INTRODUCTION HISTORIQUE XXVII
prit à la direction de la guerre contre les Mores.
Avant tout, elle comprit ce qui manquait aux chevaliers espagnols, qui faisaient tous les jours des exploits héroïques, mais qui, contents de la gloire acquise par ces exploits, en eussent volontiers, dès le lendemain, abandonné le fruit et n'auraient cherché que le repos après la victoire : grâce à elle, la guerre devint autre chose qu'une série d'aventures; elle y introduisit la prévoyance, l'esprit de suite, les opérations combinées habilement et régulièrement exécutées.
Ainsi elle ne voulut pas que la prise d'Alhama, qui avait consterné les Mores, devint un fait d'armes sté* rile par la retraite de l'armée, qui avait planté le drapeau de la croix sur ces tours réputées imprenables. Cette place, éloignée des autres forteresses occupées par les chrétiens, était sans doute exposée aux attaques continuelles des ennemis, mais elle la considérait comme un premier poste à garder sur le chemin de Grenade. A dater de ce moment, c'est elle qui s'occupa de lever les recrues , de rassembler les vivres et les munitions. Rien ne pouvait la détourner de son unique pensée, la prise de Grenade et la soumission des Mores. Un jour, Ferdinand déclara qu'il voulait enfin appliquer les ressources de son petit royaume à reculer les frontières mômes de l'Aragon, et non à agrandir la Castille. Il allait partir, disait-il, pour reconquérir le Roussillon. Isabelle lui annonça, alors, qu'elle allait prendre elle-même le commandement de l'armée con-