‹ Catherine; comedie en quatre actesChapitre 3 sur 48 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes, FHOUARD

un domestique, annonçant.

M. le baron Frouard.

MADELEINE

11 va dire du mal de sa femme, je m'en vais. Adieu ! [Elle sort.)

LA DUCHESSE

Ce n'est pas vous que j'attendais, mais votre

femme. Elle a si généreusement exprimé le désir de m'accompagner dans mes tournées de charité que j'ai accepté avec joie. Est-ce que je ne la verrai pas?

LE BARON

Rassurez-vous, madame la duchesse. Elle me suit. A deux minutes près.

FRANÇOIS

Et vous n'êtes pas venus ensemble?

LE BARON

En pensée. Mais de fait, séparément. Vous savez?... ma femme, elle en prend toujours assez avec moi pour que j'en laisse un peu avec elle.

LA DUCHESSE

Allons, ne commencez pas à vous en plaindre.

FRANÇOIS

Vous auriez tort. La baronne est charmante.

LE BARON

N'altérons pas ses mérites'. La baronne est irascible, orguetHtUBè et avare.

LA DUCHESSE

Vous exagérez!

LE BARON

Avare au point qu'elle ne m'a jamais rien donné, même pas un enfant! D'ailleurs, vous la connaissez bien. Tout Paris la connaît. Mais je ne prétends pas la dénigrer. Telle qu'elle est, je la chéris et je ne changerais pas avec une autre.

LA DUCHESSE

Expliquez-vous !

LE BARON

Je ne changerais pas, d'abord, parce que j'y suis accoutumé et que vingt-neuf ans de résignation douloureusement conquise ne se recommencent pas ainsi, le sourire aux lèvres et puis... parce que... vous allez me saisir une fois pour toutes : le peu que je vaux, je le dois à cette précieuse et intolérable compagne. Oui, quand je me suis marié, je ne l'aimais pas, je l'épousais pour sa fortune.

FRANÇOIS

Oh!

LE BARON

Il y a des précédents. Et puis je dis toujours la vérité.

FRANÇOIS

Et elle, vous ai m ait- elle?

LE BARON

Non plus. C'était le donnant donnant. Elle voulait être baronne.

Elle le fut.

LE BARON

Et dès le lendemain, elle me rendit la vie si dure que je n'hésitai pas à renouer aussitôt avec une ancienne liaison.

la duchesse, sévère.

Ah! ça, Frouard !...

le baron

Avec la science, madame la duchesse, le seul amour un peu voluptueux de ma vie, cette science qui devait me mener au point où j'en suis, en attendant de monter plus haut.

FRANÇOIS

Les ballons !

LE BARON

Ne vous moquez pas. Je suis sur une piste. Premier service que me rendit Eugénie.

FRANÇOIS

Malgré elle.

LE BARON

Peu importe. Les meilleurs services sont ceux qu'on vous rend en croyant vous nuire. Non seulement ma femme sut donc m'empêcher de m'attacher à elle, mais elle eut l'art de m'éloigner de son cœur et de me jeter dans les découvertes. Je lui dois mon fauteuil à l'Institut. Je lui dois tout. Si j'ai quelques qualités j'en suis redevable à ses innombrables défauts. Moi aussi, jusque-là, j'étais âpre' à l'argent, vaniteux et emporté. Grâce à elle, j'ai vu comme en un clair et coupable miroir tout ce qu'il fallait éviter. Peu à peu, je me suis amélioré. Sa colère a fait ma douceur, son avarice ma générosité.

LA DUCHESSE

Vous n'êtes jamais généreux qu'avec son argent.

LE BARON

Eh! Elle est bien baronne avec mon nom ? Et son orgueil a fait...

FRANÇOIS

Votre modestie?

LE BARON

Pas encore complètement. Bref, chaque foisque je la vois, je songe : Dire que sans elle, je serais peut-être comme elle ! Immédiatement je la regarde avec une infinie tendresse {La baronne est introduite.) et je l'aime de tout mon cœur.

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