‹ Cathédrale de BayeuxChapitre 9 sur 33 · DESCRIPTION DES TRAVAUX EXÉCUTÉS A LA CATHÉDRALE DE BAVEUX · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES TRAVAUX EXÉCUTÉS A LA CATHÉDRALE DE BAVEUX

fit boucher, avec du plâtre, plusieurs lézardes qui régnaient sur presque toute la hauteur des piliers N.-O., N.-E. et S.-O. Il demanda plusieurs fois l’autorisation de faire quelques travaux en reprise; mais ses inquiétudes n’étant pas partagées, il ne fut pas donné suite à ses propositions. En 1840 ou 1841, M. Schmitt, inspecteur général des édifices diocésains, signala l’écrasement du pilier N.-O. et le mauvais état des piliers N.-E. et S.-O. Enfin, au mois de mai 1851 , le jubé construit en 1098 fut enlevé pour débarrasser l’entrée du chœur. Derrière cette maçonnerie, on découvrit des lézardes et des fissures ; l’inquiétude s’accrut rapidement quand il fut constaté que ces désordres avaient éprouvé, en peu de temps, une augmentation sensible, et que les lézardes, bouchées en 1824, s’étaient rouvertes.

Le 25 janvier 1852, l’architecte diocésain proposa à l’administration un projet de restauration ; au mois de février, on commença à cintrer les deux arcs du bas côté voisin du pilier N.-O., et on plaça des étais autour de ce pilier pour empêcher le revêtement de s’en détacher. Plus tard, les cintres de ces petites arcades, ayant été jugés insuffisants, furent consolidés par un remplissage de moellons hourdés en plâtre.

Les mouvements se continuant, les lézardes s’élargissaient et il s’en formait de nouvelles. On dut, à plusieurs reprises, donner du jeu à la porte de la tour carrée, qui donne entrée dans le comble au-dessus de la nef; elle traînait sur son seuil, par suite des progrès de la lézarde du mur Ouest de la tour et de l’ouverture de l’arc. D'après un projet adopté en avril 1853, la base de lætour fut entourée, au mois d’août, d’un chaînage en barres de fer carré de 50mm sur 50min, embrassant intérieurement et extérieurement les quatre murs.

Précédemment, on avait enlevé les stalles et le petit mur de 0m,15 d’épaisseur qui se trouvait derrière elles, entre les piliers N.-E. et N.-O., afin de poser des étais dans l’arcade Nord, en même temps qu’on en plaçait dans l’arcade Ouest, entre la nef et la croisée; les têtes des étais furent engagées dans l’enveloppe des piliers pour la supporter. On ajouta ensuite de grands étrésillons horizontaux entre les quatre piliers de la croisée.

Les étais furent, peu de temps après, fortifiés par un remplissage en maçon-

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nerie dans les arcades Nord et Ouest. On plaça, de chaque côté de ces étais, des fermes en bois de fort équarrissage supportant, sur des cintres doubles, les grands arcs qui retombent sur le pilier N.-O., et l’on remplit en maçonnerie les fenêtres de la nef et du transept, attenantes à ce pilier.

Comme ces moyens ne parvenaient pas à arrêter le mal et que les colonnettes, non-seulement du pilier N.-O., mais encore des deux piliers voisins N.-E. et S.-O., s’épaufraient, on proposa, en décembre 1853, de diminuer le poids de la tour par la démolition des parties supérieures, qu’on voulait démonter, poulies replacer ensuite. Les réclamations de l’évêque, de la municipalité et de la population, engagèrent à tenter de nouveaux efforts.

Sur ces entrefaites, le dimanche de la Pentecôte de l’année 1854, un fragment important d’une moulure de la deuxième arcade Nord du chœur tomba, pendant l’intervalle des offices; cet accident, qui n’amena heureusement aucun malheur, frappa cependant les imaginations et fit naître dans l'esprit des habitants une grande appréhension au sujet de la solidité de l’édifice. Par mesure de prudence, le culte fut interdit dans la plus grande partie de la cathédrale et il ne lui fut réservé que quelques travées de la nef. O11 établit, dans les grandes arcades Est et Ouest, des échafauds et des cintres doubles, semblables à ceux déjà posés dans les arcades Nord et Ouest; et le soutènement de ces dernières fut renforcé par des poteaux accolés.

Une nouvelle proposition de démolir la tour fut écartée par des réclamations aussi unanimes que les précédentes.

