LA DUCHESSE, FRANÇOIS, LE BARON, LA BARONNE
la baronne, a son mari.
Qui cela, s'il vous plaît?
le baron
Vous, ma chère amie. Je parle toujours d< vous quand vous n'êtes pas là.
la baronne
Et vous cessez dès que je parais. Enfin,
c'est bon. (A la duchesse.) Suis-je en retard, madame?
LA DUCHESSE
Non, chère madame.
LA BARONNE
Tant mieux. J'aurais été désolée de vousfaire attendre, vous d'abord, et puis les pauvres. Quoi qu'en dise M. Frouard, je suis très bonne pour eux, excellente!
LE BARON
Moi, ma chère amie! Mais je m'épuise à le proclamer!
LA BARONNE
Seulement, j'ai horreur du gaspillage, et j'avoue que j'hésite toujours à leur donner del'argent. C'est si grave ! S'ils n'en ont pas besoin, c'est moi qui suis volée.
LE BARUN
Et s'ils en ont besoin ?
LA BARONNE
Ils en prennent l'habitude et ils vous redemandent, ça n'a plus de fin.
LA DUCHESSE
Finalement, comment vous en tirez-vous?
LA BARONNE
Je donne du pain.
LE BARON
Le pain quotidien.
LA BARONNE
Oui, mais pas tous les jours.
LE BARON
Est-ce qu'ils ont besoin de ça? C'est de l'argent qu'ils veulent. A propos d'argent, mon cher ami, je vous fais tous mes compliments.
Pourquoi?
LA DUCHESSE
LE BARON
Vous n'ôtes pas au courant? Il ne vous pas déjà dit?... C'est encore mieux alors! Vous savez, madame la duchesse, que la « Fraternité »...
LA BARONNE
Un journal ignoble.
François, comprenant, au baron.
Àh ! c'est pour ça !
la duchesse, à François.
Laisse le baron achever, puisque c'est par lui que j'apprends tes secrets.
FRANÇOIS
Il n'y a pas de secret, ma mère, c'est un oubli tout simplement.
LE RARON
La « Fraternité » a ouvert une souscription en faveur des ouvriers sans travail...
LA DUCHESSE
Oui. Après?
LE RARON
Il a souscrit. Duc François de Coutras, 500 francs ! Je trouve ça extrêmement chic! (^L sa femme.) Vous n'auriez pas fait ça, vous, Eugénie?
LA RARONNE
Pas dix centimes. Je donne du pain.
FRANÇOIS
Est-ce que j'ai eu tort, ma mère?
LA DUCHESSE
Le sentiment est généreux, je ne peux pas t'en blâmer. J'aurais préféré que ce ne fût pas dans les colonnes de la « Fraternité » qu'il se manifestât.
FRANÇOIS
C'est la « Fraternité » qui réunit les fonds. Quand on envoie une lettre chargée on ne choisit pas le facteur.
LE BARON
Très bien.
LA DUCHESSE
En tout cas, il y a eu orgueil à mettre ton nom.
FRANÇOIS
Je ne l'ai pas mis par orgueil, ma mère, mais par devoir. Je crois qu'à cette époque nos charités n'ont plus le droit d'être anonymes. On nous reproche assez d'étaler nos vices, pour que nous n'ayons pas peur d'afflcher nos vertus. Quand il nous arrivera d'accomplir une action méritoire, elle comportera désormais deux choses : l'acte en soi qui atteint son but en satisfaisant notre
conscience, et puis la publicité de notre nom qui donnera l'exemple.
Peut-être.
FRANÇOIS
Je ne regrette pas ce que j'ai fait. Surtout si je me rappelle ce que vous m'avez donné à lire il n'y a qu'un instant : soulager son prochain quel qu'il soit.
LA DUCHESSE
Tu as raison.
LE BARON
Parfait. Au revoir, madame la duchesse.
J'étais venu en passant pour vous présenter mes respects. Je me retire.
la duchesse, au bar on.
Vous n'avez rien à faire dire à votre filleule ? Elle doit venir ce matin.
le baron, à la duchesse.
Vous l'embrasserez à ma place. Elle y gagnera... (Lui montrant la baronne?) Je vous confie un précieux dépôt! (// sort.)