CHAPITRE VL É/fets du Christianisme
{ L — 359. D. Quelle est la réfutatioii la plus sensible et la plus yictorieuse de toiis les égarements de riocrédulilé?
R. C'est la conduite d'un homme qui vit selon les lois du Christianisme. Rien ne montre mieux la faiblesse de la philosophie profane que le tableau d'un vrai Chrétien , qui exprime dans ses mœurs l'esprit de la loi qu il professe. C'est ici le cas de dire qu'on connaît l'arbre par les fruits , et la cause par •es effets. Les paroles des PhUosophes sont magnifiques, disait S. Cyprien,mais la vie des Chrétiens est une philosophie de fait ; les raisonnements sont d un côté et les actions de l'autre (1)» tin Philosophe (2) inconséquent, qui réfute lui-même ses erreurs, rend à cette vérité un hommage précieux. « Une dernière ressource à emplover contre l'incrédule, c'est de le toucher, c est de loi montrer un exemple ^ui l'entraîne, et de lui rendre ta religion si aimable, qu'il ne puisse lui résister.... Quel argument contre Tmcré-* dule que la vie d'un Chrétien 1 Y a-t-il flme à l'épreuve de celui-là? Quel tableau pour son cœur, quand ses amis • ses enfants , sa femme concourent tons à l'instmire en Tédifiant 1 Quand , sans lui prêcher Dieu dans leurs discours , ils le lui montrent dans les actions qu'il inspire , dans les vertus dont it est l'auteur, dans le charme on'on trouve à lui plaire t Quand il verra briller rimage du ciel dans sa maison 1 Quand une fois le jour,
et d*aiilres de b même communion ont dii pQiir affaiblir rauinrité des Pères el le respect qu'on leur a imijours |H)rcë dans Téglise de Dieu, ne prouve auire clmse que rimpossibilité reconnue par tous les scci*îres d'accommoder leur doctrine avec les nouvelles opinions. Daillé a élé victorieusement réfuté par un AiifiliOn » qui h*eti joint aux eatlioliqut^s ccmtre le traité de ce ministre si injurieux aux Pérès. (M. William Reeves , auteur d'une traduction anglaise des Apologies de S. Justin , de Tcrtiillieii , ele. ) L'opitosition^ générale de la doctrine des Pères avec celle des nouvelles sectes est reconnue par les plus habites protesunts. Casaubon avouait qne l'auinrité des Pênes raccablait. Du Moulin s*esi vu réduit h a^jcuser de supposition leurs ouvrages les plus authentiquas ; Thomas James s'imaginaii qne les CathoTiques les avaient tous altérés. *
(I) ^M oMm, fratres dttediuimi , lyid pMlesùifki non verbis, s^ (actU tuinw, neç ustUu sepiâiutom^ ted vettmte j^mfmmus. qm nftimtm eensdasièmn mems
^*jl^mMs ^nau servi f critères ùS!!Cj^^f^i^ BviQo patieniue, Serm. 3. /t t
if) J.J. Houfls^au.
il sera forcé de se (tire : P^n, t*homme^n>st pas ainsi par lui-même j quelque chose de plus qu'humain règne ici (1). i»
360^ D. Malgré la sainteté de la loi chrétienne , n'y cvt-il pas un grand tiorobre de ses isectateurs qui se déshonorent par tous les vices des Païens?
R. Nous avons fait voir la frivolité de Cc*tle observation en traitant des effets de la rcli^ gion en général (L. 1 , c. 5, § 3). Nous ajôu^ tarons, 1" que, pour s'en prévaloir contre lé Christianisme, il faudrait montrer qu'un Chrétien vivant selon la foi ne vaudrait pal raieu\ qu'un Païen, qu'un Mahométan^ qu'un Chinois vivant selon la sienne. ST Mal-
S ré les crimes des Chrétiens , les bons effelJl u ChWstianisme sont sensibles. Pour peu qu on connaisse les mœtirs et le gouvernement des nations païennes, l'on ne peut que bénir la Providence d'avoir éclairé les hommes par une religion qui les a si heureusement changés. A mesure qu'elle, s'est étendue dans le monde , le monde s'eit renouvelé , et a vu croître les fruits de Thonnéteté et de la vertu sur les ruines du vice et des plus monstreux désordres. S. PauV, témoin oculaii*e de cette révolution , ne craignait pointd'étre démenti , en rappelant sans cesse aux fidèles ce qu'ils avaient été avant leur conversion, et ce qu'ils étaient devenus depuis (2). Ce qu'est un flambeau brillant porlê dans un lieu de ténèbres , ce qu'est l'astrd du jour quand il chasse les ombres de la nuit; c'est ce qu'a été le Christianisme pour l'univers (3). ^
361. D. Pourquoi donc nos Philosophes fia cessent-ils point de faire le parallèle dei- Chrétiens avec les Païens et les infidèles , et de donner toujours k ceux-ci la préférence sur ceux-là?
R. D'où vient qu'il n'y a rien dé si évident sur quoi on ne pnistM s'aveugler ? D'où vient que les passions égarent l'esprit , et que le goût des paradoxes renverse toutesies idées reçues? Au reste il parait certain que dans cette conduite des Philosophes il y a moins d'ignorance et d'aveuglement que de malice et d'envie de tromper les simples. Car veulent-ils sérieusement nous cacher les désordres publics, approuvés» autorisés, sacrés chex les peuples qu'ils exaltent le pins, tels que le» Grecs et les Romains, etc.? Ne sa-
(I) Quand la philosophie est snce, son langage reml (iiielquerot& celui des apôtres et des saints. Le ci oyeii de Genève raisonne ici à peu prés oomait saint Pierre: Conversaiioriêm vestram wMr fenies kebêmes benem^ ut ex bonU operibm vos coiw4<r«i»if«, §lmfceni JOmm iu dh «fdtofioiitf . | Petr. 2« il
W Eramus enim etiqnanio et nos tifii>tVN/ef , tncrS' duh, errâmes^ sendentes desideriU et wtu^otibinmiriis^ m malHm et hn^dià ayentes^ odibitei^ odientes intieem. €nm autent èenf^ffns et knmmiHfit apnùmdt Saltatofis aoitrf M, su. Tii. ^, S, i. El hefs qmdam fuistis. sed abluii esOs , ud smetifisôii estiSy eu. I €m. 0. 1 1. f wfilf fmm eliqumde Itmc^r ; wnts aeéem ism tu Domino Epbes, 5, 8«
(S) Efo qnasi tereb'mlhvs s^iendi ttoms tneos , n vomi nui /louent el qratUe. Eao qmui vilU Imctifietui Htaritatem odofit, et foret mci frucM honoris et kù fi«hi<if. Eccîl. S*, «î, 23.
lUIlLOSOi'ilIQUE.
