WOLSEY FAIT SES EFFORTS POUR RÉUSSIR
serait retenu dans la captivité ou resterait dans la dépendance de l'empereur. Les cardinaux réunis à Avignon ou sur un autre terrain neutre procéderaient à la nomination définitive de ce vicaire-général, qui serait chargé de gérer les affaires de l'Eglise. Stafiléo devrait faire considérer à Clément Vil que celui qui serait revêtu de cette charge, fort de l'appui et de la faveur de deux rois puissants, pourrait, par son habileté et son courage, rétablir dans son ancienne splendeur l'autorité des Pontifes, que Charles-Quint avait brisée et foulée aux pieds. Clément VII fut très choqué de cette proposition. Il y voyait une atteinte indirecte aux droits de son pontificat. Il devinait facilement que Wolsey se désignait, en quelque sorte, lui-même par l'énumération des qualités et des avantages de situation que devrait avoir ce coadjuteur du Saint-Siège. Il savait que l'ambitieux cardinal avait eu et avait encore des prétentions à la tiare : est-ce que, non content de travailler à succéder à Clément VII après sa mort, il voudrait encore, dans sa fiévreuse impatience, le supplanter de son vivant?
Cela disposait donc très mal le pape à l'égard de Wolsey, qui l'ignorait, quand il transmit à Casale, son agent diplomatique résidant en Italie, des instructions très détaillées, très pressantes, où l'on voit combien le cardinal aurait tenu à réussir, surtout par le moyen de l'autorité personnelle du pape, à faire invalider le mariage de Henri avec Catherine d'Aragon. Peut-être même dans son impatience d'aboutir à une décision prompte, compromet-il la cause qu'il veut servir.
Après avoir fait connaître à son correspondant les raisons théologiques que nous avons exposées plus haut, contre la validité de la bulle de dispense, il con-
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tinue en ces termes : «. Le roi regarde la mort de ses « enfants comme un jugement de Dieu et, pour éviter « de nouvelles malédictions, il a recours au Saint- « Siège. Il demande de pouvoir épouser une autre per- « sonne de qui il puisse espérer des enfants mâles, « moyennant la grâce de Dieu. Vous trouverez ci-jointe « une lettre très pressante de Sa Majesté au pape écrite « de sa propre main. — Témoignez au Saint-Père, de la « part du roi et en mon nom, à quel point nous sommes « touchés de l'indigne traitement que l'on a fait à Sa (( Sainteté et au collège des cardinaux, assurez-le que « nous ne négligerons rien au monde pour le met- « tre promptement en liberté. Informez-le ensuite de « la nature et des circonstances du mariage où le roi est « engagé. Peignez-lui les remords i que doit sentir une
1. Shakespeare, dans son drame de Henri Vllf, se moque, à plusieurs reprises, des prétendus remords de ce prince : ainsi, dans l'acte II, scène ii de cette pièce, il introduit d'abord le Lord Chambellan, puis Norfolk; on voit arriver de loin le roi qui paraît sombre et agité. — Quelle peut être la cause de ses inquiétudes? « C'est sans doute, dit le Lord, qu'il pense à son mariage avec la femme de son frère ; cela touche de près à sa conscience. » Et Sufîolk répond : « Ce qui le touche de plus près encore, c'est son amour pour une autre femme!... »
Peu de temps après, Henri VIII, se joignant à la conversation, accorde à Catherine des regrets hypocrites : « La conscience, s'écrie-t-il, la conscience, chose si délicate! Il faut la satisfaire, pourtant, il faut qpie je quitte ma douce et excellente compagne. »
{Would it not grieve an ahle man to leave To sweet a bad felloiv : but conscience, conscience! 0' tis a tender place l And I niust leave her !) Ainsi Henri VlII joue toujours son rôle et ne quitte pas son masque, môme avec ses confidents les plus intimes. Shakespeare comprend et peint admirablement ce singulier caractère. Il y avait à la fois dans ce roi théologien du Tartufe et du Néron. Ce sont des traits que Shakespeare a bien saisis et admirablement rendus.