SCRUPULES ET EXAMEN BIEN TARDIFS
piquait de théologie, aurait-il pu rester, pendant dixhuit ans, sans ouvrir les yeux sur Vélat de péché où il aurait vécu, en vivant conjugalement avec sa bellesœur? N'avait-il pas été averti, par l'opposition même de l'archevôque de Gantorbéry, qu'il y avait là une question théologique à examiner? Pourquoi ne procode-t-il à cet examen que quand il devient amoureux d'Anne de Bolevn ? Alors, sans doute, il travaille à s'abuser lui-même ; mais, s'il parvient à se faire illusion plus tard, ce premier travail n'aura pas été entrepris de bonne foi, et Henri trahira souvent encore, dans le cours de cette affaire, son manque de franchise et de sincérité.
Ainsi, pour expliquer comment la pensée sérieuse du divorce fut conçue par Henri VHI, il faut d'abord faire rhistoire, aussi exacte que possible, des irrégularités de sa vie privée. Nous devons ensuite montrer ce qu'était Anne deBoleyn, de quelle manière elle fut élevée, et comment elle trouva dans son père, dans ses parents, arrivés aux premiers postes de l'Etat, un appui naturel et puissant. Le roi d'Angleterre, en se laissant entraîner par les flatteurs et les courtisans qui l'entouraient, céda aux influences qu'il avait lui-même créées. Sous ce rapport, le milieu où il vécut ne saurait lui servir d'excuse. D'ailleurs, pour se décider à marcher dans la voie qu'il voulut choisir, il ne consulta ni la théologie, ni la politique, il n'eut en vue que d'assouvir sa passion ; mais il enrôla la théologie et la politique au service de sa cause. C'est ce que l'on verra clairement dans la suite de cet ouvrage.