XXIV INTRODUCTION HISTORIQUE
qui ôtaient à tous le sentiment de la sécurité. Un de ses traits caractéristiques était de ne pas faire acception de personne, et de tout subordonner aux principes d'une rigoureuse équité; c'est un mérite plus grand encore pour les princes, que celui de la clémence. Elle pouvait avoir des erreurs de jugement, mais, quand une fois elle avait vu bien clair sur une question de justice, elle ne fléchissait à aucun prix.
Ainsi un chevalier gallicien appelé Yanez de Lugo, ayant commis un crime de violence, demandait à être soustrait aux poursuites de la justice. 11 offrait, pour obtenir S6s lettres de pardon, la somme, énorme à cette époque, de 40,000 doublons d'or. Isabelle était dans un grand besoin d'argent, et ses conseillers la pressaient fortement d'accepter : elle fut inflexible dans son refus ^ .
Voici un autre exemple de sa sévérité impartiale envers les personnes même de sa cour, et de ce qu'on pourrait appeler sa passion pour la justice.
Un jour, dans la salle des gardes de son palais de Valladolid, une querelle s'éleva entre deux jeunes gens, Ramiro Nunez de Guzman, Lord de Toral et Frédéric Henriquez, fils de l'amiral de Gastille, lequel était oncle du roi Ferdinand. Dès que la reine en eut été informée, elle donna à Lord de Toral un sauf-conduit
1. Pulgar, Reges calolicos, part , II, cap., xcxv. — L. Marinœo, Cosas memorabiles, fol. 180.