Chapitre vu. Examen dt quelques matièree
partictUièrès,
487. D. Outre les guerres que les Philosophes font aut preuves et aux mystèresde la religion, leur critique liè s'attaclie-t-ello pa»^ particulièrement à d'autres matières f
R. L'objet de leurs déclamations le» plot* ordinaires sont la confession, les cérémonies dé l'Eglise, l'autorité du pape, les biens ecclésiastiques, la théologie scolastique, le célibat, lès âuperstitionâ et les abus.
Article I. La Confession,
488. D. L*usagé de la coniession établi pal* Jésus-Christ lui-même, et vainement com- Ahtti!^ par les controversistes protestants (2), èét-il aussi avantageux aux fidèleis qu'il «st rei^pèé^ble par son institution divine ?
R. Pour s'en convaincre, il suffit de recueillir les témoignages de ceux-là mêmes qui , dans des moments d'humeur, Ont eAlrepris de proscrite une si sainte institution ; noos noua contenterons de quelqijTeS-uns des moins suspects : a II n*y a peut-être point d'étaMissoment plus sage. JLa plupart des hommes» quand ils sont tombés dans de grands crises, en ont nâ^turellemént des rémords : les législateurs qui établircùt les mystèreé et les expiations voulurent également empêcher les coupables de se livrer au désespoir et de retomber dans leurs crimes (B)» t u La cônression est une chôsie excellente, un frein aux crimes invétéiiés.: dans rantiquité la çlus reculée, oti se confessait dans la célébration de tous les anciens mystères. Nous avons imité (4) et sanctifié cette sage pratiqua ; ëlte est très-bonne pour engager les cœurs ulcérés de haine à pardonner, et pour faire rendre aux voleurs, ce qu'ils peuvent avoir dérobé à leur prochain (5}. » « Les ennemis de TEglise romaine» qui se sont élevés contre une Institution si salutaire, semblent avoir été aux honomes le plus grand frein qu'on pût mettre à leurs crimes. Les Sages de Fàntiquité en avaient
Veritas aiitem Dominî manei in œtemum. Ps. Jésus Christus et heri^ et hodie^ et ipu in sœeula. Ilebr. 13.
(2) Tout ce qui est purement ibéolo^lque , n'eM pas de notre ressort. Bossuet , Bellarmin , Becan » Seedorf, Sclieffmacber, etc., ont dit aui Pro^staqts tout cequ^il fallait .pour ramener à la 'vérité tout homme qui ne se fait pas un devoir rcligieui de la combattre. — La plupart des Luihérîens, ccui de la confession d*Augsbourg surtout, ont conservé leur institution si salutaire. Luilier ne voulut pas qu'elle fût abolie ; Plui^t^ dit-il, je consentirais à ta tprokma du pape que de souffrir f abolition de la coniessam. tollect. des écrits allem. de Luther, vol. % p;. S7S.
dans le passage suivant , où c*est au contraire la sagesse Immaine qui a entrevu CutUiêé et embrassé les embrts d*nne institution si salutaire. On sait que les phùosophes font dériver des anciens peuples tous les usages chrétiens : notts nous contentons de faire re» marquer Tliommage qu^ils rendem k rimperlaiicc et à rmlliié de U eonfesfi<m.
(,5) ùict. phil.^ art. Catée, du curé.
PilILOSOPniQUE.
«ux-mémcs seali rimportanoc : s^ils n'ayaienl pu efi ihîre un devoir à toos les hommes, ils en- avalent établi la pratique j^our ceux qui prélenflaient à une vie pliis pare ; c'était la première expiation dès initiés chez les Egyp^ MensetaiixinTStères'de Cérès-Eleusîne. Ainsi la religion chrétienne a (lotisaci*é des choses doBlDîeu ayàitpermis que la sagesse humaine entrevit Tutilité et embrassât les ombres (t).» L'anlenr de VHiîsfo^e philosophique et poli** ibfue du commerce des Indes, quoiqu*ennemi déclaré de toute religion, n*a pu refuser des éloges à la confession. « Les Jésuites, dit-il (T. B, p. 250)« ont établi dans le Paraguay le gouvernement tbéocratiqne, mais avec un avantage particulier à lareliig^onqui en fait la base : c'est la pratique de la confession , in-« finiment utile tant que ses ministres n'en aiii»* seront pas : elle sente' lient lien cte lois pé-» nales, et reilils à là fweié des dMsnrs. Dans le Par«iguay, kt ^ligion, plus puissante qud la force ét9 armes , conduit le coupable ans. pieds 4a magistrat. C'est là que loin de pal-^ lier ses crimes, le repentir les lui fait aggra-^ ▼cr : au lieu d'éluder la peine , il tient la demander i genoux : plus elle est sévère et publique , plus elle rend le calnke à la eon-^ scrence du criminel. Ainsi le châlimenl qui
Î partout ailleurs effraie les coupables, (^it ici eùr consolation, en étouffant les remords par Texpiation. Lés peuples du Paraguay n*ont pùitït de lofs civiles, parce qu'ils ne connaissent point de propriété ; ils n*ont point de lois criminelles, parce que. chacun s accuse et se punit volontairement ; toutes leurs lois sont des préceptes de religion. Le meilleur de tous les ffouvcrnements , ce serait une théocratie oA 1 on établirait le tribunal de la confession, s'il était toujotirs dirigé par des hoimtnes ver^ tueux , sur des principes raisonnables. »... Adisson n*a pu voir les inscriptions tirées de FËcriture, placées en Italie sur les confessionnaux , sans en être touché , et sans les rapporter avec une pieuse complaisance (2). Nous ayons rapporté ailleurs (3) le jugement de J.-Jf. Rousseau.
W9. D. N'y a-t-H pas eu en cette matière des doctrines erronées et de révoltants abus ?
ft. Il y a eu sans doute en ceci , comme en toutes choses, des excès que l'autorité de l'Ëglise a travaillé et travaille encore i déraciner dans ceux qui se sont écartés des règles établies. 11 y a eu dc^ rigueurs et des relâchements. Les uns ont paru envisager la confession comme un simple récit des péchés, et ont perdu de vue les sentitnents de pénitence dont elle devait être le fruit ; tes autres
(I) Annal, de Temp.. tom< I, p. 41.
* (S) Ne taceat punilh oeuU iMt. — Ibo ad paîrem iHCKiif, it diçam: Pulir^ pecepni. — Seiuîa erunt in eœlh. — Redi anima, meain requiem main. — Vade^ et ne deinceps pecea, — Qm vos audit, me andit. — Vevile ad me omnes qui foHgaH estis et oneroH. — Cornpîef mefustut in misericordia. — Vide si via iniqitita^ lis in me est : et dedue mè in via mtêrkû, — Ut andiret gemitHs èompeditùrum. Ces inscriptions expriment effectivement très-bien l'esprit et Feffet du sacrement de pénitence.