Pendant les derniers mois de cette année et les premiers de 1855, on acheva de remplir successivement en maçonnerie toutes les baies, au nombre de onze, dont les arcs reposaient sur les trois piliers compromis. L'ensemble de ces travaux est représenté dans les planches suivantes :

La planche IV donne l’élévation de l’arcade Nord prise de l’intérieur de la croisée. On y voit la disposition des échafauds et des cintres, ainsi que l’ensemble d’étais et de maçonneries successivement accumulés autour du pilier N.-O., pour contenir les désordres qui s’y produisaient.

Les planches V et \I donnent les élévations des arcades Sud et Est, avec la

disposition de leurs échafauds. L’arcade Sud est vue de l’extérieur de la tour et l’arcade Est de l’intérieur.

Malgré ces travaux, aucun mouvement n’était arrêté, et l’état du monument inspirait des inquiétudes de plus en plus vives. La démolition de la coupole et de la tour, définitivement ordonnée au mois de juillet, fut commencée le 1er août.

Les protestations se renouvelèrent alors de toutes parts, plus énergiques que jamais; elles parvinrent jusqu’à l’Empereur, et, grâce à sa haute intervention, le 26 août, un ordre de M. Fortoul, ministre de l’instruction publique et des cultes, suspendit les travaux de démolition, au moment où, le dôme de Moussard étant enlevé, on allait attaquer la tour du quinzième siècle. M. Flachat fut chargé de visiter l’édifice pour émettre son avis sur la possibilité de le conserver, et voici le rapport qu’il adressa au ministre, à la suite de cette visite :

RAPPORT A MONSIEUR LE MINISTRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES CULTES,

SUR LES MOYENS DE CONSERVER LA TOUR CENTRALE DE LA CATHÉDRALE DE BAYEUX

Paris, 18 septembre 1835.

« Monsieur le Ministre,

« Conformément aux instructions que j'ai reçues de Votre Excellence, j’ai étudié les désordres qui se sont produits dans les constructions servant de base à la tour centrale de la cathédrale de Bayeux, les moyens de les arrêter et de restaurer l’édifice.

« J’ai procédé de la manière suivante :

« Le 5 septembre, M. de Dion, ingénieur attaché aux constructions des ponts des chemins de fer de Saint-Germain et du Midi, et M. Boutin, conducteur des travaux, employé depuis plusieurs années à des constructions analogues, se sont rendus sur les lieux. Ils ont été suivis par M. Pferron, inspecteur des tra-

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vaux de charpente des chemins de fer de l'Ouest et du Midi, et, le 10 septembre, par MM. E. Trélat, architecte de l’Exposition universelle, Molinos, ingénieur, chef des études de la Compagnie de Saint-Germain, et Nepveu, ingénieurconstructeur.

« Je me suis rendu ensuite à Bayeux, le 11 septembre, avec M. Crétin, architecte de la Compagnie de l'Ouest.

« J’ai trouvé les opérations de reconnaissance, foncement de puits, détermination des lézardes et affaissements, vérification des aplombs de l’édifice, terminés, et l’opinion de tous ceux qui m’avaient précédé déjà formulée par suite de ces observations.

« La discussion qui s’est faite en commun des impressions de chacun de nous me permet de donner l’énoncé suivant de notre opinion comme le résultat d’une conviction unanime.

« Il n’existe aucun désordre, ni dans les fondations, ni dans la partie supérieure de la tour; les mouvements qui ont eu lieu se sont manifestés dans les piliers. Ces désordres sont évidemment la conséquence de la mauvaise construction de ces piliers; ceux qui se remarquent dans les baies et piliers avoisinants ne sont que secondaires.

« Les travaux de soutènement qui ont été exécutés jusqu'à ce jour, loin de remplir leur but, surchargent, au contraire, les piliers, et tendent à en accélérer la destruction. Ces travaux consistent, en effet, en murs au moyen desquels on a rempli les baies qui avoisinent les piliers, en cintres placés sous les arceaux de la tour. Ces cintres, ainsi que les murs des baies inférieures, ont été posés sur un sol de remblais; ils ont tous subi des tassements, et par conséquent ne supportent et ne pourraient, en aucun cas, rien supporter du poids de la tour, tandis que les murs des baies supérieures n’ont d’autre effet que de charger inutilement les piliers de la moitié de leur poids.

« Nous avons été mis à naême de connaître l’opinion écrite de MM. Tostain et Fessard, ingénieurs des ponts et chaussées, et celle de M. Yiollet-Le Duc, architecte, et notre opinion s’est rapprochée de celle des premiers.

« Le point sur lequel nous partageons absolument l’opinion de tous est

l’urgence de prendre un parti ; le mal primitif et l’aggravation qu’ont produite les remèdes le rendent de plus en plus nécessaire.

