VIE DE L'ABBÉ DE FELLEB
Frinçots ds Fellbk nacrait à Bruxelles , le 18 août 1735. Son père » secrétaire des lettres du gouTemement des Pays-Bas, fut anobli pour ses services par Flmpératrlce Marie-Thérèse. C'est dans Luxembourg et chez son aYeul maternel que le jeune de' Feller passa ses premières années ; les Jésuites qui dirigeaient le collège de celte ville forent ses instituteurs. La surveillance sévère de son aleuf et les soins de ses maîtres lui
.nvoyo
à Reims, il y fit avec distinction son cours de philosophie, et y soutint des thèses ou il fut fort applaudi. Il montra un goût particulier pour la physique et les sciences '
lioula à son prénom auquel il eut toute sa vie une dévotion paifticulière ; mais Dieu le soumit à une rudo épreuve. Pendant la première année de sa probation, il lui survint une telle faiblesse ' d yeux, que souvent il en perdait presque totalement l'usage. 11 savait que cette incnnimodité était un obstacle à son admission définitive. La crainte d*étre exclu d'un état auquel il se croyait appelé le tourmentait. Dans cette pernlexité cruelle il s'adressa avec ferveur an Dieu qui a dit : Demandez et vous recevrez. Il éprouva d'abord un peu do soulagement , et bientôt • les symptômes qui l'inquiétaient disparurent entièrement.
Lorsqu'il eut fini son temps d'épreuve, et qu'il eut été admis au nombre des membre» de la société, il fut, suivant l'usage de l'institut, employé a l'enseignement. Il professa les humanités à Luxembouro; et à Liège, puis la rhétoriaue et les belles lettres. L'ha-* bitude des classes, un travail assidu, une mémoire des plus heureuses avaient prodi- .' gîeusement étendu ses connaissances. Il possédait parfaitement les auteurs anciens ; il savait par cœur Virgile, Horace, et plusieurs autres écrivains de l'antiquité, et il pouvait les 'expliquer de mémoire. Toutefois le soin donné aux ouvrages profanes n'avait pas ralenti ses études religieuses : TEcriturc sainte et l'Imitation de Jésus-Christ n'étaient pas moins présentes à sa mémoire que les auteurs classiques, et l'on assure qu'il suffisait de lui indiquer un chapitre delà Bible ou d'A-Kcmpis, pour qu'aussitôt il le récitât tout entier. Ses leçons formèrent d'excellents élèves, dont les prémices littéraires, recueillie| dans les Musœ Leodienses, attestaient l'habileté du maître.
Après avoir fourni sa carrière dans l'enseignement, le P. de Feller fut envoyé à Luxembourg pour y apprendre la théologie. Il s'était , de longue main , préparé à' cette . étude nouvelle. Pendant qu'il enseignait la rhétoriqde, il avait lu les principaux ouvrages des Pères ; et il avait parcouru à plusieurs reprises la théologie dogmatique du P. Petau, Cette science ne lui offrit que peu de difficultés : il trouva du temps pour une autre tâche* qui lui fut imposée. On le. chargea de prêcher en latin le carême devant un auditoire ' nombreux, composé déjeunes gens qui étudiaient à Luxembourg la théologie, la philosophie et la rhétorique. On fut étonné de la facilité avec laquelle Feller s'acquitta de ce ministère ; on ne le fut pas moins de la beauté et de la solidité de ses discours. Cependant il ne les écrivait point , et quelques heures de méditation lui suffisaient pour disposer dans sa mémoire le développement de divers points qu'il avait à traiter,
LeP.de Feller n'avait pas fini son cours de théologie en 1763, lorsque les jésuites furent supprimés en France. Le roi Stanislas les avait conservés en Lorraine, et l'impé ratrice Mane-Tbérèse dans ses états héréditaires. Une partie dès Jésuites firançais reflua dans les collèges des Pays-Bas ; pour leur faire place, les jeunes jésuites qui n'avaient point achevé leur théologie allèrent la continuer dans dWtres provinces. Le P. de Feller \ était de ce nombre, et fut envoyé à Tirnau, en Hongrie, où les jésuites avaient un bel établissement; il y fut bien reçu, et son mérite ne tarda point à s'y faire connaître. On le ^ chargea de prononcer divers oiscours académiques; il. le fit de manière à augmenter' encore la bonne opinion qu*on avait conçue de lui. Il passa dans les pays étrangers environ ciDi| ans dont il profita pour augihenter son instruction. Ayant obtenu la permission do voyaier, fl parcourut la Hongrie, l'Autriche, la Bohème, la Pologne, et une partie de l'Italie, ses tablettes à la main, bbscrvant les mœurs et le caractère deà peuples, et notant ce que les divers lieux offraient d'intéressant ou de curieux pour rhistoire, la; physique, l'histoire naturelle, l'agriculture, le commerce, etc. Il risitait les bibliothèqiM^, les archives des monastères, les manufactures, et descendait jusque dans les mines ; de sorte qull retint avec de bons mémoires, pleine do faits et d'anecdotes, qu'il a depuis mis en ordre, en y ajoutant des observations recueillies dans d'autres pays, où depuis il eut occasion de Toyager, Cet ouvrage précieux a été publié en ISSK)