(3) Liv. 4, c. 5, art: 6, § i, n. oG2.
en ont fait un bien, de si dilDcile accè& qu'à peine y ose-t-on aspirer. Qu'esfe-ee que ceU prouve, sinon qu'on peut raisonner lràs-«ial sur des choses très-vraie» et très-bonne^». — Les maux qu'a pu produire le aoèle indiscret de quelques confe&seurs ont été rare» et passagers , et le» biens que la confbssioir pro«* duit sont constants ci journalier». Les Phi-* losophes Toudr^iient-ils qu'on se privât de Manger et de boire, parce que quelques gour^ otonds sont morts de leurs excès? Lesabu» empéchcnt-ils que la confession ne soit un frein à la licence, une source f«\conde de saeea conseils, une 'Sensible consolation pour les âmes affligées de leurs péchés ; la confession cesse-t-eUe d'être un excellent moyen de enU tiver les semences de la piété dans de» âmes droites, où elles fructifient comme d'ellesmêmes ; d'empêcher que des passions nais* saut^S' ne tes étouffent dans les aulres ; de donner un appui à l'innocence ; de réparer les tortsr commis enver» le prochain ; de resserrer les nœuds de la charité;- d'enirelenir l'amour de la concorde, de la subordination, de la jnstice , de toutes les vertus^ de déraciner des cc&urs Thabitude de» désordres , de la désunion, de la révolte, de tous les vices (1).
Article IL Cérémonies de V Eglise.
490.' D. ?nis(|^ue Dieu vent être honoré en esprit et en vérité , pourquoi ce grand nombre (le rites et de cérémonies inslilués dans rKglîse caiboliquc?
11. L'expérience nous apprend qu'il faut des spectacle» pour attacher le peuple : une religion dépouillée de tout appareil extérieur ne peut nî l'aiTecler ni l'instruire; et, selon la remarque judicieuse de VAmi des hommes, toute reli^on rédnile au pur spirituel est blcmlét rcléc^uéedans l'empire de la lune. Au lieu des nudités scandaleuses, de» jeux el des danses indécentes de la Grèce ; au Heu des folies et des licences qui déshonoraient les fêtes paYennes ; au lieu des spectacles tumultueux et barbares du cirque et de l'amphithéâtre , la religion occupe les peuples de cérémonies pleines de gravité et de décence , propres à lui Inspirer des mœurs douces et pures. 11 n*y a que Thomme charnel ou dis* sipé qui puisse assister à la pompe de no»
(1) Une chose infiniment remarqnable, vraiment surnaturelle et miraculeuse , est le secret de la confession , confié tous les jours à dos milliers de .prêtres, souvent, hélas ! peu dignes de leur état et capailles de toute autre prévarication, ct^ toujours si fidèlement ffardé. A peine toaie rbistoîre ecclésîas* tique fournit elle quelque eiempledliifidéliié en ce genre. Si en faisant cette «bservalion, on réfléchit nu moment sur rinconsiance humaine, sur la curiosité des un? et la loquacité des aatres, sur la nature et rimp(H*iance des matières dont les ministres de ce sacrement sont dépositaires , et dont la rérélation produirait souvent d*éionnant8 eflfets ; sur les moyetrs que les intérêts divers, la cupidité, la jaloiihie , etd*àutres passions ne 'nanqocnt p^s d*essayer pour Atteindre leur b«it, etc., on ne doutera pas qne IMeii ne veille i la tonscrvatton et à Tlionneur de son ouvrage.
icn
CATÉGIltSMe
sacrifices , entendre le chant de TEglhe , ses litargies/ses prières, ses cantiques (1), sans céder aux impressions de la religion^ et nourrir sa foi par les sentiments d'une dévotion aflectueuse (2). ^ „ -
Un Philosophe anglais (3) , témoin de l effet que produisait sur le peuple chrétien la pompe des cérémonies , Tenviais , dit-il , leur fiât . €l je maudissais au fond du cœur Vor-gwil de la philosophie, qui, avec sa froideur et SCS triomphes insipides , nous laisse dans une espèce d'apathie stoîque, et anéantit les plus douces émotions de Vdme,
Wl. D. Pourquoi les Prolestanls, malgré le zèle qu'ils témoignaient pour la conservation 'lu Christianisme, ont-ils abrogé presque coût culte extérieur?
U. Les rites , les cérémonies , les usaces ,
sans y ?oir la condamnation de la secte sur cet article (1). Un autre avoue que le culte intérieur s*est affaibli par l'abrogation des cérémonies (2). Je suis Catholique en ce mo-ment^ disait le fameux Misson (3) en parlant de la pompe de la rclision à Rome (k). On lit dans une leltre de Ricnard Simon (5) une réponse remarquable de. Saumaise : a Vous autres Puritains , vous vous mettez peu en peine de ce qui regarde rofGce ecclésias^ tique. Cependant permettez-moi de vous dire que vos gens ont si fort raffiné pour épurer la religion chrétienne qu'ils eu ont fait un squelette jf6). i Et c*est ce que témoignait autrefois àaumaiseà laPeyjère, auteur des Préadamites. Celui ci , comme je Tai appris de lui-même, ayant marqué à Saumaise q.ue dans le livre qu'il (Saumaise) avait composé touchant la transsubstantiation contre Gro-
Ics formules, les prières, etc., sont une bar- touchant la transsubstantiation contre Grorière que l'Eglise a toujours opposée à Tin- tins , il avait trouvé bien des choses qui éta- Iroduction des nouveaux dogmes. Lorsque blissaient l'antiquité des cérémonies der&
Iroduction des nouveaux dogmes. Lorsque les Prolestants voulurent établir leur doctrine , il fallut qu'ils commençassent par supprimer tout le rtt extérieur qui déposait contre eux. Profession de foi muette, mais énergique et intelligible à tous. Ce seul trait suffit pour montrer combien il est nécessaire de conserver les rites anciens , et combien il serait dangereux d'y donner atteinte. —Malgré la guerre déclarée aux cérémonies , les Luthériens y sont revenus presque aussitôt après les avoir répudiées. Mais , en substituant des pratiques arbitraires et dos rites déOgurés aux usages de l'ancienne Eglise , ils ont ôté aux cérémonies Vimprossion du respect que donnent l'âge et l'autorité. Les Calvinistes conviennent de bonne foi ou'ils ont porté un grand coup à la piété. Dans
Suelques pays ils ont aujourd'hui des orgues, es cloches et d'autres usages catholiques qu'ils avaient d'abord abolis comme des choses monstrueuses. L'auteur de hk'Physique sacrée convient qu'on ne peut lire l'Ecriture
(1) Sans parler des psanmes et des cantiques lires dç rEcrilure, dont les plus grands génies onl admiré la sulilimiié et l'énergie, peol-on n'admirer pas celle multitude d'hymnes pleines de choses de seiuimeni el d*expressioiis louohaiiles? Il ne faut pas être enthousiaste pwiT trouver un aliment à la plus solide piété dans le Te Deum, \é Lawia Sîow, le Vewî, Créalor, lePange, Ungua^ les oraisons , les pré(:ices de la messe, et tout ce qui lient parliculièrenieiil h la
liturgie. ., ,
(S) Ce sont ces précieux efTcts, qui soulèvent les Pliilosoplies contre ta magnlliccnce du culte ciilmiiquc, qu'ils essaient de rendre edieui aui souvcniius par des vues (Tune économie mesquine et nnérilc. Ils ont calculé jusqu'à la dé|)ense du pain bénit et des cierges ( Eficyc/op. , an. Pain bénit). H n'y a pas d^irticle où les anciens impies se reunissaient plus parraitement que dans le dessein d'anéantir la pompé et la nwjeslé auguste du service divin ; il est naturel que les modernes aient les mêmes aversions *l les n. ornes goûts. Dixerunt in corde sua eognalio eorum ùmul : Qukscere faciamu* omnes dies festos DA Il lena, Ps. 7i. Par une disposiiion contraire, les s. rv|ieni*s de Dieu ont toujours désiré qu'il fût servi •ivuc dignité et une splendeur digne de lui. DjUxk Arcorem dofUus tuœ el tocum habttaùonis giorm'Jnm*
iSal. Î5. ...
