BIS
SI.— 4iS. D. ânr quoi est fondé le reproche ^e contradiction que les Philosophes font à pe mystère ?
)l. Si)r c^ que nous reconnaissons une nalt»ie en trois personnes. Pour que ce reproche fût fondé il faudrait prouver que nature et personne sont synonymes. Bdyle le îlit, mais la preuve se fait encore attendre. C'est lui qui a poussé ce raisonnement jusqu'à la contradiction ; il nous dit que ces notions sont abstraites et obscures , et ei) mémp t^mps il décide qu'elles siirnifient évidem^ ment la mêoie chose : c'est là un bien autre mystère que celuf de la Trinité. Pour se CQn<vaincre qoe ces. mots ne sont rien moins que synonymes , il n'avait nn'à jeter les yeus sur i|q arbjTÇ , et dfrc : YouA ««^ n^tisre ^ni n'esi
pas personne. On trouvera les fraies notions de ces dénominations dans la théoto-* gio du P. Petau (£. k de Trinii., c. 1 et seqq^
^16. D. Trois êtres et un seul être , n est* ce pas là une contradiction formelle ?
R. Il y a en Dieu trois êtres par la personnalité , et un seul par la nature* Si par étro Ton entend une substance absolue « isolée » distinguée par sa nature de toute autre substance 9 il n'y a qu'un être en Dieu. Si par être l'on entend précisément ce qui est /il j^ trois êtres en Dieu; trois êtres sous un cer« tain rapport, par une certaine manière d'exister d'une même substance. Pourquoi discuter sur les mots, dit ici sagement le P« Petau (L. 8, de Trin., c. 9, n. 17), puisque nous expliquons la chose?... Quelle dif^ férence entre être et personne, demande l'auteur du Dictionnaire philosophique ? Bntrt être • dans le premier sens , et une personne divine il y a la différence que nous avons dite ; entre être, dans le second sens , et une personne divine il n'y en a aucune.... Quant aux êtres créés f il y a aussi une grande différence entre être et personne. Toute pciw sonne est un être, mais tout être n'est pas une personne. Une pierre e^t un être, et n'est point une personne. Un être n'est pas toulours une substance , le son d un instramenti la blancheur d'une muraille sont des êtres « puisqu'ils existent*
417. D. S'il y a en Dieu trois nersonnes » il y a composition ; composition dans un êlra essentiellement simple, n'est-ce pas une contradiction palpable?
R. Malgré la . multiplicité des personnes , la nature et la substance de Dieu est simple et indivisible. Pour qu'il y eût contradiction dans celte doctrine il faudrait que la nature fût simj^e et composée. Les enfants oui con« naissent leur catéchisme savent répondra parfaitement à tous ces arguments.
MB. D. Cet axiome : Quœ sunt eadem uni tertio, sunt eadem inter se, i|iû est la grande règle des syllogismes, n'est il pas contredit par la croyance de la Trinité ?
R. 1' Le P. Petau a répondu à cette objection longtemps avant que Bayle songeât à la faire. Comnui la nature des êtres ciiés est absolument incommunicable et bornée à une seule personnalité , un axiome inventé pour raisonner sur les créatures ne peut convenir à la nature de Dieu. Si Bayle n'avait d'autres règles pour raisonner que les adagesdé la vieille philosophie, eeluiqui nous e^^ seigne que rien ne se iail de rien. Ex nihHo nihU fit , devait le foire argumenter contre la création.... Il est éyidemment contre l'essence de la créature d'être en tous lieux, d*avoir toujours existé, de tirer quelaue chose du néant, etc. Il est donc ridicule, conclut le P. Petau, d'employer les notions que nous avons des choses crêtes contre une chose que nous soutenons être d*iHi6 nature iOQle différente , et de combattre la diff^iiea que nous établissojns par cette diflêrencp
même (1).
(I) liwfHs rtéiçHls 4tf|*vrs< (CrellÎBs) diim es^ trfo^
FniLOsopiiiQte
Br Les liiéologiessii««ontpM einbarniss6sà expliquer eet axioine dans un sens (résinatorel et Irè^intcUiffible. Puisque le critique emploie le style de recelé pour combaUre la ▼éniét ii peHi souffrir qu'on s'en serve pour lui répondre, et pour lui donner la disttnc» tiott suivante : Qiœ sunt eadan wni tertio , sunl aadeni fal«r se in ea roHoM in qua identificaniur, toneedo; in alia, nego. InraHom naiwm tadem êunl intêr m JPaler, Filius cl 5ptrilKf f m r&ti(me penonœ mn nmt eadmn mi4r$$, ouianon iunt eademuni tertio (1}«
I li. ~%19. D. Un bel esprit n'a-t-il P^* dit qne la croyance de ce mystère n*est qu'un assemblage de mots, sanA signification et sans Kaipon?
R. Pow cela il faut auparavant montrer qu'il n'y a pas de signification attachée aux nois «em6re, unité » fiolurs . personne, puisionci. amour, intelligence. Pire , Fils, Es-prit, etc; il faut dire que tous les termes qui définissent la nature intime des êtres sont ëea mots sans idée , puisq^ue cette nature est impénétrable à nos esprits ; il but ignorer que tonte retendue de ce dogme est fixée avec une précision si exacte, qu^on ne peut rteQ dise de plus ou de moins , sans qu'on apei^ ve Técart : ce qu'on remarque surtout dans la doctrine lumineuse que la théo* kigie appelle communication d'idiomes* Si rbéfétique veut se déguiser, s*il cberehe à a*envdoppar, io le poursuis dans tous ses fox«4oyaals : je le serre de près', et je ne quitte pas prise qu'il ne se soit explique nettement pour on contre la vérité révélée. La dnctrinn de la Trinité n'est donc pas un eom-
Gsèdemots, mais un assemblage de vérités m exprimées dont il résulte des idées pfécisesr malgré la profondeur des mvslères
Iu^aHerepiéseule. — c 11 ne faut pas demaner toujours, dit M. Leibnitz, ce que j'ap^ pelle des notions adéqmdes . et qui n'enve^ tombent rien qui ne soit expliqué , puisoue néme les qualités sensibles, comme la chaleur, la lumière, la douceur, nenoussaunûMt doMiM de telles notions. Ainsi t&^ venons qse les mystères reçoivent uae expli* eation ; mate cette explication est imparfaite. U suflt qmB noM ayons quelque intelligence anniogiqua d'un mystère Ici que la Trinité el nnearuatton, afin qu'en les recevant neiis ne prononcions pas des pavoljes entièiiemeni destituées de sen»; mais il n*est pas néeesiaire qae l'explicatiem aille aussi loin qn^en pourrait le aouhaiter, c'est^àniire, qu'dle aille jusqu à la compréhension et au
SÈàtimfliii exempta repelit^ qmhuM hoc ipsum laSefa- «id^fssd aUter m Deo ^uamin ipsii eue, in no$tro dogmÊite pommus, DeTrin. K 5, c. 9, n. f S.
(1) Ceux qui vealent entrer dans «m plus grsnd défsii de difficultés el de réponses teuchant le myRière de Is Itîaiié, poovsm sTinsiniIre dsns rexcelknt frsilé de M. Leibnita : SœnhSeneiMTfimios per ti^ra migwmmft logèeq defsma; mus préiendie eipliquer le m^BiiN^: ai le ptouver p«i> 4es mitons philos^ipliU qMs« ils^sMMbs ssulenicel à montrer dsns cei écrit, qeela mise loaK|tie mm seolemcnln^est pss conanire^msis cet enesre trè» IbreraUe à cet égsrd à Is lii des orthodoxes.
comment » (Disc, eur la confor. de la foi avec ta raison).
S \\i. — 420. D. Le doraç de la Trinité est'il clairement énoncé dans les Ecritures?
H. Sans parier de divers passages de l'ancienne loi qui y ont un rapport évident, Il se trouve exprimé de la manière la plus précise dans les livres du nouveau Testament (1).
421. D. Ëst-il vrai qu'avant le concile de Nicée ce dogme ii*a pas été généralement reçu?
R. Pour se convaincre du contraire, il suffit de savoir que toutes les fois qu'on a formé quelque doute sur ce mystère , il s'est élevé un cri général dans FËglise pour en maintenir la profession. La condamnation des C^ rintbe, des Sabellius, des Paul de Samosatcs en sont des monuments incontestables. S. Clément de Rome , saint Ignace au premier siècle; saint Irénée, saint Justin , Athéna-
Î^ore , etc., au second ; saint Clément d'Aexandrie, saint Grégoire Thaumaturge, saint Gyprien, etc., ont parlé de la Trinité comme les Pères de Nicée (2).
42â. D. D*où vient que quelques ancierrs Pères noBt pas paru s'expliquer sur cette matière avec l'exactitude qui règne dans les ouvrages des Théologiens postérieurs ?
R. Dans des choses aussi sublimes et aussi inaccessibles aux efforts de la raison , il est difllicile d*assortir toutes les expressions i lat nature du sujet La foideTEglise était constante ; mais le langage n*était pas encore fermé. Les notions attaeliées au mot de sttb-^. stance, de personne, de nature, n'étaient point généralement les mêmes; or tandis qu'on ne convient pas de la signiGcation des mots on parait penser différemment dans des eho« S4fS o4 Ton est parfaitement d'accord (3). Quand Thérésie d Arins eut produit dan» le ' langage théoloffique cette exactitude sévère qui résulte toujours de la lutte de l'erreur contre la vérité, l'uniformité hit générale pour les expressions comme pour le dogme.
423. Dr Pourquoi le concile de Nicée , en prononçant sur la divinité du Fils, n'a-t-il rien décidé sur celle d« Saint-Esprit?
R. La divinité du Saint-Esprit n'étant ouvertement attaquée par personne , il était
(1 ) Bapiim$aes eos m wmne Pétris; <f FHH. H Spfrîtui êoncti. MaUli. 28, 19. Secundum prmseiemiam Dei Patrhf i» maclificatlonem SpiriM^ in obedàeniiam et a$permman ianguhri^ Jesu Chrit^. i Pelr. i, t. Et itatim auendens de aqua^ tidlt eœtû9 epertos, et Smriium tenquam cotumbam detcendentem et manen^ tem m ipto; et vo» fèeto e$t de eœiis : tu es FUms meus dUseius. Msre. t, 10, il. — Enfin ausnd m toneux passage, Très ninf qm iestimoÊîium dont is eœhf Peter, Yerbmm, et Sfiriius mticins, et ht très wamm tunt: i Jfoan. 7, quoique soa sutheu|ic|ié soit .i|^ puyée siir des preuves très solides, fl faul dire néau^ moins qu'elle est conlroveréc. {L, 0.>
(2) voye^e tous ces lëmoigiisges ressemblés asm Is préface du second tome da P. Petestt, 4e TAte*
too, dùom * ,
m Bullns, Défmse de la fri de Nicée. Pet%u, 4$ Timoieg. dogHt. pr^. m tom. %. B'»S3ttCl, «Wçw Amtissement mat protesianU. M,iuSfV4{ense4çê Pèçn oesusés de olaionîsme.
inalile de rien sUluer là-dessos. Les Ariens ne croyaient peut-4tre pas plus la divinité du Baint-ésprit que celle du tib, mais ils n'en pariaient pas ; et d(ins un temps où Ton était d^unc délicatesse extrême sur le choix des mots, il eût fallu que ce dogme (ttt traité avec des discussions que les Pères ne jugeaient pas A propos de multiplier dans les circonslanceSt et qui eussent pu faire naître de nou- Telles querelles. La divinité du Fils, selon la remarque de saint Au^stin , établissait évidemment celle du Saint-Esprit. « Vous êtes persuadés , disait ce Père aux Ariens , cpe le Saint-Esprit n'est pas inférieur au Fils ; il suffit donc de vous convaincre de la divinité du Fils pour vous obliger à reconnaître celle du Saini-Esprît (1). » Longtemps iivant le concile de Nicée on avait opposé le doçme des trois personnes A Thérésie de Sabellius ; ce dosme suppose assurément la divinité du Saint-Esprit.
j IV. ~ k2k. D. Un mystère si profond et si incompréhensible ne semble-tnl pas oIh scurcir Hdée simple et naturelle d'un Dieu unique ?
R. La multiplicité des personnes ne touche en rien à la simplicité de la nature. Ce sont au contraire ces trois personnes qui eonsti* tuent cet être simple et unique. Dieu étant tout infini et tout incompréhensible , îl ne Test pas plus en trois personnes qu'en une seule t puisque l'infinité et l'incompréhensibilité ne sauraieat être ni plus ni moins
Srandes , de quelque façon qu*on les consière. Le Déiste comprend-il mieux la puissance de créer (3) , la puissance d'anéantir, la conduite de la provitU^nce dans le gouvernement du monde , comment Dieu est tout entier partout et dans tout ; comment, tout spirituel qu'il est , et dégagé de toute substance terrestre, il gouverne un monde matériel, et donne le mouvement à tous les corps? Tout cela ne doit pas mieux l'accommoder que la Trinité des personnes.
425. D. Dieu né pouvait-il pas dispenser les Chrétiens de la croyance de la Trinité, comme il en avait dispensé les Juifs ?
R. Pour cela il eût fallu aussi que Dieu se dispensât d'établir la religion chrétienne , puisque le mystère de la Trinité est la clef des autres mystères. Sans lut , rincarnation ne pouvait être révélée aux hommes, et le Christianisme serait uAe chimère. Quand on raisonne sur ce que Dieu aurait pu faire et ne faire pas , et qu'en matière de religion on substitue à la certitude des faits des suppositions philosophiques , faut-il s'étonner si on déraisonne? — Quoique le dogme de la Trinité n'ait point été clairement exprimé avant Jésus^^hnst, les Livres sapientiaux, lesPsau* mes, les Prophètes contiennent plusieurs nas-
(ï) Quem wm $tdum imnonm Filio Demn vulitt, ma Deum omnbo este non vuUie, euficU ui vos de Pêtre eoumuamus H fWo. Attgusi.
(9) Presque lotts les Déistes reconnaiBsenC la créalien de la miitièro. Noovellc preuve que l'idée d^une matière étenielie ne s*accordc pas avec ndée de Dicii. ((M-ëessiis n. 22 et suit.)
CATEOIISMB Ùi
sages qui Tcxpriment plus ou moiins distinctement , et il est assez vraisemblable que les Juifs en ont eu une certaine connaissance (1).
426. D. Le dogme de la Trinité n'a-t-il pas produit un grand nombre de disputes et dliérésies ?
R. 1* L'existence de Dieu , l'immortalité de l'Ame , la nécessité d'une religion, la distinction du vice et de la vertu , sont aujourd'hui des matières de disputes , sur lesquelles les incrédules s'échauffent autant et plus que sur le mystère de la Trinité. S'il faut retrancher toutes les vérités qui trouvent des adversai"*» res , il n'en restera pas dans le monde. -^ Nous avons déjA remarqué que Ton ne dis-putait pas sur les mystères parce qu'on les croyait , mais parce qu'on ne les croyait pas. Si Sabellius, Arius, ÏHestorius, etc., n'avaient point eu l'esprit de dispute et le goût des sub«> tilités dialectiques , la foi des udèles serait restée en paix.
2* Si en Dieu il n'y avait qu'une' personne, peut-être qu'on disputerait davantage, et que les esprits contentieux s'accommoderaient moins de ce dogme que de celui de la Trinités Les Juife, qui ne reconnaissent pas la Trinité,
ne peuvent expliquer un grand nombre de pas' sages de l'ancien Testan>ent , sur lesquds ib se tourmentent beaucoup. Philon dit que Dieu seul peut comprendre le sens de cette espèce de consultation qu'on lit dans la Genèse (cap. 1 , 26 ) : Faciamus hominem ad imaginem et similUudinem no8tran\ (2). Quelques auteurs ont observé que l'ignorance de ce mystère a produit plusieurs contestations et un grand nombre d'erreurs parmi les Philosophes de l'antiquité. Ces raisonneurs ne pouvaient se figurer que Dieu, de toute éternité, ait pu être heureux sans rien produire, et sans chercher une diversion à sa solitude et à son prétendu ennui. Cette idée était ridicule sans doute , mais la connaissance de la Trinité les en au-, rait guéris ; Aristote n'aurait point placé la complaisance de Dieu dans l'éternité au monde (â) , ni Démocrite dans des courses continuelles après les atomes , ni Héradide dans les différents plans de la création , ni Pytba-gore dans une multitude infinie d'amourt transformés en une unité simple , ni Henno^ gène dans l'éternité .d'une matière préexis* tante, ni les Thalmudistes dans la production et l'anéantissement successifs de plusieurs mondes. Toutes ces imaffinations s'évanouissent par les leçons de ia mi, qui nous apprend que le Fils fait, de toute éternité l'objet des
(1) On pcQi voir sur celle matière un outrage de Pierre Aliit, ministre proleslant, JufetmaU de Ton* neune église judmque eouUe ies «ntlaîro. — lAse/o^a veierk ae uotn Tesiamenti a M, Beemiù^ cap. % p: 5 ei seq.
(â) UuJhs ru 9erisnmam rtttionem Demm êohim eein necesse est. Lib. de rouadi opif.
(3) Arrsuiie. dil II. de S. Evremonl, croyait i» inaude éiernel, parce qu'il l«i seinblail imiiossibie qu'un agent ëieriiel flki demenré si langienips tan» action. 11 croyait que cette ennayanie oisiveié diati incompatible avec ia perfeclion de rimeHigence 4M a lait le monde.
ft à
PIIIUMOI'IUQUC.
complaisances àù Père ; que le Saint-Esprit est le lien qui les unit et en mémo temps une personne subsistante; que, malgré Tunité de nature, la multiplicité des personnes forme en Dieu une espèce de société essentielle , indivisible , ineffable , aussi intime que luimême (1). De là l'attachement que Platon a marque pour ce dogme sublime , dont il pa^ raft néanmoins n'avoir pas eu des idées fort précises (S).
(I) Domtnut pouedH me in itiilh viarum Muarum , antequam quidquam faceref a jrrmcipio» Deleciabar ver êinauloM (Ueê^ ludeH» CQram eo omni tempore» Prov. 8 , 22 , 50. -^ In principio ena 'Yêrbum , n Verbmn erat apud Deum , et Deus erai Verbum, Mec erni in principio afmd Deum, Joan. I, i. — Oa 9cni consulter Tdavrage de Duniel Walcrbnd , iliéofogien anglais : L'Importance du dogme de la Trinité défendue.
(t) Le P. Boordaloue, Sermon tur ta Trinité, ne croit pas qne Platon puisse avoir pris celle c<miiaissanre ailleurs que dans les Livres sainis. Des aalcors ont «ni qn^avaut rarrivëe du Messie , Dieti avail laissé échapper un rajoii de la lumière évaogélique en faveur de quelques hommes privilégiés
[Je penso, pour ma part, que celle hjpotliése. Il*e^t nullement fondée; qu*il est peu raisonnable de croire que la févélnlion des vérilés évangéliques ait pit être faite à des païens ^vant la venue de J.-G. et avant la prédication de FEvangile; d'ailleurs les véri* lés de cet ordre ne pouvaient éire connues que par révélation. Quant à la Triniié de Platun, pour qui étudie les idées de ce philosophe avec un esprit calme et hors de 1 uifluence du préjugé qui lui attribue des communications avec nos Uvres saints, il devient manifeste qne jamais il n'a compris ni soupçonné la Tri- ■ niié chrétienne. Tout ce quil a pu dire sur le Verbe^ 011 plutôt sur la Haiton divine, irest qu'un ensemble iTidées qnl ne sortent pas des bornes assignées à Vï maginatlon philosophique; et s'il n'a pas fait de snn Logos une personne distincte de ce quM appelle Dieu, il est eldir que le principe fondamental de notre Trinité, c'est-à-dire la pluralité de personnes, dans Tunitéd^étre et de nature, est resté complètement étranger Si Tesprit de Platon.
On se demande d^aîlleurs où ce philosophe aurait pQ prendre les idées qu'on lui prête. L'ancien Testament ne f^tri à l'eiistence du V^rbe, considéré comme personne distincte, que des allusions nulles ou lellenent obscures, même pour nous qui sommes prévo- Biis par la révélation cbrétienne, qu'il n^est pas concevable qiie Platon ait pu en tirer quelque chose. D'u^t-on que ce pliilosophe s*est trouvé en rapport avec des Juifs qni lui auront communiqué leur aoc- Irine? Mais en supposant la réalité de ce rapport, en snpposant même que les Juifs aient eu sur le Verbe divin des Idées exactes ou même des idées quelconqoes, ee qnl est plus que douteux, on ne s'expliquerait pas comment de sa communication avec les Juif« IMaton n^aurait tiré d*autres connaissances que cellelà; comment lui qui fait parler les prêtres égyptiens, qui leur £ilt développer leurs doctrines, aurait passé c-MoplètemenlsouB silence tant d-^idéeseï defaitsqu*il a dû emprunter aux Juifs avec lesquels on le suppose en rapport : tontes choses qui auraient eu pour hii d^autant plus d^imporiance qu'elles se ratiacliaieut k la source de ses pins sublimes ibéorirs. En on rootf les docteurs Juifs lui auraient appris bien des choses dignes de tout son ioiérêt avant de lui parler du Verbe, si tant est qu'ils eussent eu du Verbe la moindre fdée; «r il n*y a rien dans tout Maton qui lénluignc en lui de pnrâilesconnaisianees, ei il n^es^pas concevable «l»*il ^i fardé svr elles un silehèe aussi complet. De vagues rnpporis entre les idéi.'S do IMaion et la prç-
AarictB UL VIncomatwn.
427. D. Bayle ne propose-t-il pas contre ce mystère un dilemme qu'il croit invincible?
R. Ce dilemme est d'un genre tout à fait particulier, et peut servir de modèle à ceux qui ont du goût pour le ridicule ; cependant I nomme du gros Dictionnaire en fait tant de cas qu'il y applique ce vers de Virgile :
DextrvmsciUa /ofift, Itpvumintplacata ckarybdis
Vovons s'il est inévitable de se jeter dan» l un de ces deux gouffres. Ou il est essentiel i un corps humain et à une âme raisonnable de conslttuerune personne, ou non .s'il est «sen* ttel, l tncarnalion est impossible : sHl n'est pas essentiel. Dieu peut donc faire que je ne sois pas une personne humaine? peut-être suis^-ia un ange Y Raisonnons d'abord dans le ménie goul. Ou il est essentiel à l'animal d'être raisonnable, ou non : s'il est essentiel, le cbevat est raisonnable : sinon , peut-être ne suis-je pas raisonnable? peut-être suis-je un cheval ?... Ou il est essentiel à trois Unités do constituer le nombre trois , ou non : s'il est essentiel, on aura beau leur joindre une nouvelle unité, elles ne formeront jamais le nombre qwure : s'il n'est pas essentiel, trois unités, pourront faire le nombre *far, tingt ou cent... A celte belle logique, opposons une théologie toute simple. Quand une âme raisonnable et un corps humain ne sont point unis à une personne divine, il leur esl essentiel de constituer une personne; et quand ils sont unis à une personne divine, il ne leur est pas essentiel de constituer une personne... Nous ne prétendons pas expliquer le mystère de l'Incarnation, mais seulement le mystère du redoutable dilemme. — Le doute de Bayle sur ce qu'il est peut-être ange est d'une sagesse admirable ; un être intelligent peut-il ignorer ce qu'il esl substantiellement ?... Peut-être n'y a-t-il qu'une personne divine qui puisse compléter une nature étrangère; comme il n y a, selon toutes les apparences, qu'une nature raisonnable qui puisse ainsi être complétée. Nous savons que , dans les temps d'i- {^norance , les Théologiens ont trop raisonné à-dessus , et discuté des suppositions absur-, des; mais nous savons aussi qu'ils deviennent tous les jours plus retenus et plus sages.
