‹ Catherine d'Aragon et les origines du schisme anglicanChapitre 175 sur 400 · REPRODUCTION DE LA PIÈCE MODÈLE · texte numérisé non relu

REPRODUCTION DE LA PIÈCE MODÈLE

sans ses ministres, réduit enfin à la plus dure captivité : a Clément VII à notre bien-aimé, salut et bénédiction

« apostolique.

« Il y a environ dix-huit ans que notre très cher fils « en Jésus-Christ, Henri VIII, roi d'Angleterre, a été « amené par l'influence de ceux qui l'entouraient et par c( suite d'une prétendue dispense apostolique, à con- « tracter mariage avec Catherine, la veuve de son frère, (c On a trouvé, après un mûr examen, que ladite dis- « pense avait été fondée sur de fausses allégations, et « qu'elle pouvait être taxée d'être subreptice ; en concc séquence, des troubles se sont élevés dans la cons- (c cience du roi, et ce'prince, ayant recours à notre plein « et souverain pouvoir en pareille matière, nous a recc quis, etc. Par ces considérations, nous vous avons décc signé, vous, notre très cher fils, le cardinal d'York, « dont nous connaissons les vertus, l'amour de la jusa tice et de l'équité, afin d'exercer notre autorité pour « l'instruction et le jugement de cette cause. Nous vous « adjoignons... comme assesseur, décrétant que la déci- « sion de l'un sera valide et exécutoire en l'absence de « l'autre. Vous aurez à procéder sommairement et « de piano , sans publicité et sans formalité judi- « claire, en examinant avec soin la validité de ladite « dispense. Et si, ensemble ou séparément, vous vous « êtes suffisamment édifiés sur la non-validité de cette « pièce, vous prononcerez la nullité de ce mariage ena tre Henri et Catherine, vous les déclarerez séparés de a plein droit, le tout sans aucun appel ni recours con- « tre la sentence, et vous les reconnaîtrez aptes à « contracter un autre mariage. Par cette même com- Œ mission, nous vous donnons pleins pouvoirs de pas-

FERMETÉ DE CLÉMENT Vil A L ÉGARD DE HENRI VIII. 211

c( ser par dessus les règles canoniques, et de légitimer (c les enfants du premier et du second mariage si vous « le jugez à propos. Et tout ce que vous aurez fait, soit tt judiciairement, soit extra-judiciairement, nous le « confirmons pleinement sans aucune révocation. »

Jamais , comme le fait remarquer Brewer luimême, jamais plus étranges propositions ne furent soumises ou imposées à la plus haute autorité du monde chrétien. C'était, en effet, suggérer en quelque sorte au souverain pontife d'abdiquer ses fonctions déjuge suprême, et de prêter lâchement les mains à une énorme iniquité. Les termes dans lesquels cette commission était conçue préjugeaient d'ailleurs la question d'invalidité de la dispense, et impliquaient la prononciation de la sentence sans aucune constatation de la vérité judiciaire ^ Comme le disait le cardinal des Quattro santi, une telle pièce eût été faite, si elle eût été adoptée, pour déshonorer à jamais la papauté, et le déshonneur aurait rejailli jusque sur le roi et sur Wolsey lui-même.

Clément VII, malgré sa partialité pour Henri VIII, avait trop le sentiment de sa dignité pour céder à de si injurieuses suggestions ; sans doute il aurait mieux aimé que le fatal procès pût se juger loin de lui et sans lui. L'acquiescement de Catherine à une sentence régulière rendue sur les lieux aurait pu, jusqu'à un certain point, mettre à l'aise la conscience du pontife. Mais, du moment que Catherine ferait appel à la cour de Rome, le pape sentait bien qu'il ne saurait repousser cet appel sans commettre une impardonnable et scandaleuse in^ justice.

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