‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 163 sur 400 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Double mission du cardinal Wolsey. — Magnifique cortège du cardinal-ambassadeur - Sa rencontre avec Tarclievêque Varham, puis avec Fislier, évèque de Rochester. — Auprès de ces prélats il travaille pour le divorce et contre Catherine. — Prière de Wolsey au tombeau de saint Thomas de Cantorbéiy, — Expédients proposés dans sa correspondance avec Henri YIII. — Wolsey en France, Charles-Quint semble le ménager. — Wolsey à la cour de François I'^^ — La main de la princesse Marie est promise au duc d'Orléans. — Les autres clauses du traité dalliance sont également arrêtées et signées. — Wolsey aborde enfin la question du divorce. — Mais la reine Louise de Savoie ne veut pas lui laisser même espérer éventuellement le mariage d'une fille de France avec Henri VIIL

Une double mission avait été confiée à Wolsey : par la première, tout officielle et ostensible, il se trouvait chargé d'expliquer et de bien préciser les clauses dti dernier traité convenu en Angleterre; l'autre, officieuse et secrète, devait consister à s'ouvrir confidentiellement à François I" des projets de divorce de son maître. Soit en ti^aversant TAngleterre, soit en séjournant en France, il s'était engagé à étudier sur cette question l'opinion du clergé et les sentiments populaires. ^^'olsey devait enfin s'informer des meilleurs moyens de parvenir à l'oreille du pape, de savoir si les impérialistes entre les mains de qui il se trouvait ne lui avaient pas déjà arraché quelque promesse ou même quelque décision en faveur de Catherine. Dans ce cas,

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on protesterait contre tous les actes faits par lui pendant le siège du château Saint-Ange et pendant sa captivité, attendu qu'il n'était pas libre. On lui offrirait par là un moyen de revenir en arrière s'il en était besoin. On pourrait aussi lui suggérer d'augmenter les pouvoirs juridictionnels du cardinal Wolsey, son légat en Angleterre.

Anne de Boleyn ne s'effrayait pas de la haute confiance accordée par Henri VIII à AYolsey : elle savait bien que le cardinal, tout en poussant au divorce, irait en France travailler pour des intérêts qui ne seraient pas les siens. Mais, en son absence, elle comptait plaider librement et efficacement sa propre cause. Et, ainsi qu'elle le prévoyait, tous les efforts qu'il ferait pour amener le divorce ne profiteraient, en définitive, qu'à ellemême.

Henri voulut que le cardinal Wolsey, comme son lieutenant, comme son représentant spécial, fût entouré dans sa mission de toute la pompe, de toutes les marques de respect ordinairement réservées à la royauté. C'est donc injustement qu'on accusa le cardinal d'avoir voulu éclipser par son faste les monarques les plus puissants. Il ne dépassa pas, il suivit exactement les instructions données par son maître.

Neuf cents cavaliers composaient son cortège. Plusieurs lords spirituels et temporels en faisaient partie, entre autres l'évoque de Londres, Tunstall. Quand il traversa la Cité, Wolsey était monté sur une mule caparaçonnée de velours cramoisi, avec des étriers en cuivre doré ; on portait devant lui deux croix d'argent massif, et deux piliers ou petites colonnes de même métal et surmontées d'une boule, entre lesquelles on avait placé le grand sceau d'Angleterre. Quand il donna un

SA RENCONTRE AVEC l'aRCIIEVÈQUE WARIIAM. 19 1

banquet au roi de France, ses gentilshommes le servaient le chapeau à la main et à genoux, ce que François P" n'exigeait pas pour lui-même. Il n'en est pas moins vrai que tous ces honneurs prodigués au fils du boucher d'Ipswich augmentaient encore la haine et l'envie dont il était l'objet : ses rivaux en profitaient pour miner le terrain sous ses pas. Plus il s'élevait, plus il s'approchait de sa chute. Il en avait le pressentiment et se sentait entouré d'ennemis perfides et acharnés à sa perte.

Les inquiétudes de cet homme d'Etat si passionnément, si servilement dévoué à Henri VIII, percent dans sa correspondance avec ce prince. Il le supplie de ne pas écouter des insinuations calomnieuses, et de conserver à son vieux serviteur TafTection qu'il a toujours daigné lui témoigner.

Il était donc parti bien décidé à remplir avec un zèle à toute épreuve la double et délicate mission dont il s'était chargé.

