IL LU[ FAIT RENDRE DES HONNEURS PRESQUE ROYAUX
n'avait conservé de la reine Catherine qu'un seul enfant, la princesse Marie, et n'avait plus l'espoir d'avoir d'elle aucune autre postérité ^ «
Voilà donc comment s'explique l'importance que Henri crut devoir donner à la reconnaissance du petit duc de Richemond. Il célébra cette cérémonie le 6 juin lo2o, avec une pompe vraiment royale. Le cardinal Wolsey et les principaux lords du royaume, tant spirituels que temporels, étaient en tête du cortège où figurait comme principal personnage le jeune et bel enfant à qui semblaient promises de hautes et mystérieuses destinées.
Il fut conduit à travers la longue galerie de Bridewel, jusqu'à la chambre royale, oii Henri VIII le reçut avec une grande solennité. Après que l'enfant se fut agenouillé, encore dans ses vêtements de bahy^ Sa Majesté lui ordonna de se lever. Alors, prenant les lettres patentes des mains de Garter, il les transmit à Thomas Morus, pour en faire la lecture. « Quand on en fut, dit une lettre du temps, aux mots : Gladii cincturum^ le royal enfant se remit à genoux, et Tépée- qu'on lui plaça autour du cou pendit sur sa poitrine -. » A toutes ces dignités le roi ajouta, le mois suivant, celle de lord amiral d'Angleterre. Le roi lui fit ensuite de grandes concessions de terres, pour qu'il pût soutenir son rang. Sa maison fut montée sur un très grand pied ; et ce qui faisait ressortir la magnificence dont on l'entourait, c'était la parcimonie avec laquelle était traitée la prin-
1. Lettre du '28 juillet Ijiô, par laquelle Tunstal, ambassadeur près la cour impériale, dit avoir tenu ce langage à l'empereur lui-mùme. Gayangos, Calendar, p. 1019.
2. Lettre de ^Volsey, Calendar, etc., édiléo par le docteur Brewer, p. G39.
130 PRÉSÉANCE DONNÉE AU DUC DE RlGIlEMONt).
cesse Marie, fille légitime de Henri VIII, reconnue princesse de Galles, et âgée de trois ans de plus que son petit frère. L'acte même qui avait Créé cet enfant duc de Richemond, lui donnait le pas sur toute la noblesse d'Angleterre, et sur la princesse sa sœur elle-même.
Cette dernière faveur était par trop significative; elle ne pouvait manquer de blesser profondément une mère telle que Catherine, jalouse de la conservation des droits de sa fille à la couronne. Mais cette princesse ne témoigna, dit-on, son mécontentement qu'à trois dames espagnoles de sa maison. Ces dames, qui avaient compati à sa douleur, furent accusées d'avoir excité et entretenu ses ressentiments; le roi les fit sur le champ chasser de la cour. Ce fut une mesure dure et cruelle, dit l'ambassadeur de Venise, qui rapporte ce fait; mais la reine a été obligée de se soumettre et de prendre patience ^
A dater de ce jour, la malheureuse princesse dut, en effet, avoir besoin de beaucoup de patience pour supporter d'être ainsi publiquement bravée. Elle put s'attendre à être désormais espionnée et tyrannisée dans tous les actes de sa vie intime. Elle se voyait isolée^ sans refuge et sans secours. Henri VIII s'éloignait d'elle avec une aversion mal dissimulée, ses affections les plus innocentes étaient suspectes ; toute sa puissance d'aimer se reportait sur sa fille Marie, qui lui donnait, il est vrai, toutes les jouissances de cœur que pouvait désirer une mère , toutes les satisfactions que pouvait rêver son orgueil. Mais elle pressentait, avec un vague effroi, que l'avenir de cette fille chérie, destinée au
l. LoLlre ilu -V.) juin. — Voir Calendar, p, 455.
Refroidissement croissant de Henri 131
trône d'Angleterre, était secrètement menacé, et qu'elle avait tout à craindre du roi.
C'est alors que dans l'abandon oi^i elle se trouve, elle se souvient de son neveu Charles-Quint , et lui écrit une courte mais affectueuse lettre pour se recommander à sa bienveillance. Voici le texte qui nous a été conservé ^ :
« Bien éminent et puissant seigneur,
« Je ne puis pas m'imaginer que je puisse vous avoir « causé de la peine et du chagrin ^, et je ne puis pas « penser que vous m'ayez oubliée, au point de m'avdr a laissée, depuis plus de deux ans, sans aucune lettre « de l'Espagne. Cependant, je suis sûre de ne pas mé- « ri ter d'être traitée ainsi, car mon affection et mon « dévouement pour Votre Altesse sont tels que je me (c croirais digne d'une meilleure récompense. )>
Lorsque Catherine, en lolO, avait cru s'apercevoir de la première infidélité de son époux, elle était encore assez énergique, elle avait assez d'initiative pour lui faire une scène domestique; maintenant, elle semble succomber sous le poids des infirmités et des souffrances morales. Elle n'a plus assez de force pour se plaindre à son mari, ni pour épancher ses douleurs au dehors. Son attitude est toute passive. Quand elle ne peut plus
1. Lettre du 20 novembre 152G, premier vol. de la deuxième partie du Calendar, p. 1018-1019; édit. par Gayangos.
2. / cannot imagine wliat inaij be tlic cause of your highnes may be so angry. etc. — Peut-ùlre Charles-Quint lui avait-il fait dire par ses ambassadeurs qu'il était IViclié, lui aussi, (\c n'avoir pas de ses nouvelles depuis longtemps.
j32 POUR CATHERINE.
ne pas apercevoir les scandales de la conduite de Henri YIII, sa prostration est telle, qu'elle ne sait plus que gémir en silence. 11 faut qu'elle soit menacée du divorce pour qu'elle se relève, grande, digne et fière.