‹ Catéchismes philosophiques, polémiques, historiques, dogmatiques, moraux, liturgiques, disciplinaires, canoniques, pratiques, ascétiques et mystiquesChapitre 35 sur 235 · C.VTfiCUISUE · texte numérisé non relu

C.VTfiCUISUE

c'est bar essence, et beaucoup de faiis ccrtaios uous présentent aussi une plus ou moins grande obscurité; mais doivent -ils être absurdes et contradictoires?

11. Aucun mystère ne doit-étre contradictoire , et aucun ne Test en effet : c* est dans la contradiction intrinsèque,dans la répugnance , comme disent les métaphysiciens , que consiste Tabsurdité d*un principe ou d*nn bit; or, encore une fois, aucun de. nos mystères les plus obscurs ne présente ce caractère. De là cette distinction très-importante établie par la théologie chrétienne : Les mystères sont aii- de$8us de la raison , mais non contre la raison. Il n'est pas d^homme sensé qui ne convienne que notre raisonne saurait être considérée comme la mesure du possible; qu'elle est essentiellement limitée, et qu'en fait elle Test beaucoup ; qne par conséquent une foule de réalités peuvent lui être inaccessibles , c'est-à-dire ou lui rester inconnues, ou braver tous les efforts au*elle fera pour les comprendre. Ces chosesi sont au'deisus de la raison; et la raison doit se résigner à la petitesse de son domaine. Hais elle a droit d*exiger que l'expression des faits qu'on loi signale n*impliquepas contradiction-en elle-même, car alors ces faits seraient contraires à la raison ; et si «ïlle était obligée d'admettre des idées contradictoires , elle devrait s'abdiquer elle-même vX se perdre dans le scepticisme. Mais aucun des mystères de la religion ne lui impose une telle nécessité.

'410. D. N'existe-t-ll pas, dans Tordre purement rationnel , de véritables mystères qui soient comparables aux çlus incompréhensibles mystères du Christianisme ?

R. On en pourrait citer un grand nombre,, mais nous nous contenterons (fen signaler un seul. Tout le monde a entendu parler de la célèbre question de la divisibilité de la matière à FinGni. Or quelque parti qu'on prenne, pour ou contre cette possibilité d'une division sans terme, on ne peut échapper à des objections qni semblent rendre le pour ou le ' contre également impossibles.

D'abord pour ce qui est de l'étendue abstraite, elle est certainement divisible à l'infini. La géométrie fourmille de démonstrations dans ce sensi l'hyperbole et toutes les courbes qui ont des asymptotes en fournissent l'exemple le plus connu, quoiqu'il y en ait beaucoup. (|ui soient de l'ordre le plus élémentaire. Mais cela étant, il faut admettre dans une étendue flnie, si petite qu'elle soit, un nombre véritablement inGni de parties distinctes. Cela est évident; car dans le cas contraire, la ségrégation des parties serait épuisée après un nombre d'opérations égal au nombre de ces parties; mais la géométrie prouve que la division ne peut s'arntter.

Admettons donc ce nombre infini de parlies. Alors dé deux choses l'une : ou ces parties ont une étendue quelconque, ou elles n'en ont pas. Si elles en ont une ; quelque

f>etite que soit cette étendue, multipliée par e nombre infini départies , elle constituerait une étendue infinie ; ce qui est contre l'hypo-

thèse. Si au contraire ces parties n'ont pas d*étendue , nous ne concevons pas que lé tendue puisse résulter de leur aggregation. Or non seulement nous ne le concevons pas , mais même la chose est impossible. Imaginons en effet deux cléments non étendus., juxtaposés l'une à l'autre. Comme dans un élément non étendu les deux extrémités se confondent nécessairement, et que l'une des extrémités de Tun se coi^fond avec l'une des extrémités de l'autre , il s'ensuit évidemment que les quatre extrémités se confondent, on autrement, que la réunion de deux éléments non étendus , ne formera pas d'étendue. Le même raisonnement prouverait qu'un troi:« sième élément se confondrait epcore avec ces deux-là, et ainsi des autres. Donc le dilemme ci-dessus nous conduit à ce résultat , qu'une étendue finie étant divisible à Tinfini (comme la géométrie le démontre), il suit de cette divisioilité, que cette étendue doit être sans étendue , ou qu'elle doit être infinie. Résultat doublement absurde ; or il faut nécessairement opter entre les deux conclusions. On peut se retrancher» il est vrai ,' dans la

formule mathématique -s^oo; d'où oXoda«

ce qui signifie que zéro multiplié par l'infini, est l'équivalent d*une quantité finie, et par conséquent, que des points sans étendue^ pris en nombre infini, peuvent donner une étendue finie. Mais c'est là une abstraction algébrique qui n'6tera pas son caractère antirationnel à cette proposition, que l'étendue finie se compose d'éléments en nombre infini, et sans étendue eux-mêmes; or, comme une étendue sans étendue n'est rien , cela revient à dire que ^fuelque /chose se compose d'une infinité de rt«fi^ absolus. La raison qui se contentera d'une pareille formule ne sera certes pas difficile.

