareille supposition. En effet personne ne contestera, sans doute, que Dieu n*ait pu donner à la matière plusieurs organisations successives , sans y rattacher rhomme , ou avant de la mettre en rapport avec lui, qu'il n'ait pu la prendre dans 1 état de son dernier chaos , et la disposer pour en faire le séjour de l'homme ; puis inspirer un ' écrivain pour nous faire L'nistoire de sou origine et de la dernière organisation dont l'homme était le but, sans lui dire un tnot des faits antérieurs qui étaient sans rapport avec lui. Enfin il a pu, après avoir proclamé par la bouche de l'historien inspiré le fait initial de la Création de la matière , lui faire passer entièrement sous silence les faits subséquent3, et commencer son histoire par ceiix-ià^ seulement qui avaient pour but la création- de l'homme. Si Dieu a pu tout cela , il est donc parfaitement légitime d'interpréter le texte dans ce sens ; ii est raisonnable de le faire lorsqu'on y est conduit par dos considérations extrinsèques d'un certain poids. 11 n'y a jamais témérité à supposer des faits dont la Bible ne parle pas , quand , d'une part , elle ne les contredu nullement , et que d'ailleurs ils s'accordent sans aucun embarras avec tous ceux qu'elle révèje.

262i)is. D. Mais du moins Moïsene devait-il pas parler de certains faits desquels on est porlé à conclmc que notre globe a passé par

CATEQliSUh

iU

des révolutions singulières dont la lecture de la Bible ne nous donne certes pas Tidée. Par (wcmple, sa forme aplatio aux pôles et le fait demoutré de sa cfiaicur centrale intérieure ne déposent-ils pas en faveur de rhypothèse qu'elle a été et qu'elle est présentement encore une masse en fusion; et que- la surface seule de cette lave incandescente est aujourd'hui figée? Or non seulement on ne voit rien de semblable dans la Bible, non seulement le réciide Moïse parait s*accorder mal avec cet état primitif de la (erre ; mais encore ce fait capital donne beaucoup de consistanoe aux hypothèses qui font sortir la terre du soleil, ou lui donnent quelque origine analogue.

K. l'Le fait de la chaleur centrale de la terre n'est nullement prouvé ; il est certain seulement que la température va croissant à mesure qu'on s'enfonce au-dessous de sa surface ; mais jusqu'où s'étend cette progression , c'est ce que l'on ignore. Il est possible que la source de cette chaleur interne ne soit pas très-éloignée de sa surface ; qu'elle soit due, par exemple, aux actions chimiques

3ui s exercent entre les corps simples, et onneni lien aux combinaisons dont se composent les couches supérieures du globe.

Cette manière de voir est adoptée par une grande partie de savants qui répudient pour beaucoup de raisons Thypothèse de Tincanûescence centrale.

2** Omettons néanmoins cette incandescence. Rien ne prouve que Dieu ait dû placer la matière dans telles conditions de température plutôt que dans telles autres. Il a pu créer notre globe chaud aussi bien que froid, incandescent aussi bien que gelé; et nous jugeons mal de la température à laquelle il a dû le soumettre dans l'origine par celle où nous Yivons nous-mêmes. Il a fallu seulement qu'il en disposât la surface pour qu'elle pût s'accommoder à notre organisation ; mais quant A l'état primitif de cette masse rien, encore une fois, n'établit qu'elle dût être à zéro plutôt qu'à une température de 25,0.00 degrés. Si elle à été primitivement liquide 'au moyen du feu, on peut attribuer à sa rotation, dans cet état, sa forme aplatie. Mais on peut supposer également qu'elle était à rétat liquide par d^iitres causes; qu'elle offrait, par exemple , une masse limoneuse , comme semble l'exprimer la Genèse ; or, par Teffet de sa rotation sur son a:i^e, pendant les deux premiers des six jours , elle a pu s'aplatir a ses pôles, et conserver cette forme subséquemment, quand Dieu la solidifia au troisième jour.

Donc il n'y a rien dans l'état actuel de la science qui contredise la Genèse sur la question de l'antiquité et de l'origine de notre globe.

263. D. Mais n'en ost-il pas autrement, si l'on envisage non l'antiquité absolue de la masse de la terre, mais l'état de sa surface, rage de nos continents? N'est-il pas reconnu que certains fleuves ont formé des aiterrisseinents étiormes , dont la formation exige plus de 50,000 ans? C'est ainsi que le Delta de

l'Esyple <^st uû dépôt du Nil ; la Lombardfe a été, déposée par le Pô; une partie de l'Inde

J>ar le Gange; le Latium par Je Tibre, etc.? In&n n'a-t-on pas reconnu que certains volcans, tels que l'Etna et le Vésuve , avaient vomi des laves dont on reconnaît les couches inférieures, après phis de 14,000 ans?

11. 1** Non seulement aucun fait ne démontre l'antiquité antibiblique de nos continents comme nous allons le prouver, mais il en est un grand nombre qui établissent leur récenco eomparative. Néanmoins, comme leur état primitif a été modifié par le déluge, .c'est une question que nous aurons à discuter plus loin. 2" Les faits cités , et particulièrement les atterrissements fluviatiles ne prouvent absolument rien.

En effet , rien n'est plus gratuit que l'assertion qui attribue au dépôt des fleuves la formation totale des terrains sur lesquels ils coulent. En supposant les observations bien faites, et matériellement incontestables , en faisant abstraction d'une foule de difficultés et d'objections sérieuses qu'on peut leur opposer , rien n'est plus simple que d'admettre un ten:ain préexistant aux dépôts , terrain à travers lequel les fleuves auront coulé depuis un temps quelconque , et qu'ils auront exhaussé et étendu par leurs sédiments. Il est manifeste que, s'ils ont pu déposer sur leur fond primitif les roches pulvisculaires dont il s'agit , ils auront pu également les déposer sur un terrain primordial , comme ils le Ibnt encore tous les jours sur le terrain qui existe déjà. Or quel est l'homme qui puisse affirmer qu il n'existait pas à l'époque où les fleuves ont commencé a couler d'autre sol, d'autre terre que celle qui revêtait les flancs des montagnes , et que les courants auront entraînée avec eux? Et sHl y en avait sur ces plans inclinés, pQur(|uoi n'y en aurait-il pas eu ailleurs ?pourquoi des couches obliques, et non des couches horizontales? Or s il a pu exister un sol i>rimitif sur lequel les fleuves ont pu couler, il faudrait qu'on pût mesurer à partir de quelle profondeur ce sol s'est e;Khaussé par le dépôt de chaque Oeove, pour pouvoir faire un calcul sur l'ancienneté de ces dépôts. Or c'est ce qu'on n'a pas encore songé à faire, et ce qui même ne serait pas possible.

En ce qui concerne les volcans , on a t!r6 des conclusions très-hasardées d'observations très-mal faites. Pour ne parler que du fait le plus cité et le plus remarquable en ce genre, Brydone avait affirmé qu'ion grand nombre de concises alternatives de laves et de terre végétale se succédaient dans un terrain à raie réale où l'on avait creusé un puits, et il supposait que la formation de chaque couche de terre exigeait deux mille ans. Or il ne faut pas le dixième de cet intervalle

Î)Our la formation de couches épaisses suc esquelles de grands arbres peuvent végéter ; car la lave due à l'éruption de l'Etna en 1636 , est aujourd'hui couverte de bois.

Enfin en admettant qu'on découvrit d tns les produits volcaniques des preuves d'une fintiquilé qui excède la chronologie de la Ge«

rilUi>SOPIllQU£.

nése (ce qu'on ne fera pas), on pourra Ifts rapporter k ccUo époque antérieure ou rhommcn^existaîtpas encore: mais c^cst là une ressource dont nous n'avons assurément

pas besoin.

964. D. N'a4-on pas considéré les six jours de la Genèse conmie autant de longues périodes de durée indéterminée, pendant lesquelles ont en lieu les révolutions dont notre globe a été le théâtre? Peut-on admettre ce système : et dans le cas contraire, quelle idée fattt-41 se foire des jours de la création?

R. L'hypothèse des périodes indéterminées Tait trop oe violence au texte , pour aue des esprits sérieux puissent s'y arrêter. Elle suppose qu'après la création de chaque jour ou de chaque époque , Dieu détruisit son oeuvre par d'iounenses révolutions, et se servit du sol bouleversé comme de support à une créalioii nouTelle. Or le texte sacré donne-t-il à entendre rien de semblable ? De plus il en résoJte une foule d'embarras relativement aux espèces conservées. EnGn Te mot yom, qui signiCe littéralement jour, n'est employé pour désigner une autre période aue dans des cas fort.rares où son sens est aéterminé par d'autres mots ou par les circonstances évidentes du récit.

Il n'v a pas de raison pour ne pas considérer les jours génésiaques comme de véritables jours de vingt-quatre heures détermina par une révolution de la terre sur son axe. Sans doute Dieu n'avait pas besoin de semblables intervalles pour accomplir son œuvre : mais il était libre de les employer ; et le texte prouve qu'il a jugé à propos d'en agir ainsi.

265. D. Mais en admettant des jours ou plutôt des réyolutions terrestres de vingtquatre heures, alors qu'il n'y avait pas encore de soleil , comment le jour peut-il être dîstinruè de la nuit? D'un autre côté , comment la lumière a-t-elle pu exister dès le premier jour avant le. soleil et tous les astres T

R. On sait aujourd'hui que la lumière est un fluide ayant une existence indépendante, et qui est mise en Vibration par les corps dits lumineiuc , comme Tair est mis en vibration par les corps sonores , indépendamment desquels il existe. Ost même là une circonstance véritablement merveilleuse du récit génésiaque;. Assurément tout le monde est porté à croire que la lumière émane du soleil et des étoiles; et Newton admettait avec le yulgaire qu'elle était la substance même de ces astres lancée par eux de tous oAtés dans l'espace. Or, malgré cette sorte d'éridence, l'écrivain sacré afQrme dès le début de son livre que la lumière existe avant tous les astres l Et voilà qu'aujourd'hui la science lui rend les armesJ Cette absurdité de la Genèse, est devenue une vérité démontrée; et pour arriver là, il a fallu tomber sur des expériences desquelles résulte cet «ncroyable paradoxe : Que la lumière ajoutée a de la lumière donne de l'obscurité. r^'est-ce pas là pour récriyaiu bibli<fue un

caractère d'inspiration bien manifeste ?

Cela posé , rien n'est plus facile à comprendre que les jours sans soleil et les jours distingués dos nuits. Si la sensation lumineuse est produite par les vibrations du fluide éthéré , Dieu a pu produire ces vibrations immédiatement, et ne conGer ce rôle aàso« leil que quelque temps après. Or le fluide vibrant conime si le soleil l'eût ébranlé, et la terre tournant sur son axe, ses diverses parties ont dû être successivement dans la lumière et dans l'ombre ; de là les jours et les nuits, comme si le soleil eût rempli ses fonctions actuelles.

266. D. Mais si le soleil et les étoiles n'ont été pour animaux ci-dessus . .

création antérieur à celui que nous raconte Moïse , comment , dis-je, expliquer en eux l'existence de l'organe de la vue?

R. 1* Rien n'oblige à supposer que les astres ont été créés le &' jour. 11 est permis de croire qu'ils existaient déjà, mais dans l'état d'inertie qui les rendait invisibles. Qu'au 4* jour Dieu leur ait confié la fonction de faire vibrer la lumière, alors, mais alors seu- Ijemenl, ils auront été visibles ; et il est possible que cette modification soit ce que l'écrivain sacré indique par le mot fectt. Il est remarquable en eiTet que le mot employé ici est différent du mot qu'on trouve au premier verset pour indiquer la création de la matière. Remarquons aussi qu'il n'est pas question non plus de la création de la lumière au premier jour ; et que le commandement di« vin SU lux peut représenter l'effet résultant de la mise en vibration du fluide éthéré, puis* que^ans cette vibration la lumière est comme si elle n'existait pas.