428. D. Par le péché de l'homme le Fils, était offensé comme le Père ; pourquoi donc lo Fib seul se charge-t-il de la satisfaction ?
R. Prémontval promet de devenir Chrétien si on répond à cette objection ; mais il assure qu'on ne dira jamais rien qui le satisfasse : ïî est donc inutile de le tenter ; mais les simples fidèles sont contents quand on leur dit que la satisfaction faite au Père est faite en mêmetemps au Fils et au Saint-^Esprit , puisqu'elle
miére page de FEvangile de S. Jean ont pu seuls Inspirer la supposititin qiii nons occupe; mais ce n'est pas fiuaire siècles avant la révélation cbrétienne que' te Philosophe grec aurait pu concevoir ou trouver-, quelque part ce mystérieux symbole que la révélation seule a fait connaître, ef que la raison était impuissante à comprendre et même à soupçonner. ] (L. D.)
CATËCttiSlUC
est faite au priacipe d'où i!s émanent ; que, lorsque le Père est gloriB;!t. 'e Fils et le Saint- Esprit le sont auési, puisquHls font une seule nature avec le Père ; que lorsqu'un roi do la terre est outragé par son peuple , cet outrage pefut se réparer par son Gis, au nom de toute la nation, quoique L'insulte faite au père ait rejailli sur le fils, qui par là se fait aussi réparation à lui«-raéme ; que Jésqs-Christ n'a pas satisfait selon sa personne divine, mais selon sa nature humaine unie à sa divinité . et élevée par là à un de^ré d'excellence qui égale la réparation à l'injure; qu'enfin toute la divinité, comme dit S. Paul, a concouru à la réconciltatloii dés hommes et à la destruction du péché (1). Mais pourquoi le Fils s'estil plutôt chargé dé f éparer le péché des hommes que le Père ou le Saint-Esprit? C'est là une autre question, à laquelle il serait téméraire de vouloir donner une réponse décisive. Les saints Pères en ont apporté plusieurs raisons dé convenance. Le Fils est le Verbe et la parole de Dieu; tout a été fait par lui, et c'est
{»ar lui que Dieu a voulu instruire et sauver es hommes... La réparation faite à la première personne s'étendait de là comme plus naturellement 'aux autres... Le Fils , image invisible et ineffable du Père, dit saint Cyrille^ a voulu réparer l'homme , image de la Divinité , dégradé par le péché (2), etc. En atten-* dant qull en sache davantage, le fidèle prudent et docile adore dans la lumière de sa foi le plus consolant de tous les mystères, qui lui montre dans Dieu son créateur et son libéraleur, et qui par là prévient tout partage dans sa gratitude et dans son amour (3j.
Abticlb IV. VEucharUtte,
I L — 439. D. La possibilité de la présence réelle de Jésus - Cnrist dans l'Eucliaristie» n'est-ce pas nier la puissance de Dieu , et par4à Dieu même?
n. Cest la nier absolument, puisque c'est refuser à Dieu le pouvoir de détruire un morceau de pain , et de cacher un corps humain sous ses apparences.
k30. [ D, Mais cette action de la puissance divine ne suppose<-elle pas plusieurs choses contradictoires et impossibles. Il en résulte
Er exemple « 1* c^ue le véritable corps de ins4;ibrist qui était d'une taille déterminée, se trou ve contenu dans les espaces atomiques i|«ie peut oeçoper la moindre parcelle du pain consacré, ce qui parait inconciliable avec rimpénéirabilité de la matière; 8* que ce corps eiûsteraiC. simultanément en plusieurs lieux à la fois, ce qui n'est certes pas po»^ eiblè ; 9* qu'il serait non seulement multiple, mais en nombre infini; car il réside, d'après le do^me catfaolic|ue, dans chaque pareelledn pam ; or ce pain contient une infinité de parties distinctes , puisque la matière est
(I) Deut fret in Ckriito munâum reconeiliant met, 3 Car. 5, U.
(A M twilnmma^ê périmée wdthëtwr^ Bmimuglmm fuiUimê , fmum eâ emm qàk mt t iMfs M i «ttiH Mî«.Cfr.l« lieiesH.
d) tif emoMm éMlem, iémm fa€t»9iU Cremvr H MMNKor. Ricift vitfrt.
divisible à l'infini. Tous ces résultats ne sonU ils pas d'une absurdité manifeste ?
R* Assurément toutes ces conséquences choquent nos idées et les' habitudes de notre esprit; mais qu'elles représentent des faits impossibles , c'est ce qui n'est pas démontré, c'est ce qui ne saurait l'être. En effet toutes ces difficultés ne s'appliquent qu'à des manières d'être de la matière, soit enellc-mème, soit par rapport à l'espace. Pour pouvoir affirmer sûrement que ces manières d'être sont impossibles ,, il faudrait connaître d'une manière complète la nature de la matière et celie de l'espace. Or nous avons déjà vu combien celle oe la matière était incompréhensible et semblait même contradicKdrc dan.4 son essence. Celle de l'espace est sujptte aux mêmes difBcuItés et à de plus grandes encore: car après avoir disputé .sur ce sujet pendant bien des siècles, les hommes en sont encore à savoir si l'espace est quelque chose l Ainsi les idées de grandeur matérielle , d'espace , àe localité, sont, au point de vUe théorique, de l'obscurité la plus complète; comment donc avec de tels éléments décider de ce qui est possible et de ce qui ne l'est pas?
Telle est la réponse générale que nous pouvons opposer aux objections contre le mystère de l'Eucharistie. Il nous reste à prouver en détail que dans les conséquences de ce mystère, il n'jr a eoniradiction nulle part; car c'est à ce seul caractère qu'on pour« rait affirmer, à bon droit , l'impossibUité ab-» solue.
t* En ce qui coùeeme la correspondance On corps de Jésus^^Uhrist à des espaces de grandear vanaMe et même atomiques, it n'y a certes là rfeA ék cMtradictoire. Une quantité déterminée de matière correspond toujours à une certaine portion de l'espace f dans l'ordre des faits habituels de là nature ; mais cette habitude n'est qu'un fait contingent , ou du moins il est impossible de prouver qu'il ne le soit pa». Pour pouvoir iémynistrer une pareille preuve , H est manifesta qu'il faudrait connanre d'une manièi^ nette et précise ce que c'est que retendue , Tes^ pace, la localKé, c'est-à-dire, tout ce qu'il y a de plus incompréhensible à l'homme. H est donc absolument possible que la localité d'un corps ou sa correspondance à une por« tion de l'espace soit indéfiniment variabi» en eUo**niéine , bien qu'elle ait dan» l'otifrer habituel de la nature , et sans doute par la pure volonté de Dieu , une valeur fixe et déterminée*
Cependant cette fixité et cette unité de vc ^ lume pour chaque portion de matière n^ sont pas ellea<nêmesabsoltte»« U n'y a pas dp corps qui, sons des influences physiques eon nues de tout le flBN>nde , tdln que la cbalenr « par exemple, ne change de vokiine^ do sorte que, même dans l'orére des faits naturels , H n'y a pas une portion de matière qui ne cot* responde suc«:essivement à dhrerses portions de retendue. Sans doute, ces variations sont onmprise» dans de$ UmUnsasiea pestminlns ^ mais cea limites eUesmémes son! aus lût en»*
THILOSOPHIQUE.
fingent; elles sont fixées par la volooté di vine au degré convenable pour la stabilité du système de l'univers tel que Dieu Ta conçu ; mais rien ne prouve qu'elles ne puissent être élargies indéfiniment. Même en restant sur le terrain des causes naturelles , Dous pouvons supposer avec Newton , c^u'il n'y a pas de corps, si grand qu'il soit, qui ne puisse être rMuit à un volume imperceptible. Car d'abord le volume est une fonction de la température diminuant avec elle; or rien ne prouve que la température ne puisse diminuer indéfiniment , de manière à atomiser le volume d'un corps. De ce que nous ne pouvons pas la faire descendre au-dessous d'un certain degré, il ne résulte nullement que nous soyons près du terme au-delà duquel elle ne pourrait s'abaisser davantage ; ce que nous pouvons produire en plus ou en moins, quant à la température des corps, peut n'être qu'une excessivement petite partie de l 'échelle totale des températures. Si donc nous restons encore extrêmement loin du terme inférieur, il est possible que les volumes des corps restent aussi extrêmement loin du terme qu'ils pourraient atteindre, en suivant les degrés de l'échelle décroissante ; ou, en d'autres termes, qu'ils puissent se réduire à4iQ volume même inappréciable pour nos sens*
On sait d*aillcurs que les molécules des corps ne sq touchent pas , comme le prouve le fait même de la dilatation et de la contraction des solides; et l'on sait aussi que la liaison qui existe entre ces molécules est le fait d'une cause sans rapport aucun avec leur contact. Il y a donc dans tous les corps du ride et du plein ; et l'on conçoit à priori
3u'il puisse y avoir entre ces deux divisions u volume d un corps un rapport mathématique quelconque. En fait, il est probable par des considérations physiques , mais en tout cas, il esi possible que le vide soit incomparablement plus grand que le plein. Si dans un corps donné , l'espace occupé par le vide est mille millions de fois plus considérable
Sue celui qu'occupe la matière solide, on peut onc concevoir que par la suppression de ce Tîde mille millions de mètres cubes de matière puissent être réduits à un seul mètre; et comme nos chiffres peuvent être fort audessous des rapports réels, rien n'empêche de supposer que des masses incomparablement plus grandes puissent se réduire à des espaces incomparablement plus petits, à des espaces imperceptibles. Il n'y a aucune considération physique, aucun argument métaphysique qui puisse mettre obstacle à cette hypothèse. Il résulte évidemment de là , en ce qui concerne la question de la diversité des espaces que doit occuper le corps de Jésus- Cbrist y ({u'il n'y a dans cette diversité rien de contradictoire ; bien plus, qu'il n'y a rien que de très-concerable.
52* La localité multiple , l'uhiquité de la subMance eucharistique sont, dit-on , rigourensement impossibles. Nous répéterons ici qu'il faudrait avoir de la localité une idée rnmplète et précise pour être en droit
CATiCH. PniLOS. I.
d'affirmer qu'elle est nécessairement simple et unique, et que sa pluralité simuU tanée est impossible. Or cette connaissance, nous ne l'avons pas, et nous sommes fort loin de l'avoir. Donc personne n'est en droit d'affirmer qu'il y ait contradiction ou impossibilité dans le fait de la multilocation. Il est d'ailleurs évident qu'il n'y a pas contradiction dans les termes ; car pour qu'elle eût lieu, il faudrait qu'on affirmât que le même corps est dans im certain espace, et n'y est pas tout à la fois. Or le dogme eucharistique ne formule rien, n'entraîne rien de semblable. Donc l'impossibilité prétendue nt9 se manifeste en aucune façon. C'est une chose incompréhensible, et voilà touf. L'aveugle-né à qui on affirme qu'un même objet se voit là où il n'est pas et dans un trèsgrand nombre de lieux à la fois ne comprend pas mieux ce qu'on lui dit. Or de l'intelli^ gence de l'homme à l'ordre complet des choses possibles la distance est infiniment plus grande qu'entre l'intelligence d'un nomme dépourvu d'un sens et celle do l'homme pourvu de ses deux yeux.
Enfin les singularités des phénomènes que l'optique nous présente donnent lieu à une considération de la plus haute portée dans la question qui nousoccupe.il est de principe en philosophie que l'impossibilité métaphysique d'une chose quelconque a pour caractère l'io possibilité de sa perception; et que toute chose dont nous nous faisons une idée nette , est possible par cela même , du moins métaphysiquement. On n'a jamais vu un bloc de marbre se soutenir dans l'air, parce que, en fait , la pesanteur ramène tous les corps à la surface du globe , mais on se figure parfaitement bien un bloc immobile dans l'espace , parce que la pesanteur n'est qu'une propriété contingente des corps, bien qu'elle sOit générale , et que l'immobilité de ce bloc n'est pas contre l'essence de la matière. L'imago que nous nous formons d'un bloc immobile est une preuve de la possibilité métaphysique de ce fait. Or les miroirs et une foule d'instruments d'optique nous montrent un même corps non seulement là où il n'est pas, mais dans une foule de lieux à la fois. Ici la sensation est une perception indubitable, et dont l'existence et la possibilité par conséquent ne sauraient être contestées. Donc l'existence d'un corps en plusieurs lieux à la fois est passible : elle n'est pas un fait dans le système habituel de la nature ; mais l'idée que nous nous en faisons est nette , précise , certaine;, donc la chose est métaphysiquement possible. Et il faut bien remarquer ici que l'idée-image (}ue nous percevons d'un corps dans un certam lieu n'exclut nullement son idée-image dans un autre lieu, puisque,, par le l'ait , la sensation de cette localité multiplo existe pour nous. Donc même l'ordre des faits naturels prouve la possibilité de l'existence multilocale d'un même corps.
d** Pour ce qui est de l'obiectton tirée du nombre infini de parcelles du pain duquel résulterait sa multiplicité en nombre infini du corps de Jésus-Christ, elle est réfutée par
{Douze,)
cat£chisme
SGO
l*exp08iUon seule du dogme catholique. Elle 8*évanouit dabord devant le fait de la transgubstantiation : car il n'y a pas sous les apparences du pain autre chose que le corps de Jésus-Christ : la matière n'existe pas, et le "Compte de ses molécules ne frappe que sur le vide. En second lieu , quand les espèces ne sont pas divisées , le corps de Jésus-Christ est fin sous le rapport de la localité ; et ce n'^estquc lors de la division des espèces que partout où ces espèces se répandent le corps de Jésus-Christ existe de fait, quelaue petit que soit le/ioiumcdes parties résultant de la division. Alors la question rentre dans celle de la localité multiple (jue nous venons d€ traiter. Et il n'y a pas lieu de dire que cette division des espèces pourrait multiplier à tinfini l'existence locale jdu corps de Jesus- Cbrist; car quoiqu'on puisse penser de cette multiplicité à rinuni, en fait elle n'existe pas, puisque la division des espèces , quelque grande au'on la suppose , reste toujours et essentiellement dans des termes Gnis.
Les réponses que nous venons de donner aux objections principales renferment implicitement la réfutation de plusieurs autres qui rentrent plus ou moins dans celles-là. Par exemple, de ce que pendant la cène , après avoir consacré le pain, Jésus-Christ le tenait dans ses mains, il s'ensuivrait , a-t-on dit, que &e contenu ne serait pas moindre que le contenant, etc. Le principe de l'ubiquité combiné avec celui de l'existence locale dans des espaces d'étendue quelconque fait justice de cette difficulté et de quelques autres analogues.
hSi. D. Mais ne résulte-t-il pas du dogme de la transsubstantiation que les modes de la matière anéantie subsistent sans leur sujet; qu'il y a par exemple une forme sans substance formée , une couleur sans substance colorée, et ainsi du reste. N'est-ce pas là ce que les Théologiens admettent sous le «om d'accidents absolus ?
R. A prendre les termes dans toute leur 'rigueur, le sylème des accidents absolus serait une véritable absurdité. Mais il est vraisemblable que l'idée des partisans de ce système revient au fond à l'explication parfaitement simple et raisonnable que voici. Les modes ou qualités du pain transsubstantié «existent pas par eux-mêmes après l'anéantissement de leur substance; mais Dieu continue de donner à Thomme les mêmes impressions qu'il lui donnait quand le pain était réellement sous ses yeux. L'existence (les corps n'est pas la cause nécessaire de nos sensations ; elle n'en est qu'une cause contingente et occasionnelle. Ainsi Dieu peut BOUS donner cette sensation en l'absence des corps qui nous la causent ordinairement tout aussi bien qu en la présence de ces corps : et c'est ce qu'il fait après la transsubstantiation. Il n'y a pas la la plus légère difficulté dès qu'on s'entend bien sur le sens des mots.
432. D. Que faut-il penser de cette fameuse objection de l'archevêque anglican Tillotson : S'il faut douter du témoignage des yeux qui ne vous montrent que du pain dans les es-
pèces consacrées , pourquoi dototierait-on la
I)référence au témoignage des oreilles par esquelles nous arrive la prétendue révélation du mystère , ou à celui des yeux eux-mêmes lorsqu'ils lisent les arguments catholiques? Jl. Cet argument que les protestants ont bien vanté est une véritable niaiserie. 11 suivrait de là ({ue Dieu ne pourrait rien faire qui fût contraire au témoignage de nos sens » ou qu'il ne pourrait du moins nous en donner la connaissance. Pour ce qui est de l'ar-^ gument en lui-même , il est aisé devoir qu'il confond des choses toutes différentes. Ce n'est pas le témoignage des oreilles ou des yeux qu'on oppose au témoignage des yeux ; ce sont les idées dont le témoignage des sens a été l'instrument et la source qu'on op-
I)Ose au témoignage matériel des yeux dans a contemplation des espèces eucharistiques. Les yeux , dans ce dernier cas, disent une chose qu'on sait pouvoir être ou ne pas être : problème dont la solution doit se décider par des motifs d'un ordre Intellectuel; or, ceux-ci déposant contre la réalité de la chose en faveur de laquelle les yeux témoignent, l'homme sage y adhérera préférablemcnt, bien que les sens eux-mêmes aient éLé la cause occasionnelle qui lui ont donné la perception de ces motifs.
Une comparaison simple et frappante met-* tra cette vérité dans tout son jour. Lorsqu'un enfant voit pour la première fois son image dans une glace, il doit, d'après le témoignage de ses yeux , croire quMl est lui-même placé derrière la glace. Cependant il n'en croit rien, ou il ne tarde pas à se détromper luimême, et cela parce (}ue tous ses sens et ses yeux en particulier lui attestent qu'il est bien placé en avant, et que derrière la glace il y a un mur. Or il aurait tort, d'après Tillotson, de ne pas ajouter foi au témoignage de ses yeux et de ne pas se croire derrière la glace ! En fait, il récuse et avec raison ce premier témoignage de ses yeux , parce qu'il cède à des motifs qui lui paraissent d'un ordre supérieur, savoir, le témoignage contraire de ses yeux eux-mêmes et, si l'on veut, l'autorité des personnes avec lesquelles il vit. Or pour le Catholique la révélation est ré<piivalent de tout cela, et c'est sagesse à lui de lui donner la préférence sur le témoignage actuel de ses yeux.
433. D. N'est-ce pas une chose révoltante et absurde que de dire que du pain se change en Dieu ?
R. Cela serait véritablement absurde et révoltant ; mais jamais les Catholiques n'ont dit cela. Le paip est anéanti , et là où il existait se trouve le corps de Jèsus-Christ sous les mêmes apparences. Tel est le sens précis du mot transsubstantiation. En ce sens le pain devient le corps de Jésus-Christ auquel est toujours unie la divinité; mais le pain ne devient pas dieu dans le sens qu'on prête à ce mot.
434. D. Mais si le pain est anéanti , coni« ment se fait-il une les espèces consacrées puissent servir a nourrir Thommc, comme avant leur consécration 7
pnir^sopBiQUE.
iC2
B. Parce que Dir.n a voulu que la substitution du corps de Jésus-Christ au pain trans- ' sub&tantié n'altérât en rien les rapports matériels de ce pain avec notre nature physique. Nous devons donc être affectés sous tous les rapports comme si le pain continuait d'exister.
435. D. Le corps de Jéstts-Christ caché sous les espèces ail pain et du vin n'eSt-il pas exposé a toutes sortes de profanations et d'accidents ridicules? Ne peut-il pas être emporté et dévoré par une souris ?
R. Cette objection repose sur deux sortes dldées qui sont également fausses i
1* Il existe entre l'homme et la matière des rapports fondés sur les simples impressions des sens, et desquels il résulte que certains corps sont agréables et réputés nobles, tati- ^îs que d^aiitres sont réputés vils et ignobles, parce qu'ils ne produisent que des itnpresstons désagréables. Mais il est aisé de comprendre qae cette distinction b'a rien d'absolu en elle-même , qu'elle n'est qile la formtile des impressions que Thomme subit , et
?Qe hors de lui elle n'a pas d*existence. our Dieu toute matière est équivalente ; et tl est indifférent au corps de Jésùs-Christ de reposer sur des métaux précieux, ou d'être jeté sur un fumier. Il n'y a profanation véritable que par le fait d'un acte humain l'exerçant volontairement et avec outrage contre les espèces eucharistiques. Or dans ce cas le corps de Jésus-Christ ne subit aucun détriment, aucune lésion réelle.
2* Le corps de Jésus-Christ est reçti par l'homme sous les espèces du pain ; mais il n est ni consommé ni altéré; cela n'a pas besoin d'être dit. Les fonctions de l'organisme humain s'exercent rigoureusement de la même manière que si le pain existait encore; mais, encore une fois, le corps de Jésus-Christ n'en est modifié en aucune façon. Quand cesse Tanion de ce corps divin avec celui de rhomme , c'est ce que nous ignorons coml^lètement.
Quant à l'action des agents ektérielirs sur les espèces eucharistiques , elle ne s'exerce rigoureusement que sur ces espèces, et nullement sur le corps de Jésus-Christ. Un animal peut emporter Thostie consacrée, y appliquer sa dent, et la détruire; mais il n'y a en tout cela que des apparences , les choses se passent à l'éxtérïeur comme si le pain était présent. On pourrait supposer que, la présence de Jésus-Christ sous les espèces eucharistiques ayant l'homme pour objet, Dieu fait cesser cette présence lorsque ces espèces sont dans un cas d'altération ou de destruction tel que celui qui nous occupe^ et qu'alors par la volonté de Dieu elles redeviennent paiti. Mais cette hypothèse est sans aiacune utilité. Car encore une fois l'action de l'animal ne s'exerce que sur des apparences ; et peu importe que le corps de Jésus-Christ les suive là où cet animal les emporte. C*est Jésus-Christ qui se déplace ep suivant ces mouvements, c'est sa volonté son veraitie qui les détermine ; et ce n'est qu'à lui-méoke qu'il obéit» quand le pain consacre
semble être le jouet d'un animal, comme alors quil se livre au profanateur qui foule > aut pieds les espèces eucharistiques. *
436. D. Si le mystère de rËucharistic n'a/ rien d'impossible, ne peùt-on pas du moi us nier l'utilité de son institution? Puisque, comme Dieu, Jésus-Christest partout, qu'importe que son humanité habite ou non sur la terre?
