Dès la naissance de l'Eglise, les Pères
(4) V0ytt la Dëin. ëvûng. de Huct, p. 545. Miilo. , de Vila conlempl., 898, 901. Flav. Josèphe, Anliquil. 1« Si c. 9 ; de Belle Jud. 1. 6, c. 6.
du premier siècle les citent sans en nommer les auteurs , mais ces noms se lisent dans les ouvraees du second siècle. Un paissage de saint irénée les réunit tous. Toute l'antiquité est d'accord sur ce point, et il n'est pas possible qu'un critique éclairé entreprenne jamais sérieusement de le contester (1;. Mais il est bon d'observer que la vérité ac l'histoire de Jésus-Christ ne dépend pas de l'authenticité des Evangiles. Vérité et authcnti^ cité sont des choses très-différentes. Les Evangiles sont %rai8^ si ce^qu'ils rapportent est conforme à la vérité historique : ils sont authentiques , s'ils ont étéécrits par les quatre auteurs connus, choisis et inspirés, dont ils portent le nom. Ils ne sauraient être authentiques sans être vrais, mais ils pourraient être vrais sans être authentiques. L'histoire évangélique on général est prouvée par des faits subsistants, par les livres des chrétiens, des Juifs et des Païens , beaucoup mieux que l'histoire d'Alexandre et de César. Nous n'avons pas d'histoire authentique ni méyne bien véridique de Louis XIV ; comment regarderait -on un homme qui conclurait de là qu'il n'y a pas eu de Louis XIV, Sue tout ce qu'on raconte de son règne « e ses- victoires, n'est qu'une fable?.... Dès qu'un événement est annoncé par des effets persévérants, attesté par drs monuments multipliés, transmis d'Age en âge par une tradition générale et uniforme , il est ridicule d'en douter , l'histoire n'en eûtelle jamais été écrite.
29Î0. D. Outre les quatre Evangiles reçus « n'y en a-t-il pas d'autres qui sont rcjctés comme apocryphes, et qui par conséquent affaiblissent l'autorité des premiers ?
R. Pourquoi la même histoire ne serait-elle pas rédigée par différents auteurs plus ou moins recevablestPlusun fait est important, admirable, avéré, plus on s'einnresse de récrire. Rejeter l'histoire de Jésus - Christ , parce qu'elle est rapportée par quelques anonymes, et que tous ceux qui en parient n'ont pas une égale autorité, c]est comme si je traitais de fable l'histoire de Henri IV, parce que telle lettre qui porte le nom de Sully , n'est peut-être pas de ce ministre* (S). *
(l| L'empereur iuUon, inlërcssé plos que loiil autre a décrier le clirisliAnisme , ne parle Jamais des EvangiTcs, on des autres livres s;iints, sans en citer les auteurs. Tantôt il cite des pass.iges empran-» lés dos Epttres de S. Paul-, en nommant cet apôtre. Tantôt il rapporte, diaprés S. MaUtiicd, des paroles de Jébiis^^linst, on quelques traits de son liisloire. Il dît que c ni Paul, ni Mauhieu, ni Luc , ni Marc, n'ont osé dire que Jésus-Christ fût l>ieu, el que Jean est le premier qui l'a enseigné. > 'Lorsqu'il défendit aux Chrétiens d*enseîgner les belles lettres, 01 d'expliauer les .poêles : QiCU% mitent , disait-il , expliquer Lue et Mutthieu dtms te» auembtéei des Valiléens.
(2) Fût»îl môme vrai queriiistoire évangéltqne ait cië généralement mal écrite, les preinrex tirées de Tes* ceilence de la doctrine de Jésus-Chrisl , de ses principales actions, de sa mort, et de son încontes* table réiurrection , subsisteraient toujonrs. Décriio par un mauvais physicien , la gentiane est toujours une plante salutaire ; défiguré par un Spinosa i fikt
S'il
PiilLOSOPIIiQUE.
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ji 1V.-~291. D. Qaels sont, après les Evanfftles, les livres dépositaires de Thistoire de Jésus-Christ ?
R. Ce sont les Actes des Apâtres , les E|)ltres de saint Pierre , de saint Jean , de saint Jacqoes» de saint Jode» et surtout celles de saint Paul , surnommé TApAtrc des nations.
2^. D. Ces écrits font-ils une autorité bien décisive?