CATicii. Philos. 1. . * itfn$ 1
^ . VfË DE rABBÊ DE FELLER. t
Le \^ lie Fcllcr revint dans les Pa;^s-Bas en 1770. Le 16 août ue l'année suivante , il S^cngagèà par les quatre vœux. Il enseigna encore à Nivelle depnls son reloiir ; naisses soperieurs lai firent quitter cette carrière pour celle de la prédication. C*eÀt là que sa belle mémoire, chargée des richesses que de longues éludes lui avaient acquises» le servit merveilleusement; s*il n*improvisait point ses sermons, du moins il n*avait pas besoin d*uiio longue préparation. On assure qu*il ne commençait son plan que ravant-veille du jour <^^ il devait prêcher ; le lendemain 11 employait quelques heures A le méditer, et le troisième jour il prononçait son discours avec une facilité d*élocution qu*on aurait crue être le produit d'un long travail.
C'est au milieu de ces occupations que le P. de Feller eut la douletir do voir abolir utï fnstitut qu'il chérissait, et où il avait passé ses plus belles années. Il remplissait alors les fonctions do prédicateur dans le collège des jésuites A Liège ; il prit Thabit d'ecclésiastique séculier, et n*e quitta point cette ville. Il se dévoua à la profession d'homme dé
En il9k ,. rapproche des armées françaises et leurs succès dans la Belgique obligèrent Tâbbé de FelIer de quitter Lié^e. Il se retira en Westphalie, où Tévéquc de Paderborn raccueîUit
aVec bienveillance, et lui donna un logement dans l^ahcien collège des jésuites. Au boUt de deux ans il quitta ce séjour pour aller A Barteinstein , résidence du prmce de Hohenlobé , x{ûi l'avait invité A s'y rendre; enfin , en 1797, il se fixa A Ralisbonne. Le prince-évèque de ' cette ville. lui fil l'accueil le plus favorable, l'admit dans son intimité, et s'en faisait acconvtpâgner dans ses voyages A Frevsingen et A Berchtesgadeti » domaines de son évéché. Des oflres avantageuses avaient été faites A l'abbé de Feller; il aurait pu trouver un établissement en Italie et en Angleterre ; mais il préféra A ces différents partis l'honorable hospitalité ')|&e lui accordàitle priticc-évéque , jnsqu'A ce qu'il pût retourner dans sa patrie , vers laquelle se portaient tous ses vœux, et qu il ne devait plus revtfir.
Au mois d*août 1801, il fut saisi d*une fièvre lente qui, sans paraître d^abord dangereuse, mtna insensiblement sesTorces. L'hiver avait semblé lui rendre quelque viraeur, lorsque la fièvre qui l'avait quitté le r'eprit au printemps ,.et le progrès du mal lui fit bientôt sentir que sa fin approchait. Il se prépara A la mort avec le calme d'un vrai chrétien. Le ^ avril 1802, il SB fit apporter le saint viatique, qu'il reçut avec une foi vive. Le 12 mai suivant, ayant éprouvé une faiblesse, il demanda an'on lui lût les prières des agonisants. Il languit encore quelques jour;, et le âl mai 1802 if expira dans de grands sentiments de piété. . Si là mort de Feller fut une perte pour les lettres , elle n'en fut pas une moins grande poor la religion qu'il avait constamment défendue contrôles attaques de i'in'crédulitè et les sophismes de la philosophie moderne. Il avait repoussé toutes les innovations dangereuses. Douèd^une piété solide et éclairée, il était resté très-attàché A son insfitut, qu'il resardait avec raison cdtnme saint et utile, et ir regretta toute sa vie l'état religieux. Rejeté aans le monde, il y vécut comme il aurait fait dans un collège de jésuites» fidèle aux mêmes devoirs, pratiquant les mémeà exercices , livré aux mêmes travaux. Son dévouement pour le saint Siège ne se démentit point. Animé des intentions les plus droites, mais dominé par une vive imagination, on put quelquefois lui souhaiter plus de mesure, jamais plus de zèle. Dans la société, il était doux complaisant et poli ; ses amis étaient nombreux et tous dignes d'estime.ll a beaucoup écrit, et a toujours cherché avec bonne foi la vérité ; jamais aucun autre intérêt n'a guidé sa plume.