2* Conformément à cette dernière remarque, la lumière a pu exister sans les astres avant la création de l'homme; et les vibrations être produites soit iinmédiatement par Dieu, soit par une cause physique diflférente que nous ignorons.'

§ IV- — 267. D. Si les sciences ne peuvent convaincre d'erreur l'écrivain biblique en ce qui concerne l'antiquité de la terre, n'en est-il pas autrement des monuments de Tliistoirc profane? La chronologie de la Bible né saurait s'accorder avec les annales de difTérents peuples qui débordent de beaucoup l'époque clu déluge.

R. Nous croyons qu'il est très-facile d'ac-* corder la chronologie de la Bible, avec les anna'es authentiques des anciens peuples. Mais il faut adopter, il est vrai, la chronologie des Septante préférablement à la chronologie vulgaire. Suivant^ celle-ci l'époque du déluge ne serait antérieure à notre ère que de 2,357 ans. Suivant les Septante, un intervalle moyen de 3,000 ans séparerait ces deux époques.

268. D. Mais la chronologie des Septante est-elle légitime, existe-t-il pour la préférer à l'autre des raisons intrinsèques ?

R. Cette chronologie e9l parfaitenent lè«

gittme , et r^esX ftur quai loas les Chrétiens sont d'accord. Elle a été suiric exclusircmcnt dans les jpremicrs siècles de FEglisc, mémo par des Gondies œcuméniques, et elle Test encore par le Martyrologe romain.

Pour ce qui est aes motifs qui doivent lui faire donner la préférence sur la chronologie vulgaire, ils résultent principalement de Tacrord qui existe entre le texte grec des Septante, le texte samaritain, et le texte de l'historien Josèpho, qui a composé son ouvrage sur i*exemplaire hébreu du temple, qui était le texte ofaciel à son époque. Il existe, il est vrai, quelques embarras pour pouvoir concilier différents passages (le Josephe qui favorisent tantôt rune , tantôt Tautre chrono^ logie , ce qui vient de ce que les différents copistes les ont altérés , chacun selon son système. Mais comme au frontispice de son ouvraee Josèphe déclare embrasser. un es-

5 ace de 5,000 ans, chiUre qui se trouve ans tous les exemplaires sans exception, et que depuis la création d'Adamiusqu'à Josèphe, il ne s*est écoulé que fc,000 ans, selon la chronologie de la Vulgate, il est évident que Josèçhe a suivi la chronologie des Septante. D*où il résulte que l'exemplaire que les Septante ont traduit, que celui que Josèphe avait sousles yeux , et enfin le Pentateuqne samaritain qui leur était étranger, se trouvaient d'accord sur la chronologie. L'autorité est donc en faveur de ceux-là, et nullement pour le texte hébreu, postériçur a la ruine du temple , alors que la Synagogue n*avait plus ^existence légitime ; .texte sur lequel 8. Jérôme a fait sa traduction latine. Aussi la chronologie des Septante est préférable, même indépendamment de son accord avec les monuments authentiques de l'histoire profane (1).

269. D. Cependant la Vulgate n'a-t-elle pas été déclaree authentique par le Concile de Trente ?

R. Oui sans doute ; mais cette déclaration d'authenticité laisse en dehors la question de chiflk^s, comme en conviennent plusieurs théologiens du concile, et comme l'atteste Baronius, qui fait remarquer que l'Eglise romaine continue à suivre la chronologie des Septante. Le second Concile œcuménique do Nicéé a adopté formellement celle-ci ; et le Concile de Trente n'aurait pu le contredire.

M9bis. D. Eh bien I même en se rattachant à. la chronologie des Septante qui place l'époque du déluge 3,000 ans environ avant notre ère, cet espace n'est-il pas trop restreint pour admettre les prétentions de plusieurs nenpies à une antiquité beaiicoup plus haute? Les Chaldéens , les Egyptiens , les Indiens , les Chinois présentent des annales qui semblent incompatibles avec les cbilfres bibliques.

R. Si nous examinons avec quelque soin ces prétentions, nous reconnaîtrons aisément que bien loin do contredire la Bible ,

(I) Voir, pour le développetiienl de celle tlièse, la ÊHuertation Uuine #n ftneur de la ehron. des SeptanUf tome 3 d'Ecrinue sainlSj dans les Cmrri complets.

lés monuments aulhcuHques de l'histotre

Erofano s'accordent parfaitement avec elle, ntrons dans les détails.

Pour ce qui est des Chaldéens , personne ne prend au sérieux les 7 à 8 cent mille ans

3n*ils se donnaient selon Pline. Il n'existe 'eux aucune histoire authentique qui les fasse plus vieux que la Bible elle-même ne les suppose. Le monument qui favorise le plus leurs prétentions à l'antiquité, c'est la célèbre colK*ction de 1,903 ans d'observations astronomiques que Callisthènes trouva chez eux. Or en admettant ce fait que quelque«i savants contestent, il en résulte que leurs observations remontaient à peine à ï,SOO ans avant notre ère ; et comme leurs obserrations d'éclipsés, faites 14 siècles plus tard, sont fort grossières, ainsi qu*on le volt dans Ptolémée , il en résulte que les observations recueillies par Callisthènes sont telles que los plus anciennes peuvent êtres supposées aussi élémentaires que possible, ainsi que les font les peuples nouveaux, les tribus sauvages. Donc rorigine de là nation chaldéenne peut rester encore fort en-dcça do déluge.

L'histoire des Chinois n'a rienrd'authenti*

Sue au-delà du règne d'Yao, que le Chouking ésigne comme le premier empereur de ce Says. Or le commencement de son règne est xé à Tan 2357 avant J.-G. Quelques auteurs, il est vrai, placent avant lui d'autres empereurs; en remontant j[usqu*à Fohi; mais outre une foule d'invraisemblances de détail. Il est manifeste que le Chouking ne les rejeterait pas, s'il n'avait de bonnes raisons pour cela. Il faut remarquer de plus que 1 état où Yao trouva la Chine , suivant Men^tzé, commentateur de Confucius, est celui d'une terre couverte par les eaux , par suite du défaut de débouché des fleuves ; ce qui s'accorde parfaitensent bien avecVes bouleversements produits par le déluge, et cela à une époque qui ne pouvait être fort éloignée. Enfin il faut remarquer encore qu'a- {irèsFohi, vient une impératrice, jYotia, sous aquelle il y eut un déluge. Assurément en TQilà plus qu'il n'en faut pour prouver que, avec bien des incertitudes et des altérations, la partie authentique de l'histoire chinoise s'accorde fort bien avec la Bible.

Les prétentions des Indiens sont de deux sortes. Selon eux l'humanité a passé ]par plusieurs époques composées de plusieurs millions d'années ; mais nous sommes dans une k* période, qui aurait commencé vers 3100 ans avant J.-C. , et qui aurait été précédée

Sar un déluge. 11 n'est pas besoin d'en dire avantage pour montrer autant d'accord qu'il en faut entre l'histoiro indienne et la Bible.

Enfin pour ce qui concerne les Egyptiens, la question doit être divisée. D'une part leurs annales historiques, d'autre part leurs antiquités, dont l'interprétation est ati^ounThui complète, enfin les monuments de leurs sciences, ont été considérés comme déposant en faveur d'une antiquité prodigieuse. Cxauri-* nous d*abord leur histoire,

sn

PIIHiBSOPHiam.

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Lâisianl de cAlé ke. récits iocohércols d*Hérodete et de JDiodore de Sicile, nous ne noiu oocnperons que do Tiiistoire éfyptienne i^digée par llanèUloii, el dont il ne nous reste qne des extraits, qni ne se composent néflse aae de listes rotaL^. En addUîonnant les dûms des règnes de ses Slk dynasties, on troare u total de 5,000 ans environ, qui déborde de plus de 90 siàdes les limites posées par la Bible.

Mais on ronsarqaera , 1" qnc Manéthon luî-néme, an prologue do soi ouvrage, dit ayoir leeneilli ses renseignetuents primitifs sur des colonnes , où le premiisr Hermès les avait gravés mwmt le déluge: 2" çuc les prcroièiM dynasties ont pu être simuHanccs, c'est-i-dire , récner sur divers points de TEgypte, ce qui détruit le résultat de Faddition de leurs règnes, et cette hypothèse est conforme aux faits primitifs partout ailleurs ; 8* que celte simultanéité des 15 ou 16 premières dynasties résulte manitestement de la eomparaison des listes de Manéthon et d*E* ratosCbènes (1), où les mêmes personnages ne peuvent se trouver à la même époque qu en admetttant la simultanéité. Or si les 16 premières dynasties sont collatérales, comme la 1T« ne remonte guère qu*au 22* siècle aTant notre ère, on reconnaît aisément qu'on peut les* placer toutes datas un inter* valle de S,000 ans. On trouve ainsi que la fondation du royaume d'Egypte par Menés remonterait il'an 2900; et Von a plusieurs raisons, pour considérer Menés comme Sis de Cham. Donc l'histoire égyptienne peut être renfermée dans les bornes de la chronologie biblique.

£n second lieu , le témoignage des monuments de sculpture , d'architecture et d'écriture que nous ont laissés les Efprptiens. ne dément en quoi que ce soit celui de Moïse. En eftst aucun de ces monuments ne remonte au-delà du 19* siècle avant notre ère, d'9près le témoignage des sarants qui ont aùopié avec le plus de zèle les idées les plus bvorables à la haute antiquité de l'Egypte. Or entre cette époque et le déluge il y a plus de 1,000 ans d'Intervalle. Nous ferons remarquer à cette occasion que les monuments ^yptiens ont confirmé en deux points l'autorité de la Bible ; 1* en ce qui concerne l'invasion de Jérusalem sous Roboam , par le roi Sésac ou Sésonch , le triomphe de ce monarque est figuré sur les monuments de Thèbes , et Ton y voit parmi les vaincus un roi de luda , selon la légende qui acScompagne la figure. Or l'époque égyptienne de Sésonch s'accorde parfaitement avec Tépoque biblique de Roboam. 2* Nous possédons des papyrus écrits qui remontent au 17* siècle ayant notre ère. Donc, comme nous l'avons fait remarquer déjà , l'écriture existait trèsantérieurement iMoYse. On voit ce qu'il faut penser de l'assertion de Yollnire , qui pré- Irndail que lloïse n'avait pu écrire le Pentatcuque , l'art de l'écriture n'existant pas à

(1) Yoîi les Sciréetde Koaifliirii^V édlt.

son époque, et les matariaux |iour écrire manquant également.

Enfin pour ce qui concerne les monuments des sciences de l'Egypte , ce sont ou des périodes astronomiques très-exactes dont les Egyptiens auraient été en possession de*

Suis fort longtemps , et qui supposeraient es siècles d'observation et d'étude pour lesquels la chronologie de la Bible serait trop resserrée; ou des monuments figurant un état du ciel très-antérieur aux époques bibliques , comme les Zodiaques des temples d'Esné et de Dendérah ; ou enfin la composition même du zodiaque astronomique , que , d'après ses emblèmes, le fameux Dupuis prétendait être une invention égyptienne, mais oui représentait également un état de la sphère céleste très-antérieur au déloge mosaYoue.

Or d abord les prétendues périodes n'existent qu'à l'état d'emblèmes , dont l'interprétation est excessivement arbitraire ; en second lieu rien ne prouve que les Egyptiens aient connu leur aearé de précision : enfin les connaissances délicates qu'elles supposent sont incompatibles avec l'ignorance des Egyptiens en astronomie à des époques postérieures.

Les zodiaques d'Esné et de Dendérah qui ont donné lieu pendant un auart de siècle à une foule de systèmes , ont été enfin reconnus pour des monuments de l'époque romaine ; et il y a sur ce point accord parmi les savants. De plus ce sont des monuments astrologiques et non astronomiques.