li) BJ7J., Voyage en Sicile et à Malte.
^lise romaine , ou plutôt de toutes les Eglises du monde : Jfostri, répondit Saumaise, re^ecuerunt religionem usqtte ad virum.
fc92. D. Plusieurs des cérémonies del*Egtise ne sont-elles pas imitées des Païens ; ne trouve-t-on pas chez eu\ Tidée do nos processions (7), l'usage de l'eau^bénite (8), etc.?
R. Pour croire que les Chrétiens aient pu
( 1) Verbis et gestîbus nullas esse vires persuasi sumus, et iamen legimus veterii Tettamenti prophetas uses esse miris festiculathnibus , quai derîderemns hodie et siipersliSont adschberemus rititms» Hic in reuusdiaiiene filii unici Sareplani admensns est seu Elias ad puerwn 1er. Ita et masimi prophitœ maximus diseipuitts Eli* stSM Sunamiidiê filium, etc. Phys. sac. , t. 4, p. 1b9.
(^) Equidem negandumtion est ^ inier proteUantes simut cum ceremonm pietatem refriauisse. Berger. Num. Pontif. append. ad Florum, p. lO.
(3) Auteur protestant, ou plutôt libertin et impie, trop connu par un voyage d'Italie où Ton trouve le germe de TA théisme et d'une irréligion totale, noyé dansnn las de déclamations fi^néliques contre TË-
glise catholique.
(4) Quelle différence dans le sentiment qu'éprouve le catholique lorsi|ue de la majesté de nos églises d de la pompci de nos cérémonies il se trouve transporté dans la nudité et le silence des temples protestants!.*.. Les ornements de peinture et de sculpture, surtout les tableaai qui représentent l'histoire de la religion /ajoutent infiniment à la di^nHé. des temples catholiques , provoquent et notn^nsseni la piété de la manière la plus efncace...; Un mitiisfrfs protestant jetant un jour les yeux sur un txcelleiu tableau de Jésus-Clinst souffrant, qu'on voit dans U galerie de Dusseldorff : Maudit $oii, dit-il, Catuin pour avoir osé proicrire les saintes images ; cet atpeci (le mon !^auveur fmt surnwi plus d'impression que tons Its discours tfue j'ai jamais entendus ou que j'ai faits moi-même.
(5) Lettres choisies, tom. I , n. 247.
(6) Cela me rapinsHe Poxpression d'un élégant historien latin : Quitus adeo sine, cullu , et reiigio oimni religionis honore rituque destiluta.
(7) mterea ad temptam non mquœ PaUadiSt ibtast crinibus lUades postû, pepbmupte ferehaU SuppUcUer tristes, et tmisœ pectura paimis.
{/Oieid, U) {%) me corpus properet pmioU spargere (ympha*
MltLOSOfQIQLC.
se modeler sar les PaTens {Ci- deaus, n. 2ï8), il faut ignorer l'histoire de VEglise naissante, et ne savoir pas l'horreur qne les ncuiiers Mêles amîenlëe tout rit idolâtre. Mais il y a des manières de coite qnela nature suggère, et que la raison décourre à la première vue. 11 ne faut donc pas être surpris de trouver chez plusieurs peuples à peu près le même fond oe cérémonies; tous ont senti que les mêmes démonstrations extérieures qui peuvent témoigner aux honimes le respect , la soumission» la reconnaissance, pouvaient également faire paraître les mêmes sentiments envers la Divinité. Il n'a pas fallu de réflexions profondes pour comprendre que se prosterner ou fléchir les genoux est une marque de soumission ; que parles offrandes et les sacrifices on reconnaît avoir tout reçu de Dieu; que par la prière on rend hommage à sa puissance, que c'est sanctifier en quelque sorte les villes et les champs que d'y porter avec piété et avec déceûce des choses sacrées, d'implorer la bénédiction du ciel autour de nos babitatiods, de faire retentir les chemins publics des Ipuanges de Dîeu (1), et que c'est en même temps une espèce ae inonipbe décerné à la religion (2) ; que l'eau est un symbole de purification ; qu'une onction d*buile ou de parfum est un signe de guérison ou de consécration ; que les repas communs sont une preuve de fraternité , et ainsi du reste. — La plupart des usages qu'on nous accuse d'avoir pris chez les Païens ont existé chez les Juifs. Les translations solennelles de l'archespnt fort antérieures à toutes les processions païennes; l'eau lustrale des Hébreux l'est également à tous les rites des nations : il est donc peu naturel de croire que lesChrétiens,très-tnstruits des rites judaïques, sont allés chercher ces usages chez d'autres que chez leurs devanciers dans la possession de la vraie foi (3).
k%^. D. Est-il vraisemblable que les Païens aient eu assez de communication avec les Juifs, pour apprendre et imiter les cérémonies de leur culte?