On a de lui : VJugemeni d'un éerivainprotestant , touchani le liwre de Jueîinus Febnmiùs, 1771 • C'est la réfutation du fameux ouvragede M. de Honlheim, évéque de Myriophite et suffragantdo Trêves , qui par la suite en rétracta la doctrine. 2*£'nrrertm«de ro/foire e/ de Af. P. . doc<«t^ bonne, $ur la néeessitéde la religion chrétienne et catholique, par report au salut. 3^ Letlre eur le dtner du comte de Boulaintillieri, facétie de Voltaire. 4* Examen critique deV Histoire naturelle de H. de BuETon. L'abbé de Feller y attaque la théorie de la terre de cet auteur. 5* Une édition de l'J^xamen de V évidence intrins^e du christianisme, traduit de l'anglais de Jenyns, avec des notes, 1 vol. in-12, iT79. Jenyns, l'un des lords du commerce, après avoir été fort religieux dans sa jeunesse, tomba dans le déisme. 6* Dissertation en latin sur celle question : Num sola tationis ti, et quibus argumentisdemonstrari potest non esseplùresuno deos, et fucruntne unquem populi aut sapientes qui huius veritatis cognitionem absque revelationis divinœad ipsos propa* ]
gaUx auxiliis liabueruntt Cette question avait été proposée par l'académie de LeVde. Le prix fut adjugé A un discours où l'auteur avançait que la croyance d'un seul Dieu n était fondée sur aucune preuve démonstrative, paradoxe que releva l'abbé de Feller dâus une autre dissertation insérée dans s'en journal du 1*' octobre 1780. T Une édition des Remontrances du cardinal Bathiani, primat de Hongrie, à Joseph It, empereur, au sufet de ses ordonnances tou* chant les ordres religieux et d*àuttes objets, 1 vol. in-8*, 1782, en latin et en français. Lorsque ces remontrances furent irehdues publiques, une lettre, sans nom d'auteur, les attaqua ; Feller ^y répondit victorieusement. 8* Une édition de Y Histoire et fatalités des sacrilèges vérifiés par des faits et exemples, etc., par Henri Spelman, atec des additions considérables et des extraits, en latin et enj^ançals, des livres des Machabées et autres livres saints, 1789. 0* Traité sur la ■ mendicité 9 1775. L'abbé de Feller n'en est que l'éditeur; mais il y a fait des changements' considérables et beaucoup d'additions. lOr Discours sur divers sujets de religion et de morale ^ Laiemboar|f 9 1777, 2 vol. in-tS. 11* Une édition de la Vie de saint François-Xatier : c*est
«elte du P. Boubou» , mats M^pnentée de quelque» opuscules de piété. 13* VA-itable état du
ifjrfM . préeidé d*un supplément au Téritable état ; ces trois ouvrages se tiennent , et sont intéressants pour Thistoire ecclésiastique de ce temps. iicDéfenàe aei réflexions tur le Pro nicmoria de Saltzbourg, avec une tabh générale des quatre ouvragée préeédents ;tous sont cités presque à chaque uage dans la Réponse de Pie VI aux archevêques de Bfayence ,.de Cologne, de Trêves et de Saftxoourg, au sujet des nonciatures, Ife* Dictionnaire de géographie, 1782. S Tol. in-12; 2- édition , Liège, de 1791 à 1791, 2 vol. in-S*. 17* Observations philosophiques sur Itsgstime de Newton, le mouvement de la terre et la pluralité des mondes, avec une disser* tation sur les tremblements déterre, les épidémies, les orages, les inondations, etc., Li^e, 1771» 2* édition, Paris» 1778 ; 3* édition, Liège, 1788, avec des augmentations considérables. L*as* tronome Lalande écrivit contre cet ouvrage. Feller lui répondit, et la dispute en resta là.