diU
vons-nous pns que la niodcsUc, la pudeur , la déronce claient bannies de Sparle , que le Uberlifiagc dos Lacédémonîens élait passé en proverbe dans toule la (irèce, que le vice ronlrc nature avaîl infecté toutes ces nations;... que les Athéniens étaient un peuple frivole, inconstant» jaloux, superstitieux , voluptueux , ingrat, injuste et cruel ; qaeleur république était sans cesse en combustion; toujours tumultueuse, agitée perpétuellement par les briçues et les factions , et livrée à la fougue du plus vil harangueur;... que le peuple romain, tout composé de soldats, eut toujours le caractère injuste, violent ^ féroce?... Nous avons lu dans Tacite, dans Suétone , dans Ammian Marcelfin, les terribles effets des spectacles barbares de Tamphilhéàlre ; dans Ovide , dans luvenal, Tinfluence qu'avaicul sur les Tuceurs les obscénités des comédiens et des pantomimes; dans Térence et dans Lucien, les Impressions funestes que faisaient les statues el les tableaux deshonnétes exposés dans les places publiques ^i) ; dans Ovide, les prières criminelles que les Païens adressaient à leurs dieux; dans tous ios historiens du temps nous avons vu les excès horribles d'impudîclté qui étaient conseillés par les Philosophes , ou consacrés par la religion (2) ; les outrages faits à Thumanité par la manière dont on traitait les es^ claves ; la barbarie des combats de gladîa- ' teurs, lès ébranlements continuels des états par les séditions et les guerres civiles; le» massacres fréquents des princes et des rois ; rextravagance révoltante de Piddlâlrie. Il est iauUle d'étendre ce tableau après ce que nous* avons dit ci-dessus (£. 3, c. 2, § 3) avec M. Bossuet; après ce qu'on a lu dans TOnûine dkê lois , par M. Goguet , t. 5 et 6 ; dans VApolo.git de la religion ^ chap. il; dans lo Dictionnaire philosophique de la religion ,
(t) Qàanâ on ignorerait riilsluire de Rome cl deia. Grèce, ies ruiiies d'Herculaimiii Siniraieni de preuve IKtrIatiie à ceue asseriîoii ; les excès les plus abonittttijts y éuicul célébrés comme des vertus subliincs : 02) ne saurait voir tes imsiges qui en resletil sans être saisi d^horreur. Le vice doit être poilé bien loin quand la peinture et la sculpture rimmortalisent et èfi font riirneuiau d*une ville. Sans le zèle des Cbreliens, qui in niolèreni tous ces vertiges do raboiuinalion à kl piireié des n.oetirs , on viMTait dans toutes l<s villes romaines ce qu'on volt aujourd'hui dans llerciilaonm, que le mont Vésuve a conservé tel qu'il était ran 9D de Téro cbrélienne. -M. Fuiigeroux de Bofidarov ( Rechercha sur les ruines, etc. ) travaille à aflHibGr la tbrce de ces preuves par des explications aasqiieilt*s il est impossible d'âctiuiescer. Les nionuoieiiis des nations sont Tiuiagc bubsistaute de leurs mœurs ; et quand ces monumenis sont consacrés au vice , ils éternisent , suivant le langage du SaKe , la bonté du désordre el de la folie. Sapiemiam cuim prœleremttes, non tantum in hoc lapsi suntui ignoru^ renl hona^ sed el insipienliœ suœ reiiquerunl homiuibns meiHoriqw ut in his quai peccaverunt, nec laO^e poluissenL Sa p. 10, 8.
(1) On jieut voir sur ce sujet un beau discours biliû, de jfvan Conrad Uungius ; De lionuumum Mmria et côrrûfiiisshnis mûribus quitus fmpuklkam^ Ctberfalèin ei" ampli ssiinum imimium ^rruperuni el peMuméederunt. liarderwick, 1718, in-4".
Catéch. PuiLOS. I.
t. 1, p. 348, etc., etc.. Un demi-siècle de'p;)<^ ^anisme présente infiniment pibs âWrè^ énormes qu*on en trouve dans toutes th monarchies chrétiennes depuis que le Chris*; tianisme règne sur la terre.
§ 11. — 3G2. D. N'est-ce pas à la phiioso-; pbie et à la culture des lettres qu1t faut aî-> tribuer la révolution dont vous faites houneur au Christianisme?
R. La philosophie et les lettres ont élè cultivées par les Grecs et les Romains, comme Far les Chrétiens, et n'ont rien changé k état des choses; d^où nous sommes en droit de conclure que cette réforme est l'ouvrage du Christianisme. Cette conséquence est reconnue par des hommes que les Philospptirs respectent. « Nos gouvernements modernes^ dit J. J. Rousseau (Emile, l. 3, p. 200), .doivent incontestablement au ChristiaiiîsnMi leur plus solide autorité et leurs révolutions moins fréquentes. Il les a rendus eux-mêmes moins sanguinaires : cela se prouve p9r le Cuit, en les comparant aux gpuvernemcnfs anciens. La religion mieux connue, écartait ( lo fanatisme I 'a donné plus- de douceur aux mœurs chrétiennes. Ce ^changement nVhl point l'ouvrage des lettres, car. partout ou elles ont brillé, rhumanilc n'a pas été plus respectée. Les cruautés des Athéniens, dra Eg^tiens , des enipereurs de Rome , des Cbi-< nois, en font foi. » M. de Montesquieu [Enp^ de$ lois, L 24ve. 3) appuie cette observation de Rousseau : « Pendant que les princes nia^ hométans donnent sans cesse la mort et U reçoivent, la religion chez les Chrétiens rend les princes timides, et par conséquent moins cruels. Le prince compte sur ses stijets, et les siiiets sur le prince. Chose admi-> rablel La religion chrétienne, qui nesemblti avoir d'oèjet que la félicité de l'autre vltN fait, encore notre bonheur danscelle-<:i...--CVst la religion chrétiennfi qui , rhalgt'é la graii-: deur de l'empire et les vices du elimal, a em-* péché le despotisme de s'élablii* en Ethiopie,, et « porté au milieu de l'Afrique les mcnirs
de l'Europe et ses lois Que l'on se mette
devant les veux, d'Un côté les massacres'^ continuels clés rois et des chefs grecs ei ro^. mains, et de l'autre la destruction des peu-^* pies et des villes par ces mêmes chefs; ïhi*^ mur et Gengiskan, qui ont dévasté rAtie; et nous verrons que nous devons au GkristianismQetdans le gouvemementuncertain droit politique, et dans la ffUerre un certain droit des,, gens que la nature humaine ne saurait assez' reconnattre.»...«C'estàla religion chrétiennes, dit M. Beausobre (Etude detapoli^., p. Ml)i qu'on doit un système de gouvenietnent' plus juste, nlus libre, plus éclairé. Onlùf' doit encore la vertu d'observer les lois de ^ l'humanité au milieu des guén^es U^s plus' cruelles. »...« Voyez dans les Gaules, dit .M. , Moreau (1), au commencement du cipq,uiénM». . siècle, les lois et la religion gouverner presquiH seules un pays abandonné pàw lafibîûesée de'*^
(1) Leçons de worule et de physjqite, ^edigfes pm les ordres el d'après les vues de [en monseigneur li lUu . phin pour rinstruction de ses enfants.