R. Les saints Pères qui étaient bien pus à portée d'en juger, n'en ont pas douté, comme nous avons vu ci-dessus (iV. 278, 377 ). Mais indépendamment des connaissances que les Païens ont eues des rites judaïques , c'est un principe reçu parmi les Théologiens et les Pères de l'Eglise , que le démon imite le vrai culte, et l'exprime chez ses adorateurs le plus parfaitement qu'il lui est possible. Dans ce siècle , de telles réflexions paraissent bien ridicules ; mais elles n'ont pas paru telles à
(1) h'i canienl m vn$ Donùni, quoniam magna esl §loria Domim, Psal. t37.
(2) Les (riomplies des anciens vainqiiriirs, les cii- Irées solennelles des princes sont des processions profanes. — Voyex le Traité de Proceêshnitm ecclenaUiài de M. Eveillon*
{%) On lira milement snr ce sujet une dissertai inu imprimée ii Rome en 1777, de (aUa rtmiim chmiiafieruma ritibui ethmcorum Origme. 1 vol. In-S* — Réfut. des erreurs de M. Berg, Xountf kht, et lit., I- Juin. 1787, p. 3Î4. '
Terlullicn (1) , à BotSMtjl), .'m 9. «tmidal0Qe<a)«twx h «Mm LU les plus profondeasat vOTstes dans l'étude des cultes rdi-* gîeux(fc).
Article III. Autorité du Pape, ! I.— Wi. D. Pourquoi Jésus-Christ a-t-ll établi S. Pierre et ses successeurs chefs de son Eglise?
R. La nécessité d'un chef est reconnue dans tous les états ; les plus républicains ne peuvent s'en passer; il est visible qu'en matière de relifi^ion et de choses spirituelles , il est' plus nécessaireque partout ailleurs. La société civile se conserve plus aisément que la société de religion. Puisque la religion ne règle pas seulement le dehors de l'homme, mais encore son intérieur, ses pensées comme ses actions, son esprit comme son cœur, il lui faut une autorité proportionnée à la sublimité de sa législation, qui est toute divine ; îl faut une union entre ses membres qui établisse d'une manière plus sûre que toutes les peines afllictives la perpétuité^ de la société générale : cette union ne peut subsister sans' un centre commun où toutes les divisions de cette adnàinistrati'on spirituelle aillent se rendre.
{}) Agnoêcamui hgema diaboti, idchreo quœdam de d'mnU rehui imianth, ut not de worum fide eonfundni et jttdicel. Teri. de Coron, — VuycE au^si le cli;ip. 40 du livre des Presenptwnt.
(2) Cet homme , si supérieur à lotis égards aux philosophes de nos jours, ne faisali aucune difTicuIlé de recoiinalire Tinflucnce du démon sur le ciilie cl les rites des Païens, i Tout le service public n*dlai;
3u*une continuelle profanMion, ou plutôt une dérision u nom de Dieu. Et il fallait bien qu^il y eût quelque Euîssanee^ennemie de ce nom sacrëqui entreprit de I ravilir, etc. » ( Dite, êur Cttiu. imtv., 2' part., ehap. 16).
(5) Le P. Bourdaloiie, dans un sermoa sur la sainteté, fait voir admirablement conibleu le démon s'erforce d'imiter tout ce qui tient à la religion et aux vertus chré:ieniies. Serm, pour la fête de tout le» * Sainte. V Avent.^ 1" point.
(k) On a trouvé encore, dans ces derniers siècles, des exemples frappants, de cette similitude de rites chez des nations qui paraissaient n'avoir eu aucune com • niunicatibn avec les Chrétien»; ce qui fait dire à Pierre MaflTci, dans son excellente Histoire des Indes, Christianot quippe ritut maint eâingit dœmon. Voyez VHittoire du Japon, par le P. Grasset ; la Via de S. Françoit Xavier, par le P. Bouhours; celle du P. Matih. Ricci, par le P. d'Orléans, etc.
Il est certain que les Païens ont pris connaissance des rites judaïques dans les livres et la société des Juifs, et qu'ils ont pu en imiter quelaues-unsdans les cérémonies de leur culte. Mais cela n*est vrai qu'aux dernières époques de la nation juive et depuis les conquêtes d'Alexandre. Avant cette époque, avant celle surtout de la captivité de Babyloiie, rien de semblable ne pouvait avoir lieu. Les Juifs étaienltrop lo* connus aux Grecs et ailx Romains pour qu^on puisse soutenir sérieusement que le culte idolàirique ait pu emprunter quelque chose, et surtout beaucoup de choses à celui du vrai Dieu. Quant aux Assyriens, aux Phéniciens, aux Egyptiens même, il serait bien dif« licite de montrer chez ces diverses nations la moindre trace d*uii semblable emprunt. La ciri^oncision seule a pu laisser «les JuiP» aux Egyptiens; mais ce n'est |ias un rit de la loi Mosaïque; elle préexistait même h la rédaction des livres sacrés. (L. D)
CATA^HISlitE
4ML D. I>*où vient donc qno \eê ProlesttaBlt ont combatla avec tant de chaleur la puissance des Pontifes de Rome?
R. Les plus sages d*entrc eux ont cru que, bien loin d'abroger la légitime puissance du
Ïape, H T'indrait rétablir si elle ne Tétait pas. a sont les propres termes de MéVancliton, le plus sensé de tous les prétendus réformateurs (1). Grotius dit et prouve solidement la même chose (2). lacques I, roi d'Angle-» terre, Ileibnitz» Sayvel, etc., n'y ont rien trouvé que de raisonnable (31.
496. D. Pourquoi Tautonte papale a-t-elle moins éclaté dans les premiers siècles de r£giise que dans les temps postérieurs?
H. Le papo a été de tout temps regardé comme le cnef de TEglise et le père commun des fidèles Tous les conciles œcuméniques présentent des monuments de la croyance des peuples sur cet article. Les preuves de fait viennent à Tappui de la doctrine des li- ' vres ; car on voit de grands exemples de raulorilé papale dès les premiers siècles 4a TËgltse. Si ces exemples sont encore plus fréquents dans des temps postérieurs, c'est quedanslessièclesvoisinsdeJésus-Christ,oii sa mémoire était encore toute récente, où; l'Esprit saint se répandait plus libéralement, où la foi et la morale étaient soutenues partout par de gratuit exemples, où il y avait, pour ainsi parler, autant de saints et d*apoires que d'évéques et de prêtres, la saine doctrine, le lien ne la paix, la discipline ecclésiastique se conservaient comme d'euxmêmes. Plus tard la charité s'est rofroidio, Tunion s'est relâchée, la zizanie s'est mêlée au bon forain, la discipline a reçu des atteintes, l'autorité d'un chef a été plus clairement, plus souvent reconnue, parce qu'elle a été plus nécessaire. D'un autre côté l'Europe, commença'kit à se partager en divers états, demandait un centre d'unité assez imposant pour prévaloir sur les divisions na~ tionaïcs. Casaubon, quoique protestant, Ciit à peu près la même réflexion (4).