K. Ce n'est pas à l'homme qu'il appartient dé juger les vues de Dieu ; et quand nous ne comprendriotis pas directement le but do l'institution eucharistique, il suffirait que Dieu l'eût établie pour que nous dussions croire à son utilité. L'Eucharistie est la continuation de l'Incarnation; elle est la répétition permanente du Sacrifice de la Croix; enfin, c'est un signe sensible qui rappelle continuellement à l'homme ces deux mystères, et qui le fait participer d uiie manière pitis intime aux méHtes de la sainte humanité de Jésus-Christ.]
Article V. Le péché originel.
5 I. — 437. D. L'homme peut- il pécher avant qu'il existe? L'enfant qui natt six mille ans après Adam a-t-il pu consentir ou ne consentir pas à sa prévarication ? Comment un Dieu juste peut-il imputer un péché à ceux qui n' v ont eu aucune part ?
R. Quand on réfléchit sur toutes ces Ob-
J'ections, on volt clairement qu'elles sont ondées sur l'équivoque du moi péché. Pour ne nas distinguer le péché ori|inel d'avec le pécné actuel, où se fatigue a raisonner à perte de vue sur un fantôme. Le péché originel est une disgrâce dans laquelle nous naissons, 1" parce que nous sommés enfants d'un père criminel et dépouillés des avantages accordés à sa personne et à ses descendants ; 2* parce que nos facultés ont été altérées ei dépravées par cette privation et par la grande révolution opérée dans Adam, lorsque dans son péché il se tourna entièrement rers la créature (1); et par là l'image
'^ (1) On lit là-dessus des réflexions fort raisonna-* blés dans M. Nicole» Ifulructiàn êur le êyrithoU, se* conde inst,. sect. 4, c. 2. It y a des nations entières marquées par des qualités bonnes Ou mauvaises qui s*y conservent et se propagent durant Une longue suite de générations. L'amour de la vertu, ainsi qne le libertinaj^é, semblent éim héréditaires dans certaines familles, et passent aux enfants non seulement par réducation et par Texeniple-, mais encore par des dispositions naturelles qui naissent de la constitution physique. Sans doute que les idées et lés sentiments des pères ne se communiquent pas asx enfants par lran$fu$ion; mais , comme dans les premiers, rbabitude de penser, de réfléchir, de comparer, de sentir les effets du vice ou de la vertu, agit sur les oraanes, cette disposition agit sur ceux de Tenfant. M. Nicole observe que rinfluence du premier père sur ses enfants fut d'une toute autre conséquent ce. Les germes renfermés dans une plante s'altèrent et se corrompent dès que la pourriture s'empare de la plante qui les produit (*).
(*) I Nous ne devons pas, dit un auteur moderne « juger de la justice divine par la nêtre. La nôtre est une justice d'égal à égal ; la divine est imc justice de l'infini au fini, du créateur à la créature. Cependant notre justice même ne punit-elle peis les tttîwitéd
CATÊCniSUC
de Dieu a été déflgurée, ce maître de toute ïinteté ne peut plus l'a ".ef »' ? ^^^
demeure. Dieu agit eu auelque sorte comme un peintre habile et jaloux de la gloire *« son art, qui, voyant un beau tableau gâté par 4a faute d'un valet inûdèle, ne se contente
le vfi" ' ""
ables
SCS veux ei le place «
tous les jours sous les yeux Timage de quelaue péché originel dans les enfants des hommes coupables de crime d'état. Le sort constamment malheureux de certains peuples t) irait être 1 effet de quelque péché origmel de ses ancêtres (l). Nous voyons des bénédictions originelles comme des malédictions originelles h ; telle est la bénédiction donnés à Abraham, à Jacob, à David, etc.
M8. D. Comment le péché originel peut-il adhérer à l'âme, qui est l'ouvrage de Dieu; ou bien au corps, qui n'est qu'un assemblage de matière inerte et passive?
réunis constituent la nature de Thomme, qui est dans la disgrâce de Dieu pour les raisons que nous venons de dire.
ç II — 439. D. Quelque explication qu on puisse donner du péché originel, ne s y Irouve-t-il pas encore des ténèbres qui fondent la nécessité de recourir a la foi? ^
R. Ces ténèbres, quelque épaisses qu elles soient, ne peuvent cacher que la manière dont le péché originel nous est transmis , la nature Se ce péché, et les ^^^es jle D.eu en le permettant ; mais l'existence du péché est une chose incontestable, non seulement aux yeux du Chrétien, mais encore aux yeux du Philosophe. , ., .,
WO. D. Comment le Chrétien se doit-il convaincre du péché originel? ^
R Toutes les preuves de sa foi le ramènent à cette croyance ; tout ce qu'il voit dans les saintes Ecritures, tout ce qu il apprend des vérités du Christianisme, suppose le péché originel. Douter de ce seul article, c est ébranler le fondement de tous les autres.
441. D. La raison dépose-trcUe également en faveur du péché originel? ,
R 11 n'est guère possible de se dissimuler les preuves qu'elle en fournit. Car comment concflicr dans l'homme Unt de grandeur avec tant de bassesse, son ardeur pour les vra:s biens, son amour pour la vente, 1 estime qu il f:iit de la vertu avec tant d'attachement aux faux biens, tant de frivoles et d avilissants désirs? Comment comprendre que 1 homme soit toujours ainai en contradiction avec luimême s'il u'éUit pas survenu dans sa nature
crimes de leurs pères, et n'avons-nous pas des lois qui ôcsniëenl de la noblesse non seulement le criminel, n^ls louie sa poslériiéî Ces lois ne nous paraissent
{\) Maiidietui Chanaan, ienu» servorum ertl fraln-
but wi$. Gencs. ^. ^ . . . t.. ^ ^^j^
(2) Uenediciioilliuê quan fluvmtnundabiL Quomoao cataciiimn» aridam inebriavit, iic ira ip$iiugente$ quœ non ex^uweruni eum, hœreditabU. EccU. 59.
quelque dérangement consîdérablo qui le porte sans cesse à ne pas faire , comme dit l'Apôtre {Rom. 7, 7), le bien qu'il veut, et â faire le mal qu'il ne veut pas ? — Comment expliquer le contraste si frappant entre l'attention que nous donnons aux diverses sen« sations agréables qui affectent nos organes et la distraction qui fait perdre de vue l'auteur et le distributeur de toutes nos jouissances ; ces efforts si marqués de la nature à pourvoir aux besoins et aux agréments de l'homme, mis en opposition avec le dépouillement et la pauvreté de son âme naturellement en proie à l'ignorance et aux vices dont elle ne se dégage qu'avec les plus grandes difScultés et jamais entièrement (1)?— Voyez ces débauches brutales , ces rafCnements monstrueux du crioje, ces épuisements suivis de la consomption et de la mort; voyez avec quelle fureur on se livre aux spectacles et aux illusions du siècle, tandis qu'on en connaît les suites redoutables et le peu de durée ; avec quel empressement on se dévoue à un monde qu'on sait être perflde et traître ; avec quelle facilité on viole les maximes de la religion qu'on révère et qu'on croit; avec quelle allégresse on sacrifle à un moment de folie une félicité éternelle qu'on attend ; et concluez qu'un tel aveuglement, une telle inconséquence, si générale, si constante dans une si longue suite de siècles , ne peuvent être l'effet d'une raison pure et saine. — Si l'on ajoute à ces maux l'excès des iuQrmités et des misères auxquelles les hommes sont assujettis , qui pourrait expliquer, dit saint Augustin (Lib.bcont, Julian., s. 83), le joug intolérable dont les enfants d'Adan» sont opprimés ? Comment croire qu'un Dieu bon et juste pût nous faire souffrir tant de maux , si le péché originel ne nous les avait attirés t
(1) Celte dégradation de l'homme paraît snitout dans les individus privés des lumières de la reliaion et des leçons propres à les rendre meilleurs , dans les Sauvajçes, par exemple , naiurellemenl et presqu'invinciblement siupidcs et méchants. — Les enfants ne donnent-ils pas à cloaque insiant des marques visibles d'une perversité naturelle et innée ? Les sophismes par lesquels un Philosophe fameux a combattu celte triste vérité s'évanouissent à la vue des preuves de fait qu'un esprit attentif saisit sans peme. et qui rendent palpable ce germe d'injquiié si fatal ù l'homme, à moins que des leçons et des exemples contraires n'en préviennent ou n en corrigent le développement, f J'ai vil, dit S. Augustin, u" enfant qui ne savait pas encore parler, et qui déjà , avec urt visage pâle et des yeux Irrités, regardait l enfant qui tetiail avec lui. i On en a vu mourir de hame et de jalousie, parce qu'il leur était venu un frère ou une sœur. — Si l'homme est né bon, comme J- J. Rousseau le prétend, comment est-il devenu méchant! Par le mauvais exemple, dira-t-on, par la mauvaise éducation : mais cela suppose déjà la corrupUon exisianie ; et c'est encore là un de ces paraloglsmes dont la philosophie moderne est remplie, --fcn eénéral, quiconque a suivi aiteniivement la mardie delà nature humaine y découvre les traces d «ne méchanceté qui n'a rien de commun avec celte M brutes, et qui suppose évidemmenl la corrupuon de rame raisonnable. C'est sous ce point de vue que Bayle a pu dire en toute vériié que '^^«"J"'* .^îî;** animal pluê monUru(na que Ui cenlaiires et la cfumèrt
de Ui fable, -
WC
Un Philosophe sensuel a beau nous dire qu'il ne Toit pas grand mal dans le monde lorsqu'il se aiYertit à Londres ou à Paris : ce n*est point dans un bal ni dans un opéra qu'on doil jufer des malheurs de rhumanité.
Û2. i>« Ne Toit-on pas, dans quelques climats heureux, des peuples qui semblent vivre dans l'état de pure nature ? Tels sont , diton , les habitants de Flie Otahiti « qui ne connaissaient presque point la pudeur, et que des Philosophes regardent comme les hommes les plus heureux du monde ?
R. Il est bien humiliant de devoir raisonner avec des gens qui vont chercher le bonheur chez des peuples sauvages , efféminés , abrutis par l'ignorance , la débauche et le crime. Ce prétendu état de nature pure est Fétat d'une vraie corruption et d'un débordement abominable des mœurs. SU est vrai que les Otahitiens (1) ou d'autres peuples sauvages ne connaissent presque point la pudeur, c'esl qu'ils ont appris à ne la respecler pas , et que les sentiments les plus naturels et les plus forts s'affaiblissent et se dé-* truisent peu-à-pcu par des impressions et des habitudes contraires. L'homme colérique ne connaît pas les charmes de la douceur, rivrogne le mérite de la tempérance, l'avare le bonfvcur de la médiocrité, l'orgueilleux les douceurs d'une vie sans prétentions ; il faudra conclure que ces vices forment Tétat de pure nature , et que ce que ces homnfies vicieux ignorent est une invention humaine, un froit de l'éducation. Il n'est pas plus difficile de comprendre comment la passion , l'habitude , 1 éducation , peuvent affaiblir et étouffer peu-à-peu le sentiment moral , que de concevoir que ces mêmes causes peuvent émousser la sensibilité physique : dans l'on et dans l'autre cas , elles font violence à la nature. Eh 1 n'est - il pas tout simple que la nature ait inspiré à l'homme quelque réserve, quelque impression de modestie et d'embarras à l'égard d'une sensation humiliante par sa lutte impérieuse contre la raison , par les effets contradictoires à son but naturel , par les affligeants désordres qui en résultent dans tous les genres de choses ? « Qu'on me permette , dit un auteur qu'on ne soupçonnera pas d'outrer les choses (2), une courte digression sur tant d'objets et de pratiques obscènes dont furent souillés tous les anciens «njslères, et en particulier ceux deBacchus. l'observerai d'abord que la pudeur n'est point une vertu de convention ; nous la detons à la nature , qui s'en sert pour rendre la beauté plus touchante et la laideur moins insupportable , auelquefois même intéressante. La garde de nos mœurs semble être conflée à celte pudeur innée , si favorable à
(1) L'aïUenr du Uroisième voyaae de Cook les jusUfle entièrement sur ce point, et refuic victorieusement les horreurs que des relations fabuleuses et romaucaques leur ont attribuées.
(S) Mémoireg pour servir à P histoire de la religion fjtcrète des anciens peuples , ou Recherches historiques el critiques sur les mystères du Paganisme, par If. le baron de Sainte Croix. A Paris, 1784, i vol. in-8.
la propaffatioD de notre espèce , et que le vice s efforcerait en vain de grimacer (1) On dira sans doute que la religion avait con- . sacré ces indécences ; qu'y étant accoutumée de bonne heure l'imagination n'en pouvait être émue; enfin qu'il ne faut pas juger des mœurs des autres pays par les nôtres. Ces. frivoles raisons sontdetruites par l'expéiience et les faits. »
khS. D. Dieu n'aurait-il pas pu , indépen^ damment d*aucun péché, assujettir l'homme aux passions » aux douleurs el à la, mort?
maladies et à la nécessité de mourir. La plupart des Théologiens soutiennent même la possibilité de l'état de pure nature, où l'homme, abandonné à la faiblesse et aux infirmités, n'aurait pas été destiné à la possession de Dieu , mais on il eût pourtant reçu, les secours naturels nécessaires pour remplir ses devoirs, et mériter une recompense proportionnée à son état et à ses mérites (2).
hkk. D. Si Dieu pouvait , indépendamment d'aucun péché , assujettir Thomme à diverses misères , comment la raison est-elle forcée, par la considération de ces misères , de reconnaître l'existence d'un péché originel ?
R. C'est que les misères auxquelles tout le genre humain est réellement assujetti, sont beaucoup plus grandes sans comparaison qu'elles n'eussent pu Têtre dans un état de pure nature , où l'homme ne serait pas né pécheur : car, dans cet état, la justice et la bonté du Créateur eussent exigé de lui qu'il n'eut pas exposé Tinnocence et la vertu de rhomme à des mouvements de concupiscence aussi violents que ceux auxquels le péché nous h assujettis, et qu'il ne l'eût pas abandonné à des douleurs , à des maux de toute
(i) Cette observation est vraiment remarquable. La pudeur est la seule afleciion de Tàme qu*on ne peut ni simuler ni imiter, dont Teipression est parfaitement involontaire , et qu*on tenterait aussi vainement de réprimer qu'on essaierait de la faire naître. Sénèqae donne ici le défi à tous les histrions tu acteurs de théâtre. Artifices scenici , qui imitantur affectas , qui metum et trepidationem exprimunt , qui tristitiam reprœsentant , hoc indido imitantur verecundiam : dejicîunt vultum^ verba submittunt ^ figunt in terram oculos ; ruborem sibi exprimere non possunt. Sert. Epis». XI.
(2) Parmi ces théologiens, ceux qui ont le plus approfondi la matière ont cru que cet état n'était possible qu'en prenant pour règle la puissance absolue de Dieu , mais non pas sa puissance ordinaire , qui ne contrarie pas , sans de grandes raisons , la nature des choses el une destination fondée sur des attributs essentiels. Or Ton sent bien que la dignité et même la nature d*un èire spirituel et immortel capable de la possession de Dieu , et ne pouvant trouver le bonheur qu'en lui , suppose une destmation différente de l'état de pure nature.... Du reste il suf'^ flt qu'un tel état soit absolument et extraordinairemcnt possible pour faire évanouir quelques erreurs des derniers temps, qu'on peut inèmecoaicaUre.aviC Buccès sqns entrer dans celle question^
S07 Catéchisme
espèce et à des malbeum aussi p^ands que ceux que nous éproufons en conséquence du péché originel. C'est la pensée de saint Augustin que nous Tenons de rapporter (1).
HS. D. Quand même Thomme se serait maintenu dans i*obéiissance due au Créateur» n'aurait -il pas été réduit i souffrir beaucoup dans une terre où les peines sont ihéritabies f dirâ-t-on qi|é l'homme innocent (Ifirait été pp
Roi fidnéauit,
se eoaUflipIanl k Palse, admirant 80(i oéant t
{su^me Disc- pMi.)
R. Il ne faut pas juger par l'état actuel de la terre de ce qu'elle était dans les premiers fours de son existence. Il est certain, par TEcriture et par la tradition eénérale de toutes les nations, que la malédiction prononcée contre l'homme a enyeloppé tout ce qai lui appartenait e( le globe même qui fait sa demeure. Cette malâliction est allée en croissant jusqu'au déluge (3), et ce terrible éyénement en flxa enQn les effets en les portant au point do dévastation et d'altération où nous les voyons. La terre, frappée de tant de coups, a souffert dans elle-même et dans plusieurs de ses productions des changements assortis à l'état et aux besoins de 1 homme condamné à une vie pénible (3). Nous avons déjà obsenré que S. Pierre regardait la terre après le déluge comme une nouvelle terre. S. Paul nous représente toute la nature comme déplacée et affligée d'avoir perdu sa première situation, qu'elle espérait de reprendre lorsque l'homme , reproduit de ses cendres, recouvrera le don de rimmortalité (k). — Un travail modéré et adouci par la udèle correspondance d'un sol fortHe, aurait occupé les forces et l'activité de rhomme innocent. C'est Voltaire qui en fait lin roi fainéant, l'Ëcriture nous apprend tout le contraire (5). C'est une témérité, et de plus une grande faiblesse d'esprit de proponcer déunilivement sur ce que nous au-
(I) CeUe considération théorique n*est pas sans qttiilque poids ; toutefois il nous semble que h véritnble raison qui oblige à admettre le péché originel iiVsl autre que la révéiatiou. En dehors dts^ la révélation, il n*y a, sur. ce point comme sur bien d^autres, que des sentiments , des instincts , des conjectures.
(â) Après la première malédiction donnée à la terre , il est dît encore à Caîn : Cum operatus fueri$ , non dabit libi fructus. Gen. 4. Il parait, par différents autres passages, que le premier état de la terre a aotifferl des altérations successives. De là Tidée de rage d'or , d^argent . de fer , chez tous les peuples.
(3) La longévité patriarcale suppose que les premiers hommes vivaient dans des circonstances pby« sique^ plus avantageuses que les hommes qui leur ont succédé ( L. D. )
(4) Exfiectatio enaturœ revelationem fiUQTum DH expeelat, VâAÎIali enhu creaiura subjgela en non ro- /«itc... ipiaereatura liberatwr à sertitute corruption^,,,» scimtu enim quod omniê creatwra ingemucit et pariurit 9uquiadhue. Rtun* 8*
(5) Potuit tum in paroiiBO so/upfafù, ut operar^^ fWT' Gen. 3.
rions été à tous égards dans l'état d'innocence, de détailler tout ce que nous aurions fait, et tout ce aue nous n>urions pas fait. Si quelques Théologiens ont perdu beaucoup de tên^ps dans la discussion ue ces hypothèses pour ne nous donner que les fruits d'une imagination inquiète , il faut les plaii^dre , et ne les point imiter.
^ 446. 1). Pourquoi des preuves si simples e\ si convaincantes du péché originel oi^tTClles échapjpé auiL sages du siècle?
R. Quand ils ont voulu voir clair , ^s les ont vues comme les autres. Cicéron, dans son Hortensius , rapporte le sentiment des an-* ciens , qui croyaient que nous naissions si faibles et si corrumpus, pour expier des cri-r mes commis par nos âmes , avant qu'elles eussent été unies aux corps (1). Pline le naturaliste, considérant l'état de rhomme, se demandait si c'était donc un péché que de naître (2). Un poète païen trouvait un mystère inexplicable dans les contradictions et les es-r sors opposés de sa volonté (3) ; un autre adr mirait son dégoût pour les choses permises et son attachement aux choses défendues (4), et attribuait ce désordre à un défaut de santé de rame, aune espèce de violence opposée aux droits de la raison et aux rèsles de la félicité, i une lutte désolante entre la concupiscence et l'esprit (5}. Platon est celui de tous los Païens qui a parlé le plus amplement et le plus distinctement du péché originel. Ses li^ vres sont remplis de témoignages rendus i cette çrande vérité. « Autrefois, dit-il, ce qui participe en nous à la nature divine avait pendant un temp^ conservé toute sa vigueur et sa dignité ; mais l'inclination vicieuSe uç l'homme mortel a pris enfin le dessus au grand préjudice du genre humain; de là sont venus tous les maux qui l'ont affligé (6).» Ailleurs il dit aue la nature et les facultés de l'homme ont été changées et corrompues dans son chel dès sa naissance (7}. Enfin il semble avoir entrevu le remède que Dieu destinait aux iraltieurs de l'homme , comme nous l'avons déjà observé (N. SOI). Il ajoute, dans un au-< tre endroit,qu après cette catastrophe le monde eût été la proie de la confusion, si Dieu ne l'avait conservé (8). Timée de Locres, célèbre
(1) Ob aliq}^ tcelera 9uscepta in vUa superhre pfienarwn Inendarum cau$a nos c*$e nalos, €ic. in florlensio. citât, ab Au|;. contra Julian., I. 4, c. 15.
(2) Animal cœtens imperûturuni a tuppliâis vilam atupicatur, unam tanlutn ob culpam^ quinnatum eti. llist. nat., 1. 7.
(3) odi et amo, quart id faeb, fortaue requiriê ! NtKio. sed fieri leittip, et excrudor,
(catul.)
(4) Quod licei^ ingralum est : quod non Ucet^ acrhts urtU
{omd,) (5J Excuie virgineo coneeptas pectore pommas. si potesy infeHx. St possem^ satnor essem : Sed trahit vwitam nova vis : aliitdque ciipil Mens aiittd suaikt* fideo meiiora^ proboque.
Détériora sequor
(L. 7 Métam., vers* 17.)
(0) Plato, in Critia, Argum. p. i06 et 121 ad fineiA, dial. edit. Lausan., 157g.
(7) Ptaio, in Tmeo, Oper , t. 3, p. 90.