« Pour obtenir un soutènement efficace, il faut rechercher des points d’appuis incompressibles. Afin de nous rendre compte de l’état actuel des fondations, nous avons pratiqué une fouille au pied de l’un des piliers, ce qui nous a permis de reconnaître que ces fondations ne descendaient pas jusqu’au roc, quelles reposaient sur une argile compacte, capable seulement d’une résistance limitée, et qu’à défaut d’empâtement elles ne peuvent fournir sans danger des points d’appuis aux étais.

« En présence de cet état de choses, nous avons la conviction que la réparation de la tour centrale est possible, et voici la suite des travaux qui, dans ce cas, devront être exécutés.

« La première chose à faire sera de prendre de solides points d’appuis qui permettent à la fois de supporter les étayements, et de contribuer puissamment à la consolidation ultérieure de l’édifice, en soulageant les fondations actuelles d’une partie du poids quelles supportent. Ces points d’appuis seront obtenus au moyen de cylindres métalliques remplis de béton, enfoncés sans chocs autour des fondations actuelles et pénétrant jusqu’au roc. Au mode de soutènement existant nous substituerons un système d’étrésillons en charpente, placé dans chacune des baies qui avoisinent les piliers, pour arrêter tous les mouvements latéraux. Les ogives qui soutiennent la tour carrée, et cette tour elle-même, seront soutenues par des chevalets en charpente reposant directement sur les cylindres. Pour arrêter les désordres qui pourraient se reproduire dans les piliers, pendant le cours des travaux, il faudra les cercler au moyen d’un coffrage en bois, dans lequel on coulera du plâtre. Enfin, on entourera la tour carrée de ceintures en bois, pour quelle n’agisse que comme un solide d’une seule pièce.

« Cés précautions, dont quelques-unes seront, sans doute, jugées superflues en cours d’exécution des travaux, permettront de reprendre en sous-œuvre en toute sécurité, partie par partie, la reconstruction des piliers.

« La dépense totale pour l’exécution de ces travaux serait, d’après le devis approximatif que nous fournissons, de 460,000 francs. Elle comprend la somme

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nécessaire pour rendre au monument à la fois ses conditions complètes de stabilité et de conservation dans la forme d'origine.

« Dans l’hypothèse de la démolition complète et de la reconstruction de la tour centrale, la dépense serait d’au moins 950,000 francs.

« Si enfin on voulait démolir la tour centrale, et se contenter de reconstruire les quatre piliers, de réparer les dommages subis par les parties avoisinantes, qui, dans cette hypothèse, seraient considérablement aggravés, et de prolonger simplement les toits du transept et de la nef, on n'économiserait, sur la somme de 400,000 francs, nécessaire pour la conservation de la tour, qu environ 130,000 francs.

« Je ne veux, Monsieur le Ministre, entrer ici dans aucune considération relative soit à l'intérêt que la population du diocèse attache à la conservation de la tour centrale, soit à sa valeur artistique. Si pourtant il m était permis de donner mon opinion, je n’hésiterais pas à dire que cette tour mérite, à tous égards, un sacrifice bien plus considérable que la faible somme que je vous ai indiquée.

« Je dois, en terminant, insister sur ce point que, malgré la dépense qui a été faite pour le soutènement, on ne peut avoir dans les travaux exécutés la moindre confiance. La tour porte, comme au premier jour, sur les quatre piliers écrasés; il est donc de la plus grande importance d’apporter un prompt remède à cet état de choses, et, quelle que soit la décision que vous prendrez, je vous prie, Monsieur le Ministre, de ne pas perdre de vue que chaque jour ajoute un nouveau danger et une nouvelle difficulté à la reprise des travaux* Dans les travaux de ce genre, la rapidité est un grand élément de succès. Si donc vous adoptez ce mode de reconstruction, je regarde comme indispensable que le crédit total du devis soit assuré, de manière que les travaux ne puissent subir une interruption de nature à amener des conséquences funestes.

Signé : « Eugène Flachat. »

Comme complément du rapport qu'on vient de lire, nous allons signaler les désordres qui s’étaient produits dans les différentes parties de l’édifice.

Après la démolition du dôme, la tour centrale, composée d’un étage octogo-

nal, d'un étage carré et des piliers qui les supportaient, conservait encore une hauteur de 50 mètres à partir du niveau des bas côtés du chœur. La partie octogonale était intacte; on y remarquait seulement quelques fentes très-anciennes et sans importance. La partie carrée offrait deux grandes lézardes,

l’une dans le mur Ouest, l’autre dans le mur Est ; et lus clefs des arcs de la croisée

étaient détachées.

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