HENRI VIII LUI ENVOIE SON SECRÉTAIRE KNIGIIT
ecclésiastiques, répugnait beaucoup à faire une seule démarche, à prendre une seule mesure impliquant de graves conséquences dans le domaine de son gouvernement spirituel.
D'ailleurs, le pape était si étroitement gardé et surveillé par les impériaux que Knight devait trouver des difficultés insurmontables pour arriver auprès de lui ; au surplus, le cardinal Wolsey demandait instamment que, puisque tel semblait être le désir du pape, l'affaire du divorce fût instruite et jugée suivant les formalités voulues, afin que tout se passât honorablement et légalement.
Cependant il avait été question d'obtenir de Clément, vu son défaut de liberté personnelle, une commission qui, en étendant les pouvoirs de Wolsey en Angleterre, lui donnât dans ce pays une juridiction telle qu'il pût juger souverainement le procès du divorce par lui-même ou ses délégués. Eh bien! le croirait-on, quelque envie qu'il eût de hâter la solution de ce procès dans le sens le plus favorable, Henri VIII était jaloux d'avance de l'immense pouvoir spirituel qui serait dévolu à Wolsey, et offusqué de se trouver ainsi face à face avec une espèce de pape anglais dans son propre royaume. Il ne voulait pas, pour son mariage avec Anne de Boleyn, être à la discrétion d'un de ses sujets.
C'est pour diminuer la trop grande importance de Wolsey que Knight avait été envoyé à Rome.
Peut-être Henri VIII se persuadait-il aussi, à l'instigation d'Anne de Boleyn, que Wolsey ne travaillait pas bien franchement au divorce, depuis que tout espoir d'une alliance royale était déçue pour son maître.
Mais le cardinal, avant appris le départ de Knight,
208 KNIGIIT DEMANDE l'ANNULATION DU MARIAGE DE HENRI
avait écrit au protonotaire Gambara, qui était venu à bout d'avoir une entrevue avec le pape et qui l'avait prévenu de la mission donnée à Knight.
Ce dernier pourtant, à travers des difficultés et des dangers de toute espèce ^, était parvenu à Rome, mais Alarcon, qui y commandait les forces espagnoles, l'avait empêché de pénétrer au château Saint-Ange.
Cependant il avait apporté d'Angleterre un modèle de bref ou de bulle, lequel devait contenir à la fois et l'annulation du mariage de Henri VIII, et la dispense qui serait nécessaire pour qu'il pût épouser ensuite Anne de Boleyn. 11 chercha un cardinal qui ne fût pas du parti de l'empereur et qui voulût bien se charger de le faire remettre au pape pour obtenir qu'il lui donnât le sceau de sa sanction et de sa signature. On lui indiqua comme un homme sûr, le cardinal des Quattro santi ^. Il alla lui soumettre son projet de bulle. Le cardinal s'aperçut que cette pièce était l'œuvre d'une main novice et inhabile; il fit ses objections à Knight qui défendit la rédaction de cette bulle comme répondant parfaitement au but proposé. Le cardinal, sur les instances de l'agent de Henri VIII, se décida à porter au pape les pièces qui lui étaient remises. Elles furent signées, mais après avoir été corrigées, et Knight écrivait à Wolsey : « Je vous apporterai ou je vous enverrai bientôt votre commission et le bref de dispense que je vous ai annoncé. »
Knight offrit comme rémunération quatre mille cou-
1. Il avait été arrêté par des brigands à douze milles de Rome et avait manqué perdre la vie.
2. Les Quattro santi ou quatre martyrs, tel est le nom de l'une des églises de Rome dont un cardinal porte toujours le titre.