(8) Politic. p. 361, îu Arsum. et â72!i dial
raOiOSOPfflQDE.
p) Ibagorieien, 8*eitprime dans les termes sui- /ants : « Nous apportons le vice de notre nature de *nos ancêtres, ce qui fait que nous ne pouvons jamais nous défaire de ces mauvaises inclinations qui nous font tomber dans le défsLut primitif de nos premiers parents (!>. » Les trois âges d*or, d'argent et de fer, recon* nus de tputerantiquité,marauent visiblement rétat d'innocence, l'état de rhomme jusqu'au déluge, et les temps qui suivirent. La croyance destroisétatsd'innocence,depéché,deréaemp- Uon, a été reçue chez toutes tes anciennes nations; les GrecSt les Egyptiens, les Perses, les Indiens, les Chinois (2). Les Turcs professent très-distinctement la doctrine du péché originel (3), quoiqu'ils y aient mêlé un grand nombre de tables Bayle , toujours en guerre
avec le Christianisme , rend quelauefois les armes, à son ennemi , et professe les vérités qui prêtent le plus auiL raisonnements de l'incrédulité, c L;histoire, dit-il, est le récit des malheurs et des crimes des. hommes. Il n'y a point de ville sans hôpitaux ni pptence, parce que l'homme est malheureux et mécnant;.
ipais pourquoi les Païens n'avaient-ils rien de bon à dire sur cela? ce n'est que par la révélation qu'on peut s'en débarrasser. » Voltaire (Pensées, p. lo) nous apprend la même chose : s'il s'égare comme Bayle, qu'il répète, souvent il reyient, comme lui , sur ses pas* « Nous, avouons , avec toute la terre , qu'il y a du. mal sur la terre ainsi que du bien ; avouons Qu'aucun philosophe n'a pu jamais expliquer forigine du mal moral et du mal physique. Disons aue la révélation seule peut dénouer çenrand nœud que tous les Philosophes ont embrouillé... C'est le seul asile^ auquel Thom- Qie puisse recourir dans les ténèbres de sa raison* et dans les calamités de sa nature faible et mortelle. » Rien ne prouve mieux ces tjénèbrcs que les variations de ce mobile écrivain sur l'état de Thumanilé. Tantôt il trouve que tout est mal (&-) , et tantôt que tout est bien (5). La raison , aidée de la révélation, m'apprend que tout n'est pas bien, et que tout n'est pas mal; qu'il y a uu bien et du mal ; mais plus de mal qu'il u'v en aurait si Thomme. n était point disgracié et déchu de sa féli-^ cité primilive. En approfondissant les raisonnements des Manicoéens, des partisans de la Métempsycose, des Fatalistes, des Epicuriens, çn tant qu'ils rejettent une providence, etc., on verra que ces erreurs ont pris leur source dans l'ignorance ou le désaveu du péché originel. Du mystère (^ui en explique beaucoup d'autres qui sans lui resteraient dans une nuit
i\) Denat. wundL Plat oper., l. 3, p. 103. i) Voyez le Discours de Rainsay sur la Mylliologie, V part., p. 88, i08, lîO, 127, 135.
(3) Vo^ez ia Bibiioilièque orieniule d'IlerbeloK au nul Ménam , p. 583. — Maracci Prodrom. ad lefut. Akor. pai t. î.
U) Poème sur la ruine de Lisbonne , elc. — Caniide ou rupllinisme , etc.
15] Sixième Discour» pliilos. . .
sophes prétendraient qu'il doit, être (1). Wî. D. Ces réflexions ne devraient-elles
Sas mettre le dogme du péché originel à Tabri e toute contestation ?
R. Prenez, dit Saint Augustin (£• deÀgono. ohristiano)j avec les incrédules tel biais qu'il vous plaira, accordez-leur ceci, départez-vouft do cela, supposez le contraire de ce qui est, et mettez les cnoses dans l'état où ils prétendent qu'elles devraient être; ils ne seront pas plus contents qu'auparavant, ils trouverontdenou* velles objections, et les difficultés deviendront plus fortes. De quelque manière aue Dieu eût arrangé les choses , les Philosopnes ne pouvaient rester en arrière. Si aliter fecisset , si^ militer vestrœ stultitiœ displiceret.teiie obser*. vation de S. Augustin est le résultat de Texpéirience. Elle est applicable^ toutes lesdifficulléa de la religion ; ce Père l'avait trouvée dans. L'Evangile (2).
§ m. — ikS. D. La doctrine du péché origi-v nel était-elle établie chez les Juifs?
R. Si les Juifs d'aujourd'hui, devenus igno-w tanta au prodige , semblent ne reconnaître d'autre effet du péché originel que les mal-, heurs de Thomme, il est certain que leurs an-* cêtres ont été instruits de ce dogme comme les Chrétiens. On en trouve dans l'Ecriture des preuves sans réplique (3). Le Thalmud en, parle très-elairement; et quoique ce Itrre soit rempli de fables , U renferme plusieurs an-, ciennes traditions : ses auteurs ont sans doale connu la croyance générale de la nation. Le quatrième livre d'Esdras renferme quelques passages remarquables, qu'on peut regarder comme une petite théologie du péché originel [^). 11 est vrai que ce livre n est pas canonique ; mais il est dépositaire des sentiments des anciens Juifs. Ou peut consulter sur ce sujet l'ouvrage de Pierre Galatin , />• arcanis catholicœ veritatis, 1. 6, c. 1, a» 10."
kkd. D. Par quel nvoyen les Juifs elles Gentils se puri6aient-ils delà tache du péché ori^ ginel avant l'arrivée de Jésus-Christ?
R. Quoique les Théologiens ne soient pas
(1) Voyez de solides réQezions sur ce sujet dans VAmi deihomme9t 3* part., traité de la popiil., cii. 6.
(2) Cm timiles dicam homines generaiiomu hujus, tt eut êimUei iunt ? Similes $unt pueris 9edentibus in foro et loquenlibu* ad invicem et dicentibus : cantavimus vobit tibiis et non satta$li$ : lamcniavimux et non plorasiis,,,.. et justifieata est sapientia a filris stits. Luc. 7. (Jt juitù fieeri$ in sermonibus ttds, et vincai cùm judicariié Fsal. 50.
(5) Qw$ poteit facere ntund^im de immundo conee* plum seniine? Nonne tu qui soLn$ es ? Job 14. Eece euiin in iniquitatibui concepius sum : et in peccatn concepit me mater mea, Psal. oO. Voyez une excellente disseru de M. Bossucl sur ce passage. Disscr&alion 7 &ur les Psaumes.
(4). Cor enim malignum bajulant primus Adam^ trant'^ qreuus et victU9 est , sea et omnes qui ae eo nati sunt. tlt facta est permanens infirmitas et lex cum corde po* pii/f, cum malignitate radiais; et diseessit^od bonum est et mansit malignum. A £sd. 3. Quoniam gmmem semims mali seminatum est in corde Adam ab iuitio : et auantum immetatis generavit iisque nunc , etc. Ibid. c. 4. 0 m quia fecisti Adam ? Si enim tu peccasti, not\ est factus solius tut casus^ sed et noster qui ex te cstn^r nimus, clc. llld. c. 7*
ÉATÉCRISME
d'accord dans la détermination de ce moyen , les uns assignant la circoncision^ et les antres la rejetant pour des raisons qui nous paraissent solides, il est indubitable que Dieu avait agréé quelque rit qui fût le prélude du baptême , et qui en prévint les effets ; mais il peut se faire aue ce rit ne fdt pas exclusivement déterminé ; peut-être une prière faite sur les enfants, une oflrande, un sacrifice fait en leur nom, une présentation au temple, la marque de la lettre thau (1), la circoncision, etc., pouvaient-ils indifféremment avoir cet effet par Finfention de ceux qui les employaient? Quoi qu'il en soit, il parait que les Juifs ont su que le baptême remplacerait le rit qui expiait chez eux le péché ori^nel ; on peut même croire , sur un passage d £zéchiel, qu'ils avaient une espèce de baptême figuratif, qui anticipait en quelque sorte sur le baptême de Jésus- Christ (2) ; ridée qu'ils avaient du Messie renfermait un baptême solennel et souverainement efficace, qui devait purifier les hommes, comme on voit par le chapitre treizième du prophète Zacharie. De là vient qu'ils demandaient à S. Jean-Baptiste : Pourquoi bapti- «sci-vous, si vous n'êtes ni le Christ, ni Elie , son précurseur, ni ce prophète que nous attendons depuis tant d'années pour nous baptiser (3)?
S IV. — UM). D. Le baptême n'est-il pas un rit religieux imité des Païens ?
R. Avant que d'avancer un propos de cette nature , nos Philosophes doivent renverser toutes les preuves du Christianisme : tandis qu'elles subsisteront , les gens instruits ne verront dans cette idée qu une imagination aussi frivole qu'impie. S'il y a eu, et s'il y a encore des ablutions chez différents peuples de la terre, c'est que ces peuples ont été persuadés que l'homme était coupable , et que l'ablution du corps était une expression naturelle de la purification de l'âme , et de la nécessité de mener une vie exempte de souillure. Mais aucun peuple n'a attribué à ces abluiions les vertus du baptême. On se lavait chez les Juifs ; on purifiait tantôt le corps , tantôt les habits ; mais le sacrement de régénération n'était certainement pas établi chez eux. Lorsque S. Jean prêcha la pénitence, il institua une sorte de baptême beaucoup moins p^fait que celui de Jésus-Christ; la cérémonie de Jean promettait ce que le sacrement de Jésus-Christ exécutait. Jésus-Christ ne pouvait rien prescrire dont l'exécution fût plus aisée et la matière plus universellement répandue : quelques paroles et un peu d'eau. Tout autre
(1) Voyez le chnp. 9 dTzécbîel. Cette lettre imifait la figure de la Croix. Il y a sur cette matière des olnervations savantes et curieuses , dans les Mœun du Américmm comparées avec la mœurs des ftremers Umps^ par le P. LaAleaii, 1. 1, p. 445.
{i) Quando nota «i, m die or lus tut,... aquanon €s iota in satutem, née sale condita» Ezech. 16.
(5) Joan. i, 25. Qmd ergo baptixas ^ si tu non es Chnstns, neqne Elias (Joaiincs Baptista , in spîritu et virtittA Elise) , neque propheta (ille propheta , è npo- 94T1IC de qiio Oeuleron. 18 , in le^e et prophetis proîiiisftiia)? Vide Emm» Sa, Jf onana^ etc., m. i cap, loin.
rit eût été moins expressif et moins mesuré sur rétendue du besoin. Tout signe est indifférent par lui-même : c'est l'objet ou le motif qui le rendent saint ou impie; et dès que Dieu a attaché sa grâce à un signe» il est mors une source de salut. On se prosterne dans tous les temples du monde » il ne s'agit que de savoir devant quel Etre on doit se prosterner. Les
f)aroIes qui accompagnent le baptême et qui e constituent le distinguent essentiellement de tous les usages des nations, et en font exclusivement le sacrement des Chrétiens et de la régénération des hommes à la grflee.
§y.— iSl.D.Quelqueaiséequesoitradministration du baptême, n*est-il point absolument hors du pouvoir des enfants qui meurent sans l'avoir reçu ? et n'est-il pas contraire aux attributs de Dieu de réprouver des hommes pour n'avoir pas été purifiés par un moyen qu*il leur était impossible d'emplojer?
R. 1* Pour se convaincre que le sort des enfants morts sans baptême n'est pas celui des adultes qui ont abusé de leur liberté et de la
frâce, il n'y a qu'à lire les motifs du jugement e Dieu contre les réprouvés, on verra que les enfants n'y sont pas compris (1). — Quelque soit leur état, et quelque peine qu'ils puissent en avoir, ils ne sont pas assez malheureux, dit S. Augustin, pour ne regarder pas l'existence comme un bienfait(2). S. Thomas, S.Grégoire de Nazianze, S. Grégoire de Nice, etc., ont établi la même doctrine (3). S'il y a des Théolologîens qui pensent autrement c'est un sentiment particulier qui n'estrien moins qu'une décision de l'Eglise : ils s'engagent sans doute à le concilier avec les notions que nous avons de la Divinité.
2* Ces enfants ne sont pas aggrégés aii nombre des élus, ils sont exclus du royaume des cieux ; mais Dieu est-il injuste pour ne pas leur donner ce qui ne leur est dû à aucun titre ?
3" Promettre aux descendants d'un ministre disgracié la restitution de ses biens sous une condition que la négligence ou l'infidélité des parents ne remplit pas, et qui est quelauefois empêchée par des agents naturels liés à la marche générale du monde , toujours préférable au bien du particulier, c'est l'efTet d'une grande clémence bien loin d'être une injustice. On peut voir d'excellentes réflexions sur cette matière dans le second livre de la Vocation des Gentils, attribué par quelques-uns à S. Léon, et par d'autres à S. Prosper, qu'on plaçait autrefois entre les ouvrages de S. Arn* broise(<^).
(1) DiscedileamSfmaledicti^ inignem (Btemum.... Esttrivi etiim et non detUstis mtAt numducare, etc« Mallh. 24. Quantum glorilicavit se et in deliciis fuit , tantum date illi tormentum et luctum. Apec. i8. Ontnés nos manifestari oportet ante tribunal CArts£f , ut re* ferat untisqutsque propria corporis , prout gesnt in sua corpore, sive bonum , sive malum. 2 Cor. 5.
(2) Non dico parmUos sine Chrisii baptîsmo mo^^ fientes tanta pœna plêctendos esse , ut eis non nases profuisset. L. 5 in Julian., c. 8.
(3) S. Thomas in 2. d. 53» q. 2, a. 2. Greg. Naz. Serin, in. sac. lavacrum. Greg. Nie. orat.de infant.
(4) Providentia qwdem pari et bonitats gemrali, ssd
Abticle VI. La Résurrection des morts.
i I. - - 452. D. Quel rapport la résurractîon des morts a-t-eUe avec les antres articles de la foi chrétienne ?
R. Ce dogme est tellement lié avec celui de Fimmortalité de Tâme , que les adversaires de Ton ont toujours combattu Tautre » et qa*il a toujours paru suffisant d*en établir un pour les établir tous les deux. C'est sans doute pour cela que les incrédules de tout temps se sont si fortement élevés contre la foi de la résurrection ; car, selon la remarque de saint Augustin , il n'y a point d'article de la croyance catholique qui ait été combattu avec tant d'acharnement (1). Spinosa assurait aue, s'il pouvait se persuaaer la résurrection a*un mort, il déchirerait son système (2). Les Apôtres au contraire , par la même raison et dans la vue d'une conséquence tout opposée, faisaient de la résurrection des morts le sommaire de leur prédication et le but des espérances du Chrétien. Presque toutes les fois gii7/s parlent de Jésus -Christ ils Tannoncent comme .le juge des vivants et des morts , et le Sauveur lui-même renvoie sans cesse les hommes à ce redoutable jour de la résurrection, qui est celui du jugement étemel.
1 11. — 453. D. Quelles difBcultés les incrédules opposent-ils à la résurrection des morts T
[R.Ces difBcultés qu'on présente sous plusieurs formes se réduisent à la transmutation et aux échanges continuels que les corps font entre eux de leurs éléments constitutifs, ce qui semble rendre impossible la recomposition de plusieurs corps qui se sont successivement formés avec les mêmes éléments.
imUtimodo opère , diversaqne mensura.... nenio autem putaretur non innocens nnici , itîti etiam talibtu euet fiojEtiim non Tena$ci.„, citjui senUntiœ rigor dum etiam cireo taies non reiobUur , qnam nuignum Ulnd pecca^ turn fucrif, demonUratur..,. De immaluritaie veto mor^ iis non e$t ratio conquerendi , cum semel in naturam noslram per peceatum ingreisa mortalitoê obnoxîum siti omnem vitœ noitrœ fecerii diem, E$s^ enim quO" tHam secundum aliquem modum immorlali* dici homo pouet^ fi esut tempus intra quod mort omnino non po^ 9et;.,, non autem latet^ quanlnm cordibus fidelium dendîœ gigneretur , n in bapti$andii parvuHs nilnl de enjngquam negligenlia , nihil de ipsorum esset mortati» taie metuendum,,,. hac vero tam inami$$ibili feUeitate infaniium vehementiuime opinio iltiut roboraretur er^ roris^ qui gratiam Dei secundum mérita honûnum dari , andet contra fidem calholicam prœdicare. Videretur quippe inculpabili innocentiœ hoc tota œquitate deberi , urneminem eorum adoptio prœteriret quoi nultus reatus pmtringerel.,., nune autem occulta quidem Dei diipooUione^ sed jnsta tic ottendilur^ et quid conférât gratta, et quid prœearicatrix mereatur natura , ut nec contra éonmn ilevetur $uperbia , nec contra periculum cesset induitria^ etc. Lib. % De vooaiione Gentinm. Le style de cet ouvrage est favorable au seniiœcnl de ceux qui r»Uribuent à S. Léon.
(1) In nulla te tam vehementer contradidtur fidei ^irisHanœ, quam de resurrectione mortuorum. August.
(2) J. J. Rousseau juge au contraire que la résurrrction n*a rien de surprenant, puitqtu , dit-il , on a le secret de ressusciter les noyés, et qu'on cherche celui de ressttsciier les pendus. [On cberclie ! Bon courage!)
U est de fait que les corps organisés sont composés d'une matière qui ne fait que passer pour ainsi dire , qui se renouvelle sant cesse et devient successivement partie inté* grante de mille composés nouveaux. L'herbe qui végète s'alimente au moyen deFacide car« bonique, de l'eau et de l'ammoniaque qu'elle rencontre dans l'air ; or ces trois principes
E reviennent des animaux ; l'eau et l'acide caronique sont en grande partie le produit de notre respiration ; le carbone qui fait la base de l'acide est pris à notre sang veineux i travers le tissu pulmonaire. Ainsi notre propre substance sert à alimenter le végétal, qui à son tour servira de nourriture soit à nous-mêmes soit à d'autres hommes , ou bien deviendra la pâture des animaux dont la substance passera à son tour dans notre estomac , et s'assimilera à la nôtre. Le corps humain qu'on dépose dans la terre s'y décompose en presque totalité ; la partie solide du squelette, qui forme environ le 10* de la masse totale, s'y Conserve à grand'peine ; tout le reste de la substance du cadavre repasse à l'état gazeux , et sous cette forme alimente l'herbe du cimetière. Mais cette herbe sera broutée par la dent du bétail ; mais des troupeaux entiers vivront sur le gazon qui couvre les champs de bataille ; et l'homme, dont ces animaux deviendront la proie, et qui fera son pain avec les épis que ce sol a engraissés, s'assimilera donc la substance d'une génération d'autres hommes , et la transmettra par les mêmes voies à la génération suivante.
Il en résulte que les molécules matérielles qui faisaient partie du corps d'un homme au moment de sa mort feront partie du corps d'un ou de plusieurs autres nommes , même au moment de la mort de chacun. L'anthropophagie favorise ces résultats et augmente, s'il est possible , la difDculté. Qu'un sauvage mange un de ses ennemis, et que peu d'heures après il tombe frappé par une balle ou soit mangé à son tour, il est manifeste que les mêmes parties appartenaient au corps du sauvage et de sa victime au moment de leur mort respective. Dès lors , il semble évident que chacun ne peut ressusciter avec le corps qu'il avait au moment de sa mort , puisque les mêmes particules leur ont appartenu successivement , et qu'ils ne peuvent les posséder tous deux à la fois.
On peut encore fonder une difBculté sur ce
3ue certains hommes sont privés au moment e leur mort, et souvent depuis longtemps, de quelques-uns de leurs membres. Ressusciteront-ils sans bras, sans jambes, sans nez, etc.? et si l'on veut que leurs membres absents leur soient restitués au jour delà résurrection, on fera observer que ces membres ont subi une décomposition et des métamorphoses successives qui en ont assimilé la matière au corps de certains autres hommes ; ce qui rentre dans la difficulté ci-dessus.
h&i. D. £h bien I ces difficultés ont-elles une solution satisfaisante?
R. Pour les faire évanouir il suffit de citer le texte de S. Paul au sujet de la résurrec-
UTEGHI5HB
lion (1). Pour faire comprendre la saocession du corps décomposé par la mort et du corps régénéré par la résurrection future , il compare le premier au grain qu'on jette en terre, qui j pourrit et j meurt , mais qui est remplacé par un autre tout à fait semblable, mais au fond différent. « Le corps que tous jjetez eii terre , n'est paa celui que yqus recueilUrez sur répi qui l^i succédera. ». J^l quod ««mûtiu, non ewrpus. quad futurum e$i , seminat. La comparaison est incomplète en ce sens qu0 le grain de blé qui succède au grain n^ort ei| terre lui est comparable sous tous, les rap-r ports, et en a toutes les propriétés ; taudis que les corps après la résurrection auront des
Sropriétés différentes. An corps animal , dit . Paul, succédera un corps spirituel, tel que celui de Jésus-Christ (2). Mais la comparaison de l'Apôtre exclut Tiaentité absolue du corps déposé en terre et du corps qui lui succédera à la résurrection. Cela posé , rien n'est plus facile que de comprendre comment Dieu pourra composer jL chaque*homme un corps qui lui sera propre.
Cette manière d'envisager les choses donne naissance, à ce qu'il semolcà une autre difficulté. Si lecoq>s de Fhomme après la résurrection n'est pas identiquement le même que celui qu'il avait au moment de sa mort , ce n'est plus le même homme, et l'unité de personne est détruite. Mais cette objection s'ëva* nouit devant des faits tirés de 1 ordre actuel de l'existence humaine. Le corps d'un même homme se renouvelle sans cesse ; et après un certain temps , il ne reste plus un atome de la matière oui le constituait d'abord. Le corps de l'adulte est composé de molécules tout à fait différentes de celles dont se composait le corps de l'enfant; le vieillard n'a fdus rien de ce qui entrait dans le corps de 'adulte. Et néanmoins l'enfant, l'adulte et le vieillard, Tenfant qui sort du sein de sa mère, et le vieillard qui se couche dans la tombe, sont la même personne et moralement le même corps. C'est la même personne, parce qu'elle a toujours la conscience de son identité ; c'est la même intelligence unie à des organes que le renouvellement de leur substance n'empêche pas d*être le domaine exr clusif de la même âme; de former avec elle un tout distinct qui ne se confond avec aucun autre. Ainsi le nouveau corps substitué à celui qui le précédait et revêtu de propriétés différentes n'empêchera pas la parfaite identité de rhomme, quand bien même il n*y entrerait pas un atome de la matière qui composait le corps terrestre. A ce point de vue, Ton comprend que Içs hommes incomplets ou affectés de quelaue infirmité ne seront plus dans le même état après la résur-
(1 ) Scd dicet alîquis : Quomodo résurgent mortui , qaalive «:oiporcveuient?lnsipiens, tu quod seniinas non viviiicalur , nisi prius moriatur. El quod seinilins, lion corpus quod futurum est, seinijus, sed nudum f rftnuni, utpuia iriiici , aut alicujus cxlerorum. Deus aulein dai ilii corpus sicui vuli, el uniculque semi- Muni propriuni corpus (1 Cor. 15, 55-38).
(2) Seminaïur corpus animale, surgctcorpib spiriluaJc (IHd. ». 41).
rection. Pour ce qui est des qulités physiques , telles que la beauté et la laideur , la mrce et la faiblesse ,... ce sont des manières d'être qui ne sont çue relatives ; Thomn^ ici« bas est affecté et impressionné diversem^nt par ces qualités matérielles , parce que Dieu a voulu qu'il en fût ainsi, mais après la ré^ surrectiouj ces qualités passagères cesseront d'avoir ua seps et seront absorbées par les propriétéa nwvelles dont les corps seront revêtus.