(Dix)
ses léglliincs souverains, surriyreJiraatorité de ceux-ci V triompher d*uii peuple con<|tiéranl, adoiidrsesincetirs,lQidonnerdes principes d'une aduiinistra tien réglée, ctservir ainsi de sauvegarde aux vaincus contre la fureur oC rinsolcnce des vainqueurs. » La niém«; cdiose arriva en Italie lors de Fincursion des Huns... « Quelle autre religion , dit un célèbre magistrat (1), a l'avantage d'avoir fait disparaître les horreurs du despotisme» le spectacle de la 'servitude, le mépris de l'humanité» et toute la férocité des anciens peuples? »
S IIL — 363. D. D'où viennent donc la haute sagesse et les vertus sublimes des Chinois , qui n'ont pas été formés par les leçons du Christianisme (â) ?
R. 1* Ceux qui se disent si pénétrés de la sagesse des usages » des mœurs et de la religion des Chinois i devraient témoigner leur estime pour tout cela par d'autres preuves
3ue par des déclamations philosophiques vi es injures contre les Chrétiens. Aucun sage . en Europe n'A encore embrassé les lois, les usages , les mœurs, la religion des Chinois ; mais à la Chine, des princes , des lettrés et un peuple innombrable ont professé le Christianisme avec toute la fermeté des premiers martyrs. Quand un de nos Philosopncs aura sacriOé ses biens , sa liberté , sa vie » à la morale et à la religion des Chinois , nous examinerons de plus près ce qu'il en faut penser.
S* Toutes ces merveilles qu'on nous raconte des Chinois sont réfutées par des faits et par le témoignage des hommes les mieux instruits de l'état de ce peuple , si cher aux Philosophes. L'Amiral Anson nous peint les Chinois comme un peuple lâche, poltron, esclave, perflde, très-peu industrieux , excepté <lans l'aK de tromper et de mentir, d'une avarice et d'une friponnerie inconcevables. Les enfants mêmes savent à la Chine que les marchands ont de fausses aunes et de fausses balances ; et qiîe si on lés leur ôtait aujourd'hui ils en feraient demain de nouvelle« : la seule
{>reuve qu'on ait, de leur bonne foi c'est 'inscription qui est â l'entrée de ieurs boutiques : Pou hou : Ici on ne (rompe perfonne (3). Les mandarins, quoique lettres et disciples de Confocius , se servent de l'autorité aes lois , non pour empêcher le crime , mais pour s*enrichir des dépouilles de ceux qui le commettent; presque toutes les puni-
(1) M. Sé]{nler, avocat général au parleincnl de Paris. RériiHsii. du 18 aoûl 1770.
(S) Noire belle philosophie u'a peut-être prodigué les paradoxes dans aucune matière auiani que dans i'élege des luuions infidèles. Elle avaîi d*abord érigé ea modèles de vertus «t de sagesse les anciens |>aîcns, «nsnile les Tuny, puis les Chinois ; aprè* quoi sont venus les luibilaiiis d*Otahici ; les Péniviens ont saccédé h tout eela dans le» hua» do Ifarmoniei J'cspérebien recevoir au premier jour le panégyrique des CannilKiles. Ces verineux eiioyem de rAmérique mangent leurs pères quand ils sont vieux, pour les imisinire aux misères de la décrépitude : mandacalîen pleine û*lnmaniié el de Henfmuinee l
(5) Voici comme les Mémoires eoncernant la Chine ]iMiifieiH iefi Chîno» contre Taocusation de vol et de juavraisc foi dans Ir commerce, i L*achcteur et lo
tîons se réduisent à des amendes, et c*est sur te fonds que sont assignés les plus clairs re* Tenus de ceux qui composent les tribunaux Ces sages magistrats ont fait tant de progr^^s dans la morale , qu'ils s'entendent souvent avec les voleurs pour détrousser les étrangers ; et quand les scélérats qu'ils protègent ne sont pas fidèles à payer la protection, pour lors ils les punissent en confisquant tous les vols à leur profit. Le droit des gens est si bien connu à la Chine, qu'en 171^3 on n'y pouvait pas concevoir comment l'amiral Anson (I), qui s'était rendu maître d'un galion d'Espa-^ gne , n'avait pas commencé par Ikire massacrer tout l'équipage (2). Dans ce mémetemps tes m<itelots anglais , après avoir sauvé la ville de Canton d'un incendie général , sous les yeux même du vice-roi, furent obligés de servir de sauve-garde aux marchands chl-^ nois , pour les préserver d'être pillés par la populace. Tel est le bon ordre et la police des villes de là Chine. Le voyageur anglais ob» serve que via morale , même ^péculatiye , est très-bornée et très-i mparfaite,que leur gra vite, leur politesse n'est qu'une pure affectation ; que las magistrats y sont corrompus, le peuple voleur, les tribunaux dominés parrintrigueit la vénalité ; le gouvernement faible , exposé à être envahi par une poignée d'aventuriers. L'on sait d'ailleurs que c'est le bâton, et non point les lois de la morale , qui gouverne la Chine, Ce jugement d'Anson est confirmé par J. J. Rousseau, OEuvres dhenei, t. l,p. ik ; par Montesquieu, EsprU des lois^ 1. 8, c. 21 ;
vendeur ont chacun lour balance; à quoi servirait il donc d*eii avoir de fausses ? Si les marchands chiimi» sont Tyriens, Carthaginois et Grecs sur Pariîcle de la lionne foi, c'est que le seul frein de la consdcnro cl de la religion peui conieuir la cupidité dans le» liornes de la jtisiice* i Que répliquer à une réponse si victorieuse 1 Toiu le» acbeteiur» tonl ohSgé» Jrawoir une balance ; cela prouve que les vendeurs ne sont
pas fripons Le »eid fretu de la eon»cience el de la
religion veut contenir la cupidiié ; si cela est ainsi, el que les Chinois niaient pas ce frein, comme la népon»e le suppose , pourquoi donc eialter la sagesse et la probité de ce peuple ? pourquoi prôner des lo» qni ne peuvent rien »ur la eoneeienee^ qni ne sauraieut' donner un frm à la enpidité ?
(i) Voyage de Georges Anson, I. S, c 7.
(2) Quelques missionnaires ont entrepris de coniliaure ces observaiions, ou plutôt ces faits, par qnel ques maximes spéculatives d*une bieiifaisanee de parade tirées des livres chinois ; mais qu^ils accordent, s'il est possible, ces maximes avec la déprédation continuelle exercée par les Chinois chet tons leurs voisina, avec le sang-froid qui dirige le massa cre des prisonniers, avec ceue multitude de rois rt de princes, dont le sang a é\é r^ndo tprès la virmire, comme celui d'autant de scélérats dévoués au glaive de la justice. On en a vu encore un exemple affreux en 1777. Les Chinois, ayant conquis le royaunm de Siao, ont conduii à* Pékin le roi de.œ pays, sa femme, ses enfants et les principaux de sa cour, les ont présentés à l'empereur ( prinee qui passait ponr un modèle de sagesse et de boulé), et les out massa« crés par ses ordres. On n'a épargne de toute celte fo* mille qu'une malheureuse princesse de cinq ans. It faut convenir que la politique guerrière des Euri»* péens esi , en c4)mparaison de ^o de la Chine, un code d'humanité et de Justice.
rmLosofiiiùtiË.