Quant à ce qui est du zodiaque en lui- ^ même, il remonterait, d'après la théorie de Dupuis 9 au-delà du déluge , il est vrai , inais en deçà de l'époque de la création. Ce zodiaque qu'ota retrouve chez tous les peuples , pourrait donc être un zodiaque primitif, transmis par la famille de Noé , et conservé chez toutes les tribus postdiluviennes. Il faut remarquer seulement que les interprétations données par Dupuis aux emblèmes zodiacaux sont arbitraires , la plupart forcées, quelques-unes absurdes; et que le système de l'abbé Pluche est sous ce rapport beaucoup plus satisfaisant. Or, selon ce dernier, c'est à une époque très-peu antérieure à notre ère que le zodiaque se rapporterait. On voit donc qu'on peut donner à ce monument une antiquité qui le fasse antérieur au déluge, et l'on peut. aussi admettre, si l'on veut , que des connaissances astronomiques très-profondes appartenant à cette époque aient traversé le déluge par la famille de Noé , et se trouvent chez diflércnts peuples à rorigine même des nations. S'il était avéré* que des peuples au berceau possédassent de telles connaissances quand ils étaient nécessairement içnorants^ sur tout le reste , ce serait une énigme dont la Bible seule offrirait la solution.

Mais, en fait, il est aujourd'hui démontré que notre zodiaque est entièrement d'Qrigîno

Srecquc, et quji n'etistait pas au temps 'Homère. II s*est formé pièce à pièce , et n'a été complété que par Hipparque , ou par un

ttl

CATECntSME

ies eontemporains de cet astronome. Tons les zodiaques orientaux n*én sont qne des copies. Ancune sculpture zodiacale n'existe sur les monuments égyptiens qui soit anté* rieure à notre ère. Le zodiaque indien luiméme, dont l'antiquité monumentale a été tant exaltée , est si bien une copie dû zodiaque d'Hipparque , que les noms des douze signes sont des noms grecs , très-reconn^is-* sables. Ainsi tombe tout récharaijdage scientifique éleré contre la Bible sous les auspices de rastronomic.

Mais il existe un çenre de considérations on dehors de tout débat scientifique , et toutà-fait à la portée des esprits pourvus M simple bon sens, duquel il resuite , avec là plus complète évidence , que Moïse n'a pu écrire une chronologie et une histoire des premier» temps du monde qui fussent dans le cas crétre démenties par les yéritables annales de TEgyptc. En eiTet Moïse a vécu précisément en Egypte pendant un siècle; il était savant et versé dans toutes les connaissantes égyi^iennes, comme en convient Manéllion lui-même ; donc il devait connatlre rhistoire et les antiquités de l'Egypte aussi bien pour le moins que Manéthon auquel il est antérieur de 1,200 ans. Cela posé, comment eût-il pu écrire une histoire du monde (}ui aurait étédémentte par les annales égyptiennes; quand il n'avait aucun intérêt à agir ainsi ; car peu lui importait au fond, s'il écrivait un roman « de placer son déluge quelques siècles plus tôt ou plus tard; de compter 20 générations patriarchales plutôt que 10 ou 50. Et au contraire en écrivant le fkux-, il était en butte aux réclamations des Ejgyptiens et des Hébreux eux-mêmes , qui vivant en Egypte depuis plus de deux siècles deraient' en connaître l'hisloirc. C'est donc sans aucun intérêt , et même contre ses intérêts qu'il aurait écrit une fausse histoire, quand d ailleurs il était i même plus que personne de connaître la véritable! Voilà une prétention absurde; et une aussi énorme impossibilité réfuterait seule toutes les hypothèses antibibliques tirées de l'histoire égyptienne. On peut même dire qu'elle réfute également toutes les autres histoires profanes , lorsqu'elles dépassent les limites posées par le déluge; car Moïse compte les générations peu nombreuses qui comblent Tinter- "valle compris entre le aéluge et son époque. Or ces générations devaient être connues des Hébreux par la tradition ; et celte tradition était facile et sûre , parce que sa chaîne ne se composait que d un petit nombre d'anneaux. Comment^ Moïse aurait-il donc inventé un fait comme le déloge , et l'aurait-il Slacésiprès de son époque, si la mémoire e ses -contemporains n'eût été d'accord avec lui ?

Ainsi, en définitive, il n'existe rien, ni dans les sciences, ni dans les monuments Iiistoriques qui contredise sérieusement la Bible en ce qui concerne Tâffe du monde , ou même qui ne s*accorde parfaitement avec elle.

i V — 270. 0. Mais si Von ne peuliàistorî-

quemcAt faire remonter rortgine des peuples au-delà de répoi|ue biblique du déluge , cet événement considéré en lui-même esl-îl pour cela bien authentiquc'et n'est-il pas su« jet à beaucoup d'ol^jccl ions insolubles?

R. Le déluge est un événement historique d*une authenticité complète. Pour ébranler

témoignages toriques qui s'accordent parfaitement avec le fait du déluge dont ils sont la conséquence , et qui déposent par cela même en faveur de la tradition mosaïque.

271. D. Quels sont les faits physiques que Ton peut invoquer à Tappui du déluge de la Genèse?

II. Ces faits sont nombreux. Nous allons ezposer sommairement les principaux.

Le premier fait est rexistencc des vallées de dénudation. Des terrains souvent élevés, ont été creusés sur une grande longueur , et les couches homogènes qui se correspondent sur les flancs de l'excavation prouvent qu'il y avait autrefois continuité , et qu'une force immense l'a rompue et a emporté les débris au loin. Un pareil fait ne trouve d'explication facile que dans les torrents du déluge.

Le second fait est Texistcnce des dépôts de sables et de cailloux roulés tels que la mer en jette sur ses rivages , dépôts semés partout , loin de l'Océan , et jusque sur des^ hauteurs inaccessibles aux eaux pélagiennes. Les coquilles nombreuses qu'on trouve sur les montagnes sont un fait analogue et encore plus concluant, s'il est possible. Ces. dépôts divers s'expliquent fort bien par le déloge, et difficilement par toute autre hypothèse.

Le troisième fait est l'existence ics. blocs erratiques. On appelle ainsi des masses énormes qu'on trouve disséminées ça et là sur des terrains d'une nature entièrement différente et loin des montagnes rocheuses dont elles ont pu se détacher. On en connaît qui présentent jusqu'à 1,000 mètres cubes de gra* nity et pèsent plus de 5 millions de livres. Or jusqu'à présent on n'a pu expliquer ces transports q^ue par les torrents diluviens.

Un quatrième fait est l'existence des ca-^ vernes à ossements. On trouve de nombreuses grottes , où des ossements nombreux d'animaux, d'espèces et d'habitudes différentes, sont empilés pêle-mêle, et empâtés dans un limon épais qui souvent recèle en outre de nombreux coquillages» Par fois des ossements humains et des débris de poteries ont été trouvés dans ce limon. Quelque explication qu'on veuille donner delà coexistence dans ces cavernes d'ossements d'animaux antipathiques, le limon épais qui les empâte et la présence des coquillages ne peuvent s'expliqner que par rengooffrement des flots diluviens , quand on considère surtout que ces cavernes sont souvent hors de la portée des courants actuels.

Enfin un cinquième fait ( pour n'en plus citer d'autres) consiste dans les débris animaux si nombreux dont certaines ré-

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riiiLosonisQiR

gions da globe soqI parsei;néQ$. La Sibérie et le nord de rAmériaue sont jonchées d*oslements de bodled , d éléphants et de rhinocéros f animaux qu'on n*y trouve plus aujourd'hui. On y a même trouvé un rhinocéros tout entier enfoui sous une Ic|;èrc couche de sable et un éléphant tout entier incrusté dans un bloc de glace. Ces animaux ont dû > périr victimes d*une catastrophe soudaine « sans quoi leurs corps se seraient décomposés à Tair, tandis qu*ils étaient très-bien consc^rvés. Or le déluge et les houleTersements qu*il produisait sur le sol expliquent *micux ces faits que tout autre système.

272. D. Les nombreux coquillages et tous les animaux fossiles qu'on trouve incrustes dans le calcaire et les autres couches de la croûte du globe ne sont-ils pas aussi le produit do déluge T

R. t^uUement ; et l'on n'a pu concevoir cette idée que l'orsquMI n'existait pas encore d'éludés géologiques. Les débris laisses par le déluge n'existent qu'à la surface du sol , ou constituent les terrains meubles. Mais les imjrnenses couches de roches dures aui recèlent les fossiles proprement dits n ont pu être dissoutes par le séjour des eaux à la surface de la terre pendant quelques mois , pas plus que rOcéan ne dissout le fond sur lequel il repose. Ces sédiments et ces fossiles appar^ tiennent à l'ère a»iéadamigue, c'est-à-dire à ces époques où Dieu organisait et bouleversait la* terre y avant de la disposer pour en faire le séjour de Thomme» et y placer sa dernière création.

233. D. Quelles sont maintenant les preuves historiques qu'on peut citer à Tappui du déluge de la Genèse?

U. La tradition universelle , le témoignage de toutes les histoires. D'abord celle des Juifs, dont Tautorité, au simple point de vue humain, a d'autant plus de poids, que c'est» de l'aveu universel, le plus ancien de tous les livres. Le$ Chaldéens reconnaissent éga* lenieot un déloge , comme on le voit dans leur histoire écrite par leur prêtre Bérose » et les circonstances de ce déluge semblent calquées sur le récit dq la Bible. Les Indiens font précéder l'Âge ou le yougam actuel par un déluge qu'ils Gxent à une époque rigoureusement contemporaine du déluge biolique. Les Chinois placent leur empereur \ao en 2357 , et disent qu'alors le sol était encore inoadéjusqu'à une grande hauteur. Déplus ils placent auparavant l'impératrice Noua » sous laquelle il y eut uii déluge. Pour ce qui est des Egyptiens, Ips prêtres de Saïs disaient à Selon qu'il j avait eu autrefois un déluge

et de beaucoup d'autres , tels que celui des mexicains , oui a les rapports les plus complets avec celui de Moïse. Ces peuples ont pu tenir leurs traditions de seconde main ; ce

3ui leur été le caractère et Tautorité des traitions véritablement primitives. Mais celles que nous avons citées remplissent complète* ment le but.

274. D. Si le déluge a détruit la race hu« mainc, comment ne trouve-t-on pas de débris humains,comme on trouve tant de débris d'à* nimanx ?

B. On peut admettre que les espèces animales étaient incomparablement plus répandues que l'espèce humaine , et que celle-ci était concentrée dans les régions de TAsIe qu'on n'a pas encore explorées géologiquement. Il n'est donc pas étonnant qu ou ne trouve pas dans nos contrées de débris do Thommc, qui n'y habitait pas, tandis qu'on y trouve des restes d'animaux qui en peuplaient lesso litudes.Lcs ossements humains, comparativement peu nombreux, que le délace a ballolés ont pu se fractionner à un S oint qui en dérobât la connaissance , et se époser au fond des mers quand l'océan rendra dans son lit. EnGn nous avons dit déjà ({ue des ossements et des débris des arts de 1 homme se ^trouvaient quelquefois mêlés aux débris animaux dans le limon des cavernes à ossements Ces os qui sont entièrement dépouillés du principe organique peuvent être rapportés a l'époque diluvienne.

275. D. Mais l'histoire du déluge ne présente-, t-elle pas une foule d'invraisemblances et d'im*

{possibilités physiques ? en admettant même 'intervention miraculeuse de la puissance divine pour créer et anéantir ensuite les eaux qui servirent à inonder la terre, commet. t concevoir que tous les animaux aient pu élu; rassemblés par Noé et sa famille , et surtout renfermés dans l'arche? On compte aujourd'hui les espèces animales par centaines de mille. Or assurément Moïse ignorait tout; cela ; car il n'eût pas fait rassembler et renfermer dans un espace si étroit tant de my~ riades d'animaux. Que serait-ce s'il avait fallu conserver toutes les espèces végétales, qui sont pour le moins aussi nombreuses?