Mais la difficulté devient , s'il se peut , plus grande encore si l'on passe de l'étendue abstraite à la matière proprement dite. Il faut bien qu'elle soit aussi divisible à l'infini ; car on peut à chacune des ordonnées décroissantes de l'hyperbole supposer appliqué un fil matériel de même longueur; de telle sorte

3ue chacun n'est que le précédent din^inué e quelque chose. A si petite ordonnée que Ion parvienne pourra toujours correspondre une étendue de matière comprise entre les mêmes extrémités. Donc il est clair qne si l'étendue se compose d'une infinité de parties distinctes , la matière réelle se composera de pareil nombre de parties , dont chacune correspondra à Tan des éléments do rétendue.

Or se figurert-on un nombre rigoureusement infini de molécules dans ua grain de saMe? Si ces molécules ont une étendue quelconque, leur somme doit donner l'infini en étendue; si elles n'en ont pas, nous tombons encore sur une ipfinite de riens absolus composant quelque chose de réel et de palpable. Dira-t-on que ces iUéments de la matière peuvent être des réalités sans éten-» due; alors l'étendue n'est pas essentielle à la matière; et je demande si la matière cst^SP'

PHILOSOfWQUE.

retable sans cet aUribnt ; si ccUe négatlèn de Imite étendne ne délniit pas tout à fait l'idée de matière. Le prodait net de cet exa* inen serait donc quune matière finie se composerait d*un nombre rigoareosemeiit et BttmBicÊaetd imfimi» de choses essevAiellennent prifl&es de ce qui, dans notre perception, est Inséparable de l'idée de ces choses 1

Tels sont les résaltats aax<|uels entraîne forcément la question de la divisibilité de la matière. Le Philosophe qui pourra débrouil* 1er ce (Âaos à la satisfaction générale pourra alors, mais seulement alors , objecter au Christianisme ses dogmes incompréhensibles.

Sans nous élever jusqu*à Tordre métaphysique , et nous perdre dans des régions aussi ténébreuses, ne yoyons-nous pas, dans l'ordre des faits, que beaucoup d'hommes peufent Comprendre des choses qui paraissent incompréhensibles et absurdes à quelques— ons d*entre eux. Pour un aveugle-né un t«v bleao est dans ce cas : on lui parle d*une superficie plate qui représente des saillies et des enfoncements ; œun morceau de Terre étamé qui fait voir, c'est-à*dire sentir des objets la ou ils ne sont pas; qui les fait même sentir simultanément en plusieurs lieux à la fois. Assurément tout cela est de nature à botilcverser sa raison ; il croit néanmoins , sans comprendre, parce que tout le monde lui dit la même chose, et qu*il ne peut admettre que tout le monde conspire sans fin pour le tromper. Mais un homme pourvu de ses deux yeux et qui transporté au sein d*utte nation d*aveugles-nés y parlerait le même langage , celuwâ assurément passerait pour un fou. Quant à rareagle qui, mcileré rabsurdité apparente de ces mystères qu on lui affirme, croit à ces choses qu'il ne corn-

Îirend pas, celui-là fait un véritable acte ^e 6i; et il agit saeement, parce qu'il fonde sa croyance sur des motifs de crédibilité qui lui paraissent suffisants. Ainsi faille Chrétien par rapport aux mystères et à tous les dogmes de sa religion. Il sait que sa raison est ipcomplèle , et que beaucoup de choses peu- Tent exister auxquelles elle ne saurait atteindre. Pour lui la révélation représente ce témoignage qui instruit l'aveuçle, et faisant comme lui son acte de foi, il agit selon les règles de la plus sévère sagesse.]

Ml. D. Gomment cette conclusion, qui parait si juste , a-t-elle pu être rejetéc par des hommes éclairés?

ft. Ceux qui Font rejetée avec le plus de dédain l'ont reconnue dans des moments de calme et de raison : elle a paru très-sage à rennemi le plus acharné de la croyance des mystères, au chef du parti philosophique; que ses admirateurs l'écoutent et suivent Timportante leçon qu'il leur donne :

la nisoa te coudait : avsnce k sa lumière, Harcbe eooor quelques pas; mais boroe la carrière; Au bord de rinpui loa cours doit s'arrêter; ^

là cûimneoce uq abîme, il le Ëiut resfiectcr.

f^iuirqiioi dooc :u*affl|gef , si ma délnle vue

NO irut percer l;i Jiuii sur rocs yeux ré) andue 9

Je nlroiteeal point ce taObeaimxwmBfL Uii, dea feux do r£toa aoratateur imprudent , Fut dOvoré du fèu qtCU tdiardiait à comiircodrc.

