INTRODUCTION HISTORIQUE XVII
cachait soigneusement dans un coffre. Néanmoins, lors de ses réceptions solennelles, il se montrait parfois magnifique et fastueux.
Ce prince déploya une grande vigilance et une véritable habileté pour défendre sa couronne menacée par des insurrections incessantes. Mais il ne montra pas la même supériorité dans le maniement de la politique étrangère.
Il n'aimait pas la guerre, et, malgré toute la finesse qu'il prétendait avoir, il se laissa entraîner par Ferdinand à des hostilités répétées contre la France, desquelles il ne tira aucun profit.
Ce qui lui manqua surtout, c'est la générosité et la grandeur d'âme. On sentait en lui l'aventurier et le parvenu. Sa correspondance trahit sa petitesse ombrageuse, son manque total de franchise et de sincérité. On verra des preuves multipliées de sa duplicité politique dans le récit de ses négociations avec l'Espagne, et dans l'exposition de sa conduite à l'égard de Catherine d'Aragon. Sa dureté artificieuse et opiniâtre envers cette malheureuse princesse nous semble imprimer à sa mémoire une tache indélébile.
Isabelle de Castille reine d'Espagne.
?î II
La proclamation des droits d'Isabelle à la couronne de Castille et son avènement sur le trône en 1474 furent salués avec d'autant plus de joie par la nation espagnole qu'elle était plus lasse du spectacle d'immoralité donné par le roi Henri IV et par sa cour.
Ce faible monarque vécut longtemps sous le môme toit que la reine, sans se douter qu'un de ses courtisans, Beltran de la Cueva, avait acquis auprès d'elle toutes les prérogatives d'un amant préféré, et que lui-môme, époux sans discernement et sans dignité^ était devenu la fable de la cour et de la nation tout entière.
Si on faisait du droit politique avec des maximes empruntées aux jurisconsultes romains, avec des textes de lois dont on tuerait l'esprit en les interprétant à la lettre, on pourrait rapetisser cette question aux dimensions d'un procès civil, et plaider plus ou moins sérieusement qu'Isabelle a été une usurpatrice; on soutiendrait en
INTRODUCTION niSTORIQCE XÎX
même temps que l'héritière légitime du royaume était la princesse Dona Juana ^ fille légale de Henri VIII. Mais si celle-ci, née sur les marches du trône, ne fut pas désavouée par le roi dans les délais voulus, elle se trouva l'être sur le champ par l'opinion publique de la manière la plus éclatante. On sait le surnom qui lui fut donné de Beltraneja, c'est-à-dire flllede Bertrand de la Gueva. C'était l'arrêt des contemporains, il fut conGrmé par la postérité et par l'histoire.
Le peuple espagnol était trop fier pour continuer de supporter ainsi une royauté traînée dans la fange.
Le mouvement en faveur d'Isabelle, cette jeune princesse si pure et si austère, était né d'une réaction de tout ce qui était honnête contre tout ce qui était corrompu, de tout ce qui était noble contre tout ce qui était vil. Ce mouvement devint tellement fort . que Henri IV lui-même fut obligé d'y céder pour ne pas être
1. Il exiii-i un rneaioir: lorl curieux sur i uiogiuniu: tle la nais^dnc* de cette princesse. Il fut composé pour prouver la convenance et l'opportunité du mariage de Charles-Quint avec la princesse de Portugal. Dona Juana. dite Beltraneja, vivait encore à délie époque, reléguée dans un couvent, non loin des bords du Tage. Bien des années auparavant. Alphonse, roi de Portugal, avait voulu |>rendre fait et cause pour elle. Il avait été vaincu, et il était morl peil de temps après. Mais il y avait là je ne sais quel point noir qui inquiétait encore les Castillans. On regardait comme très politique un mariai; 2 qui donnerait à Charles-Quint ou à son héritier tous les droits possiM »3 à Ihérilage du trône de Portugal et qui empêcherait qu'on ne revendiquât dans ce pays la couronne d'Espagne pour la Beltraneja. Voir le Ca- Undar of state papers, déjà cité, tom. II. p. 39G-397. Le mémoire donne des preuves concluantes contre la lA 'iiiniii' lo Djiii Juina.