455. D. Mais ne résulte-t-il pas quelque chose d'absurde de cette spiritualité qui doit être le partage des corpa après la résurrection? Ces propriétés nouvelles dont ils seront doués ne sont-elles pas incompatibles avec celles de la matière? Ainsi les corps se transporteront, à la manière des esprits , là ou voudra l'âme qui les animera ; pour eus , il n'y aura pas d'obstacle; et puisqu'on les compare au corps de JésusrChrist, qui entra dans le cénacle, les portes fermées., il en résulte qi)e la matière pourrait pénétrer la matière ;. ce qui détruit cette propriété essen-: tielle de l'impénétrabilité reconnue par tous les physiciens.
R. On peut répondre à cette objection de bien des manières.
, 1** Nous sommes en droit de lui opposen cette obscurité complète qui enveloppe pour^ nous l'essence de la matière et ses propriétés possibles. Nous répéterons qu'à défaut do. connaissance complète sur la nature de la matière et de l'espace , on ne peut, rien affir-. mer ou nier d'une manière absolue, si ce. n'est l'incompatibilité de la matière avec des^ attributs simples, tels que la pepsée.
2* En considérant même l'impénétrabilité, comme essentielle à la matière, on peutadmetn. tre que les corps traversent les corps, ne fût-ce^ qu'au moven des vides que tous contiennent. Pour employer une comparaison qui, quoique très-^ossière sans doute, est propre adonner une idée de cette possibilité, une matière gazeuse ou liquide traverse une masse de grès, et reparaît entière de l'autre côté. Sans, doute , dans le système actuel , où tout est grossier et incomplet , un solide ne traverse pas un autre solide, surtout instantanément ; mais il n*est pas certain que dans un tout autre svslèmc la chose ne puisse avoir lieu. Cela dépend évidemment et uniquement de l'état des forces moléculaires ; or on peut faire sur leur état une foule d*hf pothèses , et les mettre tout à fait à la discrétion de l'homme ressuscité.
3" II y a une autre manière de concevoir comment la matière ne fera pas obstacle à la matière , toujours en admettant Timpénétrabilité comme essentielle aux corps. Prenons pour la faire comprendre, un exemple comme celui qu'on a cité , savoir, Tappari^ lion, de Jésus-Christ dans le lieu où étaient enlicrmés les apôtres, malgré Tobstacle c|ue lui opposaient les portes et les murs. JOieu pouvant créer et détruire à volonté, et pou-! yant exécuter cette double actîen dans un instant indivisible, on peut admettre que les murs du cénacle ont é!c anéantis inslan-
tanément , puis instantanément recréés , de manidr^ à permettre le passaee du corps de Jésos^hrist dans l'intervalle de ces deux actions. On peut supposer de plus que ces trois faits se sont produits dans un instant indivisible, de telle sorte que les apôtres n*ont pa en avoir la perception , ainsi que cela a lieu pour certains phénomènes physiques qui sont tellement rapides qu'ils échappent a nos sens ;. et certes ce terme de comparaison est encore infiniment grossier. On voit donc que les obstacles matériels, s'il pouvait y en avoir de tels pour les corps régénérés , ne nuiront en rien au mouvement de ces corps , puisque Dieu peut par une action du genre de celle que nous venons de signaler, les supprimer instantanément pour les reproduire de la même façon. Et pour que cette action ait lieu partout et d'une manière in* cessante il suffit d'une pensée divine, ce qui répond à cette objection des esprits étroits que ce serait obliger Dieu à créer , détruire et recréer continuellement pour lu satisfaction aes hommes ressuscites.
Les deux solutions que nous venons de donner sont satisfaisantes ; car elles sont l'expression de faits évidemment possibles. Mais les deux suivantes leur sont préférables à tojQs les égards.
4* Ce qui précède suppose l'impénétrabilité comme essentielle à la matière , et cette id^ a été jusque à présent celle de tous les physiciens. Or cette idée est très-contestable; elle est même probablement fausse, pour ne rien dire de plus. D'abord elle est absolument gratuite, on ne produit en sa faveur aucune raison réelle : car elle ne repose absolument aue sur ce fait général, que jamais un atome de matière n'en pénètre un autre ; mais de ce qu'il en est ainsi actuelle-' ment il ne s'ensuit pas que le contraire ne puisse avoir lieu. Or il n'v a pas le plus petit argument qui tende à infirmer la possibilité de ce contraire. Affirmer que l'impénétrabilité des corps leur est une propriété essentielle, c'est donc affirmer une proposition Sratuite, et par conséquent chacun est en roit de supposer le contraire de cette proposition. Mais non seulement il est permis de tuj^oser que l'impénétrabilité n'esf pas essentielle à la matière, mais de plus il existe des considérations graves qui rendent l'hypothèse de sa contingence extrêmement probable , pour ne pas dire certaine.
Il est aisé de reconnaître en effet que Vorganisatipn de l'univers tel que Dieu l'a voulu exigeait qu'il douât d'impénétrabilité les molécules de la matière, si ces molécules ne jouissaient pas par eUesrmémes de cette propriété. Supposons en effet la matière actuellement penétrable ; comme il existe nécessairement des forces d'attraction entre ses molécules , sans quoi celles-ci ne pourmient constituer ces agrégats que iious nommons les corps , deux atomes soumis à cette action réciproque se rapprocheraient jusque à coïncidence complète, et n'occuperaient plus toutes deux que le même espace ififiniment petit. Une troisième molécule
coïnciderait avec ces deux^à pour la mémo raison ; puis une quatrième, et ainsi des autres ; tous les corps se réduiraient donc à une seule molécule d'espace. Dans les actions qui les amèneraient en contact réciproque, l'im-P pulsion serait impossible ; le corps frappant se coqfondrait avec le corps frappé , et le mouvement n'existerait pas ; mais cette der-f nière considération et beaucoup d'autres sont parfaitement superflues, après ce résultat immédiat que tous les corps se réduiraient à des atomes. L'organisation du monde exigeait donc uneforce qui contrariât ces tendan* ces ; elle exigeait donc que les corps fussent doués actuellement d'impénétrabilité. Il n'eu résulte pas nécessairement, il est vrai, que cette propriété ne préexistât pas à l'emploi que Dieu pouvait en faire. Mais quand nous voyons d'une part qu'il n'existe aucune raison à l'appui de l'hypothèse de sa nécessité, que d'autre part Dieu devait la produire comme instrument nécessaire â son œuvre, S\ elle n'existait pas déjà préalablement, il en résulte une raison suffisante de croire qu'elle a été produite ; donc l'impénétrabilité de la matière est probablement contingente; et l'on peut dans la question qui nous occupe , se placer solidement sur ce terrain. Dès lors la difficulté dont il s'agit disparaît complètement (1).
5" Rien n'est plus rationnel et plus conforme à la doctrine delà plupart des Philosophes catholiques , que ce principe que nous avons soutenu au commencement de cet ouvrage : savoir, que Dieu comerve tous les êtres créés, par une action positive ; ou autrement que chaque instant de leur existence est le résultat d'une création qui succède à une création antérieure : car l'existence d'un être i un instant donné ne saurait être une raison de son existence dans l'instant qui suit. Il est évident d'ailleurs que deux instants consécutifs de l'existence d'un même être sont deux choses distinctes : or comme à toute chose il fout une raison d'être, ces deux existences instantanées ont chacune leur cause; mais comipe les deux effets sont de nature identique , la cause est aussi la même pour chacun, ou autrement ils sont le produit de deux actions égales et semblables. L*existence d'une cr&ture quelconaue n'est doue qu'une création continue, et l'action divine s'exerce pour la produire à chaque instant indivisible de cette existence. De plus il est évident que ces créations infinitésimales qui se succèdent d'une manière continue, peuvent , pour les êtres susceptibles de localisation , être produites dans des lieux différents. Ainsi un corps qui existe dans un point donné A, à un instant donné , et qui n'a plus de raison d'exister dans l'instant suivant, est créé de nouveau dans ce second instant, qu'aucun intervalle d'ailleurs ne sépare de celui qui précède ; mais il est créé au point B,
(1) r4CS conshléralions sur Timpénétrabililé de la matière , et celles qui suivent immédiaiemeni peuvent fournir des moyens solides duas les discussions sur le injsiére de l'Eucharistie.
CATCCHISHK
M lieu de rétre au point A. La transmission de inexistence se fera donc en des iienx différents ; et l'on roit, cela posé, que cette trans-* formation de l'existence locale est sans rapport avec les obstacles matériels qni séparent A et B y et par conséquent n'est pas ae nature à être arrêtée par ces obstacles. Ainsi rien n'empêche qu'un corps solide ne traverse un autre solide en ce sens. Traverser les murs d'une chambre close, c'est exister hors de cette chambre , puis exister immédiatement dans l'intérieur, par l'effet de deux créations contiguës mais successires, lesquelles sont respectivement produites à l'extérieur et à rintérieur. Il a plu à Dieu d'assujettir l'existence des corps dans le système de la nature actuelle à des conditions qui restreignent le champ local de ces créations ; . mais ceci n'est qu*un fait actuel et voulu, un fait passager , et même un fait complexe et d*un ordre moins simple que l'ordre des faits contraires. D'après cette théorie, rien n'est plus facile à concevoir que cette mobilité extrême dont jouiront les corps glorieux , et Ju'aucun obstacle matériel ne sera capable 'arrêter. Cette mobilité sera égale à celle des esprits , en ce sens que les plus grands espaces s'anéantiront pour eux : car là où l'homme régéuéré voudra être, là il sera immédiatement; parce que c'est là que Dieu exercera son action créatrice. C'est en ce sens surtout que les corps après la résurrection méritent d'être appelés des corps spirituels.
456. D. Les corps ressuscites seront-ils immuables ? Nous vojrons la matière en continuelle transformation ; n'en sera-t-il pas de même dans la vie future?
R. Les métamorphoses de la matière ne sont qu'un fait actuel, et il en est de même de toutes les fonctions de l'organisme. Hais il est aisé de concevoir que les corps régénérés resteront dans l'état où Dieu les aura mis primitivement. Ils n'éprouveront ni altération ni perte; ils n'auront besoio par conséquent d'aucune réparation. Tout cela est trop aisé à concevoir pour que nous devions nous y arrêter.
^ .457. D. N'est-il pas dit, qu'au jour du
i'uffcment tous les nommes seront rassemblés dans la vallée de Josaphat? Ce n'est cependant qu*un lieu fort étroit où il n'est pas possible que tous les hommes puissent être renfermés.
R. Il est inutile de s'occuper, comme on l'a fait, de l'étendue de cette vallée comparée au nombre des hommes qu'elle serait appelée à contenir. Le passage du prophète Joël qui a inspiré cette idée doit être pris dans un sens purement métaphorique. La vallée de Josa-
{)hat était le cimetière de la ville de Jérusaem; lorsque Dieu dit qu'il rassemblera les peuples dans la vallée de Josaphat, c'est l'équivalent de cette phrase , quMl rassemblera les hommes dans leurs cimetières , ou, en d'autres termes , qu'il ouvrira tous les tombeaux. On a donné encore d'autres interprétatiaos allégoriques dans le détail desquelles il est inutile d*cntrer.
S III. — kSS. D. La foi de la resurrcclioa , qui présente à l'esprit de l'incrédide tant de matière à disputer, n'a-t-elle pas un effet plus heureux sur le cœur du Chrétien ?
R. Elle est pour lui le principe de la plus douce consolation ; car, indépendammeni du rapport qu'elle a avec l'immortalité de l'Ame, comme nous l'avons observé, l'amour qu nous avons naturellement pour notre corps , doit nous rendre bien cher le dogme de la résurrection future. Quoi déplus triste, quoi de plus affligeant, que de savoir que ce corps sera bientôt la proie de la mort , et qu'au moment où elle aura frappé ce coup fatal , dont rien ne peut nous garantir , il sera jeté dans le sein de la terre comme un objet d'horreur, qu'il y sera bientôt rongé des vers, dissous par la pourriture, et qu'il finira par être réduit à une poignée de cendre 1 Quoi de p1u9 effrayant et de plus douloureux que de savoir que le moment de cette affreuse destruction n'est pas éloigné ; qu'il ne faut qu'une altération dans nos humeurs, une obstruction cachée qui se forme insensiblement dans quelques-uns de nos organes nécessaires à la vie , pour nous précipiter en un instant dans la région des morts I Et qui serait capable de goûter un seul moment de joie et de plaisir si l'on y pensait 1 Qui ne serait dégoûté pour toujours de tous les soins qu'il donne à la conservation de cette chair mortelle, s'il venait à songer qu'il ne faitquo préparer des aliments aux vers qui naîtront d'elle-même pour la dévorer I Non , il n*y a rien ni dans l'éclat de la naissance , ni dan» les faveurs delà fortune « ni dans les raison— nements de la philosophie , oui puisse nous consoler d'un si grand malheur. La seule religion vient ici reparer les désastres de la nature. Si le Chrétien est sûr de mourir, il est également sûr de ressusciter. Ne vous affligez donc pas , disait S. Paul aux Chrétiens de Thessalonique, de la destruction prochaine de votre corps , comme ceux qui. n'ont aucune espérance : Ut non contrUtennni sicut et cœteri qui spem non h(d>ent (1 Thess. k) . Les ravages de la mort vous paraissent irréparables; mais Dieu saura les réparer. Persuadé des vérités de la foi , lorsque le Chrétien jette les veux sur ces amas de têtes décharnées et d ossements épars que l'on aperçoit dans les lieux destinés à la sépulture des moris , tout cela, dit-il, revivra un jour pour ne plus mourir; tous ces tristes débris de notre mortalité reprendront leur première forme; il n'y a que les insensés qui s'imaginent que les hommes sont anéantis par la mort : Visi sunt oculis insipientium mort ( 5ap. 3). C'est l'épitaphe que l'on ^pourrait graver sur la sépulture de tous les humains. AnncLB VII. VEnfer.
§ I. —459. D. Comment les incroyants ontils raisonné au sujet de l'enfer?
R. Les uns ont nié sans détour qu'il y eût un enfer , les autres se sont bornés à rire de la nature des peines qui y sont destinées aux réprouvés ; la plupart se sont réunis contre rétemké du supplice destiné aux méchants.
It60. D. Par quelles armes doit-on corn-
battre ces différents incrédules , et d'abord ceux qoi ne reconnaissent absolument point d'enfer?
R. Dès qne lliommc adhère à la croyance d*un Dieu , et que la nature n*a point cessé de lai enseigner son auteur, il ne peut, sans Tinconséquence la plus marquée , concevoir le moindre doute sur la certitude de Fenfer. Nier Tenfer, c*est nier Dieu lui-même ; croire un enfer, c'est croire une chose aussi démontrée que Dieu lui-même ; car si le Mattre du monde n'est pas saint , s'il n'est pas juste, s'il n'est pas l'ami de la vertu et l'ennemi du crime , il n'est pas: la foi de son existence n'est qu'une illusion , et les mortels timides se prosternent devant un fantôme. Or où est la justice de Dieu , que devient la suprême sainteté de Dieu , s'il place le bien et le mal dans la même classe, et si le scélérat dort â côté de l'homme de bien dans la nuit paisible du même tombeau ? Heureux dans son iniquité, ila fini en paix ses jours abominables ; il a tranché la vie de son père , bu le sanç de ses frères, ravagé la terre par le feu, épaisé tons les crimes ; l'innocence a tremblé à ses pieds , et la vertu a péri sous l'oppression : Dieu s'est tu et a renvoyé sa vengeance au-delà du terme de la mortalité. Mais si cette vengeance n'arrive jamais, et que l'impunité embrasse toute l'étendue des années éternelles, la confusion est visible dans le gouvernement du monde, et l'ordre le plus essentiel, le plus indispensable, y est renversé par Dieu même. Détournons les yeux d'un tableau si monstrueux , fermons nos oreilles au blasphème, et écoutons l'admirable raisonnement aue le Fils de Dieu met dans la bouche d'ÀDraham , dans la fameuse histoire ou parabole du mauvais riche: Ftli , recepisti bona in vita tua ; Lazarus vero similUtr mala : Vos crimes ont joui du bonheur dans le monde , et la vertu de Lazare a fétûi dans l'aflliction. Le scélérat heureux jusqu'à la mort, le juste constamment poursuivi par rinfortune et noyé dans ses larmes : voilà la démonstration d'un avenir où la justice de Dieu rétablira l'ordre et parlera contre le coupable en faveur de l'innocent: Jiune autem htc consolatur; tu vero cruciaris. Démonstration fondée sur la nature même de Dieu; démonstration qui prend sa force et son essor dans la démonstration invincible de Texistence de Dieu , d'où elle résulte de la manière la plus victorieuse et la plus visible.
I IL — 461. D. Que faut-il répondre à ceux qui croient démontrer que le feu de Tenfer ne peut agir sur les Ames ; qui demandent si c'est dans^la terre que seront logés les damnés ; qui se rient des tableaux que les peintres et les prédicateurs font du séjour affreux de Ja réprobation ?
R. 1* L'Efflise n'ayant rien décidé sur la nature du feu de l'enfer, et l'Ëcriture employant souvent le mot de feu pour désigner toutes sortes de peines et de souffrances (1} ,
(1) In iynem dejicies «m, m mi$ni$ non iubnttenU Ps. 13. Igné me eundmM. Ps. 16. Traiiitvimici per
il est inutile de raisonner beaucoup sur la manière dont ce feu agit sur les esprits. Si les Philosophes avaient mieux lu nos catéchismes, ils s'épargneraient bien des raison* nements (1}.
â* n n'est pas plus facile de concevoir comment la matière açit sur une âme unie au corps que de savoir comment elle agit sur un pur esprit. La physique présente donc ici une difficulté ép^ale à celle qu'on trouve dans la persuasion d'un feu matériel en enfer.
S* [Nous ne savons pas définitivement où Tenfer est placé. Quelques Théologiens prétendent, mais sans fondement sérieux, qu'il est placé dans l'intérieur de la terre. Beau-^ coup de Pères de l'Eglise repoussent cette idée; et S. Augustin parle avec sagesse lorsqu'il dit : Je ne crois pas qu'il existe un homme au monde qui puisse savoir et de quelle nature est le feu de Venfer et dans quel lieu il est placé (2).]— Quand il n'y aurait aucun lieu déterminé pour les supplices des réprouvés , ces supplices seraient encore incontestables : il ne faut point de prisons à Dieu pour s'assurer des victimes de sa colère. Nous ne doutons pas néanmoins qu'il n'y ait un séjour particulier destiné aux réprouvés comme aux élus. Nous ignorons pourl'opdi* naire le lieu de notre mort et de notre sépulture ; mais nous ne doutons pas que nous ne mourions qyelque part, et que nous ne soyons enterrés quelque part. L'ignorance du lieu où l'enfer est placé ne peut affaiblir en aucune façon la certitude de son existence. Les mêmes raisonnements subsistent à l'égard du ciel , et démontrent le dérangement qui s'est opéré dans le cerveau d'un certain homme
3ui ne croit pas de ciel, parce qu'il n'a point e preuves qu'il y en ait un dans la Lune ^ ni dans Jupiter, ni dans Vénus (DicLphil^ art. Ciel ).
ignem et aquam. Psal. 65. In medio ignts non sum œstutUus, Eccli. 51, eic.
(1) c Mais de savoir si ce sera proprement un feu matériel, et quel sera précisément sa nature, c^est ce que rEcritare sainte ne décide nulle part, et sur quoi FEglise n*a rien prononcé, i Qaéch. de Montpellier pan. i, sect. S, eh. 3, J 21. On lit la même chose dans 1 excellente Exposit. de la doct. chrét. du jésuite Kleppé, imprimé à Su^sbourg en 1716, pag. 704, ainsi que dans presque tous les catéchismes raisonnés. 0» peut consulter Esiios sur le 4* llv. des Sentences. «Jjsc. 44, § 12 et 13.~Yasque2, Dip.243.c.i, t. 2, m 1. ParalL— Peiau , de Angel. L 5, c. 5; et surtout la note de Th. Alethînus, n. 7. Les termes de Peiau sont précis : Nulh eeclesiœ decreto adhue obsioitarum vtdetur , neque enim ulla in synode sanâtum xtlud «i.—f Enfin, dit D. Calmet, soit qu'on entende un feu matériel, avec un très-grand nombre de doctenrs ; soit qu*on entende un feu méuiphorîque, avec beaucoup d'autres docteurs, ces peines sont toujours terribles dans leurs excès, infinies dans leur durée . et inccmipréhcnsibles à l'esprit humain i (Comm sur le eh, 9 de S. Mare). Le même auteur s'étend beau- SÏÏ"P.l ."^"*®" expliquant le vers. 19 du ch. 7, do I Ecclésiastique, et fait Toir, comme Peiau. que ks
."5? 5"? été irès-partogés sur cette matière.
(2) Qui igiiis, cujusmodi et in qua mundi vel renwi parte ruiurus sît bominum scire arbitror nemiDciii. De CiTitate Dei, lib. 20, c. 16.
CATECHISIIE
ZU
h* Lès tableaux que des esprits échs^uifés. ont Tait de Fcnfer sont des choses très-étrangères à la Toi, qui ne nous apprend autre chose, sinon qu*ilyaun enfer. L Église blâme ceux qui dans ces sortes de choses dontientressor à leur imagination , et qui ont la présomption de ne pas s*accommoder de la simplicité du dogme. Il y a un enfer , c*est-àdire des supplices destinés aux méchants après la mort : ces supplices sont éternels. Voilà ce que le Chrétien croit touchant Tenfer; il abandonne la connaissatlcé du reste au souverain vengeur du crime, et sait adorer eu silence le secret de sa justice (1)* Il ne faut pas croire que quelques sages écrivains aient prétendu donner pour des images réelles de Tenfer les descriptions allé-
forîqucs qu*ils en ont faites ; quoiqu'il eût lé peut-être plus conforme à la prudence et à la vraie piété de dire simplement, com^ me Bossuet dans le Catéchisme de son diocèse : PeuUon expliquer le bonheur des Saints, et le malheur des damnés ? Non , tout cela est inexplicable f2).
§ III. — w^. D. Comment repousser les attaques des Philosophes contre Téternité des peines?
R. 1* En avouant que Tidée d*un enfer éternel peu^ confondre une raison inquiète , et désespérer encore un cœur corrompu', nous remarquons que toutes les preuves du
(1| Qms notil potestaum ha tuœ^ et prœ limore tuo tram tuam dinumerare, Ps. 89.
