‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 157 sur 400 · LEUR RÉPONSE ÉVASIVE · texte numérisé non relu

LEUR RÉPONSE ÉVASIVE

roi Henri VIII. Après de longues délibérations, les hommes les plus instruits et les plus considérés parmi eux déclarèrent que le cas de conscience posé par le roi présentait trop de doutes et était entouré de trop d'obscurité, pour qu'on pût rendre à ce sujet une décision immédiate et formelle. Ils demandaient donc que le roi envoyât des délé.orués dans toutes les universités du royaume et des principaux pays chrétiens ^ On comparerait entre elles les déclarations motivées de ces corps savants, et, d'après cet examen^ on pourrait prendre plus tard, à ce sujet, une détermination déflnitive -.

1. C'est donc au soin de celle réunion que fui exprimée, pour la première fois, l'idée de consuller les universités.

2. Vie de Woîseï/^ par Gavendish, chap. xv, p. 57. Voici, au surplus, le texte que j'ai un peu abrégé :

« My Lord being compelled to déclare to Iiis Majesty tliis opinion and Avisdom in the advancement of the king's desires, thought it nol safc for hini to wade loo far alone, or to give rash judgment in so wcighty a malter, but desired of the king to ask counsel of ancient and famous learning botli in the divine and civil laws. — Now this being oblained, lie by liis Legatin Aulhorily lent ont liis commissions for the bishops of this realm, wlio not long afler assembled ail at Westminster, belbre My Lord Cardinal. And not only Uiese prelates, but also the most learned men of both univorsilies, andsomefrom divers Cathe Irai collèges in this Realm, who were thought suHîcientiy able to résolve this doubtfull question.

« At this learned Assembly was the king's case consnlted of, dcbated, argued and judged from day to day. But in conclusion when thèse ancien fathors of law and divinily partod, thoy wore ail of onc judgment, and that conlrary to the expectation of most men. And I heard somo of the most famous and learned amongst them say the king's case was too obscure for any man, and the points wore doubtfull to havc any resulution thercin, and so at that lime witli a iionoral consent departed, without any résolution or judgment.

u Tn this assembly of bishops and divers others learned men, it was thought very expédient that the King should lent out his commissioners intoall universitics in Christondom,as wellhere in England

180 CRUELLES EXPLICATIONS DE HENRI VIll

Tout ce récit est emprunté à Gavendish, secrétaire et fidèle serviteur de Wolsey.

Il est évident que les évêques et les membres de la réunion eurent peur de mécontenter Henri VIII, en exprimant une opinion favorable à la validité de son mariage. Ils eurent recours à l'expédient de Pilate et renvoyèrent l'affaire à des juges qui avaient moins d'autorité qu'eux-mêmes. Ils ne cherchaient qu'à gagner du temps pour éviter une responsabilité qui pesait à leurs consciences.

On verra plus tard de quelle manière furent consultées les universités, comment on procéda et quelles furent leurs réponses.

as forreign régions, there to liave tliis case argued substanlly and lo bring witli them from thence every dcfniiLion of the same, under tlie seale of every University, and tlius for this time were their déterminations. »

On voit par ce texte que ce fut Wolsey qui réunit les prélats d'Angleterre pour avoir leur avis sur le divorce, qu'ils refusèrent de prononcer sur le mariage du roi et de Catherine, qu'ils souhaitèrent que l'on consultât les universités, et que ce fut W^olsey, et non Warham, qui assembla ces évoques. A la vérité, suivant milord Herbert, ce dernier convoqua quelques théologiens à Lambeth, mais non des prélats.

Legrand, tome II, Défense de Sandérus, Béfutalion des deux premiers livres de lliisloire de la reformation, par Burnet, pp. 60 etGl.

Voir les lettres de l'évêque de Bayonne du 20 août 15"28 et celles des mois d'octobre et de mai, oi^i ce prélat s'accuse d'avoir été l'auteur des plus pernicieux conseils à l'égard du divorce.