49T. D. N'a-t-gn pas disputé sans relâche* pendant des siècles sur l'étendue de l'auto-
(1) D<»ss.» Uisl. des variât.. Ut. 13, n. 6.
(i) (iroiiui mmot. ad CqhwU. Cnêiaad. ad art. 7, H m ffr'tiiiA^v. Jiiv€lt.
• <5) ToHi le monde conaati le relDiir d*opîaion si remarqnahle^qui se manifesto de iios jours ea laveur de kl papauté parroi les Prolestaiiis les dIms gravies. Les QttvrasoB do Vdigt et de ilurter en font Coi. ^ (L. D.)
(I) VefiMVfia dubium iiiî4t esi^ tantum Utud $tU' éimè^Mod Mêmuê ab to (Leone M. ) ad4î6ilNtn , ul $edm romaua îh majut ^xteiuUreiuTf a bano ffriaciph fmâêa prpfe£l^m «I ad piuta çpiiimm $p€ctaiu. Va- }iiabmit m mîaie Euiemm pmrditiêmm kœr^UcU qui magnoi qu0M4 ilrag#f, pelui ajtri tiineam ingreui edeëant, nequt erant gai ftroaret^bus eorum uu opponerciil, gui guidem cawam bonani posurU adj%9are prœ- 1er rainanum epitcopum, Nemo auum perilui rerum êccUtm ignorai opéra romanêrum panUficum per mulia wcuia li^m me mum in çonêertanda $artalecta fidd daturma. Hoc iaielligenê Léo M. ei gaotidiana expe* fieatia edgeioê, guanlmn verœ fideiinUresul , ulvaraiMiN UH semper e9$ei in $ede romana prœiidium Jtrmii" mmum^ m^dh omnibui , ut ila e$êel ^ procuravit , etc. Casaub. Excrc. xv ad Annal. Baron.
rite pontificale; si le pape était infaillible, s'il était supérieur au concile, s'il était le maître *du temporel dos rois ?
R. Ces questions ne font rien au fond de raOaire. Le pape est le chef de la vraie £gli« se ; la vraie £gliso est donc celle qui recon* naît le pape pour chef. Il est raisonnable et nécessaire que l'Eglise ait un chef; le^ Eglises qui n'en ont pas ne sont donc pas la véritable. C'est là où nous bornons nos ré<* flexions ; et il ne nous importe pas d'en savoir davantage. — Suivantla déclaration ducler-* gé de France, le pape est sujet à l'erreur» soumis aux conciles généraux ; les Théologiens ultramontains et autres combattent co sentiment; mais rien de tout cela n'est essentiel à la foi, ni au gouvernement de TE* alise. Si le pape n'est pas inCaillible, les dé- «nitions en matière de foi appartiennent à l'Eglise universelle, assemblée dans un concile, où dispersée dans toute la terre, toujours goutemée et présidée par son chef; »ïl jouit de rinfoillibilité, c'est un moyen de plus de conserver la vérité. — Ceux qui croient le pape supérieur au concile le considèrent comme un général qui est à la tète d'unearmée qu'il conduit et qu'il commande avec un plein pouvoir au nom du monarque, souverain de l'état. Ceux qui le soumettent au. concile, le considèrent encore comme un: général commandant, mais soumis aux lois reçues dans toute l'armée, et auquel l'armée peut refuser d'obéir dans des circonstances où sa conduite compromettrait la glpire et le bonheur de Tétat (1). L'opinion du domaine temporel est aujourd'hui abandonnée ; si quelques ultramontains ont écrit que c'était une hérésie que de la combattre, c'est une décision où ils ont consulté les préjugés nar tionanx , préférablement aux règles do ki foi (2). C'était aç reste l'opinion dominante
(1) Cest là réellement la situation oU se trouvait le concile de Constance , qu*on cite ordinairement, pour exemple en cette maiièrc ; et c^est sous ce point de vue qu*on aurait dû envisager Fclat d'une controverse trop vivement agitée de part et d autre. La comparaison dont nous nous servons ici parait propre à faire connaître que dans cette controverse, comme dans les autres, les Thédogiens catholiques ne différent point entre eux pour le fond des choses , et qu'une explication réciproquement libre et franche les réunirait même dans la manière de parler.
(i) Ia vérité peut être Toccasion et la cause inno* cente de diverses erreurs. La religion reçue, autorisée et dominante dans un pays, tient aux affaires do la vie civile , aux lois nationales, aux opérations des gouvernements par 4eê liens sans nombre ; la puis* sanee temporelle et ^ puissance spiritoelle deviennent en quelque sorte inséparables ; leur bon accord fait le bonheur de Tétat : trompés par ces Incontestables rapportsi les anciens jurisconsultes ont ero devoir réunir les deux puissances en une seale; savoir, dans la plus éminente et la plus sacrée» qui est la spiritueUe (comme par une erreur bien plus absurde et plus funeste , les petites juristes do joor veulent .concentrer toutes les deux dans la puissance civile^. Mais les vrais principes n'ont pas urdé li prendre le dessu«, et sans la marotte de nos sages, occupés ii paraphraser éternellement les bévues de nos bons aïeux, qui, à tous égards , éulciit moindres et en plus petit nombre que les nétics, le système de la
PilILOSOPUIQUE.
H généralement reçae dans des siècles oà la jnrisprtïdence des emperetii^ n'Mait pas plus raisdÉMble que celle dés papes (1) ; et îl s*cu faut de beaucoup qu'elle ail eu les mauvais effets qu'on lui attribue (2).
{IL— 498. D. Qu^é(ait-il besoin pour soutenir rabtorité spirituelle du pape de lui donner la souveraineté d'un état temporel? *
R. Gela n'était pas nécessaire «ans doute ; tnais ce qui n'est pas nécessaire est souvent Irès-conveinable. Depuis la division de la chrétienté en différents états -, il est expé*
monarchie lemporel le du pape seraii depuis longtemps lorobé dans Toubll. On ne peut rien lire de mieux dur la distinction de la puissance spirilHelle et leroDorelle et la nécessité de Punion des deux que le lumineux ouvrage de M. Tabbé Pey, de /Micforil^ deê deux pumances^ Lié^e, 1780, 5 vol. in 8*, . beaucoup augmenté en 1787.