I. Il,c.a5;l.l*,c.7;l. 16, c. 8; pair dii» missionnaires qui ont passé leurs jours dans cet empire, Lettrei édifiantes, 2fc* Recueil, p. 65, etc., el tout récemment par Fauteur des Hechtrche$ plUiosophiqueê sur les Chinois, qui, iiKilgré les paradoxes et les erreurs dont il a déliguré son ouvrage , est celui qui a le plus victorieusement réfuté toutes les Imaginations européennes sur la sasesse et les vertus des Chinois. Le tableau qir il fait de Tinfanticide est des plus frappants , et suffit pour donner ridée d*une nalîon abominable (1). « Ou les accoucheuses y étouffent les enfants dans un bassin d'eau cnaude , et se font payer pour cette exécution , ou on les jette dans la rivière , après leur avoir lié au dos une courge vide, de sorte qu'ils flottent encore longtemps , avant que d*expirer; les cris qu'ils poussent alors feraient frémir partout ailleurs la nature humaine ; mais là on est accoutumé à les entendre , et on n'en frémit pas. La troisième manière de s'en défaire est d.o les exposer dans les rues , où il passe tous les matins , et surtout à Pékin , des tombcroaux, sur lesquels on charge ces enfants ainsi exposés pendant la nuit; et on va les jeter^ans une fosse , où on ne les recouvre point de terre , dans l'espérance que les Mahométans en viendront tirer quelques-uns ; înais, avant que ces tombereaux , qui doivent les transporter i la voirie , surviennent , il arrive souveni que les chiens , et surtout les cochons, qui remplissent les rues dans les villes de la Chine , mangent ces enfants tout vivants. Je n'ai point trouvé d'exemples d'une teOe atrocité, même chez les Anthropophages de rÀînérique. Les Jésuites assurent qu^en un laps de trois ans, ils ont compté neuf mille sept cent deux enfants ainsi destinés à la voirie^ mais ils n'ont pas compté ceux oui avaient été écrasés à Pékin sous les pieds des cheraux on des mulets , ni ceux qu on avait noyés dans les canaux, ni ceux que les chiens avaient dévorés, ni ceux qu'on avait étouffés au sortir du ventre de la mère, ni ceux dont les Mafaométans s*étfiient emparés , ni ceux qu'on avait exposés dans des endroits où il n*y avait pas de Jésuites pour les compter (2j.» Que penser des Philosophes qui exaltent les mœurs d'un peuple de cette espèce au-dessoft de tons les fruits dn Christianisme (3} 7
' (f ) Il a paru, dans le 6* volume des Mémwret tur U UûmÊ^ nue ietlre du P. Aniiol, où Ton iftche d*afbèblir les tionreur-t de riiifanlicide cliiiiois ; mais oBtia letiie raéine, bien approfondie, est une pldne ttinfirmation de cette pratique abomInaUe, tolérée H même autorisée par les luis nationales, comme je rû fais voir dans une réponse au P. Amloi, insérée dans WtJcmm. Usi. «I ifH. , 1 mai H^» P ^^' <3) Tarrans , Hmse naek CkiM, fûnfiêr Brief; t. 1,
:3) Nous avons supprimé, k la suite de ce morceau, me q«esiî<iii et une thèse de Tauteiir sur la populaiJM de ia Chine. A entendre M. de Feller, la vi»e de Hkin narait à peine 40 mille âmes, tandis que es fïûiote ei , il faut bien ie dire, les étrangers et les H3b«iofmaires eux-mêmes la portent à deux millions. Iif ne dottie pas qu'il n'y ait une grande exagéraiioii danM les résultats annoncés des^ recensements ehiftt»s; à répoquc de ramU>.s- ic de Uacartney , la
9M. D. Ce que Boulainvilliers el quolqur^i autres écrivains nous disent des Turcs, n'est sans doute pas plus fondé que ce que Voltaire raconte des Chinois ?
R. Il y a aujourdhui plus de justice, d'bu**manité, de respect pourrie droit des genf chez les -Turcs oue chez les Chinois,, par la raison que ceux-là ont plus de commerce avec nous que ceux-ci^ Mais il y a bien i rabattre de ce qu'en, ont dit quelques' enthousiastes admirateurs de tout ce qui n'est pas chrétien. Les paradoxes de Boulainvilliers et de Tabbé du Bos ont été bien réfutés par M. de Montesquien (1). Nous avons vu (£. 3» e. 5, { 3) le jugement qu'en portait M. Porter. 11 ajoute une réflexion au sujet des actions vertueikses que les apologistes des nations infidèles ras* semblent avec affectation pour en former lo tableau de leurs mœurs. Jl peine, dit-il» en arrive^t-U une en un siècle . et les Turcs eujr^ mêmes la citent souvent comme une chose tout à fait extraordinaire et merveilleuse (2). Quelles que soient les mœurs d'un peuple* les principes de la loi naturelle ne sont jamais entièrement effacés. 11 se trouve du temps en temps des cœurs droits qui réclament contre Terreur et le désordre public : on Ta vu chez les Carthaginois, les Scythes, les Huns ; on le voit encore chez leslroquois et les Hurons. — La brutale et destructive polygamie des Turcs ; l'amour contre nature qui, suivant laTemarque de Montesquieu (3), en a résulté par la satiété dans les uns , par le célibat forcé dans les autres , et a répandu une contagion générale {h) ; le système de no
population de la Chine émit évaluée ii SS3 millions cfliabitants ; un recensement tout à fait nioderue la porte à 362 millions. Mais si céa cbiflVes sont eiagérés, c'est beaucoup faire néanmoins que d'en ra* baitre la moitié ; et il est vraisemblable quo la popiH lation de la Ciiine dépasse 450 millions.*— Quoi <pi*il en soit, on ne voit i^s bien quel rapport cette ques^ tion peut avoir avec la sagesse du gouvernement et de la religion des Chinois. La grande fécondité de ce peuple n^empéclie pas les mandarins d*è(re voleurs, les marchands d*étre fripons, et le reste à ravcnnnt. Plusieurs observateurs ont dit que nulle p:irt 11 n*y avait un aussi grand nombre de lois sages cprà la Gbiiie; et d*au(res observateurs ont répondu quo nulle part les lois n'étaient moins exécutées • parce que Tintérét des gouvemaots est toujours en eouSil avec elles. (L. D.)
(\) Esprit des lois, 1. 23, ch. 3, 4 ; 1. i6„cb. 0 ; 1. 50, ch. 25, etc.
(i) Observ. sur la relig., les lois, etc, des Turcs,
(3) Esprit des lois, 1. 16, ch. 6, K 24, ch. 6.
