‹ Catherine; comedie en quatre actesChapitre 4 sur 48 · LA DUCHESSE, FRANÇOIS, LE BARON, LA BARONNE · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE, FRANÇOIS, LE BARON, LA BARONNE

la baronne, a son mari.

Qui cela, s'il vous plaît?

le baron

Vous, ma chère amie. Je parle toujours d< vous quand vous n'êtes pas là.

la baronne

Et vous cessez dès que je parais. Enfin,

c'est bon. (A la duchesse.) Suis-je en retard, madame?

LA DUCHESSE

Non, chère madame.

LA BARONNE

Tant mieux. J'aurais été désolée de vousfaire attendre, vous d'abord, et puis les pauvres. Quoi qu'en dise M. Frouard, je suis très bonne pour eux, excellente!

LE BARON

Moi, ma chère amie! Mais je m'épuise à le proclamer!

LA BARONNE

Seulement, j'ai horreur du gaspillage, et j'avoue que j'hésite toujours à leur donner del'argent. C'est si grave ! S'ils n'en ont pas besoin, c'est moi qui suis volée.

LE BARUN

Et s'ils en ont besoin ?

LA BARONNE

Ils en prennent l'habitude et ils vous redemandent, ça n'a plus de fin.

LA DUCHESSE

Finalement, comment vous en tirez-vous?

LA BARONNE

Je donne du pain.

LE BARON

Le pain quotidien.

LA BARONNE

Oui, mais pas tous les jours.

LE BARON

Est-ce qu'ils ont besoin de ça? C'est de l'argent qu'ils veulent. A propos d'argent, mon cher ami, je vous fais tous mes compliments.

Pourquoi?

LA DUCHESSE

LE BARON

Vous n'ôtes pas au courant? Il ne vous pas déjà dit?... C'est encore mieux alors! Vous savez, madame la duchesse, que la « Fraternité »...

LA BARONNE

Un journal ignoble.

François, comprenant, au baron.

Àh ! c'est pour ça !

la duchesse, à François.

Laisse le baron achever, puisque c'est par lui que j'apprends tes secrets.

FRANÇOIS

Il n'y a pas de secret, ma mère, c'est un oubli tout simplement.

LE RARON

La « Fraternité » a ouvert une souscription en faveur des ouvriers sans travail...

LA DUCHESSE

Oui. Après?

LE RARON

Il a souscrit. Duc François de Coutras, 500 francs ! Je trouve ça extrêmement chic! (^L sa femme.) Vous n'auriez pas fait ça, vous, Eugénie?

LA RARONNE

Pas dix centimes. Je donne du pain.

FRANÇOIS

Est-ce que j'ai eu tort, ma mère?

LA DUCHESSE

Le sentiment est généreux, je ne peux pas t'en blâmer. J'aurais préféré que ce ne fût pas dans les colonnes de la « Fraternité » qu'il se manifestât.

FRANÇOIS

C'est la « Fraternité » qui réunit les fonds. Quand on envoie une lettre chargée on ne choisit pas le facteur.

LE BARON

Très bien.

LA DUCHESSE

En tout cas, il y a eu orgueil à mettre ton nom.

FRANÇOIS

Je ne l'ai pas mis par orgueil, ma mère, mais par devoir. Je crois qu'à cette époque nos charités n'ont plus le droit d'être anonymes. On nous reproche assez d'étaler nos vices, pour que nous n'ayons pas peur d'afflcher nos vertus. Quand il nous arrivera d'accomplir une action méritoire, elle comportera désormais deux choses : l'acte en soi qui atteint son but en satisfaisant notre

conscience, et puis la publicité de notre nom qui donnera l'exemple.

Peut-être.

FRANÇOIS

Je ne regrette pas ce que j'ai fait. Surtout si je me rappelle ce que vous m'avez donné à lire il n'y a qu'un instant : soulager son prochain quel qu'il soit.

LA DUCHESSE

Tu as raison.

LE BARON

Parfait. Au revoir, madame la duchesse.

J'étais venu en passant pour vous présenter mes respects. Je me retire.

la duchesse, au bar on.

Vous n'avez rien à faire dire à votre filleule ? Elle doit venir ce matin.

le baron, à la duchesse.

Vous l'embrasserez à ma place. Elle y gagnera... (Lui montrant la baronne?) Je vous confie un précieux dépôt! (// sort.)

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