‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 14 sur 400 · INTRODUCTION HISTORIQUE XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION HISTORIQUE XXI

eux ne pouvait être que nominale, puisque leurs intérêts étaient communs, leurs principes et leurs idées tout à fait identiques, enfin elle lui fit accepter l'assurance qu'ils marcheraient toujours étroitement et tendrement unis.

Isabelle changea entièrement les mauvais courants qui régnaient à la cour des deux rois qui l'avaient précédée sur le trône. A l'esprit d'anarchie et de révolte, elle fit succéder le sentiment profond et le respect de l'autorité, aux désordres les plus scandaleux, la décence la plus parfaite, enfin à la rudesse des formes cette délicatesse de mœurs et de manières qui rend la force polie et l'audace même timide. Elle profita des tendances de ce peuple espagnol resté jusqu'alors le plus chevaleresque de l'Europe pour exercer sur lui un prestige qui n'appartenait qu'à son sexe et, parmi son sexe, qu'aux personnes douées comme elle d'une distinction suprême dans la démarche, dans le langage et dans l'accent, dans la physionomie même du visage, reflet fidèle de son âme.

Nous avons sous les yeux un portrait d'Isabelle : c'est une gravure copiée d'après un maître obscur, dont le tableau était, il y a peu d'années, dans le palais de Don Blas à Madrid. En comparant ce portrait à celui qu'a tracé de cette princesse le premier coloriste du xvi^ siècle, le Titien, et que nous avons vu et admiré à la galerie d'Augsbourg en Allemagne \ voici l'idée que

l. La splendeur de coloris de rilliistre vénitien met en relief lo teint magnifique, les traits admirables de la grande reine. Mais le Titien n'a

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l'on peut se faire de la reine Isabelle. — Elle devait être d'une taille un peu au-dessus de la moyenne, et remarquable par sa svelte élégance. Ses cheveux châtain-clair se nuançaient d'un léger reflet doré, ses yeux d'un bleu foncé brillaient d'une vive expression d'intelligence et de fermeté, tempérée par une douceur céleste. Dans la gravure que nous venons de mentionner, elle est représentée avec une robe montante, et la tête couverte d'un voile qui lui encadre toute la figure : elle tient un livre d'heures à la main. Au premier abord, elle rappelle un peu ces vierges de Giotto dont la physionomie si élevée et si pure a, en même temps, un caractère de religieuse sévérité. Mais, quand on l'examine plus attentivement, on croît reconnaître que la souveraine des Espagnes médite plutôt sur les devoirs de la royauté que sur les splendeurs du ciel. Il y a quelque chose d'arrêté dans son regard qui annonce une volonté positive et tenace. Sa sérénité, sa réserve, -sa dignité contenue, si marquées dans son attitude et dans tous les traits de sa figure, témoignent de sa force morale et inspire à ceux qui la contemplent un respect involontaire et profond.

La fermeté qu'exprime dans ce portrait la physionomie d'Isabelle n'estpas un signe trompeur: elle faisaitlefond de son caractère, sans en exclure la grâce et l'aménité.

dû peindre ce portrait, d'après les ordres de Gliarles-Quint, que vingt-cinq à trente ans après la mort d'IsalDelle ; cependant on doit croire qu'il (i été composé d'après des portraits faits du vivant de cette princesse.

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Elle ne plia jamais devant les rébellions populaires ^ Mais surtout elle lutta avec une sévérité inflexible contre les usurpations des grands de Gaslille, en leur appliquant les lois, comme elle l'aurait fait aux moindres d'entre son peuple, a Les chefs des maisons de Cadix et « de Médina Sidonia, dit le plus moderne des histo- « riens espagnols ~, les Guzman, les Ponce de Léon, « les Aguilar et les Porto-Garrero, qui maintenaient « tout le pays dans le trouble et dans les divisions, « durent éprouver un étonnement voisin de la stupé- « faction, quand ils virent cette jeune reine entrer « intrépidement à Séville, recevoir les acclamations du « peuple, et administrer la justice avec un calme aussi « imperturbable, que si sa domination avait été depuis « longtemps affermie dans ce pays. Parmi ces seigneurs « indépendants qui paraissaient si formidables, les uns (( rendirent à la couronne les biens qu'elle leur avait « engagés, les autres se présentèrent à la reine pour « disculper leur conduite passée et promettre d'être « plus tranquilles et plus soumis à l'avenir. »

G'est Isabelle qui donna les plus vifs encouragements et une consécration légale aux Sautas Ilcrmandades, ces associations populaires nées au sein des villes de Gastille, pour réprimer les désordres, les brigandages,

1. On sait quelle fut sa présence d'esprit et son indomptable courage lors de la terrible émeute de Ségovie.

2. La Fuente, historia gênerai de Espana, part. II, lib. V, p. Ml- 112, secunda ediciùn, MadriJ, 18G9.

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