V PEINTURE DE LA COUR PAR ÉRASME
instruits et de mœurs sévères, qui étaient en faveur, c'étaient précisément les jeunes gens perdus de luxe et disposés à donner de mauvais conseils. La peinture si flatteuse d'Érasme semblait devenir une sanglante ironie.
Cependant, même à l'époque où s'opérait cette malheureuse transformation, rien ne faisait supposer que les influences nouvelles qui prévalaient à la cour pourraient amener Henri VIII à chasser Catherine du trône et à la remplacer par une autre femme. Cette œuvre indigne devait être accomplie par l'ascendant d'une rivale nouvelle, sortie des rangs de la gentry anglaise, mais non de la première noblesse. Cette rivale s'est fait une triste renommée dans l'histoire ; ce fut, comme on sait, la jeune et séduisante Anne de Boleyn.
Les Boleyn, sans être illustres, appartenaient à une famille noble et assez ancienne. Néanmoins la première notabilité qui lui donna quelque lustre fut Geoffroy Boleyn. Bisaïeul de la trop fameuse lady Anne et de sa sœur Marie, il était négociant et maire de Londres en 1457 ^ Son fils, William Boleyn, quitta le commerce, se fit présenter à la cour et fut nommé chevalier du bain par Richard III. Il épousa Marguerite Butler, fille du dernier comte irlandais d'Ormond et appelée à une part' de son héritage. Enfin sir Thomas Boleyn, fils de William, seconda Henri Mil dans son expédition contre
1. Dreux du Radier nous apprend que celte famille remonterait au XIV* siècle et serait originaire de France. 11 mentionne un titre de 13'i'i, dans lequel un Vautier Boleyn est qualifié de vassal de Baudoin, duc d'Avcsnes, près de Péronne. Dreux du Radier, Mémoires histuriques ci critiques et anecdotes sur les reines et régentes de France, tome IV, p. 21U, édit. de 1776.