R. Remarquons d'abord qu'il n'est nullement question dans la Genèse de la conservation des végétaux. Les plantes se conser-vèrentdans le sol, à l'état de semences ou de racines; témoin le rameau vert d'olivier que la colombe rapporta dans l'arche. Si le déluge bouleveVsa le sol en beaucoup d'endroits , par suite des accidents du terrain qui déter-^ minaient des chutes torrentueuses, en beau-'

jul avait enfflottti l'Attique, mais que l'Egypte ' coup d'autres il ne dut rien produire de semavaitété préservée , parce qu'il n'y pleut jji- blable. C'est ainsi que nous. voyons des rimais. Cette restriction ne détruit pas le fait ""^ ' ^'" ' *"*" * '' "'"*" principal; mais son peu de valeur disparaît devant cette assertion de Manéthon lui-même , que les anciens temps de l'Egypte avaient été .décrits sur des colonues par le premier Hennés avant le déluge , et recueillis par le srcond Hermès après cet événement.

Noos nous contenterons de ces témoignages, et nous ne dirons rien des déluges grecs.

vières former des tourbillons et des rapides en quelques points où elles roulent des rochers; tandis qu'ailleurs elles coulent moHoment sans déplacer le moindre caillou au fond de leur lit.

Eu ce qui concerne les animaux, on rcmar-

Suera que les insectes, et même les trois types es mollusques, des articulés et des rayonnes, sont, à très -peu d'exceptions près, oviparesi

îîl

et^ttie ces types formenC plas des trois quarts da nombre total des espèces. Or les œufs de ces ftniinaiix oui po être consenrés dans le sol , «t postérieurement Tivifiés par les influences de Pair et du soleil , aidées ellesmêmes au besoin par Tintervcntion divine. On remarquera aussi que les poissons sont hors de cause ; l'Ecriture ne parle pas d*eux, et 11 n*7 a pas de raison bien claire pour aue le déluge les ait Tait périr. Celte double déiaU cation faite , il ne reste qu*ope bien petite fraction du nombre total des espèces. Dès lors le rassemblement et la conservation dans Tarche n'offre plus de difficultés bien effrayantes.

Il ne faut pas oublier que Noé put disposer 'd'un temps énorme pour opérer ce rassemblement; que toutes les espèces pouvaient avoir des représentants dans un cercle géo* irraphique assez restreint, et qu'enfin Dieu a

Su et du pourvoir à la facilité de Topération. e plus , outre qu'il est bien clair que Noé n*a pas dû enfermer dans l'arche plusieurs variétés d'une même espèce, il n'est pas certain qu'il ait dû y renfermer toutes les espèces; il n'est pas impossible que les espèces n'y aient été représentées par le genre , et qu'elles se soient produites subséquemment

Sar la modification du genre , comme la mo ification de l'espèce produit les variétés. Rien de semblable, il est vrai, n'arrive au* jourd'hui : les espèces sont stables, et sont devenues des types ; mais un fait actuel n'est pas un fait nécessaire; et puisque les races animales se trouvaient alors dans des circonstances physiques fort différentes de celles qui régnent maintenant, rien n'empêche de croire que les générations animales n'aient pas été enchaînées par les lois qui les régissent aujourd'hui. D'ailleurs d'après le but que Dieu se proposait n'a-t-il pas pu donner aux

Senres cette vertu plastique qui aurait prouit une foule d'espieces après le déluge ? Par la il bcilitait le rassemblement et la conservation des animaux, qui étaient réduits à des Îenres peu nombreux ; et il pourvoyait ensuite la dissémination d'une foule de races nouvellesdestinées à peupler le globe,etiy répandre la variété. Dans celte intervention divine, il n'y a rien que de très-simple ; et si le fait fondamental du déluge était un fait miraculeux, il est naturel de le soutenir par le concours d'autres faits surnaturels que le but de Dieu exigeait, et qui sont d'ailleurs faciles àconcevoir. •

11 résulte de tout ce qui précède que Tbistoire biblique, en ce qui concerne les origines du monde, ne présente aucune dilDculté qui mette en droit de nier son inspiration (1).

(1) Tont ce qui précède, et qai forme les 3*, 4*, et 5 paragniphes du présent chspitre ^ n'est qu^im eiposë sommaire tel qu'il est eiigé Mrhiiiatore de cet ouvrage. Les dtSveloppemenu de ces diverses théories se trouvent dans te tome 5 du Court (TE» eritumainte^ faisant pnriie des Court com0/w«. Vair aussi les Soirées de Monllhéry, 2* édition, où rcllo matière est uraitée d'une liiçcon encore plus coni- Piéte. (L. D.)

§ VI. ^«6. D. SilaBiMenepcut être con* vaincue d'erreur en ce qui concerne Tâge du monde , peot-on aussi la défendre contre le fait d'une foule d'erreurs de physique qu'elle semble renfermer, et qui ne s'accorderaient pas avec l'hypoth^e de spn inspiratioii ?

R. Les hommes ^ui croient a la révélation biblique ne sauraient admettre qu'un Kvrc inspiré enseignât des erreurs on quelque gen* re que ce soit. Sans doute, Moïse n^ëcrivait pas pour nous enseigner là physique ou Va»trononiie; aussi n'est-ce pas dans la Bible qu'il faut étudier les sciences. Mais il n'en est pas moins vrai qu'une erreur quelconque est incompatible avec le fait de l'inspiration.

277. D. Gomment néanmoins justifier ta Bible sur les faits suivants?

1"* Elle suppose que le ciel cjt une voûte solide à laquelle elle donne le nom de fir-marnent ; au--dcssu.s de cette voûte elle place un réservoir pour les eaux ; enfin elle ouvre ce réservoir pour produire la pluie du déluge.

2' Elle donne à la lune la qualification de grand luminaire en même temps qu'elle parle des étoiles. Or la lune est le plus petit de tous les corps célestes et un véritable atome on comparaison des étoiles.

3' Elle donne du Paradis terrestre une description absurde. Elle y place les sources du Tigre et de l'Euphrate, et en fait néanmoins sortir le Nil, qu'elle dit couler à travers TE* thiôpie.

.4° L'Historien biblique suppose qu'il n'y avait pas d'arc-en-ciel avant le déluge; or cela entraînerait la conséquence qu'il n'arrivait jamais qu'une nuée tombât en pluie en même temps que le soleil brillait à rhorixon. Hypothèse insoutenable.

5* L' histoire de la destruction de Sodome ne saurait être acceptée ; car, selon Moïse, cette ville et tout son canton auraient été remplacés par la mer Morte. Or cotte mer a existé de tout temps puisqu'un fleuve considérable, le Jourdain n'a pas d'autre débouché.

e* Josué aurait, dit-on, arrêté le soleil, qui ne tourne pas. Dans le cas où il eût arrêté la terre, Il en serait résulté un cataclismc effrovdble, qui certes n*a pas eu lien.

7* Moïse est dit avoir brûlé au feu le veau d'or et ravoir réduit en une poudre qu'il fit avaler aux Israélites. Cependant Tor est inaltérable au feu, et il ne peut être réduit de la sorte en une poudre vénéneuse.

8" La Bible raconte que Jonas a été avalé par une baleine, et rejeté sur le rivage après trois jours. Or une baleine à le ffosicr tellement étroit qu'une carpe aurait peine à y passer. Aussi, cet énorme animai ne se nourrit-il que de petits mollusques. Comment croire qu'un homme aurait pu passer et repasser par ce gosier, et cela sans souffrir aucune lésion?

9* On rapporte dans fe Nouveau Testament qu'à la mort de Jésus-Cbrist le soleil s'éclipsa totalement pondant plusieurs heures. Lnc pareille éclipse était impossible : car on était alors dans la pleine lune; et de plus

les édipses de soleil no peiiTenI durer qoe cinq mioules au plus. Co que rEvangilc raconte de réloilc des Mases est, pour ainsi dire,' encqre plus impossible.

W Ne trouTe-l-on pas enfln dans la BiMe une fooled'erreursen histoire naturelle? Par exemple/ des serpents ((ui se laissent enchanter ; des fournûs qui préparent des provisions pour t'hirer ; des lié vres qui ruminent, et une foule d'autres suppositions qui sont conti^ites parie témoignage de nos sciences.

R. 11 n*est aucune do ces prétendues erreurs qu'on ne puisse expliquer d'une manière satisfaisante. Entrons dans les détails, et suÎTons Tordre de leur énoncé.

1* U n'y a pas un mot dans la Bible qui indique oue le ciel est une voûte solide. U semblerait qu'on peut Tinduire du mot fr-mamenium; mais on peut opposer à cette induclionle double sons du mot hébreu rofutaA, qui setrad^asse^ souveiit parles mots la- Uns, e^Epansum, dUai<Uum. On peut donc entendre par là simplement Tespacedans lequel sont suspendus les astres , ou , comme beaucoup d'interprètes anciens et modernes,* la niasse atmosphérique quienveloppenotre globe,etquisertdesun[>ort aux nuées. Dans celte dernière hypothèse, leseaux situées au-dessus du finnament ne seraient antre chose oue les nuages et la masse d'eau beaucoup plus considérable encore que contient l'atmosphère à rétat devaneur. Quant aux cataractes éa ciel qui produisirent en partie le déluge , on peut les expliquer de la. même manière ; mais on peut aussi supposer une intervention surnaturelle qui aurait produit des eaux pluviales non existantes jusque là. Ce système d'interprétation étant parraitement compatible avec le texte, l'objection qui y donne lieu n'a donc aucune solidité.

â* La qualification de grand luminaire attribuée a la lune n'est évidemment relative qu'aux apparences et i l'effet qu'elle produit sur la .terre. Si l'on envisageait autrement les choses, il faudrait dire que Dieu créa un nom'^ bre immense d'énormes luminaires, puis un très^petil luminaire qui seul éclaire davantage; ce qui seraitassurément une idée toutau moins bizarre. Pour appeler la lune un grand luminaire au seul point de vue de ses effets comparés à celui que produisent les étoiles, a n'était pas nécessaire à Thistorien de connaître les rapports de grandeur des différents astres. Mais nen ne prouve que Moïse crût la lune plus grande que les étoiles. Des esprits trèa-inKriCQrs n'ignorent pas que la taille apparente des objets dépend de leur distance, etqu^mi immense navire vu au loin, parait de la groaaeur d'un pavé. 11 n'y a que des philosopliés de la force de Lucrèce qui puissent prétendre comme lui que le soleil et la lune ne son! pas plus gros que des Tromages, et que lai taille réelle des étoiles est celle d'un morceau de charbon embrasé.

dh Pour affirmer que la description du Paradis terrestre est absurde, il faudrait être sAr que le Nil et l'Arriaue sont nommés à côté du T3gre et de l'Euphrate. Or il n'en est ncn. Ces deux derniers fleuves sont appelés

PQILOSOnilÛCE.