(4) Il ne faut pas douter que la mdygauiie ne soit une des grandes raisons du peu ae population de rcmpire ottoman. Sans psirlçr de 4a niuliitude des miles, qui par là sont exclus du mariage, i Pienon», dit M. Guys (Voyage lU^r, it la Grèce), te Miisuh man dans sa naissance. Il ne peut pns connatire U tendresse filiale ; les caresses paternelles sont le pln-H souvent trop divisées poqr éire bien vives, celles do la mère sont presque toujours nulles : ou n^iiuie p:ts IVnfant de la violonce. I>es qu*U a aiteint Pige de 1a^
ÏHiberié, on lui donne des femmes. Il aniicipc>ur ses orccs. Le seniiment même est usé avant que la na* ture Tait développé. Les Turcs les mieni élevés ui\\ ce goût dépravé qui inlectatt aneicnnemeni ce boacT
prêcher rAIcoran qu'à coups de sabre ; Thorrible despotisme de leur goavcrnement, etc., suûsent pour faire contraster ce peuple trèsdésaTmtageQsement avec les étais chrétiens. M. de Condorcet, dans V Eloge de M. de la CoiliiafHine, fait de Tenipire ottoman le laètean suivant. « Il allait voir des pays où les ihonamênts de Tantiquité et les productions ëe la nature étaient également inconnus aux peuples qui les habitent. Le reste des antii|oes habitants i)ë cet empire y gémit sous le joug d'bne peuplade scythe, amollie par le |4atsir et avIHe par Tesclavage* saps presque avoir rien pefdu de sa férocité naturelle. Là, tandisque te despote fait trembler ses esclaves et tremble devant euxr, le peuple également foulé par le maître et ses satellites, exposé à toutes les injustices du gouvernement, sans art, saiis agriculture, sans lumières^ sans courage, sans activité, sans vertus, sans mœurs, n*ollre aux yeux du voyageur indigné, qu'une espèce abrutie et dégénérée, p
— « Comment (dit M. de Tott en s adressant ans apologistes des Turcs, des contradictions absurdes peuvent-elles vous échapper ? N'exis* te-MV P^ ^^^ règles sûres pour démêler Ih ▼érité? Crovez-vous, quand on vous le dira, qu'un manchot se soilservide ses deux mains, et qu'un borgne ait fermé Toeil pour y mieux voirY Et si vous ne croyez pas oe semblables sottises, comment pourriez-vous croire que le despotisme ne détruit pas les facultés qui rendent Thomme heureux 7 » — Uh sage Politique appliquaitan gouvernement des Turcs et aux lofs ottomanes ces expressions dont Horace peignait la cruelle fatalité :
ctatùê WtttàUi et euneos mùiû Ge^tmuahenvi^necieventê ' ' vmii atnea Htfuldumiiue phanbumli),
I IV. —9^. D. L'austérité et les pénitences des Bracbiuanes, des Bonzes, des Fakirs, ne sontr-elles pas supérieures à celles des Saints du Christianisme?
R. Jamais (es Chrétiens n'ont fait consister l'esprit de religion- dans des pénitences de$- . tructives. CéUcs c^e TEglise a approuvées soi^t sageif et ipodér^es^ et i[ie ravissent point une vie d^nt Tbom^iic n'est que le dépositairo.'La pénilience n est vertu qu'autant qu'elle est produilo par une foi pure, une espérance éclairée, un repentir motivé par les vérités de^la religibn et inspiré par l'esprit de Dieu.
— La mortificition extérieure, un air hâve, un visage triste et sévère, peuvent s'allier sans doute f vec le mensonge, la duplicité, Il
pA|s fliiMs hablient. t Toutes ces observalions sont abonoaminehl coiitinnées dans les Mémoireê du B. de Tùli $ur iàë turce. Paris, IT^, i vol. in-l^.
(l)*AtiJo'urd*buî que les turcs on& perdu lenr férocité primiiîTe et cet élan de fanaiisme qui les rendai| des ^'uneaiis' redouiaDles au nom chrétien. In dissolut ion 'db leur empire marche avec une rapidité cffr.'iyaMtë, et léui^ religion est incapai)Ie de retremper leur cariiciére. — Ce sont les soins intéressés des {(nuverheiiteiits européens qui prolon;;cnl I!agonio de ce malade, (|ut ne compte plus sur .lui-même, et attend sn dernière heure avec louia husôuciancc que \h LiUlisme peut insf^'u-er: (L. V)
médisance, la calomnie, la dureté, lergueil, l'opiniâtreté; mais ce qui ne s'allie pas si ' aisément avec les vices, ce qu'il est Irop dit ficile de bien contrefaire, et ce qu'aucune secte ne sut jamais imiter, c'est l'humanité, la docilité, le rcnoocemont à soi-mémo, la douceur et la bonté , qui sont les fruili) de TEvangilc ol les caractères de la vie chrétienne.
§ V. — 366. D. Quoique le Christianisme se présente d'abord sous l'aspect le plus avantageux, Bayle n'a-t-il pas eu raison de dire qu'un état composé de vrais Chrétiens ne pourrait subsister ?
' R. Ce paradoxe qui a été réfuté victorieusement par l'auteur de VEeprit des lois (L. 24, c. 6) n'a réellement besoin d'autre réfutation que son simple énoncé. Quoi 1 la pureté des mœurs, la charité, la justice, la bienfaisance, la fîdélilé à Dieu; qui font le caractère du chrétien feront la ruine d'un état ^ II f;iudra que le libertinage, la haine, ('.impiété s'en mêlent, et en assurent la conservation? Une pareille idée est digne de l'auteur qui la conçue (1). — Si l'Evangile était généralement pratiqué, le monde n'en aurait que plu^d'activilé. Le travail, l'industrie et les talents n'en seraientque mieux dirigés et plus efGcacement provo^iiés, parce que tous les rapports de la société auraient la sanction de la justice, de la conscience et dé la bonne foi.
367. D. Comment allier la sincérité et la droiture, si recommandées par la religion chrétienne, avec la politique qui conserve l'état, en dupani ses ennemis ou ses rivaux ?
It. La justice, la vertu en général, mais
i>articulièrement la sincérité et la droiture bndent le bonheur dès états comme celui des particuliers : sans parlerdes fruits qu'elles produisent au-dedans, tels que sont %d bon ordre, l'Union, la concorde, les plaisirs innocents, la paix profonde et I*heureuse abondance; ses récompenses au-dehors sont une bienveillance réciproque, le respect, la considération, la confiance et l'estime, nui sont les mêmes de nation à nation que d homme à hoihme. Par cette con^ance qu'inspire m peuple vertueux, il s'assure un empire plus réel et plus soliu'e que pelui qui ne porte qui; sur là ruse, la force ou les richesses. Bien différente des petites finesses qui procurent le bien du moment par la perte des plus grands biens pour l'avenir, la vraie politique, fondée sur de grandes vuesetde.grandes vertus, fait sortir du bonheur de tous les autres la gloire et le bonheur d'une famille, d*une société, d'un certain ordre de citoyens, d'un
(I) Bnylc raisonne ici, comme CometUo feit raisonner Pliotin dans la tragédije de PomyiéJ. Il n^ a qu'un maehîavélisie insensé' quiv puisse adopter ces maximes desinictives et abominables r
Laisses nommer sa mort un injuste attentat,
La Juaticé n*est i^as une verUi d eut.
1^ choix des action» ou mauvaises uu bonnes
Me fiyt qii*aiiéanUr la fioros des tiouroones;
Le droit des. rois consiiite k ne rien é|iar^i^r.
U liniidc équité détruit rartde régner.
Quand on cramt (fètr e injuste, on a toujuuf &)|.craindrn ;
Cl qui veut loût pouvoir, doit oser iQut coruinUro.
