ARTIFICES DIPLOMATIQUES DE WOLSEY
produire. Fisher, ne mettant pas en doute la franchise de Wolsey et croyant à sa version si habilement arrangée, déclara désapprouver l'esprit de présomption et de désobéissance de Catherine, et manifesta l'intention de lui en faire des reproches. Mais cela aurait amené des explications qui auraient tout éventé : « Aussi je l'arrô- (( tai tout court, dit Wolsey; je lui dis que notre « entretien devait rester absolument secret, et que « d'ailleurs nul ne devrait s'ingérer à donner des (( conseils à la reine sans l'expresse permission du « roi. »
C'est ainsi que Wolsey s'efTorçait d'aliéner à la malheureuse reine le seul conseiller qui eût son entière confiance, celui qui en était le plus digne dans tout l'épiscopat d'Angleterre, celui qui pouvait le plus utilement éclairer sa route et lui donner les plus précieuses consolations.
En finissant sa conversation avec Fisher, le cardinal lui glissa quelques objections contre la validité de la bulle de dispense octroyée par Jules II, mais Fisher ne lui répondit rien. En cela Wolsey, trop animé par le succès qu'avaient eu jusque-là ses habiles confidences, dépassa peut-être le but, il dut même sans le vouloir ouvrir les yeux au trop confiant vieillard.
Au milieu de ces artifices diplomatiques et de ces pièges inextricables, qu'allait devenir la reine Catherine? On tâchait de la vouer à un complet isolement moral : elle semblait devoir se trouver bientôt sans conseillers, sans amis, ignorante d'ailleurs des formalités légales, et ne sachant comment s'y prendre pour revendiquer ses droits. 11 lui restait encore Mendoza ; mais de quels mystères ne faudrait-il pas entourer ses rares communi-
PRIÈRE DE WOLSEY A SAINT THOMAS DE CANTORBÉRY. l9o
cations avec elle, soit pour ne pas la compromettre, soit pour ne pas le compromettre lui-même !
Le lendemain du jour où AVolsey avait eu avec Fisher cet entretien si astucieux et si méchamment hostile à la reine, il alla, le croirait-on, célébrer à Cantorbéry la fête de saint Thomas Becket : il y officia en qualité de cardinal, il suivit la procession en grand appareil. Par son ordre les moines de l'abbaye du Christ chantèrent des litanies qui commençaient par ces mots : Sancta Maria, ora pro papa nostro Clémente^. Les calamités de l'Eglise semblaient l'intéresser au plus haut degré. Il ne manqua pas de prier pour le pape sur le tombeau de saint Thomas. Gomment le culte rendu à ce grand saint ne l'amena-t-il pas à faire un retour sur lui-même? Quel enseignement d'indépendance, de noble franchise, d'héroïque résistance aux exigences impies d'un pouvoir tyrannique, Wolsey n'aurait-il pas dû puiser dans ses méditations sur les reliques de cet archevêque confesseur et martyr? Mais il ne devait regretter et désavouer que bien plus tard, après les dures leçons de la disgrâce, ses basses complaisances pour un roi dont il aurait dû combattre dès le principe les égarements et les passions.
Quoiqu'il en soit, le cardinal continua sa route et arriva bientôt à Calais.
Dans sa correspondance avec Henri VIII, il exprimait toujours l'espérance « que si on parvenait à délivrer Clément VII de la captivité où il était retenu, le pape ferait usage de sa liberté pour arranger convenablement l'affaire du roi ; il était d'avis, si cette captivité se pro-
li CavciKlbh, Vie de \\'ul\ei/, i>. 151.