‹ Cathédrale d'Amiens. Les stalles et les clôtures du choeurChapitre 5 sur 28 · HISTOIRE DE LA SAINTE-VIERGE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA SAINTE-VIERGE

Marie, la mère du Sauveur^ occupe au sommet des hiérarchies célestes, entre Dieu et les saints^ un trône à part et plus glorieux que les autres, le plus voisin de celui de son fils, qui est le fils du Très-Haut. C'est aussi le rang que nous lui donnons sur la terre : l'Eglise dans son culte, ses solennités et ses prières, les Pères et les Docteurs dans les pages éloquentes de leurs livres, tous les fidèles dans leur amour, et les bâtisseurs, les sculpteurs et les peintres des cathédrales dans leurs immortelles épopées. Temples baptisés de son nom, portails sculptés de son histoire , chapelles terminales des absides réservées à son autel , vitres et murailles couvertes de ses mystères : on les compte par milliers sur le sol catholique , échos sublimes des cantiques de louange répétés à sa gloire dans le ciel , magnifique expression de la chaleureuse et persévérante dévotion des

peuples de tous les âges. Voici donc Marie prenant aussi sa place au chœur de notre basilique, après l'histoire figurative de Jésus-Christ qui anime les miséricordes et les rampes, après sa vie réelle qui était au jubé, mais avant les Jean-Baptiste , les Firmin, et tous nos saints patrons dont les actes traduits en sculpture seront placés en sentinelle, comme une garde sacrée, dans les niches de pierre des clôtures. Nous Favons déjà saluée parmi les scènes de la création en sa qualité de seconde Eve; nous allons voir aux faces les plus apparentes des quatre pyramides et aux dossiers des deux chaires principales les circonstances solennelles qui marquent son existence. Le reste de sa vie sera plus caché ; nous la trouverons écrite sur les lambris des escaliers qui traversent la ligne des stalles basses. L'ornementation qui accompagne les scènes historiques, déjà si belles de naïveté et de mystère , en relève encore infiniment la grâce. On peut en juger par les dessins que nous en avons fait tirer (Pl. VL VIL VIIL IX. X. XI et XIL). Nous nous contentons d'y renvoyer, et nous passons de suite à la description des sujets.

CÔTÉ DE l'ÉPEFRE.

Panneau du bout de la stalle-maîtresse, du côté de la nef: La prédestination de Marie. Le Père céleste entouré de ses anges conçoit dans sa pensée l'éminente créature^ et la prédestine à ses glorieux privilèges et à ses incomparables

vertus. On la voit, au-dessous, entourée des emblèmes qui, danh^ les Saintes Ecritures^ révèlent la pensée divine, savoir: le soleil, la lune, l'étoile^ la porte, le cèdre du Liban, le lys, le puits d'eaux vives, la fontaine scellée, le jardin fermé, le miroir sans tache, la tour et la cité de David (Pl. Vf.).

Haut-dossier de la première stalle; aux quatre coins :

Le buisson ardent vu par Moïse. — La verge fleurie dans la main d'Aaron. — La toison miraculeusement humectée à la prière de Gédéon. — La pierre détachée de la montagne, sans que la main de l'homme y ait aidé, selon la vision de Daniel (Pl. VIL). Ces quatre événements figurent Marie en tant que mère et vierge à la fois.

Au milieu: /

Joachim étant venu faire son offrande, le grand-prêtre refuse de l'accueillir parce que sa femme est stérile (Pl. VIL). — Un ange apparaît à Joachim qui garde ses troupeaux^ et lui annonce qu'il lui naîtra une fille. — Un ange favorise Anne, à l'entrée de sa maison, de la même révélation.

Panneau du bout des stalles basses :

La Conception de Marie, représentée par la rencontre de Joachim et d'Anne à la porte dorée et par le baiser qu'ils se donnent. — La Nativité de Marie. Sainte Anne est couchée dans un lit; une femme présente l'enfant. — L'étoile apparaît à Balaam monté sur une ânesse et arrêté par un ange qui le menace de Tépée. v

Panneaux du passage B; Panneau à droite:

Marie apprend à lire; c'est sa mère elle-même qui lui

donne des leçons. — Marie est présentée au temple ; elle nnonte les degrés, les mains jointes; le grand-prêtre en habits pontilicaux l'attend à l'entrée du parvis sacré.