SK

par leurs noms connus ; et comme leurs sources sont voisines, il n'y a rien que de très^sirople jusque là. Les deux autres fleuves sont appelés le Géhon et le Pfaison, et il n'est ' nullement question du Nil. On a voulu voir le Nil dans le Géhôn, parce qu'il est dit qu'il entoure la terre d'Ethiopie. Or il est bienévi^ dent que si MoYse avait voulu désigner le Nil, il aurait dit que ce fleure traverse la terre û' Egypte ; car sous cette forme, il Taurait beaucoup mieux signalé aux Hébreux qui avaient vécu en Egypte sur les bonis du Nil, et n'avaient pas élo en Ethiopie. N'est-il pas évident d'ailleurs que Moïse savait aussi bien que personne que ces divers fleuves appartenaient à des régions très-différentes. JViissi nes'affit-il que de savoir ce que Moïse entend pr v Ethiopie. Or ce mot n'existe pas dans L'hébreu ; Moïse parle de la terre de Chw ; et si ce nom a trompé les traducteurs» on conçoit que plusieurs contrées peuvent porter un nom analogue i celui-là^ Dans Le systèmedeHuet, qui place le Paradis terrestre vers les bouches de l'Euphrate, cette région est voisine d'une contrée qui porte encore Le nom de iCAotM-ù/an. Dans un autre système qui place le Paradis dans la région des sour^ ces de l'Euphrate et du Tisre, on explique trèsbien comment la Golchioe aurait pu être appelée terre de Chus (1). Quoi qu'il en soit, il est certain que Moïse ne nomme pas le Nil, et ne le désigne en aucune façon dans la topographie du Paradis terrestre.

('' L'est sans aucune raison qu'on affirme que Moïse considérait l'arc-en-ciel comme n'existant pas avant le déluge. U n'y a pas un mot qu'on puisse interpréter dans ce sens. Dieu prend ce phénomène pour siffue de la promesse qu'il fait aux hommes de ne pas renouveler le déluge, et les invite à se rappeller sa promesse toutes les fois que ce si • goe apparaîtra dans les nues. Or pour cet usage Dieu pouvait prendre l'arc-èn-ciel» aussi bien que toute autre chose. De plus , ce signe était particulièrement convenable. Car puisque l'arc-en-cicl ne se montre que lorsauc le ciel est en partie découvert et que le soleil brille alors qu'il pleut quclque^parl, l'arc-en-ciel rappelle et témoigne que la pluie n'est que partielle ; qu'elle n est qu'un phé^ noniène passager, interrompant sur quelques points seulement l'éclat que Tastre du jour jette sur la nature.

5" La dcstruciion de Sodome et de toute la région environnante a très-bien pu produire la mer Morte qui n'aurait pi^ existé anté^ ricurement. Le Jourdain aurait pu se rendre d'abord dans la mer Rouge; et il semble avoir laissé la trace de son cours primitif, dans la longue et étroite vallée connue sous le nom de Ouadi-el-Araba, laquelle court en ligne droite entre les deux mers. Si la catastrophe qui a détruit les villes et les champs de la Pentapole a eu pour effçt naturel de

(1) Voir sur cctio mnlière lo tome t , pase 298 de la iiotivelle édilioo des Lmre» detuteiquet Juifê^ |Mir rabbé Guénée, avee des notes par TEdiu^ur du présent ouvrage. (L.D.)

lit

bottleveraer le terrain, le» dislocalions pro-^ ëuites pat cet événement ont pu niodHIer les pentes , fermer le passage au Jourdain , el l^renser sur sa roule l'entonnoir pestilentiel où gtt le lac Asphaltite. On connaît une foule 4*exemples où le cours des riyières a été changé par Teftet de causes moins puissantes

que celles-là. ^ ,, , ,

II faut remarquer en second lieu que la Genèse ne dit nullement que la mer Morte ait été formée après coup sur remplacement de Sodome. Cette mer a pu exister de tout temps et être le débouché du Jourdain , et l'on peut admettre que les villes de la Peutapole existaient sur ses bords ou dans son voisinage. Mais on conçoit que si Dieu a voulu miner le pays, evertere omnem eirea regionem, tl a dû ou du moins il a pu en résulter une modiflcation très-grave dans l'état du terrain et par suite dans le niveau du lac , de telle sorte que ce niveau aurait atteint et recouvert désormais remplacement des villes coupables : c'est en ce sens que VÉcriture dit au sujet de cet emplacement : Vbi nune est mare êalie. Et il ne faut pas objecter que le voisinage de cette mer est loin de présenter cet aspect riant et fertile dont parle rEcriture; la beauté et toutes les richesses du sol ont dû disparaître par Teffet de la catastrophe (1).

6* L'objection tirée de l'histoire de Josué, qui aurait arrêté le soleil; est réfutée depuis longtemps. Tout le monde, et lea Astronomes comme les autres, disent que le soleil se lèye et se couche, qu'il marche de l'orient à l'oocident, qu'il avance plus un moins dans l'édtpUque , et que son mouvement est tantôt accéléré, tantôt retardé*. Si le soleil paraissait . correspondre pendant quelque temps au même point du ciel, il n'est pas d'astronome qui ne s^écrtftt tout d'abord que le soleil s'est arrêté. Eh bien I tel fut Tétat des choses pour les Israélites. Au lieu de se coucher, le soleil parut immobile dans le ciel; et c'est cette apparence que l'écrivain sacré exprime dans le langage que tout le monde eût employé à sa place.

Que si, au lieu d'arrêter le soleil, qui ne se meut pas , Dieu eût arrêté la terre , pour répondre à l'intention de Josué, il n'y a pas de raison pour que, dans ce cas, le moindre bouleversement eût eu lieu. Pourquoi Dieu arrêtant la' masse solide de la terre, n'eût-il pas arrêté aussi l'océan, dont le mouvement n'est qu'une conséauence de la rotation générée du globe. N est-il pas d'ailleurs na-

(I) L'abbédeFeUerpréiendslldsnsIe teileqiiennas avons supprimé , qiie les raines de Sodome éuieat encore smistinifls. Cesl là un coule dt à rimaginalioB de quekiiics sojs^eun qui croient avoir vu soo« les eaux du bc quelcine chose comme des ruines. Il n*est pas vrai non plus qu'aucune créature ne puisse vivre au-«lessu8 on dans les eaux de ce lac. Des voyageurs dignes de foi ont vu des poissons à rinlérieur et des oiseaux an -dessus. L'air peslilenlid'qui emitêcheralt ceux-ci d*y vivre serait également insupportable pour Tbomme. Or aucun voya- Î[eur n'a éprouvé quoi que es soit qui pàt servir de ondement k cette opinion. (L. 0).

CATÉCHISME ^ S

turel d'admettre que Dieu cAt etnpéché les conséquences de renet principal, puisque ces conséquences n'étaient pas nécessaires à son but, et que le désordre général qui en serait résulté était contraire à ses intentions. Etant donnée la nécessité d'un miracle, il Tant l'admettre complet et raisonnable tout â la fois.

Enfln il y a lieu de croire que la terre pas plus que le soleil n'a été arrêtée. Pour que le soleil parût rester à la même place, il suf* flsait que ses rayons réfractés dans leur pas-» sage à travers Tatmosphère, et parvenant aux yeux des spectateurs de cette scène, fussent réfractés dans un rapport croissant avec le mouvement progressif du soleil, ou de la terre, si on J'aime mieux, de façon à projeter toujours l'astre au même lieu apparent. Celle inQexion croissante des rayons solaires, et dans un petit espace , est un système beau«^ coup plus simple que celui qui fait arrêter notre planète ; et comme Dieu pouvait ob^ tenir son but par ce moyen d'une manière complète, il y a tout lieu de croire que c'est celui-là qu'il a choisi.

7* En ce qui concerne la calcination dn Teau d'or, et sa réduction en poudre, Moïse savait aussi bien que personne que l'or n'est pas calcinable, ou, en d'autres termes, oxydable par le feu. Les ouvrages d'or assez nombreux qui furent exécutés dans le désert, la fonte même de ce veau d*or qui suppose des connaissances métallurgiques assez avancées, ne permettent pas de croire que les Hébreux et MoYse en particulier ignorassent ce fait important. Il ne s'agit donc ici que de savoir interpréter convenablement le texte, ce qui offre, il est xraU des difficultés, parce

Îue ce texte n'est pas suffisamment explicite, afférents systèmes ont été proposés, dans le détail desquels il serait trop long d'entrer ici ; nous nous contenterons oe renvover aux ouvrages qui traitent cette question (1).

8* Le livre de Jouas ne parle nullement d^une baleine. Le texte hébreu parle d*un grand poisson ; ce que la traduction grecque a rendu par le mot «fiTocy qui n'a pas un sens plus précis. On ignore quel est ce poisson ; mais, encore une fois, la baleine n'est pas mentionnée. Il est assez vraisemblable que ce fut un Squale ; le requin pouvant avaler •des hommes sans les mAcher, quoique ce ne soit guère dans ses habitudes. En tout cas il y a ici miracle; mais l'impossibilité physique ' tirée de l'organisation de la baleine est une objection sans fondement.

w Les ténèbres qui accompagnèrent la mort de Jésus-Christ ne sont nuUeraent une éclipse, et d'après le récit même de l'Evangile, elles sont données comme un fait miraculeux. Ce n'est donc pas ici une question de physique ou d'astronomie; c'est un fait surnaturel dont il ne s'agit que d'aprécier Tauthenticité. Or la certitude de co miracle résulte même du témoignage des auteurs 7>aYens ; tek que Phlégon et Thallus ; Eusèbo

{\)LeHrez de quetifuet Juifs , p:iges 77 et i66» Voirprincipaleroent les Nota et Réponses eriUques,

par BuUet.

ciirLOsoriUQUE.

ri(o un passage du premier , qui raconte qu'une éclipse extraordinaire du soleil eut lieu fendant la pleine lune, la 3* année de la 802* olympiade, ce ^ui se rapporte bien à la mori clc Jésus-ChrisU Terlullien cite ce. fait au sénat dans son Apologétique, et en appelle aux Annales même de l'Empire. Phlégon ajoute qu'un tremblement de terre accompagna ce phénomène, et renversa plusieurs villes dans la Bythinie. Or on sait quel rfile joue dans le récit évangélique cette «ecoussc qui eut pour résultat la Gssure de la roche du Calvaire; effet remarquable que tous les voyageurs contemplent avec élonncmont, et qui offre des particularités qu'on ne rencontre pas dans les événements analogues, produits par une cause naturelle.

Quant à l'étoile des Mages, rien n'oblige à croire que ce fût une véritable étoile ; ce u'étaU qu>n météore semblable à l'un de ces astres; et à qui cette similitude en a fait donner le nom. Il y avait encore ipi un miracle assurément: mais l'objection tirée de la grandeur et de la distance des véritables étoiles est ici sans valeur, parce, qu'elle est sans application.

lO* Nous renverrons égtilement aux ouvrages indiqués dans la note précédente ppur ce qui Concerne la plupart des prétendues erreurs de la Bible sur l'histoire naturelle. Nous dirons seulement , au sujet des fourmis , que l'Écriture n'affirme pas qu'elles fuissent des provisions pour Vhiver, Cepen* dant celle supposition même n'est nullement démontrée fausse : plusieurs faits viennent k lappuî et il n'est pas impossible que les fourmis fassent ailleurs ce qu'elles ne font pas dans nos climats , où elles sont sujettes h un engourdissement plus profond. Peutêtre sont-elles dans le cas des abeilles, qui, malgré un demi-engourdissement, consommenl pendant l'hiver leur provision deraieh

Ce qai prtcède suffit pour donner une idée suffisante de ce qu il faut penser des erreurs de physique reprochées à la Bible. La nature de cet ouvrage ne nous permet pas d'entrer dans de minutieux détails sur plusi^^urs autres difficultés du même genre; et coninie ROBs venons de passer en revue les prihcipaies, il est inutile de nous arrêter plus longtemps sur ce sujet.]

§ Vïï. — 278. D. La circoncision établie parmi les Juifs , n'est-elle pas un usage pris chez les EgyptieAS?

