CHARLES-QUINT CHERCHE A PROTÉGER SA TANTE
d'ailleurs, choisir un plus fin diplomate, un plus habile négociateur. Le prétexte de cette ambassade serait de donner la dernière main aux traités de paix et de guerre avec la France. Seulement ni Wolsey, ni Henri VIII, ne se doutaient que la présence d'un seul homme, à Londres, avait suffi pour éclairer Catherine et relever son courage. Cet homme était Inigo de Mendoza, le nouvel ambassadeur de Charles-Quint auprès du roi d'Angleterre.
Déjà, il est vrai, Catherine avait tourné ses regards vers Charles-Quint. Après deux ans de silence, elle lui avait écrit une lettre affectueuse pour se recommander à son souvenir.
Elle eut aussi, un peu plus tard, l'occasion de faire passer de ses nouvelles à ce prince, par un gentilhomme de sa maison^, nommé François Philipp, qui était Espagnol et qui lui avait demandé la permission d'aller visiter son père malade. Mais la reine ellemême n'avait pas osé lui donner cette permission; elle avait renvoyé à Henri YIII la décision de cette affaire. Le roi pensa qu'il n'était peut-être pas inopportun de séparer de Catherine ce trop zélé serviteur; mais, ayant été consulté là-dessus, Wolsey écrivit au roi qu'il fallait , après que Philipp aurait abordé à Calais, le faire arrêter en France, sous quelque prétexte, malgré le sauf-conduit qu'on lui aurait donné, et l'y retenir indéfiniment. On aurait, par la même occasion, visité ses papiers. Mais Philipp, une fois muni de sa
1. Mendoza" n'en parle que dans ses lettres du mois d'août-. i»eutôtre ne l'avait-il su qu'à cette époque. Philipp était parti vers le commencement de juillet.
170 LES AMBASSADEURS ANGLAIS TROMPENT l'eMPEREUR.
permission et de son sauf- conduit, prit la voie de mer pour aller en Espagne. En même temps Wolsey écrivit à Ghinucci et à Lee , ambassadeurs auprès de la cour impériale, pour les avertir que des bruits sur le divorce du roi avec la reine avaient couru en Angleterre, mais qu'on devait les attribuer au soin qu'avait eu Henri VIII de dissuader les ambassadeurs français de toute espèce de doute sur la légitimité de la princesse Marie, dont on avait demandé la main pour François 1", ou pour son fils. Il insistait pour qu'ils voulussent bien prévenir l'empereur contre les odieuses calomnies que l'on faisait courir à ce sujet.
Les ambassadeurs étaient eux-mêmes tout à fait éclairés sur les véritables intentions du roi d'Angleterre, mais ils comprirent qu'il fallait donner le change sur ce point à Charles-Quint et à sa cour, et sans doute ils remplirent fidèlement leur mission.
Mais toutes ces précautions devaient être vaines. Pendant que le roi, Wolsey et leurs suppôts redoublaient d'artifices et de fourberie pour épaissir au dedans et au dehors de l'Angleterre, les voiles qui couvraient la véritable situation de la reine, Gharles-Quint la connaissait parfaitement et était tenu au courant de tout ce qui se passait par son nouvel ambassadeur, Inigo de Mendoza.
Mendoza avait été envoyé en Angleterre par l'empereur, dans le milieu de l'année 1526 : retenu en France par divers obstacles, il n'avait pu débarquer en Angleterre que vers la fin de décembre de cette même année. Peu de temps après son arrivée, par suite même de l'isolement où l'on tenait la reine et des difficultés qu'il éprouvait pour parvenir jusqu'à elle, il soupçonna qu'elle
MEXDOZA EST E.NJPKCHÉ DE VOIR LA RELNE. 171
était enchaînée dans toutes ses démarches, dans l'expression même de ses intentions et de ses pensées. Il s'était mis pourtant secrètement en rapport avec elle ; mais elle lui avait fait dire par son confesseur qu'il fallait s'adresser à Wolsey pour demander à la voir ; seulement Mendoza devait garantir que le seul but de sa visite serait de donner à la reine des nouvelles de ses amis d'Espagne. Wolsey, pour expliquer pourquoi on n'accordait pas encore cette audience à l'ambassadeur, prétendait craindre que la reine ne parlât du mariage projeté entre sa fille Marie et un prince français, et qu'elle ne fît dire à Charles-Quint de s'y opposer.
Cependant Mendoza alla voir Wolsey, qui n'était pas encore parti pour la France; il lui dit qu'il avait été élevé par les soins de la reine, Isabelle de Castille; que, tout jeune encore, il s'était trouvé attaché à sa maison et à la personne même de la princesse Catherine ; il avait donc à rappeler à cette princesse bien des souvenirs, à causer avec elle des parents et des amis qu'elle avait laissés sur la terre natale. Le cardinal lui promit qu'il serait reçu par elle le dimanche suivant. Mendoza fut admis, en effet, à la voir et à l'entretenir à l'heure annoncée ; mais le cardinal était présent à cette entrevue, et on ne put pas aborder, même de loin, les questions qui intéressaient le plus la malheureuse reine. D'ailleurs, au bout de quelques moments, la séance fut levée brusquement par le cardinal : « Le roi « veut vous voir, dit-il à l'ambassadeur, et il a à vous « entretenir de beaucoup de choses. La reine nous <i excusera, si nous prenons ainsi congé d'elle. Vous « aurez plus tard une seconde audience. » Son intention était certainement d'empêcher , entre Men-