(2) Une doaleuf vive et la privation d*un grand bien, accompagnées de regret et de désespoir, peuvent donner quel<|ue faible idée de l*enfer. Un oraieiir s*exprime en ces termes : c Homme , enfant de la religion et de la vertu , vous goûtiez dans le sein de votre foi, dans la paisible lumière de votre conscience, toutes les voluptés célestes. Vos jours étaient les préludes des jours éternels, et votre cœur anticipait déjà sur la Joie future. Tout à coup vous êtes déchu de vos prétentions et de vos espérances. Le crime est rentré dans votre àme, une chute a entraîné une autre chute, vous voilà au fond de riniquité. L^borreur, la désolation , le remords , le monde de coneert avec le ciel contre vous ; les maux du corps unis aux maux de Tâme, la perte des biens périssables jointe à la perte des biens éternels : voilà ce qui compose le tableau de vos malbeurs , voilà Tétai de beaucoup de pécheurs en ce monde : vraie , mais faible image de Tenfer. Ce n*est qu*nne partie de la main de Dieu qui a touché le coupable ; plus lard elle frappera , selon Texpression de Tertullien , dans louie sa force et dans toute son étendue : Tola dmniiaiis dextera percuiiunlur, i Essayons aussi de donner quelque idée du ciel, c II n'y a pas d*homme un peu sensible aux plaisirs de Tesprit et (lu cœur qui n*ait eu dans sa vie quelque moment délicieux, qui n*ait éprouvé les doux effets d^un sentiment vif, ardent, d*nn transport brûlant qui le faisait sortir de lui-même, qui Tenivraii de conientemeni et de joie ; et si c^était un transport de Tamour divin « il sait quelle en était Fineffable douceur. Que cet homme se considère comme fixé par la puissance de Dieu même dans ce transport si ravissant et si doux , dans la contemplation de celte vérité si aimable à ses yeux, dans ce sentiment si agréable , si vif, qui n'a duré pour lui qu*un instant ; qu*il envisage cette situation trop courte à son gré , trop rapidement , trop facilement écoulée, comme un état permanent ; et il aura ^ du ciel une idée telle qu'on peut Tavoir sur \z terre, i
Christianisme viennent à Tappui de cotte croyance ; que Tétcrnité des peines ét<int clairement exprimée dans TEcriture, dans les écrits des Pères (1], dans les décisions de l'Eglise universelle , elle tient à la totalité de réafîGce de la foi , et ne peut être ébranlée sans que toutes les parties et tous les appuis de cet ouvrage divin soient jetés par terre.
2» Malgré les difficultés que ce dogme présente, il parait par tout ce que les Philosophes y opposent qulls n^oùt point assez téfléchi ni sur la nature du péché, h\ sur la volonté du péché, ni sur la justice de Dieu qui punit le péché.
463. D. De quelle manière auraient -ils dû i^aisonner sur ces trois objets (â) ?
R. l"" La grandeur du crime est la mesure de la grandeur du châtiment, et la durée du crime est la mesure de la durée dû châtiment.Uû Dieti sage et juste balance lès récompenses ou les peines sur la nature du mérite ou du délit , pénètre d*uii coup d*œil tous les rapports des uns et des autres, et établit entre eux la plus exacte proportion. Un péché contre Dieu est d'une malice iuGnie relativement à Tobjet (}u*il offense : il mérite donc une peine infinie; et puisque cette peine ne peut consister dans la grandeur des souffrances, qui est nécessairement finie, il est raisonnable qu'elle consiste dans une durée infinie.— Si le péché des damnés ne finit pas, la peine du péché ne doit pas finir. Or, dans le séjour du désespoir, du blasphème, de Timpénitence la plus consommée et la plus immuable , qui effacera nos crimes , qui réformera nos mœurs, qui rendra la pureté â nos âmes? L'arbre une fois coupé, dit le Saint- Esprit , se fixe après sa chute , et reste ce qu il est , sans prendre d^accroissemenl et sans souffrir aucune nouvelle révolution : rame de l'homme placée une fois au-delà du point qui sépare Téternité du temps, et échue au ciel on bien à l'enfer, vit avec son dernier sentiment qui s'éternise avec elle, et demeure immuable dans la sainteté ou dans l'injustice, dans l'amour ou dans la haine de son Dieu : In mAocumqtie loco ceciderit, ibi erit {Eccles. ii).
2" La volonté qui produit le péché et qui jusqu'à la mort persiste dans le péché est une volonté éternelle dans son essor, dans sa disposition, dans ses désirs. Le pécheur décidé contreDien, en faveurdu péché,voudrait pécher toujours, toujours jouir de son péché, perpétuer son prétendu bonheur dans son pécné. La mort arrive ; il quitte le monde , il quitte son corps même, il quitte tous les in* struments du péché, mais il ne ouitte pas Tat*^ tachement au péché.C'est un entaiit qui joue à
(1) Origène a nié réternité absolue des peines, et après lui , S. Grégaire de Nysse , S. Jérôme et deux ou trois autres docteurs ont mis certaines restrictions à cette éternité. Mais outre les décisions postérieures des conciles , Popinlon de ce petit nombre de docteurs est repoussée par la tradition générale et cou* sinnie de Ums les autres. (L. D
(2) Voir la note à ia un de cet article. (L.
PHlLOSQPniQUE
la lumière d'aiie boagic. La bobgie s^éteint; il pleure le moment qai finit son jeu. C'est un navigateur qui côtoie un rivage séduisant, et qui veut s'y fixer; le courant de Teau remporte malgré lui dans le vaste océan, où la terre de ses délices disparaît à ses yeus , en ne lui laissant que des désirs cl des regrets. Le plaisir du péché, dit S. Bernard, est fugitif, mais la volonté du pécheur demeure ferme et obstinée dans sa malice : Quod brève fuit tempore tel opère, longum ès$e constat in pertinaei voluniate.Si le pécheur impénitent, continue ce Père, ne mourait pas, il ne cesserait de pécher; s'il souhaite de vivre encore , c'est qu^il souhaite de pécher encore t Imo semper vivere vellet , ut semper peccnre posset. Or, selon la réflexion de s. Grégoire, pape , celui qui veut ne vivre jamais sans péché , pourquoi ne mériterait- il pas de ne vivre jamais sans souffrance? JVun^uamcoreat supplicio, qui nunquam voluit carere peeeato.
dr Comment veut-on que la justice divine finisse les peines des damnés ? Veut-on que Dieu, par un miracle contraire à la simplicité et à la sagesse de ses voies, détruise une âme immortelle peur exercer sa justice sur le désert et le néant?Veut-on qu'il retire des souffrances une âme qui n'est pas devenue meilleure? Veut-on qu'après un certain espace de temps il mette de niveau la sainteté et le péché, la vertu et le crime? Car c'est là, dit aamirablement saint Jérôme ( In cap. 3, Jonœ ) ce qu'entraînent nécessairement vos raisonnements contre l'éternité des peines de Vcnfcr. Donnez à ces peines telle étendue qo'il vous plaira, multipliez les années, entassez les siècles : Finge quotlibet annos et tempora duplica , et infini tas œtates congère cruciottôus. Dès que l'éternité n'y est pas, les damnés seront enfin rétablis dans la voie du salut, dans l'amitié de Dieu, dans leurs droits sur l'immortalité heureuse , et pourront être mis â cdté des Saints ; car sans cela ils seraient toujours damnés , et le plus grand de leur supplice subsisterait encore, quelque supposition qu'on puisse faire d'ailleurs. La pureté des mœurs , poursuit ce Père, ne sera plas alors distinguée de l'incontinence, la cruauté de la bienfaisance , la charité de la liainè. Or penser un tel paradoxe, conclut le saint Docteur, ou le dire , n'est-ce pas un blasphème contre la justice et la sainteté de Dieu?Qttod dictu quoque scelus est (1).
(I ) La conduite et les Jugements des hommes exprimeni ici admirablement ré(|uiië des jugements de Pieu. Vkistoire^ dit un auteur célèbre, immole les monstres^ aiîx yeux de tous les âges^ sur le même éclia" faudqu*ils oni teint du sang des innocents ; et jamais criminels ne furent environnés d*un plus grand %pecta' €le {Le Beau; Hist, duBas-Emp., t. 20, p. 80). Ow est-ce qiic celle vengeance que la posicriié lire, pour ainsi dire , des méchants par le glaive de Thistoirc , sinon une espèce d'étcrniié de iionie , d*opprobrc, de mépris, de dcieslalioii et de haine? Ce genre de punition n'a l-il pas quelque analogie avec réiernitc de rcnrcT?etn'y troiive-i-on pas uti argu- Uïcnt ad hominem en faveur de ce dogme des Chrétiens ? Après Uii mille ans, la posiériic regardera-
hSk. D. Ne pourrait-on pas ajouter encore d'autres réflexions à celles q^ue vous venez de faire ?
R. OA pourrait observer, 1** qu'une religion
3ui annonce un Dieu infini en tout , infini ans sa sagesse, infini dans son amour, infini dans ses grâces , doit l'annoncer également infini dans sa sévérité et dans ses vengeances... Que les récompenses des Sainln étant éternelles les peines des méchant» doivent Tétre aussi , la justice de Dieu étant égale dans le prix de la vertu et dans le châtiment du vice.
2"* Que la crainte des supplices éternels n'arrêtant qu'avec peine les hommes dans la poursuite de leurs désirs , des supplices [passagers seraient absolument insuftisants , et dès lors indignes de la sagesse du souverain Législateur (1).
3** Que la justice des hommes punit les grands crimes par la mort; peine en quelque sorte éternelle relativement à ce monde et au pouvoir de la législation humaine, sans que nous songions pour cela à Taccuser de trop de sévérité (2).
t-elle un Néron, un Andronic avec moins d^horrcur que le jour de leur assassinat? Pourquoi donc Dieu regarderait-il, après quelques siècles , un réprouvé comme un homme juste » et le placerait-il à côié des élus? Cet être pur et saint est-il moins en opoosiiio» avec le vice et le crime que nous autres ? en connaît^ t-il moins la diflbrniiié et le désordre ?
(1) c La juste déiermination des peines, dit un Philosophe de ce siècle, dépend du rapport çia^clles ont avec le grand but du gouvernement , qui est de faire observer les lois. Pour remplir ce but, il n*est pas nécessaire qu*il y ait une exacte proportion entre le crime et la peine : il surfit que la peine soit telle • qu'il la faut pour le bien public ; c'est-à-dire qu'elle soit capable , en imprimant une juste terreur, de procurer, autant qu'il se peut, l'observation des lois et d'empêcher que les hommes , séduils par leurs passions, ne soient portés à les enfreindre : ainsi toute punition proporlionnée à celte lin , n'est point iniusie. C'est donc sur cette fin qu*il faut mesurer réterniié des peines. Or je demande à cette foule d'hommes cruels, fourbes, dénaturés, adultères, incestueux, sacrilèges et parricides, qui tous les jours inondent la terre de crimes ; je leur demande quelle impression ferait sur leurs esprits la menace d'une punition bornée et passagère, puisque, dans les moments terribles de passions et de fureurs, souvent la crainte des peines éternelles ne peut arrêter leur farouche emportement ; puisque, suspendus au-dessus des abîmes éternels par un (il qui peut se rompre à chacune instant, on voit ces hommes , dans une aiïreuse sécurité, aiguiser tranquillement le poignard qui doit égorger l'innocence? Que deviendrait donc le genre humain si ce frein manquait encore à f^a perversité ? Une fatale expérience nous prouve que l'éternité des peines , quelque terrible qu'elle soit, n'est pas trop forte pour nous délourner du crime. Cette punition est donc proportionnée au but que s'est proposé le Législateur suprême de prévenir, autani qu'il se peut , l'infraction de ses lois. Si elle est pioportionnée à ce but , elle n'est donc point injuste. L'expérience, en prouvant sa nécessité, en déuionirii la justice. tRefl, p/iil. et liltér, sur le Poème Deia religion naturelle, par M. Thomas.
(â) Il est vrai , dit S. Augustin , que le sentiment de cette mort passe ; mais reflet ne passe pas, et c'est surtout ce que se propose la loi. Car la première et la plus directe :mcr;t?ci de la loi n'est piiS
QkTÉCaBME
4* Qae les païens mêmes ont professé l'éternité de Tenfer, qu'ils en ont reconnn l'équité et célébré sapleine victoire sur lecrime :
sedet œtermmufue iedeMt
infetix Thenu (t)
(iEnetd. 0. )
Enfin , si malgré la faiblesse de mes lumières et les bornes étroites de mon intelligence, je trouve tant de raisons et tant de motifs de m'attachcr à la croyance d'un enter éternel , puis-je douter que cette éternité ne soit fondée sur beaucoup d'autres raisons bien plus satisfaisantes encore et bien plus invincibles, cachées dans la sagesse de Dieu, dans la justice de Dieu, dans la sainteté de Dieu, puisque ma foi m'assure qu'elles y sont, et que Je suis absolument incapable de connaître, par les efforts de mon esprit , toutes les richesses de ce profond abtme? Cette réflexion regarde toutes les vérités de la foi.
§ IV. — 465. D. Pourquoi l'Eglise prie-telle Dieu de délivrer les âmes des fidèles trépassés des supplices de l'enfer (2), si ces suopUccs sont éternels , et si l'arrél qui les ordonne est irrévocable?
R. Jamais l'Eglise n'a prié pour les réprouvés : elle fixe ses resards sur le moment 3ui termine la vie des fidèles , et prie Dieu e les délivrer, ou plutôt de les préserver de la damnation , de les faire passer de la mort à la vie (3). Il ne faut connaître ni les usages, ni les prières , ni l'esprit des solennités de l'Eglise pour ignorer qu'elle envisage comme présents tous les objets dont elle s'occupe. Elle célèbre la nativité, la résurrection, l'ascension de Jésus-Christ, tous les mystères et tous les événements qui l'intéressent, comme s'ils s'accomplissaient actuellement. Par là l'attention des fidèles est mieux soutenue , et leur dévotion plus ani-
de tourmenter pour quelque temps le criminel sur qui elle lance son arrêt ; mais par cet arrêt îrrévoca* oie elle pénètre jusque dans Taveiiir, et sa Yue principale est de le retrancher pour jamais du commerce et de la société des vivants , dont elle Ta jugé indigne : Qtn vtro morte mulcialur , numquid moram quA occiditur , quœ brevit ett , ejus MuppUcium Uge» œUimanl ; ont non potiut qnod in tempiUmum eum auferant de toâetate viventium ?
(!) On ne peut point dire ici qu'œtemum signifie fort longtemps , puisque le poète oppose Fenfer à une espèce de puraatoire , qui est , selon lui , déjà très-long {JEndd. o, vert, 545) , ni ({M'œlemvmi signi' fle jusqu*à la mort, comme dans Horace :
strxkl mUrman qui parvo nesciei uU;
car ici le pas da la mort est franchi. Platon dit ex-
f>ressément : c Les méchants sont précipités dans e Tariare pour n*en sortir jamais. Ces tourments sont aussi horribles qu*ils sont éternels > (In Phed.). i On peut, j*en conviens, faire peu de cas de ce que je dis; mais, après avoir mûremei)t réOéchi et tout bien examiné, je n*ai rien trouvé oui soit plus selon l:i sagesse, la raison et la vérité i {in Gorgta ). (2) Absolve^ Domine^ anima» omnium fidelium defnnctorum de poems inferni et de profkndo lacu; libéra eas de ore /eonts, etc. (Offert, pro def.) Expressions qui pourraient en quelque sorte aussi s'appliquer au purgatoire, puisqu'elles sont métaphoriques dans queltioo sens qu'on les prenne.
,'5V Fae eat de morte tranvre aâ vitam. Ihid.
mée. C'est d'où vieni le proverbe, Deprœ9enH
f baudet Ecclesia. Souvent môme elle envisage 'objet de ses fêtes comme n'étant pas encore arrivé, et semble le chercher dans des jours éloignés (1).
kw. D. Si la croyance d'un enfer est si raisonnable, pourquoi l'Eglise rcconcaltelle un purgatoire , où les peines sont passaffères?
R. C'est conune si je disais : Puisque la peine de mort est due aux criminels de lèsomajesté , pourquoi un bannissement de quelques années est-il destiné à des homnies coupables de moindres fautes ? Je ne sais s'il y a au monde une persuasion plus raisonnable que celle d'un purgatoire. Je conçois qu'un Protestant imbu des préjugés de sa secte peut résister à toute autre preuve du purgatoire ; mais s'il est de sane froid , il ne se soutiendra pas contre ce que la raison lui en apprend.Voici comme s'exprime sur ce sujet un écrivain philosophe et chrétien (2) : L'âme de l'homme qui cesse de vivre sur la terre est appelée au tribunal de Dieu : ses œuvres et ses vertus déposent en sa faveur; la loi qu'elle a saintement observée s'élève pour la défendre et pour la faire couronner parmi les Saints. Une faute légère , une faiolesse presqu'imperceptible , un petit défaut inséparable delà mortalité, se montre dans la sociélé de tant de mérites. Vous qui reconnaissez un Dieu juste , qui adorez un Dieu miséricordiepx, et néanmoins un Dieu ennemi de toute iniquité, incapable par son essence et par sa nature de laisser entrer dans sa maison quelaue chose d*infecté par la contagion du péché; dites-moi quelle sera la destinée de cette âme juste, et néanmoins chargée d*un péché; sainte, et néanmoins marquée par une faute contre la sainteté; amie de Dieu, et portant néanmoins dans son sein quelque ennemi de Dieu? Son péché sera-t-il placé avec ses vertus , sa faiblesse sera-'t-ellc couronnée comme son courage, les œuvres chrétiennes seront-elles confondues avec les œuvres de la fragile humanité? Non, vous n'osez pas le croire, et les adversaires du dogme du purgatoire n'ont osé le dire clairement eux-mêmes. Hais quoiC cette âme infortunée sera donc réprouvée éternellement sans pitié et sans ressource ? La pureté de sa foi, la vivacité de son espérance , l'ardeur de sa charité , des œuvres saintes sans nombre et sans mesure parleront en vain pour elle, et Dieu fermera les oreilles à tant de voix qui se font entendre à la fois avec tant d*énergie et de raison ? Gar-
(1) Rorate^ eœli denper, et nube* pluttntjuitum.*,. Excita^ Domine^ corda nottra ad prœparanaas Uniget tttti tui «tas, ut perejusadventum purificatis tibi menttbu» êervire mereamur. — L*on ne peut dire, avec quelques Calvinistes, que les Grecs prient pour les morts, parce qu'ils pensent que le jugement des hommes est différé jusque à la Un du monde; puisque les Grecs couvieniieni que toutes les prières du monde ne peuvent sauver celui qui est condamné par ses œuvres. Ils détésient la doctrine de Théopliiiacic, qui enseigne le contraire.
(S) Pervéttdté de la Foi, tome 6.
468. D. Qoelles sont les inarques principales qui fondent la dis^nctiôn dfè la religion calholique ?
R. Ce sont les quatre prérogatives inséparables de la Téritable Eglise j qui y suivant la doctrine du concile de Nicée et Faveia de tous les sectaires, doivent la distinguer de toutes les autres. C'est .d*étre une , sainte , catholique, apostolique.
tères
Faites voir d'abord ce qu'il faut .penser
unité.
3dd PlllLOSOPillQUE. 39«»
doils-QOUs bicji de le penser. En le pensant, CjHAPlTREXI. L^fi-glUe caihati^x^»
nous attaquerions reiLcellencc et les perfcc- { .1. — .4&T. D'. Les preuves qui établissent la tions inGnie^ du souverain Maître du monde, vérité dû Cbrislianisine en général, ne sontl^on , iDîeu ne mettra jamais dans un ménr.c elles pas insuffisantes poiir fixer la croyauco rang de choses , et n'enveloppera jamais des Cnrétieiis , puisque dans le sein même de dans un même sort la surprise et la maKce , teur religion il y a différentes sectes ? ' ' la falbicsse et le crime , la distraclion dans R. La religion catholique a les preuves de la prière et Tabandon total de là prière, le uà vérité par rapport aux différentes commensonge officieux et le parjure détestable, inunions chrétiennes , comme le Chrisiiarhooime de bien soujllé de quelques taches nismê en général est distingué par 46s c'alégère» et le scélérat noyé dans son iniquité., ractères propres de toutes les autres religions Il purifiera l'un et réprouvera Tautre. Il est du monde. le Dieu de tôule sainteté i et en méine temps le Dieu der toute juslice^Une âme sainte, mais marquée de toute soniirure, n'ont h;ra pas dans sa demeure , parce qu'il est lè.Diou de toute sainteté : et elle y entrera , parce qu*il est le Dieu de toute justice. Il la réformera 4lonc, il perfectionnera l'éclat de ses vertus , établira la pureté de ses œuvres , et la placera enfin dans sa gloire. Voilà le fondement
inébranlable de la' croyance du purgatoire ,
et la conclusion que nous devons tirer des
atfnbuts incontestables de notre juge et do
notre 0îeu« Delà vientquedetous lés dogmes
de l'Eglise catholique il n'y en aguèiré dfé plus
répandu , de plus gcnéralemqnt reconnu par
SCS adversaires mêmes, que le dogme du
purgatoire. La connaissance d*un Dieu juste
et saint a réuni les religions les plus ennemies , les pliîs opposées , dans la croyance
du purgatoire, c'esUàniire d*un délai de la
récompense éternelle , où lejuste-est encpre
justifié, et où (e saint est encore sanctifié;
où un Âieu offensé ne condamne pas , et où
un Dieu magnifique ne récompense pas,
parce que sacplère ne va pas jusqu'à la mort
du coupable, et que sa libéralité est arrêtée
par les délits de luomme juste et cependiEii;it
coupable. Sages de rantia uit^* , vous Taivct
enseigné dans vos livres (l), poètes profanes»
mais sublimes, vous l'avez célébré par vos
chants (2). Peuples séduits par lé prétendu
prophète de l'Arabie , votre Alcoran lé prO-
• fesse ^3). Hébreux anciens et modernes, vous
êtes d accord avec les Chrétiens : vous croyez
le purgatoire (11^). Et vous Grecs indociles,
séparés de L'Eglise par un schisme long et
opmiétre, n'étes-TOus pas ici contraints do
TOUS ioindre à nous contre des sectaires inconséquents ? Peu importe que vous conles-
tlezsurle mot; en priant pour les içorta,
vous'reconriaissez en effet ce que vous niez
en apparence , et. rejetez dans les termes ce
que vous professez en réalité » (5).
(I) PJ^lo ja Timso.
¥} Yi|g.« 1. 6 iËneid., v. 730.
i5) Crural Alcor. a €ard. Cusa.— Citron. Turc. •9|iiccro» p. Oâ.
(4) Les Juif» anciens et modernes prient pour les morts, malgré la croyance d'un enfer éternel. Ce n*est que par des. fables et des imaginations ridicules, . que quftlques^iis combattent la éonséiinence que nous tirons de ces prières pour la rëaliië du pufg^^ioire.
(&) ItousaTons^ respecta d:-ns ce chapitre la théorie 0 de Tauif ur sor réteraité des peines, parce qu'elle l>aiiilii-a soiide. à. beaucoup de lecteurs; parce que •- «• moyens sont ceux qu^ont employés i^énérale-
Catécb. Philos. I.