R. Cet usage est une loi de Dieu; c'est des Juifoitue les autres nations ont pris cet usage. Loa n'a aucune histoire profane qui attetgve rage de la Genèse , et qui puisse nous instnifre de ce que faisaient les Egyptiens avant le commerce qu'ils eurent avec les nSbrefix. Marsham a employé beaucoup d'émditiOBdans celte affaire, sans rien prouver. 11 est prouvé au contraire que les Egyptiens ne furent jamais généralement soumis à la eireomcision, qu'elle ne fut que pour les Philosophes et les Prêtres , qui voyant que la circoBCislon ^tait dans les Juifs le signe d'une alliance divine , voulurent, en prenant eux-mêmes ce signe, se distinguer du reste

Catëch. PUILOS. U

du peuple, et se faire regarder coomie des hommes parliculiàremeut consacrés A Bieu^ r — Quand il serait vrai que la circoncision a été établie chez les Egyptiens avant qu'elle fût pratiquée par les Juifs, il s'ensuivrait précisément que cette cérémonie peut être fondée sur des raisons qui auraient gagué Je suffrage de cette nation , avant que Dwu ety nt une loi pour son peuple» ou sur l'exemple des patriarches Abraham, Jacob, Joseph » qui avaient demeuré en Egypte. — G est une chose à la mode» depuis un certain nombre d'années, de ne vouloir pas convenir que les Juifs aient eu des usages et uoe croyanes qui leur fussent propres. A entendre nos Philosophes , Moïse a emprunté la création en sis jours des Phéniciens, des ChaMéens, des Indiens , des Perses.. Le jardin d'Edenest

S ris des jardins d Eden à Saana , dans l'Ara-* ie heureuse (i). La circoncision vient des Egyptiens. Les Américains auront donné l'idée du péché originel. Moïse a parcouru toute la terre pour rassembler dans son his^ toire les erreurs de tous les peuples. Le$ Juifs, dit un dec«s messieurs (ii^xain. imp,, ch, 5, 6 ), eurent ioujour$ la haine lapluê tm* placable contre les dieux des autres naiiens et contre ceux qui les adoréuient ; et au cbapitre suivant il dit qu'ils ont puisé leurs notions chez les Phéniciens, chez les Egyptiens^ chez les Mages et chez les Perses^ chcM les Grecs H chez les Romains. Ces gens sont teUen^at aveuglés par la passion, qu'ils n'aperçoivent plus l'arbitraire et le ridicule de leurs asser-> lions. — Tous les vrais savants sont d'accord que Moïse est plus ancien que tous les 6cri«* vains profanes ; que les Prophètes sont plus anciens que les .Philosophes grecs; que les anciens poètes , Philosophes ou législateurs t ont pris dans les saintes Ecritures une par-* lie de leur doctrine (2J. 11 y a deux raille ans que les Juifs accusaient les nations d'avoir greffé leur liturgie et leur théologie sur celles des livres sacrés (3). Jamais ou n'a

(1) Quand les livres des nations seraient aussi aiir ciens que ceux des Juifs, leur doctrine sur les faits ou les dogmes rapportés dans TEcriture ne serais qu'un résuliat infornte de la tradition primitive , d^abord commune à tous les peuples , afraililie ensuite , altérée , dégradée par le iem|» et les erreurs. Mais , encore une foig, tous les livres des nations sont pos* térieurs à Moï-se, et leur .Tliéolofçie n'est qu*ttne corruption de celle des Juifs. Voye% Huet , Démonst. étang., p. 51, 68. — Henri Etienne, dans son ouvrage Jnris dviiis fontes ac rit», prouve que la plupart des lois d'Egypte sont tirées de celles de Moïse. >

(i) Les rédacteurs de la Bible de Yence^ t. 3,

. 08, prétendent qtte c^est plmdt pbr les discours et a conversation des Hébreux que par la lecture que les païens ont connu les dogmes et les rites judaïques. Leurs raisonnements ne sont rien mofins c^ue concluants, et il vaut sans doute mieux en croire Flavius Josépbe, 8. Clément d'Alexandrie, S. Justin', Tertullien, S. Cyrille, Eusèbe, S. Ambruise, S. Auffustin , etc., et surtout le premier livre des Macchabées ; mais enfin , do quelque maniéi^ q[ae les païens aient é(é instruite du contenu des livres saints, les consétfuenecs sont tes mêmes.

(5) Expanderunt tikr0$ leais , de quîhu serutaban* tnr geuies simiHtndinem JlnmlÊer^rum snarunh U Macb. 3.

(1/ttiV.)

sonffèd leur répondre. Au dix-huilièpic siècle on donne pour tonte réponse : Les Juifs ont tout imité des nations. Ce nouvel art de critique est commode , et gfirantit de Tennoi des longues et savantes discussions.

279. D. Pourouoî Dieu a-t-il voulu que son peuple fût aistinffué par une cérémonie aussi singulière oue la circoncision?

' ]ft. Quand on n en pourrait donner aucune raison , il n'en serait ni plus ni moins. Les . pourquoi ne peuvent conclure contre des faits avérés , ni contre la sagesse des ordonnances divines. Philon a essayé d'expliquer les raisons de la circoncision ; auoique toutes ses réflexions ne soient pas également solides » il V en a qui méritent attention. La première et la quatrième sont physiques , et conviennent particulièremcnl aux Juifs habitants de la Palestine, de TEgypte et des climats voisins (1). La meilleure est ôclle que les saints Pères ont adoptée, en remarquant que ^e rit était très-propre à avertir les Juifs dé se garder de la corruption générale des mcBurs qui infectait le monde , et de se séparer des autres nations par le retranchement de tout ce qui violerait la sainteté de la loi divine (2).

I Vlll.— S80. D. De quelle utilité était cette multitude de lois contenues dans le Lévilique -el le Deutérbnome 7

R. Un peuple du caractère des Juifs avait grand besoki d'un culte cérémoniel trèscomposé , et chargé d'anemalUtudo d'obser- "vances qui lui rappelassent Vauteur de sa délivrance et le Dieu de ses pères. Le Paganisme parlant à rimagination par Tappareil d'une superstition bruvante^ aurait aisément séduit les adorateurs d un être invisible. C'est la réflexion de TertuUien (3) et de S. Augustin (4). La plupart de ces lois , tant celles qui regardaient proprement le culte y que celles qui réglaient des choses assez indiuérentes par elles-mêmes , avaient des significations et des raisons que les Juifs n'ignoraient pas, et dont il serait peut-être aujourd'hui difficile de vouloir rendre un compte exact. Les interprètes ont rempli cette tâche avec tout le succès possible (5).

(1) Les Nntiinlisles les plus modernes confirment cette oliscrvalion de Pliilon. Voyez le Dict. d*liisl. jmi. de Valmont, art. Homme^ I ae la Cireouciiion, — L*liist. nat. de M. de BulTon , l. 2, p. ^480.

(2) I/l sciai unuiqulsque mi suum pouldere in sonetifieatione et honsre , non in pauione desiâtrii , sicut et génies quœ ignorant Deum» i Thess. i. — Egnidem prœler jam dicta» rationits , per evrenmeimonem significari artrilror dm qnœdam vatds necêssaria. Unum ejcciêionem votupialum » non unius tanium hujus gene^ rit, sêd ommum per unam. Pliil. de Circum. — Bernard , serm. f , do Circomc. Dom. — Cyprianus, de Circiimc. , etc.

(3) iLjnsmodi ofciis religioni snœ votuit eos astrin* ,yere, çitAv^s snpentitioêœeuti aaebatwr,,, Vt istis lega-

titms disàplinis œewrreniibus noiaus ^ ne utlo momenio • vaearent a Dei fonspeetu. Tertuil. , lib. 3, adv. Mar* (ionem • c. 48.

(i) Itli popnto pro ijns earnatitaie et corde adknc tnpideo , totia dma ttunt qnibm lener^nr , ne ad idola * d'^fineret. Aog.» iract. iO, in ^nsn. • (5) Par exeniplÇi senior dlflérepi^f espèces do

Le Philosophe Porphyre ( De rernm anmat. Abslinentia) fait un grand éloge des usages cérémoniels des Juifs ; Philon en démontre la sagesse , Josèphe nous en peint la majesté.

§ IX. — 281. D. Les livres saints ne semblent-ils pas approuver dans les Juifs le mensonge , la haine des ennemis si fortement exprimée dans les psaumes , la cruauté envers les nations subjuguées, plusieurs actions condamnées par le droit des gens et les lois de l'hamanité, le sacrifice que Jephlé fit de sa fille , etc. ?

R. C'est une erreur de croire que TEcrîture approuve tx>ut ce qu'elle rapporte sans le blâmer. Quelquefois l'intention est louée ^ sans que le fait le soit. — Souvent Dieu inspire le fond d'une action , et condamne la manière dont elle est exécutée. C'est ainsi , remarque S. Augustin , que Jéha eut raison de faire périr les prêtres de Baal ; mais il eut tort de les tromper et de faire servir la fraude au zèle ( k Reg, 10 ). — Les expressions de l'Ecriture, objectées par nos Philosophes, ne signifient pas que Dieu ait inspiré telle ou telle action , mais qu'elles se sont faites sous la direction ordinaire de la Providence. C'est la manière commune de parler chez tous les peuples qui croient un Dieu , et qui admettent une Providence; quel que soit un événement qui intéresse le public ou les particuliers , on dit que Dieu l'a voulu , qu'il en a ainsi ordonné » oue Dieu l'a fait ou Ta permis , sans que 1 on prétende qu*îl soit intervenu

grains dans une vigne , allelcr à la charrue un bœ:if ei un àne , faire accoupler des animaux de diffërenie espèce , porter un habit tissu de - taiuc et de lin , se ttindre en rond la chevelure , etc., sont sans douie des uf^ngcs indifTérenls ; mats les païens y auachaleni des idées mystiques et des vertus superstitieuses. Mdise Içs défend pour détruire les rêveries que ces usagés entretenaient. Un vase sans couvercle est déclaré impur ; cela parait d'»b:ird ridicule : mais les païens croyaient que, si un insecte venait à tomber dans un vase , c'étnii un heureux augure , un signe de bonlieur ; il fallait prévenir cette fulle en ordonnant que tout vase eût uu couvercle. II en est de même des autres lois qui nous paraissent les plus singulières; elles ont un fondement dans les Idées, les mœurs , les superstilions » les préjugés qui régnaient pour lors , et ^ ue Moiso voulait étoulTer p mnl Irs Juifs. Si à ces raisons on ajouté les rapports de plusieurs de ces lois avec la s:inté, h propreté, et d*autre8 objets qui tenaient ao^ bten-élre du peuple, avec tes impressions murales que pouvaient faire des oliservances d^ailleurs indiflférentes , on concevra sans peine qu'il n*y en a aucune dont leliiotif ne soit très-raisonnable... A cela ajoutons nn point de vue général et indépendant de b nature de cttaqne loi en particulier; savoir, que cctta multitude de préceptes prohibitifs et positifs était un moyen sûr d isoler eu qujclqup «orte le peuple hébreu, de gêner la communication avec les autres nations, et de le préserver ainsi des erreurs et des abominations qui couvraient .la terre. < En effet, dit un interprète judicieux , rien ne contribua tant à tenir la postérité d*Abraibam séparée des nations idolâtres qui l'enviroanaienl , q«ie> les lois que Dieu lui donna pour Tobliger à s'abstenir d'une infinité de mets dont les divers peuples se nourrissaient communément. De là vînt qaon re* g^irdait les Juifs comme des gens avec qui on ne pouvait pas se lier dans le commerce funllier de la vie, ni dans I9 religion. 1

PlilLUSOluaQlE.

une inspiration surnaturelle ou un miracle. Lorsqu'un autour sacré fait agir ou parler les Juifs selon leurs principes» l*on ne doit pas conclure que c*est une approbation for-incUe du fait en lui-même et de tontes ses circonstances. Il est dit de plusieurs juges ou chefs hébreux , qn'ils furent suscités de Dieu pour délivrer. son peuple : cela ne sienifie point qu'ils furent tous inspirés dans leurs actiims , puisqu'il est dit de même dans le troisième linre des Rois , chap. 11, vers, ik , que Dieu suscita un ennemi ou un rival à Salomon... Pour exprimer la force et le courage de Samson , il est dit que l'esprit de Dieu le saisit: /rrut7 m eum spiritus Domini. Ce terme ne signifie point une inspiration sumatoreUe , comme s*il était question d*un Prophète: il exprime une émotion violente et extraordinaire, comme mon/e^ Dei, signifie des montagnes fort hautes. On sait que dans la langue bèbraYque, le nom de Dieu ajouté à un moi ne sert souvent qu^à marquer le superlatif.