R. Nous ne trouvons pas (^u*on les ait com • battus par des raisons qui aient mérité quelque réponse. Dans les Ëpttres de S. Paul on sent une véhémence, une force pour persua* der et pour convaincre que la Cction ne saurait jamais avoir.. 11 n'est pas possible à un esprit bien fait, de se soustraire à Timpression que celte lecture a faite sur tant de grands hommes. La sincérité, la candeur de cet illustre apôtre de Jésus-Christ , la persuasion intime qui ranimait lui-même , sa srande âme victorieuse de tant de périls , de tant de persécolîoiis , j paraissent dans le plus beau jour. On croit l'y voir, l'y jentendre encore ; rien n'est plus animé, plus vivant :
B PauH stfwe vigeaiem ndraberU umbram.
(sU. ttsd. de BmU.paulo, )
Saint Jean Chrysostéme , un des plus beaux génies et des esprits les plus solides de l'Orient, a montré, dans plusieurs excellents discours, de quel autorité était le témoignage d'un homme, tel que Paul. Il désirait de voir la ville de Rome, précisément pour y révérer la cendre de ce grand apdtre (1). M. Dossuet disait que si toutes les preuves du Christianisme disparaissaient, les Epltres de saint Paul l'y tiendraient constamment attaché. La conversion de ce grand homme , telle qu'il la rapporte lui-même dans les Actes {Chap. 96) des apôtres et dans ses Epftres, a ramraé au Christianisme un célèbre déiste anglais (S). Le roi Agrippa ne put en entendre le récit sans se sentir porté à professer la religion de JésQS-Christ (3). Le gouverneur Félix en Alt ému jusqu'au Toiid oe l'âme, et refusa d'écouter davantage un prisonnier si propre à persuader des vérités terribles aux hommes du sitele (4). Les premiers fidèles sentaient parfaitement la force de l'arçumcnt tiré de la conversion de Paul , et bénissaient Dieu de
un Epicure, le monde esl toujours un chcf-d'œuvce de ta puissance créalrice. Mais le fait esl que TEvangile a eu des hisioriens dignes de son excellence et de sa divinité*
(1) Exbort. moral., serm. 32. — Noveni llomil. in Pinlain. Oper. l. I , p 1058. — Ou dit proverbialemenl d*un prédicaienr vébémenl et éclairé , qui ëioiine el qui persuade , que e*e$t un Paul, On a dit dn fameux Osiùs :
RtUgiù^iê AiUti, tox et mamu altéra Baulu (9) Georges LiUellon^ auteur de la Religjqti chré' tienne démontrée par la conversion el Capotlolal de cotnf Pnd ; ouvrage traduit en français par Fablié Ciiéiiée. A Pnris chez Tillard« i75i, in-ll .
(3) /ji modUo Êuadu me dvristiaimm fieri, Act. «6,48.
(4) Tremefactuê Felix^ re$pc?utàl : Quod mmc alli- •k-f, rod^. Ait. St4. ^•
l'avoir fait servir à la gloire de la foi (1).
293* D. Comme' les Philosophes ne se ren« dent jamais » est-il erovable qu'ils soient restés dans le silence à 1 égard d'un argument si pressant?
R. Les plus sages se sont tus, les plus étourdis ont réclamé à leur ordinaire. Le pré« tendu Bolinbrocké rejette tout ce qu'écrit Paul , parce que , dit-il , il était chauve et petit f2). Boulanger décide l'affaire, en disani que c est tcn en/Aoim(ut« /brcen^ (3). Quand la Philosophie est montée sur ce ton , la rai son n'a plus de prise, le mépris doit en prendre la place... Le singulier enthousiasme que' celui qui est produit tout-à-coup par la certitude d'un fait dont on était le plus zélé adversaire , qui subsiste durant tout le cours de la vie, toujours sace, toujours conséquent^ toujours le même dans tant d'écrits , dans tant de courses apostoliques , dan» tant de souffrances, dans tant de persécutions; qui produit les vertus les plus austères, les maximes les plus pures , la doctrine la plus sublime, la charité la plus ardente, la bienfaisance la plus étendue I Que la Philosophie réilssisse a former des enthousiastes de ce caractère, elle pourra dispu^r à la religion l'empire du cœur humain (4).
29«. D. N'a-tron pas dit encore que les écrits de saint Paul n'étaient qu'un pompeux galimatias» et que le cardinal Bembo les mé* prisait ?