(1) Frédéric Barbercussey par exemple, ne pré« Icndaii pas seulement être matire du pape et de Home, mais du monde entier. II fit faire li redicrcho de tout ce qui avait jamais appartenu à Pcinpirc des Césars. Quatre docteurs de Tuniversité de Bologne qu^il consulta » lui altribuèreiit l'empire de Tunivers, le!qu*Augusteet Tibère Pavaient possédé. L'i fameux BartJiole ne balança pas même ii déclarer liéiétiques tnus ceux qui oiièl'aiéni douter de la monarchie universeîle des empereurs allemands. Dans la barbnrie etrignornncA'de ces temps mmultuenx, est-il éion^ liant que les papes aient vu aussi de fausser prétentions», C't qu'ils les aii^ul fait valoir de leur mieux ? Pourquoi exiger qu'ils fussent au-dessus de leur siècle, tandis que les empereurs étaient asservis aux préjugés les plus ridicules? Encore y a-t-il celte difTérence que les empereurs convenaient euxinèm^s de ces prétendus droits des papes ( tant l'erreur était générale ) ; mais ni les paries ni aucun homme sensé n'admettaient les prétentions des empereurs. Voyez Grégoire VII et / J, Martin 1 V, Frédéric J, Frédéric Jl, etc., dans le nouv. Dict. hiu.; Augsbourg, 1781. Les |>apes d'aujourd'hui sont pour le moins aussi bien guéris des anciennes erreurs que les primes séculiers ; ils donnent aux rois de la terre Pexentple de l'équité et de la modération.
(2) Un philosophe moderne a fait sur cet objet des réflexions plus équitables que tout ce qu^on lit dans les perpétuelle^' déclamations des périrtdistes et bro* chiiraires du jour contré cette époque de l'histoire de r£|;lise. Si les pa;ie<, dit-il, rCont pas une telle autorité^ et s'ils ont quelquefois abusé de ce qulls aûaient^ ils en ont pour l'ordinaire fait un usage louable et humain^ en entretenant la paix entre les minces chrétiens, en les unissant contre des hordes barbares qui étendaient tout tes jours leurs conquêtes sanguinaires , en réprimant la simonie^ la violence et les excès de tous les genres que. des maîtres ailiers et cruels commettaient contre des sU' jets faibles et opprimés; elle atait serm, selon la remarque de Hume . à faire de tout le monde chrétien une seule famille dont les différends se jugeaient par un père commun , pontife du Dieu de la concorde et de la jus • tiee. Graude et intéressante idée de l'administration la plus vaste et la phts magnifique qu''on pût imaginer, — Âu reste aujourd*hui que beaucoup de préjugés se sont évitnouis , et que' l'histoire est étudiée avec un esprit plus sérieusement philosophique, on reconnaît que cette souveraineté que les papes aflbctaient au m»yen-âge était ^nctionuée par l'opinion des peuples i c*éiait un droit moral que leur déférait cette volonté des nations qui, dans les idées modernes, est le principe di:s droits politiques. Qu«(nt à l'usage que les Souverains Pontifes ont fait de ce droit, l'étude iinptrtiale de Phisloire les jusiilie maintenant, et c'est k ProlcsUntisme qui s*est chargé de les rciiahiliter.
dient que le. père conuBun dés fidèles ne soit sujet d*aucun monarque. Un pape, citoyen de Londres ou de Paris, ne serait pa« égalcttient respecté deft deux nations. Voltaire (I) observe que les papes d'Avignon étaient trop dépendants des volontés des rois de i^ance » et ne jouissaient pas de la liberté nécessaire au bon emploi de leur autorité. Les patriar* éhes de Constantinople, jouets continua» des caprices des empereurs, tantôt ariens, tantôt iconoclastes, tantôt moqothélîtes, etc., sont riraage de ce que seraient les papes, ou du moins ce qu'ils auraient été pendant plusieurs siècles sans leur indépendance. Le pape, dit le président Hénault , n'est plus , comme dans les commencements, le sujet de Vempisreur; depuis que V Eglise s'est répandue dans /'«wtvers , if a à repondre à tous ceux qui y com^ mandent , et par conséquent , aucun ne doit lui commander. La religion ne suffit pas pour tmposer à tant de souverains ; et iHeu a juste^ ment permis que le père commun des fidèles entretintpar son indépendance le respect qui lui est dû. Ainsi donc il est bon que h pope ait la propriété d'une puissance temporelle, en même temps qu'il a Vexercice de la spirituelle: mais pourvu quil ne possède /a première
?fue chez lui, et qu'il n'exerce Vautre tm'atee es limites qui lui sont prescrites {2). -^L'union de toutes les Eglises occidentales sous.un pm* tife souverain, dit un auteur protestant et philosophe, /aaïi/at^/e commerce des nations» el lendait à faire de l'Europe une vaste repu^ hlique ; la pompe et la splendeur du culte qui appartenaient à un élablissement si riche contribuaient en quelque sorte à l'encourage^ ment des beaux-arts, et commençaient àrépan* dre une élégance générale de goût, en la conciliant avec la religion [3).-— Fleury remarque que rautorilé, mémcséculière^u papecoinnie souverain de Rome, est devenue néiessciire pour empêcher Ics.schlsmes, et tenir les évé-
Î|ues dans le devoir, pour mainleiur et deendre leurs libertés et leurs droits. Dans V Eglise romaine, on peut trouver une raison particulière d'unir les deux puissances. Tant ,qu€ Vempiré romain a subsisté , il renfermait dans sa vaste étendue presque toute la chréiienté : mais depuis que l'Europe est divisée entre plusieurs princes indépendants les uns des autres, si le pape eût été sujet de l'un d'eux, il eût été à craindre ^que les autres n'eussent eu de la peine à le reconnaître pour père eom* mun, et que les schismes n'eussent été fréquents. On peut donc croire que c'est par un efTet de la providence que le pape s'esttrouvé inaépen'dont el maître d'un état assez puissant pour n'être pas aisément opprimé par les autres souverains , afin qu'U fût plus libre dan$ Pexer-* cice de sa puissance spirituelle, et qu'il pût contenir plus aisément tes autres évéques dans le devoir'{h).^Sans cela, dit rabbéTerrassoi^ t7 arriverait^ que dès la première querelle d'un état chrétien avec Vautre, les rois ou les autres
(t) Annal, de IVm., i. i, p. 507, S08. (i) Ahrégé chronol. de Thist îre de France. Rts marr|ue part, sur la 2* race, édit. 1768. (3) lluuie, llist.de la maison déTud6r,til, p. 7 \k) llist. ccclés., tom; i6. dise. 40. nv f 0.
chefs voudraient se distinguer par quelque
croyance particulière. •« ^^ k^««^
409. D: Ne faut-il pas convenir de bonne foi que les papes ont quelquefois abusé de leur autorité, et l'ont fait servir à des vues humaines ; que quelques-uns ont déshonore leur dignité par des vices odienx et une conduite peu digne d'un pontife chrétien?