W Catéchisme philosophique -^^ " -' -'-''' '- ^ j^^— j— . ... . .
tienne contre ses ennemis J ^ 1787, 3 vol. Jn-8*; et une 4< édition eu 1819, à Lyon,cbez Guyot, 2 vol. in-8% faîte,^it-on, sur une copie revue par Feller, ei chargée de corrections et de notes dosa main; enCn, et pi us nouvellement encore, M"^ la comtesse de Genlis a 6it réimprimer ce livre sous le titre de Catéchisme critique et moral, par l'abbé FJeiier de Reval; mais elle s*esl permis d*j (aire d*assez nombreux retranchements, et ce n*cst pas Tédilîouquc doivent prendre ceux qui mettent du prix à avoir le véritable ouvrage de Feller. Cet ou* rrage^ plein d'érudition, passe pour un de ceux où Tauteur a montré le plus de talent. 11 a été
édition, augmentée considérablement/parut de 1789 à |797. H y en eut une 3* en 1809, après la mort de FeUer , mais avec la mémo date de 1797, condition qu'il avait exigée de son inw priuMur. C'est cette même édition que l'on a reproduite en 1818, avec un Supplément. 21* Jl^ chimoiions helgiaues^ ou Beprésentations faites cm sujet des innovations de r empereur Joseph 11^ 1787, 17 vol. ifi^'. 22* Quelques Notes sur la bulle de Pie YI, Auctorem fldef, au sujet du eon^ cite de Pistoie. 23* Journal historique et littéraire, Luxembourg et Liège, 60 gros volumes.
de ses amis,ei Ton aime sa bonté et sa franchise. 25* Réflexions sur F Instruction de If. Févi^ que de Boulogne [ Asseline), touchant la déclaratio» exigée des ministres du culH eathoUquê . par F.-X. de Feller, in-8^de 32 pages, à Liège ^ chez Desoër, 1800.
'^vHact,
Quelque abus qu'on ait fait du mot de Philosophie, il est un sens, et c est le seul exact, Ou eeKft dénomination suopose les lumières et les honneurs de la raisob ; et c*est en ce sens que nous donnons le titre de philosophie à là choso la plus simple et la plus négligée par les pbflo^ sophes;qiû est le catéchisme des chrètjens. Nous lui laissons la possession où il est d'enseigner pur densandes et par réponses, mais nous lui bisons rendre un compte sévère de ce quc^nous avons adopté autrefois sans résistance. Si dans quelques endroits il parait trop simple et trop fnilHer, on se souviendra que c'est un Catéchisme ; si dans d'autres U parait trop raisonné ou trop érndit, l'on se rappellera que c'est un Qatéehismé philosophique.
C'est l'esprit de la Doctrine evangéli^ue de se prêter à tous les esprits, et de répandre sa lumière selon la disposition de ceux qui se présentent pour la recevoir. Les sages, dit l'ApA* tre, y sont appelés conuneles ignorants (1). Le peuple ne lira pas cet ouVrage; mais il pourra être lu avec avantage par ceux qui , en matière de croyance, ne veulent pas être peuple.
Nous n'avons fait aucune diCBculté de nous servir de quelques dissertations que nous avons
Subliées autreibis sur différents sujets. C'est un bien qui nous appartient, et que nous reven* iquons. Nous avons également employé les discours que l'engagement dans le ministère
de précision ou de force ; nous avons préféré la gloire d'être toujours utile , à celle d être toujours original ; mais si nous avons employé le travail d'autrui • nous y avoua akwl^ le nàùe» On trouvera peut^^tre des réflexions neuves dans un sujet qui paraHép^ubéT C^^ réponses à certaines objections qi|i semblent avoir échappé aux défenseursidela Ibi; ifêMm dans la défaite d'uue grande armée auelques ennemis se sauvent par la fuite à la fav^eurée la multitiide » sans être aperçus du vainqueur.
(I) Sapknlîèus et iiuif^t'éuê dibitar sum. Rom. 1, 14.