' K. Les sectaires de tous les temps ont été ^ussi divisés entre eux qu ils l'ont élé.à Vê gàrd des ca^tholiques ; ils ne &e sont réunis qiie dans la guerre qu'ils faisaient af ancienne
a^entles SS. Pères, et ceux aussi que nous cniendons ijéveloppçr tous les jours daps la chaire chrélienhe. Toutefois il est certaines quesiions qui noua sembteni demander «ne discussion pWs appr«f<md e, telles que la malice indnie renfermée dans le pécbé, ei la peine éiernelle roériiée par le péché fondée. sur laVaisonquc la malice du péché e.t P<^fn»a"«''l« et indélébile. Ces (|iicsiions delicaies qui se retrouvent perpéiuellement sous la pliimô des phj o soDhea ei des théologiens de tous les Ages, soii qu ils Œ^U à dU^^^^ ïc libre arbfire de l'hanme,
éi?V;ris\t^^^^^^^^ d'éclairer de '?«>itît m^ l'iî la lutte incessante établie enure le bien et le mal, son LXntf Is 0 éni bouder les plaies douloureuses et
;SnT de riL^^ ces q«ri<2£ «?*îi^ kuÏ6BDtibles de preuves encore plus décisives. Puis uu wrKo^bre^le points fort graves, qui seratUche- Senlàcd chapitre, n'y sontmôirte P^s louches. Ce* bonaidérolious et Timporiance dn sujet nous ont Sèé à traiter sa m^atière d'une ^«<î» co"^PW*«^ ^^^^ trouvera dans une dissertation placée à la llu de iou- Wlerésului de nos méditai&ns sur ce sujet. Pluffiraifons nous ont engagé à ne paslamçtire dans fi C(S^ du livre. D'abord, païsa fo. nieet son étendue, ilir^est ni en harmonie ni en proporiipn avec le îeste driVûvra^^ eu second lieu nous n'avons pas î?u dèvo&slituer simplement noà vues à celles do î4ulS d;ms^^^^^^ où les siennes peuvent ôiw
pSes aiiîc nôtres. Kuttu surtout. H^^ ^"'ert^.ere
5^0 soit noire conviction ««•;^P»r^'?'l^^tïl^ nos idées avod les principe^ de la foi et les eJ^»8C»ce8 de la théoh»gie »a plus sévère, ^ous croyons uelle^^^
doivent être soumises au i»«*^;«"\i^* E^^e^ilé. subir le conii^le de »'oP»"ou.caiho^ue.^^^^^^^
pourvue de celte 8aiicUt»n, uui, «r']f J.tSaJh l'écâ t ui mannuera paô. notre thèse don èire tenue à l ecj t
ïeffiinent^arée du reste pof "^. P^%^r;"i ^rAfneitre cet ouvrage aux yeux des personnes qui, a ParsorôuTtor^^^ réçudierafent les principes qui lonl Tobjet de notre disserUiion (n) .
là\ Un plus mûr examen nous a convalnùu qn« J^,*^^^! iefflllou wrulide noire cadre et noua avons pris le p-^ dolasupprimei:*
{Treize.)
CATECniSME
3!lâ
Bfflisc. Les mêmes hommes n*onl pa se tcntr àla même croyance , ils ont varie d*un jour à Tantre ; le moment où ils se sont séparés des Catholiques a été le commencement de rincertitude la plus générale et la plus incurable. Nous aurions mauvaise grâce de prétendre mieux démontrer ce point que n'a fait Bossnet dans V Histoire des variations. L'Eglise catholique est la même dans tous les siècleSf'dans tous les paj[s de la terre ; jamais ses enfants ne se sont divisés dans la croyance des dogmes une fois décidés par l'autonté suprême. L'unité de doctrine qui , selon TEcriture (1) > est la règle et le grand caractèn» de la vérité ne se découvre que dans la communion romaine.
klQ. D. D'où vient auc les sectes séparées dei'Eglise catholiquen ont pu s'accorder dans la profession d'une même doctrine?
R. C'est qu'elles n'ont aucun point fixe qui les réunisse. L'Ecriture, qu'elles prennent pour leur unique juffe, ne s'explique pas ellemême , et elle est l'occasion , quoic^ue trèsinnocente , de presque tous les débats qui divisent les différentes sectes. Il est impossible que , sans la croyance d'un tribunal infaillible, il y ait jamais une parfaite unanimité dans la foi. Ce serait un hasard merveilleux si, dans ce tribunal , plusieurs personnes ou des nations entières avaient exactement la même croyance. Or ce n'est pas le hasard qui doit former l'Eslise de Jésus-Christ, dont tous les membres ni>nt nécessairement qu'un cœur et qu'une âme. L'idée même de la religion en général s'oppose à une foi arbitraire et indépendante d'un juge souverain. Qui dit religion dit un nœud sacré qui lie et unit les esprits et les cœurs : les Païens eux-mêmes s'en sont formé cette idée. Or sans un centre d'unité, sans un point fixe, sans un tribunal absolu et infiaillible, sans un oracle vivant qui détermine tous les esprits , il est absolument impossible que les hommes, faits comme ils sont, viennent à dire et à penser la même chose : hors de l'Eglise romaine Ton ne peut donc trouver celte unité parfaite de religion, co premier caractère de l'Eglise , que nous faisons profession de croire en récitant le symbole : Et unùm. Ce oui foisait dire à Bossnet : Nous sommts catholiques par la même démonstration et par les mimes principes oui nousont fait cftr/ffefM...Nousa?ons vu (CMesstu SÛ3 et suit. ) que quiconque renonçait à Fautorité de la vraie Eglise ne trouvait plus de terme qui arrête ses incertitudes et qui fixe ses doutes. Dès qu'on quitte là barque de Pierre, on peut dire comme l'infortuné pilote :
truHcme petOus habel, SactanlgMe in tittore venU.
(jBneid, lib. 6.)
Vl\. D. Ne peut-on pas dire que les sectes séparées de l^glise gardent une espèce d'unité par rapport aux articles fondamentaux de la religion f
(i) MuUUudlnhaulim eredentium erutxor unum et mnma una. Act. 4. Idipsum dieafis omnes^ et non sint in vobis sekUmata, siiis outem perfecti in eodem sauu et in eademsententia. i Crr. 1. Fiet ftHMift otite et unms pasior, Jtmn . iO.
R. 1* Jamais on ne parviendra à déterminer ces articles fondamentaux , à les distin^^ gner des articles plus ou moins importants ; chaque secte rejetant comme non fondamentaux les articles où elle erre.
2' Le motif qui nous fait professer les différents articles de la foi chrétienne, c* est la révélation divine , c'est l'autorité du trilNinai érigé par Jésus-Christ. Or ce motif regat de également les articles fondaunentanx et non fondamentaux. Un'est donc pas possible d'es;cepter ccux-d , sans ébranler le fondement de cenx-lâ.
3* Les articles fondamentaux, quels qu*ib puissent être , ne sont pas moins incertains
Îiue tout le reste dans les principes de la ré* orme, puisqu'ils dépendent de la manière dont chaque particulier interprète l'Ecriture, en se servant du droit qu'il a de ne s'en rapporter qu'aux lumières d^ son esprit et aux jugements de sa raison. Après les exemples de Carlostad , de Muncer, aes Anabaptistes , de Zwingle, des Sacramentaires, de Calvin et de mille autres, qui dans leurs écrits les plus insoutenables s'appuyèrent toujours sur les mêmes principes, le Socinianisme et la secte des nouveaux Ariens ne tardèrent pas à doivner une nouvelle preuve des égarements dans lesquels il était nécessaire que la raison humaine allât se jeter, en suivant les traces de Luther et des premiers docteurs de la prétendue réforme.
472. D. N'est-il pas aussi dilQcile de se persuader l'infaillibilité de l'Eglise que de se persuader tel article en particulier, puisque cette infaillibilité est appuyée sur des passages (1) dont il faut connaître l'authenticité?
R. L'idée de l'infaillibiUté de l'Eglise , de Tunité de Ses dogmes, d'un tribunal suprême résulte de l'idée même de la religion et de l'idée d'un Dieu sage et vrai , au*teur de la véritable religion , comme nous venons de le dire : quand les i>assases ^i question n'existeraient pas, cette vérité serait hors de toute atteinte (S). — Supposons qu!an
{\) Th es Pefriu, et super hanc peimm œdi/ieabo ecclenam meam^ et portœ inferi non prœvalebuM ai" versus eam. Mallb. 16, 18. &i quisEcclesiam non oudierit.sH tibi,»icut eihnicus el publicanus Matik. 48, 17. Ecclesia Dei vhi columna ei finnamentum veritatis. i Tim. 3, 15.
(2) Oii voit par là combien il est faux que. par un cercle Yicieux, nous prouvinns rinfaillibillié do rEgltse pnr rEcrilore, et rinlaillibililé de TEcrUvra pnr l'EjElise : puisque Tidée d'une église infaillible résulte de Tidee d*une relision en génmi. Mous connaissons donc cette înraillibilité indépendamment do tout texte d'Ecriuire et même avnnt de croire à la révélation complète de toutes les lignes de FEvangile. de livre est pour nous d'»l>ord un monumeni historique, dans li*qoel nous trouvons la fondaiioii de la religion cbrétienne ; et œ n'est que par Tatitorlté de TEglise qui résulte nécessairement de l*ê> tablissement de cette religion que nous admettons ' Bubséquemment la vérité , Taothenticité, , la révélation , et Texplication particulière de toutes les lignes et dç tous les roots de cette Ecriture. G*esl ce que S. Augustin a exprimé par ces paroles : Ego teru Emingetio non erederem , nisi me Ettlenm eomnwterm Mrtêritss, Du reste quoique l^iafaililbiltté de rivgUiie
PlIlLOSOPillQUE.
protestant se persuadât aussi facilement di aassi fortement la sagesse d'une telle explication qu^il donne à rJScriture » d'une telle modification qu'il apporte aux. dogmes de la religion , que le Catholique se persuade Tinfaillibilité de TËglise , sa secle n'en serait pas moins dteunie. Il ne faudrait encore que du bon sens pour se convaincre que ces tribunaux privés ne sont que des sources de schismes et des écoles d'une religion arbitraire.
473. D. Quoiqu'il soit aisé de se persuader que la vraie Eglise est infaillible, n'estce pas un travail infini de rechercher quelle est celle qui jouit effêclivement de Tinfaillibilité?
R. [Bien n'est au contraire plus facile que de reconnaître celle qui jouit de cette infaillibilité. D'abord toutes les sectes à peu près avouent qu^elles ne sont pas infailliDles. Tontes celles entre autres qui forment les variétés du protestantisme nient le doçmo fondamental de l'infaillibilité de l'Ëglise; donc aucune ne saurait être l'Eglise infaillible. La reconnaissance de éelte infaillibilité est donc un caractère essentiel de la véritable Eglise. Or rÉfflise catholique possède ce caractère, à rexclusion de presque toutes les autres. A ce point de vue , l'Eglise grecque pourrait seule peut-être entrer en comparaisod avec elle. Hais nous' prouverons plus bas qu'elle manque de certains autres caractères essentiels à la véritable Eglise. ]
kU. D. La doctrine de l'infailUbité de TE-
§Hse n'est-elle pas vivement combattue par es jugements contradictoires qu'elle a rendus sur les mêmes objets , par exemple « la lettre d'Ibas et les écrits de Théodoret, approuvés et condamnés dans des conciles généraux ?
R. Je laisse à prouver amplement aux Théologiens que celte lettre et ces écrits n'ont pns été approuvés au concile de Chalcédoine,
3u6lqae dans ce concile on reconnût l'orlhooxie personnelle des deux auteurs ; je me contente de faire une observation générale propre à satisfaire à toutes les objections de ce genre. Dans l'attaque des erreurs dominantes , il arrive très-naturellement que les personnes les mieux intentionnées semblent donner dans une extrémité opposée, et s'écarter de ce milieu si étroitement circonscrit où se tient la vérité. Or rien n'est plus raisonnable que de ne pas confondre les défenseurs peut-être trop ardents de l'orthodoxie avec les partisans d'une erreur reconnue. De plus la condamnation de certaines erreurs peut être quelquefois dangereuse dans le moment où il s'agit d'anéantir les erreurs contraires. C'est sous ce point de vue qu'il faut envisager la conduite quelquefois mégale f quelquefois même opposée , mais tonne paisse être directement prouvée pnr rEcniiiro , Ml eonç<»tt qne Tes pression de ceUe iiifaillibiltié puisse s^y trouver 5^ et là ; mais ce n'est que par rsiutopilë de^ TEglise que nous connaissans d'une uianlère certaine et infaillible le sens de ces textes, sens que iKms ne poumons juger auirement que d^uno ..laniéro plus ou moins probable. (L. % )
jours conséquente, que les pontifes et. les conciles ont tenue à l'égard des doctrines et des docteurs.
475. [ D. Mais un concile universel, le Con cile de Rimini, n'a-t-il pas sanctionné l'Aria* nisme ? et un Père n'a-t-il pas dit en parlant de cette ^ITaire : Et stupuU orbis tolits se esse Arianutn ?
R. Les Théologiens et les Historiens ecclésiastiques ont donné des expltcnlions satisfaisantes sur le fait dont il s'agit. Ce n'est qu'en présentant aux Pères du Concile des formules perGdes et à double sens que les Ariens parvinrent à obtenir leur adhésion. Mais la fraude fut immédiatement reconnue , et les Pères du Concile protestèrent contre les intentions qu'on leur avait prêtées. Outre cela beaucoup d'évêques n'avaient pas signé la formule arienne , et le nombre des signataires était très-inférieur à celui des évêques répandus partout , et le pape Libère entre autres, qui protestèrent immédiatement contre le résultat du Concile. Ce résultat ne saurait donc être regardé comme une décision œcuménique.]
§ IIL — 476. D. Comment la sainteté estelle un caractère propre à l'Eglise catLiolique ?
R. Tout ce que nous avons dit des heureux effets du Christianisme et de ses victoires sur les monstrueux désordres des Païens a été opéré par les Chr4(iens unis au corps de l'Eglise universelle , soumis au concile, au pape , aux évêques. Ce n'est ni l'ouvrage des Ebioniles , ni celui des Donatistes , ni celui des Luthériens. L'Eglise catholique est la seule religion qui conserve et qui maintienno dans toute leur vigueur les lois et les pratiques qui conduisent évidemment à la vraie sainteté. Elle seule a les sacrements dont usait l'ancienne E*glise ; elle seule a formé et formo encore ces héros chrétiens dont nous admirons la sainteté èminente. 11 faut ignorer ab* soldment Thistoire , ou bien anéantir les faits comme les dogmes , pour ne pas convenir (luc c'est dans le sein de la seule Eglise con tholique que se sont formés tant de grands Saints dont nous admirons la vie, dont Dieu lui-même canonise les vertus héroïques par les merveilles les plus éclatantes. Sans remonter jusqu'aux premiers siècles, de quelle Eglise étaient les Antoine , les Hilarion , les Athanase , les Hilairc, les Martin , les Basile, les Jérôme , les Augustin , les Grégoire , les Léon, les Isidore, etc.? A quelle Eelise étaient attachés S. Anselme , S. Bernard, S. Demi-* nique, S. François d'Assise, Ste Thérèse, S. Charles Borromée , S. François Xavier ^ etc.? Les Eglises séparées de la catholique oseraient-elles , contre la notoriété des laits, se vanter que tous ces Saints et une infinité d'autres ont été de leur communion ? Non, ces hommes vertueux n'ont point eu d'autre foi que celle do l'Eglise catholique, qui seule a le droit incontestable de les regarder comme ses enfants et comme ses élèves.
Vn. D. Les miracles qui ont illustré la vie de ces célèbres serviteurs de Dieii ne sontils pas aussi une preuve de la sainteté
CATEtlIlSSlE
des dogmes iH de la morale do TEglise ?
II. Il n'en faut pas douter, puisque la seule Eglise catholique 8*est toujours gloriQée avec fondement des miracles que Dieu opérait dans son sein. Un roi aricix reprocbait autrefois à ses évéqucs d*élre en ce point bien différents des Galholiqucs (1) ; et un autre abandonna cette secte par cette même consi» dération , qui lui parut un argument invincible (2). Les Protestants, malgré les intrigues de leurs premiers chefs, n'ont pu controuver un seul miracle dont la croyance fût reçue de leur secte. Us avouent même ouvertement qu'il ne se fait pas de miracles chez eux, et se contentent de nier ou de ridiculiser ceux de TEglise catholique. Toute la politique dés cX>nvulsionnaires a également échoué dans rimitation des miracles. Grand préjugé en
bveur de TEglise romaine I Si Quelque
fausse religion est parvenue à répandre parmi ses prosélytes la croyance des miracles , ce ne sont pas des miracles examinée par des gens intégres et éclairés , approuvés solennellement par des hommes dont on ne puisse suspecter ni le discernement, ni Timpartialité, ni la vertu.
478. D. Ne faut-il pas convenir que TEglise d'aujourd'hui est bien inférieure en sainteté à TEglise primitive? Quelle différence entre nos évéques et ceux des premiers temps, entre les religieux de la Thébaïde et ceux que nous voyons aujourd'hui en Europe I
R. On ne peut trop respecter la primitive Eglise ; mais la haute idée qu^on en a ne doit pas servir à nous faire mépriser TEglise des derniers siècles. Dans la primilive Eglise , parmi beaucoup de sainteié, il ne laissait pas de se glisser des relâchements (3) ; et dans l'Eglise des derniers siècles , parmi les relâchements qui s'y sont glissés, il ne laisse pas d'y avoir encore beaucoup de sainteté. Il y a aujourd'hui plusieurs abus réformés qui avaient subsisté impunément durant des siècles. En comparant sans préjugé l'état de l'Eglise de nos jours dans toutes ses parlics avec son état dans les premiers siècles , on trouvera que lès avantages qu'elle n^a plus sont remplacés par d'autres. Erasme, qu'on peut citer hardiment sur ce sujet, après avoir développé ce parallèle dans toute son élendne, conclut que si S. Paul revenait sur la terre , l'état actuel de l'Eglise ne lui déplairait pieis W'— U 7 a eu dans les premiers siècles des évéques qui ne seraient pas fort applaudis aujourd'hui , qui , dans la souffrance des persécutions ou dans la poursuite des hérésies , sont accusés de faiblesse : et il y a aujourd'hui un çrand nombre d'évéques qui , dans les premiers temps eussent pris
(I) Leiivigilde. Créa. Twron , I. 9, c. 15. Ui^l. de 'i:gli8e gallicane, t. 3, pu 238.
(i) Rccarède. Ibid.
(3) Il n'y a qu'à lire les Eplircs de S. Paul, les \cics des apôires, les Histoires eccléslasU(|iiu6 des '.rois premiers siècles.
(4) Si PaniHê hodie viverél, non improbaret, opmor^ vrœuniem Eecletiœ s/Oftrm. In hominum vitia inclwiarei, etc. Episi. scripia 1520, pridicnonas nov. édita Ct)kKiijei541.
place entre les Pères de I*Eg!ise. Si nos religieux sont moins austères que ceux oe VÉrgvpte et de la Syrie; ils sont plus éclatrét,
fdus cultivés, plus utiles, ils ont substitué 'élude au travail des mains ; et les livres dont ils ont enrichi les sciences valent bien des nattes et des corbeilles (1). La plupart sont
S lus orthodoxes et plus solidement attachés la vraie foi. On sait que le schisme et l'hérésie ont différentes fois ravagé les déserts de la Thébaïde avec une facilite extrême , et qu'aujourd'hui ces monastères , dont l'austérité est encore la même , sont le séjour de l'entêtement et de l'opiniâtreté dans 1 erreurt .comme ils sont la retraite de l'igriorande et de la superstition. Le nombre de nos religieux étant beaucoup plus grand , il n'est pas surprenant qu'il y ait parmi eux des âmes lâches et inutiles , des hommes profanes et remplis de l'esprit du siècle , et quelàues-uns qui, en matière de do^me , imitent 1 entêtement des moines de l'Orient (2).
§ IV. — W9. p. Pourquoi un des caractères de la véritable Eglise est-il d'être catholique ou universelle ? et en quoi consiste ce caraclère î
R.. Selon les Prophètes, le royaume du Messie doit s'étendre jusqu'aux extrémités de la terre , et n'avoir pas de fin. Les Apôtres ont constamment regardé toutes les nations delà terre comme le domainede Jésus-Christ. Les Pères ont de tout temps réfuté les hérétigues par leur petit nombre. — La catholicité ae la vraie Eglise consiste, 1** à renfermer successivement toutes les nations dans son sein , selon cette promesse : DcJ)o tibi gentes hœredUatem tiiam , et poises$ionem tuam ier^ minos terrœ (Psal. 2) : Je vous donnerai les nations pour héritage , et votre empire s'étendra jusqu'aux extrémités de la terre ; 2* à avoir dans tous les temps une étendue qui puisse être regardée comme moralement universelle, [non en ce sens qu'elle règne sur la presque totalité des hommes, mais en ce sens gu ayant d'ailleurs sous son empire une grande partie du genre humain, elle pénètre partout et ait à peu près partout un certain nombre de prosélytes. Or ce caractère convient à l'Eglise catholique , et il n'est aucune autrç religion ou secte qui le possède à degré égal, ou même qui en approche.
k90. D. N'exisle-t-il réellement aucune secte séparée de l'Eglise romaine qui puisse lui disputer l'universalité. Il y en a qui soqt fort répandues, l'Eglise grecquerègnes^^r bien des millions d'hommes , et quant au Protestantisme il est répandu aujourd'hui a peu près partout?
R. L'Eglise grecque ne compte pas en tout 65 millions de fidèles ; nombre qu'elle n'arait jamais atteint , et qu'elle ne possède aujourd'hui que par le fait de l'augmentation progressive delà population de l'Empire russe,
(!) Voyci les remarques de M. $aas sur TBiicyclopedte, au mot Frèreê d$la Charité , où Tauleur réfuie ce que tes rédacteurs de ce Dtctioniiaire aTaierU imaginé conire les éludes des religieux.
(i) Le CK'rgé de France a montré pendant la révolution uu courage digne des premiers siècles.
riilLOSOPilQlE.
qui esl censée appartenir à la reliffîon greo^
2 lie. De plus, hors de la Russie» elle est con« née dans les provinces ottomanes et grec- Sies proprement dites ; ce qui est un caracole négatif de catholicité. Le Protestantisme, ne forme pas une Eglise 9 mais un assemblage'inconérent d'une multitude de sectes » doni la totalité atteint i peine 60 millions* d'imes. De sorte que le schisme grec et le Protestantisme réunis n*égalent pas à beaucoup prte le nombre des Qdèles de TËglise romaine.
D*un aptre côté, le Protestantisme n*ost
£as répandu par toute la terre comme notre glise; et le fut-il, que Ton ne pourrait lui appliquer cet attribut de catholicité, parce que ce n*est pas une Eglise i mais un assemblage de mille prétendues Eglises , tout-àfait différentes quant à leur symbole, et dont les plus importantes ne forn^evit qu'une petite fraction du nombre ^taL Ainsi le Protestantisme regnât-il sur .&00 millions d'hommes, que, dans de telles conditions, il ne pourrait prétendre à l'attribut d'universalité, attendu qu'il ne sera jamais une Eglise.