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peuple entier ; elle ne nous procure point d*avantdgcs qui ne soient pour la suile le prin* ripe et le germe d'a?antnges plus réels et plus grands encore. L*art de tromper les lioinmes n'est point Fart de les rendre heureux (1). Cette fausse prudence qu'on décore d'un nom superbe et qui se réduit à un petit manège toujours incertain dlntrigucs et de (bnrberics n'est point la sagesse, et n'a clé inventée que par des hommes auxquels Il en coûtait moins sans doute pour être faux que pour être vertueux ; se conduisant sans n>glc, elle ne peut réussir que par hasard,
des guerriers, qui rend leurs ûrmcs redoutables, et assure la victoire sur leè ennf^mSs du roi (1). — L'humilité et la paUence, bfrn loin d'être l'effet de la pusillanimité, sont h^ fruit de la saine raison et de la vraie force d'esprit. Le reproche que fait ici Machin? d à la loi évangélique est contredît par l'eipé* rience et par les observations dés plus grands ennemis delà foi. Scanderberg a-t-il éessé d*étre chrétien .pour avoir gagro vmatHleiiii batailles contre les Ottoihans ? Lé ràîirtfge des Madiabées, qui sacrifièrent leut* Ti« à la défensede leur religion et de leur palriet n'est-il pas approuvé dans nos Ecrîlures et
et (toit bientôt échouer contre les écueils
qu'elle rencontre ; elle ne corrige une faute donné pour modèle aux vrais citoyens (â) ?
que par une autre, n'est occupée qu!à imagi- L'histoire nous montre les plus vaillanit
' ' '^- ' guerriers parmi les plus excellents Chrè-<
tiens (3). Le libertin tremble dans les dan-« gersoù le^ Chrétien prend sa force de l'esprit de rîmmortalité Ck). Son extrême dévotion, dit Voltaire en parlant du marquis de Fénélon tué A Roconx, augmentait encore scn iniréh pidité ; il pensait que Vaetion la plus agréiblé a Dieu était de mourir pour son roi. Il faûi avouer fuune armée composée d'hommes qui penseraient ainsi serait invincible [flist. do Louis XV, t. 1, p. 209). Nous ajouterons aii témoignage de Voraelc de nos Philoaophes celui d*nn poète païen qui, sans y songer^ fait le tableau d'un soldat chrétien :
ner des ressources et des expédients, et ne s'aperçoit pas qu'il ne reste point de ressources à qui s'est rendu méprisable, ou qui a atmé contre lui la défiance et la haine (2).
3G8. D. La douceur inspirée par la loi chrétienne ne suppose-t-clle pas une indifférence pour les choses de la terre qui rompt tous les liens de la société humaine? L'humilité et la patience si recommandée^ par l'Evangile ne détruisent-elles pas la valeur militaire, nécessaire à la défense des ét^ts ? Les passions^ qui sont les agents des grandes choses , le Chrétien ne doit-il pas les étouffrr?
R. La doaceur chrétienne n'est pointdu tout opposée à une défense raisonnable de ses possessions et do ses droits ; en bannissant les fureurs de la haine et les excès de la vengeance, elle maintient au contraire et resserre les nœuds de la société. C'est l'esprit de vérité, de douceur et de justice, disait David, qui dirige merveilleusement les opération»
(!) c Bien penser, pnricr comme on pçi»sc, et agir f niiiitie on parle , ce sont là , dit un vrai politique, t(« trois qiuilîtés essentielles à loiit prince qui veut fronverner henrensement ses étnts. > Lettres du Ç. de Tnsin, — Quel lioinroo a déployé dnns le gouvernep^enl de Téist nne politique plus elirétienuv, je veux Aire «ne conduite plits droite, plus ferme ei plu5« c^n séftueiiie, qu*Hn Stiger, qu*un Ambroise^ qu*tm Xlmcnèa ? El quel étal Tul jamais plus glorieux que ceux que ces grands hommes ont gouvernés ? c De là, dit Pierre Martyr, rii parlant dii ministère de ce dcriiier,cetle tranqnil île autrefois inconnue en Espagne, reUe concorde de tous les états, cet esprit de justîre répsndo dans le ropnme, et cet aîr de stipdrioriié qui règne dans toutes nos entreprises > (Epjst. 8, /là. 5 ). I Rien n*esl nlns propre, disait Stanislas le hicnfsilsaiit, à faire échouer la finesse cl Tartlfice, que la candeur ei li simplicité. La finesse avilit la IMitiliqne, comme riiy{)<icri$ic dégrade la dévotion ; et tonte la dissimni.'ition d*un roi ne doit aller que j»«qn*an sUencc. > Âns^i p|:iîgnait«il, ajoute son Inslorien, ces pirinces qui s'imaginent devoir apprendre h dissimuler pour savoir régner, et (]ui confondant li*s vertus avec les vices qui les avoisrtient. donnent le nom de prudence k la, ruse, de réserve à I;i AturiH-f ie, d'adresse â la fausseté, d*iial>ileié à rarlificc.
(2) On ne peut rien lire de plus solide et de plus lomiiien'x sur cette matière que la Petithpte de tK' friture smnte . par M. Dossuel. — On peut voir aussi Texcelcul trjiite de Warburloii , Union de la religion ri de Ui poi'iiine^ traduit par Silhouette» 1742, 2 vol. in-U
Qtd neonim Mtmeribus sapienler uti^ Duramque collet paupetiêm pali^ PejuMue UUio fiaffilium timl ; Kmille pro caris amicis
jut patria timidus perire.
(Horat. tib, é, od. 8.)
Tout ce qu'on dit de la condamnation dos passions est une misérable éauivoque à Liquelle il ne vaut pas la peine de s'arrêter. Si par pa5st on on entend un transport de l'âme où la raison li'est plus écoutée, la religion le condamne^ahs doute, et c'est être insensé que de lui eh faire un crime : si l'on entend précisément une éniotion forte et véhémente excitée par de grands motifs et dirigée par la sagesse, bien loin de proscrire les passions, c'est la relidon qui les fait naître et qui les soutient. L indignation, le zèle, l'amour del'ordre, une charité active sont des filles de la i^eligion. La magnificuence , la grandeur d'âme, l'amour de la vraie gloire sont représentées dans rCcriture comme autant d'ex* ccllcintes vertus (5). Si quelques dévots sont
(1) Propter teriiàtem et tnan$»ettidînem et juitltiafi, et deduc^t te mirabiliter dextera tua. Sagittœ tud! acùiœ, poputî tuk te codent^ in corda iniimcorum redit. Psal. U. 5, 6.
(2) Melius est nos mort tn bello , qnmn videre main çeuii* ttùstrœ et tanetornm. i Mach. 3, 59. Abait rem ntam facere ul fugianws abeii ; et si appropiavit têfiipus nostrnm , moriamur in virtute propter fratres noêlroê , ci non inferamus crimen glorite nottrœ. Ihid. 9. 40.
(5) Le meilleur chrétien , disait Gustave Adolphe « est auisi le meilleur êoldat. Gesehichte Gustas Adolpl^^, Brlîslaw, 1777.
(4) Voyez ce qiic nous avons dît des effets de la craiiiie de Dieu, n. I2i .