H. Le rare galimatias qui depuis 1700 ans fait l'instruction des fidèles» fa lumière des
(I) Anditum htdfebant, quonlam qui perseqmbalur no$ aliquandot nune evaugelixat fidem quam aliquando exvugnabaî; et in me clarifieubant Deum* Gai. 1,23.
(i) S. Ghrysostéme convient que Paul étaji peiii ; mais malgré sa petitesse , dit-il , tandis qu*il a les pieds sur la lerre , il touche le ciel de sa lôte : Sed tamen cœlum contingit. Hom. 50, in Princ. Apost.
(3) S. Paul s'est attiré sans doute ces |)orues8e8 pliir losopliiques par le peu d'égard qu'ihaeu pour les Philosophes. On peut croire qu'ils étaient à peu ^rès alors tels qu*ils sont aujourd'hui. Paul les regardait conune des hommes .vains, boufQs d'orgueil jusoifau délire : Dicentes se esse sapientes» stulti faclisunt. Rom. 1, 23 ; comme des. hommes sans mœurs et abominables « dans toute la rigueur du terme. Ibid.. 24 et seq. Il avertissait les chréiieus de se défier de leurs pompeuses leçons el de leur suUlsance dogmaiisaiile ^ Yidete, ne quis vos decijriat pet philosoplnam el iâutnem faltaçiam. tioloss, 2, 8. Il les réfutait vivemeM, dès qu'il en avait Tocca^ion . Qictdai» autem epicurei et stQiei'philosophi disserebant eum èo, Act. 47, 18.
(4) De tous ces pédagogues qui ont froidement el conmiodéroent semon(^ le genre humain par des. sentences de parade ei de mordue , lequel oserait se vanter d'avoir eu l'nrdeur, racliviié, la patience, la persévérance d'un Paul» et surtout sa parfaite Indifférence pour la gloire et le mépris» poiir la c;iloiniiio et le respect, pour le nom de séducteur et celui d'homme vrai , pour l'obscurité el la réputation I Pcr gloriam et ignobilisatem , per infmniam et- bonam /Vi> tnam , tt< seduçiores et veraces , ncut qui ignoti et cogniti ( 2 Cor, ch, HfVers, 8). Non, la sublime disposition d'&ine qui met toui cela de niveau ne leur éc>tt pas connue ; ils n'en soupçonnaient pas même la possibilité : elle eûi anéanti leur fastueuse sagesse, s'ils avaient (fu en goûter un momeol la divine Impression^
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CâTÉCUISUF.
théologiens •. les richesses de Téloquence I cfarMienne ; qui a servi à former presque toutes les décisions des conciles . à maintenir la pureté de la doctrine , à combattre toutes les erreurs , i ramener les incrédules a la foi I Quel enchaînement de vérités , tandis que les Philosophes n*ont pu réunir encore deux principes de doctrine » ni affermir une seule conséquence 1 Quel développement des mystères de rhomme-Dieu? Quel ordre, quelle dépendance admirable une âme droite n*y remarque-t-elle pas t Les principes posés, tout se suit, tout s'explique soi-même. Partout on aperçoit une justesse d'induction, un Sente nécessaire de liaison, aussi visiblement ivin que Timmensité de Tobjet, dont le fond échappe. — Boulanser dit que la doctrine de cet apôtre était sublime et merveilleme ; que c'est par là auc le christianisme s*est étendu dans le monde. On sent tmte la force d'un pareil aveu. — Ce que Bolinbrocke raconte du cardinal Bembo est absolument sans preuve, au jugement même de Bayle; c'est un conte de la façon de Thomas Lanzias , écrivain allemand, aussi obscur et ignoré qu'il mérite de Tétre. Et d'ailleurs , que serait-ce auc le sentiment de Bembo, comparé A celui ae tous les grands hommes du christianisme ? Si ce cardinal avait dit ce qu'on lui împute,ce jugement flétrirait sa mémoire, et ne conclurait point contre des choses que nous avons sous les yeux , et que nous sommes en état déjuger nous-mêmes (i).
