MENDOZA EX PROFITE POUR VOIR LA REINE
qu'il règne parmi les négociants d'Agleterre, et surtout dans la cité de Londres, une grande irritation contre le roi, ou plutôt contre son ministre Wolsey. Les commerçants tenaient à rester en paix avec les Flandres; c'était là qu'ils faisaient le plus d'affaires. Ils n'auraient donc pas voulu que Henri VIII se brouillât avec l'empereur.
Un peu plus tard Mendoza va jusqu'à dire que six ou sept cent mille hommes pourraient se soulever dans le comté de Gornouailles, et au moins quarante mille dans le cœur de l'xVngleterre ; mais, ajoutait-il, il faudrait qu'ils fussent dirigés, ils manquent de chef. D'ailleurs il ne faut pas compter sur le peuple. Rien n'est plus mobile que sa faveur ou sa haine.
On a renvoyé, dit-il ailleurs, les ouvriers flamands ; mais les ouvriers anglais ne sont pas plus contents pour cela.
Aussi l'alliance avec la France était tout à fait impopulaire , et on exécrait Wolsey parce qu'il travaillait ardemment à y engager le roi d'Angleterre.
On lui savait aussi fort mauvais gré d'être du parti opposé à la reine, qui était très aimée, et de chercher à la noircir dans l'esprit de Henri YIII.
La reine elle-même, instruite par Mendoza de ces sentiments populaires qui étaient si favorables à sa cause, et encouragée par lui à renouer de bonnes relations avec Charles-Quint, écrivait à ce prince, presque au lendemain des fêtes données aux ambassadeurs français, la lettre suivante, où elle n'ose pas aborder la question du divorce, mais où Ton devine les profondes amertumes qui remplissaient son âme !
LETTRE DE CATHERINE A CHARLES-QUINT. Mo
« Mon éminent et puissant Seigneur,
« J'ose à peine vous confesser les grandes obligations « que j'ai à Votre Altesse, pour toutes les faveurs dont « elle m'a comblée.
« J'entends dire que vous avez bien voulu témoigner « du chagrin à l'occasion du bruit qui a couru de ma a mort, comme si mon existence et mes faibles servi- « ces avaient valu la peine d'être rappelés à votre sou- « venir. Et cependant, me confiant dans la bienveil- « lance innée de Votre Altesse, je veux, avec l'aide de « Dieu, employer ma vie à l'avancement de tout ce qui « peut lui servir, quoique mon pouvoir soit petit, et « mon habileté bien faible.
« Gomme Francisco Poynes, gentilhomme ordinaire « de la maison du roi, mon seigneur, est porteur de « cette lettre, je dois informer Votre Altesse que je l'a- « vertisparla môme occasion, par laquelle je l'accrédite « auprès d'elle, que ledit Poynes m'inspire une con- « fiance entière, que j'ai pour lui une grande bienveil- « lance, et que, grâces à ses bonnes qualités et à son « dévouement, j'ai toujours eu à me féliciter des rapports (f que j'ai entretenus avec lui.
« De crainte que ma lettre ne soit importune à Votre « Altesse, comme étant l'œuvre d'une personne inexpé- (( rimentée dans ces matières, je ne ferai plus ici que lui « demander d'avoir pitié d'une pauvre femme, que l'on « accuse d'avoir eu des pensées de meurtre, comme si « elle n'avait pas dû craindre de perdre son âme, se « rappelant toujours que ce monde est périssable et de « courte durée, et que l'autre est éternel.