(h) Non des poieitalem m ner te in rita tua..,, in omnibus o^eribus tuts prœcetkns eslo. Ke dederis nia*
"ffertiremcfilirnSédlIcs, rumpants^iDatiles A la pairie^ sansdignilé et sans cssor^ce nr'e^t pas la religion qal les a rendus tels : ils roirt ajustée à leurs sentiments et à leurs pensées, et n*ont pas su en saisir l^espirH. — Nous avons déjà remarqué avec un homme qu'on ne peut accuser de prévenlion oue c'est la philosophie irréli(;ieuse gui éiouite toutes les passions sublimes 9 relâche lous les liens d*estimo et de bienveillance , concentre tous les désirs dans Tabjection du moi humain, etCM(I'- If c. &, S ^« ^' ^SS). De la doctrine accablante des incrédules u ne pcnt résulter qu*une dégradation générale ; des esprits rèfrécisy abattus, abrutis; des cœurs resserrés, desséchés, languissants. De petits objets, de petites vues, de petits moyens remplacent cette chaleur et cette élévation qui font les grand» hmnmes et le» grands guerriers. Il y a plus : IVsprit raisonneur en général suppose toujours la faiblesse de rame. Les Athéniens et tous les peuples conquérants ne furent subjugués que lorsqu'ils s'occupèrent d'une vaine philosophie, et qu'ils préférèrent la frioire de disputer à celle de combattre.
1 VI. — 360 D. Malgré que la religion ne prêche que la charité et la paix , n'a-tr-elle pa» occasionné des disputes, et par suite de ce» disputes, de»guerres qui ont ensanglanté le»provinces 7
n. 1* « Le» hommes^ dit on écrivain judicten, n'uni point excité de dispute, parce qu*fl» étaient Chrétiens, mais parce qu'ils ne l'étaient pa?, ou qu'ils ne l'étaient qu'à demi. Ils disputaient avant que de l'être ; s'ils ne Tétaient plus, ils disputaient encore. » On a disputé et on dispute ailleurs que chez les Chrétiens. Quand les peuples sont trop ignorants ou trop peu attachés à la religion
J>our disputer sur le dogme, ib disputent sur eurs lois, sur leurs prétentions, snrleurs usages. On a vu les Êfprptiens s'entre égorger pour le culte d'un animal ; les Grecs pour la possession d'un temple ou d'un toillbeau ; les Komains par goût pour un histrion. Au dé- Ihut des motifs de religion, les hommes n'ont jamais manqué do prétextes pour ensanglanter la terre ; slls étaient capables de guérir lie celte frénésie, la religion en serait le seul remède. Ce sont les philosophes qui ont toujours entretenu les disputes de religion. La chose est avérée par Thistoire de tous le» siècles ; le nôtre en est une preuve que nous Tondrions pouvoir dissimuler. — Quant aux eoerresde religion, nous ne dirons pas, avec le philosophe-Rousseau, qu'il n'en est aucune qui n'ait eu sa cause dans les cours et dan» les intéféis des grands ; cette assertion, vraie A bien des égaras, pourrait être trop générale. Mais soit que l'avidité et Tesprit de domination aient employé à leurs vues le fanatisme de secte, soit que ce fanatisme ait fait servir à ses desseins l'ambition et le mécontentement des grands, peut-on attribuer
cifUm ta gioria twa ( FxcH. 33. ftO. i3. ii ). Non ^êCanéaM mpientiam inam in decorê $tio {ÈeciU 4, 28). Uedii qmupie Deut Saiomoni htitMdinêm cordii quasi irmom 411c ^l' in Wiore nmris (3 R^ç. 4» ^;*
A la religion Teflet des erreurs qui la déchirent T Le moyen de garantir les étals de ce genre de fléau, c'est de la conserver dans sa pureté, de veiller avec fermeté et avec constance à l'éloignement de tout ce qui peut la corrompre. Les troubles ont toujours corn* mencé par les sectes nouvelles; elles ont toujours tiré le fer les premières contre la société dont elles s'étaient séparées (1). EnQn, si dans un cas quelconque, et sous quelque motif que ce soit, il y a eu des séditions et des massacres, ce sont des crimes que la religion défend ; prétendre l'en rendre responsable, c'est exiger qu'elle ait sur le cœur de l'homme un pouvoir absolu et irrésistible. Quand les hommes Font le bien par religion, elle en est la véritable cause, parce qu'alors ils agissent par son esprit, et conformément à ses principes : quand Ils font le mal par le même motif, ce n*esl pas à elle que l'on doit s'en prendre , parce que, loin ue porter au mal, elle le défend.
S* S*il était vrai que le Christianisme eût occasionne quelques malheurs, il faudrait encore examiner si le bien ne l'emporte pas sur le mal. Sije noufais raconi$r. dit l'auteur de l'Esprit des lois ( L. 24, c. 2), (onx le» maux
Î m'ont produit dans le monde les lois civiles, a monarchie, le gouvernement républicain^ je dirais des choses effYoyables. Que l'on compire l'état des nations chrétiennes, malgré les dispotes et les guerres religieuses, avec les scènes que présente le Pag?tnismc qu'un insensé déclamateur a fait semblant de rc- ^etter ; que Ton considère les effets que le Christianisme produit dans tous les climats, sous les glaces du Nord et dans les sables brûlants de l'Afrique, sur les bonh du Danube et sur les rives du Gange, en Europe et en Amérique, partout où cette religion s*établit, les peuples sortent de la barbarie, de la paresse, de l'ignorance, de l'csclarage ; deviennent plus humains , plus sociables , plus paisibles, plus heureux. Il n'y a qu'à comp.irer l'Abyssinie chrétienne avec l'Ethiopie mahométane, la Pologne avec la Tart^irie, le Paraguay avec les sautagesToisini. l'Europe entière avec le reste du monde : pattout les mêmes dogmes et la même morale onè* rent la même révolution. Contre des faits tncontestables Tés raisonnements sont ridicules* 97(^. D. Les progrès des sciences n'ont- ils pas été arrêtés par les entraves que l'autorité de la révélation et de l'Église ont mises à l'activité de l'esprit humain?
R. L'étude bien réglée, loin do nuire à la religion, sert à la mieux faire connaître, et la religion ne craint rien tant quç d'être peu connue. Les siècles d'ignorance ont été i'é-
(I) Si Ton en croit J. J. Ronssosn , juge non sospc4:l dans celle nislièrc : c Au lien de cbicsner les |ir«*iives de leurs adversaires, les caiiiolM|iies devaient leur dire ; Vom$ nous faiies mne §Hêm ûuverlê , wm$ son fie» le feu de iauies paris , rou$ tMmlet absolnmeui €0H9ertir^ emUraindre même. Y&a$ dopwaiheM. vous piéckeM^ MHM caunrcs, votts atmikématiset^ vous egcom* muHie», vous inumims, «oms méfies à ntort , vaai exerce% Caulofité des Prophète*^ et tous m ootn donnei (fns pour det partjKuliers > ( S* LetL de h Mont, ).
riin^osoriiiQUE.