Il songea d'abord à gagner sur sa route ou du moins à prévenir en faveur des projets de Henri VIII Warham, archevêque de Cantorbéry, et Fisher, évoque de Rochester.

Dès le premier soir de son voyage^ il coucha chez sir John AViltshyre et y rencontra M'arham. Lui-mOme rend compte, dans sa correspondance avec Henri VIII j de son entrevue avec ce prélat : « Je lui appris de quelle manière la communication de raf/aire secrète avait été faite à la reine, et comment la reine avait mal pris cette confidence. Je lui dis que pourtant Votre Altesse ne cherchait dans tout cela que la vérité et l'éclaircissement des doutes théologiques soulevés par l'évoque

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de Tarbes. Je n'aperçus, ajoute-t-il, aucune surprise, ni aucune altération sur les traits de son visage : il alla môme jusqu'à me dire que, quelque fût le déplaisir de la reine à ce sujet, il fallait bien que la vérité se fît jour, que l'instruction de cette affaire suivît son couks et qu'une décision fût rendue suivant les lois canoniques 1. »

Wolsey alla ensuite trouver l'éveque de Rochester : c'était le membre le plus estimé, le plus vénéré de tout l'épiscopat anglais. Les écrivains protestants ne lui ont jamais pu reprocher autre chose que ses prétendus excès de mortification personnelle. Il avait toute la confiance de la reine et l'avait même confessée quelquefois. On comprend de quelle importance il eût été pour Henri VIII et pour ses affidés de détacher un tel homme de la cause de Catherine. D'ailleurs son exemple et son autorité auraient pu entraîner Thomas Morus et quelques autres. Fisher était vieux et faible, peu défiant, ce qui est l'admirable défaut de la charité. Il ne pouvait donc lutter à armes égales dans une discussion ou un entretien diplomatique avec l'habile et astucieux cardinal. Wolsey commença fort adroitement par lui parler des malheurs de la papauté et des calamités de l'Eglise. Pour les conjurer, ce n'était pas trop des prières, des jeûnes de tous les chrétiens : je lui demandai ensuite, ajoute Wolsey, s'il n'avait pas eu depuis quelque temps des nouvelles de la cour et, en particulier, de la reine. — « J'ai reçu d'elle, il est vrai, répondit Fisher après quelque hésitation, un message confidentiel, mais je lui ai fait dire que je ne serais disposé à lui donner des con-

l. State papers, p. 19G et plus loin p. 205.

IL TACHE d'OTER A CATHERINE l'eSTJME DE CE PRÉLAT. 193

seils que pour ce qui la concernerait personnellement. » — « Vous avez été franc avec moi, reprit le cardinal, je le serai avec vous i : je vous dirai que la reine est d'un caractère soupçonneux et ombrageux à l'excès. Elle a supposé à tort que le roi voulait divorcer avec elle, et a tenu centre lui des propos très injustes; il fallait bien répondre à l'évoque de Tarbes, qui venait demander la main de la princesse de Galles pour un prince français ; on ne pouvait pas se dispenser d'examiner si le mariage de Catherine qui avait épousé son beau-frère pouvait être considéré comme valide, quoique contracté au mépris du droit divin. La reine aurait dû, au lieu de remplir le monde de ses plaintes, avoir confiance dans les efforts sincères que tentait le roi pour chercher la vérité, et pour faire statuer des autorités compétentes sur ces difficultés ; soyez persuadé que tout cela tournerait bien, si la reine changeait de conduite, si elle se montrait confiante et soumise envers celui auquel elle a juré foi et obéissance. Il paraît qu'elle vous a fait croire que moi, cardinal légat, je désirais voir le roi poursuivre cette affaire!!... Je suis convaincu que la reine, par ses procédés maladroits, paralyse les intentions bienveillantes que le roi a pour elle, et fera peut-être même tort aux droits légitimes de sa fille. »

Wolsey transformait donc l'innocente en coupable et le coupable en innocent ^ ; il renvoyait à Catherine la responsabilité de tout le scandale qui commençait à se

1. ce Yon may be franc and plaiii witli me; like as my part, will be with yon », p. cclxvi. Doct. Brewer, InU'oduclion, tom. IV.

2. Ces expressions, sévères mais justes, sont empruntées au professeur Brewer lui même, întrod.. tom. IV, p. cclxjx.

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