R. Jésus-Christ nous avertit expressément nue les chefs de la religion ne sont point im-
elle bien éclairée ? n'a-t-elle pas appauvri les états, et diminué les ressources de la société? R. 1* Comment des choses qui ne produi-r salent rien quand on les a données à l!Bglîse, auraient^-elles appauvri lesétats, et diminué les ressources de la société ? Car qu'étaîent-ellcs alors, ces terres qui font aujourd'hui les richesses des grands sièges et des anciens mo-r nastères? Des déserts sans habitants, d'immenses forêts remplies de bétes féroces ou de brigands encore plus à craindre qu'elles. Cultivées par les travaux des solitaires qui les ont
,„„„^ „^ .„ pouvait ^
contre les litres de celui qui l'exerce, il n y aurait plus d'autorité sur la terre- Dans les siècles d'ignorance et dans tous les siècles , les passions humaines ont porté de grands désordes dans tout ce qu'il y a de cours, de tribunaux, de sociétés sur la terre ; et quand ces temps de calamité sont passés, il faut jeter un voile sur les plaies qu'ils ont faites À l'humanité et à la religion. C'est l'avis reiv- fermé dans de fort beaux vers d'un poète médiocre :
Exddat nia die$ cno; nec posUra credvU sœcaUi : no$ certe uieeanws, et oprvta mirfte mâcle ugi noslrœ pntiamur cwnmaaaitts.
(staftitt ; sy/MF, L 5, e. 2.)
500. D. Pourquoi Dieu a-t-il permis que les chefs d'une religion sainte ne fussent pas toujours des hommes sans reproches et sans
vices? • » 1. .
R. Parce que la conservation de la religion chrétienne ne dépend pas de la sagesse et de la Vertu de ses pontifes, mais de la parole de Jésus-Christ et de Teffet immuable de la promesse solennelle qu-il a faîte de conserver son Eglise jusqu'à la fin des siècles. Le sort dès empire? de la terre dépend de la sagesse ei de la conduite de ses monarques ; il ne faut qu'un prince faible ou vicieux pour les pfécipiter du faite de la gloire dans ia conruOiion et le néant Les péchés des princes et des peuples , dit l'Ecclésiastique , renversent les états-, et en donnent la possession à des peuples étrangers (2). Si donc les faiblesses, les sdïindales, l'imbécillité ou l'Imprudence de quelques papes n'ont pu ébranler les fondements de la vraie Eglise, c'est que Dieu lui-même les a aÏÏermis et leur a donné une consistance que les hommes et les temps ne peuvent ébranler (3). Telle est la conclusion qu'on doit tirer de quelques endroits humilianU de l'histoire de l'Eglise. C'est l'observation du cardinal Baronius.
AaTiCLE.IV. Les biens ecclésiastiques.
501. D. Les biens de VEglise étaient le fruit de la piété des fidèles ; mais cette piété éUit-
(I) Stiper eathedram Moyn tederunt Seribœ el Phà^ rii^K Omma ergo quœenmque âixerînt vobii^ iervatê et fitcîte : seenndum opéra vero eorum nolite [oeere. Muiih. i3.
(i| Regwum m aente î« gentem trantfertur jfropter injuniitMiis^ et miwrutêt et contumeiias^ et ditersos dotus* Ecr.tip. 10.
.0) In dieku Uli$ mttem tegwmm iUoruM suscittéit De^ cmli repum , qÊuni Ik atêentum mm dMpabkwr^ U regnnm ejus alieri populo r,m tradeimr. Dm. ^
reçues des mains de la piélé, fécondées par leurs sueurs , si elles excitent l'envie , c est
2u'on ne veut pas se rappeler ce qu'elles talent avant de leur appartenir.
2" Ces terres, depuis couvertes de villages et de moissons, étaient encore plus la richesse de l'état que celle du clereé et des moines qui les possédaient. Les ecclésiastiques C4>ntribuaient aux besoins de l'état plus qu'au*cun autre corps : leurs biens rapportaient au roi incomparablement plus que ceux des laï^
2ues (1). Outre cela les biens de l'Eglise talent une ressource toujours ouverte dans les grandes nécessités , ressource que Henri VUI a bien regrettée lorsqu'il se vit obligé .de faire à son peuple une banqueroute infâme : Charles-Quint disait que ce prince inconsidéré avait tué la poule qui pondait des œufs d'or. Ces biens d'ailleurs n'appartenaient pas à des étrangers : on les trouvait entre les mains de parents qui aidaient leurs familles; qui , en isolant leur existence, donnaient aux autres le moyen de propager la leur ; qui consolaient les anligés , qui soulageaient les indigents , qui levaient les mains au ciel pour en attirer ces bénédictions auxqudles on doit la prospérité des états; qui , par l'exemple de leur piété et de leur vertu , contribuaient infiniment i conserver parmi nous là religion et les moeurs (â). Ces biens étaient encore une
. (l) Voyez la preuve avec tout le déiail possible dans PApol. de Louis XIV, au sujel de la révocation de l'édii de Nantes; et dans le Dict. aoii-pltil., arl. , Ahbi, ëdit. d'Avignon, 4771, p. 7.
(%) 11 n'y a rien qui fasse une impression pins vîta sur l'esprit du peuple, qui ait une inQuence plus fa^ vorable aux mœurs publiques i^ue tes maisons religieuse» où régnent la subordination, la charité, le conteniement ; où les chrétiens du siècle trouvent des lumières et des exemples ; où Toflice de Tégltse »e fait avec une décence et une pompe digues de Dieu, dans de beaux temples, dans lesquels ce grand nom, învof|ué avec respect et avec toute Ténergie des can« liqut*» inspirés et les charmes de Tharmonie, console les âmes pieuses des blasphèmes que lés Philosophes accumulent contre lui dans toutes les plages de la terre où ils dogmatisent impunément. — Llnutilité qu'on ne cesse do reprocher aux religieux, tandis que des milliets de séculiers ne font que charger la terre, la ronger et la 'corrompre, n'a rien de uDuvcau ni d'étonaint pour des gens instruits. Dans totis les temps, les hommes justes, qui n*ont de prétentions
3 ne sur la s:iinteté et la vertu, ont été rogantés comme es hors-d*œiivre par un monde vain, fuux et per* vers; ce n'est pas seulement il raismi du contraste de leurs leçons et de leurs excmpli^s avec les vices du siècle , mais à Talson de leur inutUité qu*it en a décidé la ruine. Grcum9em(an»» juttuin^ quoniam itiu tUis est ttobiSf et oentrwrm operibus nostrU, Sao. %«
leisoufce pour beaucoup de familles , oa éUMMemenl ponr les enfants que les protestants n'ont cessé de regretter. Us aidaient les ministres du Seigneur à rempHr leurs fonctions avec plus de dignité et de décence. Les sujets des ecclésiastiques étaient pour t Tordinaire traités avec plus de douceur et d*hnmanité. Les abbayes riches étaient les * hôtelleries des étrangers, Tasile des pauvres. L'argent des ecclésiastiques restait dans le pays : celui des séculiers s'en allait ailleurs
Cir les Toyages , les comédiens, les dépenses stueuses, etc. (1).