Zùn
poquc des pins gittnJs malhenrs de TEglisc. Le l^hmti'inisme a toujours été pins solide- ^nentélablichez les nations éclairées que choz les peuples ignares cl superstitieux (1). Par •quelle roe donc la religion 8*opposerait-oIle an!( sciences (2)? En empêchant Tesprit humai» de s^amoser aux imaginations des svstémateursimpieStCtdes^épuiseren rêves philonophiqaes» la religion lui conserve un temps prëcicox, et le ramène aux études solides. — Sans la religion chrétienne, les sciences eussent été ensevelies sous les ruines de Fempirc romain : les débris n*cn ont subsisté qu'entre les mains des ecclésiastiques et des religieux qui nous les ont transmis (3). Le peu de lumières qn*il y avait alors se trouvait dans 1rs asiles de la piété; si Ton Taisait quelques études, si Ton enseignait quelques parties dos sciences, si Ton transcrivait quelques livres, c'était dans les cathédrales et les monastères. C'est de là au'on a tiré les manusrrils qui ontservi à préparer toutes les belles éditions qui enrichissent aujourd'hui nos bibliothèques. C'est de là que le germe précieux des connaissances de tout genre s'estconservé au milieu des ravages et des scènes affreuses qui désolaient la terre, pour se développer et devenir fécond dans des temps plus heureux. — Les arts et les sciences ne sont nulle part cultivés avec autant de succès que chez les peuples chrétiens; allez chez les Turcs, les Perses, les TarUires, et voyez s'ils 7 Oeurissent comme chez nous. Comparet aiu Chrétiens les Chinois ; malgré les
(I) Cesl une observation fondëe snrcenl Hiiis divan, que les peuples dégradés par la svpersiiiion et la baiîiarie ont toujours abjuré la religion avec 119e lacililé ^ale aui démewmiioii.s dVituebeineal qtCih .«ombbienl lui donner^ Le nord de TEarope , phjogé dans Tignorauce et une crëdaliié aâipMcv a reçu sans résistance la doctrine de LoUior» que le inidi de celte mente Europe a dédaignée. Dans un lemiM et ctiez des peuples semblables , un WideT , nn Jean Hns, nn Jean de Lcydcn , ont opéré des révoloiions èflrayanres avec une facilité incroyable... Kt n^esl-ce pas en France, pays où les sciences sont. sL.acd^mroeni cidtivées, que nous voyons la religion se soaienîr dans tonte sa pureté, dans toute sa di* fPiHé, avec nne f^rcc et une splendeur qu'elle n*a nulle part ailleurs, et cela au milieu des délires phil*>sopblques et des vices les plus raffinés ? c'est là qu'on voit naître les plus savantes, les plus luminen* scs apologies du Christianisme; là que rerreiir trouve des adversaires ylailants et redoutables , là fine les pasteurs des peuples et les ministres des auti-ls reproduisent le zèle et les vertus des premiers «édea de. TEglise. C'est de là enftn aue sortira le rayon de lumière qui dissipera les ténèures dont une orgueilleuse Philosophie cbercbe à envelopper TEurope entière.
(i) Vnvez sur ce sujet nn l)cau discours de M. de la Tour du Pin, Aiéiance des $dmeei avec la religion. r UtHîié éUê sciences timu la relimûn. 2* Néee$titi de /a reUf^i9 dauê lêê MeHceg. — La dévotion eonciliée oBec titfrit , par Tévèque du Puy» etc. — Deux exrellenu iraîiés de Spiaeiius, Félix litterau», Infelix iUieraiMê; fili il montre comment les sciences rendent rbonime heureux 00 malheureux , selon les motifs qui raniment, les prineipea qu'il embrasse, et le but qn'il se propose.
(3) C'est Taven d^im philosophe. Vovez les Vues 9hêl. de Piémontval, t. i, p. 154.
pompeux éloges qu*on en fait, ils i.c vous paraîtront que des imbécllles. Leurs Inmièires se bornent a quelques points de leurs usages, de leur jurisprudence et de leurs lois ; à rétude de leur langue , qui est si embarrassée qu'ils sont obligés de sj appliquer toute leur vie, et qu*il est bien rare de trouver uu homme parmi eux qui la sache parfaitement. Le génie d'une langue tient toujours au génie de la nation. Celle des Chinois, chargée de soixante et dix ihille caractères, est la plus pauvre et la plus obscure de toutes les langues (1). Les lettrés chinois sont des hommes qui savent lire et écrire. Dans le slylc des relations Ton a étrangement abusé do ce terme de letlrés, dont il convient de restreindre lo sens, a Les plus habiles docteurs de la Chine, dit le P. du Halde (2), à un peu de morale près» ignorent ordinairement les autres parties do la philosophie. Ils ne savent ce quo c*est que de raisonner avec quelque justesse. Ils sont dans une ignorance grossière de la nature. » Pour les arts utiles et nécessaires,^ et qui sont relatifs à rhabillement, le logement, Tamcublemcnt, il faut convenir égair Icmcnt et que les Chinois ont eu quelque succès et qu'ils n'ont jamais rien su perfiectionncr. Ce que la nature du pays leur présentait, comme les soies , le beau grain de leur terre, les ingrédients pour la teinture ,. ils l'ont mis à profit; et leur faible génie ny a presque rien cijouté. Pour les arts de goûf^ ils sont demeurés dans Tenfance, ou même au-dessous. Pour leur astronomie, les Jé^ suites n'oat jam<tis pu réussir à en faire .des écoliers passables. — Fût-il vrai que le chrétien» tout occupé des soins de produire des vertus et de s'assurer l'immortalité bienheureuse, fût moins zélé pour les sciences que les autres hommes, tandis uu'il serait plus maître de SCS passions , plus réglé dans ses moeurs ,
f)lus sur dans son commerce ^ pourrait-on aire à la religion un crimç dç Tavoir formé tel (3)? Le mérite de l'homme ne doit-il pas se décider par ce qu'il est, plutôt que par ce qu'il sait? £t s'il sait ce qui peut véritablement le rendre heureux et le Taire concourir A la félicité de ses semblables , n'est-ce pas là la science dont il doit se glorifier (k)1 Mais encore un coup, le chrétien ne néglige ni les sciences ni les arts qui peuvent contribuor au
(I) Voyez le 30* Recueil des UUrê$ édifianlet ef eurieuêeê. Paris, 4773.
(i) Description do la Chine, t. 5, p. 4G.
(3) Un pttete moraliste exprimait cette réflexion p.ir un des plus hc:iux er.droits de Virgile , en j cbnngoanl ijiiclqucs expressions :
Exaidenl alH sjnranlia molliut œra^ credo eqmdem : mo$ ducent de marmon m/lia ; orabunl coûtai melhUy cMnue meatui nescribeni radio, et surgenna sidéra dicei4 : TU refiere imperw naturae nititor sestitS, rjirisiiades; mundi domltor, scclcranique, tuliue, Mirrige ad sternum mortalit poc tara OQDlum.
(L. n jEneid^v.Wl.)
(4) Uae diàt Dtnidnui ; Non glmieHur mp^tne ht t#* pienlia stta, ted in hoc glorietur qui ahriatnr eeirê et KOâMe me , aukt ego faut Domhtne am fado Nftisrtcwr tfiANi, êijnJicinm etjuêtitiam in t^rra, Heee enitn ptar eent nuhl, dicit Dohmui. Jt^T, 9^ t3, U.
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