Panneau à gauche :

Marie prie devant l'arche; un ange se tient derrière elle. — Marie travaille; elle est assise devant un métier à tisser, et d'une main fait jouer la navette à travers la chaîne, pendant que de l'autre elle serre la trame avec un instrument en bois. Dans une ville renommée par ses fabriques, on ne devait pas naturellement concevoir pour la Vierge d'autre occupation que le tissage.

Panneaux du passage C : Panneau à droite : Le repas de la Vierge; c/est un ange qui lui apporte du pain et de l'eau (Pl. VIII. fig. 3.). — L'étude. Marie, dans la compagnie des jeunes filles élevées comme elles à l'ombre du sanctuaire, mais distinguée de ses compagnes par la richesse de son costume et par la hauteur son siège, reçoit les leçons d'une femme plus âgée.

Panneau à gauche :

Joseph, désigné par la floraison d^un rameau pour être répoux de Marie, s'approche du grand-prêtre, tenant dans ses mains le signe de l'élection divine. Les autres prétendants le suivent portant des rameaux desséchés. — Mariage de Marie. Le grand-prêtre prend les mains des époux pour les joindre. Marie porte une couronne de roses. Deux hommes du côté de Joseph , et deux femmes du côté de Mario représentent l'assistance.

Panneau du bout des stalles basses, au passage D : L'Annonciation. Marie est à son prie-Dieu; Fange est à genoux; une multitude d'anges apparaissent au dessus. Le lys dans un vase, la colombe qui descend d'un nuage expriment la virginité de Marie dans la conception du Verbe. ~ La Visitation. Elisabeth, sortie de sa maison, s'élance vers Marie; son geste semble exprimer ses paroles: Le fruit de vos entrailles est béni! Marie lève les mains et entonne son cantique Magnificat. ,

Panneau du bout des stalles hautes, du côté du sanctuaire :

Un ange apparaît en songe à Joseph profondément endormi sur son fauteuil, et lui explique le mystère de la maternité de Marie. — Joseph, revenu de son doute, est à genoux devant Marie présenté par deux anges; Marie lui tend la main. Le bâton, la besace et le sac ficelé posés à terre révèlent le projet de fuite du patriarche. — La Nativité de Jésus. L'enfant est étendu sur la paille, environné de rayons lumineux; Marie, Joseph et une multitude d'anges l'adorent. Joseph tient d'une main un flambeau allumé qu'il protège de l'autre main contre la violence du vent. Au-dessus de l'étable, les bergers prêtent l'oreille à la voix de l'ange qui annonce la bonne nouvelle (Pl. IX. fig. 1.). L'ange et plusieurs circonstances de cette scène sont figurés sur la face intérieure du panneau, du côté des stalles. — L'Epiphanie. Le dessin de la Pl. IX nous dispense de décrire ce sujet. On

remarquera que la scène se passe dans l'étable. — Le Christ

42 LES STx\LLES DU CHŒUR.

est révélé à Siméon par un ange. — La Purification de Marie. Celle-ci présente Fenfant; Siméon le prend dans ses bras; Joseph porte dans une corbeille les deux colombes. Le baldaquin qui surmonte Fautel est magnifique. Tous les accessoires de cette scène et des scènes précédentes, sur ce panneau, sont d'une incomparable richesse.

Le prophète David. — Plusieurs statuettes qui représentaient d'autres figures symboliques de Jésus ou de sa sainte mère ont disparu.

CÔTÉ DE l/ÉVANGlLE.

Panneau du bout de la stalle maîtresse, du côté de la nef : Le massacre des Innocents. Hérode est sur son trône et préside à l'exécution de ses ordres. Des soldats arrachent les enfants des bras et de la mamelle de leurs mères. Les mères disputent aux bourreaux leurs enfants, et tombent sur leurs genoux avec tous les signes de la douleur, quand elles les voient immolés et portés au bout des piques.

Haut-dossier de la première stalle :

La fuite en Egypte. Marie assise sur la monture traditionnelle tient l'enfant dans ses bras. Joseph suit à pied. — Les légendes disent que toutes les idoles furent ébranlées et renversées au moment de l'entrée de Jésus en Egypte; on les voit ici précipitées de leur piédestal. — Joseph, endormi, reçoit d'un ange l'ordre de retourner en la terre d'Israël. — Abraham, qui figure Tentrée en Egypte, et Isaïe

qui la prophétise. — Moïse représentant en sa personne la sortie d'Egypte, et Osée Fannoncant dans ses livres.

Pilier montant :

Voyage à Jérusalem. Marie conduit Fenfant par la main. St.-Joseph qui suivait la Vierge occupait sans doute la niche voisine aujourd'hui dépouillée.