De plus il faut observer que le Protestantisme chez une très-grande partie de ses adeptes se réduit maintenant au pur déisme ; et que dans la ville de Calvin, les pasteurs eux-mêmes ne reconnaissent plus la divinité de Jésus-Chrîst. Assurément un tel culte, si l'on peut même se servir de ce mot, aurait mauvaise grâce de prétendre à la qualité de riilholique. En fait, il n*a pas cette prétention ; çt le témoignage même de tous les ennemis de l'Eglise romaine décerne exclusivement à cette Eglise le titi'e de catholique.
EnGn il faot observer que le ProtestantismcjQe saurait prétendre pour l'avenir à des conouétes qui lui [Rencaissent de disputer le p^s a l'Eglise romame. Il a bien évidemment atteint son apoffée , et tout le monde avoue qu'il est aujourd'hui dans une période de décroissance rapide. Le catholicisme envahit largement son empire sur une foule de points; et tous les efforts de ses prétendus missionnaires , soutenus par les énormes largesses des sociétés bibliques , ne produisent pas le dixième des résultats obtenus parles missionnaires catholiques, avec des moyens incomparablement moins considérables (1). ]
481. D. Qu'entendez-vous par la qualité tVapostçlique que vous attribuez à la vraie Eglise?
H. J'entends que l'Eglise a constamment enseigné ce <|u'elle enseigne aujourd'hui , eî que les hérétiques n'ont jamais pu marquer avec quelque vraisemblance l'époque d'un
(1 ) Les recettes des socîëtés biblignes anglaises aueirnent aujourd'hui 25 millions de rrancs. — Celles de raSavre de la Prona^tion de la loi, donlla.Fraii€e esl leeeaire, ei qui s élèvent progressivement depuis 18 ans, n'Qfit encore aitcint. eo 1840, que la somme de S millions et deniL Or, au témoignage des prptesianis eux mêmes, les conquêtes de leurs missionnaires ne sauraient entrer en comparaison avec les nôtres. Il est vrai que la vie des niissioimaires anglais répandus dans rOcëanie n\*st rien moius qu*évancéliq!ic.
changement dans ses doffmes. J 'entends qu'elle est établie sur le fondement des Apôtres, comme parle saint Paul (1); que ïvb évéques de TEglise romaine sont évidemment les successeurs de ces premiers pasteurs , et que les Calholiques d'aujourd'hui croien, les mêmes choses que croyaient les premiers fidèles, instruits et gouvernés par les Ap6^ très. Iln'y a que cette Eglise dont les annales incontestables marauent bien clairement la succession continuelle de ses pasteurs. Saint Irénée déduit cette succession dans l'Eglise de Rome depuis saint Pierre jusqu'à £leu-r thère : S. Optât jusqu'à Sirice, S. Augustin jusiau'à Anastase, et, depuis Anastase, tous es écrivains ecclésiastiques la déduisent iusju'à Pie VII , qui remplit aujourd'hui le siège de saint Pierre, et cela sans que les plus grands adversaires de l'Eglise romaine osent s'inscrire en faux contre ce catalogue de tous les successeurs du prince des Apôtres, tl en est de même de tous les évêchés fondés , ou par les Apôtres , ou par leurs successeurs , ou par les papes. Nous y trouvons une liste suivie des prélats qui les ont gouvernés jusqu'au premier qui a reçu sa mission d'une autorité légitime. Aucun évêque n'a jamais été reconnu légitime évêque dans rEKHsecatholique qu'autant qu*il était uni de communion a la chaire de Pierre , comme parle saint Jérôme , et cela par la profession d'une même doctrine et d'une même foi transmise par les Apôtres, et en particulier par leur chef, qui est saint Pierre, le vicaire de J6âus-Chrl(;t, et le souverain pasteur de son bi^rcail. Quelle autre religion peut prteenter une succession si marquée et si connue ? Quelle secte a osé feindre une chaîne de pasteurs légitimes si serrée et si bien suivie ? Confingant taie quid hceretici : c'est le défi que donnait Tertnllien à tous les ennemis de l'Eglise catholique ; ce défi si hardi et si sûr a.gaçnébien des forces et de l'importance depuis Tertullien. Il parlait de la sorte lorsque l'Eglise ne comptait pas encore deux siècles; qu'eût-il dit si une succession noninterrompue de dix-huit siècles s'était montrée à lui par les titres et les monuments les plus manifestes et les plus incontestables ? « U y â toujours, ditBossuct, ce fait malheureux contre les hérétiques, ils se sont séparés du grand corps de l'Eglise. Mais pour nous quelle consolation de pouvoir, depuis notre souverain pontife, remonter sans interruption jusqu'à saint Pierrç établi par Jésus-Christ , d'où , en reprenant les pontifes de la loi , on va jusqu'à Aaroii et MoYse; de , là jusqu'aux patriarches et jusqu'à l'origine du monde? Quelle suite! quelle tradition I quel enchalnenicnt merveilleux la — « Voulez-vous, disait un orateur célèbre (2|, avoir une notion eénérale des hérétiques ? la voici telle que je la tire de l'Ecriture : Ce sont des hommes, dit TApôtre saint Judc( It'p. v. 19), qui se séparent eux-mêmes : llisunt quije^
{\y Siiperœdificaii wper fundnmenium fipoVol<^ rum. £|)li. S, ^.
(i) Uotirdalouc ; Panég. de S. Thomas.
CATÉCniSUfc
gregant remetipsos. C'est-à-dire, des hommes qui, par un schisme malheureux , enlretienncnt an milieu du Christianisme d«ïs sociétés
Î)arliculières au préjudice de Tunité ; des lommes qui se font des intérêts à part; qui, comme parle saint Augustin, se glorifient d*un certain chef dont la secle est aussi nouvelle que le nom, Prœsumentes de nesch quo duce suo qui cœpit heri. » — Il n'y a point d*héréliqué auquel on ne puisse dire ce que disait TertuUien à ceux de son siècle : Qui éles-vous? d*oà venez-vous? Cette seule question devrait les ramener à la vérité (i). En matière de dogme , la croyance de nos Pères est un excellent argument (2) ; l'Eglise, suivant la promesse de Jésus-Christ,^ doit durer toujours : celle qui n'a pas toujours été, n'est pas la véritable (3).
482. D. L'apostolicilé de l'Eglise romaine est-elle aisée a connaître ?
R.' Autant il y a de liturgies , d'usages, de cérémonies , de prières , de tableaux portant l'empreinte de la vétusté, autant y a-t~il de monuments de l'ancienneté de nos dogmes , autant de dépositions contre les prétentions des novateurs. Un homme de génie s'écria un jour en embrassant un pilier d'une ancienne r^ithédrale : Ceci est trop viet^pour être faux. Un autre [h) disait que si les hommes se taisaient, les pierres déposeraient contre les hérésies (5).
(^3. D. D'où vient que le goût des controverses et des disputes qui ont si fortement nffecté les savants des deux derniers siècles, est aujourd'hui presque anéanti ? ,
R. Ce changement vient moins d'une mal-
(!) AttendiU ad Abraham pairem veslrum^ et ad Saram qvœ peperit vo$. Atlendite ad pelram de qua i*xcfst etiis et ad cavernam laci de qua prœcm estis. Isn1.5l.
(â) Sieut loculns est ad patres noslros. Luc. I .
[5) i Dans celle confusion de sectes, dit Uossuet, qui se vantaient d*èire chrétiennes. Dieu ne manqua pas à s<)n Eglise ; il sui lui conserver un caractère .d'autorité quo les hérésies ne pouvaient prendre.... Elle é:ait apostolique ; la suite , la succession , la ch^itro do Tunilé , rauioriié primitive loi appartenaient. Tous ceux qui la quittaient Ta valent premièrement reconnue et ne ponvaient effacer le raracière de leur nouveauié ni celui de leur reb(*UM)n« Les Païens eux mêmes la regardaient comme celle qui était la tige, le tout d'où Tes parcelles s'étaient délacliées, le tronc toujours vif que les branches retranchées laissaient en son entier. • Discours sur l'Histoire univers. 2* part. Le savant prélat prouve ces observations parles témoignages deCelse, d*Amniian-Marcellin, de Pempereur Aurélien , etc. Le passage doit être lu en entier si Ton veut bien saisir toule la force et Tévidence de la vérité qu*il établit.
(4) Si hi iacuerint^ iapides clamabunt. Luc. 19.
(5) Pour ne pas trop m*étendro sur ces matières que les controversistes ont traitées dans le plus grand détail , je suggérerai la lecture <ie deux petits traités, Fun du père d'Orléans , intitulé : Méthode courte et faciU pour discerner la viritiAU religion chrétienne d*a9ee les fausses : Paris, ct^ex Berton. L'antre,, du P. Lessius, De capessenda vera religione. L'esprit de parti peut résister aux réflexions simples contenues dans ces deux ouvrages ; mais un esprit droit et iégagé (l'une malheureuse prévention ne peut y trouver ouc racQuîescemciU le plus entier.
heureuse liidllléreiice pour les choses de la religion , que de réndeocedes principes qui établissent l'unité de la véritable ^&e ^ la nécessité de se soumettre à son autorité. On a pu les combattre, ces principes, dans la première fermentation que Luther et Calvin mirent dans les esprits ; mais tôt ou tard la raison revendique ses droits , et l'enthousiasme de l'erreur est reconnu pour ce qu'il est. Dès qu'il est démontré que, hors du sein de l'Eglise, on ne tient à rien , qu'on ne sait ce qu'on doit croire, ni ce qu'il faut ne croire
Ï)as, toutes les controverses sont à terre, et 'on est catholique ou l'on n'est rien. Nous renvoyons à ce que notis avons dit L. 3 , ch. 4, §2, n«213.
§ VI. — kSk. D. Quoique les différentes sectes luthérienne, anabaptiste, arienne, etc., ne puissent s'attribuer les caractères de VE^ glise romaine, TEglise grecque, si attentive à conserver les anciens rits, les liturgies, les sacrements , la hiérarchie, etc., si déclarée contre les hérétiques des derniers temps, ne peut-elle point jouter avec celle de Kome , et se parer du titre de seule Eglise véritable ?
R. i* 11 conste par l'Ecriture que c'est à Pierre que Jésus--Christ a commis le gouvernement de l'Eglise universelle; il est prouvé par toute l'antiquité que Pierre a établi son siège a Home. Où est-il dit aue Constantinople soit le centre de l'unité catholique? Si cette détermination dépendait du caprice des hommes, bientôt tous les liens du corps mystique de J. C. seraient rompus par l'ébranlement du centre.
2" Tous les docteurs de l'Eglise d'Orient , les Clément d'Alexandrie, les Athanase,le8 Basile, les Cyrille, les Chrysostôme, etc., ont reconnu la primatie de Rome , n*ont fait qu'un esprit et qu'un corps avec l'Eglise de Rome : autant de témoins contre les prétentions des Grecs moderne^.
3* Les Grecs modernes ont eux-mêmes reconnu solennellement, aux conciles de Lyon et de Florence , la nécessité de renoncer à leur schisme et de s'attacher au centre de l'unité , qui est le siège de Pierre. L'empereur en personne, dans le concile de Florence , s'est soumis au chef de TEglise universelle. Voltaire fi) parle de cet événement comme du triomphe le plus complet de l'Eglise de Rome. Le même auteur observe qu'en 1705 Démélrius, chassé du trône de Russie , en appela au pape comme au juge ds tous les Chrétiens. Le duc Basile a reconnu la même qualité dans kpape durant la légation du P. Possevin. Le P. Papebroch (2) montre que les Russes n'ont suivi que fori tard le schisme des Grecs. En Pologne, Transylvanie, Syrie, Grèce, Perse, etc., un ^and nombre de Grecs adhèrent encore aujourd'hui à cette Eglise, comme à la mère et à la reine de toutes les Eglises.
&** [Il résulte de ce qui précède que TEglise
M) Ann;il de P^mp. t. ?, p. 87. Iliid , t. 1, p. I7d. (fS Act. SS. maj., t 1. Ëplicni. Grx*c. et Mose.« n. 11.
rrecqac ne possède pas raltribnl de VAposlolicU6 , paisqa'elle a rompu la chaîne des pasteurs légitimes. No^s avons prouve cidosstts que la catholicité ne lui appartenait pas davantage. Elle manque donc d'au moins dcmL attributs de la véritable Eglise.]
&• L'ignorance prodigieuse, la stupide superstition oà sont réduits les peuples et les ministres de cette Eglise isolée, entraînent nécessairement les grands abus et les désordres énormes qu'on lui reproche en matière de religion; depuis un grand nombre de siècles , elle n'a plus eu de docteur célèbre , ni de concile qui ait mérité quelque attention. Les derniers Grecs savants , tels que Bessarion, AUatius, Arcndius, etc., ont été attachés à l'Eglise romaine. « Si l'on fait le parallèle du clergé grec avec le clergé latin, dit Montesquieu (1), si l'on compare la conduite des papes avec celle des patriarches de Constanlinople , l'on verra des gens aussi sages que les autres étaient peu sensés » (2).
485. D. Le siège de Rome, qui est le centre de l'Eglise catholique, peut être anéanti ; car cette ville peut être détruite par des barbares oupar quelque accident physique : en ce cas, me devient le point sur lequel porte tout rédifice de la hiérarchie ?
R. Plusieurs auteurs pensent, avec beaucoup de vraisemblance > que la promesse de conserver l'Eglise , et conséqucmmenl la promesse de -conserver lasuccession de ses chefs » emporte la conservation de la ville qui faille siège de leur épiscopal, puisque c'est cet.épiscopat qui fait le titre et leUen de la succession : mais quand Rome périrait, la succession des évéques subsisterait toujours comme l'Eglise a conservé la succession de plusieurs évéques dont les sièges sont tombés au pouvoir des infidèles ou des hérétiques; comme les papes ne perdaient rien de leurs prérogatives lorsqu ils résidaient à Avignon : et quoique l'exercice de l'autorité épiscopale à Rome suppose cette ville' réellement existante , la primatie du pape , la dignité de vicaire de Jésus-Christ , et la suprême autorité dans l'Eglise , ne sont bornées à aucun lieu pour l'usage de leurs droits, et ne sont attachées à l'évêché de Rome que par vote de succession. Pierre le vénérable applique ingénieusement à la résidence papale ce vers de Lucain :
rHoB habitanU canàiio,
/16c Roùia fidt (3).
(I) Grand, etdécad. des Romains, c. 22.
(t) La plus grande partie de TEglise grecque, qui ^e compose des populations de la Russie, est sous riiiil(irî!é despotique du czar, qui s^esi constiuié chef spirituel, comme le fit Henri VIII en Angleterre. Les affaires ecclésîasiiclues sont censées dirigées par un iirnode qui est entiérenieni dans la main de sa police. Tout le monde s'accorde à reconnaître qu*il 117 a pas dans tout le clergé russe une ombre d^nidépendance ou de dignité. Son ignorance lui éie toute espèce de considération, et dans les maisons de rarisiocratie fusse, les popes sont mis sur la même ligne que les val :ts, (L. D.)
(3) On peut voir sur cette matière une pctife , mais savante disscriaiion : EpUiola SiUasipi a Lajndef
PUltOSUPIIIQlJE. '^
S VU. -^&86. B. Ces quatre caractères qui distinguent la religion catholique de tomes les hérésies ne la sépàrcnt-ils pas aussi de la sccle des incrédules et des Philosophes impies?
R. La chose est évidente par ce que nous avons dil en différents endroits de ce Catéchisme (1); i** leur peu d'union, leurs dissensions, leurs contradictions contrastent d*ane manière bien frappante avec l'unanimité des enfants de TËglise catholique. Dieu exécute sur eux Tarrét prononcé contre les ouvriers de la tour de Babel (2); souvent le mémo auteur renverse ses propres principes, et détruit dans un endroit ce qu'il établit dans 1 autre : leurs langues , comme dil le Pro^ nhèle, se sont tournées contre eux-mêmes (3-). 2** Nous avons vu aussi où conduisaient leurs principes , et quels effets y étaient inséparanlement attachés. Nous en avons parlé selon la raison (i) , et d'après rcxpérience (5}. S' Nous avons prouvé que le nombre des vrais incrédules était très-petit , qu'à peine en trouvait-on oui le fussent absolument; les maîtres de l'irréligion avouent que leur doctrine n'est point pour le peuple, que le peuple, ne peut ni la soûter ni la mettre en pratique. Le peuple fût-il tel qu'il doit être pour en proGter, les Philosophes se mettraient-ila en état de la lui ^nseisner? les verrait- on parcourir toutes les régions de la terre , se
tn causa an summus ponii/icatui a romana ecclesia avelU et alio tran$ferri po$nl; Auguitoaunù 1782. L*au(eur réfute d'une manière péremptoire un petit brochuraire et un massif compilateur , qui rendaient le premier siège de TEglise dépendant du caprice des hommes et du choc des événements.
(2) Et dixeruttt : Venite , faeiamui nobis ehilatem et turrim , cuiu» eulmen pertingat ad eœlum Descendit autem Dominus et at.TÎ/.... Deseendamus et eon^ fundamus ibi linguam eonim, «( non audiat unusquis^' que vocem proximi sut. Atque ita divisil eos Dominus..^ et cessaverunt œdificare civitatenu Gen. 11. D'msi sunSi ub ira vultus ejus. Ps. 54. Dhide Unguas eortun ; quormam vîdi iniquitatem et coniradietionem in eivitttte. Psal. 54. c Jer consultai les Philosophes, dit L J. Rousseau, je feuilletai leurs livres, j'examinai leurs diverses opinions, je les trouvai tous tiers, aifûrma • tifs, dogmatiques , même dans leur scepticisme prétendu, n'ignorant rien, ne prouvant rien, se moquant les uns des autres ; et ce point, commun à tous, me parut le seid sur lequel ils ont tous raison. Triomphants quand ils attaquent, ils sont sans vigueur en se défendant. Si vous pesés les raisons, ils n'en ont que pour détruire. Si vous comptez les voix, cbacnii est réduit à la sienne. Ils ne s*aceordeni que peur disputer. Les écouter n'éiaii pas le moyen de sortir de mon incerlilude » {Emiie , /. 3, p. 27). f Quelles sont les leçons de ces amis de la sagesse ? A les entendre , ne les prendrait-on pas pour une troupe de charlatans qui crient chacun de son côté sur nac place publique : Venez à moi, c'c>t moi seul qui ne trompe point > (Diuours couronné par i'aeftd^ de Dijon, en 17o0).
(3) Infinnatœ sunt cantia eoslinguœ ewunL P.s. 65* Voyez le Déisme réfuté. Ut Religion vengée de tiHcré^ dulitépar l'inerédulité même, etc.
(4) L. 1, c. 5, n. 120 et Kuiv.
(5) L. 4. c. 5, art. 6, $ 10, r. 382. L. 1, e. 4. n. 1 et suiv. L. 5, r. 2. { C. n. 208. L. 5, c. 2, § 5. il m.
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(^re â toùljçVies mœurs, à tous les climats , pour y. établir le fraitde leur apostolat? La religion naturelle qu'ils voudraient substituer à la foi, n'existe nulle part, tdndis que l'Eglise catholique multiplia ses enfants dans toutes les .parties du globe , erpbrasse dans re$^6r d'une charité immense toutes les nations de la terre, porte jusqu'aux extrémités du n^onde ses secours et ses luinièrés , et y' fondé de nouveaux empires cimentés du sang de se$ ministres. &* A la vérité, leurs erreurs sont pour la plupart fort anciennes; on en trouve la réfutation dans les Ecritures M) , dans les SS. Pères, dans les Théologiens de tous les siècles : mais malgré cette ancienneté l'on ne peut les considérer comme un corps de. doctrine transmis par une Ion-
Îuë suite de générations aux raisonneurs du ix-huitième siècle, parce que dans cette tradition il ne peut y avoir plus d'unité, ni
Elus d'ensemble que dans la doctrine même, es erreurs s'oublient et' se renouvellent; ensevelies duraatdes siècles, elles reparaissent par intervalle pour Tépreuve des âmesf fldèles et lé malheur des Chrétiens lâches (2).
(i) Tou^ les propos de nos matérialistes sont exposés au Second chap. de la S.igesse. On voit par là fju^ils ne sont rien moins que le rruîl des progrès de la pliilosopliie : Dixerunl enim cogiianteé apud te non recîe : Ex/yvum èl cum lœdio est lemput vUœ noUrte. il non êH refHgerium /A firte hominii, et non est qui ûgnituê tit fever$u$ ah inferh : quia ex nihito nati sumuSf et poit hoe erimné tânquam n non fuerimut : quo' tiiam fumui /tatui ett in naribut nottriê : et sermo êcintilla ad etfmnwvendum car noitrum : quia extinetè Hnfê ériteorpui nostrum^ et gpiritus diffundetur lanquam motlii aer.„. Venite trgo et fruamwr bonii aum êunt , 9ti utamur creatura tanqmam injuventute céleri* lér, eic. C'est exactement le sommaire et le ré&oltat des deux volumes du Syuèint de la nature.
(2) Je ne puis nrempécher de répéter ici ce que j*ai déjà dit de la voie de prescription et du genre d*argnment çiuVIle présente contre les incrédules modernes. Si on remploie avec discernement, et le secours des lumières que présente riiistoire des erreurs de fesprit humain , eUe ne peut éire que d*dn irès-ffrand effet. Quand il est reconnu qu'une doctrine
2ui 8>lève contre celle deTEglise, a û^k eiistédans es temps antérieurs, et qu'elle a éié anaibématisée dans des conciles, on regardée généralement comme opposée à la croyance des Adèles, on ne Texamlne |Mis davantage, à Texemple de Tertullten, on la condamne par vdie de prescription. Pourquoi ne feraiton pas la iHéme chose avec les systtoes des Philosophes f Toutes leurs extravagances Ont déjà couru le monde , Ou dans leur toiahté na dans les divers détails de leur ensemble. Il y a trois ou Quatre mille ans que la code des matérialistes est , comme nous i^enoiisde le vofr, amplement détaillé, rejeté avec pitié dans les livres saints. Les sophismes de B:iyle , de Voltaire, contre la Providence, ne sont qu*nne répétition du Manichéisme. Le système d'une création torluite est aussi ancien qu'Epicure. La mer universelle qui produit tout est une invention de Thaïes , etc., etc. Or si ces imaginations ont fait anciennement l'objet de la risée des Sages, si elles sont tombées dans l'oubli et le mépris, est-il raisonnable de s'en occuper et de les discuiei;de nouveau? Ne suffltril pas de montrer qu'elles ne sontpas neuves etqu*eltcs «m déjà été flétries au tribunal de la raison, ^oe le genre humain les a connues , et qu'il les a jugées Indigiuts de sa croyance ? Sic facHiui traduUntur dum ante jam luné fuiue deprehenduntur, aut es t» qiam iain ^uerunt, semina mmpifste. Tert. de Praesc, c. 5$.
jbes vérités de \â religion sont.de tous les siècles, elles ne dépendent ni du tempii, ni du iroût des hommes (1).