Dans cette letlre du 20 août, adressée au Grand Maistre, Du Bellay dit : « Pour vous en dire ma fantaisie, le roy en est si avant, qu'aul- « trc que Dieu ne l'en saurait ôtor. » Anne était revenue à la cour; Wolsey se i)laiat à Du Bellay, ((u'on s'est servi contre lui de terribles termes ; le légat ne siil pas trop où il en est. Si ce mariage se fait, il aura fort à faire d'entretenir son crédit. Tome Ilf, p. 164, Preuves, p. 108.

AVEC catiii:rl\e. 181

Une seconde réunion, mais où il n'y avait que des docteurs en théologie, et non des prélats, eut lieu ensuite sous la présidence de Warham, archevêque de Cantorbéry ; on Ta confondue à tort avec la première; celle-là parut un peu plus favorable aux intentions de Henri YIII ^ Cependant les conclusions furent encore que le cas était assez douteux pour qu'il en fût référé à la cour de Rome.

Quelque insuffisantes qu'eussent été les résolutions ou les décisions des évêques et des théologiens, qui avaient délibéré sur le mariage de Henri VIH, on crut pouvoir s'en armer contre la reine. Quoique Wolsey recommandât toujours, de loin comme de près, de ne rien précipiter, d'observer toutes les formalités et d'employer les voies de la douceur plutôt que celles de la violence, Henri VHI, poussé peut-être par Anne de Boleyn et ne pouvant contenir son impatience, voulut s'expliquer sans ombrages et sans ménagements avec sa malheureuse épouse. l\ est remarquable que cette explication eut lieu presque à la veille du départ de Wolsey, c'est-à-dire vers la fin du mois de juin io27.

Le roi, après s'être virtuellement séparé de la reine, à dater du 20 au 22 juin, lui rendit raison de cette détermination en lui révélant pour la première fois qu'ils avaient été tous deux en état de péché mortel pendant les trop longues années qu'ils avaient vécu ensemble ; c'était, disait-il, l'opinion de maints prélats et canonistes qu'il avait consultés à ce sujet ; en consé-

1. C'est milord Herbert qui a fait cette confusion, et, après lui, Burnet; elle est relevée par J. Legrami, Histoire du divorce, défense de Sanders, tome II. page 61.

182 MEND.ZA RACONTE CETTE SCÈNE A L'EMPEREUPt.

quence, comme la continuation d'une telle vie jetait sa conscience dans le trouble et dans de véritables angoisses, il avait pris l'inébranlable résolution d'opérer sa séparation d'avec elle à mcnsâ et à thoro ; elle n'avait donc plus qu'à désigner le lieu où elle voudrait se retirer.

Nous reproduisons maintenant le récit même que fait Mendoza de la suite de cette scène domestique, dans une lettre qu'il écrit à l'empereur le 13-17 juillet 1527 :

« La reine ayant fondu en larmes et étant trop op- (( pressée pour pouvoir rien répondre, le roi ajouta, par (( manière de consolation, que tout se ferait pour le (( mieux et lui demanda de lui garder le secret sur a les révélations qu'il lui avait faites : en lui parlant (c ainsi sur le ton de la confidence, le roi a voulu d'ace bord la détourner de revendiquer ce qu'elle pouvait (L croire être son droit, et puis dérober la connais- « sance de tout cela au public, car la reine inspire au- « tour d'elle de si vives affections, qu'il aurait pu y a avoir des protestations et des démonstrations en sa (i faveur. Le peuple anglais lui-même n'ignore pas « maintenant les intentions du roi, car cette affaire a (( uae aussi grande notoriété que si elle avait été pro- « clamée dans les rues par le crieur public ; mais on « ne veut pas croire que Henri soit assez pervers pour a pousser les choses jusqu'au bout. Cependant, quoique « le peuple dise qu'il ne saurait tolérer une telle ini- « quité, je ne crois pas devoir regarder ces menaces « comme ayant une portée sérieuse, attendu qu'il n'a « personne pour le guider. Aussi, si le roi poursuit ses « projets et qu'il en commence la réalisation, il est c( possible qu'on se borne à de sourds murmures. La

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