Des hommes pieux ont pu ignorer invinciblement la malice d'une action qui se présentait sous des dehors spécieux. C'est ainsi qae Ton a pu croire que le mensonge otTicieax était permis en certaines rencontres , arant que la chose fût ausÂi clairement décidée qu'elle J*est aujourd'hui. Rien n^oblige à chercher en ces sortes de choses des inspirations, des figures, des mystères, et à substituer des interprétations higénieuses à la simplicité de la lettre : certaines réflexions des saints Pères sur ces matières étaient, dans leur intention , destinées à nourrir la piété , plutèt qu'à faciliter l'intelligence du texte.

Les ennemis des Juifs étaient ordinairement les ennemis de Dieu : c'est sous ce point de vue que David les envisage toutes les fois quHl semble les dévouer à la mort ; il s*en explique, trop clairenfient dans un grand nombre d*endroits , pour ne pas être entendu par quiconque lit les Psaumes avec un esprit droit (I). 11 vajiisqu'à se soumettre lui-même A toutes les malâlictions divines, supposé que jamais il ait fait du mal aux ennemis de sa personne (3). La délivrance de David et le tnalheur de ses ennemis (yjA en était une suite nécessaire , faisaient éclater la .Providence de Dieu »'que ces mêmes ennemis Uaspbémaieat (3). En général , rien ne rend plus

(i) Tabeuere me ftcil tebis meus , quia oblUi sunt ttrba tmm inimici iii^. P8« il S. — Facientes prœvnritêUù^eê cdm. Ps. iOU. — Iniuuoi odh habuL,. Vidi friwancafilcs • et Uibeseêbam. Ps. IIS. — Nonne qui •derutd ie^ Domine , oderam , ei super inimicos meos uAescfbmn? Perfecto odio oderam illos, et inimici facli «Ml miki, Ps. 158. — DeficianI peccatores a terra et imqm, tf a «1 «on nnt. Ps. i05. — Simulacra gentium Krgeutum et anntm.,. Simiies Ulis fiant q)d faciunt ea^ et «fluie» ^i cofifidunt in eis, Ps. 113. — Inveniatur mamu im pmnibus inimids tuis : dextera tua inventât munes qui U odéruni. Ps. 20, etc., cic.

{%) Si fod iftiHd, « est iniquiias it^ tnanibus metu^ lÊ rtddidi têtrièueHtibuê mihi mata , decidam mérita ab immkii ntèiê inanis, Peruquatur inimicus animam tuêm et tMifitêhendat. Ps. 7.

(3; Ut Méfant qui oderunt mCf ^ conjunaanlur ; ifUQtiiam m, Doimiik;, adjuvisii me^ et con$otntus es me.

sensible la justtœ et la puissante de Dieu »

3ue la punition des méchants et l'humiliation es orgueilleux. Aussi est-ce la raison que le saintRoi ajoutait presque toujours aux vœux: contre ses persécuteurs (1), dont la prospérité enbntait de nouveaux blasphèmes (2), et semblait en quelque sorte ébranler la foi des fidèles (3). — La punition temporelle des pécheurs n'exclut pas leur salut; elle en est même uu moyen , et c'est sous ce point de vue qu'elle est souvent envisagée dans les livres saints (4). On sait aussi que les prédictions prennent souvent dans l'Ecriture le ton du souhait ; l'esprit des Prophètes singulièrement uni à l'esprit de Dieu , fortement inspiré et gouverné par l'esprit de Dieu, veut et désire tout ce que Dieu veut et ordonne (S). La rigueur dont les Juifs en ont usé envers les habitants de la Palestine et envers quel-

3UCS autres peuples ennemis de Dieu , était ue aux crimes énormes dont ils s'étaient fait des lois, et qui leur avaient comme passé en nature. Dieu lui-même avait ordonné celte rigueur : le Deutéronome et le livre de la Sa-» gesse nous en instruisent (6} : pourquoi le9

Ps. 85. Dénies peecatorum contrivisii : Domini est salue. Ps. 3, elc.

(1) Comprehendantur in superbia sua.,,. Et sdnit quia Deus dominabiiur Jaeob et fininm terrœ, Ps. 58. — Et coynoseant quia nomên tibi Dominus, tu êolus altissimus in omni terra, Ps. 82. — ^ Impie faciem eorum igiiominia et quœrent nomen luum. Domine, Ps. 82.

(2) Dicilur mikitiuotidie: Vbi est Deus tuuêffs. Al. -^ Non est snlus Uu in Deo ejus- Ps. 3.

(3; Mei eutem pêne moli sunt fedes, pêne effusi sunt gressus mei; quia zelavi super iniquos^ pacem peccatO" rum videns, Ps. 72.

(i) Congrega eos quasi gregem ad victimanip et sa^. itifica eos in die occisionis. ioreiu. 12.

(5) Il faut convenir qu*eii Htit de critioae les lucre* diiles sont exaciement malheureux : au lieu de s^aua^ cher aux l)caulds sublimes , au sens profond et inépuisable de ces admirables ciniiques , ils chicanent sur quelques expressions mal eniQniIucs , et perdent

do vue tout le reste Si les li\rcs profanes n^oiit

rien qui approche de la dignité, du sens profond, dc« grâces simples et toacIi:inies qui caractérisent les livrer saints, un peut bien dire qtie les livres saints ne reu ferment rien de plus grand, de plus propre à nourrir, àfortifier lesftmes.àinfipirer des scfitfanents sublimes, à former des idées magnifiques, que les Psaumes. Où puiser des notions plus vraies, plus majestueuses de la Divinité , contempler des tableaux plus vifs , plus :mim6s de la création? Les esprits justes» Icâ cœurs droits y trouvent une ressource sûre et aisée dans tous les évenentcuts dé la vie. A côté des menaces et des cliàiiîneiits marchent toujours Fespérance, les consolatituts et les faveurs. L'bomme y apprend tout ce qu*il faut pour vivre en paix avec Mii-nîeme, avec les hommes , avec Dieu. Tuutes les situations de rame, tous les mouvements du cœur y sont exprimés avec une variété et une vérité digues de TEsprit saint. Le.i nations bifidèles sont', comme nous» si frappées de Texcellence de ces poèmes divins , qu* elles en ont fait des versions en leurs langues»

(6) Omnia emm tuée abonùnatur Domnus^ et propter istiuêtnodi seelera delebit eos in introitutup» Deut. 8. lUos antiquos habitalares terrœ sanctœluœ^ quos exhorrtiisit, quoniam odibiiia opéra fuciebant tibi per medir eanùna et saaifida ii^usta* tt pliorum suorum uecaiorcs sine mUeriMrdàa^ et eomesiwes viscerum kominum^ ei devoratore$ sanguims a medio Sacramenlo tuo, et an' ctores parmUH mmturmn iisçutxiliatanm f feridf^ y^

Juifs n'auraîcnl-ils pu être les exécuteurs des arrêts que sa justice avait prononcés contre des nations dont Inexistence lui était odieuse ?... Le danger que les Juifs, mêlés avec les idolâtres , ne quittassent bientôt le culte du vrai Dieu , étaït évident ; et le culte du vrai Dieu était-il un objet assez peu important pour lui pi-éfércr la conservation d'un peuple abominable , dont la malice était incorrigible?... Les Juifs punissaient la cruauté de ces barbares par la peine du talion. Je n'ai rien souffert que je n^aie fait soufT^r aux autres , disait Adonibezec. Dieu me rend le mal que fat fait (1). —Il n'est cependant pas inutile d'observer qu'on général Ton ne doit pas chercher chez les Juifs toute la sainteté et toute la douceur ^des mœurs chrétiennes. Par quelle raison Dieu était-il obligé de civiliser tout-à-coup le peuple hébreu , et de former à la perfection des vertus de la nouvelle loi des hommesqui vivaient trois mille ans avant son établissement ?

L'EcrrtUrc ne dit pas un mol oui s^emble approuver le saci-ifice de Jephté. Il est d'ailleurs très-apparent, par la simple lecture du texte, que cette fille fut consacrée à Dli'u par l'état de virginité , qui , selon la manière de penser des Juifs , était le plus grand de tous les sacriGces, etc. (2J.

§ X.— 282. D. L Ecclésiaste ne semble-l-il pas contenir des maximes contraires à la religion et à la saine morale? Ne dit-il pas que la condition de Thomme est égale à celle des

brutes ?

II. L'Ecclcsiaste est une collection d'un grand nombre de pensées qui se présentent à un esprit actif et pénétrant. L'auteur rend coniple de celles qui se sont présentées à luimême , et il les réfute les unes après les autres. Uien n'est plus propre à lever des doutes , à détruire des erreurs , que lorsqu'un homme sage et d'un savoir reconnu nous dit que ces mêmes doutes et ces mêmes erreurs se sont présentés à son esprit , et qu'il en a reconnu l'illusion. L'Eccîésiaste renvoie tous les raisonnements des hommes à l'immortalité de l'âme et au jugement de Dieu. Nous avons répondu ailleurs {N> 188 ) à la

lulsti per mtimit parentum no$trorum, Sap. 42. PoUafa est terra ^ cttjin ego uelera mitabo, ut evomat Imbitatores $HOÈ. Le vil. i8, 25.

l\) Dix'ttque Adonibezec : Septuaginta reges, amputatis luanuum ae pedum iummitatilms, colligebanl sub meitsa viea ciborwu reUquias ; sieut feci^ ita reddidit tnihi Dent. Jiid. 1 , 6. Ln peine dn taliiui , exercée par le ministère public, n lail loi chez tous les peuples. Tous 1rs sages de ranlîquité en oui fx)nnu la justice. Gratgattti aliqws esi (erro : prœbeat tpse cenieem. kliteuU nosium viru$ : rêfundatur in swnn faciuus auctorem, Ocnlos ramit^ efodii : reddai de sua cœdtaU solarÎNMi..... tacinu» pœnœ menswra est. Elle a la sanction du ciel , cl rélcriicl Lëgtsl'Ucur en fait la hase des arrêts de sa vengeance : Qui in captirilatetu d dnxe^ ffl, fil eaptîvitatem tadet; qni in gtndio ocdderit, oporiet €um in glad'to œcidi. A|ioc. 13. Qtita sanguinem êon iiornm el prophciarnm effuderunt , el sanguinem dcdhti tis bibere : digni enim wnl. Apnc. iO.

(i) Dimilte me, duobui weinibus eircumeam moniet, el plangnm virginitatem weam emn êodatibus meis..,,, Fmî et itini voterai » quœ ignortàêi «niHti. Jud. ii.

fameuse objixtion sur Tégalité de l'homme et de la brute, qu'on n'a répétée tant de- fois que parce qu'on ne l'a pas lue dans le livre qu'on citait (1).

§ XL — 283. D. Le Cantique des cantiques n'est-il pas composé d'un langage trop mou« et d'e&pressions propres à alarmer de» Ames pures?