$ V. —295. D. Pourquoi a4-on inséré dans le catalogue des livres saints un livre anssi ihintelliffible que l'Apocalypse? Dieu aurait-il inspiré unlivre inutile à l'instructiondesCdèles?
il. Les plus grands esprits du christianisme ont toujours eu un attachement particulier pour ce livre mystérieux , qu!on peut déGnir i*hùitoire des combats et des victoires de VEglise. Alcazar, M. Bossuct, le père Lallemanl ont cherché dans l'histoire raccompUssemenk de ces divins oracles ; et on ne peut nier que plusieurs de leurs expUcati<»Bs n'aient beaucoup de dignité et de justesse. On peut consulter encore V Apocalypse expliquée par Vhistoire ecclésiastique, par M. de la Chélardie, quatrième édit. en 1708, et un autre ouvrage d'un savant anglais sur le même sujet (2). M. Bossuet observe qu'en rapprochant les événements des premiers siècles avec les
fl) On ne pcul disconTenir qu'il n'y ail de Tobseii rite dnns plusieurs p.issases des Epitre<; de S. P:inl , t.iu( parce qu'on iii;nore diOerciiies circonstances qui dtri^raieul son zèle et ses réflexions vers des objets particuliers , que parce que son style n^est point gëtiéralemenl assez précis, ni ses expressions toujours propres ; mais on sent partout la force et le feu ii*ane éloquence divine qui foudroie rincrédulilé, qui touche, qui éclaire les fidèles.— L'Bptire à Philémo» l'st , au jugement dlËRasine , un modèle parfait dani le ^nre cpistolaire.
pK) Histoire ^nérat$ de 1^ Eglise chrétienne, deims sa naissance jusqtCà son dernier état triomphant dans te eielf tirée principalement de VApocalvpie de S. Jean; ouvraae traduit de CanalaiSy de M. Pastorim ,. par un bénédictin de Saint-Maur, Â Rouen , chez le Bouclier, 1777, 5 vol. in-«.
visions de TApAtre» depuis le douzième chapitre jusqu*au dii[-neuvièn)c , on croit lire plutôt une histoire qu*une prophétie. M. Té-véque de Sîsteron remarque qtjc, sr ces prédictions eussent trop clatreincnt annoncé la destruction de Rome, les persécuteurs on auraient été jplus furieux. Mais indépendamment de toute explication , la grandeur et la puissance du souverain maître, Téclat de ses vengeances , la persévérance du juste couronnée , le fruit de la tribulation et des souffrances, la récompense des vertus, la punition des méchants y sont peints comme dans un tableau. C'est par là que cette lecture est si propre à donner aux âmes cette paix pré-^ cieuse que saint Jean leur annonce dès le commencement du livre, comme le fruit certain d'une sérieuse méditation des vérités éternelles (1); La force elTénergie du style asiatique, soutenue de toutes les ricbèssesi de la langue grecque, augmente inOnimcnt la vivacité des couleurs et la hardiesse des images. On découvre partout TEglise vengée ou triomphante , presqu'au même moment que nons la voyons gémir sous le poids des persécutions. Car c'est là le centre commun, où il n'y a point de vision ni de prophétie qui n'aboutisse. C'est de ce centre que sort réciproauement une douce lumière qui perce les ténèbres des symboles énigmatiaùes, qui aide à en pénétreiTle mystère, qui répand au mutins l'admiration, l'assurance, la consolation , la joie dans les âmes » lors même qu*on ne deméle pas d'une manière distin<:lc toutes les circonstances de la prédiction ou de l'événemeat qui les produit. Le prologue et les sages avis aux évéques d'Asie, qui comprennent trois chapitres, sont clairs, simples, touchants, pleins de choses, et ne méritent assurément point le reproche d'obscurité, a Ceux qui ont le goût de la piété, dît M. Bossuct (Explic. de VApocal,), trouvent un attrait particulier dans celte admirable révélation de saint Jean... Malgré les profondeurs de ce divin livre, on ressent, en le lisant^ une impression si douce, et tout ensemble si magniGque de la majesté de Dieu ; il sV trouve des idées si hautes du mystère de Jcsus-Chrlst, une si vive reconnaissance du peuple qu'il a racheté par son sang, de si nobles imaees de ses victoires et de son règne , avec des chants si merveilleux pour en célébrer les grandeurs , qu'il y a de quoi ravir le ciel et la terre... Toutes les beautés de l'Ecriture sont ramassées dans ce livre; tout ce qu'il y a de plus vif , de plus touchant, de plus majestueux dans la loi et dans les prophètes, etc. »