502. D. N'est-ce pas enrichir l'état que de lui attribuer les revenus de l'Eglise ?
11. Nous venons de répondre à cette question'^ par un mot de Charles-Quint que le philosophe Hume a trouvé très-sage et trèsvrai. L état, quelque riche ^u'il soit , peut s'appauvrir par une mauvaise administration ou par des guerres ruineuses; et n'estcç pas une excellente politique que de lui ménager une ressource? Ceux qui, par l'avis de Luther,~se sont emparés des biens de TE-t glise , sont-ils devenus plus formidables à. leurs voisins? Des courtisans avides, des admtaistrateurs infidèles ont dévoré les monastères , les abbayes , les hôpitaux ; eux et le prince dont ils servaient la passion, pareils aux harpies de là fable,' semblaient par leurs déprédations augmenter leurs besoins : tout s*évanouissait sous ces mains rapac3s. Le témoignage de Luther même, en cette matière, ne serait-Il pas reçu de nos Philosophes ? Camprobat €xperientia eo$ qui ecclesiastica bona ad se traxerunt, ob ea tandem depaupe-rari et mendicof fieri {Insytnpoëiacis, cap. h). Il rapporte à cette occasion les paroles ae Jean Hund, conseiller de l'électeur de Saxe. Nos nobileS comobiorum opes ad nos traœimus. Nune opes nostras équestres Uïœ comederunt^ €t consumpserunt hœ eœnobiates, ut neque obnobitdes neque équestres amplius habeamus. Il finit par l'apologue d'un aigle qui, emportant deTautel deJupiterdes viandes qui lui étaient offertes, emporta en même temps un charbon qui mit le feu à son nid (2).
vers. 1S. — On peut voir d^excellentcs réflexions sur celle matière dan) VApolomedeCétat Teîigieux. f vol. iii-li, Li^e, 4779.
'(t) On peal s*tnsirnire sur celle mnlière dans un ouvrage du P. M.imachi, dont le sujet esi que tes biens de r Eglise sont uiHes ei nécessaires à Célal; et dans un nuire composé par un seigneur laif|tie , et imprimé à Ferrare en 1770, Examen sur les richesses du clergé. Voyez dans les Remontrances des étais de Brabant , ds Flandre^ eu.^ 1787, plus. vol. in 8*, le préjudice irréparable i|ui résulle pour le peuple de la suppressi«.m des monasicres.
(t) On sait que la vente des biens ecclësiastiiines eo France n*a pas rapporté à Féiat le dixième de Jeur valeur, et h*a é:é avaiilageu>ic qu*à li^iffnobles Iran*, quants. Ce qui ^e passe aujourd'liui en Ëspngne n*cst pas de naiure à favuriser Tidée de ces grands avaulaites qd*un éiat peut tirer de la vente dcs^ biens ecclésiastiques. Ces biens (»nt été vendus à vil yr\x rt easpillés ; .et ce royaume, auirefois si rièlie. alors qu*il était <^vert de coùveiiiH, se trouve, après les avoir ^|épouiUés, hors d^éiat quelqucfuîs de donner des sou-, tiers il ses soldais. (L. D.)
AariCLE V. La Théologie seobsstiquo § L — 503. D. Ëst-ce^bsolumcnt sans r*ii« son que les Philosophes ont insulté si vivement au Christianisme, en relevant les écarts de quelques théologiens ?
B. N'est-ce pas agir sans raison que de mépriser des vérités respectables à cause de l'ignorance et du mauvais ^oût de ceux qtii entreprennent de les expliquer et de les dé* fendre ? Les Philosophes , en méprisant les Théologiens, s'arrêtent à une misérable équivoque. LosOriffènc, les Athanase, le^Basile» les Grégoire de Nazianze, les Jérôme, les ChrysostAme , sont des Théologiens du premier ordre, et ceux dont TËglise a toujours fait le
S lus grand cas. Nos Philosophes écrivent-Ils 'une manière anssi sensée et aussi solide .que ces grands hommes?
5M. D. La théoloffie scolastiqne ne méritet-élle pas^ lout le mépris que les Jiommes de ce siècle en ont conçu ?
R. La théologie scolastfque, qui a enfanté tant de volumes qui ne sont plus lus de personne et tant d'opinions inutiles qui ont absorbé et fait disparaître les points auxquels on dev|iit s'attacher par préférence , a eu de grands défouts. Les différentes écoles s'en sont trop servies pour établir leurs opinions particulières, et trop peu pour faire connaître les sublimes grandeurs et les preuves viclorieuses de la religion. Elle a répandu quelquefois l'obscurité sur des vérités simples, et poussé trop loin le raisonnement sur des inutilités. Cependant elle n'a jamais mérité le mépris qu'on afTecte d en inspirer. Il est d'une fausseté palpable qu'elle ail jamais donné atteinte au do^me : il est au contraire certain qu'elle fournit pour la défense de la foi de grandes lumières et de grandes connaissances ; mais elle pourrait les mieux dépouiller et les faire moins acheter (1). — * Si les petits détails où un Théologien est. quel-
auefois obliffé d'entrer ne se ressentent pas e la dignité et de la majesté de la religion , c'est que l'édiOce le plus magnifique dans sa totalité a des parties moins précieuses sans lesquelles il ne subsisterait pas. — Quand les Théologiens se sont oubliés , il y a toujours eu des Chrétiens sages qui les ont condamnés , et qui ont réclamé contre leurs délits. Les Philosophes viennent trop tard pourdire des choses neuves sur cette matière : Melchior Canus, Uabert, Fleury, Petao, Holstenius, Muratori, etc., ont prévenu leurs critiques.