R. Ce livre exprime les sentiments d'une Ame sainte pour l'auteur de son être ; ces sentiments ne sauraient être ni trop vif», ni trop tendres ; ceux oui en ont l'expérience ne sont pas offensés ae cette lecture ; et ceux

2ui n'^ connaissent rien peuvent se dispenser e la taire. « Lorsque je jouis des douceurs de la piété , disait un homme éclairé dans les voies de Dieu , et que j'ai cette joie du cœur, qui passe tout sentiment , je conçois et je goûte la sainte familiarité de Tame avec Dieu qui règne dans ce livre : je me nourris alors de ces expressiops, dont aucune ne me

§êne. Dans des temps d'obscurité et de tié* eur, je ne veux et ne puis en juger (2). » Il est absurde de décider du génie de toutes les langues par celles qui ont cours au dix-huitième siècle. Ce qui est indécent en fran- Î;ais (3) , ne l'est pas en latin ; ce qni Test en atin , ne l'est pas en hébreu : dire que le Saint-Esprit n'a pas dû se conformer aux idées des Juifs, c'est dire qu'il n'a pas dû leur parler dans leur langue ordinaire. « Quand un peuple est sauvage, dit M. le président de Brosse (Traité de la format, mécan. des Ion-gués, t. ^, n. 189), il est simple, et ses expressions le sont aussi. Comme elles ne le choquent pas, il n'a pas besoin d'en chercher de plus détournées : signe assez certain que l'imagination a corrompu les langues. Le peuple hébreu était A demi sauvage. Le livre de ses lois traite sans détour des choses naturelles que no9 langues ont contume de voiler. C'est une marque que chez eux ces façons de

f varier n'ont rien de licencieux. » L'auteur de 'Emile (T. l,p. 222) fait A peu près la même réflexion. « Le Cantique des cantiques , dit un critique ingénieux , n'a d'autre tort que d'avoir été traduit dans une langue qui , par par le soin même qu'on a pris de la rendre chaste , ne l'est plus et ne peut plus l'être. » Nous ne nons arrêterons pas A déterminer

M) Au précis de TEcdésiasle qnc nous a donné Volialre on doit snbsUluer celui qu*en a fait H. Rossuet , et Ton sera d'accord avec le vrai sens de Tauleur. Dissert, sur les Psaumes, et préfaces surcliacim des cinq livres sapienllaux, trad. par M. le Roi, 1775.

clarté el les ténèbres sont , suivant la remarque saint Athanase, en quelque sorte relatives à In disposition de nos esprits et de nos cœurs. Ad scripturanim indaginem verumque intellectum, , opm est vita proba , miimo puro el viTtute qum secundum Christum eU^ Alban. Itb. de Incam.

(3) S'il est vrai , comme Ta observé le Philosophe lie Genève , que plus Tin teneur se corrumpi , plus Textéricur se compose, que la décence gagne eti ap* parence ce qu'elle perd en réalité, qu'elle règne dans le langnffo à mesure qu'elle se relire des mœurs, il e^it irés-aise de conoaUre la raison de l'extréuiu (lélicaicHse de la langue français^ qui irait encore en aiignieniajit s'il étaii possible*

237 PlIlLOSOi IliQUE.

le seas de divers passage^ de co livre, cl renvoyons à rexcellcnle explication que M. Dossaet en a donnée {T. 1, page 531).

§ XII.— 284. D. Que faut-il penser du livre de Job? Pour expliquer les propositions qui sembleni accuiier la Providence , faudra-t-il recarder cette histoire comme une aliégoric?

H. Job 9 accablé de tous les genres de malhears , se voit dans un danger manifeste de tomber dâfns le désespoir, et d'outrager la ProTÎdence. Celte vueie jette dans la dernière désolation , et il aimerait mieu3( n'avoir pas existé que d'offenser le Créateur. Il déplore le jour de sa naissance, et emploie contre de loauYais raisonneurs, qui semblaient le cousoler« tûute Ténergie de la langue hébraïque, la pins Tive, la plus forte et la plus rapide de toutes les langues. C'<!st , comme s'exprime un auteur judicieux , un drame que le saint

homme composa après sa délivrance , où, en laissant subsister la vérité de l'histoire , il fait entrer toute la force de la poésie asiatique. SU y a quelques expressions difficiles à justifier, ce sont celles que Job condamné lui-même à la Gn de son livre , sans les spécifier (1). C'est une témérité inexcusable de faire de Job un personnage allégorique. Le concile de Trente avait cru prévenir cette pétulance (2) de quelc^ues commentateurs amis du neuf et de l'arbitraire ; mais l'esprit systématique, en quelque genre que ce soit, est une maladie nue rien ne guérit On peut voir, pour rinteliigenGc de ce livre , l'explication qu'en a donnée M. Duguet , en 4 vol. in-fr.

i Xlll. — 285. D. N'est-ce pas avec raison qu^on a critiqué le langage typique des prophètes, et ce grand nombre de figures sinffu-> lières dont ils accompagnaient leurs prophéties?

R. Pour réfuter cette critique, il suffit d'observer, 1* que la plupart des choses dont les philosophes ont tourné en ridicule la représentation réelle et physique ne se passèrent qu'en vision , et qu'il suffit d'en lire le récit pour en être convaincu.

â* Si ces si^es étaient surprenants par leur singularité, quelquefois même par leur durée. Ils constataient par là même (levant le peuple nombreux qui les voyait l existence de {a prophétie; ils ne laissaient aucun lien de soupçonner, après Tévénement, qu'elle eût été controuvée. Les malheurs annoncés par les prophètes disaient plus d'impression sur les coupables par

(i) tm»fn€aiar loculm $um, et qu(t filtra wodum ex* eederemi $eienlhm nteanu C. 4â, 3. Qui UvUer iopitHi »m , rcêpandere quid pouHm ? Manum meam ponmn fMpêr M mciiiii. Unum locuius sum , quod ntinam nm ^âisem, et uiterum^ quibui ultra non addam. G. 39, 34,35.

(2) Âd eqercenda petulantia inqenia decernit (sancla dTiuKiiis)ia nenw sute prudentuB mwxH$.., eacram Scripittram ad $uo» un$uê çimiorqueni ^ coutra eum tenstun q^em lenuU et lenet samcta matçr ecclesiu, eujui fit judicve de ver9 sensu et inierpretalione Seripluranm ametarum^ aut eliam contra unaaifiiem eonsensum VuirMm, ipsam 9acram ScrîpXuram UUerprelari audcat. Se^. 4.

l'appareil Je ravortisscment. Un ancicB a du :

s«swiBJ irrUani anim» denOssaper auree.

tpse sibi tradU spectator. '•***'«*«*' « ?"«

( Hor. A. p. )

« Trasybule et Tarquin coupant des fêles de

fmvots, Alexandre appliquant son sceau sur ^a houche de sou favori , Diogène marchant 0evant Zenon, ue parlaient-ils pas mieux que s ils avaient fait de longs discours? Darius, engagé dans la ScytHîeavcc son arniée, reçoit de la part du roi des Scythes un oiseau, une grenouille, une souris et cinq flèches. Cette harangue fut entendue, et Darius n eut plus grande hâte que celle de re- ^^^oo^ «^?,pays comme il put {Emile, t. 3, p. ^63). » C est un Philosophe qui nous apprend à raisonner de la sorte sur les actions symboliques des prophètes.

y Le la ngage typique était alors usité dans la plus ffrande parHe de l'Asie ; plusieurs peuples de l'Orient le conservent encore ; on 1 a retrouvé dans l'Amérique. Alors, dit Vol-

taire, qui a si souvent calomnié les livres saints, daiif l'Egypte et dans la plus grande partie de VAsie , 7a plupart des choses s^exprimaimtpar des figures, des signes, des types.,. Jérémte ne fait donc que se conformer à lusage, etc. Hais il oublie tout cela quand li haine des saintes Ecritures conduit sa plume. «Les mœurs des anciens peuples, dit un autre philosophe (1) , sont des tableaux dont la coutume nous parait souvent bizarre, et nous est toujours étrangère. Les mœurs de 1 Orient n'eurent jamais aucun rapport avec celles de l'Europe. Voilà ce qui nous empêche souvent de bien saisir certains traits de 1 histoire des temps reculés. Nous trouvons certains usages ridicules , parce que nous en jugeons d'après les nôtres (2). »

Article III. Objections contre les livres diL nouveau l^estament.

§ I. — 386. D. N'y-a-t-il pas dans les quatre Evangiles un grand nombre de contradictions qui doivent faire conclure que ces livres ne peuvent être inspirés ?

R. 11 n'y a aucune de ces prétendues contradictions qui ne s'évanouisse, pour peu qu'on apporte d'attention à la lecture des Evangiles. Depuis 1600 ans que les incrédules s'exercent là-dessus , ils n ont su montrer deux passages qu'on n'ait conciliés aussitôt par les réponses les plus satisfaisantes. Saint Augustin (1) pensait qu'au lieu de dire les quatre Evangiles, on parlerait plus exactement en disant les quatre livres d'un même

(1) l>cui âges du génie et du goût des Français , p. 298*

(2) Poiir répondre à toutes les difiQculiés que Tin* crédulité forme contre les livres saints, il faudrait un OHVnige égal à ceux des Tostat, des Calmet , des à Lapide, etc. Nous avons choisi les pSus spécieuses, les plus vantées par les Philosophes* les plus étendues dans leur objet ou dans leurs conséquences , et qui par là suFOsent pour faire juger des antres.

(5) Jn quatuor Evangelm , seu potius in quatuor Itbm umu8 LvangcUi. Tract. SG/in Joan.

jBçanjife. — Quelques dîflérenccs dans les récits sont une excellente preuve de la vérité dés Evangiles. Quatre auteurs qui écrivent la même Dîslolre , et qui varient néanmoins dans l'ordre des choses , daAs le rapport des faits et des circonstances pins ou moins détaillées, jusqu'à présenter l'apparence de contradiction A un esprit superficiel , de tels auteurs , dis-îe , ne se sont pas concertés , et n'ont pas formé le projet de tromper les

peuples,

287. D. La généalogie de Jésus-Chnst , si différente dans saint Matthieu et dans saint Luc, n'a-t-elle pas paru à Julien l'Apostat un argument sans réplique contre l'autorité de l'histoire évangélique?

R. Quand d'un côté on écrit la généalogie d'un homme par sa mère , et de l'autre par son père, \[ est clair qu'il y aura deux çènéalogies très-différentes. Saint Matthieu rapporte les ancêtres de Joseph , et saint Luc nous marque ceux de Marie, nllc d'Héli, dont Joseph , son gendre , était considéré légalement comme le fils. Il est vrai qu'on peut donner une autre explication à cette difficulté ; mais celle-ci est si naturelle et aujourd'hui si généralement reçue qu'il est inutile de s'arrêter à l'autre.

§ II. — 288. D. Les livres de l'ancien Testament ne sont-ils pas cités quelquefois par les évangélistes dans un sens qui ne s'accorde pouUavcc la suite du texte, ce qui a été regardé par des Philosophes comme une espèce d'impostufe 7

D« Outre le sens littéral , il y a dans l'Ecriiure, et sqrlout dans les prophètes, un sens figuré. Toute l'ancienne loi n'était qu'un prélude de la nouvelle; tout figurait, annonçait, préparait les grandeurs de i*Evangile. Par le choix et l'accord des exjpressions , les écrivains inspirés caracténsaicnt l'avenir au même temps qu'ils décrivaient les choses présentes ou passées. Les Juifs reconnaissaient ce double sens , et le respectaient; ils savaient que leur loi était figurative , et que tout se rapportait aux choses qui faisaient l'attente et respérance delà nation (1). Cette manière de les instruire et de les convaincre était donc sage et proportionnée à leur intelligence. Saint Paul surtout en fait un grand usage dans l'Epltre aux Hébreux , pour se faire au génie de la nation à laquelle il parle Les théologiens reconnaissent encore un sens d'accommodation, propre à nourrir la piété et le eoût des Ecritures saintes ; mais ni les évangélistes, ni les apêtres ne l'ont emplové par manière de preuve (Ct-dMioui, ckap. a, or^ 5], mais seulement en forme d'explication et ac réOexion pieuse , pour édifier et toucher les chrétiens, non pas pour convaincre les adversaires de la fui.

§ 111. — 889. D, Les quatre Evangiles ont-ils toujours été regardés comme autucn-^ tiques t

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