‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 102 sur 400 · POPULARITÉ DE HENRI VIII · texte numérisé non relu

POPULARITÉ DE HENRI VIII

« d'Aragon, nous l'avons jugée digne de notre alliance. (( C'est pour cela qu'après l'avoir prise pour fiancée, (( nous l'avons choisie pour épouse et que, bientôt après, « nous avons procédé ensemble à la cérémonie du cou- « ronnement, comme c'est l'usage, au milieu des ap- (( plaudissements de tout notre peuple et des démonsce trations d'une joie et d'un enthousiasme vraiment (( incroyable. C'est pourquoi nous avons pensé devoir « écrire à Votre Éminence, comme à l'un de nos meil- « leurs amis, ne doutant pas qu'elle ne se réjouisse avec (( nous de notre bonheur ^. »

Ainsi le roi lui-même constate qu'un enthousiasme incroyable de tout son peuple a accueilli le couronnement de la reine et le sien.

D'un autre côté, Henri VIII montra, dès cette époque, qu'il avait en réalité peu de scrupules, et qu'il se croyait en droit d'ajouter, après coup , aux serments les plus solennellement prêtés des explications plus ou moins restrictives.

Aussi il avait juré, publiquement et à genoux, de-

« 1. Ut de imperio post Serenissimi régis ac patris nostris obitum « successurus Veslra Reverentia Dominatio cerUor liât significamus, « illi qualiter paulo ante nos prospicientes ad egregias virtutes illiis- « trissimse principis. D. Gatharinae, Serenissimi régis Aragonorum filiee, (c illam nostro connubio dignam duximus. Quare eam desponsavi- « mus et iixorem duximus, moxque una cum illa coronati sumus « solemniter, ut moris est, cum incredibili totius regni nostri gaudio, « exultatione et applausu. Quod Vestrse Reverendissimœ Dominationi « utpote amicissimum nostro scribendum duximus, non dubitantes quin « liis nostris secundis rébus sit gavisura. Ex palatio nostro Green- « wici. Die viii Julii 1309, et regni nostri prima. » (God. Vaticanus 6210.J Dans une lettre écrite à Ferdinand, du 17 juillet suivant, il dit aussi « The multitude who assisted was immense, and joy and applause much enthousiast. » Calendar, tome II, p. 20.

EXl»LIGATIOiNS RESTRICTIVES DE HENRI. 91

vant l'archevôque de Cantorbéry, qu'il maintiendrait les libertés de l'Eglise, garanties par les anciens rois d'Angleterre , et dans le procès-verbal de protestation de serment qu'il alla signer secrètement dans la sacristie, il ajoute : « autant qu'elles ne préjudicieront en rien à « ma juridiction et à ma dignité royale ».

Il a promis de maintenir la paix entre la sainte Eglise, le clergé et le peuple : il explique le sens de cette promesse, en corrigeant ainsi la formule dont il vient de se servir : « Je jure de travailler à l'union du peuple « et du clergé, sous la domination royale. »

Il a juré de faire respecter les lois du royaume, « sans « préjudice, ajoute-t-il, des droits de sa couronne ou « de sa dignité impériale » .

Ces interpolations clandestines i, que l'on ne saurait justifier, témoignent de Texcessive préoccupation de Henri pour le maintien de ses prérogatives et, tranchons le mot, de son autorité absolue, qu'il entendait bien faire prévaloir, au besoin, sur les libertés du royaume et sur celles de l'Eglise.

On est étonné de cette maturité froide et de cette prévoyance politique, dans un roi de dix-huit ans, et l'on se demande, avec une espèce d'effroi, où il avait puisé l'idée de ces procédés machiavéliques, avant môme que les œuvres de Machiavel n'eussent été publiées.

Du reste , il aimait toujours beaucoup Catherine à cette époque , et reportait môme sur son beau-père Ferdinand une bonne part de l'affection qu'il avait pour

1. Audin, dans son Histoire de Henri VIII, a fait autographier ce irocès-verbal avec les interpolations qui furent écrites mystériouselent par le roi dans une chambre attenante à la sacristie de la chaque de Westminster.

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