Il n*est pas possible d'avoir une idée vraie de la nature, de la raison, de la religion et de Dieu, sans acquiescer à la sagesse d'un avis si salutaire. Un homme qui a écrit ex« eellemraent sur les droits et le ressort de Tes-

Jrit humain (1) a bien montré combien il tait raisonnable de respecter les bornes qui lui sont prescrites. « Les chaînes, dii^l» qu'on lui donné ici , sont aisées à porter , ei ne doivent paraître trop pesantes qu'aux esprits vains et légers. Je dirai donc au Philo-^ sophe: Ne vous agitez point contre ces mystères que la raison ne saurait percer; aùa^ chez-vous à l'examen de ces vérités qui se laissent approcher , qui se laissent en quelque sorte toucner et manier, et qui répondent de toutes les autres; ces vérité^ sont des faitsécla* tantset sensibles, dont la religion s'est comme enveloppée tout entière, afln de frapper égale-* ment les esprits grossiers et subtils. On livre ces faits à votre curiosité : voilâtes fondements delà religion; creusez donc autour, essayez de les ébranler ; descendez avec le flambeau de la philosophie jusqu'à cette pierre iintique tant de fois rejetée par \hs înciedules , et qui les a tous écrasés. Mais lorsque, arrivé à. une certaine profondeur, vous aurez trouvé la mafn du Tout-Puissant qui soutient depuis l'origine du monde ce grand et majestueux édiflce, toujours affermi.par les orages même et le torrent des années, arrétez*vous , et ne creusez pas jusqu'aux enfers* La philosophie ne saurait vous mener plus loin sans vous égarer : vous entrez dans les abîmes de rinûni ; elle doit ici se voiler les yeux comme lo peuple « et remettre l'homme avec confiance entre les mains de la foi. »

§ IL — 412. D. Quel avantage le Chrétien retire-t-il de la foi des mystères de la religion?

R. La grandeur de Dieu , rincompréhensibilit^ de sa nature , la profondeur de sa sagesse , toutes les idées et tous les sentiments que nous avons de la Divinité , sont confir^ mes par l'obscurité des' mystères. Un dieu dont la nature et les ouvrages n auraient rien , que de subordonné aux lumières de notre faible* raison serait un être bien borné, bien imparfait. Nous ne connaissons Dieu, dit saint Augustin , que par l'impuissance ou nous sommes de le comprendre (2)^ Dans Texamen des choses divines, ajoute saint Léon , nous n'approchons de la vérité qu'autant que nousoiecouvrons Vimpossibi^ lité de les entendre parfaitement (3). Les philosophes ont parlé sur cette matière com-» me les saints. « Plus je m'efTorce de contem«

( I ) Le P. ff uenard, Dlêcown aur TMprie fhiioiQ» pnkméi couronné à i'Acadénifo française, en 1755.

(S) Tum vero aiiquiddêDeo co^oactawa, cum ip$um eomprehenderg non poisumui, Augustin..

(^) Nemo enim ad cognUiouem veritaiiê magh pro • pinquttt^ quant qui inteiUgU in rébus diwniê, êtiatmi wuUum propciatt iemper sitn èsse quod qnmat, Le<i M. Serni. 9 de Naiiv. Dom.

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plcr son etsencc infinie , moins je la conçois ; nais elle esl , eelft ne Miflit : moins je la conçois , plus je l'adore. Je m'humilie , et lui dis : Etre des êtres , je sois parée que.tu es ; e*esi m'élever à ma source que de le méditer sans cesse. Le plus digne nsage de ma raison est de m'anéantir devant toi ; c'est mon ravissement d'esprit » e'eat le charme de ma faiblesse » de me sentir accakdé de ta

Îrandear» {Pensée. Maa. Eep. de J.^^J* '•***•)• . ^ .

M3. D. Comment la doctrine même dee in*

crédules nous ramène-t-elle à la croyance des mystères?

R. Le Chrétien compare les mystères de rincrédolité avec ceux de la religion , il en;* visage la nature des uns et des autres» il pèse les motifs de crojre les utis et les autres, ici il ne voit que des difficultés telles qu'il en voit dans les choses même naturelles , là il ne découvre que des contradictions, des absurdités monstrueuses; ici il trouve les motifs les plus pressants de croire , les plus sûrs garants de la vérité; là il ne voit d'antre guide que les caprices d*une imagination égarée et les assertions gratuites d un sysléme éphémère. Dès lors il ne peut, sans s'aveugler et se préiflpiter lui-même « balancer un moment iur le parti à prendre ; il s'attache plus que jamais à la foi qu'il professe , et bénit le Dieu de toute lumière d'avoir élevé celte barrière entre l'entendement humain et Fablme djs tous les doutes et de toutes les erreurs.

M%. D. Quels sont les dogmes qui ont )e [Htts révolté les incrédules de tous les temps T

n* £n cela , comme dans le reste de leur logique f il y a souvent plus d*hnmeurque de raisonnement. On a ses goûts et ses sys« lèmcs pour attaquer les vérités comme pour défendre les erreurs. Dans la guerre contre la foi , celui-ci s'est attaché a tel article ^ icelui-làatin autre, selon que l'imagination s'est échauffée sur un sujet plutêt que sur un autre. En général leurs efforts se sont réunis par préférence contre la Trinité , rin«-. carnation , l'Eucharistie , le péché originel , la résurrection des morts , réternilé des pe'nes de Tenfer.

AnicLt If. La Trinité*

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