Panneau du bout des stalles basses :

Marie et Joseph retrouvent Jésus enseignant dans le temple (Pl. X. fig. 1.). — Ils retournent à Nazareth avec l'enfant. La ville apparaît dans le fond.

Entre les frontons en accolade des deux cadres qui précèdent, le prophète qui a prédit la perte et le recouvrement de Jésus. ' '

Panneaux du passage F ; Panneau à gauche :

Les noces de Cana. La mariée occupe le milieu de la table; Marie, à sa gauche, écoute le serviteur qui lui annonce que le vin commence à manquer. A la suite de Marie , Jésus donne des ordres à un serviteur qui se penche vers les urnes. Le maître d'hôtel goûte l'eau changée en vin.

Panneau à droite:

Marie aux prédications de Jésus. On annonce à Jésus que sa mère et ses frères sont là, et il répond en montrant ses

disciples: Voici ma mère et mes frères (Pl. XL). Les personnages de la famille de Jésus sont : Jacques, José et Jude, et Marie de Cléophas leur mère.

Panneaux du passage G ; Panneau à gauche :

Le crucifiement. L'un des bourreaux perfore la croix;

Jésus attend; le chef couronné d'épines, les mains liées, assis sur la croix. Beaucoup de soldats armés; un officier civil tenant un parchemin roulé. La Vierge ne parait pas. — Marie aux pieds de Jésus crucifié entre les deux larrons; elle s'affaisse, Jean la soutient; Madeleine donne des marques d'une vive douleur; soldats et peuple.

Panneau à droite : .

La descente de croix. Jésus est à moitié enveloppé dans un Unceul; Joseph d'Arimathie, sur l'échelle, retient le corps; Nicodème, au bas, le reçoit; Marie, à quelque distance, est soutenue par saint Jean; Madeleine a saisi la main de Jésus; près d'elle, Marie de Gléophas. — La sépulture. Joseph et Nicodème tiennent le corps, l'un à la tête, l'autre aux pieds. Marie est penchée dessus; Jean soutient Marie; Madeleine à genoux ouvre une cassolette, deux autres femmes se lamentent. '

Panneau du bout des stalles basses, au passage H:

Apparition de Jésus à Marie après la résurrection. Marie est à son prie-Dieu; Jésus lai montre ses plaies encore ouvertes. — L'Ascension. Le Sauveur s'est élevé; on ne voit plus que la frange de sa robe et ses pieds. Marie et les apôtres sont à genoux.

Panneau du bout des stalles hautes, du côté du sanctuaire :

La Pentecôte. Marie est le centre d'un groupe formé des apôtres, des disciples et des saintes femmes. Au-dessus plane le nuage d'où s'échappent des flammes en forme de

langues, lesquelles s'arrêtent sur la tête de chacun d'eux. — Le trépas de Marie. Les apôtres entourent le lit où Marie est couchée, tenant dans ses mains un cierge allumé; saint Pierre asperge la mourante; un autre récite le chapelet, d'autres ont des livres ouverts.-— L'Assomption. Les anges enlèvent Marie, droite et les mains jointes, en présence des apôtres agenouillés. — Le couronnement de Marie. Dieu le Père, accompagné du Fils et du Saint-Esprit, pose la couronne sur la tête de Marie; deux beaux groupes d'anges complètent la scène (Pl. XTL).

La légende de Marie est parcourue. Cette portion de notre tâche a été aussi douce, qu'elle est importante. Nous y avons goûté le plaisir que procure la vue d'une œuvre complète. Aucune autre partie de la boiserie n'est aussi finie que celleci. Dans celle de l'ancien Testament, le récit, nous l'avons dit, se précipite à la fin comme si les détails avaient trop abondé, ou que les sellettes eussent manqué pour terminer. La suppression de dix stalles a causé quelque désordre et la perte de plusieurs sujets. Rien de tout cela n'est arrivé dans la vie de la Sainte-Vierge que l'auteur a menée à bonne fin, sans l'écourter, et qui a été conservée intacte avec les panneaux qu'aucun accident n'est venu attaquer. C'est à peine si l'on aperçoit les lacunes occasionnées sur les montants par la mutilation ou le vol de quelques groupes. Il aurait fallu d'ailleurs détruire beaucoup pour appauvrir cette (( histoire » si riche de détails, véritable monument de Ui

dévotion à la mère de Jésus, dévotion qui, pleine de ferveur dans le moyen âge, semble s'accroître au xvr siècle de toute la haine qui commençait à se manifester contre les dogmes catholiques.

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